Depuis quelques années, on a pu constater une remontée de la répression politique contre les militantes et militants sociaux et politiques. La forte poussée du mouvement anti-mondialisation a suscité des craintes au niveau des bourgeoisies impérialistes, qui ont répondu par l’emploi de leur bras répressif policier et judiciaire. De plus, la montée de la droite radicale aux États-Unis et ailleurs dans le monde ainsi que les attentats du 11 septembre 2001 sont aussi des explications du climat de répression politique. Ceci dit, dans les années 1990, certains pays impérialistes avaient déjà engagé une répression contre les mouvements de contestation interne.

Dans ce contexte, comment le mouvement de défense des droits à l’expression politique dissidente doit-il se positionner? Comment doit-il s’organiser? Il y a peut-être lieu de regarder ce qui s’est passé historiquement. Ainsi, l’expérience du Secours rouge international (MOPR, selon l’acronyme russe) des années de l’entre-deux guerres (de 1922 à 1939) est instructive pour nous. En particulier, il est intéressant de se pencher sur celle de sa section canadienne, la Ligue de défense ouvrière ou, en anglais, la Canadian Labor Defense League (CLDL).

Contexte de la naissance de la Ligue de défense ouvrière

Le Secours rouge international est créé en 1922. Le 4e congrès de l’Internationale communiste lance l’appel dans sa résolution sur l’aide aux victimes de la répression capitaliste, à la mise en place dans chaque pays d’une organisation de secours fédérée dans un regroupement international. Il était clair que les bourgeoisies des différents pays impérialistes craignaient le développement de révolutions socialistes dans leurs pays respectifs. L’exemple de la révolution d’Octobre 1917 a été suivi, entre autres, en Allemagne et en Hongrie où on voit l’apparition de soviets en 1919. Ces expériences ne durèrent pas longtemps et furent durement réprimées. En Allemagne, des dirigeantEs de la révolution, notamment Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, furent assassinéEs sauvagement par les autorités de ce pays.

Au Canada, il y eut une grande grève générale en 1919. Du mois de mai au mois de juin, il y eut des débrayages dans plusieurs grandes villes (Calgary, Lethbridge, Edmonton, Regina, Saskatoon, Prince Albert, Brandon, Fort William, Port Arthur, Amherst, Sydney, Toronto et Vancouver). Ce fut dans la ville de Winnipeg que le mouvement a pris le plus d’ampleur. La ville fut occupée par les travailleurs et travailleuses. C’était pratiquement les ouvriers, ouvrières et employéEs municipaux qui organisèrent la vie de la ville. Le gouvernement canadien n’accepta pas cette situation et la répression fut très sauvage.

Le 17 juin, la Gendarmerie royale du Canada tenta un coup de force pour briser le mouvement de grève. Des leaders de la grève comme le secrétaire du Conseil des métiers de la métallurgie, R. B. Russell, le révérend William Ivens qui était l’éditeur du Strike Bulletin (Bulletin de grève), des officiers du Conseil du travail et des métiers de Winnipeg, ainsi que des militants socialistes et des travailleurs immigrants originaires des pays de l’Europe de l’Est furent arrêtés. La police ne prit pas de gants blancs. Des portes de domiciles ont été défoncées violemment et les meubles et bureaux ont été renversés et saccagés. Le révérend Ivens fut arrêté de nuit devant les yeux de ses enfants en pleurs. La même journée, des raids ont été effectués au Temple du travail, dans les bureaux du Western Labour News et au Temple ukrainien du travail, qui étaient vus comme les quartiers généraux de la subversion par les forces policières.

Les autorités refusèrent que les prisonniers soient relâchés sous caution. Des protestations de l’ensemble du mouvement ouvrier canadien fusèrent et les prisonniers furent finalement remis en liberté, le 20 juin. Pour contre-attaquer et protester contre ces arrestations abusives, les grévistes de Winnipeg décidèrent de tenir une marche silencieuse le samedi 21 juin. Il semble que cela fut trop subversif pour le major de la police montée qui émit un avis d’émeute et avertit les participantEs que la marche se ferait à leurs propres risques. La manifestation n’avait même pas encore débuté et c’était encore le matin.

Cet avis n’intimida pas la foule d’hommes, de femmes et d’enfants qui se présenta au lieu de rassemblement sur la rue principale, près de l’Hôtel de ville, en après-midi. Dans un premier temps, 50 policiers tentèrent de disperser la foule à l’aide de bâtons de baseball. Ils furent reçus par des huées et des pierres. Alors, la police attaqua de nouveau mais cette fois, avec des revolvers et autres armes à feu. Cent vingt balles furent tirées. Deux personnes furent tuées, 30 blessées, une centaine arrêtées et la ville de Winnipeg fut mise sous contrôle militaire, ce qui stoppa le mouvement de grève. Ailleurs au Canada, même si la répression fut moindre, la police mâta aussi le mouvement de grève en l’espace de quelques jours.

Rappelons que depuis 1917 et jusqu’en 1921, le Canada était dirigé par un gouvernement d’unité nationale ayant à sa tête, d’abord, le conservateur Robert Borden (le salaud sur les billets de 100 dollars) et, ensuite, un autre conservateur, Arthur Meighen. Sa mise sur pied était liée en grande partie aux manifestations anti-conscription au Québec. Sa perpétuation n’était pas étrangère à la grogne prolétarienne en marche. Durant cette période, les libéraux du Canada anglais et tous les conservateurs dirigèrent ensemble le pays.

Étant inspiréEs par la radicalisation prolétarienne au Canada, un noyau de militantEs révolutionnaires décidèrent de fonder un parti communiste au Canada en juin 1921, dans une grange située près de Guelph, en Ontario. À ce moment, le Canada vivait encore les mesures de guerre et on décida que le Parti serait clandestin. Le Comité central du nouveau Parti fit une demande d’adhésion à l’Internationale communiste. Or, cette dernière demanda aux communistes canadiens de se doter d’une structure légale. Acceptant cette demande, ils fondèrent le Parti ouvrier du Canada en 1922. En 1924, celui-ci adoptera enfin le nom officiel de Parti communiste du Canada et interviendra à l’intérieur d’un autre parti, le Parti canadien du travail (Canadian Labour Party), jusqu’en 1929.

La Ligue canadienne de défense ouvrière (LCDO) naquit en 1925, de manière provisoire, défendant les grévistes des mines de Drumheller en Alberta. Cette grève commença lorsque des travailleurs membres de la Mine Workers’ Union of Canada (MWUC), un syndicat d’allégeance communiste, cessèrent le travail et refusèrent l’entrée aux mines à des syndiqués d’une union concurrente. À l’été 1925, la police fit un nombre considérable d’arrestations. Soixante-quinze membres de la MWUC étaient en attente de procès. Les fonds du syndicat tombèrent à sec à cause des frais judiciaires. C’est alors que Tim Buck, chef de la Ligue d’éducation syndicale (Trade Union Educational League), l’ancêtre de la Ligue d’unité ouvrière, lança l’idée de la mise sur pied d’une organisation de secours des prolétaires en lutte, victimes de la répression capitaliste. En 1926, le nouveau groupe lança une campagne de pétition pour obtenir un nouveau procès devant jury pour Lewis McDonald (Kid Burns) et Cecil Terris, deux organisateurs de la grève qui étaient toujours en dedans. En 1925 et 1926, le pasteur Albert E. Smith, organisateur du regroupement, fit le tour du Canada pour amasser des fonds pour défendre les grévistes. 4 000$ furent ainsi récoltés.

En 1927, on décida de donner un caractère permanent à la Ligue de défense ouvrière, ce qui allait dans le sens des orientations de l’Internationale communiste et répondait à des besoins locaux. C’est Florence Custance qui en fut la première secrétaire générale, jusqu’en 1929. Tout au long de son histoire, les femmes joueront un rôle important dans cette organisation. Le révérend A.E. Smith lui succéda et cela jusqu’en 1940, date de la disparition de l’organisation. La LCDO organisa le soutien auprès, entre autres, des conjointEs, parents et amiEs des personnes victimes de la répression capitaliste, qui étaient surtout, à l’époque, des hommes. Dans sa constitution, rédigée en 1927, on pouvait y lire qu’elle se donnait comme mission de fournir les moyens nécessaires pour la défense des travailleurs et travailleuses poursuiviEs pour leurs activités dans le mouvement ouvrier, quelles que soient leur affiliation politique ou syndicale, leur race, leur couleur ou leur nationalité. La LCDO fournissait des avocats mais encourageait les gens à se représenter eux-mêmes devant les tribunaux pour éviter des frais.

La Ligue de défense ouvrière s’organisa assez rapidement dans plusieurs villes du Canada. Déjà, en 1926, pour donner une idée, à Winnipeg on retrouvait 55 membres dans la branche polonaise de la ville, 300 dans la branche ukrainienne et 35 dans la branche juive. Les membres de la LCDO participaient à un vaste mouvement de masse international qui regroupait 6 500 000 adhérentEs dans 33 pays.

L’organisation en branches nationales n’était pas étrangère au type d’organisation du Parti communiste de l’époque qui, lui aussi, comportait une division du même type (ukrainienne, finlandaise et juive). La GRC apprit au mois de septembre 1926 que la branche ukrainienne du PCC souhaitait que soit mise sur pied une branche communiste polonaise pour contrôler la branche polonaise de la LCDO… Cet incident était révélateur des liens entre le Parti et la Ligue.

L’organisation en branches nationales se fondait sur des raisons pratiques (80% des membres du Parti communiste et de la Ligue de défense ouvrière ne comprenaient pas l’anglais ou le français) mais elle avait aussi un fondement opportuniste. Dès ses débuts, le Parti communiste du Canada fut gangrené par l’opportunisme de droite et l’opportunisme de «gauche», qui avaient tous deux le même fondement : le refus d’affronter de manière révolutionnaire la bourgeoisie. Les opportunistes de droite adhéraient à une théorie fumeuse, l’exceptionnalisme américain, qui disait que les bourgeoisies de l’Amérique du Nord pouvaient encore jouer un rôle progressiste. Selon eux, il n’y aurait pas de crises économiques en Amérique du Nord (on est alors avant 1929) et le gâteau de la richesse ne pouvait que s’accroître. Il fallait donc surtout participer à des grèves pour aller se chercher un plus gros morceau. De plus, reconnaissant un rôle «progressiste» à la bourgeoisie canadienne, la lutte principale au Canada revenait à défendre l’«indépendance» du Canada par rapport à la Grande-Bretagne.

Pour les opportunistes de «gauche», la seule radicalisation des luttes ouvrières était suffisante pour arriver à la révolution sans construire une conscience de classe claire. Dans les faits, les deux formes d’opportunisme conduisaient à ne pas organiser la révolution. L’intervention du PCC dans le Parti canadien du travail et le fait de cacher ses orientations communistes découlaient de cet enlignement. L’argument des opportunistes était le suivant : il ne fallait pas laisser aux réformistes une masse importante de militantEs qu’il était possible d’organiser dans un parti large. En réalité, organiser des gens sur une base réformiste ou les laisser rejoindre une organisation réformiste, ça revenait au même, mais les opportunistes ne voulaient pas le savoir.

La position opportuniste de «gauche» était celle des trotskistes qui parlaient beaucoup de révolution, faisaient apparaître n’importe quoi pour de la révolution mais ne faisaient pas la révolution. En 1928, le PCC expulsa Maurice Spector, le chef de file du trotskisme canadien. Plus tard, alors que l’influence néfaste du représentant numéro un de l’opportunisme de droite dans le PCC, Jack MacDonald, avait décru, celui-ci fut expulsé à son tour (1931). Ce renégat du prolétariat rejoindra alors l’organisation trotskiste de Maurice Spector, l’International Left Opposition (Trotskyist) of Canada, ce qui démontre bien que tous les opportunismes ont le même fondement soit le rejet, en pratique, de la révolution.

Jusqu’en 1929, le rôle de la LCDO resta plutôt modeste, compte tenu de l’enlignement opportuniste du Parti. Néanmoins, il y avait pas mal d’activités. Outre le soutien aux grévistes réprimés, il y avait une certaine participation aux campagnes du Secours rouge international. Notamment, en 1927, alors que les deux anarchistes américains Sacco et Vanzetti risquaient la pendaison, il y eut une manifestation organisée à Toronto en même temps qu’à Paris (où il y eut une émeute) et à Berlin.

Ceci dit, dans chacune des périodes de développement de la Ligue, les positionnements politiques successifs du PCC auront un rôle significatif. Il est vrai que le PCC fournissait un nombre important de cadres majeurs à la LCDO, mais celle-ci avait tout de même son indépendance. L’existence de la Ligue se justifiait par la nécessité de constituer une organisation de masse qui protégerait les droits des victimes de la répression capitaliste. Il était faux de dire que chaque membre de la Ligue était membre du PCC. En 1930, la LCDO comptait 2 500 adhérentes et adhérents répartiEs dans 74 sections, et des comités de défense étaient actifs dans neuf villes, alors qu’il y avait 4 000 membres au sein du PCC. En 1936, on évaluait le membership communiste à 10 000 personnes, tandis que la LCDO comptait 15 000 membres. C’est donc dire que les deux organisations avaient une autonomie certaine.

La troisième période

En 1929, la situation changea par rapport à la période précédente. Le Komintern (Internationale communiste), à la suite de son 6e congrès tenu en 1928, était d’avis que le capitalisme entrait en crise et qu’il fallait appliquer une stratégie de lutte classe contre classe. Le PCC cessa d’intervenir dans le Parti canadien du travail et créa la Ligue d’unité ouvrière (Workers’ Unity League) qui regroupait tous les syndicats affiliés à l’Internationale syndicale rouge. Nous étions rendus dans ce que le mouvement communiste international appela la troisième période.

Les réformistes qui analysent cette période où on appliquait la ligne classe contre classe y voient surtout une dérive gauchiste. Dans les faits, pour les communistes, c’était le temps de frapper. L’URSS se consolidait économiquement et était en mesure d’assurer une résistance plus soutenue en cas de guerre de rapine impérialiste. Rappelons qu’en 1927, une invasion britannique de l’URSS à partir de pays du Moyen-Orient (l’Irak et la Perse) était quelque chose de possible et le gouvernement soviétique la craignait fortement. L’impérialisme britannique aurait aimé mettre la main sur les champs pétrolifères de Bakou et des autres régions autour de la mer Caspienne.

Il ne fallait pas une grande boule de cristal pour prévoir qu’un ralentissement économique allait affecter le capitalisme prochainement. Le capitalisme, à tous les 7 à 10 ans, a toujours connu des cycles de crises économiques. Par contre, il était bien sûr difficile de prévoir l’ampleur de la crise qui allait suivre le krach boursier en 1929. Cette crise majeure est venue conforter l’opinion des dirigeantEs communistes qui voyaient que leur enlignement révolutionnaire pouvait rapporter des fruits.

Il y en a pour dire que le nouvel enlignement de la Troisième Internationale était celui que défendait le renégat anti-ouvrier Trotski quelques années auparavant mais qu’en le gauchisant à l’extrême, les communistes en sont venus à se couper des masses. En réalité, pour Trotski et ses partisans, la participation à un mouvement de grève n’était qu’une parade pour éviter de faire la révolution et pour chercher à se faire des petits amis chez les socio-démocrates. Pour les communistes, radicaliser le mouvement de luttes grévistes dans cette période de lutte intense, ça servait à affaiblir le capitalisme et construire le camp de la révolution, ce qui, bien sûr, entraînait des divergences avec les indécrottables réformistes. Avec l’expérience historique, nous savons qu’un mouvement de guerre populaire manquait pour récolter les fruits de la construction du camp de la révolution qui s’est effectivement fait dans plusieurs pays.

Dans cette période, les luttes se durcissaient donc. Fondée en 1929, la Ligue d’unité ouvrière (LUO) regroupait, entre autres, l’Amalgamated Mine Workers de Nouvelle-Écosse, dirigée par le célèbre Jim Bryson McLachlan, la Mine Workers Industrial Union, des syndicats de bûcherons et de nombreuses unions dans les secteurs du textile et du caoutchouc. Pour montrer l’ampleur de son influence, en 1934, soit cinq ans après sa fondation, 90% des grèves ouvrières au Canada étaient l’œuvre de la Ligue d’unité ouvrière.

La LUO mena des grèves très dures. Ce fut dans les secteurs minier et forestier qu’elle organisa les luttes les plus marquantes. Le 8 septembre 1931, 500 travailleurs des mines de charbon d’Estevan débrayèrent. Ils demandaient notamment la journée de huit heures, un salaire minimum de 5,40$ par jour pour les mineurs de fond et la reconnaissance syndicale. Le 29 septembre, une manifestation en camions et voitures partit de Bienfait en se dirigeant vers Estevan. Sur une des banderoles, il était écrit : «Des maisons, pas des cabanes à chien». À Estevan, 47 policiers de la GRC les attendaient armés de fusils, de revolvers, de matraques et de mitraillettes. La police ouvrit le feu, tua trois mineurs, en blessa 18 et en arrêta 50 autres.

À Rouyn-Noranda, le 3 décembre 1933, quelques centaines de bûcherons liés à la LUO convergèrent vers les bureaux de la CIP. La veille, un dirigeant de la compagnie avait averti un groupe de 300 travailleurs qu’elle refusait de négocier avec des «agitateurs communistes». De plus la police avait annoncé que, si plus de 10 travailleurs partaient en «parade», cela entraînerait des arrestations. Ceci n’intimida pas les travailleurs qui étaient maintenant en grève. C’est le 8 décembre que la police répliqua en arrêtant Harry Raketti, le jeune leader de 24 ans de la grève. Jeanne Corbin, alors secrétaire locale de la LUO, encouragea dès le lendemain les troupes à ne pas se décourager et à continuer le combat.

La grève se durcit. On érigea des barrages qu’on pouvait franchir seulement si on avait un permis émis par le comité de grève. Le 11 décembre, la police se présenta à un des barrages. L’acte d’émeute fut lu. Les grévistes ne bronchèrent pas. C’est alors que la police utilisa les gaz lacrymogènes et les matraques. Elle fit 71 arrestations. Par la suite, d’autres dirigeants du syndicat furent arrêtés, dont Jeanne Corbin, et plusieurs dirigeants syndicaux francophones (les francophones étaient assez rares dans les syndicats influencés par le communisme à cette époque). En tout et partout, à la fin du mois de janvier, 77 accusés furent condamnés à des peines allant de 4 à 12 mois de prison; 64 furent libérés. Raketti et Corbin furent accusés de sédition. Il et elle seront condamnés respectivement à 18 et à 3 mois de prison.

C’est la Ligue de défense ouvrière qui devait payer les cautions et assurer la défense des accusés dans les conflits de la LUO. À Rouyn-Noranda, à l’été 1934, il y eut aussi une grève de mineurs où encore une fois, la LCDO fut sollicitée. Or, la section montréalaise de la Ligue avait de sérieuses difficultés financières. Les avocats leur réclamaient des frais. Pour régler ce problème, il fallait accroître le membership. Finalement, les avocats acceptèrent de différer encore une fois les paiements, comme c’était leur habitude.

À vrai dire, cette situation de report des paiements d’avocats était récurrente à la LCDO, surtout durant la troisième période. La Ligue privilégiait le paiement de cautions énormes pour permettre la remise en liberté des militantEs. Cet argent leur revenait une fois que la cause était entendue. Il fallait tout de même maintenir une réserve importante. Pour ce qui est du paiement des avocats, là, une fois que l’avocat recevait ses honoraires, cet argent disparaissait des fonds de la LCDO. Rappelons qu’à l’époque, il n’existait pas d’aide juridique pour les plus pauvres.

Les cautionnements n’étaient pas minimes. Un cautionnement de 1 000$ pour obtenir la libération temporaire de militantEs n’était pas rare. Lors de la campagne pour le droit de parole à Toronto en 1929, Jeanne Corbin se fit arrêter le 19 octobre et se fit cautionner par deux fois. La campagne pour le droit de parole fut une des premières campagnes de la LCDO sur les droits fondamentaux. Depuis 1928, un règlement municipal interdisait les meetings communistes en plein air. Déjà, les propriétaires qui louaient des salles pour la tenue de meetings communistes subissaient beaucoup de harcèlement. C’était donc dire qu’il fallait absolument contre-attaquer et obtenir la liberté de parole.

À la fête pour l’anniversaire de naissance de Lénine, le 22 janvier 1929 au théâtre Stand de Toronto, la célébration fut interrompue par des bombes lacrymogènes. Un jeune communiste, Philip Halperin, défia le règlement et commença un discours en yiddish. La police l’arrêta. Cette arrestation entraîna la mise sur pied d’un mouvement de protestation : le Congrès pour la liberté de parole (Free Speech Conference). Cinquante-cinq organisations, certaines communistes, d’autres syndicalistes ou de défense des libertés civiles y participèrent. La coordination du regroupement fut confiée à une jeune militante de la Ligue de défense ouvrière, Jeanne Corbin, une Française d’origine, qui ne faisait pas partie du Comité central du Parti communiste mais qui était très proche de gens dans la direction. Elle était prête à risquer une arrestation.

Entre mai et septembre 1929, pour défier le règlement, 36 réunions en plein air se tinrent. En août, la police dispersa une manifestation contre la guerre et le fascisme. Le 6 septembre, la police arrêta Beckie Buhay lors d’un meeting mais l’avocat de la LCDO, J.L. Cohen, gagna la cause. On appela à la tenue d’un rassemblement pour le droit de parole à Queen’s Park à Toronto le 19 octobre. Les autorités de l’Université de Toronto (dont le domicile jouxtait le parc) firent appel à la police. Ce fut à cette occasion que Jeanne Corbin fut arrêtée.

Pour appliquer des mesures anti-communistes, les gouvernements avaient un arsenal judiciaire assez musclé. Depuis 1919, un article du Code criminel, l’article 98, rendait illégales les organisations révolutionnaires. Il y avait aussi deux articles de la loi de l’immigration qui permettaient de déporter tout immigrant reconnu professer des idées révolutionnaires (article 41) et tout immigrant ayant vécu moins de cinq ans au Canada et qui devenait à charge du gouvernement (notamment en étant emprisonné) (article 42).

Ces articles préoccupaient fortement le Parti communiste et la LCDO, dont le membership respectif avait une très forte composante immigrante et, évidemment, révolutionnaire. En 1931, la LCDO avait un total de 123 branches. Parmi elles, 37 étaient ukrainiennes avec 1 208 membres, 26 finlandaises (856 membres), 32 anglophones et internationales avec 1 455 personnes (dont la moitié parlait anglais). Il existait aussi 27 branches regroupant d’autres groupes européens (Italiens, Grecs, Lithuaniens, Tchécoslovaques, Polonais, etc.) avec un membership de 1 386 personnes. Les Chinois (20 membres) et les Japonais (30 membres) avaient aussi leurs branches respectives.

De 1903 à 1928, un total de 17 600 immigrantEs avaient été déportéEs (soit environ 725 annuellement). En 1930, le nombre de déportations s’accrut significativement : 4 025 cas durant l’année. En 1931, ce fut encore pire, avec plus de 7 000 déportéEs. Le gouvernement réactionnaire de Bennett se justifiait en utilisant le prétexte de la crise. Pour contrer ce zèle fasciste du gouvernement, la LCDO mit sur pied un Conseil de défense des personnes nées à l’étranger (Foreign Born Defense Council). La LCDO, avec l’aide de ses avocats, réussissait à repousser les délais de déportation en invoquant l’habeas corpus. Par contre, dans bien des cas, les procédures judiciaires ne réussirent pas. Des gens étaient déportés vers des pays aussi dangereux à l’époque que la Hongrie, la Pologne, la Yougoslavie et la Bulgarie.

La LCDO menait une campagne politique pour le rappel des articles 41 et 42 de la loi de l’immigration de même que l’article 98 du Code criminel. S’il est vrai que du côté de la loi de l’immigration, les efforts de la LCDO ne furent pas couronnés de succès, il en fut autrement pour l’article 98.

En 1931, on déclara le Parti communiste illégal en vertu de l’article 98. L’application de cet article permit l’intervention de la police dans les bureaux du Parti, du journal The Worker et de la Ligue d’unité ouvrière. Elle entraîna l’arrestation de neuf dirigeants du PC le 11 août 1931. Parmi eux, il y avait Matthew Popovich; Tom McEwen, secrétaire de la Workers’ Unity League (Toronto); Tom Hill, organisateur de la section finlandaise (Timmins); John Boychuk, organisateur de la section ukrainienne; Mike Golinsky (Toronto); Sam Carr; Tom Cacic, organisateur de la section tchécoslovaque; Tim Buck, secrétaire général (Toronto); et Malcolm Bruce (Vancouver, absent sur la photo ci-contre). Parmi ces militants, huit furent accusés d’être membres et officiers d’une association illégale et d’avoir pris part à une conspiration séditieuse. Ils furent traduits devant les tribunaux et condamnés à cinq ans de prison sous les deux premiers chefs d’accusation et à deux ans sous le troisième. Ils entreprirent, bien sûr, des procédures en appel et obtinrent même un cautionnement leur permettant d’être temporairement libérés. Par contre, pendant plus de deux ans, ils furent enfermés à la prison de Kingston. C’est à l’été 1934 que la plupart furent libérés, à l’exception de Cacic qui fut déporté en Tchécoslovaquie et de Tim Buck, condamné à purger quelques mois de plus pour avoir «incité à une émeute dans la prison».

Durant l’emprisonnement des dirigeants communistes, la LCDO fit un excellent travail d’information et de mobilisation. Elle multipliait les pétitions et les distributions de tracts. On insistait sur la défense des droits des travailleurs, le rappel de l’article 98 du Code criminel et des articles 41 et 42 de la Loi de l’immigration. En février 1932, A.E. Smith, le secrétaire général de la LCDO, prit la tête d’une délégation pour aller confronter en personne l’ignoble Premier ministre Bennett. Or, Smith ne put rencontrer que le ministre du Travail auquel il présenta un affidavit signé par 876 organisations représentant 171 315 personnes demandant le rappel de l’article 98 et une pétition de 66 617 noms appelant à la défense des droits des travailleurs et à la mise en œuvre d’une loi anti-déportation. Le gouvernement conservateur fit la sourde oreille.

En 1932, d’autres pétitions, l’une comptant 450 000 signatures et l’autre 200 000, furent remplies. Il y eut une diffusion massive de 500 000 dépliants de même qu’une campagne de signature de 50 000 cartes postales adressées au Premier ministre. Le procès pour émeute contre Tim Buck, tenu en octobre, permit aussi de dénoncer les conditions déplorables en prison. La LCDO demandait qu’on reconnut le statut politique des prisonniers communistes et qu’on fit une enquête sur la situation au pénitencier de Kingston où étaient enfermés les leaders communistes.

Le membership et les finances de la LCDO s’accrurent considérablement durant la campagne pour la libération des dirigeants communistes. Ainsi, les revenus de la Ligue pour les six premiers mois de 1933 furent en moyenne de 8 000$ par mois alors que, durant la même période de 1932, son revenu mensuel moyen avait été de 4 000$.

Au mois de décembre 1933, nouvelle tactique de lutte : on présenta une pièce de théâtre, Eight Men Speak, au Standard Theatre de Toronto, dans laquelle on dénonçait la persécution des huit prisonniers communistes. Notamment, on y présenta la tentative de meurtre contre Tim Buck le 20 octobre 1932, qu’on mit en lien avec l’assassinat des trois grévistes d’Estevan. On ne put la présenter longtemps, puisque la police l’interdit sous prétexte qu’elle était «diffamatoire». Le Premier ministre Bennett prit connaissance de la pièce. Pour lui, le responsable en était A.E. Smith, le dirigeant de la LCDO pour lequel il vouait une haine terrible.

Dans un meeting de protestation du Progressive Arts Club, qui aida à la rédaction de la pièce, le révérend A.E. Smith tint un discours où il accusa de nouveau les autorités d’avoir attenté à la vie de Tim Buck. Deux semaines plus tard, ce discours servit de prétexte à son arrestation pour sédition. Deux importants avocats, E.J. McMurray, connu des cercles radicaux depuis 1919, et Leo Gallagher, un avocat ayant fui l’Allemagne et payé par l’International Labor Aid états-unien, se chargèrent de la défense de Smith. Un des bons coups du procès fut quand on fit témoigner Tim Buck sur les événements du 20 octobre 1932 où on attenta à sa vie. Son témoignage fut convaincant.

Dans le plaidoyer de la défense on affirma :

«Si vous punissez Smith, ce sera un retour à l’inquisition espagnole. Certaines forces réactionnaires se réjouiront si Smith est mis en dedans. Mais, partout au Canada aujourd’hui, ce cas est un procès d’État. C’est un procès politique. Je me suis souvent étonné, messieurs, que les prisons soient bâties pour les dirigeants ouvriers. Le sort de Smith est observé en Colombie-Britannique, dans les camps chez les mineurs de l’Alberta, à Brandon où il travailla lorsqu’il fut jeune homme, tout partout chez les universitaires qui sont intéressés par le sort de cet homme.»

A.E. Smith fut finalement acquitté. Des journaux bourgeois, pourtant pas communistes, saluèrent dans cette décision de la cour une victoire de la liberté et du sens commun au Canada. Ce jugement eut des conséquences positives pour le cas des huit arrêtés. La plupart furent relâchés en juillet, sauf Tim Buck qui le fut en novembre, à cause de son accusation d’avoir participé à une émeute.

Cette campagne pour les droits politiques des révolutionnaires fut le moment fort de l’existence de la LCDO. Dans un meeting à la fin de juillet, A.E. Smith affirma que la Ligue avait 17 000 membres actifs et 26 000 supporters et sympathisantEs. Ce fut le pic de son membership qui périclita par la suite. Pourquoi? Y avait-il relâchement et baisse de garde chez les communistes? Il est vrai que l’élection de McKenzie King en 1935 changea quelque peu la situation des droits civils. En 1936, l’article 98 fut finalement abrogé, ce qui représenta une grande victoire pour la LCDO.

La période du Front populaire

Ce fut encore une orientation de la Troisième Internationale qui joua un rôle sur ce qui se passait dans le travail de la LCDO. En fait, pour être plus juste, ce fut l’application opportuniste qu’en fit le PC qui joua un rôle et sur le développement indépendant du PC canadien et, par ricochet, sur celui de la Ligue.

La montée du fascisme en Allemagne, la menace qui pesait sur la sécurité intérieure de l’URSS et la répression d’un des plus importants partis communistes au monde, celui de l’Allemagne, amena la Troisième Internationale à changer de ligne en 1935. D’un point de vue international et tactique, la ligne du front populaire qui tentait de circonscrire davantage l’ennemi principal que ce ne le fut durant la période précédente, pouvait se défendre. Dans le contexte nord-américain, le tournant effectué par le Parti communiste des États-Unis, qui s’auto-dissolva, et celui du PC canadien, qui sans se liquider, détruisit graduellement son intervention indépendante de classe (notamment, sur une période de quatre ans, en liquidant la Ligue d’unité ouvrière et la LCDO), n’avait aucun sens. Il est vrai qu’il y avait eu du sectarisme dans la période antérieure. Mais, le changement de ligne était si radical que tout le crédit acquis durant la période précédente s’évanouit. Pour montrer l’ampleur du soutien au communisme à l’époque, à la fin 1934, 17 000 personnes étaient venues entendre Tim Buck dans un aréna à Toronto après qu’il fut libéré. À Montréal, 10 000 personnes, dont la moitié était canadiennes-françaises, étaient venues l’entendre le 28 décembre.

En janvier 1936, une directive de l’I.C. enjoignit la Ligue de défense ouvrière de changer son orientation, jugée encore trop sectaire. Elle l’invitait aussi à participer à des regroupements de front uni comme celui initié à l’été 1935 à Regina (Regina Citizens Committee) qui regroupait des gens du CCF (Co-operative Commonwealth Federation, l’ancêtre du NPD), mais aussi des gens proches du Parti libéral. À vrai dire, on le disait aussi dans la directive, il y avait déjà des clubs du CCF qui participaient à la LCDO. Il y avait eu des efforts pour rejoindre les gens du CCF, entre autres, pendant la campagne autour du procès de A.E. Smith. Le dirigeant du CCF, J.S. Woodworth, ne voulait pas s’acoquiner avec des gens qui cherchaient à provoquer des troubles et outrepassaient les moyens constitutionnels. Durant cette campagne pour défendre A.E. Smith, il y eut des divisions au sein du CCF, particulièrement en Ontario, à savoir s’il fallait ou non le soutenir. Le CCF voulait se limiter à réclamer l’abrogation de l’article 98, tout comme le Parti libéral d’ailleurs. Il est vrai aussi que, dans certaines provinces, la majorité des groupes membres affiliés étaient des clubs locaux du CCF, comme c’était le cas en Colombie-Britannique en 1935. Ceci dit, il peut y avoir eu du sectarisme, donc nécessité de le combattre pour construire un front uni plus fort et isoler les forces bourgeoises les plus réactionnaires.

Mais, dans cette directive de l’IC, rien ne disait qu’il fallait liquider la LCDO. Pourtant, durant l’année 1936, dans plusieurs villes du Canada, on liquida des branches locales et on encouragea les membres à participer à des comités de défense des citoyenNEs comme celui de Regina (voire même à en mettre sur pied). Cette interprétation locale ne pouvait que mener à la liquidation complète de la LCDO et de toute possibilité de travail indépendant pour les victimes de la guerre de classe et du fascisme.

Dans un voyage en Europe de l’Est, durant l’année 1936, A.E. Smith discuta avec le Secours rouge international. Il était clair que la ligne liquidatrice n’avait aucun sens pour le SRI. Le SRI affirmait même : «C’est seulement par un renforcement plus poussé de votre propre travail et appareil, l’accroissement de votre prestige et influence et la construction de votre propre organisation que vous pouvez jouer un rôle nécessaire dans le développement du front uni.» En novembre 1936, A.E Smith communiqua cette directive à la direction nationale de la LCDO.

On résolut que Smith fasse une tournée pan-canadienne pour reconstruire les branches locales de la LCDO qui avaient été liquidées. Par ailleurs, en Espagne, le Secours rouge international jouait un rôle important dans le soutien aux victimes du fascisme. Il fallait envoyer de l’argent vers l’Espagne. La LCDO avait désormais ce mandat. Cependant, le travail liquidateur de l’année 1936 avait fait son œuvre.

En 1935, il y avait encore beaucoup de grèves combatives menées par la Ligue d’unité ouvrière. Ça demandait encore un soutien de la part de la LCDO. Or, à la suite du 7e congrès de l’IC en août 1935 où on devait insister sur la construction du front uni et l’isolement des éléments les plus réactionnaires de la bourgeoisie, le travail syndical rouge fut abandonné graduellement. La LUO tâchait encore d’organiser les inorganiséEs et les sans-emploi. Par contre, les communistes intervenaient maintenant dans des syndicats réformistes, voire même catholiques. Cette ligne ne faisait que radicaliser un peu des syndicats dont les directions bureaucratiques et modérées tenaient encore la bride. Des grèves dures, il y en avait moins. C’est donc dire que, sur ce plan, la LCDO se retrouvait avec cette tâche en moins.

En 1937 et 1938, la LCDO, si elle existait nominalement, fit peu de choses. La collecte d’argent et d’effets pour les victimes du fascisme en Espagne se fit surtout par des canaux autres. La Ligue connut un regain d’activité en 1939, alors que, à la suite du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, on interna beaucoup de communistes et cela, même si l’URSS n’était pas en guerre avec l’Angleterre, la France et le Canada. Les autorités fédérales jugeaient que les communistes canadiens nuisaient à l’effort de guerre, alors qu’ils et elles dénonçaient le caractère impérialiste de la guerre, ce qui était vrai jusqu’en 1941. La LCDO disparut en 1941.

En conclusion

Que peut-on retenir de l’expérience de la Ligue canadienne de défense ouvrière des années 1920 à 1930? Il semble que la construction d’un mouvement de défense des droits à la dissidence politique ne peut pas se faire indépendamment des conditions de la lutte de classe. La lutte de classe dépend de la direction révolutionnaire. Si la direction révolutionnaire est dans l’erreur, la lutte de classe aura de la difficulté à se développer. L’interprétation très opportuniste des directives du 7e congrès de l’IC a été un cadeau du ciel pour la bourgeoisie canadienne.

Jusqu’à un certain point, si l’essor des communistes n’avait pas été aussi grand en 1934, il n’est pas clair que la LCDO aurait réussi à libérer les huit communistes. Celle-ci, lors des années précédant la montée en flèche du soutien au communisme en 1933 et 1934, avait tout de même joué un rôle important pour parer à certains coups de la bourgeoisie. Il fallait bien engager des cautions pour permettre à des militantEs de continuer l’organisation révolutionnaire. Il fallait payer des avocats pour empêcher leur emprisonnement ou les libérer rapidement. Le temps que les révolutionnaires pouvait mettre dans la lutte de classe, ce n’était pas perdu.

Dans certains cas, des campagnes comme celles pour libérer les huit dirigeants communistes et éviter la condamnation d’A.E. Smith se sont révélées des coups solides portés à la bourgeoisie, qui se targuait d’accorder des droits mais qui ne les appliquait que lorsque ça faisait son affaire. Ces campagnes mettaient devant ses contradictions une bourgeoisie qui se trouvait divisée entre les tenants d’une ligne autoritaire et ceux d’une ligne plus libérale.

Les moments les plus forts de la LCDO furent ceux où elle entrait en campagne pour défendre le droit de propager des idées révolutionnaires et d’organiser l’action révolutionnaire. Ce n’était pas nécessairement lorsqu’elle défendait des grévistes victimes de la répression policière. Par contre, ce travail était aussi nécessaire dans le contexte de l’époque où il n’y avait pas de programmes gouvernementaux assurant un certain montant pour défendre les pauvres. L’idée de la bourgeoisie en écrasant ces grèves était d’affaiblir le développement du mouvement communiste.

Il y a lieu de penser que le travail de la LCDO ouvrait un autre front de la lutte de classe, sur le plan de la lutte pour l’élargissement et le respect des droits des militantEs mais toujours dans l’objectif de la révolution. Nous savons que la bourgeoisie tente de faire passer les révolutionnaires pour de vulgaires criminelLEs en enlevant toute substance politique aux procès. En réalité, la défense des droits à la dissidence politique doit se faire d’un point de vue politique. Il faut donc montrer que chaque procès contre des militantEs revient à une attaque contre le prolétariat et le camp du peuple. La LCDO, dans ses meilleures années, l’a réussi.

Un militant du Comité pour un Secours rouge canadien
e p D T F s