Drapeau Rouge №62
À BAS LA GUERRE IMPÉRIALISTE!

Retrait immédiat des troupes canadiennes et étrangères d’Afghanistan!

À l’automne 2006 les journalistes Céline Galipeau et Alexandra Chaska de Radio-Canada sont allées à tour de rôle en Afghanistan et ont cherché à montrer que l’armée canadienne y fait du bien et que ce pays avance grâce à elle. Invitées et bien encadrées par l’armée canadienne, elles ont déniché quelques femmes sans voile qui s’instruisaient à Kaboul et quelques industries de camelotes subventionnées par le gouvernement canadien. Ce n’était pas très fort!

Tellement que leurs convictions sur le bien que fait l’armée canadienne semblaient moins tirées des faits que des idées à la mode mises de l’avant dans les pays occidentaux par les intellos du genre de Bernard Kouchner de Médecins sans frontières, et de Bernard-Henri Lévy, qui se proclament tous deux de gauche en défendant le «droit d’ingérence» de l’impérialisme, et particulièrement de l’impérialisme américain.

Et j’allais oublier notre bon général Roméo Dallaire, qui pense lui aussi que les armées impérialistes avec leurs avions, leurs bombes, leurs mitraillettes et leurs soldats peuvent faire du bien sur la planète.

L’impérialisme humanitaire n’existe pas

Les chantres de l’impérialisme humanitaire et de ses armées qui auraient atteint un niveau de démocratie et d’altruisme trompent et se trompent. Un livre récent, L’impérialisme humanitaire, de Jean Bricmont (Lux éditeur, 2006), critique cette «idéologie des droits de l’homme» qui justifie la guerre pour les faire respecter. Ces chantres oublient l’histoire de l’impérialisme, particulièrement de l’impérialisme américain, et ses crimes.

Un autre auteur (William Blum, L’État voyou, Paragon, 2004) les rappelle :

«Depuis 1945, les États-Unis ont tenté de renverser plus de 40 gouvernements étrangers, et d’écraser plus de 30 mouvements nationalistes ou populaires en lutte contre des régimes intolérables. Ce faisant, les Américains ont causé le décès de plusieurs millions de personnes, et condamné encore plus de millions d’individus à une vie d’agonie et de désespoir.»

Se peut-il que les attentats du 11 septembre 2001 aient été commis en représailles à ces gestes violents pratiqués par les États-Unis? L’auteur que nous venons de citer pense que oui :

«En châtiment pour les dizaines d’années d’oppression militaire, économique et politique imposée par l’empire américain au Moyen-Orient et aux musulmans, les bâtiments pris pour cible par les terroristes n’ont pas été choisis au hasard. Le Pentagone et le World Trade Center représentaient la puissance militaire et économique des États-Unis, alors que l’avion qui s’est écrasé en Pennsylvanie se dirigeait peut-être vers l’aile politique de la Maison-Blanche. C’est le contexte qui importe. Si ce que les pilotes de l’air ont fait est inexcusable, ce n’est en aucun cas inexplicable.»

C’est avec ce pays mal famé, c’est avec cet «État voyou», comme l’a qualifié Blum – cet ancien fonctionnaire américain qui a fait une liste des crimes barbares commis par son pays sous le couvert des droits et libertés – que le Canada est parti en «guerre humanitaire» en Afghanistan dès la première semaine d’octobre 2001, en réaction aux attentats du 11 septembre. Cela, afin de faire payer le peuple afghan pour des crimes qu’il n’a pas revendiqués et avec lesquels il n’avait rien à voir. Et ça dure depuis cinq ans. Les victimes civiles tuées dépassent d’ailleurs beaucoup celles des attentats perpétrés le 11 septembre 2001. Et le pays a été mis sens dessus dessous.

La guerre a commencé de façon «souple» pour le Canada au tout début. Les Américains se chargeaient des bombardements. Puis, ce fut de plus en plus dur. La guerre n’est jamais faite pour être souple bien longtemps.

Tout cela contre un des peuples les plus pauvres du monde, 175e sur 177 dans le classement de l’Organisation des Nations Unies, où l’espérance de vie est de 45 ans, où entre 1 600 et 1 900 femmes sur 100 000 meurent durant leur grossesse ou à l’accouchement, où 700 enfants et 50 à 70 femmes meurent chaque jour, etc.

Non à l’occupation de l’Afghanistan!

La vérité c’est que l’Afghanistan va mal et n’a pas avancé depuis que les armées canadiennes et étrangères s’y trouvent. À l’ordre du jour, c’est toujours la guerre et le développement ne se fait pas, entre autres parce que les dépenses pour la guerre sont dix fois plus élevées que celles pour le développement

Certes, les Talibans ont été chassés du pouvoir mais l’Alliance du Nord qui avait été elle-même chassée par les Talibans et qui a des conceptions religieuses similaires et des points de vue aussi brutaux qu’eux a pris beaucoup de place dans le gouvernement. De fait, ce sont les seigneurs de guerre et les barons de la drogue qui dirigent le pays, et ce sont d’eux que proviennent aussi en majorité les manquements aux droits et libertés. Le fameux ministère du Vice et de la Vertu, responsable d’abus et d’arbitraire auprès des femmes et des filles afghanes sous le régime des talibans, a d’ailleurs été remis en place.

Ce qui préoccupe les pays impérialistes qui sont là, et les États-Unis d’abord, c’est de mettre en place un pouvoir qui va permettre leur hégémonie et la source des profits qu’elle procure, plutôt que le développement du pays.

Les informations les plus sérieuses et les mieux documentées sur ce qui se passe en Afghanistan ne nous viennent pas de la grande presse mais du mouvement d’opposition à cette sale guerre. À Montréal, le collectif Échec à la guerre (www.echecalaguerre.org), qui a organisé de nombreuses manifestations contre la guerre en Afghanistan et la présence militaire canadienne dans cette guerre, vient de publier un nouveau document qui cherche à faire le tour de la question. Intitulé Le Canada dans la guerre d’occupation en Afghanistan, le document répond à 18 questions sous cinq chapitres :

  1. Une intervention militaire illégitime. Cette intervention était illégitime et illégale au départ, et elle reste totalement injustifiée.
  2. La situation après cinq ans d’intervention militaire. L’autorité du président ne s’étend guère en dehors de Kaboul, l’Alliance du Nord et les seigneurs de guerre s’occupent du reste. Les droits ne sont pas mieux respectés et l’insécurité est toujours aussi grande. La violence contre les femmes continue à être tolérée.
  3. La vraie raison de la guerre. Objectifs immédiats : renverser le gouvernement hostile aux États-Unis et mettre en place un gouvernement qui lui est favorable. Objectif stratégique : installer des bases militaires dans l’ex-chasse gardée de l’URSS et dans l’ancienne cour de la Chine.
  4. L’intervention canadienne. Le changement dans l’intervention militaire canadienne, de plus souple à plus dure, n’est pas lié au changement de gouvernement; depuis la fin de la guerre froide, l’armée canadienne est devenue de plus en plus guerrière.
  5. Les propositions du collectif Échec à la guerre. Retrait des troupes canadiennes en Afghanistan. Il faut défendre le principe de l’autodétermination du peuple afghan.

Comme l’explique le secrétaire général du Parti communiste (maoïste) d’Afghanistan dans une entrevue accordée au magazine maoïste A World to Win :

«La bannière de la démocratie est utilisée comme un écran de fumée par les impérialistes. Dans un pays occupé par une puissance étrangère, la souveraineté populaire est foulée aux pieds et le peuple ne peut exercer ses droits démocratiques… Notre parti appuie le développement de la guerre révolutionnaire de résistance contre les occupants impérialistes et leur régime fantoche. Cette guerre doit prendre la forme d’une guerre populaire, basée sur les masses populaires.»

P.-A. Briand
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