L’article suivant est paru dans le numéro 16 du journal La Cause du peuple, publié en France par nos camarades du Front révolutionnaire anticapitaliste, antifasciste et populaire (FRAP). Il a été écrit avant l’annonce de l’annulation de la hausse des frais de scolarité et du rappel de la loi scélérate (le projet de loi 78).

La lutte des étudiants et étudiantes au Canada, et particulièrement au Québec où le mouvement a connu un écho fort parmi l’ensemble de la population, a eu un retentissement international.

Le mouvement est parti du milieu étudiant en réaction à une «réforme» gouvernementale préconisant l’augmentation des frais de scolarité, conduisant de fait à une sélection accrue à l’université et piégeant directement les étudiants et étudiantes dans une dépendance au crédit pour financer leurs études.

Le mouvement a donc débuté en février et a commencé à s’étendre à toutes les universités de Montréal (à l’exception des universités anglophones). Devant l’ampleur de la mobilisation, le gouvernement a choisi la répression. Mais après 2000 arrestations, il a poursuivi en adoptant l’infâme projet de loi 78. Cette loi, entre autres, oblige les étudiants à participer aux cours, interdit le blocage des accès aux établissements d’enseignement et oblige la déclaration de tout rassemblement de plus de 50 personnes. Les amendes vont de 1000$ à 125000$, pouvant être doublées en cas de récidive!

Comme le dit un tract du PCR-Canada: «Le 18 mai, le gouvernement Charest a démontré le vrai visage du système parlementaire et de l’État bourgeois. Il veut restreindre le droit de parole, le droit de contester et le droit de changer les choses… et ne permettre qu’une journée de “démocratie” tous les quatre ans.»

Lorsque le gouvernement a sorti cette loi, le mouvement s’est élargi à l’ensemble de la population et les questions posées ont pris une dimension bien plus importante. La pratique du «carré rouge» s’est également imposée. C’est-à-dire qu’au Québec, le fait de porter un carré rouge sur sa veste ou son sac détermine sa posture vis-à-vis du gouvernement et du mouvement. Dans la rue, il est possible d’identifier les sympathisants et sympathisantes du mouvement grâce à ce carré rouge, c’est le symbole d’une prise de position.

Une autre pratique faisant suite à cette loi fut le rassemblement quotidien sur la base de quartiers, dans lequel participants et participantes tapaient sur des casseroles. La casserole est donc devenue un symbole de la dimension populaire de la lutte. Cette pratique a permis une continuité du mouvement, son élargissement et son ancrage à partir de zones géographiques. Cet ancrage géographique s’est concrétisé par la formation de comités de quartier. Ces comités sont importants dans la continuité du mouvement car durant les vacances, le mouvement s’est mis «en pause», tout en restant un sujet d’actualité majeur.

Mais ce qui a le plus déstabilisé le mouvement étudiant fut la période pré-électorale pour l’Assemblée nationale du Québec. Nombre d’opportunistes ont ainsi clamé qu’il fallait attendre le résultat des élections pour reprendre la lutte et qu’elles étaient déterminantes au regard des revendications du mouvement. Or, comme l’affirme le PCR-Canada: «Le mouvement des quatre derniers mois démontre sans l’ombre d’un doute que c’est par la lutte, le combat et l’affrontement – et uniquement par ces moyens – qu’on peut placer l’ennemi sur la défensive et le faire reculer. Le gouvernement Charest, le parlement et l’appareil d’État qu’il dirige et représente sont présentement affaiblis et en perte de légitimité: c’est là une des grandes victoires du mouvement étudiant. En mettant de l’avant une solution électorale, la bourgeoisie cherche précisément à rétablir la légitimité et l’autorité de ses institutions.»

C’est là que les comités de quartier ont acquis le rôle principal dans la continuité du mouvement. Ainsi, avec justesse, les camarades du PCR-Canada et du Mouvement étudiant révolutionnaire-PCR avancent le slogan de formation de comités d’action politique. Par cette orientation, les comités de quartier deviennent un vecteur du mouvement populaire et permettent de continuer la dynamique du mouvement initié par les étudiants et étudiantes. Et en pratique, cela donne la formation récente du Comité d’action politique Sainte-Thérèse.

Voici un extrait de leur déclaration: «Nous avons choisi de nous inspirer du meilleur des luttes populaires, étudiantes et ouvrières, en les unifiant dans un même projet politique de renversement du capitalisme et pour terminer, passer de l’unité dans nos actions à l’unité politique de nos mots d’ordre, par le débat autour des perspectives politiques qui déferont le pouvoir bourgeois et prépareront le pouvoir populaire.»

La créativité, l’analyse concrète des situations concrètes et l’organisation autour de perspectives révolutionnaires caractérisent l’action des camarades du PCR-Canada dans cette grève étudiante. Cela doit nous inspirer ici dans le mouvement que nous devons mener de l’avant autour de la fermeture des usines et entreprises et de la vague de licenciement qui a déjà commencé. Le FRAP a déjà entamé ce travail, continuons-le ensemble!

e p D T F s