Le marxisme nous a appris à considérer et à analyser les phénomènes sociaux non pas en soi ni de façon statique, mais à travers ce qu’Engels appelait leurs «processus évolutifs» et les contradictions internes qui les traversent. C’est ainsi, et seulement ainsi, qu’on peut en arriver à déterminer les méthodes qui permettront de les résoudre.

Séoul, Corée du Sud (juillet 2001).

Dans son célèbre essai intitulé De la contradiction, Mao Zedong a notamment insisté sur la nécessité de déterminer, parmi toutes les contradictions qui fondent une chose ou un phénomène, celle qui constitue la contradiction principale, i.e. celle «dont l’existence et le développement déterminent l’existence et le développement des autres contradictions ou agissent sur eux». Mao expliquait ainsi que

«dans la société capitaliste, les deux forces en contradiction, le prolétariat et la bourgeoisie, forment la contradiction principale ; les autres contradictions, comme par exemple la contradiction entre les restes de la classe féodale et la bourgeoisie, la contradiction entre la petite bourgeoisie paysanne et la bourgeoisie, la contradiction entre le prolétariat et la petite bourgeoisie paysanne, la contradiction entre la bourgeoisie libérale et la bourgeoisie monopoliste, la contradiction entre la démocratie et le fascisme au sein de la bourgeoisie, les contradictions entre les pays capitalistes et les contradictions entre l’impérialisme et les colonies, sont toutes déterminées par la contradiction principale ou soumises à son action.»

Au Canada, où le capitalisme a atteint le stade ultime de son développement, la contradiction principale est également celle qui oppose le prolétariat et la bourgeoisie. La société canadienne est bien sûr traversée par plusieurs types de contradictions, qui sont d’ailleurs appelées à jouer un rôle plus ou moins important selon les circonstances. Parmi elles, il y a les contradictions qui opposent certains secteurs de la bourgeoisie entre eux, ou même les capitalistes individuellement. Il y a aussi les contradictions qui existent entre la bourgeoisie canadienne et ses rivales – en particulier la grande bourgeoisie des États-Unis -, qui entrent dans la catégorie de ce que nous appelons les contradictions inter-impérialistes. Les classes intermédiaires, comme la petite-bourgeoisie, entrent également en contradiction avec les autres classes – parfois avec la grande bourgeoisie, et souvent avec le prolétariat (dans les circonstances actuelles).

Puis, il y a les contradictions entre les nations et les minorités nationales, qui ont occupé une place très importante dans l’histoire du pays et qui constituent encore aujourd’hui un élément majeur de la scène politique canadienne. Ainsi que les contradictions qui traversent le prolétariat lui-même : entre les différentes couches qui le composent, entre prolétaires d’origines nationales différentes, entre hommes et femmes, jeunes et vieux, etc.

Mais toutes ces contradictions sont déterminées, en dernière instance, par l’opposition irrémédiable et absolue qui existe entre les intérêts du prolétariat et ceux de la bourgeoisie, qui sont les deux grandes classes de la société canadienne et autour desquelles se forment les deux vastes camps qui s’opposent – celui de la révolution et celui de la réaction. Cela veut dire que sur toutes les contradictions secondaires, nous devons défendre le point de vue révolutionnaire du prolétariat.

Ce sont les larges couches à la base du prolétariat – les millions de travailleurs et de travailleuses qui n’ont vraiment rien à perdre mais au contraire tout à gagner au renversement du capitalisme – qui constituent le noyau dur du camp de la révolution. Ces couches comprennent, notamment (mais pas nécessairement exclusivement) :

  • les travailleurs et les travailleuses pauvres et exploitéEs, qui sont reléguéEs au bas de l’échelle ;
  • les prolétaires présentement excluEs du marché du travail et qui forment l’armée industrielle de réserve des capitalistes ;
  • les nouvelles couches du prolétariat issues de l’immigration ;
  • les femmes qui continuent à investir massivement le marché du travail et que les capitalistes surexploitent en profitant de la discrimination dont elles sont victimes de façon systémique ;
  • les jeunes qui font face plus que tout autre au travail précaire et sous-payé ;
  • les prolétaires d’origine autochtone, pour qui le chômage constitue la règle et qui souffrent de la discrimination la plus éhontée.

Ces couches sont peu ou pas rejointes par le mouvement syndical traditionnel qui organise et s’appuie désormais surtout sur les secteurs privilégiés du prolétariat et sur la petite-bourgeoisie salariée, et qui ne représente plus les intérêts fondamentaux du prolétariat. Ce sont vers elles qu’il faut nous tourner. Ce sont elles qu’il faut rejoindre, par l’agitation et la propagande communistes. Ce sont elles qu’il faut organiser et mettre en mouvement dans la lutte révolutionnaire pour le socialisme et le communisme. Ce sont elles, aussi, qui fourniront les meilleurs éléments – ceux qui seront les plus solides – pour l’édification du parti communiste révolutionnaire.

Si nous parlons de noyau dur, c’est que d’autres couches pourront et devront s’y greffer, y compris même éventuellement certains secteurs de la petite-bourgeoisie, ce qui contribuera à isoler et à affaiblir le camp ennemi. Mais c’est d’abord et avant tout ce noyau dur qu’il faut organiser et renforcer ; c’est lui qui doit assumer la direction du combat révolutionnaire. Autrement, toute alliance de classes mènera nécessairement à l’hégémonie et à la domination des classes ou des couches sociales supérieures, par nature hésitantes et instables, qui ne sauront jamais mener la révolution jusqu’au bout et qui en constitueront plutôt les fossoyeurs.

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