Socialisme Maintenant №1
ÉDITORIAL

Pourquoi le commando du MRTA a-t-il été liquidé ?

Quand il y a lutte il y a sacrifice : la mort est chose fréquente. Comme nous avons à cœur les intérêts du peuple, les souffrances de la grande majorité du peuple, mourir pour lui, c’est donner à notre mort toute sa signification. Néanmoins, nous devons réduire au minimum les sacrifices inutiles.
– Mao Zedong

Le 22 avril, le despote péruvien Fujimori a fait investir la résidence de l’ambassadeur du Japon à Lima par 150 de ses soldats fortement armés pour y liquider en l’espace d’une quarantaine de minutes les 14 membres du commando du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA).

C’est de cette manière que Fujimori a choisi de mettre un terme à la longue prise d’otages qui durait à ce moment-là depuis 126 jours. Alors qu’il parlait aux uns, ostentatoirement vêtu des habits du Président-négociateur, serrant à la ronde tant de mains de diplomates, de chefs d’État, et d’émissaires nombreux qui s’essayaient à fabriquer une issue négociée à cette crise, il parlait aussi aux autres, plus discrètement, et leur ordonnait de creuser un tunnel, d’armer leurs lance-roquettes et de préparer l’assaut. Fujimori portait alors les habits du chef de phalange, du fasciste meurtrier, qui sont les seuls vêtements qui lui sied.

Cet épisode final a montré que les fascistes du style à Fujimori sévissent aussi au sein même des classes dominantes, qu’ils pratiquent leurs méthodes criminelles sur leurs adversaires immédiats, à l’intérieur des organes corrompus de l’État et au milieu des différentes cliques qui se disputent les morceaux du pouvoir réactionnaire.

L’opération du MRTA ne posait pas un défi de nature révolutionnaire au régime de Fujimori, cela a été clairement démontré. Elle ne pouvait avoir un véritable débouché politique non plus, sauf celui d’aider à l’amalgame d’un «bloc pourri» voué à la contestation du pouvoir de Fujimori et de sa clique par le renforcement des secteurs de la classe dirigeante qui travaillent déjà à prendre sa relève.

En ce sens, le commando de Cerpa Cartolini aurait pu faire durer la réclusion des otages encore deux, quatre, six mois, peut-être plus même, le temps que l’amalgame prenne. Il était nourri et ravitaillé par la Croix rouge et demeurait sous le regard constant de la diplomatie et des médias internationaux. Ce n’était pas à proprement parler une action de guérilla qu’a menée le MRTA, mais plutôt un coup de force politique, qui a mal tourné.

Mais pourquoi le commando a-t-il été liquidé ? Fujimori n’allait pas, cela tombait sous le sens, se «tirer dans le pied» en adoptant une ligne conciliatrice qui n’aurait pu que renforcer ses opposants, au moment même où son régime est mis à mal à tous points de vue.

Mais encore ? Tout le régime de Fujimori repose sur le mensonge. À commencer par sa lutte contre le Parti communiste du Pérou et contre la guerre populaire. Il ne pouvait acquiescer à la revendication de libération des prisonniers politiques du MRTA formulée par Nestor Cerpa.

Fujimori ne laissera jamais personne sortir de ses sinistres prisons où la torture, les meurtres et les viols tiennent lieux de régime carcéral, de peur que la vérité sorte à travers le monde entier. La vérité sur le sort des 10 000 prisonniers politiques. Sur le sort des héroïques prisonniers-es du guerre du PCP. Et sur le sort d’Abimael Guzmán, le président Gonzalo.

Fujimori traîne un boulet à sa cheville. C’est le mensonge de sa «victoire» contre le Sentier lumineux et contre le soi-disant terrorisme. Il est attaché à ce boulet pour le reste de ses jours. Il faut qu’il continue à verrouiller les prisons, à verrouiller les esprits, à verrouiller la vérité. Il doit rester le champion, l’homme fort, l’être providentiel qui sait mieux que quiconque comment on écrase l’ennemi.

Mais quand tout le monde saura ce que beaucoup de monde commence à savoir, à l’effet que Fujimori, fasciste et fanfaron a voulu se faire plus grand, plus déterminé, plus fort que la guerre populaire elle-même, et qu’il a échoué, alors il sera balayé en bas des marches du Palais présidentiel, et traînera en loques dans les rues de Lima, son boulet à la cheville, répétant sans cesse «je suis celui qui a vaincu le Sentier lumineux !»

Mais pourquoi est-ce le commando du MRTA qui a été liquidé ? Parce que le MRTA a eu tort sur toute la ligne. Il avait tort d’usurper certaines formes du combat révolutionnaire, pour les faire servir à des fins contre-révolutionnaires, entraînant ainsi dans l’erreur des ouvriers, des paysans et des jeunes. Oui des jeunes, qui auraient pu autrement servir beaucoup mieux la révolution, et peut-être plus longtemps. Le MRTA avait tort de se moquer des enseignements de la guerre populaire, de jouer ainsi le tout ou rien, comme s’il s’agissait d’un coup de dés. Il avait tort de sacrifier ses propres forces dans une opération sans lendemain. Il avait tort d’entretenir la confusion sur la société péruvienne actuelle, sur l’État et sur les tâches de la révolution. Il avait tort de s’opposer dans les faits à la guerre populaire, alors que celle-ci aurait pu lui enseigner qu’on ne se jette pas les yeux fermés dans la gueule du loup.

Il faut à partir de maintenant, souhaiter, et même exiger, que nulle part dans le monde personne ne reprenne plus l’antienne mensongère des «accords de paix» au Pérou. La liquidation du commando du MRTA est une nouvelle preuve, par l’absurde cette fois, que cette fiction des accords de paix était un crime contre la vérité.

Pour lutter contre la confusion et les mensonges, nous appelons tous les partisans et toutes les partisanes de la guerre populaire au Pérou à marquer avec éclat la Journée de l’héroïsme le 19 juin prochain qui souligne chaque année les massacres commis par l’armée et l’État péruvien contre les prisonniers et prisonnières de guerre : en 1992, 100 de ces résistants et résistantes héroïques, dont Janet Talavera, éditrice du journal El Diario, sont tombés-es sous les balles des soldats fascistes de Fujimori, après un combat courageux, dans la prison de Canto Grande. Six ans plus tôt, en juin 1986, un autre génocide était perpétré par l’État péruvien dirigé alors par Garcia Perez : 300 prisonniers et prisonnières politiques étaient lâchement assassinés-es dans les prisons de El Fronton, Lurigancho et Callao.

«Les réactionnaires tentent de freiner la révolution en perpétrant des massacres contre les masses. Ils croient qu’en commettant plus de meurtres, ils affaiblissent la révolution. Mais face à ce souhait bien subjectif, les faits démontrent au contraire que plus les réactionnaires doivent assassiner les masses, plus ils approchent de leur fin. C’est une loi inévitable.»


– Mao Zedong

À bas la dictature fasciste de Fujimori !
Vive la guerre populaire !
Vive le Parti communiste du Pérou !

e p D T F s