Arsenal №1
DOCUMENTS DU MOUVEMENT COMMUNISTE INTERNATIONAL

Népal : Qu’arrivera-t-il après la fin de la guerre populaire ?

Le 27 août dernier, le Parti communiste du Népal (maoïste) mettait fin au cessez-le-feu qui perdurait depuis sept mois dans ce pays, après que le régime eût massacré des dizaines de cadres politiques du Parti et fermé la porte à toute possibilité d’élection d’une assemblée constituante qui permettrait au peuple de décider de son avenir. Dès lors, les actions de la guérilla ont repris, et des affrontements sanglants – parmi les plus importants depuis le début de la guerre populaire – se sont succédés. Les 18, 19 et 20 septembre, une grève générale a été observée dans tout le pays, à l’appui des revendications de la guérilla maoïste. Avec l’intervention de plus en plus ouverte des puissances étrangères, et notamment de l’impérialisme U.S. qui a dépêché sur place des conseillers militaires, la lutte du peuple népalais pour se débarrasser du féodalisme monarchiste et de l’oppression impérialiste vient d’entrer dans une nouvelle phase qui risque de s’avérer déterminante. Le texte qui suit présente sommairement quelles sont les perspectives de la guérilla maoïste, suivant une éventuelle prise du pouvoir. Nous le publions en souhaitant susciter chez nos lecteurs et lectrices une solidarité encore plus active avec la glorieuse lutte menée par nos camarades du Népal !
La rédaction

Nous allons tenter ici d’expliquer quels sont les plans du Parti pour la période qui suivra la fin de la guerre populaire.

La première question à laquelle nous allons tenter de répondre est la suivante : que fera le PCN(M) après que le vieil État représentant la monarchie féodale soutenue par l’impérialisme et l’État indien aura été renversé par la révolution ?

Le programme du Parti pour la révolution de démocratie nouvelle – qui représente une première étape dans le cadre d’un processus révolutionnaire ininterrompu vers la révolution socialiste – a été expliqué en détails dans le numéro 8 du magazine The Worker (disponible sur le Web à l’adresse suivante : www.cpnm.org/worker/issue8/urpc.htm).

L’objectif principal à cette étape est de libérer le peuple népalais du joug des rapports sociaux semi-féodaux et semi-coloniaux. Cela veut dire que le Parti dirigera la mise sur pied d’un nouvel État de démocratie populaire. Nous entendons par là une démocratie significative et une réelle liberté par la classe ouvrière et la paysannerie – tout le contraire de la fausse démocratie et de l’insignifiante liberté qu’on connaît dans la grande majorité des pays où règne la «démocratie parlementaire». Cette démocratie populaire constituera une première forme de la dictature du prolétariat, parce qu’elle sera établie sous sa direction, à travers son parti d’avant-garde. D’autres classes, comme les masses laborieuses paysannes et petites-bourgeoises, et même certaines sections de la bourgeoisie nationale qui ne sont pas liées aux intérêts économiques et politiques impérialistes (et aussi longtemps qu’on pourra les rallier à la lutte contre les principaux ennemis de la révolution, i.e. l’impérialisme et le féodalisme), feront également parti du nouvel État. Il ne s’agira donc pas d’un État communiste. (La conception marxiste du communisme veut de toutes façons qu’à ce stade du développement de l’humanité, il n’y aura plus d’exploitation ni d’oppression d’une classe par une autre, ni lutte de classes : conséquemment, il n’y aura plus besoin d’appareil d’État.)

La période qui suivra la victoire du peuple népalais et l’accomplissement de la révolution de démocratie nouvelle verra la mise en place d’un État prêt à défendre, protéger et sauvegarder les intérêts fondamentaux de l’immense majorité de la population. Cet État exclura nécessairement, en tout premier lieu, la bourgeoisie compradore et la bourgeoisie bureaucratique qui exercent aujourd’hui le pouvoir d’État, ainsi que les féodaux comme les grands propriétaires terriens. L’État révolutionnaire prendra donc la forme d’une dictature démocratique populaire apte à diriger les transformations sociales et à faire avancer la construction de la nouvelle société sur de nouvelles bases.

Quelles seront les fondements de cette nouvelle société ?
La nouvelle économie constituera la base de la société révolutionnaire.

Le point le plus important à souligner ici, c’est que cette nouvelle économie sera complètement libérée du contrôle, de la domination et de l’autorité de l’impérialisme. On mettra fin aux investissements des monopoles étrangers et des grandes banques ; ceux-ci seront désormais exclus de l’activité économique. Ainsi, l’impérialisme ne sera plus en mesure de dicter ses exigences comme il le fait présentement à travers ses institutions telles la Banque mondiale, le FMI, les différentes agences de l’ONU ou encore l’Organisation mondiale du commerce.

De plus, les entreprises actuellement propriété des compradores et des capitalistes-bureaucrates seront toutes expropriées par le nouvel État.

La démocratie populaire va s’acharner à développer une économie nationale auto-suffisante ; ainsi, les capitalistes locaux qui ne sont pas liés à l’impérialisme ou au capital étranger seront autorisés à jouer un certain rôle, jusqu’à une certaine limite. Cela se poursuivra ainsi jusqu’au passage à l’étape suivante, qui verra la construction d’une société socialiste à travers une lutte de classes dont on doit s’attendre qu’elle soit encore plus intense et complexe que celle qui aura prévalu dans l’ancienne société. (L’État, à cette étape, prendra la forme de la dictature du prolétariat.)

L’activité des secteurs économiques stratégiques, comme celui des banques, de l’énergie fossile, le commerce extérieur, les céréales, etc., sera placée sous le contrôle de l’État. La propriété privée en sera désormais exclue. On développera l’industrialisation avec l’objectif de bâtir une économie nationale indépendante qui soit en mesure de satisfaire les besoins fondamentaux de la population et d’assurer le plein emploi. L’agriculture formera la base de la nouvelle économie, alors que l’industrie en constituera le pôle dirigeant.

À l’étape de la démocratie nouvelle – i.e. après le renversement des anciens rapports de production -, la terre sera redistribuée selon les principes de «la terre à celle ou celui qui la travaille et à celles et ceux qui en sont dépossédéEs». L’État soutiendra fortement la production agricole ; l’éradication de la pauvreté en milieu rural constituera la préoccupation première de l’État et de toute la société. Parallèlement, la réduction des inégalités de revenus, par le biais des coopératives agricoles et du renforcement de la coopération dans tous les domaines de l’activité économique, deviendra un des principaux objectifs. L’agriculture en milieu rural, dans laquelle plus de 80 % de la population népalaise est actuellement engagée, constituera la colonne vertébrale de la nouvelle économie. L’industrialisation en milieu agricole sera encouragée dans le but de diversifier l’activité économique, de créer de nouvelles opportunités d’emploi et d’assurer l’indépendance du pays face à l’impérialisme. Durant toute cette période, aussi bien qu’à l’étape suivante de transformation socialiste, la révolution népalaise mettra de l’avant le slogan «Faire la révolution et promouvoir la production». La lutte de classes se poursuivra, et une lutte politique et idéologique intense sera menée contre toutes les formes d’opportunisme et tout ce qui nous écarterait de la voie socialiste.

À cette vue d’ensemble présentée sommairement, il faut aussi ajouter d’autres questions tout aussi importantes, comme la nécessité de faire passer le pouvoir aux mains des paysannes et paysans pauvres – ceux et celles qui autrefois étaient sans terre et qui étaient exploitéEs jusqu’à l’os – ainsi qu’aux esclaves salariéEs et à leurs familles – les fameux «intouchables», comme on les appelle. Le renforcement de l’autonomie des ouvrières et des paysannes, ainsi que la réduction des disparités régionales, sont également deux tâches vitales pour la construction d’un nouveau Népal.

La révolution népalaise pourra-t-elle garder son élan et se maintenir ?

Le PCN(M) évalue qu’il y a de fortes chances que l’impérialisme – principalement U.S. – et l’expansionnisme indien interviennent pour tenter d’écraser la révolution. La conception du monde véhiculée par le Parti n’est aucunement isolationniste. Conjointement avec d’autres partis authentiquement prolétariens en Asie du Sud (en Inde, au Pakistan, au Bangladesh, au Bhoutan et au Sri Lanka), le PCN(M) est à forger un front uni révolutionnaire internationaliste dans la région. Il le fait non seulement pour des raisons pratiques liées à la défense de la révolution au Népal, mais aussi parce qu’il croit que c’est là une excellente façon d’assumer ses tâches internationalistes face au reste du mouvement communiste. Cela découle de sa conception du monde internationaliste prolétarienne. De fait, le PCN(M) se considère comme étant un détachement du prolétariat mondial. Il n’y a pas de place au sein du Parti pour le nationalisme et le chauvinisme. Même s’il considère que l’avènement d’une société communiste, sans classes, ne pourra se produire sans que l’ensemble de l’humanité soit arrivée à ce stade, la construction du socialisme dans un seul pays est néanmoins possible, compte tenu du développement inégal ; telle est la route que nous devons emprunter. S’emparer de cette thèse léniniste et construire le socialisme dans un pays donné n’équivaut aucunement à un point de vue isolationniste : négliger de construire le socialisme après le renversement de la vieille société équivaudrait à une capitulation face au capitalisme et à l’impérialisme et à une attitude liquidationniste sur le plan idéologique.

Pendant trop longtemps, les révisionnistes – qu’il s’agisse des anciens révisionnistes soviétiques et des trotskistes, ou encore des nouveaux révisionnistes (allant des guévaristes aux «euro-communistes» en passant par les partisans de Deng Xiaoping) – ont hurlé avec les loups contre les révolutions dirigées par les maoïstes, en laissant entendre que le maoïsme était dépassé. Mais voyez ce qui se développe aujourd’hui !

La seule alternative réelle au monde actuellement dominé par l’impérialisme U.S., c’est celle qui est assumée et dirigée par des partis maoïstes prolétariens.

Nutan Sharma
Front révolutionnaire anti-impérialiste, Népal
Traduction : Arsenal
e p D T F s