La question nationale occupe au Canada une place de premier plan parmi les problèmes qui confrontent les communistes dans la lutte des classes. Les différents référendums, celui de 1980 sur la séparation du Québec, celui de 1992 où la bourgeoisie a tenté d’en arriver à une entente et celui de 1995 portant encore une fois sur la séparation du Québec, ont démontré un certain flottement programmatique sur cette question de la part des marxistes et des pseudo-marxistes. Il nous faut donc accorder une grande attention à cette question.

Quand on aborde la question nationale, ou bien on se place du point de vue de la bourgeoisie : quand on cherche à éliminer l’oppression nationale indépendamment des intérêts du prolétariat canadien, indépendamment du renversement du pouvoir d’État détenu par le bourgeoisie canadienne. Ou bien on se place du point de vue du prolétariat : quand on cherche avant tout à unir les forces nécessaires pour abattre l’ennemi commun aux ouvriers et aux ouvrières de toutes les nations et nationalités au Canada par la révolution prolétarienne.

La présente contribution vise à analyser les positions des deux plus importantes organisations marxistes-léninistes des années 70 au Canada, aujourd’hui disparues, En lutte ! et la Ligue communiste (marxiste-léniniste) du Canada (LC[ML]C), qui deviendra le Parti communiste ouvrier (PCO).

La naissance du mouvement M-L au Canada

Le mouvement marxiste-léniniste canadien qui s’est développé au début des années 70 a été fortement marqué par le nationalisme bourgeois. Au Québec, ce nationalisme épousait celui de la fraction québécoise de la bourgeoisie canadienne. La majorité des marxistes-léninistes restreignaient la lutte pour le socialisme au seul cadre étroit du Québec ; ils avançaient l’idée que le prolétariat du Québec devait mener la lutte pour l’indépendance en même temps que celle pour le socialisme.

Parmi l’ensemble des débats qui ont traversé le mouvement nationaliste québécois des années 60, ce fut ce rapport entre le socialisme et l’indépendance qui fut le plus décisif. Le débat s’était cristallisé autour de deux thèses : l’une qui consistait à soutenir que l’indépendance du Québec était une condition préalable au socialisme ; l’autre qui avançait que la lutte pour l’indépendance politique et la lutte pour le socialisme constituaient une seule et même lutte. Ce débat se prolongera jusqu’au début des années 70, par la parution de deux ouvrages, L’urgence de choisir de Pierre Vallières, qui voyait en l’indépendance une démarche préalable nécessaire afin d’aller au socialisme et qui proposait en conséquence un appui tactique au Parti québécois, et Pour le parti prolétarien de Charles Gagnon, qui soutenait que la lutte pour le socialisme et celle pour l’indépendance équivalaient à une seule et même lutte. Ces deux ouvrages constitueront la polarisation la plus achevée de ces deux thèses. À partir de ce moment, il deviendra clair qu’elles seront irrémédiablement antagoniques.

Pour le parti prolétarien et la constitution du groupe En lutte !

C’est autour de la brochure Pour le parti prolétarien, publiée à l’automne 1972, que l’Équipe du journal (EDJ, l’ancêtre d’En lutte !) commence à se former avec des militants provenant de différents groupes progressistes à Montréal. Tout en constituant un bond qualitatif parmi les forces progressistes de l’époque du fait qu’il affirmait le caractère prolétarien des tâches à accomplir, Pour le parti prolétarien ne rompait pas fondamentalement avec le nationalisme bourgeois.

En effet, même si elle critiquait fermement le courant «indépendance et socialisme», l’Équipe du journal défendait une position plutôt confuse sur la question nationale et sur la forme que devait prendre la révolution prolétarienne au Canada. L’EDJ ne voyait la révolution prolétarienne que dans le cadre du Québec, intégrée à la lutte de libération nationale du peuple québécois, et se donnait comme objectif stratégique l’édification du parti de la classe ouvrière, mais au Québec seulement (Pourquoi un journal de combat de la classe ouvrière, Cahier n° 1, En lutte !, mai 1973) et ce, même si l’ennemi principal était identifié comme étant la bourgeoisie canadienne et son allié l’impérialisme américain. Il faut préciser qu’à cette époque, la gauche québécoise demeurait à peu près coupée de la gauche au Canada anglais. Néanmoins, c’était là un point de vue qui freinait l’unité du prolétariat canadien.

De janvier à septembre, l’EDJ met en place les conditions nécessaires à la publication et à la diffusion d’un journal marxiste-léniniste de la classe ouvrière. C’est au Premier mai 1973, date où le premier numéro du journal En lutte ! paraît, que commencent à se forger plus nettement les positions de l’organisation.

En lutte ! (nom que prend le groupe) tient son premier congrès en novembre 1974 et développe sa ligne politique, qui est présentée dans un supplément du journal intitulé Créons l’organisation marxiste-léniniste de lutte pour le parti. On y souligne

«que la lutte contre l’oppression nationale du Québec devrait être intégrée à la lutte de tout le prolétariat canadien, francophone et anglophone ; que le Canada est un pays impérialiste et que le pouvoir d’État est entre les mains de la bourgeoisie canadienne et en conséquence, que l’objectif immédiat de la lutte révolutionnaire du prolétariat canadien est le renversement du pouvoir d’État bourgeois et l’instauration de la dictature du prolétariat»

(Unité prolétarienne, vol. 1, n° 3, février 77).

Le premier congrès permet donc à En lutte ! d’effectuer une rupture avec le nationalisme québécois, en établissant que la révolution prolétarienne serait une révolution à l’échelle du Canada. C’est cette ligne politique qu’En lutte ! allait appliquer de 1974 à 1976 dans son travail d’agitation, de propagande et de développement de son organisation. En 1977, En lutte ! publie son projet de programme, qui inclut des revendications démocratiques sur la question nationale. En lutte ! y soutient «la reconnaissance de la nation québécoise, y compris le droit à la sécession, et des autres minorités, Inuit, amérindiennes et francophones ; abolition de toutes formes de discrimination pour toutes les minorités et pour les immigrés» (Unité prolétarienne, vol. 2, n° 11) .

Il est à noter qu’En lutte ! ne reconnaît le statut de nation qu’aux nations québécoise et canadienne-anglaise, les peuples autochtones étant qualifiés de minorités nationales. C’est là une erreur chauvine qui ne sera corrigée que deux ans plus tard.

En développant son projet de programme, En lutte ! estime qu’il est temps d’unifier le prolétariat multinational du Canada et pour ce faire, le groupe entame suite à son deuxième congrès (1976), une autocritique de ses positions antérieures, et particulièrement celle qui accordait une importance trop grande à la force économique de l’impérialisme américain et qui faisait en sorte que le groupe sous-estimait toutes les conséquences découlant du fait que c’est la bourgeoisie canadienne qui détenait le pouvoir d’État. Pour atteindre son objectif, En lutte ! mènera deux importantes campagnes entre 1976 et 1978, une campagne à travers le Canada sur le droit à l’autodétermination du peuple québécois et une campagne contre la loi C-73 (gel des salaires). Ces campagnes permettront à En lutte ! de pénétrer le Canada anglais.

Suite à un développement important du groupe qui avait réalisé les objectifs fixés par les congrès précédents (une organisation présente dans les principales villes du pays, l’application du centralisme démocratique et une structure organisationnelle reposant sur des cellules territoriales devant jeter les bases à des cellules d’entreprises) se tenait le troisième congrès qui allait donner naissance à l’Organisation communiste marxiste-léniniste En lutte ! et qui allait aussi adopter officiellement son premier programme.

Dans les textes de ce congrès (tenu en avril 1979), En lutte ! prend fermement position contre le nationalisme québécois :

«Il faut être aveugle pour prétendre que le nationalisme québécois est une force anti-impérialiste, c’est un courant bourgeois.»

(Documents du 3e congrès, p. 55)

Pour En lutte !, c’est bien la révolution prolétarienne qui est à l’ordre du jour. Le prolétariat doit donc

«rejeter carrément et sans réserves l’indépendance, la souveraineté-association et tout projet destiné à assurer le “plein épanouissement de la nation”, car les intérêts des masses laborieuses du Québec résident d’abord et avant tout dans l’abolition du présent système d’exploitation»

(op. cit.).

Pour atteindre son objectif, la révolution socialiste et l’instauration de la dictature du prolétariat , En lutte ! estime que «l’unité de tout le prolétariat du Canada contre l’oppression nationale est une condition essentielle à l’unité de tout le prolétariat dans les autres luttes importantes contre la bourgeoisie» (op. cit., p. 58).

De même, En lutte ! entreprend de rectifier sa position sur la question des autochtones. En s’autocritiquant, l’organisation estime qu’elle a «jusqu’ici adopté une position en bonne partie erronée» (op. cit., p. 59). En effet, comme nous l’avons vu dans le projet de programme, En lutte !, en se basant sur les cinq critères de Staline pour définir une nation (qui sont : une communauté humaine stable, une langue commune, un territoire commun, une vie économique commune, une culture commune), en était arrivé à nier que les peuples autochtones formaient des nations au même titre que les Québécois.

«L’analyse concrète de la situation concrète doit comporter l’analyse des mouvements nationaux en ce qu’ils sont l’expression de réalités nationales.»

(op. cit., p. 59)

Cette analyse amène En lutte ! à prendre position et à déterminer «qu’il y a des nations et des minorités nationales au sein de la population autochtone» (op. cit., p. 59).

De même pour En lutte !, le prolétariat canadien doit, face à l’oppression des autochtones, développer une seule position juste, il doit défendre «l’égalité des nations et son corollaire le droit inaliénable des nations opprimées à décider de leur sort, à s’autodéterminer ; ce qui inclut le droit de faire sécession» (op. cit., p. 59).

L’hiver et le printemps 1980 furent pour En lutte ! la période de la campagne référendaire au Québec, où l’organisation appelait à annuler, doublée d’une campagne pan-canadienne pour la défense du droit du Québec à l’autodétermination. Quelques mois plus tard, l’organisation devait se liquider, suite entre autres aux résultats décevants de l’annulation au référendum, et à d’autres débats autour de la question des femmes et de la situation des prolétaires au sein de l’organisation.

La Ligue communiste (marxiste-léniniste) du Canada

C’est en octobre 75 que se constituait la Ligue communiste (marxiste-léniniste) du Canada (LC[ML]C). La Ligue est née au Québec de la fusion de trois groupes se réclamant du marxisme-léninisme : la Cellule militante ouvrière (CMO), la Cellule ouvrière révolutionnaire (COR), ainsi que le Mouvement révolutionnaire des étudiants du Québec (MREQ). La nouvelle organisation présente au prolétariat canadien son Document d’entente politique qui expose les éléments essentiels de sa ligne politique.

Le mérite de la Ligue est sans contredit son analyse de la contradiction principale, qu’elle définissait comme l’opposition entre le prolétariat et la bourgeoisie canadienne, contradiction ne pouvant être résolue que par le révolution socialiste. Mais malheureusement, la Ligue ne lui a pas toujours rigoureusement subordonné les contradictions secondaires, notamment sur la question de l’indépendance du Canada face aux superpuissances.

Dans son Document d’entente, la Ligue formule son soutien sans réserve à la «théorie des trois mondes» de Teng Siao-ping. Une théorie révisionniste qui faisait en sorte de subordonner objectivement la révolution prolétarienne à la lutte contre les deux superpuissances (l’URSS et les États-Unis). L’interprétation de la Ligue était que le Canada étant un pays du «deuxième monde», il avait pour cette raison intérêt à s’unir dans un front uni avec les autres pays du deuxième monde et aussi ceux du tiers-monde, contre les deux grandes superpuissances, en particulier l’impérialisme américain.

&laquoNous devons aussi nous unir plus étroitement aux pays et peuples du second monde dans la lutte contre l’hégémonisme des États-Unis et de l’Union Soviétique.»

(Document d’entente, p. 21)

La contradiction principale ayant déjà été identifiée, l’impérialisme américain qui menaçait l’indépendance canadienne s’inscrivait dans une contradiction secondaire majeure, celle entre le peuple canadien et les deux superpuissances, particulièrement l’impérialisme américain. Et la Ligue de mettre en garde le peuple canadien :

«Il ne faut pas compter sur la bourgeoisie canadienne pour faire face avec conséquence à cette situation sur le plan militaire : de ce point de vue, elle capitule devant l’impérialisme US.»

(La Forge, vol. 1, n° 3, janvier 76, p. 6)

«Le Canada doit se préparer à la guerre, renforcer sa défense, c’est juste ; mais pas contre une seule des deux superpuissances, l’URSS au bénéfice de l’autre, les États-Unis : contre les deux à la fois, dans les meilleurs intérêts du peuple canadien.»

(La Forge, vol. 1, n°11, mai 76, p. 5)

Cette interprétation revenait à mettre de l’avant le nationalisme «canadien», sans tenir compte que l’hégémonie américaine au Canada tenait bien davantage du développement inégal du capitalisme que d’une quelconque forme de domination du type de celles que l’on observe dans les pays exploités.

Dans un éditorial intitulé «Sauvegardons l’indépendance du Canada», la Ligue avance clairement son interprétation de la théorie des trois mondes. Elle affirme :

«En luttant pour sauvegarder l’indépendance du Canada, le peuple canadien et la classe ouvrière se joignent au front uni de tous les peuples du monde qui luttent contre le colonialisme, l’impérialisme et en particulier contre les ambitions des deux plus grands bandits internationaux…»

(La Forge, vol. 1, n° 12, juin 76, p. 3)

Afin de renforcer le front uni mondial, la Ligue devra assumer la tâche de «dénoncer toute attitude capitularde [NDLR – de la bourgeoisie] et encourager tout geste de démarcation face aux deux superpuissances» (op. cit.).

Une deuxième contradiction secondaire sous-jacente à cette ligne nationaliste au niveau du Canada était développée par la Ligue qui, après avoir analysé le Canada comme étant un pays du second monde où la contradiction principale oppose le prolétariat canadien à la bourgeoisie canadienne, soulignait qu’il existait deux nations au Canada : la nation canadienne et la nation québécoise. De l’existence de ces deux nations résultait la deuxième contradiction secondaire, entre la bourgeoisie canadienne et la nation québécoise. Pour la Ligue :

«Le Canada est un État bourgeois multinational qui comprend deux nations, une nation oppresseuse, la nation canadienne, et l’autre, la nation québécoise opprimée.»

(La Forge, vol. 1, n° 2, janvier 76, p. 13)

Cette position amènera la Ligue à assigner aux communistes la tâche d’être les meilleurs défenseurs du droit à l’autodétermination du Québec. Car si les communistes «mettent de l’avant un programme clair en faveur de l’autodétermination et des droits démocratiques, et les défendent à chaque occasion, […] la nation québécoise pourra devenir une puissante réserve de force de la révolution socialiste» (op. cit.).

La Ligue considère par ailleurs que tout en défendant le droit à l’autodétermination du peuple québécois, il faut s’opposer à la séparation du Québec parce que cette séparation diviserait les prolétaires, mais aussi parce que «un Canada divisé serait une proie facile face aux ambitions expansionnistes des superpuissances, plus particulièrement de l’impérialisme US» (La Forge, vol. 1, n° 20, octobre 76, p. 9).

Pour lutter contre l’oppression nationale, la Ligue en viendra à défendre des positions nationalistes en ce qui a trait à l’éducation. La Ligue sera pour «un réseau unique d’enseignement d’un bout à l’autre du pays… au Québec le programme doit être donné en français» (La Forge, vol. 1, n° 21, novembre 76, p. 10).

Comme on le voit, en voulant lutter contre l’oppression nationale du Québec d’une part et contre l’oppression des deux superpuissances, et en particulier l’impérialisme américain d’autre part, la Ligue se trouve dans les faits à défendre une position social-chauvine au Canada, et nationaliste étroite au Québec. Même si pour la Ligue, la vraie solution à l’oppression nationale passe par l’abolition des privilèges de la classe dominante, elle promouvoit en même temps une forme de primauté du français au niveau des droits. Elle défend entre autres que «dans la question scolaire, en particulier, cela signifie abolir l’école anglaise au Québec» (op. cit.).

Pour le prolétariat du Québec, la position de la Ligue sur la question linguistique signifie «que le français doit dès maintenant, en prenant toutes les dispositions nécessaires pour cela, devenir la langue de travail» (op. cit.).

Cela signifiera aussi que la Ligue sera «contre l’intégration massive des immigrants dans le système scolaire anglophone» (Octobre, n° 2-3, p. 80, 1978). «Nous disons que les immigrants qui viendront vivre au Québec devront suivre leur éducation en français.» (op. cit., p. 91)

La Ligue considère qu’il faut développer la lutte du peuple québécois contre son assimilation par la nation canadienne-anglaise, et mettre de l’avant la promotion des «traditions populaires» du Québec, sans distinction quant au caractère (bien souvent réactionnaire) de ces traditions. La nation canadienne elle, doit lutter contre l’envahissement des deux superpuissances dans la sphère culturelle :

«Actuellement cette lutte passe par la promotion des traditions populaires du Québec et le développement d’une culture révolutionnaire au Canada.»

(Octobre, n° 2-3, p. 93)

Donc, on veut abolir l’école anglaise, interdire aux immigrants l’accès à l’école de leur choix pour pouvoir promouvoir des traditions populaires au Québec et développer une culture révolutionnaire au Canada anglais. Les positions développées par la Ligue pour le Québec, ce sont les mêmes que celles des défenseurs de la collaboration de classes dans les syndicats, et ce sont aussi les mêmes positions que défendent aujourd’hui comme hier, les partis bourgeois nationalistes.

S’appuyant sur la théorie des trois mondes, la Ligue développe au niveau de la révolution prolétarienne au Canada une série de positions elles aussi nationalistes bourgeoises :

«La nation québécoise parce qu’elle est une nation opprimée, constitue une réserve de la révolution socialiste au Canada de la même façon que tout mouvement contre l’oppression nationale à l’époque de l’impérialisme constitue une réserve de la révolution socialiste.»

(La Forge, vol. 2 n° 21, novembre 77, p. 8)

La Ligue véhiculait donc une ligne révisionniste en formulant que tous les mouvements nationaux, quelque soit leur contenu de classe, sont progressistes. Cela a aussi amené la Ligue à voir dans le mouvement nationaliste québécois une force progressiste, qui n’était pas objectivement réactionnaire dans les conditions du Canada, mais dont la direction restreinte au PQ était réactionnaire. La Ligue en arrivera même à défendre «le maintien de l’intégralité territoriale du Québec», tout en affirmant son «soutien aux revendications territoriales justes des peuples autochtones au Québec comme à travers le pays» (La Forge, op. cit.).

Donc, la Ligue prétendait pouvoir à la fois défendre l’intégrité territoriale du Québec et défendre les revendications autochtones : voilà une position plutôt délicate et qui de plus s’éloigne de la position léniniste sur cette question.

Durant l’année 1979, la Ligue présente son projet de programme. Celui-ci se veut un préalable à la constitution d’un nouveau parti communiste au Canada. La Ligue améliore sa position sur la question nationale en rectifiant ses mots d’ordre nationalistes sur l’école et sur la langue ; mais loin de se démarquer complètement du nationalisme et du chauvinisme, le projet de programme de la Ligue défend entre autres «l’arrêt de l’exportation de nos emplois, la défense de l’intégralité territoriale du Canada, la défense des 200 milles marins et de nos pêcheries côtières contre les superpuissances».

Lors de la formation du Parti communiste ouvrier (PCO) en septembre 1979, le programme adopté aura grosso modo le même contenu que le projet de programme initialement présenté par la LC(ML)C.

Lors de la campagne référendaire de 1980, le PCO, qui appellera à annuler, défendra le droit au Québec de s’autodéterminer ; mais les nations autochtones, qui ne forment pas une nation selon le PCO (qui se réfère lui aussi aux critères de Staline) ne se verront reconnaître, comme le programme le stipule, «qu’une forme d’autonomie régionale» (Octobre, n° 8, p. 23, 1980). C’est-à-dire que l’État devrait accorder «à une région où est concentrée une nationalité donnée le droit à un gouvernement local élu. Le degré de pouvoir politique, économique et social qu’elle exerce ainsi, lui permet de garantir ses droits et son égalité au sein d’un État multinational.» (op. cit., p. 39)

Suite au référendum, la conjoncture ayant changé, le PCO est traversé par d’importants débats. Entre autres, les positions du PCO sur le nationalisme québécois et sur l’indépendance sont critiquées comme étant «trop sectaires» ; on dit aussi que l’organisation n’a pas mis assez en relief les côtés positifs du mouvement nationaliste.

Le point culminant du débat sera atteint en 1982, un peu avant la disparition de l’organisation, avec la publication par le district du Québec d’une brochure spéciale, intitulée Contre la constitution, pour un véritable mouvement national. Avec ce document, le district du Québec du PCO dit viser

«à apporter sa contribution à ce débat [NDLR – sur comment rebâtir un mouvement national large et populaire]. Nous sommes convaincus que ce n’est qu’en s’appuyant sur une perspective ouvrière et anticapitaliste que l’on peut comprendre et poser la question de la lutte contre l’oppression nationale.»

(p. 1)

Pour ce faire, on en vient à subordonner la lutte pour le socialisme au Canada à la reconstruction du mouvement national, car

«dans la mesure où le peuple québécois se mobilise dès aujourd’hui dans la lutte pour ses droits nationaux, il renforce ce mouvement et affaiblit les maîtres du capitalisme canadien. Ce combat fait déjà partie de nos traditions, de notre histoire. À nous de nous y engager pleinement et de le mener à terme.»

(p. 17)

Il s’agit donc pour le PCO de rebâtir un mouvement national «véritablement populaire», tout en rejetant la bourgeoisie québécoise :

«Si on rejette l’alliance avec le patronat et le gouvernement du Québec, on ne se retrouve pas pour autant isolés, au contraire. Un mouvement national puissant au Québec doit s’allier avec toutes les forces en lutte active contre l’ennemi commun. Le mouvement des femmes constitue d’autres forces vives avec lesquelles nous devons compter.»

(p. 19)

Avec cette brochure, le PCO en arrive à présenter une analyse qui se veut complète de l’oppression nationale, sans jamais ramener la nécessité de la direction prolétarienne du parti et de l’unité du prolétariat multinational du Canada. L’année suivante, le PCO allait se liquider.

Comme nous le disions dans notre brochure intitulée Perspectives pour le prolétariat canadien – un texte incidemment adopté après une lutte de lignes au sein de notre organisation avec d’anciens membres du PCO portant sur notre intervention dans la classe ouvrière -, nous disions :

«Le PCO défendit la position de développer le mouvement national dans les syndicats, dans le but de redonner une base de masse à ce mouvement, sous-entendu, une base de classe… Même si le PCO n’a pas lui-même mis la main à la pâte, il reste que c’est essentiellement ce qui s’est produit après 1985 […] Mais au lieu de conférer un caractère ouvrier au mouvement national, cela a plutôt servi à accentuer le caractère nationaliste du mouvement syndical.»

Dans le processus de construction d’un authentique parti communiste au Canada, nous serons toujours confrontés-es au nationalisme. En lutte ! et le PCO, ont tous deux été traversés par ce courant bourgeois et qui potentiellement a pu pousser ces organisations à se saborder. Il est utile de rappeler que le mouvement m-l des années 70 s’est principalement construit au Québec, avec des petits-bourgeois issus du mouvement nationaliste, et que dans les deux cas, ce sont les prolétaires qui ont principalement mené la lutte pour maintenir les organisations, sans grand succès. Ce n’est qu’en faisant l’analyse concrète de la situation concrète, en se basant sur les principes du marxisme-léninisme-maoïsme, que nous pourrons fermement aller de l’avant et accomplir nos tâches.

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