Drapeau Rouge №101
Un appel du Parti communiste révolutionnaire

Pour des comités d’action politique dans chaque quartier !

Le gouvernement libéral du Québec a finalement déclenché les élections, après des mois de mobilisation populaire et une grève étudiante sans précédent dans l’histoire de la province. L’ampleur de cette lutte et son élargissement à différentes couches de la société sont exemplaires. Ils ont révélé un écœurement généralisé et le rejet massif de la politique bourgeoise par une portion significative de jeunes et de travailleurs et travailleuses.

Un rejet facile à expliquer : alors qu’on s’appauvrit sans cesse et que tous les prix montent, l’État québécois avec les libéraux a maintenu et poussé comme jamais la même vieille politique bourgeoise, privilégiant ses amis, finançant à grands frais les compagnies pour son Plan Nord, pour un amphithéâtre à Québec, pour un Grand Prix à Montréal.

Ce rejet de la marchandisation des droits, des politiques exploiteuses, de la corruption et des privilèges, du gaspillage des ressources, c’est le rejet d’une même politique, celle de la bourgeoisie. C’est le rejet d’une société, la -société capitaliste. On ne le dit plus comme cela parce qu’on a fait disparaître les mots «lutte des classes». Les mots peut-être, mais pas la lutte, ni les classes. La lutte n’a jamais été aussi réelle : et le fossé entre la classe des capitalistes et des bourgeois d’un côté et celle des prolétaires, des étudiantes, sans-emplois, immigrantes ou des autochtones de l’autre, n’a jamais été aussi immense ! Ils peuvent bien faire semblant de l’ignorer, tous ces économistes, journalistes, analystes et columnists, mais on les défie de prouver le contraire !

Au cours des quatre dernières années, on a vu la politique bourgeoise à l’œuvre avec un cynisme rarement vu dans le passé, comme si on était arrivé au bout d’une démocratie de plus en plus falsifiée, tronquée, bidon. Cette démocratie bidon s’incarne à l’Assemblée nationale alors qu’il suffit de faire élire 63 députées sur 125 pour dicter la loi pendant quatre ans. Elle est guidée par la protection des privilèges de la classe au pouvoir, celle des compagnies, des capitalistes et de leurs laquais. Elle est à l’œuvre depuis les débuts de l’Assemblée nationale – comme au parlement canadien d’ailleurs.

Depuis 145 ans, deux partis de la bourgeoisie – libéraux et conservateurs, ceux-ci remplacés par l’Union nationale puis par le PQ – s’affrontent et se partagent les sièges. On a ajouté quelques bancs, des tiers-partis se sont créés (hier les créditistes et l’ADQ, aujourd’hui la CAQ et Québec solidaire) pour aussitôt disparaître du parlement, avalés par les grands partis ou marginalisés sans espoir de faire mieux.

La démocratie parlementaire a évolué. Mais elle n’a pas changé la politique.

La bourgeoisie a adopté des lois spéciales toutes les fois où la classe travailleuse, dans les mines et les usines, dans les manufactures et sur les chantiers, dans les hôpitaux et maintenant dans les écoles, a voulu contester l’ordre établi. Le gouvernement libéral de Jean Charest s’en est fait le champion. Il a bien démontré en quoi la démocratie parlementaire permet au parti au pouvoir de contourner ses propres règles et procédures, afin de faire taire les voix qui contestent ses politiques. La nouvelle loi 12 – anciennement le projet de loi 78 – qui réprime le droit à l’existence même des associations étudiantes et le droit de manifester au Québec en est le plus récent exemple.

Qu’ils soient libéraux ou péquistes, tous les gouvernements depuis les années 1970 ont, à un moment ou à un autre, restreint le droit de centaines de milliers de travailleurs et travailleuses. Pourtant, jamais une loi spéciale n’a enlevé le droit aux compagnies de nous exploiter, de fermer la shop avec l’argent de la caisse, ou d’imposer des baisses de salaires. Sous le capitalisme et sa politique bourgeoise, le droit des compagnies est tout, celui des prolétaires n’est rien.

La société capitaliste, avec sa démocratie, ses lois et ses politiques, exploite et traite tout comme une marchandise. La société à laquelle aspirent des millions de prolétaires, elle n’existe pas encore. Il faut la définir, la construire, l’organiser, la défendre et lutter pour qu’elle s’impose ! Une société qui se réclame d’une certaine raison et d’une justice : celles des victimes de l’exploitation. L’égalité entre tous et toutes, la plénitude des besoins, l’émancipation des individus, l’absence d’exploitation et de violence, l’éducation et le travail pour améliorer la vie collective et pas pour enrichir les compagnies… Alors plutôt que de préserver le pouvoir bourgeois, battons-nous pour le débarquer !

Nous profiterons des élections… mais pas comme les bourgeois le souhaitent !

La démocratie bourgeoise et les élections à venir sont une mauvaise pièce de théâtre. Les bourgeois connaissent toujours la fin, mais ils ont besoin de nous les prolétaires, pour faire un bon show et aller voter.

Nous profiterons des élections, mais pas comme la bourgeoisie voudrait qu’on le fasse. Plutôt que le vote, nous proposerons un boycott actif des élections et du parlement, en lui opposant la démocratie prolétarienne et la lutte pour un pouvoir populaire. Nous proposerons un autre projet de société, sans classes, sans exploitation, où la collectivité travailleuse pourra s’exprimer et décider de son avenir.

La campagne électorale ne changera rien. Mais s’organiser comme classe pour prendre le pouvoir, cela change tout ! C’est faire le total de toutes nos luttes, qu’elles soient étudiantes, populaires, ouvrières, féministes, antiracistes, etc. C’est s’unifier pour mener un même combat : celui de mettre dehors la bourgeoisie et de construire le pouvoir populaire !

La campagne électorale dure cinq semaines, mais notre lutte ne fait que commencer ! Nous lançons l’appel aux militantes et militants des milieux progressistes, radicaux et révolutionnaires, mais aussi aux travailleurs, travailleuses, aux sans-emplois, aux étudiantes qui souhaitent porter la lutte politique au-delà des luttes immédiates à constituer dès maintenant dans leur quartier ou leur région, des comités d’action politique indépendants du parlement et des partis bourgeois.

Nous appelons à constituer de tels comités d’action politique pour :

  • appeler au boycott actif lors des élections du 4 septembre prochain;
  • attaquer par tous les moyens (l’agitation et la propagande, l’action et les faits), le Parti libéral au pouvoir;
  • rejeter et dénoncer la tromperie démocratique que sont les élections bourgeoises en lui opposant la démocratie populaire, l’action politique, la mobilisation des masses et le combat pour une autre société;
  • critiquer le «vote utile», qui n’est utile que pour la bourgeoisie;
  • organiser le soutien à la lutte étudiante actuelle, alors que la bourgeoisie souhaite éteindre le mouvement avec ses élections;
  • développer le projet de pouvoir populaire et l’action politique de notre classe, celles des exploitées, des opprimées, des exclues. Nous devons nous inspirer du meilleur des luttes populaires, étudiantes et ouvrières, en les unifiant dans un même projet politique de renversement du capitalisme ;
  • passer de l’unité dans nos actions à l’unité politique dans nos mots d’ordre, par le débat autour des perspectives politiques qui déferont le pouvoir bourgeois et prépareront le pouvoir populaire.

Pour le Parti communiste révolutionnaire, la démocratie populaire doit s’étendre bien au-delà de la rue et des luttes immédiates. Elle s’étend jusqu’au cœur d’un nouveau pouvoir à construire, un véritable pouvoir populaire. Un pouvoir qui transformera réellement la société pour faire disparaître l’exploitation, l’oppression et toutes les injustices générées par la domination d’une minorité de capitalistes et de bourgeois sur la majorité. Ce projet émancipateur, ce n’est rien d’autre que le communisme réel.

Les militantes et militants du PCR, qui travaillent à développer un programme de lutte et une stratégie pour la révolution, participeront activement à ces comités là où ils et elles le pourront, pour y proposer des perspectives d’unité politique des forces révolutionnaires et prolétariennes. Toutes les forces radicales et progressistes devraient elles aussi y participer, venir débattre, discuter, proposer leurs idées ! Ce sera la meilleure façon d’exercer notre «devoir démocratique» à l’occasion des prochaines élections !

Dénonçons la bourgeoisie et son parlement !

Boycottons les élections bourgeoises : luttons pour un pouvoir populaire !

Le Parti communiste révolutionnaire (Québec), (1er août 2012)
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