Le 23 novembre dernier, plus d’une centaine de policiers nicaraguayens ouvraient le feu et lançaient des gaz lacrymogènes sur une foule d’un millier de personnes réunies dans le stade de Maipaisillo à 113 kilomètres de Managua. L’Agence France-Presse rapportait le lendemain que de nombreuses personnes furent blessées par les tirs et que la police fit plus de cinquante arrestations. Un porte-parole du syndicat des mineurs a relaté à l’AFP que la police avait encerclé le terrain de sport et tiré sur les manifestants-es pendant un long moment. (National Post, 25/11/2002)

C’est qu’à Maipaisillo et dans toute la région, les travailleurs de la mine El Limon, propriété de la multinationale canadienne Black Haïk Mining étaient en grève depuis plus d’un mois et, avec le soutien actif de la population, luttaient dans le but d’arracher des augmentations aux salaires de famine que leur verse la compagnie canadienne.

Cet événement n’est pas un cas isolé. Dans bien d’autres endroits du monde — comme nous le verrons ci-après — de grandes compagnies canadiennes, véritables agents d’un monde injuste, soutirent des profits fabuleux par l’exploitation des ouvriers-ères, des mineurs, des petits employés-es. Elles pillent les richesses naturelles, achètent des entreprises, siphonnent l’épargne disponible, concentrent entre leurs mains un plus grand capital, se négocient des privilèges importants auprès de gouvernements complices, ce qui leur permet d’étendre leurs opérations et d’accumuler encore davantage, de reproduire les rapports capitalistes et les rapports impérialistes de domination.

Or, la dénonciation, la critique et l’attaque du capitalisme canadien (de la bourgeoisie canadienne), tant dans sa dimension impérialiste que dans l’organisation interne de la société qu’il a produit (la structure des classes sociales, la concentration de la richesse et l’extension de la pauvreté, les différentes contradictions, la puissance capitaliste de l’État, l’oppression des nations autochtones et la réserve que constitue pour l’impérialisme canadien le nord du pays, etc.), ces réalités sont, à toutes fins pratiques, des préoccupations marginales, pour ne pas dire inexistantes, au sein de la «gauche» réformiste et des mouvements dits «alternatifs» ou «progressistes», lesquels constituent ce que nous appelons le flanc gauche de la bourgeoisie.

Dénoncer, défaire, attaquer le capitalisme canadien ! Voilà des choses qui ont pratiquement été rayées du champ de la critique de «gauche» au Canada. Non pas que la critique officielle ne critique pas. Elle a ses revues, ses intellectuels-les, ses organisations, ses coalitions, ses rencontres et ses colloques. Elle est active, la critique officielle. Toutefois, elle reste en surface et ne bouleverse rien. Mieux, elle cultive sans cesse le même petit lopin, comme si elle pouvait y trouver là la vérité sur le Canada. Ce petit lopin que cultive la critique officielle, c’est bien entendu : la dépendance du Canada à l’égard des États-Unis, et l’affaiblissement de l’État (le gouvernement, et le secteur public) face au secteur privé et au marché. Deux propositions erronées qui amalgament un peu de vrai et beaucoup de faux, un peu de réalité et beaucoup d’illusions, tout ça sans conception théorique juste, sans principe, sans analyse de classe, si bien que cette critique officielle ne parvient jamais à outiller véritablement le prolétariat pour qu’il se porte au devant de la scène politique et lutte pour un pouvoir populaire révolutionnaire. Ces propositions ne produisent rien d’utile !

Nous opposons la critique révolutionnaire à la critique officielle. Ce sont deux choses totalement différentes. Nous opposons le marxisme-léninisme-maoïsme à l’opportunisme. Ce sont aussi deux choses totalement différentes : l’un travaille sur la vérité, l’autre travaille sur l’ombre («L’opportunisme, c’est, pour reprendre la formule de Hegel, la nuit où toutes les vaches sont grises», E. Terray, 1972). Nous opposons conséquemment le Parti communiste révolutionnaire au flanc gauche de la bourgeoisie, deux formes complètement opposées de participation ouvrière et populaire à la lutte des classes : l’une émancipée et créatrice, l’autre soumise et dépendante.

Pour avancer vers la création du Parti communiste révolutionnaire au Canada, il est donc indispensable d’établir avec le plus de rigueur possible, de netteté et de clairvoyance, les fondements et les formes du pouvoir de la bourgeoisie, donc se demander : sur quel socle reposera ce parti ? En direction de quelle cible dirigera-t-il son activité ? Quel objectif va déterminer sa nature et son caractère ? C’est ce que nous appelons définir les bases du parti au Canada. Le Projet de programme du PCR(co) ne procède pas autrement.

Les adorateurs de la société bourgeoise, qui en temps normal se délectent de l’inaction politique du prolétariat, affichent immanquablement un air de dédain quand ils entendent parler d’organisation communiste et de parti révolutionnaire. Lorsque la rumeur, même imprécise, laisse entendre que, dans le capitalisme en crise, à travers les milliers de mécontents et de révoltés, les rouges s’organisent, alors ces adorateurs de la société bourgeoise se parent d’une pureté démocratique toute fictive pour clouer au pilori ce qu’ils nomment le «fétichisme du parti», le bureaucratisme et l’autoritarisme. Ces abominations seraient, c’est du moins ce qu’ils aiment à répéter, le propre des pauvres et du prolétariat révolutionnaire — ces classes dites dangereuses — quand ils soutiennent et développent l’organisation qui combat pour leur émancipation : le parti communiste.

Pour les partisans du capitalisme, parler de fétichisme c’est facile quand on a les deux pieds — et le cerveau — qui baignent dans le fétichisme marchand. Parler de bureaucratisme l’est tout autant quand on est «chouchouté» par la plus vaste bureaucratie privée et publique que l’humanité ait produite. Et parler d’autoritarisme bien à l’abri derrière cette précieuse autorité que constituent les gigantesques forces militaro-policières du capitalisme, c’est encore là tout ce qu’il y a de plus facile, et de plus hypocrite.

Mais prenons quand même au mot ces détracteurs du marxisme. Il peut y avoir, et il y a effectivement fétichisme, bureaucratisme ou autoritarisme, quand un parti, quel qu’il soit, se réclame vaguement du progrès, de la «gauche» ou d’un socialisme de plus en plus évanescent, et qu’il sollicite du même coup le soutien de la classe ouvrière et des masses populaires, sans que cela ne soit rattaché, ni de près ni de loin, à une analyse juste des classes sociales, ni à une compréhension adéquate des diverses contradictions présentes dans la société, ni non plus à un projet politique réellement fondé sur les intérêts des classes exploitées.

En vérité, ce n’est pas autre chose qu’un acte d’autorité bureaucratique (quand bien même il serait servi de manière subtile et délicate, comme c’est souvent le cas), que cette invention de partis qui sollicitent la classe ouvrière et les pauvres tout en refusant d’être eux-mêmes des partis de classe voués à la révolution et au socialisme.

Sur le flanc gauche de la bourgeoisie s’accumulent ainsi depuis des générations des partis et des embryons de partis, des mouvements et des regroupements, qui tous s’inventent une fonction politique dans l’immédiat (et nommément : …unir les forces progressistes (UFP) ou… lancer une nouvelle initiative politique (NPI) ; mais sans se rattacher clairement à la matière historique réelle qui façonne le pays (les rapports sociaux, la lutte des classes et toutes les contradictions profondes qui ne peuvent trouver leur solution sous le capitalisme).

C’est Karl Marx qui, dans Travail salarié et Capital, parlait de «…la matière historique existante et renouvelée quotidiennement». Par cette formule, il exprimait le lien direct qui existe entre les bases matérielles d’une société et leur transformation, i.e. entre la structure et la conjoncture. La conjoncture est ce renouvellement quotidien de la matière historique existante. Elle est un renouvellement, mais non pas un dépassement, non pas l’abolition de cette matière historique existante. L’hiver n’abolit pas la nature. Le néolibéralisme n’abolit pas le capitalisme. La mondialisation n’abolit pas l’impérialisme.

Or, les partis et organisations actuels sur le flanc gauche de la bourgeoisie ne sont que des partis de conjoncture qui rejettent radicalement tout ancrage dans la réalité matérielle qui n’est pas autre chose que la lutte des classes. Ce faisant, ils sont voués à l’échec ou à l’impuissance. Ces partis et organisations ne sont pas l’expression politique nécessaire du prolétariat et des groupes opprimés dans la société, mais des excroissances bénignes qui apparaissent sur le corps de la démocratie bourgeoise. N’étant pas ancrés dans cette matière historique existante, ils ne sont porteurs d’aucune stratégie de fond. Ils bricolent plutôt, un petit peu à gauche et un petit peu à droite, et additionnent à l’infini autant de propositions tactiques pratiquement toutes interchangeables les unes avec les autres.

Ces partis se voient comme des alternatives aux grands partis bourgeois : «Plus que jamais nous devons apparaître comme une alternative crédible. (…) L’objectif de la NPI demeure celui de construire un large parti progressiste incluant le NPD, mais pas exclusivement.» (Svend Robinson, octobre 2002)

«L’UFP se veut un pôle, une contribution à ce processus de rassemblement et de construction de l’unité de la gauche québécoise, un processus qui, nous l’espérons, mènera à un grand parti de masse capable de relayer les luttes sociales, d’en faire la synthèse, de définir une alternative politique crédible pour la population et éventuellement prendre le pouvoir.»

(Pierre Dostie et Molly Alexander, octobre 2002)

Cette façon de parler d’alternative crédible — mais sans alternative au capitalisme — est une infantilisation de la politique, comme un jeu qu’on joue pour passer le temps. C’est un désennui, mais ce n’est pas de l’action politique. Leur socialisme n’est que l’aspiration à un néo-keynésianisme, à un État fort dont les tâches dans la reproduction du capital seraient intégralement préservées. Alors quand les responsables de ces mouvements parlent d’un grand parti de masse capable de relayer les luttes sociales, il faut plutôt lire : …un grand parti centriste capable de récupérer les luttes sociales et ainsi garder les masses populaires sous l’emprise de l’État bourgeois !

Alors oui c’est vrai, c’est même évident : en dissociant totalement la question du parti, de cette autre question qui consiste à déterminer les bases sociales et politiques du socialisme au Canada, ces organisations se sont totalement imprégnées d’un fétichisme ravageur, le fétichisme du large parti progressiste ; le fétichisme du grand parti de masse ; le fétichisme de l’alternative dite crédible.

Si ce fétichisme est ravageur, c’est qu’il fait du tort au mouvement en perpétuant une vieille fraude. Nous savons tous et toutes que le jour où un parti dit «populaire», un parti des travailleurs-ses ou un parti socialiste, peu importe son nom, sera réellement crédible, ce jour-là la bourgeoisie va le mettre hors d’état de nuire. L’État va espionner et harceler ses militants-es, il va réprimer ses activités, il va décimer ses rangs par tous les moyens qui seront à sa disposition, et ils sont nombreux !

Nous disons tout le monde le sait, parce que nous présumons que ce dont on parle quand on évoque la question de la crédibilité, c’est de la crédibilité socialiste du parti, sa crédibilité ouvrière et populaire, en deux mots, sa crédibilité révolutionnaire. Un parti qui jouit d’une telle crédibilité révolutionnaire est une menace pour la bourgeoisie. C’est un missile lancé contre toutes les institutions qui protègent honteusement l’exploitation et l’oppression. Or, il faut bien se le dire, et nous ne sommes pas naïfs-ves, ce n’est jamais de cette crédibilité-là dont il est question quand on entend parler d’alternative.

La crédibilité induite dans la formule usée d’alternative crédible, c’est celle qui permet d’aspirer aux fonctions de l’État, d’accéder au gouvernement, de pénétrer les grands médias et les grandes institutions, dans l’état où ceux-ci se trouvent sous la démocratie bourgeoise, et non pas tels qu’ils auront été modifiés dans le processus de la révolution. Autrement dit, c’est une crédibilité qui permet à un grand parti dit progressiste de s’intégrer, de se tailler une place au sein de la démocratie bourgeoise, donc de devenir lui-même un rouage de l’État bourgeois.

On le voit, il y a en présence deux conceptions complètement opposées.

Il y a la position des maoïstes, qui consiste à s’installer bien solidement dans ce que Marx appelait la matière historique existante et renouvelée quotidiennement. Cette position consiste à labourer cette matière (c’est-à-dire la connaître et la comprendre du plus près possible) pour y établir les bases du parti communiste révolutionnaire. Le point d’appui théorique de cette position, c’est que le parti est en quelque sorte un produit de cette matière historique (les rapports sociaux, les luttes de classes, les contradictions de la société), et n’a pas pour fonction — tout au contraire — de censurer ou de réfréner le mouvement normal de ces luttes et de ces contradictions. Pour nous, maoïstes, il ne peut y avoir de parti ouvrier que communiste et révolutionnaire.

Un parti de travailleurs et de travailleuses, un parti prolétarien qui ne serait pas voué à la révolution, constituerait par la force des choses une institution séparée de ses bases historiques, économiques et politiques, donc à toutes fins pratiques, un corps inutile sans véritable raison positive d’exister. Mais qui n’en existerait pas moins !

Cette seconde position réussit à perdurer et à produire périodiquement de nouveaux avatars, même sans jamais enrichir le prolétariat d’une véritable expérience de lutte, parce qu’elle est tout simplement adossée à l’État bourgeois et qu’elle renie les bases du socialisme au Canada. C’est la tare que produit la politique bourgeoise quand elle vient se greffer sur les classes populaires.

Et elle a la vie longue ! Par exemple :

«Le gauche est-elle à la veille de sortir de sa préhistoire et de faire ses premiers pas vers la maturité ? L’échéance des prochaines élections est importante. Une présence unitaire de la gauche démocratique, largement soutenue et imprégnée par l’ensemble des groupes progressistes, est à souhaiter, non pas seulement pour offrir une alternative aux partis dominants, non pas tellement pour réaliser une jonction entre la gauche formelle et organisée et le “peuple de gauche” bien plus nombreux qu’on l’imagine, mais surtout pour amorcer enfin un dialogue entre la gauche et la population, pour commencer à mettre en place les conditions d’un rapport dialectique fructueux.»

Ce qui précède pourrait avoir été écrit hier. Mais cela date pourtant de plus de dix-sept ans (dans le magazine Mouvements, mai 1985). Le rédacteur en chef de ce magazine réformiste proche des syndicats et du mouvement populaire, faisait à l’époque reposer cette perspective sur ce qu’il disait constater de façon générale dans le mouvement progressiste :

«La reprise du débat politique dans certaines organisations syndicales et populaires, la tentative du Mouvement socialiste et du Rassemblement pour le socialisme (deux organisations depuis longtemps disparues qui s’apparentaient à l’UFP d’aujourd’hui, NDLR) de mettre sur pied une coalition en vue des prochaines élections, le “renouveau” du NPD-Québec, le questionnement qui traverse le mouvement féministe, tout cela indique qu’un certain remue-ménage est en cours au sein des forces progressistes.»

Demandons un instant à tous ces gens qui, en 1984 et 1985 se dépêchaient d’enterrer le plus profondément possible la courte décennie précédente (1973-1983) au cours de laquelle les organisations marxistes-léninistes avaient atteint un niveau d’activité important, demandons-leur ceci : ce débat dont vous faisiez état, cette tentative électorale, ce renouveau, ce questionnement, ce remue-ménage, en 1985 et depuis, ont-ils enrichi le prolétariat d’une quelconque expérience de lutte ? Et bien non ! D’aucune façon. Que du vent. Que des mots creux. Beaucoup de colloques dans les amphithéâtres de l’UQAM et dans les salles du Centre St-Pierre, mais aucun programme pour renverser le capitalisme au Québec et au Canada, aucune pratique de combat, au total, une contribution nulle — inexistante — à l’activité révolutionnaire du prolétariat.

Ces deux positions divergent non pas essentiellement dans leur point d’arrivée (l’action révolutionnaire et la guerre populaire par opposition au réformisme et à l’électoralisme bourgeois), mais bien davantage dans leur point de départ, i.e. dans la façon de se situer par rapport à cette matière historique existante dont parlait Karl Marx. Cela génère deux démarches opposées.

Soit on fortifie les bases du parti (qui sont aussi les bases du programme, de la ligne politique, de la stratégie et de l’activité pratique). On crée alors deux choses :

a) une contrainte : le parti ne peut pas se séparer — au risque de se nier lui-même — de l’analyse scientifique appliquée à la matière historique existante et des propositions qu’elle génère (appelons cela la ligne politique) ;

b) une liberté : le parti s’en trouve par contre largement émancipé, libéré, indépendant des conceptions idéologiques bourgeoises et de la démocratie bourgeoise elle-même. C’est un parti autonome dans le vrai sens du terme.

Soit on dissout les bases du parti (ce qui signifie également une dissolution des bases du programme, de la ligne politique, de la stratégie et de l’activité pratique). Encore là on crée deux choses, qui prennent cependant la forme inversée du cas précédent :

a)une liberté : le parti s’émancipe de l’analyse scientifique et des propositions politiques qui en découlent. Il libère ses bases et devient ainsi un parti autonome, mais dans le sens d’autonomie par rapport au prolétariat et au socialisme ;

b)une contrainte : le parti cesse d’être révolutionnaire. Sa tendance est à l’intégration. Sa ligne politique, sa stratégie et son activité pratique sont par conséquent de plus en plus modulés et déterminés de l’extérieur. Ce parti devient un parti dépendant de l’État et de la démocratie bourgeoise.

Les militants et les militantes dans le Canada d’aujourd’hui ont surtout, si ce n’est exclusivement, devant eux et elles les exemples négatifs — plutôt nombreux — de cette deuxième démarche, c’est-à-dire d’organisations, de mouvements ou de courants politiques qui affaiblissent le lien les rattachant au prolétariat et au socialisme, tout en renforçant ces autres liens qui les unissent à l’État et aux institutions bourgeoises.

Pensons par exemple à la question du légalisme. L’affaiblissement — et la dégénérescence — des bases prolétariennes d’un parti signifie aussi sa soumission à la légalité bourgeoise et à ses contraintes. Le dirigeant du parti révisionniste au Canada, Miguel Figueroa, a involontairement illustré cette vérité en parlant de la réaction de son parti devant l’introduction en 1993 dans la loi électorale fédérale de la règle des 50 candidats qui mettait en danger la reconnaissance légale et le financement public de ce parti. Il a déclaré, candidement : «L’atmosphère dans le bureau de notre parti était proche de la panique. Nous nous sentions comme si nous venions d’être banni comme parti politique. C’était incroyablement inquiétant.» (The Globe & Mail, 04/11/2002, la traduction est de nous, NDLR)

C’est en grande partie des exemples négatifs de cet ordre qui installent et maintiennent une distance entre les luttes immédiates auxquelles les militants-es «radicaux» et «anticapitalistes» participent, et la pratique d’une action révolutionnaire organisée au moyen d’un parti communiste révolutionnaire. Il faut faire disparaître cette distance. Cependant, on ne pourra y parvenir tant que la classe ouvrière va continuer à accorder du crédit à des formes d’action politique telles que celles qui dominent actuellement et qui servent essentiellement à protéger la société bourgeoise et à cautionner ses injustices les plus profondes, plutôt qu’à les combattre de façon conséquente.

Il faudra :

a)montrer que l’attaque du capitalisme canadien et de ses grandes institutions est entièrement justifiée, aujourd’hui plus que jamais. Elle constitue une réponse adéquate du prolétariat face à l’immense puissance détenue par la bourgeoisie impérialiste canadienne, et aux moyens par lesquels celle-ci continue à concentrer la richesse et le pouvoir ;

b)expliquer que la structure des classes sociales au Canada conduit de plus en plus vers un affrontement entre deux vastes camps. Montrer, dans cette lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie, quelles sont les couches sociales et les classes qui peuvent combattre aux côtés du prolétariat, et lesquelles tendent davantage à se ranger avec la bourgeoisie ;

c)démontrer la puissance capitaliste de l’État canadien et expliquer ses fonctions essentielles de soutien et d’organisateur collectif pour la bourgeoisie ;

d)expliquer et appuyer la transformation à venir de la lutte des nations autochtones au Canada en une lutte révolutionnaire contre l’impérialisme canadien qui, de son côté, est sûr de tenir, avec le nord du continent, l’une de ses deux principales réserves pouvant contribuer à son expansion ;

e)saisir le contenu révolutionnaire des autres contradictions dans la société canadienne et montrer, à travers les tendances et les contre-tendances qui s’y expriment, de quelle façon elles enrichissent et complètent le camp de la révolution ;

f)soutenir de toutes les forces du prolétariat la révolution et le socialisme au Canada, en montrant que le socialisme pourra mettre en œuvre toutes les transformations dont le monde a besoin pour parvenir à la libération du travail, à la solidarité et au règne effectif de la communauté.

L’attaque contre le capitalisme

Présentement, la principale force qui soit à pied-d’oeuvre dans la classe ouvrière pour détourner — et/ou diluer — l’attaque contre le capitalisme, c’est encore le nationalisme. Les 9/10 de la critique officielle et de la gauche réformiste sont absorbés, comme il y a trente ans, comme il y a quinze ans, par les rapports entre le Canada et l’impérialisme américain, et posent comme étant la question centrale actuellement, celle de la souveraineté.

Selon eux, le Canada, en tant qu’entité économique et politique, est dépendant des États-Unis. Non plus tellement comme plusieurs le soutenaient dans les années 50, 60 et suivantes, alors que l’économie politique nationaliste, à la suite d’Harold Innis, attribuait au Canada une position largement subordonnée dans la division internationale du travail, celle d’un producteur de matières premières et de biens non finis (thèse qui déjà à l’époque était inexacte — dès la période de la Première Guerre mondiale le Canada figurait au sein des six ou sept premières puissances manufacturières au monde ; le capital de prêt canadien, par son système bancaire, avait aussi largement pénétré l’Amérique latine et les Caraïbes ; etc.) ; mais plutôt dans le sens suivant : la souveraineté du Canada s’éroderait en proportion directe de l’importance acquise par le marché américain dans l’exportation de marchandises, de services et de capitaux canadiens.

En vérité, cette question des débouchés, entre deux pays impérialistes, n’est pas une affaire de dépendance, mais de concurrence. Le cas du Canada est, il est vrai, particulier, dans la mesure où cette concurrence entre les deux pays s’opère principalement sur le marché américain et pas vraiment ailleurs dans le monde, c’est-à-dire pas dans des proportions significatives.

Depuis le milieu des années 80 (i.e. depuis l’accord sur le libre-échange), la bourgeoisie canadienne a pour ainsi dire «emprunté» le marché interne américain pour pallier à l’étroitesse et à la saturation du sien propre. Ce faisant, elle s’est adossée plus que jamais par le passé sur le principal marché capitaliste du monde, celui qui consomme les plus grandes quantités de marchandises et de capitaux, sur l’impérialisme le plus puissant. Faut-il appeler cela soumission ? Dépendance ? Nullement. Il s’agit plutôt d’un acte de réalisme, trivial et brillant à la fois, qui répond au besoin pour la bourgeoisie de soutenir l’accumulation, un processus régulièrement menacé de défaillance, qui ne va jamais de soi sans un combat de la part de la bourgeoisie (concurrences, rivalités, concentration, absorption et destruction de capitaux, guerres). Ce serait lui faire injure que de dire de la bourgeoisie impérialiste canadienne, ce petit renard futé, qu’elle ne combat pas pour ses propres intérêts.

Nous savons par ailleurs — et il faut le dire, l’analyser lucidement et l’expliquer clairement — que l’enjeu de la souveraineté, s’agissant des rapports entre deux bourgeoisies impérialistes (Canada/USA ou Québec/Canada, etc.) n’est absolument pas posé, du point de vue du prolétariat, par la comparaison du poids relatif des deux monstres, c’est-à-dire de ces deux vastes puissances étatiques capitalistes, quand bien même l’une pèserait un kilo et l’autre cent, mais plutôt par l’opposition entre la révolution et la contre-révolution.

C’est la révolution et sa dynamique, nées de la volonté populaire de sortir du capitalisme et de nouer des rapports égalitaires de coopération entre les nations, qui, en se confrontant à la contre-révolution impérialiste, pose de manière réelle la question de la souveraineté.

Dans la situation qui est celle du Canada, il ne fait aucun doute que l’impérialisme américain, avec son appareil militaro-policier, sa puissance financière et son influence idéologique, constitue de facto, un adversaire rapproché — quasi-immédiat — du socialisme, de la libération nationale des peuples autochtones et d’une nouvelle fédération, de type soviétique, (i.e. un nouveau pouvoir populaire) au Canada. Or, cette opposition-là, véhémente, violente, conduira d’abord l’impérialisme américain à vouloir protéger et défendre la souveraineté de la bourgeoisie canadienne sur le territoire du Canada, sur son marché et sur le capital qui s’y trouve accumulé, à l’encontre des forces populaires qui luttent par en bas pour renverser ce système. Et celles-ci, à travers la guerre populaire et le front uni multinational vont défendre mieux que quiconque, la souveraineté de la nouvelle fédération qui se construit, contre la contre-révolution impérialiste.

Le mouvement général qu’il faut mettre de l’avant, c’est donc celui de l’attaque contre le capitalisme canadien. C’est dans ce mouvement que pourra se développer un front uni multinational qui sera doté d’un vrai caractère révolutionnaire et aura un puissant contenu de libération. Toutefois, comme nous l’avons mentionné, les principaux courants de gauche au Canada continuent à vouloir procéder en sens inverse. Ils tiennent à (re)marcher à nouveau dans leurs propres traces, en proposant sous une forme ou une autre de régénérer le mouvement nationaliste canadien, quitte à lui accoler après coup un caractère plus ou moins anticapitaliste.

C’est ce qui ressort par exemple de la proposition suivante qui illustre assez bien, à travers la caricature qui est faite du tiraillement entre attaquer le capitalisme ou régénérer le nationalisme, l’inclinaison permanente des courants de la gauche réformiste pour la seconde option :

«So, at this time the Canadian Left is presented with a unique set of circumstances and a pivotal decision. Never before has the field been more open. All other political forces in Canada have either embraced continentalism and free trade or are refusing to take up defence of Canadian sovereignty in a serious manner. The left can decide to remain “pure”, distance itself from the messy issue of nationalism and remain a voice in the wilderness, a marginalized voice of dissent dismissed by the Canadian people as irrelevant. Or it can champion this nascent movement for Canadian nationalism, provide it with anti-imperialist and anti-capitalist content and emerge from the wilderness as a mainstream force in Canadian politics. It seems to me that the choice is obvious. (…) In my opinion, ensuring that this debate permeates every nook and cranny of Canadian society is the single-most important project the Canadian Left can take up at this time.»

(Ken Kalturnyk, du collectif éditorial de la revue Canadian Dimension, septembre/octobre 2002)

Il faut récuser cette façon tout à fait arbitraire et spontanéiste de tracer une direction pour la «gauche» et le mouvement ouvrier, de s’emballer pour un «mouvement naissant» (…nascent movement) et de faire d’une perspective simpliste le projet le plus important du moment, sans établir d’aucune manière ni les bases sociales, ni le contenu politique, ni le sens des transformations qui devraient être portées par ce nouveau nationalisme canadien.

Et à vrai dire, à quoi pourrait bien ressembler dans le contexte actuel, un tel mouvement nationaliste qui serait à la fois une force politique principale (…a mainstream force in Canadian politics) tout en étant anticapitaliste, et ce dans un pays impérialiste de premier rang, appartenant au G-7 et dont les grands appareils publics et privés (les multinationales, les banques, le gouvernement et ses agences, etc.) jouent un rôle non négligeable dans la période actuelle de mondialisation ? Que ceux et celles qui en ont une petite idée aient l’obligeance de nous éduquer un peu sur le sujet, parce qu’en ce qui nous concerne, nos vieilles lunettes marxistes nous empêchent malheureusement de voir toute cette lumière !

Avec le mouvement d’attaque contre le capitalisme canadien, nous considérons inscrire solidement le prolétariat et les larges masses du Canada dans la vague montante de la révolution mondiale.

Le caractère impérialiste du capitalisme canadien, la grande concentration du capital dans ses firmes les plus importantes, l’étendue de sa présence internationale, le nombre des travailleurs-ses, des pauvres et l’importance des masses qu’il exploite dans ses installations, les quantités de richesses naturelles qu’il pille, les destructions brutales de l’environnement qu’il commet, la puissance de ses institutions, les richesses qu’il accumule et dont sont privés leurs producteurs directs, tout ça contribue objectivement à ranger la bourgeoisie canadienne dans le camp des plus puissantes classes d’exploiteurs. Des classes qui devront toutes être défaites par la lutte révolutionnaire des masses. Nous en faisons notre cible !

Aucun changement d’importance n’est possible si nous voulons parvenir à une réorganisation de la société au Canada sans la liquidation de la bourgeoisie en tant que classe dominante. Non seulement est-ce nous les travailleurs et les travailleuses du Canada, de même que les jeunes, les pauvres, les sans-emploi, les immigrants-es à nos côtés qui sont ainsi bloqués par les lois de l’accumulation capitalistes qui dépossèdent les masses de la richesse produite, et qui ce faisant, nous dépossèdent du pouvoir de décider ; mais ce sont aussi des gens comme nous, quelques fois des villes et des villages entiers, au Pérou, en Indonésie, en Afrique ou ailleurs, dont une part importante de leur propre existence leur échappe, parce qu’elle appartient, peut-être pas juridiquement mais certainement dans les faits, à des compagnies multinationales canadiennes.

Le capitalisme canadien est, avec d’autres, l’agent d’un monde injuste : il fait partie d’un vaste camp réactionnaire appelé à être combattu et remplacé. Le capitalisme canadien c’est :

Un grand producteur mondial qui enrichit pourtant une classe minoritaire. C’est le sixième exportateur mondial de marchandises, le premier au sein de l’OCDE en pourcentage de son PIB (Produit intérieur brut). C’est un grand producteur de matériel de transport, de machinerie, d’équipement de télécommunication, de meubles. C’est le sixième producteur mondial dans l’aérospatial ; le premier producteur d’uranium pour l’industrie nucléaire, le troisième producteur de gaz naturel, le premier fournisseur extérieur en gaz naturel, huile et électricité sur les marchés américains. En 2001, les entreprises du Canada ont exporté pour 64 milliards $ de plus qu’elles n’ont importé. Seulement vers les États-Unis, les compagnies du Canada exportent pour 1 milliard $ chaque jour (360 milliards $ en 2000). Le président de la compagnie Peerless à Montréal dit expédier «…cinq vannes d’habits pour hommes vers son centre de distribution du Vermont à chaque jour de la semaine.» Alors que les biens finis comptaient pour 8 % des exportations canadiennes en 1960, elles comptent aujourd’hui pour plus de 50 %. Récemment, le Ministre Allan Rock parlait du Canada comme d’un «low-cost producer of good and services» (National Post, 20/11/2002).

Un concentrateur de capitaux dans la formation d’entreprises géantes : Alcan, deuxième fabricant mondial d’aluminium ; Québecor World, premier imprimeur commercial ; Bombardier, troisième avionneur civil ; Power Corp, lié à Berstelman-AG d’Allemagne, troisième groupe média au monde ; Abitibi Consolidated, premier producteur de papier journal ; George Weston Ltd., une des entreprises qui dominent la transformation alimentaire en Amérique du Nord. Au printemps dernier une fusion de 33 milliards $ entre PanCanadian et AEC créait EnCana Corp., un nouveau géant dans le secteur du gaz naturel. Au cours des derniers mois, Sun Life a acheté Clarica pour 6,8 milliards $, de même que Keyport Life et une autre compagnie pour 2,6 milliards $ ; Investors Group a acheté Mackenzie Financial pour 4,1 milliards $ ; Teck a acheté Cominco pour 1,6 milliards $ ; etc. La formation de ces géants industriels et financiers démontre le niveau élevé de socialisation des forces productives au Canada, mais une socialisation soumise plus que jamais aux rapports de production capitalistes.

Un concentrateur et un acheteur d’entreprises partout dans le monde. Au cours des récentes années, les capitalistes canadiens ont été des acquéreurs nets de compagnies étrangères. Mentionnons l’achat par la Banque Royale de Centura Banks aux États-Unis ; l’achat d’Adtranz (Allemagne) par Bombardier ; de Homestake Mining (USA) par Barrick Gold ; de Orion Gold (Australie) par Placer Dome (le Canada contrôle maintenant 25 % de la production aurifère en Australie) ; de Wisconsin Central (USA) par le Canadien National ; l’achat de 14 usines de Norsk Hydro (Norvège) par Alcan, etc.

De 1995 à 2001, les capitalistes canadiens ont acquis 1 963 compagnies étrangères, pour un solde net de 202 entreprises. Cela représente un contrôle sur des actifs supplémentaires estimés à 147,5 milliards $ (C.D. Howe Institute, Backgrounder nº 62, septembre 2002). Les capitalistes canadiens sont des acheteurs nets de compagnies étrangères dans l’industrie lourde, le transport, les communications, les services financiers, les assurances et l’immobilier. (Ibidem)

Un exportateur de capitaux. Les investissements directs canadiens à l’étranger surpassent les investissements étrangers au Canada. Pour 2001, le World Investment Report 2002 de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) mentionne des investissements de plus de 35 milliards $. Le stock total des investissements directs à l’étranger surpasse les 244 milliards $ (32,4 % du PIB). La valeur des investissements canadiens sur les marchés boursiers extérieurs a fortement progressé ces dernières années, passant de 7 % du PIB en 1993 à 18 % en 2001. (The Globe & Mail, 01/04/2002)

Selon la CNUCED, la moyenne des investissements directs à l’étranger des pays capitalistes développés est de 22,1 % du PIB (exemple 5,8 % pour le Japon, 13,2 % pour les USA, 63,2 % pour le Royaume-Uni). Avec 32,4 %, le Canada, quoique loin derrière la Grande-Bretagne, surpasse de beaucoup la moyenne de ses concurrents impérialistes. Cela correspond à l’étroitesse et à la saturation du marché interne canadien qui favorisent l’exportation de capitaux. Gwyn Morgan, le chef de direction de la multinationale canadienne EnCana, expliquait cela dans les termes suivants : «Squeezed by a maturing Western Canadian Basin, large Canadians energy firms, under pressure by their shareholders to show returns, are increasingly looking to developing countries to grow their business.» (National Post, 22/11/2002) C’est aussi la surexploitation des travailleurs-ses et l’attrait de taux de profits supérieurs qui favorisent cette exportation : «La marge bénéficiaire est beaucoup plus élevée en Afrique. Elle peut être de deux à trois fois supérieure à celle qu’on fait au Canada», affirme J.P. Lemire de la compagnie Infoserv de Laval qui assemble des ordinateurs à Dakar au Sénégal (Les Affaires, 05/10/2002).

Des multinationales qui participent au partage du monde. Le Canada compte plus de 1 700 firmes multinationales qui contrôlent 7 500 filiales à travers le monde. 18 des 500 plus grandes compagnies dans le monde, selon le Financial Times de Londres, sont canadiennes. Les multinationales générées par le capitalisme canadien soutirent une plus-value énorme de l’exploitation des travailleurs et travailleuses, ici-même au Canada et un peu partout à travers le monde.

EnCana Corp est la plus importante compagnie privée établie en Équateur. Les compagnies Nexen, Alberta Energy et Talisman Energy dominent présentement le secteur stratégique du forage pétrolier en Colombie. Les projets canadiens de Noranda au Chili et de Barrick Gold au Pérou comptent parmi les plus importants en Amérique du Sud. Falconbridge et Inco s’installent en Nouvelle-Calédonie, dans la production du nickel, bénéficiant de congés de taxes accordés par le gouvernement français.

Dans le secteur minier, les compagnies canadiennes comptent pour 30 % de l’exploration effectuée à travers le monde. Les compagnies canadiennes inscrites en bourses détiennent des intérêts dans plus de 6 300 propriétés dans 100 pays (André Lemieux, La présence de l’industrie minière canadienne dans le monde, Ressources naturelles Canada), ainsi que dans plus de 200 mines, usines de fusion, affineries et autres installations. Les compagnies canadiennes possèdent 1 200 propriétés en Amérique latine et dans les Caraïbes, dont 180 au Pérou, plus de 150 en Argentine ; 640 propriétés dans 39 pays africains.

Les capitalistes canadiens sont les seconds investisseurs étrangers au Kazakhstan, derrière les États-Unis. Leurs ambitions sont importantes. Pas surprenant alors que l’ambassadeur canadien dans ce pays ait déclaré :

«Canada is concerned with the worldwide effects of terrorism, and with the possibility of new attacks on ourselves or our allies at home or abroad, while Kazakhstan faces the different challenges of being neighbor of the countries that have become the focus of the anti-terrorist struggle.»

(Financial Times, 24/04/2002)

La compagnie de Vancouver Ivanhoe Mines est en voie de devenir le propriétaire privé le plus important en Mongolie. Elle possède plusieurs mines et des droits d’exploration sur un territoire grand comme la moitié du Nouveau-Brunswick. Le Globe & Mail a rapporté que son président Robert Friedland, qui est devenu multimillionnaire en vendant Voisey’s Bay à Inco, «…swoops into Mongolia’s shabby capital on his private Gulfstream jet like a visiting monarch. From the president on down, every office is open to him on his frequent visits. (…) He might indeed become the new business king of Mongolia.» (20/05/2002) Au même moment en Birmanie, la mine de Moniwa appartenant à Ivanhoe Mines est accusée par différents syndicats de mineurs de profiter de l’usage massif de travail forcé («…mass conscription of involuntary labour» National Post, 15/06/2001) N’est-ce pas Eugène Pottier qui a écrit : «Les rois de la mine et du rail, ont-ils jamais fait autre chose que dévaliser le travail !»

Un capital financier puissant et extrêmement concentré. Les grandes banques canadiennes, qui ont intégré pendant les années 90 la majorité des activités financières sur les marchés (les trusts et fiducies, les fonds communs de placement, les banques d’investissements, etc.), constituent maintenant de grands groupes financiers concentrés. Ils centralisent le petit capital, financent les dépensent externes d’accumulation, opèrent également une centralisation politique et décisionnelle au sein de la bourgeoisie canadienne. Ces groupes financiers ont un actif de plus de 1 700 milliards de $. Un tiers de leurs revenus provient de l’extérieur du Canada. D’ici deux ou trois ans, la concentration du secteur devrait franchir une autre étape avec les fusions des banques, ce qui donnera naissance à trois grands groupes financiers capables de procéder à de nouvelles acquisitions importantes, et de façon générale, à diriger une part importante de l’activité de la bourgeoisie.

Toronto constitue par ailleurs le deuxième centre financier selon l’importance de sa croissance en Amérique du Nord, et le troisième en parts de marchés derrière New York et San Francisco. Même si le Canada ne compte que pour 2 % de la capitalisation boursière mondiale, il se situe néanmoins au septième rang derrière les USA, la Grande-Bretagne, le Japon, l’Allemagne, la France et la Suisse.

Pour tous ceux et celles au Canada, travailleurs, travailleuses ou chômeurs, qui aspirent à changer profondément l’organisation de la société, à vaincre l’injustice et la pauvreté, à battre en brèche les formes encore restantes d’oppression, il ne doit pas y avoir de doute sur la nécessité, pour réussir ces changements, d’attaquer et de détruire, dans son organisation spécifique, le capitalisme canadien dont nous venons d’esquisser à grands traits le caractère largement impérialiste.

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