Arsenal №6

L’avenir debout!

À l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau, dans le quartier St-Michel à Montréal, des profs ont refusé d’enseigner pour cause «d’insécurité»; dans la réserve de Kashechewan en Ontario, deux milliers d’autochtones boivent de l’eau empoisonnée depuis deux ans; dans le quartier Saint-Roch à Québec, les jeunes ont déjà compris que l’école «internationale», ce n’est pas pour elles et eux. À Huntingdon, on impose un couvre-feu pour les moins de 16 ans et des usines ferment. C’est pourtant le Canada, le plus meilleur pays au monde.

Plus de 4 000 voitures calcinées. Trois mille arrestations. Un taux de chômage de 20% dans les banlieues. En l’espace de deux semaines, des émeutes dans 274 villes. 2 370 personnes placées en garde à vue; 358 condamnées à des peines de prison ferme. Cinq millions d’immigrantEs vivant une réalité misérable. C’est pourtant la France, autre pays riche du globe et fier membre du G8.

Ce n’est pas qu’une nationalité, qu’un quartier ou qu’une banlieue; ce n’est pas LA jeunesse. Mais c’est partout, la jeunesse d’une même classe : celle des exploitéEs, des prolétaires, des pauvres, des excluEs.

Dans chaque capitale impérialiste, les origines et les religions changent, se mélangent. Tantôt un immigré – et encore, de deuxième, voire de troisième génération! – du Maghreb ou d’Afrique comme en France, tantôt une jeune immigrante mexicaine en Californie, une famille noire de la Nouvelle-Orléans. Plus près : un jeune Montagnais, une Haïtienne d’origine ou un jeune «pure laine» de Pointe-aux-Trembles.

Mais de la France aux États-Unis en passant par le Canada, le Québec ou l’Allemagne, une chose ne change jamais : la dure réalité des classes sociales. C’est la réalité des classes qui détermine l’avenir des jeunes. Et c’est la lutte des classes qui peut le transformer.

Les spectaculaires émeutes et la révolte des banlieues qui s’est déclenchée le 27 octobre dernier en France suite à la mort de deux jeunes électrocutés en fuyant la police, ont sérieusement ébranlé l’appareil d’État. En l’espace de deux semaines, on a vu sa réponse. Jacques Chirac, président de la République, déclarait le 6 novembre que «le rétablissement de la sécurité et de l’ordre public est la priorité absolue». Plus de 3 000 mineurs ont été interpelléEs. Le 7 novembre, c’est la proclamation de l’état d’urgence et d’un couvre-feu en vertu d’une loi remontant à l’époque de la guerre d’Algérie : interdiction de circuler entre 22 h et 5 h du matin, sous peine de deux mois de prison… et d’une amende équivalant à quelque 6 000$!

Rapidement, les titres ronflants des journaux ont orienté le débat : c’est le «choc des civilisations»; le communautarisme des jeunes immigréEs, l’échec de l’intégration ou à l’inverse, du multiculturalisme comme aux États-Unis; l’intégrisme religieux; les ghettos qui alimentent la violence. On veut trouver l’explication, la cause de la maladie dans la religion, l’immigration, le manque de dialogue, l’absence des parents, et quoi encore!

La jeunesse, ni l’immigration d’ailleurs, n’est pas une maladie ou un problème! L’immigrante, le jeune fraîchement arrivé sur le marché du travail, ne créent pas la pauvreté. Les prolétaires, indépendamment de leur origine, ne créent pas l’exploitation ni le chômage. Au contraire! Ce sont eux et elles qui créent la richesse par leur travail. Mais c’est une poignée de capitalistes qui contrôle la production, et s’approprie les richesses. Voilà le système qui dicte les règles. Voilà le système qui crée la pauvreté, qui crée l’exploitation… qui crée la colère. Ce système capitaliste, et la domination d’une classe exploiteuse qui dirige et possède tout, voilà la cause déterminante sur laquelle il faut d’abord AGIR!

Bien sûr, une foule d’autres facteurs accentuent la contradiction entre les classes, ou concentrent à l’évidence l’exploitation et la pauvreté vers certains groupes «visibles» : dans les pays riches, les immigrantEs, mais aussi les autochtones sont anormalement représentéEs dans les couches les plus pauvres du prolétariat. Une foule d’inégalités sociales, d’oppressions spécifiques frappent plus fort sur un groupe ou un autre.

Mais il reste que c’est le prolétariat – et en son sein certaines couches plus que d’autres – qui comme classe, subit l’exploitation capitaliste. Et c’est la bourgeoisie – et en son sein, certaines couches plus que d’autres! – qui en profite. En brisant cette contradiction par la lutte organisée du prolétariat contre la bourgeoisie, il sera possible d’unir dans un même combat, tous et toutes les exploitéEs, au-delà de leur origine, de leur âge ou de leur sexe.

S’attaquer à toutes les formes d’oppression, mener la lutte avec nos frères et sœurs de classe, travailler à la révolution pour transformer la société vers l’égalité de tous et toutes, contester l’appropriation du travail par la classe bourgeoise, et finalement, construire le parti communiste révolutionnaire qui permettra d’y arriver : c’est le combat auquel nous convions la jeunesse.

On voudrait que la jeunesse prolétaire soit une marmite en ébullition, qui ne demanderait qu’à se répandre. On ne peut que se réjouir de voir la bourgeoisie trembler un peu, là où ça craque dans les riches capitales. L’incendie des banlieues françaises a permis de constater que l’étincelle, quand elle prend feu, peut ébranler la forteresse qu’on croyait imprenable.

Mais passé le premier feu, la bourgeoisie réprime, enferme, étouffe. La bourgeoisie est puissante, organisée. Pour s’opposer et lui enlever son pouvoir, nul doute qu’il faudra s’organiser, se renforcer. Il faudra se rassembler autour d’un projet – d’un programme – et d’une stratégie révolutionnaires qui pourront nous mener vers la transformation véritable de la société. Pour nous, le résultat de cette transformation doit mener au communisme, en passant par des conseils révolutionnaires dirigés par les prolétaires.

Le présent numéro de la revue Arsenal est consacré à la jeunesse prolétaire, à ses conditions de vie comme à ses combats, à sa réalité de classe, à l’école comme au travail. Le Parti communiste révolutionnaire (comités d’organisation) veut ainsi saluer la tenue du rassemblement du Front rouge des jeunes. Cet événement, tenu à Montréal au mois de novembre, est une initiative importante pour organiser activement les jeunes prolétaires, étudiants, étudiantes et sans-emploi qui rejettent l’hypocrisie de la société actuelle.

À ceux et celles qui parmi eux sont prêtEs à s’organiser en parti, nous les invitons à se rallier derrière le drapeau rouge de la révolution communiste, à rejoindre notre lutte pour construire et développer le parti révolutionnaire ici même au Québec et au Canada. La lutte des classes est un combat auquel la jeunesse prolétaire et révolutionnaire est conviée, parce que c’est elle et surtout elle, qui pourra ouvrir l’avenir… et le transformer !

Le PCR(co)
e p D T F s