Arsenal №8
La révolution détruira toutes les oppressions!

Vive la lutte des nations autochtones!

La lutte de libération des peuples autochtones est au cœur de la lutte contre le capitalisme et la bourgeoisie impérialiste au Canada. Pour un parti révolutionnaire comme le PCR, comme pour tout militant ou toute militante qui souhaite mettre fin au capitalisme, c’est une question de tout premier ordre, qui devrait occuper une place centrale dans la stratégie et la pratique de la lutte de classe.

Désormais publiée par le bureau d’information politique, la revue que vous tenez entre les mains a pour objectif de faire avancer le débat sur les conditions de la révolution au Canada et dans le monde actuel, de clarifier les questions qu’elles posent, d’écarter les idées et points de vue qui retardent sur les exigences du combat révolutionnaire – bref, de dégager la voie de la révolution canadienne. C’est dans ce cadre que nous consacrons l’essentiel de ce numéro à la lutte de libération des peuples autochtones.

Le Canada a été fondé sur l’oppression, le vol et le génocide des peuples autochtones. Ce que le programme du PCR en disait il y a quelques années demeure tout aussi juste aujourd’hui, à savoir que

«le Canada, comme les autres États nés de la conquête et de la pénétration européenne en Amérique, s’est construit dans la violence, l’exploitation et l’oppression des peuples autochtones. Avant la venue des premiers Blancs au Canada, plus d’un million d’Autochtones habitaient ces contrées. L’arrivée des Français et des Anglais, avec leurs guerres et les maladies qu’ils amenèrent avec eux, a eu pour effet de décimer en grande partie les populations autochtones. Dans certains cas, c’est 80, 90, 95% de certaines communautés qui ont péri. Il aura fallu plusieurs siècles (en fait jusqu’à aujourd’hui) pour que les Autochtones puissent retrouver leur niveau démographique d’alors.»

Cette oppression a joué un rôle fondamental dans l’accumulation du capital, la formation et le développement d’une bourgeoisie impérialiste «euro-canadienne». Les nations autochtones constituent des «colonies internes» qui ont joué et jouent le même rôle pour la bourgeoisie canadienne que les pays du tiers-monde face aux pays impérialistes en général.

Ce fait politique indissociable du développement du capitalisme au Canada ne fait pas que conférer une importance primordiale à la «question autochtone»; il induit des considérations stratégiques et des tâches spécifiques pour les révolutionnaires.

Nos réflexions sur la révolution et la guerre populaire nous ont amené à accorder toute sa place à la question autochtone. En fait, ce n’est pas qu’une simple «question» ou une «réserve de la révolution prolétarienne», comme le disait le Parti communiste ouvrier (PCO) dans les années 1970, mais une composante essentielle de la révolution au Canada, de la lutte pour détruire l’État canadien; le mouvement pour la libération des Premières nations possède des caractéristiques et une dynamique propres, dont il est possible et nécessaire de trouver l’articulation avec la révolution prolétarienne, dans le cadre de la stratégie de la guerre populaire.

Les textes que nous présentons visent à faire progresser cette réflexion. Tout en développant une analyse des classes au sein des communautés autochtones, les articles proposés mettent entre autres en lumière le carcan juridique historique qu’a mis en place la bourgeoisie canadienne pour sciemment freiner toute émancipation des Autochtones. On y découvre par exemple que l’inique Loi sur les Indiens a bien sûr «reconnu» certains droits aux Autochtones, mais à la condition absolue de les voir accepter un statut de dépendance précisément inscrit dans cette même loi. Le prix de l’émancipation dans les conditions actuelles, serait donc la privation immédiate des maigres droits «nationaux» que l’État et la bourgeoisie au Canada ont «consentis» historiquement aux Autochtones et la menace de voir les maigres territoires officiels des réserves vendus aux capitalistes les plus offrants.

Rien que ces constats – une arnaque digne d’un État colonialiste – exigent une réponse révolutionnaire, c’est-à-dire qui permettra de mener la lutte autochtone contre la bourgeoisie canadienne en dehors du cadre et des lois imposés par l’État impérialiste. «Se saisir du territoire!», comme nous le revendiquions dans un autre article publié il y a déjà quelques années [1],

«le libérer des entraves qui résultent de la domination capitaliste et impérialiste et de l’exploitation des ressources par les grandes multinationales, et sur la base de cette révolution, ériger une nouvelle démocratie (i.e. le concept de révolution de démocratie nouvelle de Mao Zedong) qui réaliserait la souveraineté des peuples autochtones, mettrait fin à l’oppression nationale, expulserait les multinationales et tous les intérêts impérialistes et s’unirait à la lutte des travailleurs et travailleuses de partout au Canada pour le socialisme.»

Cette lutte pour le droit à l’autodétermination et l’affranchissement total des Autochtones de toute domination chauvine et coloniale, doit être appuyée à 100% et sans conditions par toutes les forces révolutionnaires au Canada.

Cette nécessité n’a pas toujours été bien comprise par la gauche canadienne – y compris la gauche révolutionnaire. Même que parfois, elle fut totalement passée sous silence.

Le vieux Parti communiste canadien, même au moment où il était révolutionnaire (ça, ça remonte à une époque où la plupart d’entre vous n’étiez sans doute pas nées !) n’a jamais fait mieux que de reconnaître un vague droit à «l’autonomie régionale», i.e. l’équivalent de «gouvernements municipaux» pour les Autochtones. De même pour ce qui est de la gauche canadienne-anglaise, du Nouveau parti démocratique et des multiples oppositions de gauche qui se sont succédé en son sein. Le mouvement marxiste-léniniste des années 1970, né de la grande lutte anti-révisionniste, n’aura somme toute que peu avancé à ce sujet. Le PCO, pour un, en est resté aux mêmes prémisses que le PC révisionniste: droit à l’autonomie régionale, mais refus de reconnaître le droit à l’autodétermination. L’organisation En Lutte!, quant à elle, a fini par reconnaître le droit à l’autodétermination, sous les pressions d’un petit groupe alors basé à Toronto, l’Union bolchévique du Canada. De cette position admirable, elle n’a toutefois pas tiré les conclusions stratégiques, avant d’être liquidée sous la pression des courants petits-bourgeois et sociaux-démocrates qui ont fini par s’y imposer.

Il faut comprendre que la gauche canadienne, majoritairement (incluant les courants dominants – trotskistes ou révisionnistes – au sein de la «gauche communiste»), n’a jamais totalement décroché du modèle «capitaliste d’État». Ses projets de changement social ont toujours passé par l’illusion de la prise du pouvoir dans l’État bourgeois et sa rénovation: pour un État central fort et le renforcement de «l’indépendance nationale du Canada» pour les sociaux-chauvins du PCC et du PCO; pour «le rapatriement de tous les pouvoirs et l’intégrité territoriale du Québec» pour les trotskistes et les nationalistes québécois. Ces deux revers d’une même médaille ont hégémonisé et dominent encore une bonne partie du discours et de la pratique du «changement social» dans ce pays. Dans un cas comme dans l’autre, on retrouve cette idée que l’État est un instrument neutre, qu’on peut utiliser pour civiliser le capital (on retrouve d’ailleurs encore cette conception avec Québec solidaire et sa volonté illusoire de retourner au «bon vieux temps de l’État-providence»). En un sens, on peut dire que la lutte de libération des peuples autochtones est un empêcheur de tourner en rond, une « question» qui s’avère surtout un « problème » pour ceux et celles qui souhaitent le maintien de l’appareil central du pouvoir au Canada, sous une forme ou une autre (canadienne ou québécoise); elle ne trouve pas de place dans leur «schéma de changement», qui vise au fond à repartager la distribution des surprofits qu’engrange la bourgeoisie impérialiste canadienne (les plus ouverts d’esprit, dans cette gauche, proposeront qu’une partie de ce repartage réserve quelques miettes supplémentaire aux peuples autochtones – mais pas question de toucher à «notre État» ou «notre territoire»!)

La montée des luttes autochtones est venue nettoyer toute cette fange. La bourgeoisie canadienne n’a pas réussi à les écraser, malgré sa politique de génocide. Les Autochtones sont toujours là, désormais plus nombreuses et nombreux qu’ils et elles l’étaient après la Conquête et les massacres qui les ont décimées. Toujours aussi opprimées, certes, exclues du pouvoir et de la société dominante, sujettes à des conditions de plus en plus désastreuses mais aussi, de plus en plus fières et enclins à lutter.

Au Québec en particulier, la «crise d’Oka» en 1990 est venue frapper comme un coup de tonnerre. Le Parti québécois, la gauche syndicale, les trotskistes et les révisionnistes, au mieux sont demeurés muets, au pire, se sont rangés derrière la bourgeoisie québécoise (certains ayant même appuyé et appelé à l’intervention de l’armée canadienne!).

Nous fûmes peu nombreux à l’époque à adopter une position de principe en faveur de la «victoire pour les Mohawks! »: il y eut le Regroupement de solidarité avec les Autochtones à l’action exemplaire, et quelques personnalités courageuses, rares électrons libres de la gauche nationaliste québécoise, tels les regrettées Pierre Vallières et Simone Monet-Chartrand. Le groupe Action socialiste, qui devait plus tard redéployer le drapeau du maoïsme au Québec et jeter les bases à la création du PCR(co), s’était alors démarqué par sa critique du nationalisme québécois bourgeois, colonialiste et pro-impérialiste, et son soutien total aux peuples autochtones.

C’est avec fierté que nous assumons cet héritage. Comme le propose le programme du PCR, «le prolétariat révolutionnaire doit forger une alliance solide avec les nations autochtones dans un grand mouvement de lutte contre la bourgeoisie impérialiste canadienne». C’est bien d’une alliance dont il s’agit: ni soumission des uns aux autres, encore moins condescendance relevant d’un humanisme de pacotille, mais une alliance révolutionnaire visant à mettre fin à un système qui a engendré et commet encore les pires crimes. Notre engagement, à cet égard, est ferme et résolu, convaincues que nous sommes qu’«un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre» et que la révolution, seule, nous libérera.

Le Bureau d’information politique
  • 1.R.P. North, «Les Autochtones et le Nord: renverser la domination de l’impérialisme!», Arsenal, n° 3, juin 2004, p. 12. En ligne : pcr-rcp.ca/fr/arsenal/3c.
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