Drapeau Rouge №60
UN MAOÏSTE CANADIEN AU CŒUR DE LA RÉVOLUTION EN MARCHE

«La force principale de la révolution, c’est le peuple népalais»

Depuis une dizaine d’années, le Népal est le théâtre d’une guerre qui oppose d’un côté les troupes de l’armée royale et de l’autre, une puissante guérilla maoïste. Puissante, parce qu’elle contrôle désormais environ 80% du territoire du pays, alors que seules les grandes villes et la vallée centrale autour de la capitale (Katmandou) demeurent sous le contrôle de l’armée royale.

La guerre populaire dirigée par le Parti communiste du Népal (maoïste) contribue grandement à la renaissance du maoïsme à laquelle on assiste à l’échelle internationale. Nous croyons essentiel que ceux et celles qui aspirent à libérer le monde de la misère et de l’exploitation impérialiste s’intéressent à cette révolution. Elle est un exemple du succès que connaît cette stratégie révolutionnaire de libération et à ce titre, elle mérite d’être étudiée et nous l’espérons, suivie par d’autres forces à travers le monde.

Nous nous sommes entretenus récemment avec François Thibault, un jeune militant du Parti communiste révolutionnaire (comités d’organisation), alors qu’il prenait une pause, entre deux conférences qu’il prononce depuis quelques semaines sur la révolution au Népal.

François Thibault a fait partie de la première brigade internationale qui a séjourné au Népal à l’automne 2005 dans le cadre d’un projet de construction de route en zone libérée. À l’appel du Parti communiste du Népal (maoïste), des dizaines de milliers de personnes participent aux travaux de construction de cette route qui reliera les villages de Nuwagaun, Thawang et Chunwang.

Cette nouvelle route portera le nom de Sahid Marg, ou la «route des Martyrs». Ce projet se déroule en ce moment même dans le district de Rolpa, situé à l’ouest du Népal. Ce district, dans lequel le peuple exerce déjà le pouvoir politique, est reconnu comme une puissante base d’appui de la guerre populaire.

Le village où s’est installée la brigade fait justement partie de la République populaire autonome du Magarat. Cette république a été proclamée en 2003 après que les forces de l’Armée populaire de libération (APL) eurent chassé les troupes de l’armée royale.

Beaucoup d’analystes de la situation népalaise se sont demandés pourquoi le PCN(maoïste) avait jugé nécessaire d’amorcer un projet de cette ampleur, alors même que se déroule une révolution et que le Parti prenait la décision de passer à l’offensive stratégique?

De façon générale, le PCN(M) considère qu’il faut poursuivre le développement en même temps que la révolution. Que dans le processus révolutionnaire, la destruction de l’ancienne société est intimement liée avec la construction d’un nouveau type de pouvoir. Sommairement dit, la révolution détruit l’ancien monde et développe les bases d’un nouveau monde qui se forge dans la lutte.

En détruisant les relations féodales et en se développant, la guerre populaire met en place les bases matérielles qui permettront de construire une économie qui pourra satisfaire les besoins matériels et sociaux de la population.

La révolution permet entre autres de résoudre le problème de la faim endémique et de la malnutrition, grâce à la réforme agraire. Le nouveau pouvoir stimule la production locale en procédant à la redistribution des terres enlevées aux propriétaires terriens et remises aux paysans et paysannes.

Plus particulièrement, la construction de la route, en dehors des considérations économiques, répond aux besoins exprimés par les masses qui habitent la république du Magarat. La construction de la route favorise et s’appuie sur la participation des masses. La route permet enfin à la population locale de bénéficier d’une voie de transport routier pour les marchandises, facilitant l’autosuffisance en termes de production agricole et industrielle. Une fois achevée, la route permettra de réduire les écarts entre la situation qui règne dans les grandes villes et les campagnes plus éloignées.

Le district de Rolpa, qui constitue une importante base d’appui révolutionnaire, est désormais pleinement indépendant en termes de production alimentaire. L’élargissement des cultures fruitière et maraîchère et de l’élevage des volailles et des animaux a déjà eu comme résultat d’augmenter significativement la quantité de nourriture disponible pour la population. Les développements réalisés dans les domaines de la santé et de l’éducation sont eux aussi significatifs. Nul doute qu’une fois la route terminée, on assistera à une croissance encore plus spectaculaire à ce niveau.

L’élément le plus important en ce qui à trait à la construction de la route et naturellement, celui que la bourgeoisie internationale tout comme le pouvoir monarchiste local ont tenté de présenter comme du travail forcé, est sans doute que les masses participent activement et sur une base volontaire (i.e. sans rémunération) à l’ensemble du projet.

Le chef du gouvernement régional autonome du Magarat, Santosh Buda Magar, affirme que la campagne de mobilisation qui entoure la construction de la route des Martyrs a eu pour effet de relever sensiblement l’enthousiasme des masses : «De façon générale, cette campagne a rendu les gens plus conscients, notamment de leurs capacités et de leur propre pouvoir. Elle a permis de resserrer les liens idéologiques, politiques et organisationnels entre le Parti et les masses.»

Correspondant DR

Le Drapeau rouge : Comment la révolution a-t-elle débuté?

François Thibault : Le PCN(maoïste) est issu d’une autre organisation, le PCN(Mashal), qui défendait une ligne attentiste selon laquelle il était impossible de faire la révolution au Népal sans l’appui de l’Inde, contre laquelle certains militants étaient en désaccord. Il y a donc eu une lutte idéologique (ce que les maoïstes appellent une lutte entre les deux lignes) et une nouvelle direction s’est forgée – révolutionnaire celle-là – qui a pris les mesures nécessaires afin de commencer les préparatifs de la guerre populaire prolongée.

En se basant sur les principes maoïstes, les forces révolutionnaires ont analysé qu’une situation révolutionnaire prévalait en permanence au Népal, et qu’il fallait une préparation subjective adéquate pour pouvoir saisir le moment historique qui se présentait. C’est pourquoi la guerre populaire prolongée s’est développée.

La révolution a débuté en 1996 avec un petit nombre de personnes (plus ou moins 250, selon certains camarades que j’ai rencontrés au Népal). Ces initiateurs et initiatrices ont commencé par attaquer les postes de police les plus reculés.

Ce sont les masses paysannes qui attaquaient ces postes avec pour seules armes leurs couteaux traditionnels et des instruments pour travailler la terre et, il faut le dire, deux vieux mousquets que l’on chargeait comme au 19e siècle, par la bouche du canon, et dont l’un des deux ne fonctionnait même pas!

Il faut aussi savoir que dans un pays pauvre comme le Népal, souvent les policiers dans les régions éloignées ne disposent pas d’armes eux non plus, mais seulement de longs bâtons. Mais une fois les premiers postes de police sous le contrôle des forces de la révolution, il a bien fallu s’attaquer à des objectifs plus importants, sans avoir plus d’armes qu’auparavant, afin de se saisir des armes plus modernes de l’ennemi.

Plus le processus de guerre populaire s’est développé, et plus les attaques ont gagné en ampleur, en quantité et en qualité, ce qui a permis aux unités de la guérilla (qui allaient éventuellement former l’Armée populaire de libération) de s’armer grâce aux armes arrachées aux forces monarchistes.

Quelle est la force principale, le moteur de la révolution au Népal?

La force principale, c’est le peuple népalais. Sans la participation des masses, il aurait été impossible de transformer le Népal. De mon expérience au sein de la brigade, je retiens ceci : c’est l’implication des masses qui permet de briser avec les structures féodales, qui permet aux femmes de se libérer, à la paysannerie de reprendre la terre, qui donne aux membres des castes inférieures des droits égaux. Selon moi, toutes ces victoires auraient été impossibles sans la mobilisation des masses qui sont la colonne vertébrale de la guerre populaire au Népal.

Je dois le redire et souligner que la révolution au Népal ne bénéficie d’aucune aide extérieure, ni en armes ni en argent. Les masses les plus pauvres d’un pays extrêmement pauvre et réactionnaire donnent depuis plus de 10 ans une grande leçon historique aux masses exploitées et opprimées du monde entier.

Est-ce là une application du principe maoïste de compter sur ses propres forces?

Oui, cela est en parfaite concordance avec ce principe. Au début de la révolution (et même encore aujourd’hui), les masses n’avaient rien : aucun instrument de travail, ni d’armes. Le Parti a dû compter sur les masses : c’est seulement en s’appuyant sur elles qu’il fut possible de combattre durablement le féodalisme. Comme je l’ai dit, les masses sont le facteur décisif dans la révolution au Népal.

De plus, le PCN(M) est une organisation maoïste, et toutes les organisations révolutionnaires qui appliquent réellement le maoïsme ont comme principe stratégique de partir des masses pour revenir aux masses.

À quelle étape est parvenu le processus révolutionnaire au Népal? L’an dernier, le PCN(maoïste) annonçait que la guerre populaire prolongée était maintenant à l’étape de l’offensive stratégique. Qu’en penses-tu?

Il s’agit de différentes questions. Je vais tenter du mieux que je peux de les distinguer et d’y répondre.

Premièrement, les forces révolutionnaires contrôlent plus de 80% du territoire où vivent de 65 à 75% de la population. Concrètement, la prise du pouvoir à l’échelle du pays est bientôt possible. Cette prise du pouvoir ne sera pas l’aboutissement de la révolution au Népal, elle ne signifiera pas que la révolution va cesser, c’est simplement une étape qui s’inscrit dans un processus de longue durée. Pour bien comprendre, il faut faire un retour sur la situation économique et sociale du Népal.

Le Népal est un pays semi-féodal et semi-colonial. Le marxisme-léninisme-maoïsme analyse que dans les pays opprimés de ce type, c’est en général une situation révolutionnaire objective qui prévaut.

Le Népal est un pays pauvre et petit. Plus de 85% de la population vit dans les zones rurales, et les gens sont très pauvres – ils sont très opprimés. Les relations féodales – les formes féodales d’exploitation – sont très sévères dans les zones rurales (grosso modo, il faut juste faire l’effort de s’imaginer vivre comme on vivait il y a 200 ans pour comprendre un peu mieux ce qu’il en est…).

Le développement industriel est très faible, et les types de bases industrielles qui existent sont toutes dans les mains d’une classe bourgeoise vendue à des intérêts extérieurs (principalement, la bourgeoisie indienne).

De façon générale, on peut dire que la révolution au Népal a suivi le parcours classique de la guerre populaire prolongée, en passant par les différentes étapes qui la composent (défensive stratégique – équilibre stratégique – offensive stratégique). Nous sommes en ce moment à l’étape de l’offensive stratégique.

De façon plus particulière, on peut dire qu’en tenant compte de la situation concrète et du rapport de force existant entre les forces révolutionnaires et les forces de la monarchie réactionnaire, le PCN(maoïste) a réussi à rallier, autour d’une entente en 12 points, les sept principaux partis parlementaires non monarchistes, ce qui a eu pour effet d’isoler encore plus le pouvoir féodal. Il faut rappeler que le roi avait limogé le parlement en février 2005.

Selon ce que tu en sais, comment le PCN(M) envisage-t-il la prise du pouvoir?

L’analyse marxiste-léniniste-maoïste se fait toujours à partir de la situation concrète. Le Népal est un pays arriéré, semi-féodal dont l’économie est faible et où la technologie est quasi absente. Il y a donc beaucoup de transformations à faire sur le chemin qui mène vers le socialisme. Premièrement, il y a les tâches bourgeoises de la révolution, c’est-à-dire établir l’égalité en droit pour tout le peuple népalais. Il faut aussi convoquer une nouvelle assemblée constituante et un nouveau parlement, formuler une nouvelle constitution; démanteler l’État monarchiste, principalement l’armée royale, et éventuellement fusionner certains de ses éléments avec l’armée révolutionnaire, afin de former la nouvelle armée du Népal démocratique.

Les transformations révolutionnaires

Quelles sont les principales transformations que tu as pu constater dans les zones libérées où tu as séjourné?

Il y a plusieurs choses à dire à ce sujet. Ce qui saute d’abord aux yeux, ce sont les transformations qui se sont produites en ce qui concerne la condition des femmes. Celles-ci ont été les principales bénéficiaires des avancées accomplies dans les zones libérées. Elles bénéficient maintenant des mêmes droits que les hommes. Elles ont le droit à la propriété, le droit à l’héritage, à la citoyenneté, au divorce (elles obtiennent alors automatiquement 50% du partage des biens). De plus, dans les zones libérées, la vieille tradition des mariages «arrangés» est désormais interdite.

On a formé beaucoup de sages-femmes afin de faciliter les accouchements et réduire la mortalité. Les tâches ménagères sont distribuées plus équitablement.

Il y a maintenant des organisations de femmes à tous les niveaux (y compris dans les villages).

C’était comment avant la révolution?

Le Népal est le seul pays au monde où les femmes ont une espérance de vie moindre que les hommes. Ceci est le résultat du fonctionnement de la société féodale et patriarcale. Entre autres, les femmes doivent travailler dans les champs, s’occuper de la maison et du bétail.

Avant, les hommes travaillaient seulement durant les récoltes et devaient partir quelques semaines pour aller vendre les produits. Entre chaque période de récoltes, l’alcoolisme était un problème important qui générait beaucoup de violence conjugale.

Est-ce pour cela qu’il est maintenant interdit de consommer de l’alcool dans les bases d’appui?

Oui, mais l’application se fait selon le principe d’être ferme sur les principes et souple dans l’application. On tolère qu’un villageois consomme un peu d’alcool, en autant que cela ne l’empêche pas de bien faire ses tâches et de respecter sa conjointe.

Le villageois qui ne ferait pas ses tâches ou qui serait violent recevra en premier lieu un avertissement de ne pas reproduire ce comportement, en plus de devoir se soumettre à une séance d’éducation politique (dans le but de «guérir la maladie et sauver l’homme»).

Si le comportement persiste, l’homme devra faire des travaux communautaires parmi les masses. Contrairement à notre système de justice, les maoïstes croient qu’il ne faut pas concentrer les criminels dans un même endroit, mais plutôt les faire travailler et s’éduquer parmi les masses, afin de les transformer. Finalement, s’il s’avère impossible de transformer la personne, il sera suggéré à la femme de divorcer.

Lors de ton séjour, quel rôle les femmes semblaient-elles jouer?

Les femmes jouent un rôle actif dans la révolution. Pour commencer, elles sont présentes dans la sphère publique, ce qui n’est pas le cas des femmes qui ne sont pas dans les zones libérées.

Elles jouent un rôle important au niveau du Parti, des organisations de masse, de l’armée populaire, et plus particulièrement là où j’étais, elles jouaient un rôle important dans le comité de construction de la route.

Mais comme il serait irréaliste de croire que tout peut changer du jour au lendemain, les femmes conservent encore une certaine gêne en public. Malgré tout, elles ont voix au chapitre dans toutes les décisions qui les concernent.

Y a-t-il plusieurs nationalités différentes au Népal?

J’ai côtoyé des gens provenant de plusieurs nationalités différentes, entre autres à cause de la présence d’un bataillon de l’APL. Ceux-ci sont volontairement composés de Népalais et Népalaises provenant de tout le pays, afin de faciliter les liens avec la population locale.

De plus, le Parti a facilité la formation de gouvernements populaires autonomes dans les zones libérées, octroyant de fait le droit à l’autodétermination aux nationalités opprimées. L’ensemble de ces gouvernements autonomes sont librement fédérés dans le United Revolutionary People’s Council.

Comment se rend-on compte que l’on est arrivé dans une zone libérée?

La brigade est allée au Népal pendant le dernier cessez-le-feu, décrété unilatéralement par le PCN(maoïste). Donc, il n’y avait aucun «check point» – seulement un portail sur lequel il y avait une bannière rouge où il était inscrit :

À bas
Le royaume féodal et monopolistique

Peuple sans terre, paysans pauvres
Libre de prendre la terre

Caste des intouchables et leurs familles
Droit spécial de diriger

Étudiants intouchables
Libres d’accéder à une éducation supérieure

Comment la vie y est-elle organisée?

Règle générale, chaque village est dirigé par un comité de développement du village. Ce comité remplace l’ancienne autorité politique. Les membres du comité sont élusEs par les résidantEs du village. Dans les zones qui viennent juste d’être libérées et où le nouveau pouvoir populaire n’est pas encore consolidé, ce comité est nommé, en attendant que la situation permette son élection. Avec la brigade, nous n’avons pas pu assister à une réunion du comité. Mais il semble fonctionner très bien.

En ce qui concerne l’agriculture, les paysans fonctionnent encore sous un mode de production individuel. Mais de plus en plus, ils sont amenés à fonctionner dans un cadre coopératif, ce qui permet de maximiser la production.

Quelle est l’expérience la plus développée que vous ayez rencontrée?

Assurément, les communes modèles!

De quoi s’agit-il?

Pour comprendre les communes modèles, il faut commencer par comprendre d’où viennent les gens qui les composent.

Les communes modèles se situent dans une zone qui était un berceau de la révolution, longtemps avant l’initiation de la guerre populaire. Lorsque la révolution a libéré le territoire, les paysans et paysannes avaient déjà dépassé le stade de l’agriculture individuelle et étaient déjà engagéEs dans un mode coopératif. Une fois le territoire aux mains des forces démocratiques et révolutionnaires, il était logique et parfaitement réalisable d’élever le niveau du travail coopératif et de passer au mode de la commune.

En quoi se démarquent-elles?

Premièrement, il y a absence de propriété privée. La terre, les bâtiments et les outils appartiennent à la commune. Le travail se fait en commun et la production est redistribuée selon le principe de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins.

De plus, il y a une multitude d’initiatives. Par exemple, l’école est obligatoire pour les enfants. Il y a des cours d’alphabétisation pour les paysans et les paysannes, ainsi que des cours de formation. Il y a même une bibliothèque. La commune fonctionne en répartissant ses membres en équipes de travail selon les tâches à faire : labours, réparation des outils, etc. Il y a un contrôle plus strict dans la répartition des tâches ménagères.

Dans la commune la plus avancée, tous les habitants et toutes les habitantes vivent en commun dans deux édifices. Par conséquent, l’ensemble des tâches (y compris les tâches ménagères et d’éducation des enfants) sont partagées par tout le groupe.

Qu’est-ce qui permet, selon toi, que cette commune puisse fonctionner selon ce mode?

Principalement parce qu’elle est composée de membres des familles des martyrs (ceux et celles qui sont morts pour la révolution) et de militantes et militants du Parti. Les membres de la commune sont idéologiquement gagnés à la révolution.

Je dois aussi souligner autre chose : la commune est en mesure de se défendre de façon autonome contre une attaque militaire de l’ennemi. Tous les membres de la commune sont diviséEs en pelotons et ont reçu une formation militaire.

Y a t-il des écoles dans les zones libérées?

Oui, les anciennes écoles sont encore là et la monarchie continue à payer les enseignantEs.

Alors, quel est le changement?

C’est la formation qui a changé. Plus particulièrement, toutes les notions et règles sociales du féodalisme ne sont plus enseignées. Il y a aussi, comme dans le cas des communes, des écoles modèles. Dans ces écoles, le programme scolaire est entièrement différent.

Pour commencer, la théorie est toujours liée à la pratique. Un exemple : l’enseignement des sciences de l’environnement est fait en rapport avec l’agriculture locale. Les étudiants et étudiantes sont évaluéEs selon leur interaction avec les autres, contrairement aux écoles bourgeoises où les examens sont connus pour être des embuscades tendues aux étudiantes et étudiants. L’école modèle enseigne aux élèves l’entraide (les évaluations sont souvent faites en équipe) et on apprend aux jeunes qu’il est plus important de résoudre un problème que d’apprendre une quantité de matière par cœur.

Y a t-il de soins de santé pour le peuple?

La médecine est un autre domaine où la révolution a déjà apporté des changements. Auparavant, seuls les riches seigneurs et les bourgeois avaient accès aux médecins et aux médicaments. Maintenant, chaque village est doté d’un département de santé et partout on retrouve des ce qu’on appelle des «médecins aux pieds nus» (à l’exemple de ce qui a été fait dans la Chine de Mao), qui peuvent soigner la majorité des cas qui se présentent à eux.

Chaque département de santé a aussi un petit budget (très modeste!) afin d’acheter en Inde les médicaments génériques nécessaires pour les cas plus lourds.

Notre brigade a vu de près le fonctionnement des services de santé en zone libérée. En effet, un camarade s’est retrouvé malade avec une variante de la dysenterie. Un «médecin aux pieds nus» est venu lui faire une perfusion d’antibiotiques, ce qui lui a permis de regagner son pays d’origine.

Quel est l’impact de la révolution sur la culture?

Comme je l’ai souligné, le Népal est un pays semi-féodal et semi-colonial; historiquement, la production culturelle était limitée principalement aux grandes villes et accessible aux aristocrates et bourgeois qui y habitent.

Bien sûr, il y a des éléments de culture populaire dans les objets de tous les jours – bijoux, vêtements, etc. Mais, en dehors des choses utilitaires, il n’y avait presque rien pour le peuple. En libérant les territoires, le PCN(maoïste) a aussi vu à introduire des journaux ainsi que des stations de radio qui diffusent dans toutes les langues du pays.

De même, comme beaucoup de gens vivent loin des grands centres et souvent ne savent ni lire ni écrire, l’Armée populaire de libération organise, partout où elle se trouve, des programmes culturels avec de la danse, des petites pièces de théâtre et des extraits musicaux, le tout inspiré de la vie de tous les jours et des transformations révolutionnaires.

«Le pouvoir est au bout du fusil»

En quoi l’Armée populaire de libération se démarque-t-elle de l’armée royale?

Contrairement aux bobards qu’on entend ici et là, il n’y a aucune conscription obligatoire. Il faut avoir 19 ans pour en être membre et l’admission se fait sur une base volontaire.

L’APL est une armée politisée; dans bien des cas, ses membres ont milité auparavant dans des comités du Parti. La motivation principale de cette armée est une motivation idéologique et politique – celle de faire progresser la révolution.

Toute la population, enfants y compris, reçoit une formation de base en ce qui a trait aux armes. Le but de cette formation n’est pas d’enrôler les gens dans l’armée mais d’éviter, comme il est déjà arrivé, que des enfants tombent sur du matériel laissé par l’armée royale (entre autres des bombes, des mines) et qu’ils se blessent.

Autre fait digne de mention, les bataillons de l’APL ne disposent pas de baraquements permanents. Pour le Parti, les casernes permanentes ont pour effet de couper les militaires du peuple.

Comme ils n’ont pas de baraquements, les bataillons se déploient de villages en villages et ils sont nourris et hébergés par les habitants et habitantes. En retour, les membres de l’APL, lorsqu’ils ne sont pas assignés à une zone de combat, ont l’obligation de faire des tâches au service des villageoises et villageois.

Souvent le genre d’aventure que tu as vécue prend la forme de «tourisme révolutionnaire», i.e. on prend des photos, on se fait vivre chez les habitants, on fait un peu de travail. Quel était donc le but de votre brigade?

Pour commencer, il faut se souvenir des buts fixés à la brigade : faire connaître la révolution népalaise au monde entier. Bien que nous ayons fourni une humble quantité de travail, tel n’était pas notre but premier. Le Parti est capable de mobiliser des dizaines de milliers de personnes, et ce n’est certes pas notre présence qui aurait fait la différence!

Notre brigade avait plutôt des objectifs politiques, dont le plus important était de faire connaître la révolution au Népal, afin de susciter le développement d’un large mouvement de solidarité, qui sera notamment en mesure de se mobiliser lorsque les grandes puissances impérialistes interviendront plus directement pour écraser la révolution. Éventuellement, nous souhaitons également mobiliser des ingénieurs, médecins, agronomes et autres spécialistes qui voudront bien soutenir le processus en cours en s’y rendant pour aider les masses révolutionnaires.

Que faites-vous, maintenant que vous êtes de retour, pour faire connaître la révolution?

Nous avons réalisé au Népal ce qu’on pourrait appeler du «reportage révolutionnaire»; nous avons constaté et vérifié directement, sur place, les changements, pour ensuite les faire connaître. C’est pourquoi nous avons assisté à de nombreuses réunions, fait et donné plusieurs entrevues (avec des membres du Parti, des responsables militaires, des dirigeantes et dirigeants des organisations de masse – groupes de femmes, organisation des «intouchables», syndicat des enseignantEs, etc.).

Dans mon cas en particulier, j’effectue présentement une tournée, partout au Québec, où je rencontre des militantes et militants intéresséEs à en connaître davantage sur le processus révolutionnaire actuellement en cours au Népal. Et j’invite tous ceux et celles qui sont intéresséEs à s’impliquer ici même pour faire connaître la révolution au Népal, à me contacter ou à contacter le PCR(co).

e p D T F s