Arsenal №5
EXTRAITS D'ARSENAL-EXPRESS

Gildan • Huntingdon • Chine

Arsenal-EXPRESS (AE) est un bulletin électronique publié hebdomadairement par le PCR(co), dans lequel on retrouve des nouvelles du mouvement révolutionnaire, ainsi que les prises de position du PCR(co). En voici quelques extraits. (Il suffit de nous écrire pour s’abonner gratuitement à AE.)

Gildan : un fleuron du capitalisme québécois, bâti sur le dos du prolétariat exploité

Quelques jours avant Noël, la compagnie montréalaise Les vêtements de sport Gildan inc. annonçait en grandes pompes sa réintégration au sein de l’organisme appelé Fair Labor Association (FLA).

Fondée à Montréal en 1984 par les frères Glenn et Greg Chamandy, Gildan est devenue le plus important fabricant de t-shirts, de polos de golf et de chandails en coton ouaté de toute l’Amérique du Nord. Il s’agit d’un des plus beaux fleurons du «Québec inc.», qui a notamment bénéficié d’importants investissements de la part du Fonds de solidarité de la FTQ.

L’entreprise doit une bonne partie de son succès aux méthodes de production particulièrement intensives qu’elle a su développer. Ainsi, à son ancienne usine de la rue Clark à Montréal, les travailleuses étaient regroupées par équipes de quatre, qui devaient atteindre chacune des quotas de production préétablis pour avoir droit à une prime supplémentaire.

Les dirigeants de Gildan avaient découvert là une façon plus efficace d’utiliser le mécanisme du travail à la pièce : en plus de favoriser le rendement individuel de chacune des opératrices, Gildan les rendait responsables du travail de leurs propres collègues, chacune se transformant en «contremaîtresse», chargée de surveiller les trois autres. Comme le secteur du vêtement en est un où le taux de roulement est assez important, la compagnie s’assurait toujours d’intégrer au moins une nouvelle employée dans chacune des équipes de travail, faisant ainsi d’une pierre deux coups : cela rendait plus difficile l’atteinte des objectifs, la recrue étant nécessairement moins efficace (Gildan avait alors moins de primes à payer); tandis que la formation des nouvelles opératrices était assurée par les ouvrières elles-mêmes, sans que cela coûte un sou à la compagnie!

À ce système déjà assez spécial, Gildan ajoutait l’obligation, pour les nouvelles employées, de contribuer financièrement à l’achat de leurs outils de travail : elles devaient verser un montant de près de 100$ à l’embauche, duquel la compagnie déduisait les frais lorsque par exemple, une opératrice voyait l’aiguille de sa machine à coudre se briser.

Lorsqu’un groupe de travailleuses et de travailleurs ont tenté de se syndiquer vers la fin des années 1990, Gildan avait exercé toutes sortes de pressions sur ceux et celles qu’elle considérait comme étant les «leaders», allant jusqu’à envoyer des contremaîtres les visiter à domicile, afin de les intimider.

Étrangement, les travailleuses et les travailleurs souhaitaient adhérer au Syndicat du vêtement, du textile et autres industries (le SVTI), lui-même affilié à la FTQ, qui était alors leur propre employeur – du moins en partie. Le Fonds de solidarité de FTQ avait en effet investi quelque 3,5 millions de dollars en capital-action dans Gildan et lui avait prêté plus de 30 millions $ sous forme de débentures. L’investissement du Fonds lui a permis d’atteindre un rendement de plus de 1 000%, sur sept ans : en novembre 2003, lorsqu’il a finalement décidé de retirer ses billes de Gildan, les actions qu’il détenait valaient en effet près de 90 millions $ sur le marché boursier. On comprendra pourquoi la FTQ était restée plutôt silencieuse, lorsque les travailleuses et les travailleurs de la rue Clark avaient tenté de se syndiquer…

Au bout du compte, en novembre 2002, Gildan procédait à la fermeture de son usine de la rue Clark et au déménagement de la production qu’on y faisait au Honduras.

Le 12 juillet 2004, invoquant l’inefficacité et les coûts élevés de production au Honduras (!), Gildan annonçait toutefois la fermeture de son usine d’El Progreso et le déménagement de la production, cette fois-ci en Haïti et au Nicaragua voisin. Ce faisant, la compagnie mettait à pied quelque 1 800 ouvrières et ouvriers, qui y avaient jusque là trouvé du travail. Il faut savoir qu’au cours des deux années pendant lesquelles l’usine a été en opération, Gildan avait déjà congédié pas moins d’une centaine de travailleuses et de travailleurs, qui tentaient de se syndiquer…

Bizarrement, il y a quelques semaines à peine, la compagnie annonçait qu’elle comptait maintenant ouvrir, d’ici octobre 2005, une nouvelle usine, toujours au Honduras! Comme quoi les coûts de production ne sont pas nécessairement aussi élevés qu’elle le croyait dans ce pays… Gildan affirme qu’elle s’efforcera de combler ses nouveaux besoins en main-d’œuvre en réembauchant, «de bonne foi et dans la mesure du possible», les ancienNEs employéEs de son usine d’El Progreso. On gage un p’tit deux comme quoi ceux et celles qui ont été spottés comme favorables au syndicat vont être laissés de côté, comme par hasard???

En outre, la fermeture de l’usine d’El Proceso est survenue au moment même où la FLA faisait enquête sur des plaintes qui lui avaient été transmises pour violation du droit d’association, mauvais traitements contre les employées féminines et divers manquements aux règles de santé et sécurité. La FLA avait jugé les allégations assez sérieuses pour suspendre Gildan de ses rangs, le temps de faire enquête. Mais Gildan a réglé le problème à la source, en fermant carrément l’usine! Ainsi, il n’y a plus ni violation, ni atteinte à quelque droit que ce soit, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a plus ni ouvrier, ni usine!

Le résultat de toutes ces belles politiques «socialement responsables» (sic) que Gildan se targue d’appliquer, c’est qu’en 2002 (i.e. l’année même où elle a fermé son usine de la rue Clark), la rémunération totale de ses trois plus haut dirigeants est passée de 1,5 à 13,3 millions de dollars, en hausse de 804% par rapport à l’année précédente… À lui seul, le président et chef de la direction de Gildan, Glenn Chamandy, a empoché quelque 5,8 millions $, passant ainsi de la 110e à la 6e position au palmarès des chefs d’entreprise les mieux rémunérés au Québec.

Ce que l’histoire de Gildan nous montre, c’est bien sûr à quel point la bourgeoisie des grands pays impérialistes comme le nôtre tire sa force, sa puissance et ses immenses richesses de l’exploitation du prolétariat et des peuples des pays dominés : des prolétaires venuEs des pays du tiers-monde, qui travaillent ou ont travaillé dans ses usines du Canada et des États-Unis, et surtout, des prolétaires des pays pauvres, qui constituent une source de surprofits à la fois abondante et soumise aux pires excès, en raison de la collusion des régimes réactionnaires qui demeurent entièrement soumis aux puissances étrangères.

(n° 32, le 2 janvier 2005)

Huntingdon : un exemple éloquent de la sauvagerie du capitalisme

La nouvelle est apparue de manière foudroyante, et elle a rapidement fait le tour de toute la province : l’annonce de la fermeture simultanée des six usines de textile de la municipalité de Huntingdon a créé une véritable commotion, non seulement à Huntingdon, mais dans toute la région.

Les médias ont rapidement souligné que c’est près de 75% de la population active de la petite municipalité, qui compte 2 600 habitantEs, qui perdront ainsi leur gagne-pain. Du coup, c’est quasiment la ville elle-même qui fait face à la fermeture…

Les médias, les politiciens, les porte-parole des organisations patronales et ceux des syndicats, ont été prompts à jeter le blâme sur «les Chinois», qui vont semble-t-il inonder le marché canadien à compter du 1er janvier avec leurs produits textiles vendus à bon marché, et à invoquer la force du dollar canadien pour justifier les fermetures. Mais bien peu (à vrai dire, personne) n’ont mis le doigt sur le fond du problème.

Le «bon maire Gendron», dont la sinistre réputation est désormais bien établie; le président de la Chambre de commerce; les représentants du syndicat CSD de la Huntingdon Mills, comme celui de la Cleyn & Tinker (affilié à la FTQ); et jusqu’au curé de la paroisse Saint-Joseph : tous ont voulu y voir une «fatalité», contre laquelle on ne peut rien faire, sinon que de prier et d’espérer qu’éventuellement, une telle épreuve permettra à la communauté de «renaître» un de ces jours, sans qu’on ne sache trop quand ni comment, chacun ayant en poche sa liste secrète «d’investisseurs» qui viendront «sauver Huntingdon», c’est sûr et certain

À cet égard, il faut dénoncer avec force l’opportunisme crasse du maire Stéphane Gendron – cet hyperactif qui n’hésite jamais à sa faire du capital politique sur le dos des plus démuniEs. Après avoir dit, dans un premier temps, que ces fermetures étaient inacceptables et qu’il était même prêt à «fermer des routes» pour s’y opposer, la vedette de TQS a viré son capot de bord, en moins de 24 heures à peine, en disant que la fermeture était inéluctable; tout ça pour finir en promettant solennellement que d’ici un an, l’ensemble des travailleurs et des travailleuses misES à pied auront retrouvé un nouvel emploi, foi de Gendron!

Dire que c’est ce triste individu qui n’a cessé de se plaindre, à temps plein et sur toutes les tribunes depuis six mois, du «grave problème de vandalisme» causé par des jeunes qui auraient fait quelques graffitis à Huntingdon, voire même – ô insulte suprême! – distribué de la littérature du PCR(co) dans cette ville… Pendant qu’il jouait au shérif, Gendron n’a même pas vu les vrais actes de vandalisme qui étaient pourtant en préparation, sous ses propres yeux; de ce vandalisme social dont le capitalisme se rend coupable et dont les conséquences sont incomparablement plus graves pour des centaines de personnes, et les milliers d’autres qui dépendent d’elles.

Mais contrairement à ce que prétendent Gendron et certains représentants syndicaux, la fermeture des usines de textile n’est pas une «fatalité». Elle s’explique par les règles du jeu d’un système qui ne fait aucun cas de la vie des travailleurs et des travailleuses.

Ceux-ci et celles-ci, et toute la communauté des «non-décideurs» de Huntingdon, auraient toute la légitimité, s’ils et elles le voulaient, de refuser les fermetures qui ont été annoncées; de s’organiser vigoureusement pour les combattre; d’empêcher physiquement leurs patrons de les déposséder de leurs outils de travail. Pour cela, il faudra qu’ils et elles s’organisent de façon militante et autonome, pour défendre leurs propres intérêts de classe, contre ceux des capitalistes et des politiciens de tous poils et de toutes les couleurs, qui finissent tous par défendre le même système pourri!

(n° 31, le 26 décembre 2005)

Chine : les dirigeants révisionnistes présentent le concours de «Miss chirurgie esthétique»

Les médias occidentaux ont fait état, il y a quelques jours, de la tenue du premier concours visant à élire une Miss chirurgie esthétique en Chine. En fait, il s’agit là sans doute d’une première, non seulement pour la Chine, mais à l’échelle de toute la planète.

Les organisateurs de ce désespérant concours, organisé avec la bénédiction officielle des autorités du soi-disant Parti communiste chinois, ont justifié leur initiative en disant que «tout le monde a droit à la beauté» (c’est bizarre, mais il s’agit là d’un «droit démocratique» qu’on n’a jamais vu dans quelque charte que ce soit…). Ils ont également affirmé vouloir contribuer à «l’acceptation sociale» des femmes qui ont subi des transformations chirurgicales.

L’industrie de la chirurgie plastique se développe de manière absolument phénoménale en Chine, au rythme du développement du capitalisme privé. Dans son édition du 17 décembre, le Quotidien du peuple rapportait qu’on compte plus d’un million et demi de «salons de beauté» à travers le pays, dont bon nombre offrent des services chirurgicaux, en-dehors de toute norme et de tout contrôle (en 2003, leur chiffre d’affaires a dépassé les 24 milliards de dollars canadiens).

Il semble que les femmes chinoises (du moins, celles qui ont les moyens de se payer ce genre de services) cherchent de plus en plus à ressembler aux Occidentales. La plupart des interventions qu’elles requièrent visent en effet à obtenir une poitrine plus volumineuse, à accentuer leurs traits jugés trop fins et surtout, à se faire agrandir les yeux, pour qu’ils apparaissent moins bridés (car c’est toute une honte, on le sait bien, que d’avoir les yeux bridés…).

Étrangement, on n’a pas vu la cohorte habituelle des anticommunistes, qui ne ratent jamais l’occasion de rappeler que Mao était un «dictateur sanguinaire» qui ne se lavait jamais les dents, dénoncer cette nouvelle pratique, qui se répand à une vitesse fulgurante et par laquelle des milliers de femmes sont mutilées, au nom de valeurs typiquement capitalistes (savoir, le culte de la «beauté» associé à la réussite sociale individuelle).

Une des premières mesures que les communistes chinois avaient prises avait été l’interdiction de cette vieille pratique ahurissante par laquelle les jeunes filles voyaient leurs pieds bandés, car les femmes avec des petits pieds étaient jugées plus séduisantes, selon la mentalité féodale et patriarcale qui régnait alors.

Nous sommes d’avis qu’il n’y aurait rien de mal si les organisateurs de ce concours, tout comme les propriétaires des grands «salons de beauté» qui font leur beurre en se moquant de la santé et de l’intégrité physique et morale des femmes, étaient à leur tour envoyés aux champs, comme à l’époque de la révolution culturelle – voire dans quelque camp de rééducation, où on leur apprendrait à respecter ce petit quelque chose qui s’appelle la dignité de la vie humaine.

(n° 32, le 2 janvier 2005)

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