Drapeau Rouge №101
Le marxisme-léninisme-maoïsme (MLM)

Une science révolutionnaire et l’idéologie du prolétariat

Le programme du Parti communiste révolutionnaire (PCR), à son chapitre 2, parle du marxisme-léninisme-maoïsme. On y dit que c’est une science et «un guide indispensable pour faire la révolution et nous mener jusqu’au communisme ». Une science qui porte le nom des trois dirigeants qui l’ont développée chacun à leur époque.

Le MLM, c’est une science qui, à travers les multiples faits empiriques, décèle les rapports de force qui s’affrontent dans la société capitaliste, propulsés par la lutte des classes au sein de la production. Ce n’est donc pas une praxis ou une philosophie de l’action, comme l’ont prétendu Gramsci, Lukacs et de nombreux révisionnistes à leur suite, dont André Tosel de la revue Actuel Marx en France.

C’est une science théorique. On l’appelle science de l’histoire, ou matérialisme historique, mais c’est de plus une science pratique qui permet de construire une stratégie révolutionnaire de prise du pouvoir et de construction du socialisme et aussi de former les alliances tactiques nécessaires à cette fin, à partir de la compréhension des contradictions dans la société, dans le mouvement révolutionnaire lui-même et au sein du peuple.

Ainsi, les marxistes ne peuvent conclure des alliances stratégiques avec des forces qui n’ont pas la même stratégie révolutionnaire – les anarchistes, par exemple – mais ils peuvent faire des alliances tactiques dans certaines luttes, dans le but de faire avancer le point de vue de la révolution et de la stratégie révolutionnaire marxiste. Même chose avec les individus: les marxistes doivent d’abord aller chercher les éléments d’accord avec la stratégie révolutionnaire, puis les autres révolutionnaires avant de rallier les éléments moins avancés. Même chose pour les syndicats: quand ils disent vouloir casser le système, les marxistes peuvent manifester avec eux, mais quand ils cherchent à endormir les prolétaires et défendent les capitalistes, ils vont préférer manifester avec des révolutionnaires d’autres tendances qu’eux, pour faire ressortir justement la nécessité de la révolution. Le principe n’est pas d’unir toute la gauche, mais de l’unir autour du noyau révolutionnaire.

C’est en maniant ainsi la stratégie révolutionnaire et les alliances tactiques que le marxisme a réussi à galvaniser à travers la planète les larges masses et les peuples dominés, qui ont reconnu cette science comme leur idéologie et s’en sont servi pour mener un combat titanesque contre les classes dominantes qui les avaient asservis et soumis jusque là pendant des centaines d’années.

C’est ce combat que nous allons décrire ici.

1ER ROUND: Les classes dominantes au pouvoir

Le premier round a été facilement remporté par les classes dominantes. C’est la période historique de plus de 2000 ans, qui a très bonne réputation dans la culture et les livres d’histoire. Elle a laissé une foison d’œuvres artistiques, théâtrales, littéraires, philosophiques, scientifiques et architecturales… Est connue aussi la vie des hommes et des femmes qui s’y sont illustrés et auraient marqué l’histoire de leur génie. C’est dans cette période que s’est constituée et raffinée la pensée occidentale chrétienne, qui a prétendu expliquer la beauté et la grandeur de ce monde et la générosité des grands envers les pauvres. Ce monde était pourtant tout autre et nullement idyllique pour la grande majorité de la population.

Durant cette période historique, le monde, en réalité, a été la propriété exclusive et sans partage tour à tour des propriétaires d’esclaves en Grèce et à Rome, des propriétaires de la terre (les rois et les seigneurs), et aujourd’hui, des propriétaires des moyens de production (les bourgeois ou les capitalistes). Des propriétaires qui s’accaparent des richesses produites par les masses laborieuses par la force et les guerres. Les propriétaires décrits plus haut – de fait, les classes dominantes, minoritaires par rapport à la population dans son ensemble – contrôlent le monde ainsi sans partage jusqu’au milieu du XIXe siècle, prônant que la pauvreté et la misère ont toujours existé et existeront toujours et que la charité, quand elle est possible, en est la seule solution.

La pensée occidentale chrétienne, qui est l’idéologie des classes dominantes, ne pouvait admettre que la cause de la misère était l’exploitation éhontée par les classes dominantes elles-mêmes.

Voilà pour ce premier round remporté assez facilement par les classes dominantes.

2E ROUND: Plus de 150 ans inspirés par le marxisme

Le deuxième round, ce sont les classes dominées qui reprennent confiance et le marxisme qui va les inspirer durant 150 ans. Au cours des 30 dernières années, la bourgeoisie a cherché à nous faire oublier cette épopée héroïque. Rappelons quelques faits.

En 1970, la moitié de la population mondiale vivait sous un régime d’inspiration marxiste, dont certains des plus grands pays du monde comme la Russie et la Chine. Dans l’autre moitié du monde, des partis révolutionnaires d’inspiration marxiste tenaient en haleine les États capitalistes. Les années 1970 furent les derniers soubresauts de cette épopée grandiose inspirée par le marxisme révolutionnaire, où l’émancipation des masses laborieuses et des peuples dominés était au cœur de tous les combats.

Il y avait des luttes de libération nationale, mais aussi plusieurs partis marxistes-léninistes qui menaient des luttes révolutionnaires et embrasaient les masses inspirées par la Grande Révolution culturelle prolétarienne chinoise.

De la révolution socialiste de 1917 en Russie à la révolution culturelle de 1966-1976 en Chine, le marxisme a de multiples réalisations. Il n’a cessé de lutter contre l’exploitation et l’oppression des masses laborieuses, aidant partout à améliorer les conditions de vie et de travail de même que la santé et l’éducation, stimulant la pensée créatrice en art, en science et en philosophie, et développant une intelligentsia préoccupée de l’émancipation des masses laborieuses et des peuples dominés.

En Russie, dès les années 1920, des lois pour l’avortement, le divorce, les garderies, l’éducation, la santé et leur gratuité furent promulguées bien avant qu’elles ne le soient dans les pays capitalistes avancés, ce qui, d’ailleurs, a poussé ces derniers à agir, menacés par les masses.

Durant cette épopée de plus de 150 ans, le marxisme a aidé à mettre fin au colonialisme cruel, qui durait depuis trois siècles et qui avait condamné des peuples entiers d’Afrique et d’Amérique à un quasi-génocide. Durant cette période, le marxisme allait aussi lutter contre le fascisme, qui voulait systématiser à l’extrême l’exploitation et l’oppression des plus faibles, allant jusqu’à les faire disparaître physiquement quand ils n’avaient pas le bon faciès ou le sang autorisé.

Le marxisme n’a pas réussi à mettre en place un régime communiste sans classes, sans exploitation ni oppression, mais il a pas mal de résultats et de réalisations à son actif.

Ce qui ressort de cette épopée glorieuse du marxisme, c’est que pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, les masses laborieuses et les peuples dominés avaient une science qui pouvait leur permettre de travailler à leur émancipation, qui leur a permis d’abord de se galvaniser autour de ce projet et de gagner des améliorations appréciables à leurs conditions de vie et de travail. C’était fini le temps où il fallait se contenter d’un petit pain et de sa misère en applaudissant à la liberté et la gloire de ses maîtres richissimes. On avait le droit de se révolter, une science pour le faire, une classe et son idéologie pour nous diriger.

Selon la formule de Nietzsche, on allait «au-delà du bien et mal». Il ne s’agissait pas, comme les prêtres le font, de juger si les choses sont bonnes ou mauvaises en fonction de la pensée de la classe dominante. La lutte de classe et l’émancipation des masses laborieuses et des peuples dominés étaient à l’ordre du jour.

Si le marxisme a connu un développement fabuleux, il ne l’a pas fait cependant en sacrifiant son point de vue de classe et sa stratégie révolutionnaire. Il y a lutte de classe, et ce sont les classes dominées qu’il faut défendre contre les classes dominantes. En ce sens, le marxisme s’est continuellement démarqué de ceux qui l’abandonnaient, même si cela devait obliger à tout recommencer.

Ce fut le cas, entre autres, au moment de la disparition de la Première Internationale en 1876. Les marxistes et les anarchistes (Marx et Bakounine, de fait) n’avaient pas la même stratégie révolutionnaire. Ils pouvaient conclure des alliances tactiques entre eux dans certaines luttes, mais pas d’alliance stratégique. Bakounine et les anarchistes ne voulaient rien savoir du matérialisme historique et du socialisme scientifique.

Quand la Deuxième Internationale est fondée en 1889, six ans après la mort de Marx et sous l’impulsion d’Engels, son ami et plus proche collaborateur, elle ne cherchera pas à unir tous les révolutionnaires; elle va chercher à regrouper ceux qui s’appuient sur le matérialisme historique et le socialisme scientifique. Les anarchistes en furent donc exclus. Ils n’avaient pas la même stratégie que les marxistes.

La Deuxième Internationale, dirigée par Kautsky, abandonne la voie révolutionnaire durant la guerre inter-impérialiste de 1914-1918. Les partis qui en étaient membres appuyèrent leurs bourgeoisies respectives et demandèrent aux prolétaires de leurs pays de se battre contre ceux des autres pays. Lénine, qui dirige les bolchéviques en Russie, demande plutôt que les prolétaires tournent leurs fusils contre leurs dirigeants et pactisent avec les prolétaires des autres pays. C’est comme ça que la révolution russe de 1917 s’est réalisée.

La Troisième Internationale devait naître à la suite de cette démarcation. Les partis de cette internationale s’appelleront dorénavant communistes, alors qu’ils s’appelaient sociaux-démocrates jusque-là.

La troisième démarcation importante dans l’histoire du marxisme est celle découlant du rapport Khrouchtchev au 20e congrès du Parti communiste de l’Union Soviétique en 1956. Khrouchtchev abandonnait le point de vue de classe et préconisait la coexistence pacifique avec l’impérialisme; Mao allait s’opposer à ce révisionnisme nouveau.

Ce sont là trois démarcations importantes. Toute l’histoire du marxisme est l’histoire de telles démarcations. À chaque fois, on diminue le nombre de partis et de membres qu’on mobilise, mais c’est pour pouvoir en mobiliser bien plus sur la base de lutte de classe. On ne s’unit pas avec toute la gauche, mais autour du noyau qui défend la stratégie révolutionnaire marxiste.

Jusqu’ici, nous n’avons parlé que du marxisme. Nous n’avons pas encore fait la distinction entre le marxisme, le marxisme-léninisme et le marxisme-léninisme-maoïsme. Il y a en effet trois dirigeants révolutionnaires qui, inspirés par le mouvement des masses, ont fait avancer cette science révolutionnaire: Marx, Lénine et Mao. Il est donc important de préciser les étapes que le marxisme a connues.

• D’abord le marxisme

Le marxisme, c’est d’abord l’œuvre de Karl Marx. Né en 1818 et détenteur d’un doctorat en philosophie, il ne sera pas invité à devenir professeur à l’université et vivra dans la pauvreté toute sa vie. Certaines œuvres qu’il a écrites, l’ont été avec son camarade et ami Friedrich Engels (1820-1895) qui, fils d’un industriel anglais, l’a soutenu moralement, intellectuellement et financièrement toute sa vie.

Dans son œuvre, Karl Marx fait une critique scientifique et révolutionnaire de la philosophie allemande, de l’économie politique et du socialisme utopique en vogue en son temps.

Marx critique d’abord la philosophie allemande. Il montre dans la postface de la seconde édition allemande du Capital qu’il y a deux façons d’utiliser la dialectique. La première «pour glorifier l’état de chose existant», la seconde est «critique et révolutionnaire» et conséquemment sert les classes dominées. Hegel utilisait la dialectique de la première façon et en était arrivé à glorifier l’État prussien dominant.

Marx indique aussi dans la onzième thèse sur Feuerbach que « les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières; ce qui importe, c’est de le transformer». C’était affirmer clairement qu’il n’entendait pas suivre la tradition comme Hegel le faisait et qu’il voulait développer une pratique pour changer le monde. Le marxisme est donc une science théorique et une science pratique qui donne une stratégie révolutionnaire.

Marx critique ensuite l’économie politique de son temps (principalement Adam Smith et David Ricardo) comme étant non scientifique, puisqu’elle ne voit que les rapports entre les choses (marchandises, monnaie, produit national…) alors que, sous ces rapports entre les choses, il y a des rapports humains, des rapports de classes. Ainsi, l’économie politique classique, comme on l’appelle aujourd’hui, est l’idéologie de la bourgeoisie et ne peut expliquer d’où vient la richesse de la classe bourgeoise.

Marx va montrer qu’elle est extorquée au prolétariat. La richesse est extorquée à la classe dominée sous le capitalisme, comme elle l’a été dans les autres sociétés de classes qui l’ont précédée: l’esclavagisme et le féodalisme. Les classes dominantes n’ont toujours donné aux classes dominées que ce qu’il faut pour se reproduire. De fait, les classes dominées n’ont été jusqu’ici que des esclaves sous diverses formes. Sous le capitalisme, il s’agit d’esclavage salarié.

Sous l’esclavagisme, les esclaves pouvaient voir plus facilement que leurs propriétaires (qui ne faisaient que les nourrir et les loger comme on le fait pour les animaux) continuaient à les faire travailler gratuitement quand ils s’étaient déjà remboursés pour leur entretien.

Sous le féodalisme, les serfs voyaient bien tout le travail gratuit qu’ils faisaient en corvée au château et sur leur lopin de terre quand arrivaient les réquisitions du seigneur, qui ne leur laissait que la plus petite partie des récoltes pour survivre.

Le travail gratuit qu’effectuent les prolétaires aujourd’hui est plus caché, et les savants économistes n’en savaient rien avant Marx. On pensait que le salaire payait pour tout ce qui avait été produit, alors qu’il ne paie que ce dont le prolétaire a besoin pour se reproduire. Les capitalistes s’enrichissent ainsi du travail non payé aux prolétaires (la plus-value). La loi du capital, c’est que tu travailles pour te reproduire; pas plus. Si tu veux t’enrichir, il te faut voler de façon quelconque, te faire un capital puis en exploiter d’autres.

Marx a aussi critiqué les socialistes utopiques (Saint-Simon, Owen, Cabet, Fourier…). Son ami et collaborateur Engels a d’ailleurs publié: Socialisme utopique, socialisme scientifique. Ils ont montré entre autres que les communes ou les coopératives ne pouvaient s’attaquer véritablement au capitalisme et à la division en classes qu’il suscite et continuaient à vivre dans un monde d’exploitation.

Marx, comme les idéologues de la bourgeoisie, était impressionné par le développement vertigineux et gigantesque des forces productives que le capitalisme produisait; il reconnaissait d’ailleurs à la bourgeoisie un rôle révolutionnaire à ce niveau. Dans la préface de sa Contribution à la critique de l’économie politique de 1859, il explique que le capitalisme repose sur son infrastructure économique, c’est-à-dire les forces productives et les rapports de production. C’est dans l’infrastructure que se vit la lutte de classe, qui oppose les détenteurs des moyens de production aux travailleurs exploités. Le capitalisme est contradiction: révolutionnaire au niveau des forces productives, exploiteur au niveau des rapports de production. Au dessus de cette infrastructure s’élève une superstructure, comprenant le droit et l’État d’une part, et l’idéologie d’autre part.

Si la classe bourgeoise a été une classe révolutionnaire à qui l’on doit le développement des forces productives, c’est maintenant à la classe prolétarienne de l’être à son tour. Elle doit renverser les rapports de classe et transformer les rapports de production. Il faut passer de la révolution bourgeoise à la révolution prolétarienne. Il faut renverser le capitalisme pour éliminer l’exploitation et les différentes formes d’oppression qu’il recèle.

Le marxisme, c’est l’idéologie du prolétariat qui a maintenant le rôle de changer la société capitaliste et de résoudre les contradictions de cette société, mais c’est aussi la science de cette société et de son histoire.

• Le marxisme-léninisme

Vladimir Ilitch Oulianov, mieux connu sous le nom de Lénine (1870-1924), a vécu plus près de nous à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Formé comme militant révolutionnaire dans la Deuxième Internationale, il allait s’y opposer lors de la guerre inter-impérialiste de 1914-1918, en demandant aux soldats russes de tourner leurs fusils contre leur bourgeoisie, plutôt que contre les prolétaires des autres pays, ce qui lui permit de diriger la révolution socialiste de 1917 en Russie et de mettre sur pied une nouvelle internationale: la Troisième Internationale en 1919.

Avant la révolution de 1917, Lénine s’est fait remarquer pour son étude très poussée du développement du capitalisme en Russie. Il avait publié aussi Que faire? (1902) où il explique sa conception d’un parti politique centralisé fonctionnant sous le principe du centralisme démocratique, qui fera école. Il a aussi publié L’impérialisme, stade suprême du capitalisme (1917), qui l’oppose pour la première fois à Kautsky. Il y montre clairement que le capitalisme, à ce stade, est un système pourrissant, où l’exploitation et l’oppression sont encore plus féroces. Il publie aussi L’État et la révolution (1917), qui est resté sans conclusion puisque pris dans la révolution, il n’a pas eu le temps de l’écrire. Ce livre résume le point de vue de Marx sur ce qu’est le socialisme (le «bas communisme») et le «haut communisme» (une société sans classe, sans exploitation ni oppression).

Le temps allait donner raison à Lénine et montrer que l’impérialisme, c’est la guerre et qu’un parti organisé selon le centralisme démocratique peut en profiter pour prendre le pouvoir.

Lénine a aussi montré qu’une aristocratie ouvrière se développe dans les pays impérialistes, capable de défendre ses droits mais peu préoccupée de défendre toute la classe tant sur le plan national que sur le plan international.

• Le marxisme-léninisme-maoïsme

Mao Zedong est le troisième grand dirigeant révolutionnaire à avoir fait faire un bond en avant à la science marxiste. De son vivant, Mao va mener deux révolutions: celle de 1949 et la Grande révolution culturelle prolétarienne lancée en 1966.

Mao va critiquer Staline en camarade, dès les années 1930, mais pas du point de vue des droits humains, comme le font les trotskistes où les politisés chrétiens. Il dit que Staline se sert de la dialectique à la manière de Hegel et qu’il ne part pas du point de vue des masses, qu’il les a réprimées plutôt qu’il les a mobilisées, et qu’il est aveugle au développement des nouvelles classes qui apparaissent en Russie.

Mao n’a pas cessé de rappeler que ce sont les masses qui font l’histoire et que ce sont elles qu’il faut mobiliser dans la guerre populaire prolongée comme dans la construction du socialisme. Arrivé au pouvoir en 1949, Mao avait une longue pratique de la guerre populaire et de la mobilisation des masses.

C’est lui d’ailleurs qui a théorisé la guerre populaire comme moyen de prise de pouvoir. Mao a pu profiter des erreurs de Staline. Il voyait que Staline avait accordé trop d’importance au développement des forces productives, ce qui l’avait amené à moins se préoccuper des rapports de production, à laisser se constituer une classe d’experts privilégiée, à ne pas renforcer le pouvoir des masses.

Dans la construction du socialisme en Chine, Mao ne va pas copier la manière russe. Il va certes développer un centre industriel et une industrie lourde dans les grandes villes, mais il va chercher à développer également des industries dans les campagnes, de façon à développer des «villes-campagnes» et en quelque sorte des «ouvriers-paysans». Le Grand Bond en avant a mobilisé la paysannerie dans la production d’acier. Il y a eu la construction de grandes industries dans les campagnes. Mao s’opposait au développement d’une classe d’experts, comme cela avait été le cas en Russie. Il disait qu’il fallait «être rouge et expert»: rouge d’abord, expert ensuite. Rouge voulait dire à la fois révolutionnaire et au service des masses.

Mao a également critiqué le révisionnisme moderne de Khrouchtchev, de Liu Shaoqi et Deng Xiaoping, qui en furent les protagonistes en Chine. D’ailleurs, il ne s’agissait plus seulement, pour ces derniers, de donner du pouvoir à une classe privilégiée d’experts comme sous Staline, mais de leur permettre de s’enrichir et de devenir des capitalistes.

Mao a toujours dit que la classe principale dans la révolution et la construction du socialisme en Chine était la paysannerie. Il ne s’agissait pas de la sacrifier comme le capitalisme le fait lui-même. Il fallait la mobiliser dans la construction du socialisme sous la direction du prolétariat; l’objectif à atteindre était le pouvoir ouvrier, le socialisme.

Il a mis en place la «démocratie nouvelle». Une démocratie où la paysannerie et même certains secteurs de la bourgeoisie ont une place, mais où c’est le prolétariat qui dirige et l’intérêt du prolétariat qui est toujours recherché. Toutes les campagnes d’éducation au socialisme de diverses formes visaient cela.

Mao a théorisé aussi sur le parti. Il a affirmé l’importance de la direction du parti sur tout et que c’est lui qui doit commander aux fusils, contre le point de vue guévariste qui avait cours dans les années 1960 et 1970. Il a affirmé aussi que c’est dans le parti que le révisionnisme et l’abandon du point de vue de classe apparaît et que conséquemment, il y a une lutte de lignes continuelle à mener en son sein. La Grande Révolution culturelle prolétarienne est un exemple de ce qu’il faut faire pour permettre aux masses de garder le pouvoir et au prolétariat de le diriger.

De la pratique (juillet 1937), De la contradiction (août 1937) et les écrits militaires sont quelques-uns de ses textes importants. Mao a laissé une œuvre abondante.

Staline n’est pas sur le même pied que les trois autres. Certes, il a dirigé l’URRS et a fait tous les efforts possibles pour construire le socialisme. Il était d’ailleurs le premier à essayer de le faire. Mao a pu s’appuyer sur son expérience. Il est le trait d’union, pour ainsi dire, entre Lénine et Mao. Il a été victorieux contre le fascisme. Ça reste un révolutionnaire. Mais les erreurs qu’il a commises l’empêchent de se classer au niveau des trois autres.

Notons que les dirigeants exceptionnels que furent Marx, Lénine et Mao ne l’ont pas été grâce à un don génial mais parce qu’ils se sont impliqués dans la lutte de classe et ont été pétris par elle.

TROISIEME ROUND: La réaction des 30 dernières années

C’est le round où le capitalisme a lutté au stade de l’impérialisme, avec l’énergie du désespoir et de façon la plus démagogique pour l’emporter, aidé par de nouveaux idéologues et prêtres laïcs à l’allure moderne mais bien ancrés dans la pensée occidentale chrétienne, comme Hannah Arendt et les nouveaux philosophes: Glucksmann, Lévy, Onfray, Ferry… comme les historiens Furet et Courtois, qui ont cherché à justifier le monde d’avant le milieu du XIXe siècle, tant au niveau de la pensée morale qu’au niveau de l’état des choses lui-même en condamnant l’expérience des 150 années inspirée par le marxisme.

Depuis 30 ans, le monde qu’on a devant les yeux, c’est le monde repris en main par l’impérialisme mondial et son idéologie, qui veulent reprendre tout ce qui avait été concédé aux classes dominées dans la période antérieure inspirée par le marxisme.

On ne parle plus que d’économie et, en définitive, que des besoins de profits de plus en plus importants des capitalistes, déjà largement repus, laissant à la charité, quand elle est possible bien entendu, le soin de s’occuper des pauvres: des pauvres, d’ailleurs, à qui on demande d’être responsables et de se débrouiller le mieux qu’ils peuvent, suscitant ainsi la division et développant le «sauve qui peut» et le «chacun pour soi».

Dans les pays impérialistes, le monde d’aujourd’hui, c’est un monde de chômage et de misère, de congédiements massifs et de misère à la rue, de réduction des revenus déjà trop bas des pauvres, du matraquage incessant de ceux et celles qui luttent pour leurs droits, de l’exploitation éhontée, des oppressions les plus viles, de la non-satisfaction des besoins les plus élémentaires des masses, de l’ignorance crasse élevée au niveau de la culture médiatique…

Dans les pays dominés, on meurt en grand nombre de faim, de soif et du manque de soins les plus élémentaires, et c’est pire encore et multiplié à l’extrême quand les pays sont victimes d’agression impérialiste comme en Irak, en Afghanistan, en Libye…

C’est un monde immonde qui pèse sur nos vies et plonge les pauvres, les masses laborieuses et les peuples dominés dans les drames les plus abjects. Le pire, c’est que c’est un monde qu’on voudrait nous faire accepter. Certes, il y a des révoltes et des luttes héroïques. Il y a eu, par exemple, le printemps arabe et la lutte courageuse des étudiants et étudiantes du Québec; ces luttes sont importantes, mais elles ne brisent pas en définitive la démobilisation, le découragement et l’apathie générale.

Il y a pourtant d’énormes richesses matérielles, intellectuelles et culturelles à partager, mais elles sont aux mains des repus qui en ont encore besoin de plus. Le troisième round a vraiment été difficile pour les classes et les peuples dominés, qui sont allés souvent au plancher…

QUATRIEME ROUND: Le spectre du communisme hante encore le monde

Le quatrième round est commencé. Courageusement, les masses et les peuples dominés ont repris le combat. On peut dire en paraphrasant la première phrase du Manifeste de Marx et Engels, que le spectre du communismehante encore le monde.

Les masses laborieuses ont recommencé à lutter avec de nouveaux partis révolutionnaires, inspirées par leur idéologie, le marxisme-léninisme-maoïsme. Déjà, des coups importants ont été donnés au troisième round.

Dans les années 1980, la guerre populaire a fait de grosses avancées au Pérou, galvanisant les masses de ce pays et les partis révolutionnaires, regroupés autour du Mouvement révolutionnaire internationaliste (MRI) fondé en 1984.

À partir de 1993, on allait abandonner la notion de «marxisme-léninisme-penséemaozedong» pour celle du marxisme-léninisme-maoïsme, à la suite de l’adoption d’une résolution à ce sujet par le MRI. Mao était désormais vu comme un scientifique, au même titre que Marx et Lénine. Plus, il synthétisait cette science à un niveau encore jamais dépassé.

Aujourd’hui, la révolution maoïste continue d’avancer en Inde, malgré les attaques féroces de la bourgeoisie.

Au Népal, après un tournant révisionniste de Prachanda et quelques dirigeants, la gauche du parti a décidé de créer un nouveau parti et d’aller de l’avant sur la voie de la révolution. Un congrès de ce nouveau parti est prévu pour février 2013.

Le MRI avait du plomb dans l’aile depuis plusieurs années. On est en voie de le remplacer par un nouveau regroupement, qui publie une revue appelée Maoist Road (La Voie maoïste en français). Là aussi, le combat pour la révolution a repris.

Le prolétariat et les masses dominées recommencent à donner des coups. Comme après la disparition de la Première Internationale, la reconstruction du camp de la révolution est à nouveau à faire.

On ne repart pas à zéro. Des acquis importants ont été gagnés. La science MLM a été développée. Le mouvement révolutionnaire est encore petit, mais il l’était aussi au temps de Marx et Engels et ça ne l’a pas empêché de grossir et même de connaître un développement spectaculaire.

Le mouvement va se développer encore, selon le principe de se «démarquer avant de s’unir», en défendant sa stratégie révolutionnaire, tout en faisant des alliances tactiques avec les autres courants quand c’est possible.

Si on la compare à la pensée occidentale chrétienne qui a plus de 2000 ans, la science du marxisme-léninisme-maoïsme est encore jeune, mais elle a le vent dans les voiles et n’a pas dit son dernier mot.

Cette science a livré un bon deuxième round. On en a parlé abondamment. Le quatrième round qui est déjà en cours semble vouloir apporter des surprises. Il faut se le dire, le spectre du communisme hante encore le monde.

P.-A. Briand
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