Arsenal №1
DOCUMENTS DU MOUVEMENT COMMUNISTE INTERNATIONAL

Les leçons de la guerre civile en Espagne : Notre Guernica

L’article suivant provient du magazine A World to Win (n° 29), publié à Londres. Prenant prétexte d’une exposition présentée l’an dernier sur le sujet, l’auteur se penche sur les leçons de la guerre civile qui s’est déroulée en Espagne de 1936 à 1939. Cet épisode clé de l’histoire du prolétariat international fait l’objet, encore de nos jours, de nombreux débats, mais aussi de bien des calomnies de la part des différents courants anti-communistes. L’article traite non seulement de la signification générale des événements qui se sont produits en Espagne mais il aborde aussi, d’un point de vue maoïste, le rôle joué par les différentes forces – communistes, anarchistes, trotskistes – qui y étaient impliquées. Un premier bilan à étudier, et plus encore à débattre…

La rédaction

Le Imperial War Museum de Londres présentait récemment une exposition sur l’un des événements internationalistes les plus inspirants du dernier siècle – à savoir la guerre civile en Espagne, qui a vu des hommes et des femmes de partout dans le monde converger vers ce pays pour y lutter au coude à coude avec les résistantes et résistants, contre le coup d’État fasciste qui visait à écraser le soulèvement et les aspirations révolutionnaires du peuple espagnol.

L’impact de cette importante exposition est apparu très clairement, non seulement de par la foule nombreuse et variée qu’elle a attirée, mais aussi par les réactions et les commentaires qu’elle a suscités. Ses organisateurs n’ont sans doute pas reçu de plus bel éloge que celui d’avoir pu constater l’enthousiasme des visiteurs, leur étonnement mêlé d’admiration, les conversations animées qui se sont déroulées, et même les pleurs que l’exposition leur a arrachés. Il est évident que la bataille qui a eu lieu en Espagne de 1936 à 1939 est encore imprégnée dans la mémoire de bien des gens – non seulement de ceux et celles, peu nombreux, qui l’ont vécue directement, mais aussi dans la conscience collective, à travers les différents comptes rendus et bilans qui en ont été tirés. Il y a certes quelque chose de très significatif dans le fait que cette période, qui semble apparemment si loin de nous, suscite encore aujourd’hui autant d’intérêt.

Le principal organisateur de l’exposition – l’historien Paul Preston – a pondu un essai visant à présenter, et surtout à faire le lien entre les différentes pièces exposées au musée : photographies, films, enregistrements sonores, affiches, lettres, documents, ainsi qu’une impressionnante quantité d’artéfacts incluant des bagages transportés par des soldats, des drapeaux, macarons et autres babioles apparemment banales mais qui, dans le contexte, sont parfois fort émouvantes. Le texte, publié dans le catalogue de l’exposition, explique en outre les choix qu’il a faits et les raisons qui ont motivé l’agencement et la présentation des pièces.

Preston commence d’abord en citant Albert Camus :

«C’est en Espagne que ma génération a appris que l’on peut avoir raison et être vaincu, que la force peut détruire l’âme et que, parfois, le courage n’obtient pas de récompense. C’est là, sans aucun doute, ce qui explique pourquoi tant d’hommes à travers le monde considèrent le drame espagnol comme une tragédie personnelle.»

Preston en rajoute et nous dit que la guerre civile espagnole fut, en dernière analyse, ce qu’il qualifie de «dernière grande cause».

Cela est évidemment inexact : mais il est vrai que c’en fut toute une – non pas parce qu’elle a été perdue, mais de par sa signification et parce qu’elle fait désormais partie de ce que nous sommes. La plus grande force de l’exposition, c’est sans doute le fait qu’elle ramène au premier plan, justement, ce que cette «grande cause» a représenté aux yeux du peuple d’Espagne et des millions de personnes qui l’ont défendue, d’une manière ou d’une autre et ce, partout à travers le monde.

Le bilan politique complet de la guerre civile espagnole, incluant en outre les aspects militaires, reste encore à faire : c’est là une tâche que le mouvement communiste international devra certes accomplir. Des camarades ont amorcé un travail d’enquête initial, qui a déjà produit certains résultats. L’objectif de cet article est de faire ressortir les questions qui nous apparaissent les plus importantes, et qui sont mises en lumière dans le cadre de l’exposition. Ces questions ne recèlent pas seulement un simple intérêt historique : elles doivent aussi nous amener à tirer certaines leçons vitales pour les grandes batailles que nous sommes actuellement en train de préparer.

Après tout, de nos jours, Guernica, ce pourrait être tout aussi bien un petit village d’Afghanistan où des paysannes et paysans célèbrent un mariage et se font bombarder, ou quelque autre endroit d’Irak. (Rendu célèbre par un fameux tableau de Picasso, Guernica est devenu en quelque sorte l’emblème de la guerre civile espagnole : le village basque a été dévasté le 26 avril 1937 par les bombardements nazis, dans ce qui fut le premier cas d’utilisation massive de la force aérienne contre des civils de toute l’histoire.) Il est toujours un peu hasardeux de vouloir transposer un événement du passé dans le monde d’aujourd’hui. Les Talibans, ou encore le régime de Saddam Hussein, ne peuvent être mis sur le même pied que la République espagnole ; en fait, ces forces ne représentent rien de bon. Mais les bombardements que les États-Unis et leurs complices ont menés ou s’apprêtent à mener contre elles ne constituent pas un crime moins important que ceux qui ont été perpétrés par les Nazis en Espagne. Et il est tout aussi essentiel que ce le fut à l’époque d’organiser une lutte puissante et déterminée contre ce nouvel affront à l’humanité.

Les forces armées espagnoles se sont soulevées le 17 juillet 1936 parce que le gouvernement élu était incapable de contenir le mouvement de masse qui menaçait alors l’Église catholique, l’armée, les grands propriétaires terriens et les capitalistes monopolistes. Élu le 16 février de la même année, le gouvernement du Front populaire n’était aucunement révolutionnaire – ce qu’il n’a d’ailleurs jamais prétendu. Mais la défaite du parti fasciste appuyé par l’Église, et la victoire de la coalition, dont la promesse la plus populaire fut sans doute celle de libérer les mineurs emprisonnés suite à une révolte qui s’était produite dans les Asturies, ont donné de l’élan au mouvement des occupations de terres, aux manifestations et autres actions radicales que le gouvernement haïssait et craignait tellement. Paul Preston le rappelle bien quand il écrit qu’une des principales raisons pour lesquelles les généraux ont décidé de renverser la République, qui était âgée d’à peine cinq ans, et de la remplacer par une dictature militaire fut justement le fait que «le nouveau régime avait fait naître des espoirs extraordinaires parmi les membres les plus humbles de la société».

Le cœur de l’insurrection fasciste fut constitué par l’armée «africaine», basée dans la partie du Maroc alors contrôlée par l’Espagne. Les garnisons de la péninsule elle-même avaient d’abord remporté certains succès au sud-ouest, au nord-ouest et au centre de l’Espagne : elles contrôlaient environ le tiers du pays. Mais cela restait insuffisant pour réaliser ce que les États-Unis appelleraient de nos jours un «changement de régime». Les putschistes, dirigés d’une main de fer par le «généralissime» Francisco Franco, étaient incapables de s’emparer des principales villes industrielles, non plus que d’une bonne partie des campagnes. Pendant ce temps, les marins révolutionnaires, qui se trouvaient sur la flotte méditerranéenne, étaient allés jusqu’à se mutiner, procédant à l’arrestation, et même dans certains cas à l’exécution de leurs officiers, et ils avaient pris le contrôle des navires. Le gros des troupes fascistes se trouvait donc embouteillé en Afrique du Nord. Mais le gouvernement républicain s’est alors opposé à ce que les marins se portent à l’attaque et reprennent l’offensive. Une telle manœuvre aurait en effet été considérée comme étant inacceptable aux yeux des Britanniques, qui se posaient alors en maîtres de la Méditerranée. Quant à la possibilité que la République soutienne les mouvements nationalistes très présents au Maroc et accorde l’indépendance à ses colonies, elle fut écartée d’emblée parce que susceptible d’enrager le voisin français, alors maître de quasiment toute l’Afrique du Nord, dont une bonne partie du Maroc. C’est alors que les nazis allemands et le gouvernement fasciste de Mussolini en Italie sont intervenus pour assurer le transport aérien des troupes restées cantonnées au Maroc, de sorte à porter secours à ce que l’historien Preston qualifie de «coup d’État qui tournait mal». Les classes dominantes espagnoles ont pu compter sur le soutien de l’Italie, qui cherchait alors à étendre son influence en Afrique du Nord et en Europe, contre ses rivaux français et britannique. Le gouvernement du Front populaire, quant à lui, a choisi de s’appuyer sur l’aide de ces deux derniers pays pour mater la rébellion fasciste. Cela constitua à la fois une des plus grandes forces des fascistes et une des plus importantes faiblesses de la République.

Dans les faits, la classe dominante britannique s’est montrée très favorable à Franco, à quelques exceptions près. Cet appui fut le fait autant du Premier ministre Baldwin, qui tenta de négocier un accord avec l’Allemagne et l’Italie dans le but d’ouvrir un front contre l’URSS socialiste, que de son successeur Churchill, qui croyait plutôt qu’un affrontement avec l’Allemagne était inévitable. En France, le nouveau gouvernement du Front populaire a d’abord fait certaines promesses à la République espagnole, mais ce ne fut que pour mieux les briser. Dans l’espoir d’assurer la «neutralité» de l’Espagne, la Grande-Bretagne a imposé un blocus maritime empêchant le ravitaillement en armes de la République. Franco, pendant ce temps, pouvait recevoir tout le soutien dont il avait besoin de la part de l’Allemagne, et en particulier de l’Italie, qui lui a d’ailleurs fourni pas moins de 50 000 hommes. La République n’a reçu l’aide que de deux seuls pays, à savoir le Mexique et l’URSS. Quant aux États-Unis, ils ont soutenu le blocus maritime de toutes leurs forces et fait tout ce qui était en leur pouvoir pour empêcher l’envoi de matériel vers la République et compliquer la vie des volontaires qui souhaitaient se rendre sur place pour la défendre. Éventuellement, après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis se sont d’ailleurs distingués comme étant parmi les principaux supporters de Franco.

Les généraux espagnols espéraient pouvoir en finir en quelques jours à peine. Dès qu’ils étaient en mesure de prendre le contrôle d’une ville ou d’un village, ils procédaient à l’exécution systématique des ouvriers et ouvrières, des pauvres, des paysans sans terre et des intellectuelLEs, ce qu’ils ont fait par milliers. Les membres des classes populaires étaient considérés tous autant que chacun comme étant des terroristes potentiels, du moins jusqu’à preuve du contraire. Néanmoins, Franco fut incapable de porter un coup décisif à la République. Les milices formées par les syndicats et les partis politiques se sont jointes aux troupes restées fidèles au gouvernement. Basé sur des secteurs bourgeois pro-britanniques relativement faibles de même que sur les bourgeoisies des nations opprimées au pays basque et surtout en Catalogne, le gouvernement républicain s’est montré prêt, plus d’une fois, à concéder la victoire. Lorsque Madrid a été encerclée, les principaux ministres se sont même enfuis, jusqu’à ce qu’une colonne de combattantes et de combattants anarchistes les interceptent et les ramènent dans la capitale. Dès lors, et pour un certain temps, la vague a semblé tourner en faveur de la République.

La bataille de Madrid, qui s’est déroulé en novembre, ne fut qu’une des multiples batailles qui ont été menées tout au long de la guerre civile et qui ont permis à la République de reprendre son souffle ; mais ce fut certainement une de celles qui ont fourni les plus importantes leçons. Les forces républicaines ont alors réussi à stopper l’avancée des troupes de Franco dans les quartiers de la banlieue ouest de la capitale. Il y a eu là des combats au corps à corps, qui se sont produits d’un édifice à l’autre, autant sur le campus de l’université que dans les jardins publics où les citoyens avaient l’habitude d’aller faire leur pique-nique du dimanche. Les ouvriers d’usine, les cheminots, les travailleurs et travailleuses des buanderies, les barbiers, les serveurs – hommes et femmes, indistinctement -, prenaient l’autobus pour se rendre sur la ligne de front, ou elles et ils s’y rendaient tout simplement à pied, tout de suite après leur quart de travail. Les mineurs des Asturies se sont rendus à Madrid eux aussi, apportant avec eux des charges explosives qui ont servi à former des unités anti-chars d’assaut. Les chauffeurs de taxi grimpaient sur les tanks fournis par l’URSS, pour les conduire. Le Parti communiste d’Espagne avait même organisé son propre régiment, qui a aidé la population entière à se défendre.

La résistance a été rejointe par ce qui ne s’était jamais vu jusque là – l’arrivée de Brigades internationales mises sur pied par l’Internationale communiste. Formées par des réfugiéEs révolutionnaires provenant d’Allemagne, d’Europe de l’Est et d’Italie, les premières Brigades – dont certaines étaient toutes petites – ont franchi la frontière illégalement depuis la France ; rapidement, c’est un véritable torrent qui a déferlé sur l’Espagne. Plus de 40 000 brigadistes, provenant de 50 pays différents, ont éventuellement joint la résistance. Au moins la moitié d’entre eux, selon Preston, étaient des ouvriers. Ces brigadistes amenaient avec eux plus que leur unique volonté de prendre les armes. Plusieurs d’entre eux étaient des vétérans ayant déjà une longue expérience dans les batailles de rues et les insurrections ; d’autres avaient combattu lors de la Première Guerre mondiale. Les brigadistes ont montré aux miliciens et aux miliciennes comment économiser leurs munitions ; comment utiliser leurs armes ; comment se servir d’une «couverture» ; et surtout, comment former des unités de combat organisées comme telles. Leur participation fut inestimable à bien des égards, ne serait-ce que pour l’esprit de solidarité et la vision qu’ils ont amenés avec eux. Même si chacune des Brigades était organisée séparément sur la base de la langue et du pays d’origine (c’est du moins ainsi qu’elles ont combattu ailleurs en Espagne), cela fut différent à Madrid, rappelle Preston, puisque là, les brigadistes ont été intégrés aux unités régulières, suivant un ratio d’environ un pour 30.

À ce moment-là, le gouvernement ne disposait de pas beaucoup plus que la simple détermination de la population à mener le combat. Les masses populaires ont alors étalé tout leur courage et leur créativité. Dans les mois qui ont suivi la bataille de Madrid, les Brigades internationales ont joué un rôle majeur pour repousser les fréquentes tentatives de la part des fascistes d’approcher la capitale. Elles ont alors essuyé de lourdes pertes. Plus de la moitié des membres des détachements britannique et américain des Brigades ont perdu la vie, dont plusieurs lors de la bataille qui s’est déroulé autour de la rivière Jarama en février 1937. Ceux et celles qui n’ont pas péri ont presque tous été blesséEs. L’armée républicaine a pu ainsi accumuler des forces. Mais les forces armées fascistes en faisaient tout autant.

Le rôle des communistes

Parmi tous ceux et celles qui ont étudié la guerre civile espagnole, peu nombreux sont ceux qui contestent le fait que le Parti communiste ait constitué le véritable point d’appui de la guerre contre Franco. Preston non plus ne le conteste pas, mais il insiste pour dire que ses sympathies vont à «la lutte antifasciste de la République espagnole», et non à ce qu’il appelle «les crimes du stalinisme». Mais cette position est simplement indéfendable. Preston lui-même admettrait probablement que n’eût été l’existence et l’activité de l’Internationale communiste – alors dirigée par Staline – et du Parti communiste d’Espagne qui en était membre, la République se serait effondrée dès le début.

Partant du même point de vue éclectique, Preston souligne que la guerre civile recouvrait un tas de contradictions diverses :

«Il n’y avait pas une, mais plusieurs guerres. Il y avait la guerre des paysans sans terre contre les riches propriétaires terriens ; celle des anti-cléricaux contre les catholiques ; celle des nationalistes et des régionalistes contre les militaires centralisateurs ; celle des ouvriers industriels contre les propriétaires d’usines.»

Cela est exact, certes. Mais le fait est que le guerre, justement, a toujours pour effet d’attacher toutes les contradictions dans un seul et même nœud. Et cette situation allait donner un énorme avantage au prolétariat d’Espagne.

Ceux et celles qui considèrent généralement la classe ouvrière comme étant uniquement capable de se battre pour ses propres intérêts immédiats «contre les boss», comme ce fut le cas des trotskistes et des anarchistes en Espagne, n’ont jamais réussi à saisir cela. En s’unissant fermement aux masses populaires qui avaient profondément intérêt à la révolution et aux autres forces opposées à Franco, le prolétariat pouvait prendre le leadership de la guerre et conduire la révolution à travers toutes les étapes et tous les stades nécessaires, tout en se transformant et en transformant aussi l’ensemble de la population.

Dans son court essai, Preston fait référence à l’existence de «points de vue divergents sur la question de savoir s’il eût fallu donner priorité à la guerre ou à la révolution». (Cette idée est également reprise avec beaucoup d’emphase dans le film du réalisateur britannique Ken Loach, Land and Freedom.) Mais en posant ainsi la question, on s’assure en fait de ne pas pouvoir vraiment y répondre – et on en vient nécessairement à se dire que la «bonne bataille» est toujours perdue d’avance. C’est là, de fait, la leçon que plusieurs tirent de la guerre civile en Espagne, sous le couvert d’un certain romantisme qui n’est en fait, au fond, que cynisme et paralysie.

Si tant est qu’il devait y avoir une révolution en Espagne, elle ne pouvait que prendre la forme d’une guerre contre Franco – et tout le reste devait y être subordonné. Le Parti communiste d’Espagne et l’Internationale communiste furent les seules forces déterminées à mener la guerre jusqu’au bout. C’est d’ailleurs ce qui explique que le Parti ait vu son membership et son influence grandir si rapidement et si spectaculairement. Les trotskistes furent loin d’être révolutionnaires, même s’ils essayèrent d’apparaître comme étant «plus à gauche» que le Parti communiste, eux qui se sont concentrés sur les revendications économiques des ouvrières et des ouvriers contre les capitalistes catalans et les propriétaires terriens, qui dans les faits faisaient parti de l’alliance contre Franco. Pas plus que les anarchistes (ou du moins, certains d’entre eux), qui ont laissé la recherche de leur propre liberté individuelle les aveugler au point de refuser la discipline et l’organisation militaires, alors qu’il eût fallu former non seulement des milices, mais aussi une véritable armée capable de prendre l’offensive et de gagner la guerre, et pas seulement de défendre tel ou tel territoire. Le pouvoir politique était à portée de main, et la guerre aurait pu en décider l’issue.

Mais si la guerre reste toujours la forme principale de la révolution – et ceci est vrai, à un moment ou l’autre, dans toute révolution, puisqu’il ne sera jamais possible d’établir un État révolutionnaire sans écraser l’État et les forces armées de la réaction -, il reste que c’est la politique qui sous-tend telle guerre qui détermine la façon dont on la mène. Au moment même où la guerre civile en Espagne se déroulait, Mao Zedong, qui faisait parti lui aussi de l’Internationale communiste, dirigeait la révolution chinoise et développait un autre type de guerre révolutionnaire. C’est en faisant le bilan à la fois de l’expérience chinoise et de celle du mouvement communiste international que Mao en est venu à affirmer que ce sont les peuples, et non les armes, qui constituent le facteur déterminant dans la guerre. Mao nous a expliqué que chaque classe possède sa propre manière de mener la guerre, suivant les objectifs et par des moyens qui lui sont propres. Pour Mao, toute la logique de la guerre se ramène en fait au principe suivant : «Vous luttez à votre manière, tandis que nous luttons de la nôtre.» Ainsi, le prolétariat doit déployer une stratégie et des tactiques militaires qui vont mettre en valeur ses avantages spécifiques, en suscitant l’initiative et l’enthousiasme des masses et en s’appuyant sur elles.

Ce n’est pas une guerre populaire de la sorte qui a été menée en Espagne.

Des positions confuses

Suivant la ligne de l’Internationale communiste, le Parti communiste d’Espagne (PCE) a adopté une position confuse sur la question du contenu de la guerre civile, tendant à faire un absolu de la distinction entre la démocratie bourgeoise et le fascisme, plutôt que de reconnaître qu’il s’agissait là de deux formes différentes d’une même dictature ; ainsi, le Parti en est arrivé à se soumettre à ses alliés vacillants au sein de la grande bourgeoisie. Les communistes espagnols ont également eu tendance à subordonner leur travail à la nécessité de protéger le socialisme en URSS, tentant d’attirer la Grande-Bretagne et la France dans une alliance contre les puissances de l’Axe. Dans l’ensemble, on peut dire que la manière dont la guerre a été dirigée – ce qui inclut des questions comme où et comment combattre – a souvent été déterminée par ce qui allait plaire ou non à la Grande-Bretagne et à la France, dont les véritables desseins étaient par ailleurs difficiles à deviner. Les communistes se sont efforcés de construire une nouvelle armée bourgeoise, qui a mené une guerre de type conventionnelle. Ses soldats ont certes fait preuve d’un héroïsme remarquable (nous n’utilisons le mot «soldats» qu’au masculin à dessein, car les femmes ont été renvoyées des lignes de front après qu’elles eurent pris part aux combats initiaux) et d’un enthousiasme face au danger de mort que ceux qui combattent pour une cause réactionnaire ne pourront jamais approcher, mais on n’a pas utilisé leurs capacités d’une manière pleinement révolutionnaire, qui aurait pu mettre en valeur toutes leurs ressources, leur initiative, leur créativité, leurs connaissances militaires ainsi que leur capacité à outrepasser la politique de leurs propres officiers. La population civile a senti qu’elle était abandonnée et s’est démoralisée de plus en plus. Les hauts gradés ont souvent été paralysés, et plusieurs d’entre eux ont éventuellement déserté.

Il était sans doute correct pour le PCE d’arborer le drapeau de la République et de défendre l’alliance anti-franquiste qu’il représentait, tout comme il eût été juste de faire les ajustements qu’une telle alliance impliquait dans la lutte de classes ; mais pourquoi donc en est-on arrivé jusqu’à conclure que le prolétariat devait subordonner ses intérêts fondamentaux à ceux de la bourgeoisie ? La ligne militaire néfaste du PCE découlait en fait de ses conceptions politiques erronées.

Un des moments les plus douloureux de la guerre s’est produit à Barcelone en 1937, lorsque ce que Preston appelle une «mini-guerre civile» a éclaté, à l’intérieur même de la guerre civile. (Encore une fois, le film Land and Freedom présente cet événement comme ayant été un des moments centraux de toute cette période.) La ville de Barcelone était alors connue comme étant un endroit très «chaud», où se multipliaient les occupations d’usines et où on comptait plusieurs comités révolutionnaires et groupes de miliciennes et miliciens. Elle était devenue, en quelque sorte, le centre du mécontentement qui s’exprimait contre les tentatives du gouvernement de ramener la vie sociale vers l’ordre qui régnait avant la guerre. Lorsque des ouvrières ou ouvriers dirigés par le POUM (un parti plus ou moins trotskiste) et certains anarchistes ont pris le contrôle de la centrale téléphonique de laquelle dépendaient les communications entre Barcelone et le reste de l’Espagne, le gouvernement local, dirigé par les communistes et d’autres Républicains, a tout bonnement décidé d’envoyer les troupes pour déloger les occupantes et occupants. (Il faut mentionner, à leur décharge, que plusieurs anarchistes avaient dénoncé l’occupation de la centrale comme faisant le jeu des franquistes.) Une situation très dangereuse s’est donc développée, encore là dû au fait que les communistes ont préféré s’appuyer sur la bourgeoisie catalane et la bourgeoisie internationale, plutôt que d’éduquer les ouvrières et ouvriers et de s’appuyer sur eux pour qu’ils exercent leur rôle dirigeant au sein du front uni. Et les réactionnaires ont su tirer profit de cette situation. Avec pour résultat que le mouvement de masse, non seulement à Barcelone mais aussi dans toute l’Espagne républicaine, s’est enfoncé encore plus dans le découragement.

En mars 1939, quand les troupes de Franco ont finalement réussi à s’emparer de Madrid (i.e. plus de deux ans et demi après leur première tentative), les généraux et les ministres républicains s’étaient pour la plupart déjà enfuis, les autres tentant de négocier leur reddition. Si on se fie aux chiffres présentés par Preston, en plus des 400 000 victimes qui ont perdu la vie entre 1936 et 1939, Franco a fait assassiner pas moins de 200 000 partisanes et partisans de la République, après la fin de la guerre civile ; tandis que plus d’un million de personnes ont été faites prisonnières ou ont été soumises aux travaux forcés. Des centaines de milliers de réfugiéEs ont subi les bombardements alors qu’ils et elles tentaient de s’exiler en France où de toutes façons, on les regroupait dans des camps, même si leur condition y était moins difficile qu’en Espagne. Plusieurs se sont finalement retrouvés au Mexique ou en URSS, qui sont les seuls pays où ils ont été les bienvenus.

Parlant des expériences que le prolétariat international a connues, Mao a déjà déclaré qu’il en est certaines qui méritent d’être louangées, alors que d’autres ne peuvent que nous faire pleurer. Il y en a eu, certes, de toutes les sortes en Espagne. Ce ne fut pas une «cause perdue», non plus que la «dernière grande cause» comme le prétend Preston. Comme les événements l’ont montré de façon dramatique, l’Espagne n’était pas un pays isolé : c’était un maillon faible dans la grande chaîne du système impérialiste mondial. Les faiblesses du régime réactionnaire ainsi que les opportunités révolutionnaires qu’on y a connues étaient liées, de manière intrinsèque, au développement tumultueux des grandes contradictions qui traversaient le monde – des contradictions inter-impérialistes, notamment, mais aussi de l’opposition entre révolution et contre-révolution. Mais il est parfaitement inutile de présenter la guerre civile en Espagne comme étant une sorte de «répétition» ayant précédé une plus grande guerre à venir, comme si la suite des choses avait été inévitable, ou comme si cette guerre n’avait pas été essentiellement révolutionnaire. Peu importe qu’elle ait été gagnée ou perdue, le développement de ce qui s’est avéré comme ayant été le plus important soulèvement révolutionnaire à s’être produit en Europe depuis la Révolution russe allait avoir un impact incalculable sur la lutte de classes à l’échelle internationale et son éventuelle progression, dans un contexte où la guerre mondiale approchait, sur un fond de crise qui allait secouer tous les pays impérialistes.

Contre le pseudo-romantisme des supposées «causes perdues», il faut dire que les choses auraient pu se passer autrement ; bref, qu’il eut été possible de remporter plus de victoires. Peut-être les révolutionnaires auraient-ils tout de même été vaincus : mais le fait est que malheureusement, la manière dont la guerre a été menée et la ligne qui y a présidé ont laissé un héritage confus aux masses populaires – qui se prolonge encore aujourd’hui.

Ceux et celles parmi nous qui sommes les héritières et héritiers du Komintern et qui travaillent à unir le prolétariat international, une fois de plus, dans une Internationale communiste de type nouveau, ont la responsabilité d’en tirer toutes les leçons et d’agir de manière conséquente.

Même si l’exposition ne donne pas particulièrement de réponses à ceux et celles qui voudraient comprendre un peu mieux les questions plus complexes soulevées par cette époque, elle réussit néanmoins à faire ressortir avec beaucoup de force les aspects les plus glorieux de la guerre civile, surtout grâce au choix que ses responsables ont fait de simplement laisser parler ceux et celles qui l’ont vécue. On y trouve des séquences filmées, des documents de toutes sortes et aussi plusieurs enregistrements sonores grâce auxquels les visiteurs peuvent entendre directement les témoignages des acteurs et actrices de l’époque. C’est là, en quelque sorte, l’Histoire présentée à son mieux. Lorsque vous entendez des travailleuses et des travailleurs décrire concrètement comment ils étaient traités – comme des bêtes de somme – et surtout comment elles et ils en sont venus à relever la tête pendant la guerre, vous pouvez saisir tout de suite l’essence du moment : à savoir qu’indépendamment de tout ce qui s’est produit, ce dont il s’agissait, au fond, c’était un affrontement direct entre le vieux monde macabre, et un tout nouveau monde en émergence. Les photographies qui y sont présentées sont absolument remarquables ; elles mettent en valeur non seulement les développements techniques de l’époque – tels l’invention d’appareils plus légers, dotés d’une vitesse d’obturation plus rapide – mais aussi le courage et l’affirmation d’une toute nouvelle génération de photographes qui ont établi des standards techniques et moraux ayant ensuite perduré pendant des décennies.

Une solidarité généralisée

Sans doute en raison de l’orientation de ses responsables, et pour des raisons d’ordre purement pratique, l’exposition accorde une large place au mouvement de solidarité qui s’était développé au Royaume-Uni. La question de la solidarité internationale et de ce qu’elle représentait au moment où les événements se sont déroulés est en fait au cœur de l’exposition. Les entrevues qu’on peut y lire ou entendre avec des gens ayant organisé le soutien matériel pour l’Espagne dans les usines, les quartiers et même les pubs donnent un aperçu extraordinaire d’à quel point le peuple travailleur s’est mobilisé et a contribué nourriture et argent – sans parler de ceux et celles qui ont carrément donné leur vie – pour la cause républicaine. On a d’ailleurs recensé l’existence de pas moins de 150 groupes et organisations de solidarité avec la République, rien qu’au Royaume-Uni (mais pas un seul qui ait soutenu les franquistes…). Ces groupes ont chargé 29 navires remplis de nourriture, de vêtements, de fournitures médicales, d’ambulances et autres véhicules. Des ambulanciers et des médecins, autant que des combattantes et des combattants, se sont rendus en Espagne, sans même se demander s’ils allaient en revenir. Un veuf retraité y décrit comment, alors qu’il était tout jeune, son épouse et lui avaient décidé d’aller en Espagne et d’y combattre pour faire triompher leurs idéaux, laissant leurs enfants derrière eux aux bons soins de leurs proches. Lorsqu’on entend cet homme raconter son expérience ainsi que la mort de sa femme, puis réaffirmer que malgré tout, tout cela en avait valu la peine, on comprend mieux à quel point l’internationalisme prolétarien peut être une arme puissante.

Cela transparaît aussi de manière saisissante à travers les dessins, les textes et les enregistrements produits par les artistes et les intellectuelLEs de l’époque. Le prolétariat international dirigeait la guerre civile, mais il dirigeait aussi, d’une manière ou d’une autre – directement ou indirectement – un vaste contingent d’artistes peintres, sculpteurs, poètes, acteurs, musiciens, compositeurs et artistes de toutes sortes. Tous ces gens ont produit d’innombrables pièces dont l’objectif immédiat était de populariser la cause républicaine ; mais leurs travaux étaient d’une qualité telle que beaucoup d’entre eux ont facilement traversé l’épreuve du temps.

Le monde n’avait jamais connu jusque là un mouvement de solidarité aussi généralisé. Et ce mouvement n’aurait pu exister sans les efforts de l’Internationale communiste, de ses partis et des masses qui y ont contribué si généreusement, dans tous les pays.

Bien sûr, il est vrai que plusieurs, parmi ceux et celles qui se sont joints au combat, affichaient des idées confuses, qu’ils exprimaient spontanément, mais qui venaient aussi, parfois, du fait que leurs dirigeants les induisaient en erreur. Mais cela ne change rien, fondamentalement, à la signification profonde de ce mouvement. Il faut lire cette lettre, envoyée à sa mère par un jeune musicien anglais :

«Ma femme et moi avons vu de jeunes chômeurs de Clyde, ainsi que des commis de bureau apeurés de Willesden, se lever et faire face aux tirs de barrage comme aucun soldat de profession n’aurait pu le faire. Ces gens-là ont agi ainsi parce qu’ils savent qu’en défendant et en maintenant leurs positions ici même en Espagne, cela fera en sorte qu’on ne sera pas obligé de mener la même bataille à Hampstead Heath ou dans les montagnes du Derbyshire…»

Ils étaient sans doute nombreux à penser ainsi, ou du moins à croire que c’est là le discours qu’il fallait tenir pour en rallier d’autres. Certes, il était illusoire de penser qu’une victoire contre Franco allait empêcher le déclenchement d’une guerre mondiale, que les dirigeants britanniques tenaient à mener, pour leur part, dans les conditions qui leur soient les plus favorables. En réalité, la Grande-Bretagne avait bien besoin (et elle en a d’ailleurs toujours besoin) d’une guerre civile révolutionnaire, à Hampstead Heath et dans les montagnes du Derbyshire, et ailleurs aussi. Mais cela ne représente qu’un côté de la médaille.

On pourrait croire que l’auteur de cette lettre était surtout motivé par son intérêt personnel, ou à tout le moins par un désir de protéger sa famille, ses amiEs et ses compatriotes ; mais en réalité, il a offert sa vie pour quelque chose de bien plus vaste. La guerre civile en Espagne était profondément enracinée dans les soulèvements révolutionnaires de l’époque ; elle était liée à l’URSS socialiste, au Komintern et aux autres luttes révolutionnaires qui se développaient, notamment en Chine. La République et ses partisanes et partisans se sont levés et ont rejeté les manœuvres cyniques provenant autant des puissances de l’Axe que des Alliés, dans leurs préparatifs pour une guerre mondiale qui s’est avérée un des crimes les plus monstrueux que le capitalisme ait produit. Les masses britanniques, comme tous les peuples du monde, partageaient un ennemi commun avec le peuple espagnol, et ce n’était pas seulement Hitler ou Mussolini, mais toute la classe des capitalistes. Certains auteurs se plaisent aujourd’hui à affirmer que c’est en dépit des communistes que la République espagnole a généré autant d’appuis. Nous avons déjà expliqué que sans les communistes, cela n’aurait pas pris beaucoup de temps, pourtant, avant qu’il n’y ait même plus de République à défendre. Mais la question est encore plus profonde que cela. Sans la présence et l’activité des communistes, la guerre civile n’aurait pas eu le même contenu anti-impérialiste et révolutionnaire, et elle n’aurait pas suscité le même sentiment, largement partagé, comme quoi il s’agissait ni plus ni moins que d’une bataille à finir entre les forces de la lumière et celles de la noirceur. Il y avait beaucoup de confusion, certes, mais il y avait néanmoins un sentiment très profond qui amena les gens à distinguer tout de suite qui avait tort, et qui avait raison.

L’exposition se termine sur un poème rédigé par un vétéran de la guerre civile : «En ces temps d’angoisse sur notre planète/Madrid est façonnée par des hommes dont la moralité factice/débute et s’arrête au ruban sur lequel les transactions boursières sont enregistrées.» De tels propos ne s’appliquent-ils pas au monde dans lequel on vit, encore aujourd’hui ? À la toute fin, une pièce livrée par un groupe de jeunes musiciens contemporains compare l’époque de la guerre civile en Espagne à celle qu’on connaît maintenant, alors que «l’avenir nous enseigne à rester seuls/le présent à avoir peur et à avoir froid/tandis que la gravité fait en sorte qu’on continue à baisser la tête…» Aujourd’hui, la guerre civile en Espagne continue, autant qu’elle le fit dans les années 30, à représenter l’espoir d’un monde meilleur. Et cet espoir, plus que jamais, doit être organisé et trempé dans les luttes populaires.

Romance et poésie

L’épicentre des tempêtes révolutionnaires se trouve aujourd’hui dans les pays du tiers monde. À travers les transformations révolutionnaires qui s’y produisent et les guerres populaires qui s’y déroulent et qui permettent la construction d’un embryon d’un nouveau pouvoir populaire, on peut trouver autant de poésie et de romantisme que ce fut le cas à l’époque de la guerre d’Espagne. Alors qu’une bataille extrêmement rude doit être menée pour populariser ces luttes, d’autres facteurs entrent aussi en ligne de compte. Il est difficile de ne pas penser aux fondamentalistes religieux et aux monstres fascistes qui gravitent autour de George W. Bush quand on entend ce slogan de la Légion étrangère de Franco : «À bas l’intelligence, vive la mort !». Lorsqu’on pense à l’atmosphère générale guerrière que les événements d’Espagne préfiguraient, on se retrouve vite avec l’impression que tout ça n’est finalement pas si loin de ce que l’on vit présentement. Ne serait-il donc pas possible, aujourd’hui, de construire à nouveau une telle unité, large et dynamique, avec toutes les forces à travers le monde – y compris dans les pays impérialistes – qui s’opposent à l’ordre que les impérialistes tentent de nous imposer, et en particulier au saccage général que l’impérialisme U.S. est en train de commettre un peu partout ?

Une des leçons qu’on doit tirer de la guerre civile en Espagne est la suivante : lorsque les classes dominantes se trouvent empêtrées dans la crise et les contradictions, elles n’hésitent pas à faire appel aux mesures les plus brutales et désespérées pour unifier leurs rangs et écraser les masses populaires, y compris par la force des armes, et tout ça dans l’unique but de tirer leur épingle du jeu dans le cadre du repartage du monde. Sauf que ce faisant, elles jouent un jeu dangereux et peuvent aussi amener d’autres forces, incontrôlables, à entrer en action elles aussi. L’offensive franquiste qui visait à ramener l’ordre a de fait créé encore plus de désordres et amené des gens «bien ordinaires», qui semblent habituellement immunisés contre toute activité politique, à se jeter dans la bataille et à se prendre d’enthousiasme pour la révolution. Elle a fait croître le potentiel d’unité populaire et la possibilité que le peuple renverse ses ennemis. Si on jette un œil sur la situation internationale actuelle à la lumière de cette expérience, on voit mieux quels sont les dangers, mais aussi toutes les opportunités qui sont devant nous.

Une autre leçon que l’on doit tirer de la guerre civile en Espagne, c’est l’immense potentiel du mouvement international de solidarité et de résistance contre l’ennemi commun, et surtout la nécessité de l’organiser, de sorte à ce qu’il devienne une force qui compte. La situation internationale était déjà complexe dans les années 30, et elle l’est encore aujourd’hui, d’autant que le monde a changé à bien des égards, notamment en ce qui a trait à la configuration des classes dans les pays impérialistes. Il n’y a plus, de nos jours, de pays socialistes, ni d’Internationale communiste. Nous faisons face à d’autres problèmes aussi ; mais ce que nous avons accompli jusqu’à maintenant est encore bien peu face à ce que les événements qui se déroulent présentement exigent et rendent possible.

Un des poèmes présentés dans le cadre de l’exposition nous invite à pleurer la mort des jeunes poètes qui sont disparus pendant la guerre civile en Espagne. C’est là une image forte que plusieurs en retiendront. En effet, comme l’exposition le montre si bien, des poètes de partout dans le monde, dont certains parmi les plus grands que le siècle aura connus, ont pris part au combat, pour la plupart en se rangeant du côté du peuple, alors que seule une petite minorité sont restés cois. Deux très grands poètes, Frederico Garcia Lorca et Miguel Hernandez, ont d’ailleurs été exécutés par les légions franquistes, qui n’avaient quant à elles rien de poétique. (Soit dit en passant, certains de ces poètes, dont Hernandez, étaient aussi communistes.) On pourrait dire, d’une certaine façon, qu’il nous faut, aujourd’hui, unir à nouveau les «poètes populaires» à l’ensemble des masses. Mais nous devons absolument nous débarrasser de cette idée comme quoi il faudrait générer ce qu’on pourrait appeler des «perdants magnifiques», qui auront lutté pour une juste cause, bien que perdante. Ce dont nous avons besoin, c’est de lutter correctement et efficacement, en accord avec la puissante conception du monde du prolétariat et suivant sa capacité à unir et à s’appuyer sur les plus larges masses. Bref, ce que nous voulons, c’est de gagner !

S. K.
A World to Win (N° 2002/29)
Traduction : Arsenal



Intitulée The Spanish Civil War – Dreams & Nightmares (La guerre civile en Espagne : rêves et cauchemars), l’exposition a été présentée à l’Imperial War Museum de Londres, du 18 octobre 2001 au 21 avril 2002.

La revue A World to Win présente les communiqués et positions des partis et organisations liées au Mouvement révolutionnaire internationaliste (MRI). On peut en lire des extraits sur le Web à l’adresse suivante : www.awtw.org.

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