Arsenal №6
Les jeunes et la révolution

Notre histoire : Les débuts de la Ligue des jeunesses communistes

En 1923, à l’instar de ce qui se faisait dans les autres pays, le Parti communiste canadien de l’époque met sur pied une organisation de jeunes, la Ligue de la jeunesse communiste (LJC, ou Young Communist League en langue anglaise). Celle-ci a changé de caractère au cours de son histoire. À une certaine époque – celle de la lutte contre le chef opportuniste Jack MacDonald – elle joua un rôle extrêmement positif en résistant activement à l’orientation que ce futur renégat trotskiste tentait d’imposer au Parti. Plus tard, durant la période du front populaire, le rôle de la LJC fut plutôt questionnable. Ainsi, la LJC a formé une bonne partie des cadres du Parti de l’après-guerre, qui lui ont imposé une orientation révisionniste.

Dans cet article, nous ne nous pencherons que sur la période d’avant-guerre de la LJC. Sur papier, ce regroupement existe encore aujourd’hui, mais il n’a plus rien à voir avec le rayonnement qu’il eut dans les années 1930. De nos jours, la LJC publie des posters douteux et pathétiques montrant une Marylin Monroe sexy disant «Ohhh! Communism». Ces révisionnistes font vraiment tout pour discréditer le communisme.

L’intervention de la LJC de l’époque s’est faite dans trois domaines : 1) l’anti-militarisme et l’anti-fascisme; 2) les jeunes sans emploi et les jeunes travailleurs et travailleuses précaires; et 3) le mouvement étudiant. Le militarisme et le fascisme ont toujours été combattus par la LJC. Il n’a pas fallu attendre la période du front populaire pour ce faire. Ce fut une priorité constante. Par contre, il est vrai que durant la période «classe contre classe» qui va de la fin des années 1920 au milieu des années 1930, on insista beaucoup sur l’intervention auprès des jeunes chômeurs, et peu sur le mouvement étudiant. Ce fut tout le contraire par la suite.

Contrairement à la Ligue de défense ouvrière, dont l’audience fut considérable dans la période du début des années 1930 [1], le rayonnement de la Ligue des jeunesses communistes fut plus important dans la seconde moitié de la décennie, soit la période des fronts populaires. Là-dessus, nous pouvons nous fier à ce qu’en écrit Tim Buck dans son histoire du Parti communiste, de même qu’aux rapports de la Gendarmerie royale du Canada sur les organisations «subversives» publiés au début des années 1990. C’est clair que pour la Ligue de défense ouvrière, une période de luttes révolutionnaires intenses ne pouvait s’accompagner que d’une immense répression. Le rôle de la Ligue de défense ouvrière ne pouvait être que très important dans une telle situation. Maintenant, pourquoi la période d’intervention où on privilégiait une présence plus active dans les secteurs de la jeunesse prolétarienne ne connut pas un rayonnement plus important de la LJC que celle où elle intervint dans le mouvement de la jeunesse en général et, en particulier, parmi les étudiantEs?

Il faut regarder quelle intervention s’est faite dans chaque période et comment cela s’imbriquait dans le travail communiste d’ensemble. Mais, avant de décrire ce qu’a réalisé la LJC, il faudrait voir quel était l’intérêt des communistes d’intervenir parmi la jeunesse. Les contextes sociaux, politiques et historiques peuvent avoir changé. Les rapports avec les partis communistes aussi. L’histoire ne nous permet pas, comme tel, de nous trouver une guide complet d’organisation d’un groupe de jeunes communistes, qui répondrait à toutes les questions. Par contre, on peut déceler des traces d’opportunisme dans les choix qui se posaient aux communistes de l’époque. Encore une fois, la voie révolutionnaire et celle du révisionnisme se sont opposées.

Pourquoi un groupe de jeunes communistes?

Pour les communistes, la question de la jeunesse a toujours été primordiale. Il faut dire que, historiquement, les jeunes ont toujours été plus ouvertEs à des idées nouvelles et d’avant-garde. À cet âge, les jeunes ont peu de possessions et de «responsabilités». Ils et elles n’ont pas beaucoup à perdre en épousant des causes qui ne leur rapporteront pas sur le plan professionnel ou financier. Les positions politiques des jeunes apparaissent toujours plus tranchées. Elles peuvent être très à droite ou très à gauche. Les compromis ne sont pas toujours de mise. Par ailleurs, les jeunes ont encore plusieurs années à vivre, ce qui les incite à se préoccuper de l’avenir avec lequel ils et elles auront à composer, voire à changer.

En Russie, à la fin du 19e et au début du 20e siècles, la jeunesse a joué un rôle très important dans la popularisation des idées révolutionnaires. Il faut dire que les jeunes de ce pays voyaient la réalité se transformer de manière très profonde. Lorsque leurs parents leur faisaient la morale, ils empruntaient des exemples qui n’avaient plus rien à voir avec les changements sociaux rapides. La vieille société féodale et ses idées retardataires s’écroulaient. Le capitalisme, malgré des survivances féodales, se développait.

Les nouvelles idées venaient des autres pays où le progrès était plus avancé. La jeunesse intellectuelle et ouvrière des villes avait l’information à portée de main. Elle trouvait ridicule que les vieilles élites retardent les changements sociaux. En même temps, elle était divisée. Il y avait des jeunes qui s’étaient placé résolument du côté du changement social. Il y en avait d’autres, plus timorés, qui, tout en admettant que les choses se modifiaient dans un sens, ne voulaient pas de débordements. À l’autre extrême, il y avait aussi des jeunes qui voyaient les changements, les crises qui accompagnaient ces transformations et les craignaient comme la peste. Pour eux, il valait mieux revenir à une société plus autoritaire; ils encourageaient le tsar à jouer un tel rôle réactionnaire. Les débats parmi les jeunes étaient vifs et tranchés. Dans les différents partis, les jeunes poussaient toujours dans le sens d’acérer davantage les points de vue.

Caractérisant les contradictions de la jeunesse étudiante de son époque, Lénine en disait :

«[…] Nos étudiants […] sont la partie des intellectuels qui réagit le plus vivement, et les intellectuels doivent précisément leur nom d’intellectuels au fait qu’ils reflètent et expriment le plus consciemment, le plus résolument et le plus fidèlement le développement des intérêts de classe et des groupements politiques de toute la société. Le monde des étudiants ne serait pas ce qu’il est si son groupement politique ne correspondait au groupement politique de toute la société; j’entends “correspondait” non pas dans le sens d’une proportion rigoureusement gardée entre les groupes d’étudiants et les groupes sociaux quant à leur force et à leurs effectifs, mais en ce sens qu’il existe nécessairement et inéluctablement parmi les étudiants les mêmes groupes que dans la société. Et pour l’ensemble de la société russe, où les antagonismes de classe en sont à un stade de développement embryonnaire (relativement), une société qui est encore politiquement vierge, où des masses immenses, prodigieuses, de la population sont abruties et écrasées par le despotisme policier, ces six groupes sont parfaitement caractéristiques : les réactionnaires, les indifférents, les koultourniki, les libéraux, les socialistes-révolutionnaires et les sociaux-démocrates. Au lieu d’“académistes”, j’ai dit ici “koultourniki”, c’est-à-dire partisan du progrès légal, sans lutte politique, du progrès dans le cadre de l’autocratie. On en trouve dans toutes les couches de la société russe, et tout comme les étudiants “académistes”, ils s’en tiennent partout au cercle restreint de leurs intérêts professionnels, à l’amélioration de telles ou telles branches de l’économie nationale, de l’administration de l’État ou de l’administration locale; partout ils évitent craintivement la “politique”, sans faire (pas plus que les académistes) de distinction entre les “politiques” de diverses tendances, appelant politique absolument tout ce qui touche à… la forme de gouvernement. Cette couche a toujours été, et elle est encore aujourd’hui, la large assise de notre libéralisme : en temps de “paix” (c’est-à-dire, traduit en “russe”, à l’époque de la réaction politique), les notions de koultournik et de libéral se confondent presque entièrement; et d’ailleurs, même en temps de guerre, à une époque d’essor de la conscience publique, à une époque où s’accroît la pression exercée sur l’autocratie, la distinction entre ces notions reste souvent confuse. Même lorsque dans une libre publication à l’étranger le libéral russe élève publiquement une protestation franche et explicite contre l’autocratie, il n’en continue pas moins de se sentir avant tout un koultournik, et se met par moments à raisonner en esclave ou, si vous préférez, sans sortir de la légalité, en loyal et fidèle sujet […]

(Lénine, Les tâches de la jeunesse révolutionnaire, 1903)

Même s’il y a beaucoup d’éléments intéressants à retenir de l’analyse de Lénine du mouvement étudiant de son époque, il faut savoir qu’il regroupait une composante petite-bourgeoise importante et que cette couche était intéressée aux idées révolutionnaires dans la situation de la lutte contre l’autoritarisme tsariste et pour la révolution démocratique, ce qui n’est pas nécessairement le cas d’une partie importante de la petite-bourgeoisie des pays impérialistes. La proportion de petitEs-bourgeoisES ouverte aux perspectives de la révolution socialiste est de beaucoup inférieure, et nous sommes dans cette situation.

Durant la Première Guerre mondiale, la plupart des organisations de jeunesse des partis sociaux-démocrates (la rupture entre les communistes et les sociaux-démocrates ne s’était pas encore réalisée) prirent des positions très franchement anti-guerre impérialiste. L’Union internationale des organisations socialistes de la jeunesse, qui regroupait ces organisations, fit campagne pour l’internationalisme prolétarien et dénonça le social-chauvinisme qui dominait la plupart des partis sociaux-démocrates.

Ceci dit, dans les groupes de jeunes socialistes régnait une certaine confusion entre le pacifisme et l’anti-militarisme. Les communistes révolutionnaires ne peuvent être pour le pacifisme, puisqu’ils et elles déclarent une guerre à mort contre la bourgeoisie. Même que, s’il y a une guerre impérialiste, ils et elles vont tout faire pour changer la situation dans le sens d’une guerre civile révolutionnaire. C’est clair que l’opportunisme le plus outrancier se trouvait du côté des dirigeants réactionnaires sociaux-chauvins des partis sociaux-démocrates et que les concessions au pacifisme de la part de la jeunesse n’étaient pas si graves, dans le contexte. Les jeunes socialistes partaient au moins d’une bonne intention – celle de s’opposer à la guerre impérialiste. (Voir Lénine, L’internationale de la jeunesse, 1916.)

Cette organisation (l’Union internationale des organisations socialistes de la jeunesse) allait plus tard former l’Internationale de la jeunesse communiste, en 1919. Alors que, dans la situation précédente, l’indépendance entre les groupes de jeunes et les partis sociaux-démocrates se justifiait pour favoriser la rupture avec le révisionnisme, une fois celle-ci réalisée, cette indépendance devenait questionnable. L’Internationale communiste croyait qu’il ne devait pas y avoir deux organisations révolutionnaires ayant les mêmes tâches. Un parti communiste avait ses tâches et une organisation de jeunesse devait avoir les siennes.

En quoi ces tâches consistaient-elles? Le quatrième congrès de l’Internationale les formula notamment ainsi :

«Les J.C. [Jeunesses communistes] devront prendre racine dans les masses de la jeunesse ouvrière en intensifiant leur propagande économique, en s’occupant continuellement, d’une manière concrète, de la vie et des questions intéressant les jeunes ouvriers, en représentant continuellement leurs intérêts et en dirigeant la jeunesse dans la lutte commune qu’elle doit soutenir avec la classe ouvrière adulte. C’est pourquoi les P.C. doivent soutenir activement le travail économique des J.C. dans les noyaux et les fractions, dans les ateliers, dans les écoles et surtout dans les syndicats, où il est nécessaire de réaliser la collaboration la plus étroite entre membres des J.C. et des P.C. Dans ces organisations, la tâche des membres du Parti est de veiller surtout à ce que les ouvriers adolescents et les apprentis entrent dans les syndicats ouvriers et y jouissent des mêmes droits que les autres membres; ils doivent insister pour que les cotisations des jeunes soient proportionnées à leurs salaires, et qu’il soit tenu compte de leurs revendications dans la lutte syndicale et lors de la conclusion des contrats collectifs, etc. […] Vu la croissance du danger de guerre impérialiste et le renforcement de la réaction, les P.C. devront appuyer le plus possible et diriger pratiquement la lutte antimilitariste des J.C. Les J.C. doivent être les combattants les plus ardents du Parti pour défendre la classe ouvrière contre la réaction.»

(Résolution sur l’Internationale des Jeunesses communistes, 4e congrès de l’Internationale communiste, 1923)

Il faut dire qu’à l’époque, les syndicats ouvriers de la plupart des pays impérialistes jouaient encore un rôle positif dans les luttes immédiates des prolétaires. Ils ne servaient pas d’école du capitalisme comme c’est le cas aujourd’hui. Les immenses fonds de pension dirigés par les syndicats n’existaient pas, sauf exception. Les syndicats ouvriers, même modérés, se devaient de défendre minimalement le prolétariat. Ceci dit, même si ces syndicats n’étaient pas encore devenus des outils de transmission de la domination capitaliste qu’ils sont aujourd’hui, les communistes prônaient tout de même la mise en place de syndicats de lutte de classe, supérieurs à ceux qui existaient à l’époque, qui ne faisaient que maintenir les masses dans un plat réformisme.

Des débuts jusqu’en 1935

Les jeunes communistes de la plupart des pays suivirent cette orientation de la Troisième Internationale (le regroupement des partis communistes fondé après la révolution russe de 1917). C’est sous le nom de Ligue des jeunes travailleurs du Canada qu’est fondé le regroupement de jeunes révolutionnaires au pays, en 1923. Il prendra le nom de la Ligue des jeunesses communistes un an après. Jusqu’en 1924, il était en effet interdit de s’intituler communiste au Canada.

Jusqu’en 1935, les membres de la LJC sont souvent les enfants des membres du Parti communiste canadien. Si le PCC de l’époque était divisé en sections linguistiques, ce ne fut pas le cas de la LJC. La raison est simple : la plupart des jeunes maîtrisaient l’anglais ou, dans certains cas, le français, ce qui n’était pas le cas dans le PCC. Exceptionnellement, la LJC a parfois mis sur pied des sections linguistiques, comme ce fut le cas en 1926 quand 15 jeunes ne parlant que le yiddish arrivèrent d’Europe. Il faut dire que la LJC servait de lieu d’intégration pour le PCC et qu’on y favorisait l’utilisation de l’anglais et du français.

Jusqu’en 1936, le nombre de membres de la LJC resta stable autour de 1 500. Dans la période qui suivra, il y aura une légère augmentation à 1 700. On souligne une forte sur-représentation de jeunes d’origine finlandaise. Il faut dire que la plupart des sections linguistiques du PCC devaient faire un travail pour inciter les jeunes de leur communauté à joindre la LJC. Il faut comprendre que la section finlandaise avait fait plus de travail que les autres!

Les jeunes communistes étaient actifs et actives dans la lutte contre la guerre et le fascisme. Dans les années 1920, les organisations d’extrême droite s’étaient développées non seulement en Europe mais aussi en Amérique du Nord. Au Canada, il y avait de ces regroupements qui étaient ouvertement hostiles aux immigrantEs (base de recrutement du PCC). Le fascisme en Italie et dans quelques pays d’Europe de l’Est préoccupait aussi les jeunes communistes.

Avec le fascisme, s’accompagne une idéologie particulièrement hostile envers les communistes et qui incite à une guerre ouverte contre l’URSS. Il était clair que plusieurs puissances impérialistes n’attendaient que le moment propice pour envahir l’URSS et y détruire le socialisme en marche. Des petits conflits entre l’URSS et des pays d’Europe de l’Est pouvaient servir de prétexte à une intervention impérialiste. On comprend que, par internationalisme prolétarien et volonté de soutien à l’URSS, il fallait lutter activement contre la guerre et le fascisme.

Dans les années 1930, on mit l’emphase sur la lutte contre le régime nazi en Allemagne et la terreur qu’il infligeait aux masses prolétariennes et à leurs organisations légitimes. Plusieurs meetings en appui aux dirigeants communistes allemands emprisonnés (dont Ernst Thaelmann) furent organisés.

À chaque année, la journée internationale de la jeunesse fêtée par les jeunes communistes le 1er septembre, représentait un moment privilégié pour faire connaître la LJC et ses objectifs. Durant cette journée ou aux alentours, on organisait des réunions où, en plus de parler contre la guerre et le fascisme, on formulait des revendications immédiates pour les jeunes du prolétariat.

Il faut souligner qu’à cette époque, le Canada avait une des pires législations sociales sur le continent américain. Seuls quatre pays arrivaient derrière lui dans ce domaine peu enviable. Notamment, les législations sur le salaire minimum qui variaient d’une province à l’autre, ne protégeaient pas du tout les jeunes encore célibataires. Pour les chômeurs et chômeuses, il n’y avait que des secours directs administrés par les municipalités ou les Églises. Si la moralité des chômeuses et chômeurs était «douteuse», les secours pouvaient être refusés. Être un jeune prolétaire avec un statut précaire était une situation peu enviable à ce moment.

La crise des années 1930, avec son chômage dévastateur, empira la situation des jeunes prolétaires. Plus de 500 000 jeunes hommes ou femmes n’avaient pas d’emplois. Le gouvernement ne fit rien pour réduire le taux de chômage chez les jeunes. Au contraire, partant de l’idée qu’une grande partie des jeunes célibataires avaient encore des attaches à la campagne, le gouvernement se dit que plusieurs de ces jeunes retourneraient dans leurs familles. Les différents gouvernements favorisèrent aussi ce qu’ils nommaient la colonisation des régions éloignées, notamment en établissant de jeunes chômeurs et chômeuses venant de la ville. À vrai dire, les progrès de l’industrialisation, de l’urbanisation et des rapports économiques marchands à la campagne étaient tellement avancés que le maintien des vieilles politiques sociales et la «colonisation» ne pouvaient rien donner. Des gens de la ville qui ne connaissaient rien du travail à la campagne se retrouvaient dans des régions difficiles comme l’Abitibi pour défricher la terre et faire prospérer un petit lopin de terre ingrat. Il était clair que ces solutions n’avaient aucun sens pour régler les problèmes économiques.

Au Canada anglais où le capitalisme était davantage développé, les jeunes sans emploi ne retournèrent pas du tout à la campagne et voyagèrent de ville en ville pour se trouver des emplois. Ces nombreux déplacements de population entraînèrent aussi le déplacement de nouvelles idées subversives. Le gouvernement fédéral trouva qu’il y avait trop de «vagabondage» Dans ce contexte, le gouvernement de Bennett ne trouva rien de plus intelligent à faire qu’enfermer les jeunes célibataires masculins dans des camps de travail et les forcer à faire des travaux publics avec à peine un minimum de subsistance. Il fit appel à l’armée pour appliquer cette mesure.

Une telle politique stupide ne pouvait qu’entraîner une juste colère. En 1934, 40 000 jeunes étaient cantonnés dans les camps d’esclavage de Bennett. En 1935, une organisation – la Relief Camp Worker’s Union (RCWU), liée à la Ligue d’unité ouvrière qui regroupait des syndicats prônant la lutte des classes – entreprit une marche des chômeurs et chômeuses vers Ottawa. La LJC s’associa fortement à cette initiative et là où elle était, elle a mobilisé massivement les jeunes sans emploi. Des convois de sans-emploi partirent de Vancouver et des Maritimes pour converger vers Ottawa. À la suite d’une grève dans un camp de travail en Colombie-Britannique, 1 000 sans emploi partirent de Vancouver en empruntant plus ou moins légalement les chemins de fer. Cependant, à Regina, en Saskatchewan, l’armée canadienne empêcha les sans-emploi de poursuivre leur chemin. Ceci dit, des groupes de chômeurs se rendirent quand même à Ottawa et présentèrent les revendications de la RCWU.

Celles-ci étaient :

  1. Que l’on crée des emplois rémunérés à un taux minimum de 50 cents l’heure pour les travailleurs non qualifiés, et aux taux des syndicats pour les travailleurs qualifiés, sur la base d’une journée de six heures, d’une semaine de cinq jours et avec un minimum de vingt jours de travail par mois.
  2. Que tous les travailleurs dans les camps de secours soient couverts par la loi sur les accidents du travail et que des services adéquats de premiers soins soient donnés sur les lieux de travail en tout temps.
  3. Que soit aboli le contrôle de la Défense nationale et tout contrôle militaire fondé sur une «liste noire».
  4. Que des comités élus démocratiquement soient reconnus dans chaque camp.
  5. Que soit institué un système non contributoire d’assurance-chômage, basé sur le projet de loi «ouvrier» concernant les assurances sociales et 1’assurance-chômage.
  6. Que tous les travailleurs aient le droit de voter démocratiquement.
  7. Que la section 98 du Code criminel, les sections 41 et 42 de la Loi de l’immigration, les lois concernant la mobilité et toutes les lois anti-ouvrières soient révoquées.

Aujourd’hui ces revendications paraîtraient bien minimes mais à l’époque, cela passait pour de l’énorme subversion communiste.

Les prolétaires encore en emploi n’étaient pas nécessairement exempts des problèmes liés à la crise économique. Les entreprises, prétextant la diminution de la demande et utilisant la menace de l’énorme chômage, étaient en position d’exiger des reculs dans les conditions de travail. La Ligue d’unité ouvrière menait un important travail dans la lutte syndicale révolutionnaire pour empêcher ces reculs. Une grande partie des conflits de travail impliquait des syndicats membres de cette centrale au début des années 1930.

La Ligue des jeunesses communistes a soutenu ce travail de syndicalisme de lutte de classe. Au Québec, des membres de la LJC ont organisé des syndicats dans l’industrie du textile et du vêtement. Lorsqu’il y avait des grèves, ils et elles y étaient très actifs et actives. Ils et elles étaient aux premières lignes des grèves à Stratford, Flin Flon, Noranda, Sault Ste. Marie, Fraser Mills, Timmins, Cochrane, Montréal, Winnipeg, etc. Tout comme leurs aînéEs, ils et elles pouvaient se retrouver en prison. Ils et elles s’affirmaient comme de grands leaders reconnuEs dans les luttes ouvrières. Évidemment, une telle activité effervescente ne pouvait qu’attirer les foudres des forces de la répression, toujours au service de la classe capitaliste.

La période du front uni

Au milieu des années 1930, l’Internationale communiste voyait dans le fascisme, le danger principal pour les forces progressistes. Alors que la période précédente commandait une totale indépendance de classe, ce qui revenait à dire que les partis communistes et les organisations qu’ils avaient générés ne devaient agir que selon leurs propres objectifs et n’accepter de collaboration qu’en autant qu’on se soumette à leurs objectifs, dans la nouvelle période, les communistes agissaient désormais sur des objectifs plus larges.

Pour les communistes, les partis sociaux-démocrates poursuivaient des objectifs tout aussi bourgeois que les partis libéraux. Dans la première période, on sollicitait les sociaux-démocrates à se rallier à des objectifs purement prolétariens – ce qui, dans bien des cas, contribuait à les démasquer car ils ne les partageaient aucunement ou encore, semait la controverse dans leurs rangs. Dans la nouvelle période, les communistes se plaçaient volontairement sous des objectifs démocratiques bourgeois, parce qu’ils et elles analysaient qu’il fallait se débarrasser de la réaction fasciste pour pouvoir aspirer à passer par la suite à un objectif de révolution prolétarienne.

Cette orientation pouvait éventuellement permettre à d’authentiques communistes de mieux déployer leurs forces, dans un contexte de répression sans bornes rendant impossible quelque utilisation que ce soit de la légalité bourgeoise. En Chine, les communistes opérèrent un front uni qui permit d’accumuler des forces et de passer ultérieurement à une étape révolutionnaire supérieure. En Occident, à des degrés variables, la nouvelle orientation de l’Internationale communiste fut interprétée de manière plus ou moins opportuniste et servit dans bien des cas au triomphe d’une ligne révisionniste au sein des différents partis.

Le PC canadien était souvent très suiviste par rapport à ce qui se passait aux États-Unis. Ainsi, imitant le PC des États-Unis, il cessa de promouvoir un syndicalisme indépendant de lutte de classe et incita les syndicats membres de la Ligue d’unité ouvrière à joindre les unions industrielles internationales liées au Congress of Industrial Organizations (CIO) des États-Unis. Cela signifia une réduction considérable de l’activité gréviste qui, il faut le reconnaître, prenait beaucoup de temps, suscitait beaucoup de répression sans nécessairement accroître considérablement la conscience de classe prolétarienne révolutionnaire. Nous savons aussi que le travail dans la Ligue de défense ouvrière fut aussi, en pratique, liquidé dans cette période en faveur de la participation dans des comités de citoyenNEs qui ne revendiquaient que des droits civiques.

Mais le temps gagné allait-il être mis à accumuler des forces pour la révolution et accroître cette conscience de classe? En réalité, ce temps fut mis à consolider des organisations de front uni et à mener des débats avec des secteurs bourgeois pas toujours intéressés à travailler avec les communistes. Ceci dit, du point de vue de la situation mondiale où l’URSS socialiste était un objet de convoitise pour la puissance impérialiste la plus agressive et la plus barbare, l’Allemagne nazie, et alors que les autres puissances impérialistes espéraient que l’Allemagne et l’URSS s’épuisent dans un conflit meurtrier, les communistes du monde entier ne pouvaient pas rester inactifs ou inactives.

L’URSS de l’époque représentait un phare pour les prolétaires du monde entier qui souhaitaient se libérer, et sa perte, sans nécessairement détruire toutes perspectives de révolution socialiste, aurait représenté un recul considérable. Par ailleurs, dans plusieurs pays d’Occident, on assistait à une montée énorme du fascisme dans les années 1930, qui n’avait rien à voir avec celle de la décennie précédente. Des éléments arriérés de la population souhaitaient un retour en arrière vers une organisation sociale passéiste apparaissant moins déroutante que le capitalisme, qui produisait des crises économiques. Ces éléments servaient de base sociale aux organisations fascistes qui, même dans des pays avec de vieilles traditions démocratiques bourgeoises comme la France et l’Angleterre, menaçaient de prendre le pouvoir. Les communistes savaient qu’une guerre mondiale permettrait à l’Allemagne nazie d’étendre le pouvoir fasciste. L’extrême droite servait de cinquième colonne dans plusieurs pays, sabotait économiquement et moralement et n’attendait qu’une entrée triomphante des Allemands pour prendre le pouvoir, comme ça s’est fait dans plusieurs pays après 1939.

La nouvelle stratégie des communistes, qui souhaitaient bloquer la porte aux fascistes, n’était pas appréciée par les nazis, dont le souhait était d’installer des cinquièmes colonnes dans chaque pays. En Espagne, en 1936, un gouvernement de front populaire venait de prendre le pouvoir, qui regroupait des socialistes, des libéraux et des communistes. Les anarchistes, sans ouvertement appuyer ce gouvernement, n’avaient pas incité les masses à le rejeter non plus. Même si le gouvernement amenait des petites réformes somme toute assez modérées, on retrouvait des éléments réactionnaires assez excités pour y voir du communisme. Très vite, les organisations d’extrême droite et des éléments fascistes de l’armée fomentèrent un coup d’État. Dans plusieurs villes, des garnisons armées se levèrent contre le gouvernement légitime du peuple espagnol. Or, devant la résistance héroïque des masses populaires et prolétariennes, l’insurrection ne triompha que dans une partie du pays. L’autre partie demeura loyale au gouvernement du front populaire. L’armée était divisée en deux et des gens du peuple s’organisaient militairement en milices autogérées ou dans l’armée loyale pour combattre les insurgés fascistes. Berlin et Rome assistèrent les fascistes en fournissant des armes et des combattants. De l’autre côté, à part le Mexique et la Tchécoslovaquie, seule l’URSS apporta une aide appréciable au gouvernement républicain légitime d’Espagne.

Les communistes souhaitaient que les puissances occidentales appuient la République espagnole. Dans chaque pays, ils firent tout ce qu’ils et elles pouvaient pour gagner politiquement la population au soutien à la République. Dans ce contexte, la Ligue des jeunesses communistes fut fortement sollicitée dans l’appui à la cause républicaine. En plus d’effectuer des campagnes de levée de fonds, de denrées et de fournitures médicales, les jeunes communistes contribuèrent au recrutement de 1 283 jeunes CanadienNEs qui combattirent au sein du bataillon Mackenzie-Papineau en Espagne. La moitié de ceux-ci seulement revinrent au Canada survivant à des combats atroces, les armes n’étant pas égales.

Cette contribution à la cause républicaine est certes à mettre du côté positif du bilan de la LJC. Dans son application de la ligne du front uni, la LJC fit aussi des choses plus questionnables. En soi, le front uni n’est pas une chose négative. Avant le changement de ligne de la LJC en décembre 1935, il y eut des tentatives de front uni avec certaines sections des jeunesses du CCF (l’ancêtre du NPD actuel), qui réussirent. L’indépendance de la LJC n’était pas remise en question et les positions de front uni étaient souvent celles de la LJC.

En décembre 1935, on annonça une nouvelle politique pour la LJC. Elle se résumait en trois points : 1) s’investir dans une large organisation de masse de jeunesse regroupant communistes, socialistes et éléments progressistes des Églises qui s’opposera à la guerre et au fascisme; 2) effectuer un rapprochement avec les jeunesses du CCF sur des positions acceptables pour les deux organisations; 3) modifier la politique de la LJC pour qu’on puisse admettre des jeunes qui ne sont pas nécessairement d’accord avec tous les principes du communisme mais qui désirent joindre la LJC. William Kashtan, dirigeant de la LJC de l’époque et futur chef du PCC des années 1960 jusqu’aux années 1980, expliquait : «Nous voulons faire de la Ligue de la jeunesse communiste une organisation qui aura dans ses rangs non seulement des communistes mais aussi des jeunes socialistes et des jeunes qui ne sont pas encore communistes, même des jeunes qui sont chrétiens.»

Lors du meeting où on annonça la nouvelle politique de la LJC, on fit passer une résolution pour demander au Comité international olympique de déplacer les jeux d’été et d’hiver qui devaient se tenir en Allemagne nazie. C’est sûr qu’en soi, la tenue des Jeux olympiques ne représentait pas grand chose dans le maintien au pouvoir des nazis. Par contre, la campagne pour dénoncer la tenue des Jeux permettait de discuter de la situation dans ce pays et de montrer que la gloire d’apparat montrée au monde entier masquait une tyrannie monstrueuse et sans bornes.

L’organisation de masse que le meeting annonçait fut appelée le Congrès des jeunesses canadiennes. En mai 1935, à Toronto, il y avait déjà eu une rencontre de cette nouvelle organisation où étaient présents 600 délégués, notamment des jeunes du CCF et des églises protestantes, en plus des communistes. Tim Buck, le chef du PCC, y fit une présentation. C’est donc dire que la LJC souhaitait que ce Congrès devienne une organisation permanente, avec son programme propre.

En juin 1936 à Ottawa, il y eut une nouvelle rencontre nationale. On y adopta une Déclaration des droits de la jeunesse canadienne et un projet de Loi de la jeunesse canadienne qui contenaient des mesures assez avancées pour l’époque. En 1937, une nouvelle réunion de ce Congrès se déroula à Montréal. La LJC tint mordicus à la ligne de front uni et à l’étendre à la jeunesse catholique, qui participa à ce congrès.

Voulant se débarrasser des communistes, les jeunes catholiques du Québec proposèrent des revendications très anti-communistes. Ils proposèrent notamment :

«Que le Congrès procède selon les principes de la démocratie et affirme : a) la croyance en Dieu, b) le droit à la propriété privée, c) la nécessité pour la paix intérieure de la coopération de toutes les classes sociales, d) la dignité de la personne humaine et e) que le Congrès condamne les doctrines subversives.»

Des jeunes de la LJC appuyèrent cette proposition pourtant clairement anti-communiste! Les jeunes catholiques furent surpris de cette prise de position et, même s’ils se doutaient que les communistes n’étaient pas d’accord au fond avec ces positions, demeurèrent au sein du Congrès et acceptèrent que les communistes y restent. Pour justifier leur prise de position, les communistes alléguèrent le niveau de conscience du moment des jeunes à ce congrès et le refus de la rupture.

Durant ces nombreuses réunions du Congrès des jeunesses canadiennes, il y avait très peu de jeunes du milieu ouvrier. Les jeunes des regroupements chrétiens étaient fortement représentés. Il est sûr que ce front uni contribuait à isoler le fascisme. Les jeunes catholiques du Québec qui, au début des années 1930, avaient été séduits par le fascisme, le rejetaient de plus en plus et toléraient davantage les communistes, sans épouser leurs idées. On peut dire que cette attitude des communistes limitait la progression de l’idéologie fasciste dans la petite-bourgeoisie. De plus, sur le plan de la législation sociale dans un pays bourgeois, quelques idées des communistes devenaient largement partagées. Par contre, pour ce qui est de la nécessité d’une révolution socialiste au Canada, rien n’indique qu’il y eut beaucoup de travail de ce côté.

On dit toutefois que dans le milieu étudiant, les jeunes communistes, notamment à l’Université McGill, organisèrent plusieurs cercles d’études du marxisme. Les communistes étaient aussi actifs et actives au sein du milieu étudiant et ils et elles organisèrent de nombreuses grèves. À l’époque, les communistes revendiquaient la gratuité de l’éducation ainsi que sa démocratisation, comme c’est le cas du mouvement étudiant progressiste d’aujourd’hui. Dans ce travail parmi les étudiantEs des collèges et des universités, les communistes réussirent à recruter des jeunes qui autrement auraient été gagnéEs aux idées du CCF.

Qu’en était-il maintenant de la perspective communiste à l’école, comme cela avait été défendu au moment de la création de la LJC au milieu des années 1920? Front uni oblige, on ne la mit pas de l’avant. Cette perspective ne touchait pas que les jeunes adultes mais aussi les enfants. D’ailleurs, avant 1935, les communistes dirigeaient un groupe de jeunes de moins de 15 ans, les Jeunes pionniers, qui devait certainement donner une perspective plus intéressante que les clubs de scouts ou autre patentes de la bourgeoisie pour enrôler la jeunesse. En 1935, on abolit les Jeunes pionniers et on les remplaça par un mouvement des enfants dans lequel on retrouvait des parents, des professeurs et autres adultes concernés par la question, qui voulaient intervenir de manière progressiste sur la question de l’enfance. Encore là, on édulcora les perspectives communistes.

La nouvelle orientation de la LJC ne lui permit pas d’accroître considérablement son membership, en dépit des concessions idéologiques qu’elle avait faites. Au plus, celui-ci a atteint 1 700 membres pendant la période du front populaire. Son rayonnement, par contre, semble avoir été plus considérable. Si, antérieurement, le travail de la LJC n’avait de spécificité que l’intervention parmi les jeunes prolétaires (pour le reste, il ressemblait à ce que le PCC faisait : syndicalisme, lutte contre la guerre et antifascisme, etc.), la mise sur pied d’un Congrès des jeunesses canadiennes et l’accroissement de sa présence dans le mouvement étudiant ont permis à la LJC de faire un travail dans des milieux différents. Le front uni lui fut utile pour percer ces milieux.

Pour certainEs, le contact entre communistes et progressistes dans les années 1930 aura été utile, du point de vue du développement d’une législation progressiste au Canada. Par contre, certains jeunes communistes ont été clairement «contaminéEs» par le travail auprès des jeunes démocrates bourgeois. Les législations sociales plus progressistes ont peut-être amélioré le sort de la population, mais elles n’ont pas élevé la conscience de classe prolétarienne. Il se peut aussi que cela soit davantage la pression de la lutte des classes qui ait forcé l’avènement d’une nouvelle législation. Disons aussi que cette législation a été pensée de telle manière à encadrer les conflits sociaux et éviter qu’ils ne deviennent trop explosifs.

Cette période n’a pas vraiment permis de former de jeunes révolutionnaires, et il est clair que le Parti communiste canadien s’en est ressenti par la suite, lui qui a sombré dans un indécrottable révisionnisme. Le PCC s’est développé une spécialité dans les campagnes pour la paix mondiale et la détente avec le bloc soviétique.

Il est vrai que, une fois le révisionnisme consolidé en URSS, il ne servait plus à rien de faire du travail révolutionnaire au Canada. Au contraire, cela aurait été interprété comme une atteinte à la paix mondiale, tant par les réactionnaires que les révisionnistes. Si le travail anti-guerre avait un sens avant la Deuxième Guerre mondiale, cela ne justifie pas le fait d’avoir sombré par la suite dans un pacifisme le plus plat. D’ailleurs, la LJC, durant sa période révolutionnaire, expliquait qu’il fallait épouser une position anti-militariste, et non pacifiste. Dans la période de front uni, cette position ne fut pas toujours respectée et on a dû tenir compte de la situation particulière du moment. Or, après la victoire sur le fascisme, rien ne justifia une soumission complète aux forces bourgeoises comme le fit le PCC. En principe, la victoire sur le fascisme aurait dû assurer un meilleur cadre pour développer la lutte de classe. C’est pourtant tout le contraire qui se fit du côté du Parti communiste canadien, qui finit par perdre toute pertinence.

Martin Leclerc



1) Voir à ce sujet : «La Ligue de défense ouvrière et la lutte contre la répression politique», Arsenal, n° 5, mai 2005.
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