«Quiconque désire une paix solide et démocratique doit être partisan de la guerre civile contre les gouvernements et la bourgeoisie.»
– Lénine

Il y a un mois environ, une réunion a eu lieu afin de former un réseau appelé «Non au terrorisme et à la guerre». Lors de cette réunion, il n’y a eu que très peu de temps d’alloué pour discuter des bases politiques du réseau. […] Celles-ci étaient déjà décidées à l’avance, et les discussions et commentaires ont été prohibés, certains disant qu’il s’agissait d’une «perte de temps», tandis qu’une autre personne affirmait qu’il valait mieux reporter la discussion «une fois la guerre terminée». […]

La clarification et la compréhension des causes et des objectifs de la guerre sont pourtant nécessaires si on veut s’y opposer sérieusement. La guerre à laquelle nous faisons présentement face ne sera certainement pas de courte durée ; il est donc peu pertinent d’attendre qu’elle soit finie pour en discuter. Ce à quoi nous sommes confrontés en ce moment, ce n’est pas seulement à une guerre d’agression contre l’Afghanistan : nous faisons face à l’élaboration d’un tout nouveau concept militaire – celui de la soi-disant «guerre au terrorisme», dont on prévoit déjà qu’elle durera plusieurs décennies et qu’elle s’étendra sur tous les continents ! Mais les dirigeants du réseau Non au terrorisme et à la guerre n’ont pas voulu en discuter pendant plus de 15 minutes. […]

La politique adoptée par le réseau est-elle juste ? Nous devons l’évaluer à la fois d’un point de vue théorique, concret et tactique :

1) Du point de vue théorique : Les communistes ne s’opposent pas en soi à toute guerre. […] Premièrement, nous ne nous opposons pas à une guerre civile révolutionnaire, comme celles que les classes exploitées mènent contre les exploiteurs. Ensuite, nous ne nous opposons pas non plus aux guerres de libération nationale menées par les nations opprimées contre les nations oppressives. Troisièmement, nous ne rejetons pas la possibilité, pour d’éventuels pays socialistes, de mener des guerres défensives contre une agression étrangère. Et finalement, nous ne devrions jamais nous opposer, selon nous, à une guerre révolutionnaire mondiale dirigée contre la guerre impérialiste.

2) Du point de vue de la situation actuelle : Ce qui se passe actuellement déborde l’agression contre l’Afghanistan. La «guerre au terrorisme» s’avère un outil aux mains de l’impérialisme américain pour écraser toute forme d’opposition, où que ce soit dans le monde – y compris aux États-Unis. Nous ne devrions pas nous laisser tromper par le fait que l’Afghanistan en est actuellement la première victime directe, ni qu’Oussama Ben Laden soit désormais présenté comme étant «l’ennemi numéro un des États-Unis». Bientôt, on verra l’objectif de la «guerre au terrorisme» se déplacer en fonction des véritables dangers auxquels l’impérialisme U.S. fait face. Même si Ben Laden et Cie sont fort capables, dans une certaine mesure, de faire mal aux impérialistes, c’est la lutte de la classe ouvrière et des peuples des pays dominés – y compris la lutte de la classe ouvrière des États-Unis – qui pose le plus grand défi à la bourgeoisie nord-américaine. Ainsi, les États-Unis ont déjà commencé à préparer le terrain au déclenchement d’une nouvelle guerre en Amérique latine, au Pérou et en Colombie plus particulièrement, un peu comme ils le font présentement en Afghanistan. La «guerre au terrorisme» est d’abord et avant tout, une guerre contre les peuples du monde entier – même si elle ébranlera au passage certains groupes, régimes ou marionnettes réactionnaires. L’impérialisme américain a déjà qualifié la guerre populaire dirigée par le Parti communiste du Pérou (PCP) comme étant «terroriste». C’est le même qualificatif qui attend les autres luttes révolutionnaires qui se développent ailleurs dans le monde, que ce soit au Népal, en Turquie, en Inde, aux Philippines, etc.

Comme révolutionnaires communistes au Danemark – qui est un pays impérialiste -, nous avons la responsabilité de nous unir avec la classe ouvrière et les peuples en lutte dans les pays dominés. Il nous faut reconnaître clairement le droit de la classe ouvrière et des peuples de se révolter. Nous devons leur reconnaître le droit de mener la guerre révolutionnaire et la guerre nationale contre les oppresseurs étrangers et locaux. Si nous ne leur reconnaissons pas ce droit et qu’au contraire nous nous y opposons, cela signifiera dans les faits que nous choisissons de nous unir avec notre propre bourgeoisie et avec l’impérialisme américain. Partant de là, il doit être clair qu’en aucune circonstance, nous ne pouvons accepter qu’on qualifie la lutte de nos camarades comme étant «terroriste», comme les États-Unis et leurs alliés le font présentement. Le gouvernement danois utilise d’ailleurs actuellement ce prétexte pour tenter de criminaliser toute forme de soutien aux luttes révolutionnaires. En reprenant le label «terroriste», nous ne ferions que légitimer la «guerre au terrorisme», plutôt que de nous y opposer. […]

3) Du point de vue tactique : Plusieurs nous répliqueront sans doute qu’ils savent déjà tout ça mais que ce qui importe, c’est de tenter de «rejoindre autant de monde que possible». À cela, nous disons que c’est effectivement le rôle des révolutionnaires communistes que de conduire les masses dans une direction révolutionnaire, d’élever leur conscience politique et leur niveau d’organisation. Nous ne mettons évidemment pas toujours de l’avant, en toutes circonstances, le programme communiste maximum comme base d’unité ! Non, pour s’unir avec les larges masses, il faut partir d’un programme minimum, un programme concret qui présente des revendications spécifiques, incluant par exemple, dans la situation actuelle, la défense des droits démocratiques. Mais de tels programmes et de telles revendications ne doivent jamais conduire à l’abandon des principes de base du marxisme et de la révolution.

La seule chose qu’on puisse obtenir en parlant un jour contre la violence en principe alors que le lendemain, on se prononce pour la violence mais toujours en principe, c’est la confusion politique et idéologique totale parmi les masses ; alors qu’au contraire, ce dont nous avons besoin, c’est que les choses soient plus claires. Plutôt que de tenter de «rejoindre tout le monde» avec un point de vue erroné, nous devons tenter de rejoindre le plus grand nombre avec un point de vue juste. C’est ainsi qu’on gagnera les éléments les plus avancés parmi les masses, qu’on pourra les éduquer à la révolution, à la violence révolutionnaire et au marxisme. C’est ainsi, et seulement ainsi, qu’on pourra construire une organisation révolutionnaire solide – une organisation capable d’aller de l’avant et de se développer sans pour autant compromettre son orientation révolutionnaire dans la lutte pour les revendications immédiates, ainsi que dans son agitation et sa propagande.

Les révolutionnaires communistes doivent étendre leur influence parmi les masses, qui sont actuellement influencées par l’idéologie bourgeoise. Le fait de rallier des intellectuels renommés, et même des bourgeois, fait partie de cette tâche. Mais il faut absolument éviter que cela nous conduise au résultat inverse, à savoir au ralliement des communistes au camp de la bourgeoisie. Combien de partis communistes n’ont-ils pas déjà suivi cette voie ? Combien de révolutions et de luttes n’ont-elles pas avorté à cause de ça ?

Les révolutionnaires communistes se situent nécessairement à contre-courant. Alors que notre bourgeoisie fait souffler un vent pro-Yankee depuis le 11 septembre, notre tâche n’est pas de l’attiser, sous prétexte que l’action du camp opposé aurait pu offenser certaines personnes. Ce qu’il faut faire, c’est de mettre en lumière la signification politique profonde des événements actuels et adopter une position cohérente contre la «guerre au terrorisme» menée par l’impérialisme américain et ses alliés, incluant la guerre d’agression qu’ils mènent présentement en Afghanistan.

– L’Organisation pour la reconstruction
du Parti communiste du Danemark (ORDKP)

05/11/2001
e p D T F s