Une des choses les plus importantes que nous devrons accomplir en tant que communistes au Canada au cours des prochaines années, ce sera de rétablir une cohérence nécessaire, de forger l’unité indispensable qui doit exister entre le contenu révolutionnaire et l’activité révolutionnaire – entre l’affirmation et l’action / le dire et l’agir – qui sont à l’œuvre, trop souvent de façon dissociée, dans toute pratique au sein du prolétariat. Cette cohérence brisée n’est jamais plus évidente que sur la question de la lutte armée et de la guerre révolutionnaire.

Le résultat peut-être le plus pernicieux de la longue tradition réformiste dans le mouvement ouvrier à l’échelle internationale, c’est le fait qu’elle est parvenue à dissoudre cette unité, souvent jusque chez ceux qui disent pourtant vouloir critiquer et combattre le réformisme et le révisionnisme. L’influence, la force, l’ascendant du réformisme (et du révisionnisme), on ne les mesure pas seulement à travers les hauts et les bas de ses propres avatars organisationnels (partis, syndicats, gouvernements). On les mesure aussi par la puissance de la censure politique imposée à tout le mouvement ouvrier, qui se traduit dans la difficulté évidente de nombreux révolutionnaires à penser la possibilité d’une émancipation véritable du mouvement communiste de la discipline imposée par la démocratie bourgeoise des États impérialistes.

Nous appelons discipline imposée par la démocratie bourgeoise, le cadre constitué par : l’action revendicative légale (principalement économique et syndicale), les élections et le parlementarisme, les libertés politiques générales octroyées au mouvement ouvrier en échange du désarmement complet du prolétariat et de ses organisations.

Le réformisme tend à imposer à ses propres critiques et à ses adversaires, la reconnaissance de cette discipline imposée par la démocratie bourgeoise. C’est ce qui expliqua par exemple la virulence de la lutte du Parti communiste italien contre les Brigades rouges au début des années 80. Les Brigades rouges contestaient cette discipline et cette censure politique et s’adressaient au prolétariat italien à travers la perspective concrète (qui contenait aussi sa part de faiblesses et d’erreurs) d’une lutte communiste «émancipée».

Les censeurs révisionnistes ne pouvaient tolérer une telle infraction à la discipline imposée par la démocratie bourgeoise. En effet, une partie du prolétariat italien refusait de s’agglutiner derrière cette discipline étriquée, comme le faisaient pourtant toutes les tendances, toutes les fractions et toutes les nuances du réformisme. Cela était bien trop menaçant. Le Parti communiste italien développa alors sous leur forme la plus extrême les positions totalement anti-marxistes du révisionnisme : «L’objectif à poursuivre avec fermeté et ténacité est l’isolement politique, culturel, moral de la subversion, de la violence, de l’action de commando et de la critique des armes.» (Ugo Spagnoli dans le recueil Terrorisme et démocratie, ed. Sociales). De même ce qui suit sur l’État : «Le rapport entre la classe ouvrière et l’État né de la résistance, n’a jamais été fondé sur l’opposition de l’une à l’autre, ni sur la volonté de la détruire, et cela pas même pendant les périodes de la pire répression.» (Ibidem)

Comme on le voit, le révisionnisme, ainsi que toutes les formes édulcorées de socialisme, sont, dans les moments cruciaux, solidaires de l’État bourgeois. Ils ont été disciplinés. On pense tout de suite à l’exemple historique de la social-démocratie européenne lors de la première guerre mondiale et au grand combat de Lénine pour faire émerger la lutte communiste et la guerre civile contre le compromis chauvin et pro-impérialiste des socialistes.

L’effet historique du révisionnisme, ce n’est donc pas seulement d’avoir vidé de son sens le communisme, d’avoir tout perverti, les principes, les buts, les moyens de lutte, le projet libérateur, c’est aussi d’avoir amené avec lui sur le terrain de la discipline imposée par l’État bourgeois, la majorité des communistes révolutionnaires soi-disant adversaires du révisionnisme.

C’est pourquoi nous ne devons pas nous satisfaire d’une critique portée exclusivement contre le camp révisionniste. Il faut la poser de façon générale, et donc la tourner également vers soi : se peut-il que nous traînions avec nous, jusque et y compris dans la critique du révisionnisme, certaines de ses conceptions les plus faibles, dont celles qui tiennent au rapport à l’État bourgeois impérialiste et à la discipline qu’il impose ? Comment concevoir autrement cette conception tenace et paresseuse qui découpe au couteau deux phases dans la voie de la révolution au sein des pays capitalistes avancés : d’abord une longue lutte légale, ensuite seulement une période de lutte armée (insurrection[s] initiale[s] suivie[s] d’une lutte ouverte/guerre civile) ?

On ne peut se satisfaire d’une telle conception qui dès son point de départ, défait, dissocie, désarticule l’activité légale et illégale du parti révolutionnaire (thèse léniniste) ; qui soumet la lutte armée à l’activité légale (donc fait dépendre la première de la seconde), et rabaisse ainsi cavalièrement le niveau de détermination stratégique de la révolution armée (thèse marxiste). Dire par exemple ceci : les conditions qui «…prévalent dans les pays capitalistes avancés requièrent, avant la révolution armée, une lutte légale prolongée» (Déclaration générale sur Mao et la guerre populaire, voir page 52), c’est vouloir ne rien résoudre de manière claire (ne produire aucune systématisation utile pour la lutte), mais plutôt dresser avec cette formule creuse et dépassée un large paravent politique derrière lequel beaucoup d’idées imprécises – et beaucoup d’idées fausses – pourront très facilement se dissimuler et ainsi continuer leur œuvre désorganisatrice.

Il faut plutôt prendre exemple sur Lénine qui, à l’encontre de ceux dans son propre parti qui condamnaient la guerre de partisans, leur reprocha de se tenir vraiment très loin du marxisme : «Je souffre, écrivit-il, de voir ainsi ravalée la doctrine la plus révolutionnaire du monde.» (Lénine, La guerre de partisans, 1906)

En vérité, tout le marxisme depuis 150 ans, toute sa vitalité, toute son énergie, toute son intelligence et ses ressources auraient dû normalement être tendues dans une direction principale, quasi unique : résoudre la question de la révolution prolétarienne. D’autant plus que dès 1848, Marx et Engels concluaient leur Manifeste fondateur par l’admission sans détour de ce qu’ils considéraient être une évidence de l’histoire : «Leurs buts (les buts des communistes, NDLR) ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé.» Il ne s’agit donc pas, peu sans faut, d’un aspect purement décoratif, ni d’une question subsidiaire dont on confie la résolution aux effluves aléatoires de l’improvisation.

Comment accepter alors que cette question de la révolution prolétarienne, i.e. de la ligne stratégique de la révolution, soit devenue dans les pays capitalistes avancés, la sphère la plus sous-développée du marxisme-léninisme ? Sa zone la moins créative, la moins féconde ?

Marx et Engels, qui très tôt surent plonger avec combativité et audace dans les événements de la révolution bourgeoise en Europe, mirent en lumière, dans une série de textes devenus célèbres (Adresse du Comité central à la ligue des communistes, Les luttes de classes en France, Révolution et contre-révolution en Allemagne) la fonction éducatrice, de maturation et d’accélération, que représentait pour toutes les classes révolutionnaires, y compris pour le prolétariat alors naissant, la participation directe aux combats révolutionnaires, aux soulèvements, aux insurrections. C’est Engels qui écrivait :

«C’est ce développement rapide et violent de l’antagonisme de classes qui, dans les organismes sociaux vieux et compliqués, fait d’une révolution un si puissant agent de progrès social et politique : c’est cet incessant et vif jaillissement de partis nouveaux se relayant au pouvoir qui, pendant ces commotions violentes, fait franchir à une nation une route plus longue en cinq années qu’elle n’eût fait de chemin en cent ans dans des circonstances ordinaires.»

(Révolution et contre-révolution en Allemagne, 1852) Dans la même série d’articles, Engels écrivit son passage célèbre sur les règles de l’insurrection dans la révolution.

En même temps, tout en étant engagé directement dans les combats insurrectionnels, Engels voit bien que la disposition des classes en France, en Allemagne et ailleurs en Europe à ce moment là est celle qui correspond à la révolution bourgeoise, et il a le génie de reconnaître dès lors que les combats insurrectionnels de 1848 ne sont, ni plus ni moins, que la traduction militaire de cette même disposition politique des classes dans le contexte de la révolution bourgeoise. En 1852, à peine trois ans après le Manifeste, Engels écrivit :

«La stratégie moderne (celle qui se matérialise alors dans les combats de 1848, NDLR) suppose l’émancipation de la bourgeoisie et de la paysannerie : c’est l’expression militaire de cette émancipation. L’émancipation du prolétariat aura, elle aussi, une expression militaire particulière et une nouvelle méthode de guerre spécifique. Cela est clair. On peut même déterminer cette stratégie à partir des conditions matérielles du prolétariat.»

(Engels, Les conditions et les perspectives d’une guerre de la Sainte-Alliance contre une France révolutionnaire en 1852)

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’audace révolutionnaire aide à voir clair ! En 1848, le Manifeste prévient que le communisme ne peut se réaliser que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. Puis, en observant, en intervenant, en agissant dans la révolution bourgeoise, Marx et Engels en déduisent ceci de fondamental (et qu’il vaut la peine de souligner) : «L’émancipation du prolétariat aura, elle aussi, une expression militaire particulière et une nouvelle méthode de guerre spécifique. Cela est clair.»

En sommes-nous restés là ? Cette question est centrale.

Certains, en tous cas, en sont restés là. Emportés dans une longue dérive légaliste, beaucoup de partis soi-disant ouvriers ou communistes ont tout simplement fait l’impasse sur les moyens et les formes de la lutte révolutionnaire dans les pays capitalistes avancés. Le révisionnisme a littéralement endossé la fusion du mouvement ouvrier avec la démocratie bourgeoise au sein des États impérialistes. Cela a tenu et tient toujours à la nature même de l’opportunisme comme courant de droite dans le mouvement ouvrier.

Lénine a ainsi défini l’opportunisme : «L’opportunisme consiste à sacrifier les intérêts fondamentaux de la masse des hommes aux intérêts temporaires d’une infime minorité d’entre eux, ou, en d’autres termes, l’alliance d’une partie des ouvriers avec la bourgeoisie contre la masse du prolétariat.» (La faillite de la IIe Internationale, 1915)

Partout à travers le monde, sur tous les continents, la lutte entre la révolution et la contre-révolution a pris la forme d’une lutte entre le révisionnisme/opportunisme et le marxisme-léninisme. Cette lutte idéologique, politique, militaire, a secoué le prolétariat et les masses opprimées. La classe ouvrière a dû reculer. La bourgeoisie a accru son régime d’exploitation. Elle a empiété autant qu’elle a pu sur l’existence même des prolétaires, sur leurs conditions de vie, leur santé, sur leurs libertés et leurs droits politiques. Des peuples entiers ont été maintenus dans l’asservissement, l’impérialisme jouissant toujours de cette possibilité immonde d’accroître la misère des masses à des degrés et dans des proportions vertigineuses.

Au niveau politique, le révisionnisme et l’opportunisme ont tout fait pour chasser le marxisme du mouvement ouvrier. Des organisations, des fronts de lutte, des partis ont été liquidés, l’opportunisme préférant confier la tâche de l’éducation politique du prolétariat à l’ennemi de classe et à l’État bourgeois.

Le révisionnisme s’est constamment développé sous la forme d’une tendance à la fusion du mouvement ouvrier et de la démocratie bourgeoise. Il prend donc ses aises sans problème à l’intérieur de la discipline imposée par l’État bourgeois. Et il la renouvelle, la régénère constamment, accentuant ainsi la dissolution du prolétariat comme classe dans la démocratie bourgeoise. Le pacifisme, le légalisme, le parlementarisme, le syndicalisme bourgeois, le nationalisme servant les intérêts impérialistes des grandes bourgeoisies, etc., furent tous mis au service de cette «fusion» entièrement étrangère au marxisme.

Dans les pays impérialistes, le prolétariat paie le prix politique pour cet asservissement à la démocratie bourgeoise. Son niveau d’organisation est bas. Sa compréhension des moyens et des formes de la lutte des classes est largement déficiente. De manière générale, il ne se prépare pas – ou se prépare mal – en prévision des prochains affrontements et des grandes batailles à venir.

Ce lourd passif de l’opportunisme, Lénine, en particulier, n’a jamais cherché à l’esquiver. Au contraire même, il en fit sa cible. Et par-dessus tout, il chercha à lier, à un niveau théorique, l’opportunisme comme courant dominant le mouvement ouvrier («…s’ils n’avaient pas en main la direction des ouvriers, la bourgeoisie ne pourrait pas se maintenir» – Lénine, Discours au IIe congrès de l’Internationale communiste) à la période historique de l’impérialisme et aux rapports de classes qui y prévalent.

Sur ce point, Lénine nous a légué une des idées les plus fortes de tout le communisme, une vérité tranchante comme il y en a peu et que chaque communiste devrait s’appliquer à traduire dans son activité concrète :

«L’opportunisme n’est pas un effet du hasard, ni un péché, ni une bévue, ni la trahison d’individus isolés, mais le produit social de toute une époque historique. Cependant, tout le monde ne médite pas suffisamment sur la signification de cette vérité. L’opportunisme est le fruit de la légalité.»

(La faillite de la IIe Internationale, 1915)

Lénine ne prétend pas de façon grossière que «l’illégalité» dans son sens immédiat préserve nécessairement de l’opportunisme. Ce serait bêtement mécaniste et contraire à l’expérience historique du prolétariat international qui montre fort bien que l’opportunisme, comme courant dominant lié à une époque historique, est à l’œuvre aussi dans la pratique des guerres révolutionnaires.

Lénine prend plutôt la question dans un sens plus large. La légalité, c’est la tendance forte, c’est le «gulf stream», c’est la vague qui balaie dans les conditions de l’impérialisme et qui pousse à la dissolution du prolétariat comme classe (la classe dans son sens politique) à l’intérieur de la démocratie bourgeoise. C’est contre cette tendance qu’il faut lutter.

Faisons quelques pas en arrière. Partons de maintenant, l’an 2000, et revenons vers cette solide conviction d’Engels de 1852 : «L’émancipation du prolétariat aura, elle aussi, une expression militaire particulière et une nouvelle méthode de guerre spécifique. Cela est clair.» Que voit-on ? Un résultat complexe et simple à la fois. Deux puissances contradictoires, deux mouvements antinomiques qui ne peuvent indéfiniment partager le même espace et qui tendent ainsi à annihiler l’autre pour pouvoir se vérifier dans l’histoire. Deux conceptions qui sont opposées sans être entièrement libre l’une de l’autre. Il y a échanges, mouvements, emprunts, hésitations, affaiblissements et renforcements, etc.

Ces deux colosses ce sont, d’une part, le mouvement ouvrier «bourgeois» dont l’aboutissement est sa propre fusion avec l’État bourgeois impérialiste. Pour lui, il n’y a pas d’horizon au-delà de la démocratie bourgeoise. Conséquemment, il n’y a pas non plus de révolution à laquelle réfléchir, ni à apprendre, ni à préparer ni à organiser. Et c’est d’autre part, le mouvement des masses opprimées dirigé à travers plusieurs étapes vers la révolution prolétarienne et le communisme. C’est le marxisme-léninisme révolutionnaire, et aujourd’hui le maoïsme, qui doivent impérativement tendre toutes leurs forces dans le but de réfléchir, d’apprendre, de préparer et d’organiser la révolution, c’est-à-dire de résoudre la question du pouvoir prolétarien.

Du premier, on a montré que le vecteur de sa réalisation, que son véhicule, a été depuis longtemps ni plus ni moins que cette discipline imposée par l’État bourgeois impérialiste (mouvement revendicatif légal, élections, droits politiques consentis en échange du désarmement complet du prolétariat).

Du second, du mouvement révolutionnaire légitime du prolétariat et des masses opprimées, il faut plutôt parler à ce moment-ci de l’enjeu considérable que représente actuellement la question de la guerre révolutionnaire, celle-ci étant l’expression de sa réalisation comme mouvement historique.

Dans son célèbre interview de 1988, le président Gonzalo du Parti communiste du Pérou avait réaffirmé avec conviction la position du PCP sur la guerre populaire. «Pour nous, le président Mao Zedong, en établissant les principes de la guerre populaire, a doté le prolétariat de sa ligne militaire, de sa théorie et de sa pratique militaire, de valeur universelle, donc applicable partout, selon les conditions concrètes.» Sans même chercher volontairement à «boucler la boucle», le président Gonzalo répondait ainsi, à 130 ans de distance, à Engels qui avait parlé, comme on l’a vu, de l’expression militaire particulière que prendrait l’émancipation du prolétariat.

Certains ont vu et continuent à voir dans cette position politique du PCP une généralisation abusive de la conception de la guerre populaire élaborée et appliquée par Mao Zedong et le Parti communiste chinois. C’est le cas de nombreuses organisations marxistes-léninistes à travers le monde, notamment du Revolutionary Communist Party des États-Unis ainsi que des partis et organisations qui ont signé en 1998 la Déclaration générale sur Mao et la guerre populaire et dans laquelle ces partis prônent pour tous les pays capitalistes avancés une lutte légale prolongée.

Nous considérons que cette position du PCP est juste, en dépit des imprécisions qu’elle contient et qui sont de toutes manières inévitables quand il s’agit de développer et de généraliser ce qui demeure après tout une pratique humaine, une pratique consciente. À notre sens, comme dans toute activité historique qui présuppose des conditions concrètes, ce qui est généralisé, ce qui s’élève à un niveau dit universel, c’est la connaissance et la science produites par cette activité historique, et non pas les contingences concrètes de l’activité en question.

Cela, d’autant plus que le mouvement communiste actuel est dans une période où il doit impérativement réaffirmer les bases politiques fondamentales du communisme révolutionnaire, de manière à les extraire de tout ce qu’ont pervertit le révisionnisme et l’opportunisme. Que cela nous plaise ou non, il s’agit là du moment actuel du matérialisme historique. Dans ces circonstances, notre méthode pour étudier et comprendre les questions relatives à la ligne stratégique du mouvement doit impliquer un va-et-vient constant entre la ligne politique et le militaire, de manière à renforcer le politique d’abord, puis ce faisant, renforcer aussi le militaire, et revenir à nouveau renforcer la ligne politique, et ainsi de suite.

Il ne sert à rien, et c’est aussi totalement contraire au marxisme, de contingenter le politique et le militaire et ne tirer de ce qui est militaire que des enseignements militaires. En réalité, ça sert seulement à dire quelque chose comme : «ceci, ceci et ceci n’est pas applicable, donc, restons dans la lutte légale prolongée !»

Pendant les années 80 et 90, des organisations et partis se sont efforcés de ramener, au meilleur de leurs capacités, le marxisme-léninisme sur ses bases fondatrices qui sont celles du Manifeste, le renversement violent (non par choix mais par nécessité) de tout l’ordre social passé. Nous pensons qu’il y a deux sources fertiles à ce mouvement salutaire.

Il y a les partis communistes maoïstes dans plusieurs pays dominés par l’impérialisme qui ont développé la guerre populaire comme au Pérou, aux Philippines, en Turquie, au Népal, en Inde. Il s’agit d’une lutte titanesque qui implique le renversement d’une lourde machine ennemie, à commencer par l’opportunisme et le défaitisme sur lesquels elle s’appuie. Malgré cela, et justement parce qu’il s’agit d’une lutte titanesque, il faut voir l’avenir avec optimisme. Les masses vont transformer les vérités tranchantes du maoïsme en victoires décisives. Les faits prouvent que cette transformation est déjà commencée.

Aujourd’hui, l’essor de la guerre populaire prolongée comme ligne stratégique de la révolution dans bon nombre de pays compte d’ores et déjà pour un des développements majeurs de la révolution prolétarienne mondiale. Les partis marxistes-léninistes-maoïstes qui se sont forgés dans l’étude, la compréhension et l’application de cette ligne stratégique dessinent une nouvelle direction au mouvement révolutionnaire. Ils accumulent une expérience précieuse. Ils deviennent par le fait même des partis plus forts, plus assurés, plus fermes sur les principes de la lutte. Pour ces partis, comme pour toutes les organisations révolutionnaires, cet essor est crucial. Il bouscule toutes les chimères réformistes et pacifistes. Il recentre la vérité historique sur la lutte des classes et sur la lutte armée, la forme suprême de la révolution, comme l’a écrit si justement Mao Zedong.

L’autre source qui a contribué à ramener la question de la lutte révolutionnaire dans le mouvement communiste, ce sont les partis et organisations, en Europe principalement, qui ont développé une pratique de lutte armée liée à la révolution prolétarienne au sein des pays impérialistes. Des communistes italiens pendant et après l’expérience des Brigades rouges, les Cellules communistes combattantes en Belgique, le Parti communiste espagnol (reconstitué) (PCEr), et certains autres, ont porté une critique ravageuse à l’encontre du communisme discipliné par l’État bourgeois, et surtout à l’encontre du schéma insurrectionnel purement velléitaire.

Ces partis et organisations ne convergent pas tous vers une même compréhension politique de la lutte armée. Il serait trompeur de faire croire le contraire, et ce n’est pas ce que nous voulons. Nous entendons améliorer notre étude des positions politiques respectives de ces partis et organisations.

Il est néanmoins tout-à-fait évident pour nous, à ce moment-ci, que le prolétariat des grands pays impérialistes ne pourra au cours des dix, vingt, cinquante prochaines années, affronter directement la bourgeoisie, même dans une situation de crise profonde où elle peine à gouverner normalement, et poser alors la question du pouvoir prolétarien contre l’État bourgeois – de manière à faire triompher la révolution et le socialisme – qu’en autant que, et seulement si les partis communistes révolutionnaires :

  • ont pris soin de se construire et de disposer leurs forces selon une combinaison juste et réfléchie de luttes légales et illégales, entre autres par des actions de propagande armée, et ce dans toutes les phases du développement du parti ;
  • ont amorcé de longue date une préparation militaire adéquate adaptée aux conditions particulières du pays ;
  • ont appris à combattre et ont remporté des combats ;
  • ont entrepris largement d’affaiblir, de désorganiser et de briser la capacité de d’agir de l’armée et des autres forces répressives au service de l’État ;
  • ont jeté les bases d’une armée populaire rouge ;
  • ont entrepris avec les masses prolétariennes l’établissement d’un pouvoir populaire dans les principales villes du pays. au nom duquel pouvoir le prolétariat se portera à l’offensive dans l’insurrection contre l’État bourgeois ;
  • ont préparé le prolétariat à l’offensive directe de façon consciente, sur la base de la confiance absolue que le parti porte aux masses prolétariennes, et ce dans toutes les phases de la guerre révolutionnaire contre l’État bourgeois.

(Texte soumis à la discussion par le groupe Action socialiste, janvier 2000)

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