En Avant! №1
COMMENTAIRE SUR LE PROJET DE PROGRAMME DU PCR(co)

Boycott de l’État, revendications immédiates et programme minimum

Depuis sa fondation, notre organisation a consacré des efforts considérables, tant au niveau théorique que pratique, afin de dégager un point de vue révolutionnaire, c’est-à-dire une conception communiste du monde appliquée à la réalité de la lutte des classes au Canada.

Chaque fois que dans l’histoire, les communistes ont sous-estimé les questions de stratégie et de programme, ils se sont engagés dans la voie de l’opportunisme : c’est pourquoi un des éléments essentiels de la démarcation entre marxisme et opportunisme se trouve justement à être le programme communiste.

En amorçant le bilan de nos deux années d’activités, des camarades ont avancé l’idée qu’il nous manquait peut être un «programme minimum». Nous comprenons par programme minimum, un ensemble d’objectifs, de gains qui ne présupposent pas la prise du pouvoir par le prolétariat, c’est-à-dire qu’ils peuvent être arrachés par le prolétariat à la bourgeoisie, en menant une lutte adéquate, à l’intérieur même de la société bourgeoise.

Le programme minimum est, selon les termes de Lénine, le programme «de transformations politiques parfaitement réalisables, d’un côté, sur le terrain des rapports économiques et sociaux actuels et nécessaire, d’un autre, pour faire un nouveau pas en avant, pour réaliser le socialisme» (Deux tactiques de la social-démocratie, Œuvres complètes, tome 9).

La première question qu’il faut se poser, est quel sens donner à un programme minimum dans la période actuelle. Si l’on n’agit pas ainsi, on risque fort bien de se tromper, par exemple, si l’on prend le mouvement immédiat tel qu’il se présente à nous pour le tout ; si l’on ne cherche qu’à tirer des gains momentanés ; si l’on ne faisait que se plier aux événements de l’heure, en sacrifiant les intérêts vitaux du prolétariat : nous introduirions alors à notre pratique le réformisme, l’opportunisme, et non le communisme.

La clarification de ce que doit être le programme minimum d’une organisation communiste révolutionnaire dans un pays impérialiste et quel rôle il est appelé à jouer doit aussi être conséquente avec notre projet de programme, où nous parlons du boycott de l’État comme faisant partie intégrante de stratégie révolutionnaire de la guerre populaire prolongée, permettant de s’opposer efficacement à la gauche officielle qui s’en tient strictement à la légalité. Par boycott de l’État, le projet de programme donne certains exemples, dont la non-participation aux institutions de l’État, à tous ses conseils d’administrations et organismes de gestion, à toutes les instances de concertation ; le boycott de ses lois, ses partis politiques et son système parlementaire.

Le boycott de l’État détermine pour beaucoup le contenu du programme minimum, en donnant une appréciation juste de la période historique présente. Il détermine, en excluant les perspectives réformistes de lutte, la façon dont le prolétariat et son avant-garde doivent combattre sous l’impérialisme. Plus précisément, il permet d’aller aux masses avec des propositions réellement prolétariennes et révolutionnaires.

Pourquoi des revendications immédiates ?

Si nous développons un travail révolutionnaire autour de revendications immédiates, cela est uniquement en vue de contribuer à constituer le camp révolutionnaire, à le délimiter face au camp bourgeois, aux opportunistes et aux réformistes de tout acabit, en refusant le consensus de la société d’exploitation et le légalisme bourgeois.

Pour ce faire, nous devons établir une nette délimitation entre le programme du parti et les revendications immédiates. Le programme détermine la transformation socialiste de la société, qui est impossible sans l’abolition du capitalisme. Les revendications immédiates, ce sont des gains, voire des réformes, possibles encore sous le capitalisme. En confondant les deux, on est inévitablement amené à déformer le socialisme prolétarien dans un esprit petit-bourgeois, opportuniste et anarchiste ; on obscurcit inévitablement la tâche de la révolution socialiste, qui est réalisable par la conquête du pouvoir par le prolétariat.

Cette confusion entre le programme de la révolution socialiste et les revendications immédiates, on la retrouve dans le fameux «programme de transition» si cher aux trotskistes et qui explique beaucoup le mélange de verbalisme radical et la pratique réformiste qu’ils et elles développent dans les masses prolétariennes. Cette même confusion, on la retrouve aussi chez les anarchistes. Nous devons à tout pris éviter de participer nous-même à cette confusion et c’est pourquoi nous précisons que dans les revendications immédiates, nous n’incluons pas :

  1. Les objectifs et les mesures qui peuvent et doivent être réalisées dès la prise du pouvoir et qui sont le signal que la transition socialiste a effectivement débutée. Ces mesures sont fondamentales pour poursuivre l’édification du socialisme. Par exemple : la nationalisation des banques ; un nouvel État, dont les organismes, à tous niveaux, sont les conseils des délégués des travailleuses et travailleurs, élus et révocables, qui assument tout le pouvoir.
  2. Des objectifs et mesures qui ne peuvent être accomplies que graduellement dans le cours de la transition entre le capitalisme et le communisme, bref, l’axe directeur que doit prendre le prolétariat et son parti pour avancer du socialisme au communisme. Par exemple : l’élimination de la division entre travail intellectuel et travail manuel, etc.

Un point de départ

La IIIe internationale indiquait aux communistes que

«toute l’agitation et la propagande, toute l’action du parti communiste doivent être pénétrés de ce sentiment que, sur le terrain du capitalisme, aucune amélioration durable de la situation de la masse du prolétariat n’est possible ; que seul le renversement de la bourgeoisie et la destruction de l’État capitaliste permettront de travailler à améliorer la situation de la classe ouvrière […] mais ce sentiment ne doit pas nous faire renoncer à combattre pour les revendications vitales actuelles et immédiates du prolétariat, en attendant qu’il soit en état de les défendre par sa dictature»

(Troisième congrès de l’Internationale communiste, Thèse sur la tactique).

La politique développée subséquemment par l’Internationale communiste a démontré que dans l’activité quotidienne, il faut prendre chaque besoin des masses comme point de départ de luttes révolutionnaires qui dans leur ensemble pourront constituer le courant puissant de la révolution sociale. Contrairement aux réformistes et pacifistes petits-bourgeois, les communistes ne mettent de l’avant pour ce combat aucun programme minimum tendant à fortifier et à améliorer l’édifice vacillant du capitalisme. «La ruine de cet édifice reste le but directeur, leur tâche actuelle.» Mais pour remplir cette tâche, les communistes doivent émettre des revendications dont la réalisation constitue une nécessité immédiate et urgente pour le prolétariat… «sans s’inquiéter de savoir si elles sont compatibles ou non avec l’exploitation usuraire de la classe capitaliste» (Troisième congrès…). Il importe seulement que ces revendications répondent aux besoins vitaux des larges masses prolétariennes.

Cependant, les communistes ne doivent jamais oublier le double caractère de tout gain arraché à la bourgeoisie. Nous devons être conscients et conscientes que ces gains sont à la fois des victoires partielles pour le prolétariat qui sont arrachées à l’ennemi de classe, mais qu’elles sont aussi, jusqu’à un certain point, une façon pour celui-ci de préserver la paix sociale, qui est nécessaire à la poursuite de l’exploitation. La bourgeoisie utilise, justement, les revendications de groupes de travailleurs et travailleuses pour les opposer à d’autres travailleurs et travailleuses, pour diviser le prolétariat. Nous devons au contraire utiliser ces luttes pour unir contre la bourgeoisie l’ensemble du prolétariat, et cela n’est possible que si nous ne perdons jamais de vue l’objectif final : la prise du pouvoir et la marche vers le communisme.

Le rôle des revendications immédiates dans le programme communiste

Dans les pays dominés où la tâche principale est de compléter la révolution démocratique bourgeoise, le programme minimum est essentiellement celui de la démocratie nouvelle, qui dans sa première phase, demeure essentiellement, par son caractère social, une révolution démocratique bourgeoise ; et ses revendications tendent objectivement à frayer la voie au développement du capitalisme.

Une telle conception du programme minimum ne trouverait pas d’application concrète dans un pays impérialiste développé tel le Canada. En effet, il est dit dans le Projet de programme du PCR(co) que

«l’étape actuelle de la révolution au Canada est donc celle du passage au socialisme, de l’établissement de la dictature du prolétariat. Il ne saurait être question d’une étape intermédiaire, démocratique ou anti-impérialiste, qui justifierait de retarder plus avant la lutte pour le socialisme.»

Le projet de programme est précis sur ce point : il ne peut y avoir de phase intermédiaire entre le capitalisme et le socialisme. Nous luttons pour le communisme, un société sans classes, basée sur une économie collective. Mais nous ne sommes pas des idéalistes, nous savons très bien que les classes sociales existent et vont continuer d’exister longtemps après la prise du pouvoir, qu’on ne peut les faire disparaître d’un seul coup. L’expérience des pays socialistes, et de l’URSS et de la Chine en particulier, a démontré que la première phase du communisme – le socialisme – est une société où les divisions de classes subsistent et où le prolétariat est amené à diriger différentes couches prolétariennes et populaires à transformer graduellement les rapports de production et les rapports sociaux complexes issus du capitalisme.

Tout en participant activement aux luttes immédiates du prolétariat, une organisation révolutionnaire dans un pays impérialiste doit savoir les lier à la lutte générale et à long terme, éduquer les masses dans l’esprit révolutionnaire du maoïsme, élever sans cesse leur conscience politique et assumer la tâche de la révolution prolétarienne.

Introduire dans notre programme général, un programme minimum dont l’objectif serait de préparer dans un pays impérialiste une phase entre le capitalisme et le socialisme serait une erreur et une déviation opportuniste au communisme révolutionnaire. À ce titre, la Deuxième Internationale est l’exemple le plus achevé de l’opportunisme, qui dans la pratique s’est caractérisé par l’abandon de tout rôle révolutionnaire réel et l’importance toujours croissante accordée à la lutte pour l’introduction de réformes dans le cadre du capitalisme. Cette conception poussait objectivement les organisations de la Deuxième Internationale à rechercher des gains immédiats et à repousser la révolution et le communisme, qui ne devenait plus qu’un vague idéal destiné aux discussions.

De même, les revendications immédiates ne sont pas le programme de mobilisation des masses, qui remplacerait le programme communiste. Le parti communiste révolutionnaire doit «mener toute la propagande et toute l’agitation du point de vue de la révolution par opposition aux réformes» (Lénine, Les tâches de la IIIe Internationale, OC, tome 29).

Mao disait de la révolution qu’elle suivait une route longue et sinueuse. Cette route, nous la prenons, en tâchant de ne pas aller au prolétariat comme ces organisations qui font miroiter un futur meilleur aux ouvriers et aux ouvrières à l’aide de phrases pompeuses, alors que dans les faits elles considèrent d’un point de vue réformiste toutes les actions des masses qui forcent les lois bourgeoises et rompent avec la légalité.

Alors pourquoi des revendications immédiates dans le programme communiste ? La réponse la plus simple nous est donnée par Lénine :

«Nous allons à la bataille, c’est-à-dire que nous luttons pour conquérir le pouvoir politique pour notre parti. Ce pouvoir sera la dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre. En prenant le pouvoir, non seulement nous ne craignons pas de dépasser les limites du régime bourgeois, mais, au contraire nous disons clairement, franchement, à haute et intelligible voix que nous dépasserons ces limites.»

«Mais nous ne devons pas chanter la victoire avant la bataille, nous ne devons pas rejeter le programme minimum car se serait pur fanfaronnade.»

«Ce serait pure fanfaronnade, car il faut d’abord conquérir le pouvoir, et nous ne l’avons pas encore conquis. Il faut d’abord réaliser en fait les mesures qui préparent le passage au socialisme, conduire notre révolution à la victoire de la révolution socialiste mondiale, après quoi, “après la bataille” nous pourrons et nous devrons rejeter le programme minimum, désormais superflu.»

(Lénine, Pour une révision du programme du Parti, OC, tome 26)

Bref, ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Lénine a formulé cette idée quelques semaines avant Octobre 1917, alors que la révolution était imminente. Nous devons suivre l’exemple de Lénine, car on ne peut présumer des détours que prendra la révolution au Canada, peut être subirons-nous des défaites qui nous obligeront à gagner du temps et des forces pour repartir à l’assaut, peut-être de nouveaux problèmes se dresseront devant nous : nous devons dans tous les cas être en mesure de regrouper nos forces.

Les communistes peuvent inclure dans leur programme des revendications immédiates pour lesquelles les masses luttent et pour lesquelles le Parti peut être appelé à les soutenir ou même à les diriger ; de même, les communistes éduquent sans relâche à la fois le Parti et les masses en vue de la révolution. La question n’est pas de savoir s’il est juste ou non d’appuyer telle ou telle lutte du prolétariat, telle ou telle lutte de libération nationale, de dénoncer les préparatifs de guerre des pays impérialistes. Cela est juste de le faire et nous l’affirmons sans réserve, cela fait partie de la ligne marxiste-léniniste-maoïste.

Mais nous disons aussi que le premier devoir des communistes aujourd’hui n’est pas de courir de grève en grève, de lutte en lutte. Le devoir des communistes est d’unir et mobiliser le prolétariat et ses alliés parmi les masses populaires et les nations dominées contre son ennemi principal au Canada, la bourgeoisie canadienne. Cela veut dire que nous devons prioritairement chercher à 1) créer l’organisation du prolétariat, le parti communiste révolutionnaire ; 2) développer la stratégie et la tactique qui permettent de renforcer le camp du prolétariat. Cela implique d’isoler la bourgeoisie, d’où l’importance des revendications immédiates qui peuvent s’adresser au prolétariat dans son entier mais aussi à d’autres couches sociales comme les petits-bourgeois et les petites-bourgeoises, les nations opprimées du pays.

La situation au Canada

Quelle est la situation concrète au Canada ? Le Canada n’est pas un pays semi-féodal, où la tâche serait de compléter la révolution démocratique bourgeoise. Le Canada est un pays capitaliste avancé où la bourgeoisie impérialiste est dominante et où les tâches démocratiques, telles qu’on les concevait au début du siècle, sont pour l’essentielles réalisées. Le droit de vote et les droits civils sont généralisés à l’ensemble de la population et les obstacles démocratiques d’importance qui demeurent sont 1) les droits des immigrants-es par le biais des lois qui limitent l’immigration au pays et les droits des travailleurs et travailleuses immigrants-es, et 2) le droit à l’autodétermination pour les nations autochtones. À ces obstacles démocratiques viennent s’ajouter, suite au développement du capitalisme, le perfectionnement et le développement d’une immense bureaucratie au service du pouvoir exécutif de la bourgeoisie ainsi qu’un développement important de l’appareil policier et militaire répressif, tant aux niveaux technique que matériel.

Comme il n’y a pas d’étape transitoire entre le capitalisme et le socialisme, il est préférable de parler de revendications immédiates plutôt que d’un programme minimum. Car de dire que pour l’essentiel, les conquêtes démocratiques ont été réalisées ne veut pas dire que le prolétariat jouit de plus grands avantages qu’auparavant, ou de plus de libertés démocratiques. Aujourd’hui, une partie non négligeable des attaques de la bourgeoisie est effectivement dirigée contre les gains obtenus par le prolétariat lors de la phase ascendante du capitalisme. L’appauvrissement réel du prolétariat et la limitation «pratique» grandissante des droits civils et politiques est un phénomène grandissant et universel.

Certaines de ces limitations touchent le prolétariat dans son ensemble, d’autres touchent une partie du prolétariat : par exemple, les salaires inférieurs gagnés par les femmes du prolétariat ; les immigrants-es ; les autochtones ; etc. Mais on peut tout de même dire que l’État bourgeois reconnaît l’égalité sur papier de beaucoup de droits qui sont dans la pratique de plus en plus limités. Ces limites ne sont pas le fruit d’une loi bourgeoise particulière, mais toutes sont essentiellement basées sur la propriété privée des moyens de production : pour éliminer ces obstacles, il faut objectivement la révolution socialiste et la dictature du prolétariat. La lutte pour des revendications immédiates peut donc être dans certains cas une attaque directe contre la bourgeoisie.

Mais pour développer une politique authentiquement révolutionnaire dans les masses, nous devons, comme nous l’avons écrit plus haut, délimiter le programme communiste des revendications immédiates, mais aussi, absolument éviter de séparer les revendications immédiates du programme communiste. On ne peut avoir un programme pour les communistes et un autre programme qu’on appliquerait pour les masses, cela reviendrait à introduire 1) que les masses doivent obligatoirement passer par les luttes économiques pour en arriver un jour aux luttes politiques (théorie des stades), 2) cela introduirait par la bande l’idée révisionniste d’une voie graduelle au socialisme ou d’une période pré-socialiste. Comme le disait Lénine,

«aucune des revendications du programme minimum, pas plus que la somme totale de ces revendications, n’aboutit au passage à un régime social fondamentalement différent. Prétendre le contraire, cela revient à adopter la position du réformisme, à abandonner le point de vue de la révolution socialiste. Le programme minimum est parfaitement compatible avec le capitalisme, il ne sort pas du cadre capitaliste.»

(Lénine, Remarques à propos d’un article sur le maximalisme, OC, tome 41)

Les implications quant à notre programme

Comment concilier le programme communiste et son objectif final avec les revendications immédiates ? Il n’y a pas de voie facile et beaucoup d’entre nous serions heureux et heureuses d’aller aux masses en assumant immédiatement un travail de direction grâce à des recettes que nous aurions concoctées pour le prolétariat.

Pour que notre travail de masse soit fructueux, il faut avant tout déterminer sur quels principes, sur quels éléments stratégiques, nous allons baser notre action. Jamais la tactique ne doit l’emporter sur la stratégie, cela ne servirait qu’à justifier tous les opportunismes. Pour aller aux masses, il faut une stratégie cohérente réellement révolutionnaire qui permette de :

1. Éviter que le Parti ait les mains liées.

«La social-démocratie ne se lie pas les mains, ne borne pas son activité à un plan préconçu ou à un procédé de lutte politique préétabli ; elle admet tous les moyens de lutte, pourvu qu’ils correspondent aux forces disponibles du Parti et permettent d’obtenir le maximum de résultats dans des conditions données.»

(Lénine, Les objectifs immédiats de notre mouvement, OC, tome 4)

Par exemple, nous pourrions avoir des revendications économiques précises, du type réduction du temps travail sans perte de salaire (encore faudrait-il déterminer cette réduction), ou revenu minimum garanti (encore faudrait-il le chiffrer). Une élaboration de ce type pose des inconvénients majeurs. Premièrement, trop restrictive, elle empêche le Parti de soutenir, renforcer et unifier contre la bourgeoisie impérialiste des revendications contradictoires du prolétariat. Prenons un exemple simple : les travailleurs et travailleuses du service d’autobus font la grève pour de meilleures conditions de travail, les communistes se doivent d’appuyer cette lutte qui est juste ; mais en contrepartie, les autres travailleurs et travailleuses qui doivent voyager pour aller travailler ont raison de manifester parce que le service d’autobus est fermé. Le Parti doit pouvoir faire prévaloir l’intérêt général du prolétariat en l’organisant contre la bourgeoisie. Deuxièmement, un programme minimum conçu comme une liste de revendications à combler porte préjudice au programme de la révolution socialiste et facilite la constitution de tendances économistes dans le parti.

2. Toujours avoir en tête que l’objectif final est déterminant. Seul l’objectif final du communisme confère la continuité nécessaire à l’expansion et aux succès du processus révolutionnaire.

3. Mettre la politique au poste commande. Notre Projet de programme indique la voie générale pour aller vers une société sans classe. Ce n’est que le travail politique révolutionnaire, le travail d’organisation indépendant, qui permet d’établir une délimitation correcte entre les intérêts du prolétariat et de la bourgeoisie. Ce travail communiste indépendant est l’aspect principal de notre intervention.

Quelles revendications immédiates ?

Notre programme devra indiquer plus précisément le contenu du programme minimum qui à l’étape actuelle, devrait inclure des objectifs et des mesures qui partent des besoins du prolétariat le plus exploité, tel que décrit dans notre Projet de programme (en pages 14 et 15) et qui doivent 1) être justes, 2) correspondre aux intérêts du prolétariat et des masses populaires, 3) attaquer la bourgeoisie et son État, 4) unifier le camp de la révolution, 5) diviser le camp de la bourgeoisie, et 6) amener une progression vers le socialisme.

Voici quelques exemples de revendications immédiates qui permettraient de regrouper tous ces points :

  1. La reconnaissance de l’égalité des nations et du droit à l’autodétermination, incluant le droit de sécession.
  2. L’abolition de l’armée permanente et de la police et leur remplacement par l’armement général du peuple. Le retrait des forces armées canadiennes à l’étranger. L’expulsion de toutes forces armées et forces de répression étrangères.
  3. L’abolition de la magistrature, son remplacement par un système de justice sous contrôle populaire. L’abrogation de tous les règlements juridiques anti-populaires.
  4. La libération de tous les prisonnières et prisonniers politiques anticapitalistes. Une réelle réinsertion dans la vie sociale des autres détenus-es qui appartiennent aux masses populaires.
  5. L’égalité absolue des femmes du prolétariat et des masses populaires. L’accès à la vie économique, politique et culturelle sans aucune discrimination par rapport aux hommes.
  6. La rupture de tous les traités internationaux qui favorisent l’impérialisme (ALÉNA, ZLÉA), la sortie immédiate de l’OTAN, de l’OMC et des autres organisations créées pour l’agression et le saccage impérialistes.
  7. Les libertés politiques et civiles pour chaque membre du prolétariat et des masses populaires, incluant l’utilisation gratuite des moyens pratiques nécessaires pour leur exercice (bâtiments, moyens de transport et de communication, d’information, etc.). Liberté de réunion, d’organisation, de propagande, de grève, d’accès à l’information et à l’instruction. Interdiction de toutes les formes d’oppression et de discrimination raciale, sexuelle et culturelle. Respect des propriétés individuelles et collectives des membres du prolétariat et des masses populaires. Inviolabilité de la personne et du domicile.
  8. La réalisation du devoir et du droit pour chaque adulte d’exercer un travail socialement reconnu. Le droit de chaque personne de disposer de conditions de vie dignes, d’avoir une vie sociale digne. Sécurité sociale, assurance sociale et école gratuites pour tous et toutes. L’octroi aux familles pauvres d’un logement décent, de la nourriture, des vêtements aux frais de l’État.
  9. La réduction du temps de travail obligatoire, l’amélioration générale des conditions de travail.
  10. L’utilisation gratuite de tous les services et des réseaux publics : énergie électrique, téléphone, eau, gaz, courrier, transports urbains, chemins de fer, routes, etc.
  11. La parité absolue de tous les droits politiques et civils pour tous les travailleurs et travailleuses immigrés-es.

On pourrait ajouter ces précisions dans le projet de programme au chapitre 11 (Transformons la colère des masses en force pour la révolution).

Christophe Jacobson
e p D T F s