L’intervention armée des troupes américaines dans la province de Mindanao, faussement présentée comme faisant partie d’un exercice militaire conjoint prévu de longue date avec l’armée des Philippines, constitue un affront direct à la souveraineté nationale des Philippines et laisse présager une agression armée encore plus vaste et virulente.

Les attentats du 11 septembre ont servi de prétexte à l’impérialisme américain pour poursuivre et lancer des attaques débridées contre des pays plus faibles et plus petits. Les États-Unis se sont arrogés le droit exclusif de traquer les individus, et même de faire tomber les gouvernements d’autres pays qu’ils suspectent et qualifient comme étant «terroristes». Alors qu’elle n’était destinée au départ qu’à combattre le «terrorisme international» (vu comme posant une menace directe à la sécurité et au territoire des États-Unis), la campagne militaire qu’ils ont déclenchée s’est rapidement étendue à toutes les forces, aux éléments et même aux gouvernements et aux pays auxquels les États-Unis apposent arbitrairement le label «terroriste», englobant ainsi toute menace aux intérêts et au pouvoir de l’impérialisme U.S., tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. […] La liste noire établie par l’impérialisme américain inclut même des gouvernements anti-impérialistes et des mouvements révolutionnaires de libération nationale qui reçoivent un fort soutien de leur population, comme le Front national démocratique (le NDF) et la Nouvelle armée populaire aux Philippines. Mais bien sûr, cette liste n’inclut aucunement les forces pro-impérialistes, comme par exemple le gouvernement israélien qui pratique le terrorisme contre d’autres pays et contre la population civile palestinienne. […]

La guerre sans frontières et sans limites mise de l’avant par Bush et par ses principaux conseillers (parmi lesquels on retrouve les maîtres à penser et les vétérans de la campagne de terreur anti-communiste menée par les contras, les escadrons de la mort et les voyous fascistes de même acabit en Amérique latine, en Afrique et en Asie à l’époque de Reagan) est un parfait exemple d’arrogance impérialiste portée à son plus haut niveau. L’impérialisme américain a toujours eu recours aux guerres d’agression. Il reste constamment sur le pied de guerre et encourt des dépenses militaires massives pour éteindre les feux qui s’allument un peu partout dans le monde, pour tenter de faire redémarrer l’économie qui faiblit aux États-Unis comme partout ailleurs, pour assurer le pouvoir de l’impérialisme et pour maintenir et intensifier l’exploitation des néo-colonies et des pays dépendants – bref, pour perpétuer et renforcer le système de domination et la mondialisation impérialistes, qui constituent le facteur principal derrière les crises et les troubles qui se répandent à l’échelle de la planète.

Aux Philippines, c’est l’incapacité des forces de l’ordre à venir à bout du groupe terroriste d’Abu Sayyaf (qui n’est rien d’autre qu’une créature de la CIA et des forces armées) qui sert aujourd’hui de prétexte à l’impérialisme U.S. et au gouvernement fantoche de Macapagal-Arroyo pour justifier l’intervention militaire directe des troupes américaines. Mais déjà, on a pu entendre à plusieurs reprises et à très haut niveau – notamment de la bouche même du général Angelo Reyes – que la prochaine cible de l’opération militaire allait être le NDF et la Nouvelle armée populaire, qu’on ne peut pourtant assimiler d’aucune manière aux attentats du 11 septembre, même en faisant preuve de beaucoup d’imagination. […]

Le régime fantoche de Macapagal-Arroyo cherche désespérément à trouver une solution à la crise économique et politique à laquelle le système fait face. L’économie semi-féodale, déjà en ruine, est en train de s’affaiblir encore plus en raison de l’intensité de la crise générale, des politiques néolibérales de déréglementation et de libéralisation mises en place par le régime, et du pillage sans précédent opéré par la bureaucratie dans les coffres de la nation. La résistance populaire armée et non armée continue à s’étendre. Le gouvernement Macapagal-Arroyo fait face aux intrigues et à de sérieuses menaces de la part de ses rivaux politiques au sein même de la classe dominante. Dans ce contexte, la clique dirigeante réactionnaire souhaite remporter une victoire militaire rapide grâce à l’aide des troupes américaines, de sorte à faire oublier la crise interne sévère que le pays traverse et à améliorer ses chances de conserver le pouvoir, et éventuellement de remporter les prochaines élections prévues en 2004.

L’intervention militaire et la menace d’agression armée de la part de l’impérialisme U.S. traduisent un affaiblissement majeur du système semi-colonial et semi-féodal corrompu. Le recours désespéré à la violence et à une intervention de type colonial comme celle-ci visent à sauver un système réactionnaire chancelant. Celui-ci apparaît comme étant plus asservi que jamais : l’utilisation de moyens militaires vise non seulement à supprimer les «terroristes», mais aussi tous ceux et celles qui s’opposent et résistent à l’impérialisme et au règne des grands propriétaires terriens et de la bourgeoisie compradore. […]

La cabale menée par Bush et Arroyo s’avère carrément illégale et traîtresse ; elle vient renforcer la tendance inhérente à la corruption, à la criminalité et à l’illégalité qui existe aux plus hauts échelons de la bureaucratie de l’État fantoche, tant dans l’armée, la police que dans l’appareil gouvernemental. Elle a aussi pour conséquence d’encourager et de renforcer l’extrême-droite, les secteurs militaristes, les laquais les plus dociles de l’impérialisme et les éléments les plus corrompus parmi la classe politique du pays.

Les conséquences immédiates de l’intervention armée des États-Unis ne se limitent pas au seul cas du groupe Abu Sayyaf. L’impérialisme U.S. et le régime fantoche de Macapagal-Arroyo ont saisi l’occasion que leur a donné ce groupe pour autoriser le retour des troupes américaines, qui pourront ainsi intervenir directement dans la lutte entre la révolution et la contre-révolution qui s’intensifie dans tout le pays. Avec l’aide des États-Unis, les forces armées des Philippines cherchent à renforcer leur appareil militaire, notamment en ce qui a trait aux transports, aux communications et à la surveillance. Elles conscrivent de nouveaux soldats, tant au sein de l’armée régulière que parmi les forces paramilitaires. Elles souhaitent étendre dans tout le pays les opérations qu’elles sont actuellement contraintes de ne mener que dans certaines provinces, étant donné le manque chronique de fonds, d’équipement et de personnel qu’elles connaissent.

L’intervention armée des États-Unis et le déclenchement de la guerre contre-révolutionnaire sur une vaste échelle vont certes entraîner d’immenses souffrances pour les larges masses populaires. Il s’agit d’un nouveau coup porté à un peuple qui souffre déjà beaucoup et depuis longtemps en raison de l’intensité de la crise socio-économique.

Les menaces des impérialistes, des réactionnaires et des militaristes n’intimideront aucunement le Parti et le mouvement révolutionnaire. Avec la conclusion victorieuse de la Deuxième Grande campagne de rectification, le Parti et le mouvement révolutionnaire sont aujourd’hui plus forts que jamais et comprennent encore plus clairement la nécessité de faire avancer la révolution démocratique populaire contre les ennemis locaux et étrangers. Le Parti est entièrement uni et déterminé à diriger la résistance populaire contre l’intervention militaire et la menace d’agression armée de la part de l’impérialisme U.S. La Nouvelle armée populaire s’est aguerrie et fortifiée à travers plus de 30 ans de lutte à mort.

En agissant comme ils le font avec de plus en plus de virulence, l’impérialisme et la réaction ne peuvent que se démasquer et s’isoler encore plus. Leur action contribuera à rapprocher les masses du mouvement révolutionnaire et à hâter le jour où leur système s’effondrera. Peu importe les difficultés tactiques que l’intervention militaire et l’agression armée des États-Unis poseront, celles-ci ne feront pas le poids face à l’immense potentiel généré par la résistance des millions de personnes déterminées à lutter pour la libération nationale et la démocratie authentiques.

Le Parti et l’ensemble du mouvement révolutionnaire doivent sans plus tarder développer la résistance la plus large possible à l’intervention militaire des États-Unis et à la menace d’agression armée. Il faut préparer systématiquement et déployer la mobilisation des forces révolutionnaires avec celle des larges masses du peuple, et résister fermement à cette nouvelle intrusion de l’impérialisme U.S. et de ses laquais. Étendons, renforçons et intensifions le mouvement de protestation et la lutte armée. Étendons et renforçons le front uni national, et avançons fermement sur la voie de la révolution populaire démocratique. Résistons à l’intervention armée des États-Unis et faisons-la échouer. Faisons payer chèrement le régime Macapagal-Arroyo pour sa servilité et sa traîtrise ! […]

– Le Comité exécutif du Comité central
du Parti communiste des Philippines

20/01/2002
e p D T F s