29 ans de détention illégale pour Geronimo Pratt

Depuis plus d’un quart de siècle, Geronimo ji-jaga Pratt croupit en prison. Pas moins de 14 demandes de libération conditionnelle lui ont été refusées même si toute la magistrature californienne sait qu’il est innocent.

Dans la tourmente de la fin des années 60 et du début des années 70, alors que la guerre du Vietnam était massivement et vigoureusement conspuée sur la place publique et que le mouvement noir gagnait en force, le FBI a mis sur pied le programme COINTELPRO pour écraser la contestation. Son mandat consistait plus précisément à mener des campagnes de désinformation pour discréditer les organisations révolutionnaires et progressistes, à infiltrer ces organisations afin d’y créer des divisions, à harceler leurs militantes et militants, voire même à tuer ou enfermer leurs dirigeants.

À la lumière des événements historiques et politiques de cette époque, l’arrestation d’Elmer Geronimo ji-jaga Pratt, un dirigeant des Black Panthers, ne semble pas d’emblée fortuite – et elle ne l’était pas. En effet, quelques jours avant sa mise en accusation pour un meurtre survenu lors d’un braquage, Geronimo avait organisé une résistance héroïque pour défendre les siens contre un siège armé de la police.

Cet incident a pris un tour inattendu et se termina par une retraite des policiers qui se sont fait refouler par de nombreux manifestants-es venus-es se masser autour du duplex des assiégés-es. Quelques jours plus tard, comme par hasard, Geronimo se voyait accusé du meurtre de Caroline Olsen alors qu’elle jouait au tennis avec son mari à Santa-Monica. Le mobile du meurtre était un vol de 18 dollars. Le hic dans toute cette affaire, c’est que le jour même du meurtre, Geronimo était à 400 miles plus loin à une retraite des Panthères à Oakland, ce que savaient les autorités policières pour l’avoir filmé lors d’une opération d’espionnage électronique. Quant aux camarades qui auraient pu témoigner en faveur de Geronimo, ils en ont été empêchés au moyen de délateurs et de lettres contrefaites.

Qu’à cela ne tienne, les affaires policières sont les affaires policières et quiconque est le moindrement conscient politiquement ne s’attend pas à ce que la police agisse proprement. Il en va de même en regard de la justice bourgeoise. Effectivement, la procédure juridique lors du procès de Geronimo ne fut rien d’autre qu’une mascarade où l’accusé était condamné d’avance. En effet, lors de l’instruction des jurés, les autorités avaient omis de dire que Julius «Julio» Butler, l’un des deux seuls témoins sur qui s’appuyait entièrement le juge pour corroborer les faits, était employé comme mouchard à la solde du FBI et que l’autre, Kenneth Olsen, le mari de la victime, avait identifié au préalable tour à tour deux suspects comme étant l’auteur du meurtre, dont l’un des deux était en prison lors du crime, avant qu’il n’identifie Geronimo comme étant le coupable.

Du reste, on n’a pas soufflé mot non plus de la présence de Geronimo à Oakland. Cela, en contravention de la loi américaine qui stipule que tous les renseignements pouvant servir à l’instruction d’un procès, tant à l’avantage de la défense qu’à celui de la partie plaignante, doivent être communiqués aux membres du jury. Geronimo aurait dû être acquitté. Mais le juge s’est entièrement fié aux témoignages peu crédibles du mouchard et du mari de la victime, qui avait paru quelque peu loufoque à un des enquêteurs, pour inculper Geronimo, sans se soucier au surplus du fait de ne pas avoir eu en sa possession aucune preuve physique de la présence de Pratt sur les lieux du crime.

Pendant 25 ans, les avocats de Geronimo se sont battus pour prouver l’innocence de leur client. Mais les tribunaux californiens ont expressément fait empêtrer leurs démarches dans tout un bourbier de tracasseries procédurières afin d’empêcher que la lumière se fasse. En désespoir de cause, les avocats de Geronimo ont fait enregistrer un ordre d’habeas corpus afin de faire annuler sa condamnation. Bien que ce recours soit l’un des plus difficiles à faire valoir, c’était le seul qu’il leur restait.

Mais voilà que survient une chance inespérée pour l’accusé. Les autorités policières viennent d’admettre publiquement que Julius Butler était bel et bien un mouchard à la solde du FBI. Grâce à cette information, Geronimo Pratt a désormais, pour la première fois depuis 26 ans, l’espoir d’être libéré.

L’incarcération arbitraire de militants et de militantes n’est rien de neuf chez nos voisins du Sud. On se souviendra de l’emprisonnement de Leonard Peltier (en prison depuis 21 ans), un dirigeant de la communauté autochtone, qui avait lui aussi organisé une résistance armée contre un assaut des forces de l’ordre sur son territoire et qui se voyait accusé, suite à une effusion de sang qui avait coûté la vie à un amérindien et à deux policiers, du meurtre d’un des deux agents après une enquête aussi expéditive que bâclée.

Mumia Abu-Jamal (en prison depuis 15 ans), un militant qui avait entre autres vivement dénoncé le massacre des membres de MOVE en 1978 alors que des policiers avaient carrément largué d’un hélicoptère une bombe sur le bâtiment dans lequel ils s’étaient barricadés pour résister à leur assaut, figure au même titre dans une des pages de l’histoire de la résistance du peuple américain, tout comme quelque 130 autres prisonnières et prisonniers politiques, face à un État qui se dit le plus démocratique au monde mais qui est connu pour être le roi de l’enfermement, le plus grand trafiquant d’armes de la planète, qui a fait tuer environ 2 millions de Vietnamiennes et de Vietnamiens avec des bombes au napalm et qui a bâti son sinistre empire sur le génocide des peuples autochtones.

– Correspondant SM!

Une décision à venir bientôt concernant Mumia Abu-Jamal

Il s’est passé pas mal des choses au cours des dernières semaines dans la lutte pour obtenir un nouveau procès pour Mumia Abu-Jamal, ce prisonnier politique sur qui pèse toujours la menace de mort. Le 27 février, la Cour suprême de l’État de Pennsylvanie a notamment rejeté la requête de ses avocats qui voulaient présenter directement et verbalement leurs arguments justifiant la tenue d’un nouveau procès. L’avocat Leonard Weinglass a réagi ainsi à cette décision : «Nous sommes grandement déçus du fait que la cour ait décidé de ne pas entendre notre version. Cela lui aurait pris environ une heure – ce qui, somme toute, est bien peu, sachant que la vie d’un homme est en jeu.»

Puis, le 10 mars, les avocats de Mumia ont déposé de nouveaux documents concernant le témoignage de Pamela Jenkins, une ancienne informatrice de police, qui viennent appuyer l’hypothèse voulant que la police aurait forcé et manipulé des témoins de sorte à ce qu’ils fassent des faux témoignages contre Mumia Abu-Jamal. Dans un affidavit qu’elle a dûment signé, Madame Jenkins déclare maintenant avoir subi des pressions de la part de deux officiers de police, Tom et Richard Ryan, après qu’elle leur eût d’abord affirmé n’avoir pas été témoin de l’assassinat de leur confrère Daniel Faulkner. Elle y affirme en outre que des officiers du poste 39 lui ont ouvertement demandé de se parjurer et de dire qu’elle avait vu Jamal tirer sur Faulkner. Contrairement aux allégations du témoin principal de la poursuite qui a témoigné n’avoir reçu aucun traitement de faveur de la part de la police, Madame Jenkins affirme aussi que Cynthia White a bel et bien bénéficié de l’intervention d’un officier de police de Philadelphie en 1987 pour obtenir sa sortie de prison, en raison du rôle qu’elle avait joué dans le dossier de Mumia (Cynthia White purgeait elle-même une peine de prison suite à une affaire de prostitution).

En déposant ces nouveaux documents, l’avocate Rachel Wolkenstein, qui fait partie de l’équipe qui assure la défense de Mumia Abu-Jamal, a déclaré ce qui suit :

«Les témoignages faisant état de l’utilisation combinée de pressions et de faveurs à l’endroit de certains témoins dans l’affaire Jamal viennent corroborer d’autres allégations de ce genre et tendent à prouver qu’il s’agit là d’une pratique systématique au poste 39, visant à faire emprisonner des innocents. Depuis plus de 15 ans maintenant, Mumia n’a jamais cessé de proclamer son innocence et d’affirmer qu’il était victime d’un coup monté motivé par des raisons politiques. Dès lors qu’il s’est joint au Black Panther Party à l’âge de 15 ans, Mumia s’est retrouvé dans la mire de la police de Philadelphie et du FBI. Ceux-ci veulent maintenant le faire taire complètement – lui qui, à titre de partisan de l’organisation MOVE, continue sans relâche à dénoncer le racisme et la brutalité policière, notamment par ses interventions à la radio.»

On s’attendait, au moment d’aller sous presse, à ce que la Cour suprême de Pennsylvanie fasse connaître sa décision d’ici quelques semaines, sinon quelques jours.

(Ces informations proviennent du bulletin Freedom Now!, publié conjointement par la Coalition to Free Mumia Abu-Jamal and All Political Prisoners et par l’organisation Detroit Friends of MOVE)

Liberté pour les militant(e)s des Cellules communistes combattantes !
La campagne est en marche

La campagne initiée par l’Association des parents et amis des prisonniers communistes (APAPC) en faveur de la libération des militant(e)s des Cellules communistes combattantes emprisonnés-es depuis maintenant plus de 11 ans en Belgique va de l’avant.

Rappelons que ces camarades, qui ont été condamné(e)s à perpétuité en raison de leur participation aux actions des CCC au milieu des années 80, sont en principe éligibles à être libéré(e)s depuis le 16 décembre 1995. Leur maintien en détention ne peut trouver d’autre explication que dans la volonté des autorités politiques et judiciaires belges de les punir parce qu’elle et ils ont refusé de renier leur engagement politique.

Lentement mais sûrement, le mouvement s’organise, non seulement en Belgique mais aussi à l’étranger, pour exiger leur remise en liberté. En Suisse, l’organisation Revolutionärer Aufbau Schweiz (Construction révolutionnaire) a déjà organisé une première manifestation le 21 septembre dernier en solidarité avec elle et eux. Puis, le 18 octobre, deux actions ont été organisées contre les représentations de l’État belge à Zurich et à Berne. Dans le premier cas, le consulat a été mis sous scellé (les serrures ont été bouchées avec de la colle), alors qu’à Berne, on a pulvérisé de l’acide butyrique à l’intérieur de l’ambassade, la rendant ainsi inutilisable.

Quelques jours plus tard, le 9 novembre, une trentaine de personnes, membres de l’Union galicienne pour l’amnistie, des Comités anti-répression de Galice et de l’Assemblée pour le soutien aux prisonnier(e)s politiques galicien(ne)s se sont rassemblées devant le consulat belge à La Corogne, en Espagne.

Enfin, une réunion publique d’information et de solidarité a eu lieu à Paris, le 16 novembre. Les groupes et individus qui y étaient présents ont débattu des moyens de soutenir plus efficacement la campagne menée par l’APAPC. Plusieurs articles ont en outre été publiés dans la presse progressiste et révolutionnaire, principalement en Europe.

Bien que cette campagne soit encore très modeste, nous croyons qu’il est nécessaire de l’appuyer concrètement. Le groupe Action socialiste compte en outre soulever le cas des prisonnier(e)s communistes belges lors d’une activité qui sera organisée le 19 juin prochain, à l’occasion du «Jour de l’héroïsme», en défense des prisonnières et prisonniers politiques révolutionnaires. Le Jour de l’héroïsme a été décrété par le Parti communiste du Pérou, suite à l’assassinat le 19 juin 1986 d’au moins 300 prisonnières et prisonniers politiques par le régime (social-démocrate) d’Alan García. Les détails de cette activité seront annoncés sous peu.

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