Socialisme Maintenant №1

Présentation

Camarades ouvrières et ouvriers,

Vous tenez entre les mains le premier numéro de Socialisme Maintenant!, une revue politique marxiste-léniniste-maoïste publiée par le groupe Action socialiste. La plupart d’entre vous avez sans doute déjà lu ou au moins vu le journal du même nom, dont 83 numéros auront finalement été publiés d’avril 1986 jusqu’en février dernier. À l’occasion du 1er mai 1997, Action socialiste lance donc cette nouvelle revue, en même temps qu’un nouveau journal à grand tirage, Le Drapeau rouge/The Red Flag.

Dès le départ, le journal Socialisme Maintenant! visait à faire connaître les positions et les analyses du groupe Action socialiste et à regrouper autour de lui le plus grand nombre possible de militantes et de militants. À ce titre, l’évolution de Socialisme Maintenant! a suivi de près les développements que le groupe a lui-même connus. En 1986, Action socialiste n’était encore qu’une organisation militante radicale, dont les grandes orientations politiques et idéologiques restaient pour le moins confuses. Les pages de Socialisme Maintenant! fourmillaient d’articles sur les luttes ouvrières, populaires ou féministes. On y trouvait une critique ferme et incessante de l’État bourgeois et de la collaboration de classes. Mais tout compte fait, il n’y avait là que bien peu de choses sur la stratégie à suivre pour ceux et celles qui favorisent un véritable changement révolutionnaire au Canada et qui ne veulent surtout pas se contenter de quelques réformes obtenues ici et là.

Éventuellement, le groupe Action socialiste a été amené à clarifier un certain nombre de positions, à travers notamment une série de luttes de lignes assez marquantes, qui se sont elles aussi reflétées dans les pages du journal : rejet du nationalisme québécois et de l’indépendance du Québec, démarcation d’avec les courants féministes bourgeois (présents dans nos rangs) ; puis, surtout, reconnaissance du marxisme-léninisme et élaboration d’une stratégie beaucoup plus cohérente vers la création d’un nouveau parti communiste révolutionnaire, à l’occasion de la tenue du troisième congrès du groupe au printemps 1990.

À partir de là, Socialisme Maintenant! a vraiment commencé à ressembler au journal révolutionnaire qu’il prétendait être. On n’y parlait plus seulement des luttes immédiates (quoique celles-ci y ont toujours trouvé une place de choix), mais aussi du combat à long terme de la classe ouvrière. Les positions qu’on y retrouvait étaient dorénavant moins approximatives et mieux appuyées. On y a également approfondi la critique des courants réformistes et opportunistes qui dominent le mouvement ouvrier et qui l’empêchent de jouer son rôle. Aussi, on a commencé à faire état de façon beaucoup plus sérieuse des progrès des différentes luttes révolutionnaires qui se mènent ailleurs dans le monde, et des partis qui les dirigent. En un mot, Socialisme Maintenant! ne visait plus seulement à radicaliser les luttes ouvrières et populaires et à galvaniser les ardeurs des militantes et militants les plus combatifs, mais il commençait (enfin !, diront certains) à bien camper les positions révolutionnaires et à distinguer ainsi l’avant-garde du prolétariat.

Il en est certains qui auraient voulu que Socialisme Maintenant! en reste au stade d’un journal combatif, militant quoique pas trop radical, ni dans sa forme ni dans son contenu. Fin 1993, un petit noyau de membres d’Action socialiste ont à cet égard proposé que l’ensemble de l’organisation intervienne prioritairement au sein des structures syndicales. Dans cette optique, ces camarades auraient voulu que notre journal devienne plus «accessible», i.e. qu’on y traite prioritairement des «affaires syndicales», et surtout qu’on en écarte, ou à tout le moins qu’on les dissimule, les prises de position «trop radicales» (soutien à la guerre populaire au Pérou, critique du PQ et du nationalisme, rejet de la collaboration de classes et de «l’esprit d’entreprise», etc.).

Ces camarades ayant choisi d’eux-mêmes de quitter les rangs de notre organisation, on peut maintenant voir le résultat de leur ligne dans les pages du journal qu’ils publient et qu’ils ont appelé La nouvelle forge. À travers les multiples articles qu’on y trouve sur les luttes et les revendications syndicales (qui sont malheureusement parfois si peu nombreuses que les auteurs de La nouvelle forge doivent les inventer !), on cherche en vain le fil conducteur, le point d’ancrage qui seul peut donner un sens au travail patient et quotidien de celles et ceux qui veulent construire le camp de la révolution : à savoir la défense et la promotion de l’idéologie prolétarienne, qui n’est autre chose aujourd’hui que le marxisme-léninisme-maoïsme – une science qui concentre les 150 ans d’expérience du mouvement communiste international.

Après avoir effacé un à un les éléments qui démarquent les révolutionnaires des réformistes, La nouvelle forge est devenu un journal dépassé, y compris même dans les milieux qu’il dit vouloir prioriser, comme on l’a si bien vu l’automne dernier alors qu’il a fait campagne contre le boycott du sommet économique organisé par le PQ (un mot d’ordre qui était défendu par les secteurs les plus combatifs des mouvements ouvrier et populaire et que nous avons évidemment fait nôtre). Rien de surprenant, donc, si la perspective politique numéro un qui se dégage maintenant des pages de La nouvelle forge ne soit rien d’autre que cette vieille idée désastreuse voulant qu’il faille refaire «l’unité de la gauche» avec des forces bêtement réformistes comme le PDS de Paul Rose et des trotskistes, ou encore avec le vieux Parti communiste canadien révisionniste, aujourd’hui en déroute. La prochaine étape logique pour La nouvelle forge, ce sera l’appui ouvert à un parti bourgeois comme le RCM sur la scène municipale montréalaise : ce ne serait d’ailleurs là qu’un simple retour à la case départ, sachant que le défunt groupe Libération, dont proviennent ses dirigeants, défendait déjà cette position il y a de cela 11 ans.

Contre cette dérive ouvriériste et économiste, le cinquième congrès du groupe Action socialiste, tenu à l’été 94, a plutôt choisir de raffermir ses grandes orientations politiques et idéologiques. Une importante résolution sur le maoïsme y fut en outre adoptée (elle a été publiée dans le numéro de novembre 1994 de Socialisme Maintenant!). Puis, sur la question de la classe ouvrière, plutôt que de nous attacher au chariot des débats et des priorités fixés par la bureaucratie syndicale, nous avons amorcé une réflexion qui nous apparaît plus sérieuse, et surtout beaucoup plus porteuse en terme de perspectives révolutionnaires, sur l’exploitation de la classe ouvrière dans un pays impérialiste comme le Canada, sur les principes qui guident l’intervention des communistes au sein de la classe, et aussi sur le rôle de la violence dans le processus révolutionnaire (un texte, intitulé «Perspectives pour le prolétariat canadien», a alors été rendu public par Action socialiste).

Parmi les conclusions que nous avons adoptées, rappelons celles-ci :

  • «Nous sommes à une étape qui précède la création du parti. Nous cherchons à former une avant-garde prolétarienne, un premier noyau communiste. Pour y parvenir, nous devons gagner au communisme les éléments les plus avancés, principalement par l’éducation communiste, en menant une agitation et une propagande communistes sur une échelle aussi vaste que possible.»

  • «Depuis Lénine, il a été clairement établi que la conscience politique, l’attitude politique, l’élan spontané vers le socialisme et la contestation active de l’oppression sont les facteurs premiers qui distinguent les ouvriers-ères et les militants-es d’avant-garde.»

  • «Nous nous reconnaissons dans l’orientation qui vise à gagner une véritable adhésion de la majorité de la classe ouvrière, en allant d’abord vers les couches les plus nombreuses dans le prolétariat, qui sont aussi les couches les plus exploitées et les moins privilégiées, ces couches dont l’action seule peut renverser la direction actuelle de la minorité embourgeoisée sur toute la classe.»

Voilà les principes sur lesquels nous nous appuyons désormais et qui justifient aujourd’hui la transformation de notre presse.

Le Drapeau rouge/The Red Flag paraîtra à tous les mois et présentera des articles en français, en anglais et éventuellement en langue espagnole. Le journal sera diffusé gratuitement et largement dans les usines et les quartiers ouvriers, dans le plus grand nombre possible de villes à travers le Canada, et présentera le point de vue du groupe Action socialiste sur toutes les grandes questions politiques, nationales et internationales.

La revue Socialisme Maintenant!, quant à elle, présentera, au rythme de quatre parutions par année (pour le moment), des articles et des documents plus élaborés pouvant servir à l’éducation et au débat parmi les éléments les plus avancés au sein du prolétariat. Elle se voudra en outre un outil aux mains de ceux et celles qui veulent réellement avancer sur la voie de la révolution au Canada et qui veulent en particulier voir progresser le débat sur les formes et les moyens du combat révolutionnaire dans les pays impérialistes. Une place importante sera bien sûr accordée à la reconstruction du mouvement communiste international, et partant à la critique des déviations opportunistes et révisionnistes qu’on y retrouve encore.

Déjà, ce premier numéro contient certains textes que nous croyons susceptibles d’aider à une meilleure compréhension de l’idéologie prolétarienne : sur l’expérience chinoise (pages 16-30), et aussi sur deux pays, le Pérou et les Philippines, où se déroulent actuellement d’importantes luttes révolutionnaires largement inspirées par le maoïsme (pages 31-43).

Camarades lectrices et lecteurs,

Nous souhaitons vivement que vous vous regroupiez pour étudier et débattre le contenu de cette revue. Lisez, diffusez, soutenez et critiquez Socialisme Maintenant! Mais aussi, joignez-vous aux équipes de diffusion du Drapeau rouge ; aidez-nous à disséminer le marxisme-léninisme-maoïsme au sein de la classe ouvrière et à organiser des noyaux communistes dans les usines et les quartiers ouvriers, et qui formeront l’ossature du nouveau Parti communiste du Canada !

– Le Comité central du groupe Action socialiste
Le 1er mai 1997
e p D T F s