Socialisme Maintenant №1
NOUVEAU DOCUMENT DU PARTI COMMUNISTE DES PHILIPPINES

Adresse aux combattants de la Nouvelle armée populaire : Intensifions la lutte de guérilla au maximum de nos capacités !

Le texte qui suit est tiré d’un document publié par le Parti communiste des Philippines à l’occasion du 28e anniversaire de la création de la Nouvelle armée populaire (NAP), le 29 mars 1969. Dans les extraits que nous publions ici, le Parti expose entre autres la nécessité d’intensifier les offensives tactiques dans le cadre de l’étape actuelle de défensive stratégique de la guerre populaire. La traduction française a été adaptée par Socialisme Maintenant! à partir de la version intégrale publiée en anglais par le PCPh.

À l’occasion du 28e anniversaire de la création de la Nouvelle armée populaire (NAP), nous saluons les dirigeants et combattants rouges qui continuent le combat révolutionnaire contre l’ennemi et pour la victoire du mouvement de rectification. C’est par le fruit d’un long travail, fait de luttes et de sacrifices, que la NAP s’est mise au service des masses et a tissé avec elles des liens de plus en plus étroits.

La Nouvelle armée populaire constitue la plus importante force politico-militaire sous la direction absolue du Parti communiste des Philippines et sa principale organisation, agissant tout autant dans des domaines comme la culture, que dans la production.

Elle traduit l’appel du Parti à élever la révolution armée vers un nouveau stade supérieur, en intensifiant la lutte de guérilla sur une plus large échelle. Cela est possible, aujourd’hui comme jamais auparavant, grâce à l’approfondissement et au développement du travail de masse réalisés par la NAP.

Le mouvement de rectification lancé en 1992, a maintenant cinq ans. La lutte entre les deux lignes, qui a opposé la ligne prolétarienne aux forces opportunistes et contre-révolutionnaires, a permis d’éliminer les renégats et les incorrigibles, renforçant du même coup le camp de la révolution.

À l’échelle du pays, les bases d’appui se sont étendues et consolidées. Cette situation contraste avec celle, désastreuse, qui a prévalu au cours de la période 1988-1991, alors que les erreurs opportunistes de gauche sont devenues manifestes et que les opportunistes de droite ont cherché à tirer profit de cette situation pour liquider le parti, son armée et la révolution.

Cette avancée générale s’est accomplie malgré les tentatives d’une poignée de renégats contre-révolutionnaires, visant à enrayer le mouvement de rectification, entre 1992 et 1994. Même si la progression de la révolution n’est pas nécessairement égale à travers le pays, cela s’explique par des facteurs subjectifs et certaines conditions objectives qui peuvent varier d’une région à l’autre et d’un front de guérilla à l’autre. Quelqu’en soit le niveau, l’intensification de la lutte de guérilla doit tenir compte des capacités des forces locales et des situations particulières qui prévalent d’une région à l’autre.

Mener la guerre populaire est une nécessité absolue pour accomplir la révolution de démocratie nouvelle. La lutte armée constitue la forme principale de la lutte révolutionnaire. Elle permet d’accomplir la tâche centrale de la révolution, qui est la prise du pouvoir politique. Cela est possible grâce à la ligne stratégique de l’encerclement des villes par les campagnes, et à l’accumulation maximum des forces par des offensives tactiques, pouvant mener à la prise du pouvoir à l’échelle du pays. Cette stratégie permet au Parti et à l’armée populaire de construire le pouvoir politique rouge dans les campagnes, même quand les forces contre-révolutionnaires de l’État ne sont pas complètement vaincues et sont retranchées dans les villes.

Dès sa création le 29 mars 1969, la Nouvelle armée populaire était en mesure d’opérer un travail de masse et de lancer des offensives tactiques dans un rayon limité au second district de Tarlac. Aujourd’hui, alors que les forces générales du mouvement révolutionnaire sont beaucoup plus importantes qu’en 1969 ou qu’en 1992, toutes les raisons justifient une intensification de la lutte de guérilla. Comme auparavant, c’est seulement avec des victoires dans les offensives tactiques, réalisées à l’étape de la défensive stratégique, qu’on peut avancer avec succès vers la révolution.

Après la guerre froide et les succès impérialistes, teintés par la trahison révisionniste et le néocolonialisme, la guerre populaire aux Philippines jette un éclairage nouveau sur l’époque actuelle. Elle s’inscrit dans la période de transition vers la relance des luttes anti-impérialistes et de la lutte pour le socialisme.

Oui, nous sommes encore à l’époque de l’impérialisme et de la révolution prolétarienne. Le nouveau «désordre mondial» perpétré par l’impérialisme, jette du même coup les bases de la révolution sociale, à une échelle sans précédent.

Les tâches révolutionnaires de la Nouvelle armée populaire

La destruction du système semi-féodal et semi-colonial aux Philippines constitue la tâche centrale de la révolution de démocratie nouvelle. La nouvelle armée populaire est l’instrument principal du peuple philippin et du Parti communiste des Philippines pour arriver à prendre le pouvoir politique. La ligne stratégique de la guerre populaire prolongée, permet aux forces révolutionnaires au sein du peuple, de construire le pouvoir politique dans les campagnes, tout en maintenant et développant leur influence à l’échelle du pays. Cette opération peut se réaliser avant même la prise réelle du pouvoir à l’échelle du pays, et même si les forces réactionnaires réussissent à se maintenir dans les villes. Depuis 1969, deux pouvoirs politiques s’affrontent aux Philippines. Dans les régions rurales, le pouvoir politique rouge domine, alors que le pouvoir blanc continue de s’imposer ailleurs.

Mettons de l’avant la direction absolue du Parti communiste des Philippines

Pour accomplir sa mission historique, c’est-à-dire la construction du socialisme, le prolétariat a besoin d’être dirigé par son détachement le plus avancé, le parti communiste. Sans un tel parti, le peuple opprimé et le prolétariat ne pourront lutter de façon unitaire vers l’objectif de la révolution socialiste. À l’étape actuelle, le parti met de l’avant la ligne générale de la révolution de démocratie nouvelle, et l’objectif de la révolution socialiste. Il définit la stratégie et les tactiques de la guerre populaire. Il s’assure que c’est la politique révolutionnaire qui dirige la lutte de la NAP ; il veille à ce que la politique commande au fusil, et non le contraire. La politique révolutionnaire est à la tête et au cœur de l’armée populaire.

En ayant remporté la victoire dans sa campagne de rectification, contre les révisionnistes contre-révolutionnaires, les opportunistes et liquidateurs, le Parti est plus que jamais en mesure d’agir comme l’avant-garde du prolétariat, pour mener le peuple et son armée à la révolution.

Le Comité central constitue la direction centralisée du Parti, tant sur les plans idéologique, politique qu’organisationnel. En même temps, le CC ne peut être au fait des opérations spécifiques dans tous leurs détails. C’est pourquoi, il développe une politique d’opérations décentralisées, qui sont elles-mêmes dirigées par des organes centraux à un niveau intermédiaire du Parti. Ces organes intermédiaires sont en mesure de prendre des décisions militaires à l’intérieur de leur juridiction, selon les conditions concrètes et les capacités des forces révolutionnaires en place.

Renforcer l’entraînement politico-militaire

Nous connaissons déjà le principe qui dit que l’on apprend à se battre en allant au front. Un principe tout aussi juste consiste à dire que la formation politique permet de fourbir nos armes et nos esprits à la révolution. Même si l’éducation politique et l’entraînement militaire sont deux choses distinctes, l’armée révolutionnaire ne doit jamais séparer ces deux éléments. Au contraire, elle doit tendre à les intégrer l’un dans l’autre. L’armée que nous forgeons doit non seulement mener un combat militaire, mais elle doit aussi faire la révolution et servir le peuple.

Déployer correctement les unités de la Nouvelle armée populaire !

Sur chaque front de la guerre de guérilla, se déploient des escouades armées gravitant plus immédiatement autour de l’unité centrale de commandement. Constituant le centre de gravité du front de guérilla, ces escouades sont plus ou moins concentrées, selon les circonstances, à l’intérieur d’un même rayon géographique relativement limité. Elles effectuent un travail de masse et peuvent être subdivisées en équipes de propagande armées à l’intérieur de leur territoire.

Le centre de gravité du front de guérilla veille à la sécurité de l’unité de commandement, et consolide le travail de masse à l’intérieur de son rayon d’intervention. Il supervise les cadres et les répartit sur tout le front de guérilla, afin qu’ils dirigent l’entraînement politico-militaire des combattants ; il peut prendre en charge la production locale, mettre en place un prélèvement d’impôts, organiser des grèves armées et lancer les offensives tactiques, en coordination avec les escouades de guérilla qui sont directement impliquées dans les sphères d’opérations.

Selon les circonstances, d’autres escouades du front de guérilla peuvent être subdivisées elles aussi en équipes de propagande armée et déployer un travail de masse dans un rayon plus large.

Il n’y a pas que les combattants armés qui font du travail de masse dans les zones de guérilla. La tactique la plus juste consiste à inclure l’utilisation d’équipes de cadres et de militants avancés œuvrant dans les organisations de masse semi-légales aussi bien que légales, qui coordonnent leurs actions avec celles de l’armée populaire. Ce type de travail permet d’élargir le champ d’opération de la NAP, et contribue à créer, étendre et consolider les fronts de guérillas.

S’appuyer sur les masses !

Le combat contre les forces féodales doit être mené à terme pour achever les tâches de la révolution démocratique. La lutte révolutionnaire armée doit donc être intégrée à la lutte pour la réforme agraire et la construction des bases d’appui. Le pouvoir des propriétaires despotiques doit être renversé et les expropriations sauvages stoppées.

Les organisations de masse œuvrant en zones rurales et celles campées dans les zones urbaines doivent développer une coordination efficace. Grâce à la direction du parti, elles pourront se renforcer mutuellement. À l’étape actuelle, les unités de l’armée populaire peuvent se déployer ouvertement dans les zones rurales, mais ce n’est pas le cas dans les villes. À partir des campagnes, après une certaine période de temps, il sera possible pour le mouvement révolutionnaire armé de progresser, par vagues successives, vers les centres urbains contrôlés par l’ennemi. Dans les villes, des groupes de partisans armés peuvent déjà effectuer des opérations clandestines.

Lancer les offensives tactiques pour accumuler des forces !

Dans chaque front ouvert par la guérilla, la possibilité de lancer des offensives tactiques doit être évaluée. Ces offensives doivent provoquer une montée de la résistance des masses et ainsi augmenter la force militaire révolutionnaire. Elles peuvent également servir à défendre le pouvoir démocratique qui se construit, en affaiblissant et détruisant les forces de l’ennemi.

Le travail au sein des masses permet d’évaluer les forces et faiblesses de l’ennemi. À partir de cette évaluation, on peut découvrir et créer les occasions de lancer une offensive tactique. Ces opérations peuvent prendre la forme d’embuscades, de raids, d’attaques surprises contre des unités ennemies, de sparrow warfare, d’expéditions punitives ciblées sur certains éléments ennemis.

Afin de s’assurer d’une issue victorieuse lors de ces opérations, il faut posséder les informations les plus précises possibles, pour profiter de l’élément de surprise et de la supériorité de nos forces face aux faiblesses de l’ennemi. Plutôt que d’affronter une victoire incertaine, en attaquant l’ennemi là où il est supérieur ou très fort, il est préférable d’opter pour la patience, et d’attendre le moment opportun où l’ennemi expose son point le plus faible. Dès qu’une offensive est menée, il faut être en mesure d’opérer un retrait en toute sécurité afin de rendre inefficace toute tentative de représailles par l’ennemi.

Le processus actuel des négociations de paix entre le Front démocratique national des Philippines et le gouvernement, n’affecte en rien la poursuite de la lutte armée révolutionnaire. L’ensemble des forces révolutionnaires est déterminé à lutter jusqu’au bout pour maintenir la guerre populaire prolongée dans la ligne générale de la révolution nationale démocratique, seule garante d’une paix durable. La prétendue «suspension» des opérations militaires du gouvernement, annoncée à grands renforts de publicité, s’est avérée une manœuvre mensongère, hypocrite et démentie par l’intensification des attaques brutales contre la guérilla. Le Front démocratique national a d’ailleurs révélé et condamné ces brutalités dans le cours des négociations.

La propagande impérialiste s’avère de moins en moins efficace aux yeux du peuple, à mesure que s’accentue la crise du système dominant. Elle est démentie chaque jour par la progression de la lutte armée révolutionnaire et le renforcement des organisations légales qui luttent pour la démocratie. En intensifiant ses offensives tactiques, le mouvement révolutionnaire démontre que la lutte armée entre les forces révolutionnaires et contre-révolutionnaires, est toujours l’élément central de la vie politique aux Philippines. Elle constitue pour le peuple et les forces révolutionnaires, la voie à suivre contre l’exploitation et l’oppression qui s’accentuent ; elle permet de gagner des forces et assurera la défaite de l’ennemi.

En poursuivant la guerre populaire dans la ligne générale de la révolution de démocratie nouvelle, le Parti communiste des Philippines, la Nouvelle armée populaire et le Front démocratique national accomplissent leurs tâches internationalistes. Au milieu du nouveau désordre mondial généré par la crise du capitalisme monopoliste, la guerre populaire aux Philippines est une source d’inspiration et contribue à la relance du mouvement anti-impérialiste et du socialisme à l’échelle de la planète.

Longue vie à la Nouvelle armée populaire !
Longue vie au Parti communiste des Philippines !
Vive le peuple philippin !

Armando Liwanag
Président du Comité central
Parti communiste des Philippines
Le 29 mars 1997
e p D T F s