Le texte que nous publions dans les pages qui suivent présente et analyse certains points de vue qui ont circulé aux lendemains de la mort de Mao Zedong, après que ses quatre plus proches camarades eurent été exclus du Parti communiste chinois et qu’ils eurent été mis en état d’arrestation, et tente d’en tirer les leçons. En l’écrivant, son auteur visait à répondre à certains individus et organisations qui se disent toujours «marxistes-léninistes» et qui prétendent encore aujourd’hui que la nouvelle direction qui a succédé à Mao en 1976 était justifiée de mener la lutte contre ceux qu’on a qualifié de «bande des Quatre».

Même si certains penseront qu’il s’agit là de «vieilles histoires» qu’il vaudrait mieux ne plus ressasser, nous pensons quant à nous que les questions soulevées dans cet article sont de toute première importance dans la lutte pour reconstruire le mouvement communiste international. La Grande révolution culturelle prolétarienne qui a eu lieu en Chine de 1966 à 1976 constitue à nos yeux l’expérience de lutte pour le socialisme la plus avancée dans l’histoire du mouvement ouvrier révolutionnaire. Nous devons nous approprier de manière encore plus solide les acquis politiques et théoriques que ce formidable mouvement de masse nous a légués. Tout comme il nous faut analyser plus à fond les causes de son échec et du triomphe des partisans du capitalisme après la mort de Mao.

L’auteur de cet article, Jay Miles, est un ancien militant du Revolutionary Communist Party des États-Unis. Il fait maintenant partie du Peru Support Committee à Detroit, un comité avec lequel le groupe Action socialiste travaille dans le cadre de la Commission de mobilisation mondiale en appui à la révolution péruvienne. L’article a d’abord circulé en «tranches» dans le cadre d’un débat qui a eu lieu sur Internet. Il a été traduit de l’anglais et légèrement abrégé par nos soins, avec le consentement de l’auteur.

Dans un deuxième temps, et pour compléter ce dossier sur la Chine, nous publions un autre texte d’une grande qualité rédigé par un des Quatre en 1975, intitulé «De la dictature intégrale sur la bourgeoisie», et qui reste aujourd’hui malheureusement trop difficile à trouver. On pourra y voir quel type de débats la gauche prolétarienne a tenté de faire avancer à travers la révolution culturelle.

– Socialisme Maintenant!

Opportunisme de droite et opportunisme «de gauche»

Le prolétariat révolutionnaire doit combattre deux types de lignes erronées : la ligne opportuniste de droite, révisionniste, des partisans de la voie capitaliste ; et la ligne opportuniste «de gauche». Les deux affichent des caractéristiques distinctes et jouent un rôle différent selon l’époque. Mais elles demeurent fondamentalement toutes deux contre-révolutionnaires et opposées à la ligne révolutionnaire prolétarienne.

Sur la question de la poursuite de la révolution vers le communisme, la ligne révolutionnaire est bien résumée dans cette thèse marxiste qui intègre la théorie de la révolution ininterrompue avec celle de son développement par étapes :

«Nous, en partisans de la théorie marxiste de la révolution continue, nous estimons que les choses et les phénomènes évoluent sans discontinuer ; il ne peut y avoir – et il n’est pas permis qu’il y ait – une muraille entre le socialisme et le communisme : nous avons à poursuivre la révolution sous la dictature du prolétariat sans jamais nous arrêter en route. En même temps, en partisans de la théorie marxiste du développement de la révolution par étapes, nous considérons que les différents stades du développement représentent autant de changements qualitatifs des choses. Il ne faut donc pas confondre des moments de nature différentes, ni brûler une étape du développement historique – en cherchant à y entreprendre ce qui n’est pas encore réalisable dans le moment.»

(«Marx, Engels et Lénine sur la dictature du prolétariat», in Pékin Information n° 51, 22 décembre 1975, p. 16)

Règle générale, l’opportunisme de droite se caractérise par la négation de tout changement révolutionnaire, qu’il tente d’ailleurs de renverser ; l’opportunisme «de gauche», quant à lui, nie le développement par étapes de la révolution et veut tout réaliser d’un même coup. Finalement, cela fait en sorte qu’on n’atteint pas les objectifs fixés et que l’énergie révolutionnaire est canalisée dans une mauvaise direction. Objectivement, l’opportunisme «de gauche» fait le jeu de l’opportunisme de droite, en ce qu’il amenuise la force du prolétariat et qu’il le démoralise.

L’opportunisme «de gauche» est foncièrement petit-bourgeois et s’oppose à la politique prolétarienne. S’il doit être combattu en toutes circonstances, il acquiert néanmoins un caractère beaucoup plus dangereux à certaines étapes précises du processus révolutionnaire. Dans les années 30, la ligne dogmatique «de gauche» de Li Li-san prévalait au sein de l’Armée rouge. Li Li-san voulait que l’armée populaire abandonne ses bases d’appui à la campagne et qu’elle se concentre dans les villes pour y mener des attaques frontales contre l’ennemi. Une bonne partie des forces de l’Armée rouge ont été anéanties, avant que cette ligne ne soit finalement défaite. Ce fut là une des trois grandes erreurs «de gauche» à avoir été commises au sein du Parti communiste chinois (PCC) pendant la période pré-révolutionnaire, et qui ont entraîné d’importantes pertes.

Plus récemment, des tendances faussement «de gauche» sont aussi apparues pendant la Révolution culturelle. Ces soi-disant «gauchistes» défendaient des points de vue comme :

1)l’exigence de l’égalité salariale à tous les niveaux (un objectif irréaliste qui avait en outre pour conséquence de détourner la lutte pour l’abolition du salariat) ;

2)l’abolition de tous les règlements dans les usines (plutôt que des seuls règlements qui perpétuaient ou renforçaient le droit bourgeois) ;

3)la promotion de l’ultra-démocratisme (ce qui voulait dire de laisser une plus grande marge de manœuvre à la bourgeoisie) ;

4)l’idée qu’il fallait «tout critiquer et tout renverser» ;

5)la nécessité de former un nouveau parti «marxiste-léniniste» ; et

6)la cessation de toutes relations avec l’étranger.

Cette fausse «gauche» s’est en outre avérée extrêmement sectaire, divisant les ouvriers et les étudiants entre groupes opposés. Elle appelait à utiliser la violence dans des cas où cela n’était pas nécessaire. En fin de compte, elle a joué un rôle contre-révolutionnaire. Cette «gauche» s’est attaquée aux gens plutôt qu’aux idées qu’ils défendaient, vidant ainsi la lutte de tout contenu politique. Sa principale erreur fut d’en appeler continuellement à la critique et à la lutte, sans voir le lien entre l’unité et la transformation pour consolider les acquis de la Révolution culturelle. Étant donné son apparence «révolutionnaire», le courant «gauchiste» a rallié bon nombre d’ouvriers et d’étudiants.

Après que les révisionnistes eurent essuyés une première défaite – bien que malheureusement non définitive – en 1967, le «gauchisme» s’est donc avéré le principal danger pour la poursuite de la révolution. Dès le mois d’août, bon nombre des éléments «gauchistes» ont été exclus du Groupe de la révolution culturelle, qui avait été formé pour la diriger. Une grande campagne politique a été lancée pour consolider les gains obtenus jusque là, rééduquer les ouvriers et les étudiants trompés par la ligne «de gauche», faciliter leur transformation et unifier le parti. Cette campagne a été dirigée d’abord et avant tout par Chou En-laï, avec l’aide de ceux qui allaient éventuellement être connus sous le sobriquet de «bande des Quatre» (Kiang Tsing, Tchang Tchouen-kiao, Yao Wen-yuan et Wang Hong-wen), ainsi que d’autres dirigeants impliqués dans la lutte (voir les comptes-rendus de la Révolution culturelle à Changhaï, notamment ceux de Jean Daubier, Joan Robinson et Victor Nee).

Mais alors qu’il était absolument nécessaire de mener la lutte sur les deux fronts, à la fois contre la fausse «gauche» et aussi contre la droite, les partisans de la voie capitaliste au sein du parti ne se sont en fait attaqués qu’à la gauche prolétarienne, qu’ils ont affublée de l’étiquette «ultra-gauche». En 1966, le président Mao et le Comité central du parti ont émis la fameuse «circulaire du 16 mai» qui répondait à un rapport publié par Peng Cheng protégeant la droite et attaquant la gauche :

«Poussés par des desseins inavouables, les auteurs du plan ont intentionnellement semé la confusion, estompé la ligne de démarcation entre les classes, détourné l’attention de l’objectif de la lutte et exigé que soit mené un “mouvement de rectification” contre les “éléments de la gauche”. En s’empressant de sortir de ce plan, ils ont pour but essentiel d’attaquer la gauche prolétarienne. Ils se sont attachés à recueillir des matériaux concernant la gauche, ont recherché toutes sortes de prétextes pour l’attaquer et tenté d’intensifier leurs attaques contre elle par le moyen d’un “mouvement de rectification”, dans l’espoir insensé de désagréger ses rangs. Ils ont catégoriquement résisté à la politique clairement formulée par le président Mao : protéger et soutenir la gauche, accorder toute l’importance voulue à sa formation et à son développement. […] Ils nourrissent une haine profonde pour le prolétariat, mais sont pleins d’affection pour la bourgeoisie.

«Au moment où le prolétariat vient d’engager sur le front idéologique une nouvelle lutte acharnée contre les représentants de la bourgeoisie […], le plan souligne à maintes reprises que la lutte doit être “dirigée”, qu’elle doit être menée avec “circonspection” et “prudence”, et avec l'”approbation des organismes dirigeants concernés”. Tout cela vise à imposer à la gauche prolétarienne un tas de restrictions et de conventions routinières, à lui lier pieds et poings et à dresser toutes sortes d’obstacles à la révolution culturelle prolétarienne. Bref, c’est se hâter d’y mettre un frein en vue de déclencher un retour offensif. […] Le plan ouvre une voie qui va à l’encontre de la pensée de Mao Zedong, c’est-à-dire la voie du révisionnisme moderne, celle de la restauration de la bourgeoisie. Il est le reflet de l’idéologie bourgeoise au sein du parti, il est on ne peut plus révisionniste.»

(«Circulaire du Comité central du Parti communiste chinois, 16 mai 1996», in Daubier, Jean, Histoire de la révolution culturelle prolétarienne en Chine, tome II, Petite collection Maspero, 1974, pp. 131-133)

La «bande des Quatre» : gauchistes ou ultra-droitiers ?

À prime abord, les critiques qui ont été faites à l’endroit de la «bande des Quatre», suivant sa destitution, ont ciblé ses prétendues «erreurs de droite» :

«Les membres de cette bande sont des ultra-droitiers, ils sont à cent pour cent des responsables engagés dans la voie capitaliste, de fieffés contre-révolutionnaires. Voilà bien des éléments de “la gauche”, voilà bien des “radicaux” ! Leur ligne est on ne peut plus un ligne de droite ! L’ignoble passé de Tchang Tchouen-kiao, de Kiang Tsing et de Yao Wen-yuan montre qu’ils avaient déjà eu d’innombrables liens avec les réactionnaires du Kuomintang de Tchiang Kaï-chek. […] Quant à Wang Hong-wen, c’est un représentant typique de la nouvelle bourgeoisie. Cette bande des Quatre est simplement une bande sinistre composée de contre-révolutionnaires ancienne et nouvelle manière. La base sociale sur laquelle s’appuie cette bande contre-révolutionnaire, ce sont les propriétaires fonciers, les paysans riches, les contre-révolutionnaires et les mauvais éléments, ainsi que l’ancienne et la nouvelle bourgeoisie.»

(Houa Kouo-feng, «Discours à la 2e conférence nationale pour s’inspirer de Tatchai dans l’agriculture», in Pékin Information n° 1, 3 janvier 1977, p. 35)

Mais il était tout à fait erroné de caractériser ainsi la ligne des Quatre. Il n’y a qu’à voir le contenu de la campagne éventuellement menée contre eux par les Houa Kouo-feng et Teng Siao-ping pour constater qu’il n’y a jamais eu là aucune critique sérieuse d’une quelconque tendance capitaliste de la part des Quatre.

Houa et Teng n’ont jamais attaqué la «bande des Quatre» pour avoir mis les profits ou la production au poste de commande. Ils ne les ont pas critiqués pour avoir mis de l’avant la «théorie des forces productives», ni pour avoir voulu faire des stimulants matériels la force motrice du développement de la production ; pas plus, du reste, que pour avoir promu le rôle des experts à la direction des usines. Ils ne les ont pas attaqués pour avoir été serviles face à la technologie venue de l’étranger, ni pour avoir voulu consolider les rapports de production capitalistes dans l’agriculture et l’industrie ; ni encore pour avoir voulu élargir les écarts entre travail manuel et travail intellectuel, entre ouvriers et paysans, entre ville et campagne. Les Quatre n’ont jamais été accusés par ceux qui les ont stigmatisés d’avoir sous-estimé la lutte des classes ni de s’être opposés à la poursuite de la révolution. En réalité, les attaques qui ont été portées contre la ligne des Quatre l’ont toutes été, sauf exception rarissime, contre leurs tendances «gauchistes».

Voici, grosso modo, de quoi les Quatre ont effectivement été accusés :

1)d’avoir voulu «tout renverser» et d’avoir encouragé occasionnellement la violence (voir en particulier l’article sur Chou En-laï et la révolution culturelle publié dans Pékin Information n° 4, 1977) ;

2)de s’être opposés de façon irréaliste à la technologie étrangère (Pékin Information n° 4, 1977) ;

3)de s’être opposés aux cadres «vétérans» et d’avoir tenté de promouvoir un trop grand nombre de jeunes aux postes de direction (Pékin Information n° 7, 1977) ;

4)d’avoir mis de l’avant la lutte de manière absolue et d’avoir refusé en conséquence de laisser les cadres fautifs s’amender (Pékin Information n° 4, 1977) ;

5)d’avoir confondu les contradictions au sein du peuple et les contradictions entre le peuple et l’ennemi (Pékin Information n° 5, 1977) ;

6)d’avoir utilisé leur opposition à l’empirisme pour mieux promouvoir leur propre dogmatisme (les actions des Quatre ont été associées à de nombreuses reprises à celles de Wang Ming, représentant de la ligne dogmatiste «de gauche» dans les années 30) (Pékin Information n° 50, 1976) ;

7)d’avoir opposé la révolution à la production, la politique à l’économie, la conscience socialiste à la formation intellectuelle, et l’éducation politique à l’entraînement militaire.

De telles erreurs, si elles s’étaient avérées exactes, auraient certes pu être caractérisées comme étant «de gauche», mais ce ne sont pas des erreurs de droite. De toutes manières, ces accusations se sont avérées non fondées : elles reflétaient seulement la propre nature de droite de ceux qui les ont portées, et qui ont tenté de faire passer l’ensemble des partisans de la ligne révolutionnaire prolétarienne comme étant des «gauchistes».

Bien distinguer le principal danger !

Devant le fait que la campagne contre les Quatre fut principalement constituée d’attaques contre leurs erreurs «de gauche» (et ce, même s’ils furent qualifiés de «partisans de la voie capitaliste» et d’«ultra-droitiers» par leurs détracteurs), certaines personnes ici aux États-Unis ont affirmé que tout cela était sans importance, qu’«ultra-gauche ou ultra-droite, c’est du pareil au même» ! Il s’agit là d’une position fondamentalement erronée, qui ne vise qu’à couvrir le point faible de la critique des Quatre. Les lignes de droite et «de gauche» sont bel et bien distinctes. Elles représentent respectivement le danger principal à des étapes bien différentes du processus révolutionnaire. Le camarade Staline l’avait d’ailleurs bien exprimé en 1925 :

«La cause principale de la crise que traverse le Parti communiste tchèque tient aux difficultés inhérentes au passage entre une période de soulèvement révolutionnaire et une période plus calme. Quel est le caractère de cette crise et d’où le danger provient-il, de la gauche ou de la droite ? […] Si le danger vient certes des deux côtés, les faits nous montrent, toutefois, que le danger principal provient de la droite, et non pas de la gauche.

«Pourquoi la droite représente-t-elle un danger plus sérieux dans la situation présente ? Premièrement, la transition entre une période de soulèvement et une période de repli accroît en elle-même les chances d’une montée de la droite. Alors qu’un soulèvement révolutionnaire peut donner lieu à certaines illusions et faire en sorte que le danger de gauche devienne principal, le reflux entraîne au contraire la montée des illusions réformistes social-démocrates. C’est alors la droite qui devient le danger principal. En 1920, lorsque le mouvement de la classe ouvrière était en montée, Lénine a rédigé la brochure bien connue, La maladie infantile du communisme, le “gauchisme”. Pourquoi Lénine l’a-t-elle écrite ? Tout simplement parce que le danger de gauche était alors le plus sérieux. Mais je pense que si Lénine était encore vivant, il n’écrirait pas de brochure sur un sujet tel “l’opportunisme de droite, un désordre d’une autre époque”, parce qu’en ce moment, dans la période de reflux, et alors que les illusions vers le compromis sont appelées à grandir, c’est le danger de droite qui est le plus important.»

(Joseph Staline, Discours à la Commission tchécoslovaque du Comité exécutif de l’Internationale communiste – notre traduction)

Règle générale, pendant toute la période du socialisme, l’opportunisme de droite, le révisionnisme et les partisans de la voie capitaliste constituent le danger principal. À certains moments bien précis, comme ce fut le cas après que la Révolution culturelle eût temporairement écarté le danger de droite, le «gauchisme» peut devenir le danger principal – mais seulement pour un temps.

Il est extrêmement important pour les marxistes-léninistes de savoir bien définir quel est le danger principal dans une période donnée, car cela détermine l’orientation générale de la lutte. Comme l’a dit Mao :

«Tout en réfutant le dogmatisme, nous devons veiller à réfuter le révisionnisme. Le révisionnisme ou opportunisme de droite est un courant idéologique bourgeois ; il est encore plus dangereux que le dogmatisme. Les révisionnistes ou opportunistes de droite approuvent le marxisme du bout des lèvres et attaquent eux aussi le “dogmatisme”. Mais leurs attaques visent en fait la substance même du marxisme.»

(Mao Zedong, «De la juste solution des contradictions au sein du peuple», in Cinq essais philosophiques, Pékin, Éditions en langues étrangères, 1976, p. 224)

À compter de 1969, après les grands bouleversements qui avaient suivi le déclenchement de la Révolution culturelle, la période de consolidation et de transformation dans laquelle on était entré devait nécessairement renforcer le danger de la conciliation de classes et de l’opportunisme de droite. Conscient de cela, et aussi du fait que la ligne de droite avait déjà réussi à reprendre certains droits au sein du parti, le président Mao a lancé en 1975 une nouvelle campagne pour faire échec au «vent déviationniste de droite», qui visait à renverser les justes conclusions de la Révolution culturelle. Cette campagne a porté certains fruits – Teng Siao-ping a notamment été démis de ses fonctions – ; mais les droitiers ont choisi de résister sur tous les fronts, et ils n’ont fondamentalement pas été défaits.

En outre – et contrairement à ce qu’en ont dit plus tard les droitiers -, cette campagne fut dirigée de manière parfaitement disciplinée ; elle ne fut pas marquée par la violence ni n’a suscité de ce sentiment «antiparti» typique au «gauchisme». La production n’a elle non plus pas été menacée. Au contraire, tout indique qu’elle a même augmenté au cours de cette période. Personne à ce moment-là n’affichait donc les déviations «gauchistes» qu’on avait connues au plus fort de la Révolution culturelle.

En fait, on peut dire que la lutte contre le vent déviationniste de droite est loin d’avoir été trop forte. Au contraire, elle n’a pas été poussée assez loin, comme la suite des événements devait le montrer. Seuls Teng Siao-ping ainsi qu’une poignée de ministres ont été démis de leurs fonctions. Il y a certes eu des luttes de masse dans plusieurs provinces contre des dirigeants du parti ou d’autres cadres locaux, mais il n’y avait là rien de mal ou d’excessif. De telles luttes ne peuvent qu’être saines et nécessaires pour secouer les tendances bureaucratiques. Plusieurs bureaucrates affichaient des tendances révisionnistes à bien des niveaux. Le président Mao et le PCC l’avaient clairement exprimé à la veille du déclenchement de la Révolution culturelle :

«Les représentants de la bourgeoisie qui se sont infiltrés dans le Parti, dans le gouvernement, dans l’armée et dans les différents milieux culturels constituent un ramassis de révisionnistes contre-révolutionnaires. Si l’occasion s’en présentait, ils arracheraient le pouvoir et transformeraient la dictature du prolétariat en dictature de la bourgeoisie. Certains de ces gens-là ont été découverts par nous ; d’autres ne le sont pas encore ; certains autres encore, par exemple les individus du genre Khrouchtchev, bénéficient maintenant de notre confiance, ils sont formés pour être nos successeurs et se trouvent à présent au milieu de nous. Les comités du Parti à tous les échelons doivent prêter une attention suffisante à ce point. […] Il faut […] critiquer les représentants de la bourgeoisie infiltrés dans le Parti, le gouvernement, l’armée et les milieux culturels. Ces gens doivent être écartés, et certains doivent être affectés à d’autres fonctions.»

(«Circulaire du Comité central du Parti communiste chinois, 16 mai 1996», op. cit., pp. 133-134)

Mao avait ajouté, en 1967 :

«J’ai dit, lors d’un rassemblement tenu il y a cinq ans, que la lutte entre le marxisme-léninisme et le révisionnisme n’était pas encore terminée et qu’il était même probable que nous perdions la bataille et que le révisionnisme l’emporte. Je voulais rappeler à tout le monde la possibilité d’une défaite, de sorte à éveiller la vigilance de tous et chacun contre le révisionnisme. […]

«On aura beau destituer 2 000 partisans de la voie capitaliste durant cette Grande révolution culturelle, si on ne transforme pas notre conception du monde, il y en a 4 000 autres qui vont apparaître la prochaine fois. La lutte entre les deux classes, entre les deux lignes, ne peut être résolue avec une, deux, trois ou même quatre révolutions culturelles.»

(Mao Zedong, in Milton, Milton and Shumann, People’s China, Random House, p. 261 – notre traduction)

La lutte contre le vent déviationniste de droite que le président Mao a déclenchée en 1975 était certes légitime. Il était hautement nécessaire de mobiliser les masses populaires et de critiquer la bureaucratie et le révisionnisme à tous les niveaux. Ce n’était pas une mauvaise chose de la faire, loin de là. Seuls les révisionnistes avaient intérêt à s’y opposer. Ceux qui ont été soumis à la critique n’étaient pas tous des contre-révolutionnaires, loin s’en faut. Mais c’est seulement la lutte qui pouvait le déterminer.

On a souvent accusé la «bande des Quatre» d’avoir considéré que 70 pour cent des cadres du parti étaient des «démocrates bourgeois» et des «partisans de la voie capitaliste», et aussi de s’être systématiquement opposée aux vétérans. Mais il s’agit là d’un mensonge éhonté, totalement non fondé. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les documents du parti publiés en 1975-1976, au moment où les Quatre étaient à leur apogée : jamais on n’y trouvera de tels points de vue. La vérité, c’est que la presse chinoise de l’époque a toujours réitéré le fait que plus de 90 pour cent des cadres étaient compétents, et que lorsque des erreurs étaient commises, il fallait viser à «guérir la maladie pour sauver l’homme».

Bien sûr, la presse chinoise de 1975-1976 appelait aussi à lutter de manière résolue contre Teng Siao-ping et la poignée de partisans de la voie capitaliste qui ne s’étaient pas repentis. Mais personne n’a jamais nié le fait que 95 pour cent des cadres du parti étaient fondamentalement bons, tel que Mao l’avait établi. Au bout du compte, il y a certainement bien moins que cinq pour cent des membres du parti – en fait, bien moins qu’un dixième de un pour cent des quelque 30 millions de membres du Parti communiste chinois – qui ont été exclus ou démis de leurs fonctions durant la période de lutte anti-révisionniste en 1975-1976 (en fait, il est vraisemblable que pas un seul d’entre eux n’ait été formellement exclu du parti).

Les changements qui ont été apportés au cours de cette période ne représentaient en fait qu’une petite goutte d’eau par rapport à l’océan des transformations qui se sont produites au début de la Révolution culturelle. Mais pour Houa et consorts, «débusquer les agents de Teng» et «inciter les masses à lutter contre des dirigeants provinciaux du parti, des commandants de l’armée et des camarades dirigeants du parti et du gouvernement», c’était aller beaucoup trop loin, c’était «confondre les contradictions au sein du peuple et les contradictions avec l’ennemi».

Deux grands types de contradictions

Le président Mao a bien défini la façon d’appréhender les contradictions dans la société socialiste :

«Comme les contradictions entre nous et nos ennemis et les contradictions au sein du peuple sont de nature différente, elles doivent être résolues par des méthodes différentes. En somme, il s’agit, pour le premier type de contradictions, d’établir une claire distinction entre nous et nos ennemis, et, pour le second type, entre le vrai et le faux. […]

«L’exercice de la dictature démocratique populaire implique deux méthodes : à l’égard des ennemis, celle de la dictature ; […] par contre, à l’égard du peuple, ce n’est pas la méthode de la contrainte, mais la méthode démocratique qui intervient […].

«Beaucoup ne savent pas distinguer nettement ces deux sortes de contradictions différentes par leur caractère – contradictions entre nous et nos ennemis et contradictions au sein du peuple – et ont tendance à les confondre. […]

«Beaucoup n’osent pas reconnaître ouvertement qu’il existe encore au sein de notre peuple des contradictions, alors que ce sont précisément elles qui font avancer notre société. Beaucoup refusent d’admettre que les contradictions continuent à exister dans la société socialiste, et, lorsqu’ils se trouvent en face de contradictions sociales, ils agissent avec timidité et ne peuvent manifester aucune initiative ; ils ne comprennent pas que c’est dans l’incessant processus consistant à traiter et à résoudre avec justesse les contradictions que se renforceront toujours l’unité et la cohésion de la société socialiste. […]

«L’élimination des contre-révolutionnaires est une lutte qui appartient au domaine des contradictions entre nous et nos ennemis. […] Ceux qui ont des vues droitistes ne font pas de différence entre nous et nos ennemis, ils prennent les ennemis pour nos propres gens. Ils considèrent comme des amis ceux que les larges masses considèrent comme des ennemis. Ceux qui ont des vues gauchistes étendent tellement le champ des contradictions entre nous et nos ennemis qu’ils y font entrer certaines contradictions au sein du peuple ; ils considèrent comme des contre-révolutionnaires des personnes qui en réalité ne le sont pas. Ces deux points de vue sont erronés.»

(Mao Zedong, «De la juste solution des contradictions au sein du peuple», op. cit., pp. 157-183)

Pour bien des gens à l’étranger, il était assez difficile de juger si les accusations à l’effet que la «bande des Quatre» et leurs partisans étaient allés «trop loin» et qu’ils avaient «confondu les deux grands types de contradictions» étaient fondées. Beaucoup s’en sont donc remis aux dénonciations faites par Houa et consorts. Mais il aurait fallu tenir compte du fait qu’une grande partie de ceux qui sont restés à la direction du PCC après la mort de Mao et l’arrestation des révolutionnaires n’avaient jamais joué un rôle de premier plan dans la lutte contre le révisionnisme. En fait, plusieurs d’entre eux avaient même résisté à ce mouvement et avaient été critiqués pendant la Révolution culturelle, réussissant à sauver la mise en promettant de s’amender.

Les notes biographiques sur Houa Kouo-feng publiées par Pékin Information peu après sa nomination montrent bien que celui-ci n’a jamais joué un rôle dirigeant dans les campagnes anti-révisionnistes de masse qui ont été menées lors de la Révolution culturelle. Il n’a jamais été membre d’aucun des organismes centraux qui ont été mis en place pendant cette période. On peut aussi dire la même chose de ses principaux collaborateurs. Alors, comment ces gens auraient-ils pu faire la différence entre une ligne révolutionnaire prolétarienne de gauche authentique et une ligne «gauchiste» ? Il est évident qu’on ne pouvait faire confiance à de telles personnes pour porter un tel jugement.

En fait, les personnes les mieux à même de discerner correctement le «gauchisme» étaient celles qui s’étaient le plus aguerries dans la lutte contre l’opportunisme de droite. Lorsque Mao Zedong et d’autres vétérans révolutionnaires qui avaient été à l’initiative de la Révolution culturelle et qui avaient mobilisé les masses contre le révisionnisme ont critiqué les tendances «ultra-gauche» et même fait expulser des gens comme Wang Li du Groupe de la révolution culturelle, on peut dire qu’ils ne tentaient pas là de promouvoir le révisionnisme. Lorsque Tchang Tchouen-kiao a pris la tête du mouvement de critique contre les factions «ultra-gauche» présentes à Changhaï, les ouvriers pouvaient certes lui faire confiance, car il avait lui-même dirigé le mouvement pour renverser la structure de pouvoir révisionniste à cet endroit. En contrepartie, lorsque des révisionnistes comme Peng Cheng, Liu Chao-chi et Teng Siao-ping, qui s’étaient opposés depuis le début à la lutte des masses, se sont mis à critiquer le «gauchisme» et les «excès» de la lutte, il est évident qu’ils ne visaient en fait qu’à camoufler leur propre révisionnisme.

Teng Siao-ping, on le sait, a finalement été réhabilité. Houa Kouo-feng et ses acolytes ont établi que la contradiction avec lui était de type non antagonique, «au sein du peuple» (si tant est qu’ils considéraient toujours qu’il y avait contradiction). Ce fut là l’aboutissement logique de leur travail, eux qui avaient fait cesser abruptement et totalement la campagne contre Teng et la lutte contre le vent déviationniste de droite, en contradiction d’ailleurs avec la décision unanime du Bureau politique du Comité central du PCC qui avait clairement statué, en avril 1976, que «le cas de Teng Siao-ping» était devenu «une contradiction antagonique».

Ces traîtres ont dès lors considéré que la seule contradiction antagonique qui persistait dans la société chinoise était celle qui les opposait à la «bande des Quatre» et à ses partisans. Pour eux, l’ennemi de classe se trouvait chez ceux qui critiquaient «trop fortement» le révisionnisme.

Pourtant, l’opportunisme de droite, le révisionnisme et les partisans de la voie capitaliste constituaient toujours, à n’en pas douter, le principal danger dans la Chine de 1975-1976. Cette opinion avait été défendue avec tellement de force et d’opiniâtreté par le président Mao que les traîtres au sein du parti n’ont d’ailleurs pu le nier. Voilà pourquoi ils ont publiquement attaqué les Quatre comme étant des «partisans de la voie capitaliste» – même si au fond, leurs critiques visaient leur «gauchisme».

Compte tenu de la situation qui prévalait en Chine, de véritables marxistes-léninistes n’auraient jamais lancé une telle campagne contre les tendances «ultra-gauche», en tout cas pas de la manière dont Houa et Cie l’ont fait. Mais les révisionnistes, de par leur propre nature, sont obligés de combattre la ligne révolutionnaire prolétarienne. Et ils le font généralement de manière vicieuse, en la qualifiant d’«ultra-gauche» : c’est ce qu’ont fait les Khrouchtchev, Brejnev et Teng ; et c’est ce que fait aujourd’hui un Bob Avakian. En analysant les critiques qui ont été portées envers la «bande des Quatre», il apparaît clairement que c’est aussi ce que le gang pourri de Houa Kouo-feng a fait.

Une critique apolitique

Même s’ils se sont ouvertement opposés à la ligne marxiste-léniniste, les révisionnistes, autant en Chine qu’en Union soviétique, n’ont jamais pris la peine de la critiquer sérieusement. Ils n’ont jamais voulu débattre publiquement et de manière honnête des questions théoriques qui étaient en jeu. Leurs attaques contre le marxisme-léninisme ont toujours été faites à la dérobée et elles n’ont jamais été centrées sur les questions politiques. Historiquement, ils ont préféré s’en tenir à des attaques personnelles, même s’ils les ont à l’occasion enrobées d’une phraséologie «communiste».

Ainsi, le «rapport secret» présenté par Khrouchtchev au vingtième congrès du parti soviétique deux ans après la mort de Staline ne contenait aucune analyse théorique sérieuse de la ligne de ce dernier. Si ça avait été le cas, cela aurait eu pour effet de dévoiler le propre caractère anti-populaire de son auteur. Khrouchtchev a traité Staline de «lâche», d’«idiot» et il l’a accusé d’être un «dictateur». Il l’a qualifié «d’Ivan le terrible du vingtième siècle» et a dénoncé sa propension au «culte de la personnalité», sa «soif de pouvoir», ses «méthodes dictatoriales», son «manque de loyauté», sa «dureté» et sa «cruauté». Mais ces attaques ne reposaient sur aucun principe. Il ne s’agissait en fin de compte que de calomnies anti-marxistes, qui ont eu entre autres choses pour effet de présenter la lutte entre les deux lignes comme étant juste une question de conflit de personnalité.

Les attaques menées par les révisionnistes chinois contre la «bande des Quatre» furent du même ordre. On a accusé Kiang Tsing de se comporter comme une «impératrice» ou comme une «reine». On l’a attaquée parce qu’elle aimait supposément se faire photographier (!), parce qu’elle jouait aux cartes, parce qu’elle ne se préoccupait pas de l’état de santé de son mari, parce qu’elle était égoïste, vaniteuse et arrogante, parce qu’elle faisait preuve de favoritisme, parce qu’elle portait des robes, et ainsi de suite (ce type d’accusations a été relayé pendant des mois et des mois jusqu’à la nausée par Pékin Information).

Il est évident que la façon de vivre et le comportement d’un individu reflètent, jusqu’à un certain point, sa ligne politique. Mais il est virtuellement impossible à qui que ce soit, pas même aux centaines de millions de Chinoises et de Chinois (et encore moins aux marxistes-léninistes à l’étranger), de vérifier la véracité des allégations qui ont été faites à l’encontre de Kiang Tsing. Chose certaine, ces critiques apparaissent comme étant tout à fait superficielles. Elles n’avaient en tout cas rien à voir avec une quelconque lutte de masse qui aurait visé à critiquer une ligne politique erronée et à promouvoir ce faisant la lutte pour le communisme.

Pour accepter les arguments de Houa et consorts, il faut tout d’abord acheter l’idée que les Quatre étaient des opportunistes et des carriéristes assoiffés de pouvoir, et que c’est finalement cela qui aurait justifié leur opposition aux tenants de la voie capitaliste. Autrement, il n’y a rien à comprendre dans les accusations qui ont été portées contre eux. De fait, il est impossible pour quiconque de vérifier la justesse de ce qui constitue la base essentielle des attaques contre la «bande des Quatre».

Il en est ainsi de cette accusation absolument fantastique voulant que les Quatre aient été de tout temps des «agents du Kuomintang» (Pékin Information n° 19, 1977, pp. 36-37), avant, pendant et après la victoire de la Révolution chinoise. Cela non plus n’est pas vérifiable. Le président Mao, qui leur était pourtant intime, ne semble lui-même avoir jamais été au courant de tels liens.

Les grandes luttes entre les deux lignes qui traversent l’histoire des différents partis communistes sont par essence de nature politique. Lorsque Mao s’en est pris à la ligne opportuniste «de gauche» de Wang Ming en 1935 et qu’il est devenu le principal dirigeant du PCC, cela ne résultait pas de l’action d’un «opportuniste» ou d’un «carriériste assoiffé de pouvoir». Simplement, Mao représentait la ligne juste au sein du parti, et Wang Ming symbolisait la déviation «de gauche». Les luttes internes au sein d’un parti doivent être analysées de manière politique.

Dans le cas de la «bande des Quatre», il faut analyser quelle ligne politique ces derniers représentaient, et aussi quelle ligne défendaient ceux qui les ont dénoncés. La ligne politique doit être au centre de la critique. Le président Mao l’a bien dit : «Les déclarations doivent être basées sur les faits et la critique doit être centrée sur les questions politiques.» Le fait que les révisionnistes aient détourné cet aspect central de la critique au profit d’attaques personnelles et de rumeurs au sujet de soi-disant «conversations privées» entre Mao et Kiang Tsing révèle leur rejet du marxisme-léninisme et leur propre ligne révisionniste faillie.

Les révisionnistes se démasquent toujours !

Deux documents – l’article «Sur les dix grands rapports» ainsi qu’un discours de Houa Kouo-feng daté du 25 décembre 1976 – ont été principalement mis à l’étude en Chine dans le cadre de la critique des Quatre. Le premier est un discours prononcé par Mao devant le Bureau politique du parti en avril 1956, alors qu’on venait tout juste de compléter la transformation socialiste de l’économie. Il s’agit d’un texte brillant qui souligne les dix grands aspects de la construction du socialisme. Toutefois, il importe de souligner que la lutte des classes en Chine était bien différente en 1956 de ce qu’elle était devenue au milieu des années 70. Par exemple, les communes populaires n’avaient pas encore été établies, tout comme le Grand bond en avant n’avait pas encore été réalisé. Il n’y avait pas encore eu, en 1956, de ces grandes luttes contre les tendances à la restauration capitaliste qu’on a connues par la suite.

Dans cet article, Mao parlait des contre-révolutionnaires comme étant ceux qui pratiquaient des actes de sabotage, tuaient le bétail, brûlaient le grain, démolissaient les usines, faisaient couler de l’information et posaient des affiches réactionnaires. Mais suivant le développement de la construction du socialisme, les formes de la lutte des classes ont changé de manière considérable. À travers le «Mouvement d’éducation socialiste» de 1957, la Grande révolution culturelle et les mouvements de masse pour critiquer Lin Piao et Teng Siao-ping (entre autres choses), il est apparu clairement que la cible principale de la lutte de classe prolétarienne était bel et bien «les membres du parti engagés dans la voie capitaliste».

Mao, on le sait, s’est penché longuement sur les problèmes reliés à la construction du socialisme et aux tâches du prolétariat dans la poursuite de la révolution. La campagne lancée par Houa et consorts pour étudier de manière isolée le seul et unique discours de Mao de 1956 confirmait leur intention de faire l’impasse sur les gigantesques pas en avant que la Révolution chinoise a réalisés dans les vingt années qui se sont écoulées de 1956 à 1976, en particulier avec la Révolution culturelle.

Quant au discours de Houa, il tient clairement de la période post-Mao. On n’y apprend rien sur la nature de la lutte qui venait tout juste de se dérouler à la direction du parti, sinon que la «bande des Quatre» était une «clique ultra-droitière et antiparti» et que c’est pour cette raison qu’on avait purgé ses partisans.

Comme on l’a vu, même si la «bande des Quatre» a été accusée d’être de droite, l’essentiel des attaques qui ont été portées contre elle ne visait nullement une tendance capitaliste de sa part ni une quelconque déviation droitière. Cela, pour la simple et bonne raison que Yao Wen-yuan, Kiang Tsing, Tchang Tchouen-kiao et Wang Hong-wen n’ont jamais mis de l’avant une ligne révisionniste de droite et ne se sont jamais cramponnés à la voie capitaliste. Les Quatre n’ont jamais, au grand jamais, défendu le retour au passé, tout comme ils n’ont jamais tenté de consolider les rapports capitalistes dans l’industrie et l’agriculture. Bien au contraire, ils étaient à l’avant-garde parmi ceux et celles qui ont dirigé la Révolution culturelle. Les Quatre ont constamment mobilisé les masses afin qu’elles participent à la lutte révolutionnaire et à la critique du vent déviationniste de droite.

Houa Kouo-feng et les autres dirigeants qui gravitaient autour de lui se sont finalement avérés n’être quant à eux qu’une sale bande de révisionnistes. Quand bien même ils auraient été en position de le faire, ils n’auraient jamais lancé quelque campagne que ce soit pour critiquer le révisionnisme – et ils ne l’ont effectivement jamais fait -, parce cela se serait retourné contre eux.

Dès lors que les révisionnistes ont pris le pouvoir en Chine, il n’y a plus jamais eu aucune campagne contre les tendances capitalistes, qui se sont d’ailleurs manifestées de plus en plus ouvertement : pour mettre le profit et la production au poste de commande ; pour promouvoir la «théorie des forces productives», les stimulants matériels, la dépendance envers les spécialistes et la technologie de l’étranger, les règlements irrationnels ; pour accroître les divisions entre ville et campagne, et entre travail manuel et intellectuel ; pour rétablir les examens de sélection qui excluent les fils et filles d’ouvriers et de paysans des écoles supérieures ; pour que l’école forme une «nouvelle élite» ; pour encourager la «professionnalisation» de l’armée ; et tutti quanti.

Les seules campagnes que les révisionnistes ont menées l’ont été contre la gauche. Ce qui prouve qu’ils représentaient eux-mêmes la bourgeoisie et défendaient la voie capitaliste.

Jay Miles
(Collaboration spéciale)
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