Drapeau Rouge №62
L’EXEMPLE D’OLYMEL À VALLÉE-JONCTION

La dictature du capital à l’œuvre

Le couteau sur la gorge, la majorité des travailleurs et travailleuses d’Olymel à Vallée-Jonction a fini par s’avouer vaincue. Les votes à 99% contre l’offre de la compagnie lors d’une première assemblée générale et à 97% lors d’une seconde n’étaient pas suffisamment clairs pour la compagnie qui cherchait à la faire accepter à tout prix. Dire non à l’offre d’Olymel était devenu une crise de citoyenneté! Pour la compagnie et les capitalistes locaux, la conjoncture se lisait à l’envers de ce qu’elle était en réalité : les victimes de l’avidité et de l’arrogance de la compagnie devenaient les coupables potentiels du sabotage de l’économie régionale.

Avec l’arrivée dans le dossier de l’ex-premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, les pressions allaient s’intensifier pour que le syndicat s’assagisse et convoque une nouvelle assemblée générale, qui a eu lieu le 11 février dernier, où l’offre patronale fut rejetée une troisième fois, cette fois à 52%.

Selon les règlements du base-ball, après trois prises, tu es mort. Olymel ne pouvait pas courir sur les buts. Elle devait présenter une nouvelle offre. Sa «proposition» avait été rejetée trois fois. C’était clair. La compagnie devait faire une nouvelle offre bonifiée et vraiment substantielle.

Lucien Bouchard (qui veut mettre toute la classe ouvrière québécoise au travail au plus bas salaire possible) et les potentats locaux ne l’entendaient pas ainsi. La pression sur le syndicat et sur ses membres commençait à avoir de l’effet. Le pourcentage des pour avait diminué. Il fallait que continuent l’intimidation et le tordage de bras : on gagnerait la majorité par l’usure. Vous connaissez la suite. Une quatrième assemblée générale est convoquée le 13 février et l’offre patronale est acceptée à 62%, sans enthousiasme et avec une opposition véhémente. Sur les 861 syndiquéEs présentEs, 531 votent pour, 322 contre et 8 s’abstiennent. Les sales manœuvres d’Olymel ont réussi leur coup.

Les travailleurs et les travailleuses sont loin d’être contentEs : non seulement ceux et celles qui se sont tenuEs debout et ont voté contre jusqu’à la fin mais aussi, un bon nombre parmi ceux et celles qui ont voté pour en pliant sous l’intimidation et la menace de fermeture. La convention débutant le 7 octobre 2007 aura une durée de sept ans et la contribution du patron au REER collectif sera abolie. De l’autre côté, la cotisation des salariéEs au régime d’assurance sera augmentée pour une couverture moins généreuse. Le nombre de congés fériés passera de 13 à 4 et le nombre de libérations syndicales de 400 à 75, et bien d’autres choses encore. La masse salariale (salaires et avantages sociaux) sera diminuée de 30% ce qui veut dire qu’Olymel, une compagnie riche à craquer, qui était prête à sacrifier son usine de Vallée-Jonction pour en construire une autre ailleurs, économisera 12 millions $ par année sur le dos des travailleurs et travailleuses.

Ce sont d’énormes concessions qui ont été consenties. Mais ça risque de n’être qu’un commencement. On parle entre autres de rationalisation nécessaire ce qui veut dire en clair, augmentation des cadences et suppression de postes. D’ailleurs, quand on a demandé à Réjean Nadeau, le PDG d’Olymel, si ces concessions vont déboucher sur une entente à long terme et s’il y en aura d’autres à venir bientôt, il a répondu comme d’habitude par une bourde : «La meilleure garantie, ce sont les clients.» Il ne suffirait donc que d’une baisse dans la clientèle (ce qui n’est pas improbable dans la conjoncture économique actuelle où la concurrence est excessive) pour qu’on demande de nouvelles concessions, pour qu’on revienne à un autre projet de fermeture…

Cette façon de répondre aux questions qu’a la compagnie et les méthodes d’intimidation qu’elle a mises en place pour faire accepter des concessions montrent à quel point elle ne se préoccupe pas beaucoup plus de la survie de ses travailleurs que celle des porcs qu’elle abat. Les 6 000 griefs non réglés en sont un autre exemple.

Les capitalistes ne sont là que pour faire fructifier le capital et amasser des profits. Pour eux, les ouvriers et ouvrières ne sont que des outils interchangeables et jetables comme des outils et des usines… On les met au rebut quand ils ne permettent plus de rentabiliser le capital. C’est le capital qui décide de tout. C’est ça la dictature du capital à l’œuvre.

«La crise se poursuit»

Le 15 février, quelques jours après la dernière assemblée générale, l’éditorialiste Jean-Robert Sansfaçon du journal Le Devoir, qui vole régulièrement au secours du capital, titrait «La crise se poursuit» et ajoutait plus loin : «Olymel remporte une première manche… mais pas la guerre», puisque les salaires à Maple Leaf, le concurrent canadien d’Olymel, sont encore plus bas et que toute l’industrie du porc va mal à cause de l’augmentation du dollar canadien : «Au moment de négocier avec ses employés, Olymel évaluait à environ six millions par année le manque à gagner provenant des prix trop élevés payés aux producteurs.» Il ajoutait : «…Les producteurs sont coincés entre leurs coûts de production qui ne cessent de grimper et le prix que les transformateurs sont en mesure de payer.»

Le capitalisme est toujours en mouvement. Il ne cherche qu’à se réaliser et à faire des profits. Il ne peut que répondre aux besoins des capitalistes. même s’il met beaucoup d’efforts à faire croire qu’il peut répondre aux besoins de la population en se servant entre autres des campagnes électorales à cette fin.

Bien organisée et mécanisée, Olymel a mis à terre la façon artisanale de produire le porc. Elle a été une mine d’or au cours des 20 dernières années pour les producteurs qui s’y sont investis et sont devenus de véritables entrepreneurs. Il semble bien que la façon d’Olymel de produire le porc amène les mêmes problèmes de «pestabilité» que les abattoirs familiaux d’hier et qu’on doit penser là aussi à monopoliser l’industrie avec les faillites que cela va apporter. C’est ainsi qu’avance le capitalisme sur le dos des pauvres gens qui pensaient avoir trouvé la façon de gagner leur vie et celle de leurs enfants pour toujours. Le capitalisme c’est la compétition, c’est la guerre économique perpétuelle qui débouche souvent sur la guerre bien réelle.

Se soumettre ou combattre

Les potentats locaux qui voulaient à tout prix que les syndiquéEs plient devant l’offre d’Olymel vont maintenant chercher à sauver l’industrie du porc en détresse. Après avoir forcé les travailleurs à subventionner la compagnie à douze millions de dollars par année, ils vont vouloir que les taxes payées à l’État par tout le monde subventionnent la production du porc et vont concocter une monopolisation quelconque de cette industrie pour qu’elle devienne rentable.

Pour les communistes révolutionnaires, la solution est tout autre. Il faut se débarrasser du capitalisme qui n’a de respect que pour les capitalistes et les profits. Les travailleurs et les travailleuses avaient raison de résister à la diminution de leurs salaires et de leurs conditions de travail. Les 322 qui ont résisté jusqu’au bout ont été les plus courageux, résistant à une population hostile et gonflée à bloc par les potentats locaux. Il faut continuer à se tenir debout et poursuivre cette résistance. Il faut travailler et construire le Parti communiste révolutionnaire qui nous aidera à se débarrasser du capitalisme qui ne nous veut toujours qu’à genoux.

Correspondant DR
e p D T F s