Drapeau Rouge Express №71

Charles Gagnon (1939-2005)

L’ex-felquiste et secrétaire général de l’Organisation communiste marxiste-léniniste EN LUTTE!, Charles Gagnon, est décédé jeudi le 17 novembre dernier à l’âge de 66 ans, des suites d’un cancer. Figure de proue du FLQ et compagnon d’armes de Pierre Vallières, Gagnon avait rompu avec ce dernier au lendemain de la crise d’octobre, dans le cadre d’un vif débat sur le bilan du mouvement de libération nationale des années 1960 et sur les suites à y donner.

Vallières avait alors publié un livre intitulé L’urgence de choisir, dans lequel il proposait aux ex-militants du FLQ de rendre les armes et de joindre les rangs du Parti québécois. Charles Gagnon lui avait donné la réplique dans un pamphlet aussi bref que percutant, Pour le parti prolétarien, dans lequel il écrivait que le communisme, seul, est porteur de libération pour les peuples opprimés, et que la tâche centrale de tout révolutionnaire est de construire un parti d’avant-garde représentant les intérêts de l’unique force sociale capable d’assumer la perspective de la révolution jusqu’au bout : le prolétariat.

Tandis que Vallières s’isolait complètement et se voyait même rejeté par la direction du PQ qui ne voulait aucunement s’associer à un ancien «terroriste» comme lui, l’appel de Gagnon a rallié des centaines de militantes et de militants, qui se sont regroupéEs autour du journal En Lutte!, qui allait ensuite donner naissance au groupe éponyme. Le groupe En Lutte! a marché dans les sillons du nouveau mouvement marxiste-léniniste alors en ébullition, qui avait émergé grâce à la lutte menée par Mao Zedong et le Parti communiste chinois contre le «communisme» démobilisateur, réformiste et sclérosé pratiqué par les dirigeants révisionnistes de l’Union soviétique.

Tout au long des années 1970 et jusqu’au début des années 1980, Charles Gagnon fut le principal dirigeant du groupe En Lutte!. Après la mort de Mao et le développement de l’importante crise idéologique et politique qui devait entraîner la quasi disparition du mouvement M-L au tournant des années 1980, Charles Gagnon a à son tour commencé à remettre en question le marxisme-léninisme. Après avoir flirté un certain temps avec les thèses du dirigeant albanais Enver Hodja – et tandis qu’une partie du mouvement marxiste-léniniste se portait à la défense de l’héritage révolutionnaire maoïste et entreprenait de le systématiser – Gagnon finit par rompre définitivement avec le marxisme, bien que de façon plus implicite qu’explicite.

Après la dissolution de l’OCML EN LUTTE! en 1982, Gagnon s’est exilé quelque temps au Mexique et s’est retiré de la vie politique active. Contrairement à bon nombre d’anciens dirigeants des organisations M-L des années 1970 qui se sont intégrés dans les hautes sphères de la classe politique bourgeoise après avoir expié leur «crimes» et exprimé leur repentir (les Gilles Duceppe, Pierre-Paul Roy, Jean-François Lisée et autres Robert Comeau de ce monde), Charles Gagnon, s’il a lui aussi renié le marxisme, a eu le mérite de s’en tenir à certaines positions de principe : ainsi a-t-il toujours tenu à dénoncer l’hypocrisie de la bourgeoisie, en particulier de l’intelligentsia nationaliste québécoise. Son refus d’adhérer à l’idéologie dominante sur la question nationale lui a d’ailleurs valu une bonne dose d’ostracisme, notamment de la part de certains milieux universitaires qui ont toujours refusé de lui laisser la moindre place – alors qu’ils n’hésitent pourtant jamais à faire un pont d’or à n’importe quel péquiste dont la carrière politique est terminée, fut-il ou elle aussi incompétentE qu’une Louise Beaudoin.

Au total, on retiendra sans réserve aucune l’engagement de Charles Gagnon à la cause de l’égalité des droits et celle de la libération des nations opprimées, et son rejet profond des inégalités engendrées par le capitalisme et le système impérialiste mondial. En répliquant à Pierre Vallières et en s’investissant à fond dans la lutte pour construire une nouvelle avant-garde communiste, Charles Gagnon a joué un rôle crucial pour tenter de résoudre la crise de direction du mouvement révolutionnaire de l’époque. Néanmoins, son incapacité de s’emparer véritablement du marxisme-léninisme comme science de la révolution l’a empêché de faire œuvre utile, au moment où le mouvement révolutionnaire en avait pourtant le plus besoin. À ce moment crucial de l’histoire, son éclectisme, combiné à l’influence profonde qu’il avait exercée sur toute une génération de révolutionnaires, aura grandement contribué à les désarmer idéologiquement, face à l’ennemi de classe. Ce n’est pourtant pas parce qu’il était ignorant des avancées que d’autres avaient commencé à faire sur la voie de la révolution, lui qui connaissait très bien les apports d’organisations telles le Parti communiste révolutionnaire du Chili, notamment, ainsi que le Parti communiste révolutionnaire des États-Unis et son principal dirigeant Bob Avakian. En rejetant les contributions immortelles de Mao, le secrétaire général de l’OCML EN LUTTE! s’est écarté délibérément de ce que le mouvement communiste international avait produit de mieux.

Cela dit, personne ne pourra jamais reprocher à Charles Gagnon l’honnêteté et l’intégrité de son engagement envers la cause de la révolution. Son rôle, tant dans ses aspects positifs que négatifs, fait désormais partie de l’histoire du prolétariat canadien – et il appartient aux nouvelles forces révolutionnaires d’avant-garde de se l’approprier.

Le Bureau politique du PCR(co)
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