Drapeau Rouge №101

Pourquoi j’appuie le PCR (II)

Voici la suite du texte d’un camarade du Proletarian Revolutionary Action Committee de Toronto qui explique comment il en est venu à soutenir le Parti communiste révolutionnaire, dont la première partie est parue dans notre dernier numéro. La version originale anglaise est disponible sur l’excellent blogue animé par le camarade, M-L-M Mayhem!.

– Le Drapeau rouge

Pratique révolutionnaire vs posture militante

Malgré la qualité de son programme, j’aurais facilement écarté le PCR si ses membres s’étaient avérés semblables aux trous-du-cul arrogants que l’on retrouve typiquement dans bon nombre d’organisations militantes. Après des années d’implication parmi la gauche torontoise, j’étais las du militantisme bienpensant – des petites cliques, de la sacro-sainte politicaillerie et de la tradition incontestée de se moquer des militantes et militants de longue date au profit de nouveaux héros qui, parce qu’ils sont connus, pensent tout savoir. Tu quittes une organisation pour à peine un an, parce que leur activisme de type mouvementiste favorise l’inconstance et l’épuisement, et tu n’y reviens que pour y découvrir de nouvelles cliques et de nouvelles personnes qui pensent qu’elles sont plus intelligentes que tout le monde.

Cette arrogance, combinée à une réticence générale à faire preuve d’autocritique, m’a toujours dérangé… peut-être parce qu’au fond, cela me ramène à ma propre expérience : je ne peux m’empêcher de me revoir moi-même à travers les actions et les prises de position des plus jeunes générations. Comme je l’ai déjà écrit dans un autre contexte: «Le militant blasé en moi en a généralement assez de rencontrer de jeunes militants (des hommes, généralement) qui se considèrent en quelque sorte comme des cadeaux du ciel pour la gauche. Le nombre de fois où j’ai rencontré quelqu’un dans la jeune vingtaine persuadé que ses idées sont uniques, que ses actions vont changer le monde et qui veut me prêcher la révolution sans rien connaître de mon expérience est étonnant.» Je suis convaincu que bien d’autres militantes et militants éprouvent le même sentiment.

Mais la première fois que j’ai véritablement rencontré un groupe de membres du PCR, j’ai été franchement impressionné. (J’écris « véritablement rencontré » parce que j’avais déjà eu l’occasion d’échanger avec deux militants du PCR un an et demi auparavant, au moment où je commençais à m’intéresser à cette organisation, mais ce n’était pas assez pour me permettre de comprendre comment ils se comportaient comme organisation.)

Quand j’ai décidé d’assister au deuxième Congrès révolutionnaire canadien qui a eu lieu à Toronto, une partie de moi s’attendait à devoir traiter avec les mêmes foutaises du genre je-connais-plus-de-choses-que-toi, imbécile, qui sont malheureusement la marque de commerce d’une bonne partie de la gauche – cette idéologie petite-bourgeoise qui fait presque autant de dommage que la propagande bourgeoise elle-même. D’un côté, j’avais hâte d’assister à ce congrès, car à ce moment-là, j’en connaissais déjà assez sur le PCR pour le respecter plus que n’importe quel autre groupe de gauche au Canada; mais d’autre part, je craignais de tomber sur un groupe de gens qui se prennent pour des saints, venus prêcher leurs révélations marxistes à leurs homologues anglo-saxons. Je craignais cela en raison de mes expériences passées, de ce que j’avais déjà observé chez de supposés progressistes et de tous les maux de tête que la gauche est si prompte à créer. Je suis donc entré dans la salle surpeuplée où se tenait le congrès avec une certaine appréhension et la crainte que ses organisatrices et organisateurs fassent sentir les «non-initiés» mal à l’aise, et que cela soit vu comme un comportement parfaitement normal.

Ce que j’ai vu, cependant, c’est une réunion de camarades disciplinées et sérieuses et sérieux, qui n’agissaient pas comme ce que je considérais être le comportement militant habituel. J’y ai vu des gens humbles dans leurs rapports avec les autres, qui agissaient de la même manière indépendamment des positions sociales de leurs interlocuteurs, et qui pouvaient débattre sans être désobligeantes ou désobligeants, transformant ce qui aurait pu tourner en disputes embarrassantes en moments d’éducation progressiste – quand les choses semblaient tendues, la tension s’évaporait avec bonne humeur et humilité. Je dois admettre (et peut-être devrais-je présenter mes excuses aux généreuses et généreux camarades du Québec) que je n’ai pas pris la parole à ce congrès ; j’étais alors dans une période où j’étais un peu tanné d’entendre ma propre voix et bien plus enclin à demeurer passif. Je pense qu’à certains égards, j’ai été surpris par la manière dont les interactions se sont avérées totalement étrangères à mes expériences militantes antérieures.

Et c’est peut-être là, justement, ce qui fut le plus important : je n’étais pas en interaction avec des activistes, mais avec des gens qui se considèrent d’abord comme des révolutionnaires. Parce que si c’est ainsi que vous concevez votre activité politique et si vous pensez que la politique révolutionnaire est autre chose qu’un dîner de gala, alors vous vous comportez d’une manière totalement différente: dans un tel contexte, il ne peut y avoir de cliques, de politiques identitaires et de question de savoir qui est «le plus à gauche»; on retrouve plutôt la solidarité, et la discipline et l’engagement qu’elle requiert. La conscience du rôle que l’on joue et la compréhension de l’effet de nos actions et nos attitudes sur les autres: cela a tout à voir avec cette idée de servir le peuple.

J’ai assisté à suffisamment de réunions longues et controversées que j’en étais rendu au point où je commençais à redouter quelque réunion politique que ce soit. Depuis la grève menée par mon syndicat local, pendant laquelle la bureaucratie avait fini par m’épuiser, je tenais pour acquis que toutes les réunions politiques auxquelles j’allais jamais assister seraient du même ordre. J’ai donc été extrêmement ébranlé par mon expérience au deuxième Congrès révolutionnaire canadien.

Non pas qu’il n’y ait pas eu de divergences entre les camarades présentes et présents (il y en a eu!), ni de débats (il y en a eu aussi!), mais les différences d’opinion ne sont jamais devenues amères; elles ne se sont jamais transformées en une collision tragique et n’ont jamais porté atteinte à la solidarité générale et au plaisir de s’engager avec sérieux dans une activité politique radicale. Je ne parle pas ici d’un simple groupe d’affinité, qui se surspécialise sur une question particulière, mais bien de s’engager profondément pour s’attaquer aux fondements mêmes du capitalisme canadien. C’est pourquoi j’ai été vraiment ravi de participer à la large coalition qui s’est établie au congrès, et de soutenir, à mon humble façon, ces gens qui m’ont impressionné plus que la plupart des militantes et militants que j’avais connus jusque là… sinon la totalité.

Il s’avère que mon expérience au congrès ne fut pas un événement isolé. Depuis que je suis impliqué dans une organisation qui travaille en tandem avec le PCR, j’ai continué à rencontrer des membres de cette organisation. Chacune de ces rencontres a fait écho à ce que j’ai connu lors du congrès. Même quand un de leurs membres a critiqué l’intervention que j’ai faite lors d’une réunion publique, cela a été fait en toute camaraderie, avec à la fois du soutien et une critique perspicace, et je n’ai jamais senti que j’avais affaire à cette mentalité activiste qui m’a tant dérangé pendant une décennie.

Lorsque des activistes vous critiquent, cela est généralement fait d’une manière égoïste, dans la mesure où ils cherchent d’abord et avant tout à consolider leur influence et leur pouvoir individuels – ces critiques sèment toujours la discorde. Mais quand des gens qui se voient clairement comme des révolutionnaires vous critiquent, ils le font dans la perspective de faire en sorte que vous deveniez un meilleur organisateur et que vous vous inscriviez dans quelque chose de plus grand que les individualités respectives – ces critiques servent à construire l’unité. Autant les gens de la première catégorie sont habiles pour critiquer les autres, autant ils n’acceptent jamais les critiques des seconds.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire à propos du deuxième Congrès révolutionnaire canadien: « L’absence d’arrogance, l’atmosphère détendue, le refus de laisser qui que ce soit se sentir mal à l’aise – tout cela correspond à la politique révolutionnaire que le PCR défend. » Je réitère cette affirmation et considère que cela est extrêmement important quand il s’agit de déterminer si une organisation a le droit, ou non, de se présenter elle-même comme un parti communiste.

Les représentantes et représentants des autres organisations que j’ai rencontrées à Toronto – incluant tous les partis imaginables, les divers projets politiques, des organisations disparates, et même des organisations anticapitalistes mais non communistes – ont la plupart du temps échoué à se comporter de cette manière. Quant à moi, je n’accepterai jamais d’être dirigé par une organisation qui traite ses propres membres d’une manière contraire aux principes qu’elle est censée défendre; si vous êtes aussi mesquin que la petite-bourgeoisie, alors vous n’êtes pas dignes de vous placer en première ligne du projet le plus radical au Canada.

Pratique et « autorité » -révolutionnaire

Durant la campagne de boycott des élections fédérales à laquelle j’ai participé, je me suis retrouvé à polémiquer avec un de mes amis et camarade. Celui-ci voulait savoir en vertu de quel droit le PCR pouvait appeler au boycott – qu’est-ce que le PCR avait donc fait pour justifier sa prétendue «autorité»; il me demandait des détails au sujet de ses pratiques et de son action. À l’époque, et probablement en raison de la grogne suscitée par cette campagne dans le milieu militant torontois, j’ai d’abord été agacé (injustement, je l’avoue) par ses questionnements. Puisque je n’en étais que sympathisant, je ne me sentais pas apte à lui donner des détails sur le fonctionnement interne du parti ; par ailleurs, même si j’en avais été membre, je pense que cela aurait été indiscipliné de lui répondre.

Rétrospectivement toutefois, je dois admettre que sa question était justifiée et que je l’ai interprétée d’une manière erronée : un parti a besoin, en effet, de se prouver en pratique – il ne peut se contenter de prétendre être porteur de « révélations divines », auquel cas il ne peut certes prétendre être un parti révolutionnaire. Bien que j’aurais surement pu faire valoir que le programme du parti témoigne en lui-même d’une pratique révolutionnaire, cela n’aurait sans doute pas répondu aux préoccupations de mon interlocuteur. En même temps cependant, ce désir de connaître les détails précis d’un parti en construction – de vouloir dresser l’inventaire de toutes les particularités qui peuvent nous convaincre qu’un parti est possiblement déjà engagé dans de grandes choses qui feront trembler la planète – peut servir d’excuse pour ne pas s’impliquer dans une organisation qui pourrait s’avérer une force révolutionnaire potentielle. Comme un camarade du PCR l’a déjà formulé, « si tu veux quelque chose, tu vas trouver mille façons de l’obtenir ; mais si tu ne le veux pas, tu vas trouver mille excuses pour ne pas l’avoir ».

Chose certaine, il est clair que la pratique du PCR est réelle et construit quelque chose, comme le prouve d’ailleurs le fait que la police semble maintenant le considérer comme une menace à la sécurité nationale. Même si l’État tend à considérer quiconque se situe un peu trop à gauche comme une menace potentielle et n’hésite pas à s’en prendre à des groupes ou individus qui n’iront jamais jusqu’à renverser le capitalisme, le fait que des escouades spéciales des Équipes intégrées de la sécurité nationale ait désigné le PCR comme une menace et que la Maison Norman Bethune ait été placée sous surveillance constante en dit long. Comme Mao l’a fait valoir, le fait d’être ainsi attaqué par l’ennemi peut aussi s’avérer une bonne chose, dans la mesure où ça démontre qu’il prend votre action au sérieux – une action qui vise justement à l’anéantir.

Alors, qu’est-ce qui fait donc courir les agences de sécurité capitalistes après le PCR ? Peut-être est-ce le fait que le parti se place en première ligne de la lutte politique au Québec? À titre de principale force communiste impliquée dans la CLAC (la Convergence des luttes anticapitalistes), le PCR a été omniprésent dans les manifestations et les actions anticapitalistes – tant et si bien que la manifestation du 1er mai 2011 a fait d’une citation de Mao («On a raison de se révolter») son mot d’ordre principal.

Il y a aussi ces divers fronts et coalitions qui continuent à grossir, comme le Mouvement révolutionnaire ouvrier (qui tente d’unir et d’organiser le prolétariat dispersé), le Front féministe prolétarien et révolutionnaire (qui met de l’avant un féminisme révolutionnaire, dans le but d’organiser les travailleuses contre le capitalisme qui se cache derrière le patriarcat) et le Mouvement étudiant révolutionnaire (une organisation de masse qui considère les étudiantes d’origine prolétarienne dans les écoles secondaires et les cégeps comme d’éventuelles militantes et militants communistes), et qui sont tous engagés (ou le deviendront bientôt) dans un travail important.

On peut aussi mentionner la formation du Comité prolétarien d’action révolutionnaire à Toronto (PRAC), à la suite du deuxième Congrès révolutionnaire canadien, qui est une tentative de lancer une organisation plus large pour le Canada anglophone. C’est d’ailleurs le PRAC, qui a répercuté l’appel du PCR à boycotter les élections fédérales en Ontario.

Peut-être devrions-nous considérer cet appel au boycott comme un microcosme pour évaluer l’autorité révolutionnaire du PCR. Personnellement, si n’importe quel autre groupe que le PCR avait lancé cet appel, j’aurais probablement réagi de la même manière que l’ont fait ces amies, alliées et camarades qui ont exprimé des doutes sur cette campagne de boycott. C’est parce que j’avais déjà une bonne connaissance du PCR et que j’avais assisté au deuxième Congrès révolutionnaire canadien que j’ai répondu positivement à cet appel. (Il est probable que si je n’avais pas porté attention à l’émergence du PCR ou assisté à l’une de ses activités, j’aurais moi-même dénoncé cet appel comme étant « ultragauchiste », sans examiner les faits et les arguments qui la sous-tendaient.)

La question de l’autorité, cependant, ne doit pas être traitée de n’importe quelle façon. En tant que parti pratiquant la ligne de masse, l’appel du PCR à boycotter les élections n’a rien à voir avec la conception de l’avant-garde de Staline (telle que formulée, notamment, dans son ouvrage sur les Principes du léninisme), où le rôle du parti se résume à commander et celui des masses à suivre son autorité; cette conception a été critiquée comme étant « métaphysique » par les communistes de Chine à l’époque de Mao. Si le parti doit servir les masses, alors son autorité doit provenir de la traduction théorique et révolutionnaire des aspirations du peuple : l’autorité derrière le boycott vient donc du rejet du parlementarisme par les masses. Ce qui a conféré de l’autorité et du contenu à l’appel au boycott, c’est le fait que des millions de travailleurs, de travailleuses et d’opprimées ont, pour reprendre les mots de Lénine, « expérimenté par eux-mêmes la démocratie bourgeoise » et cherchent à la dépasser.

Un parti qui pratique la ligne de masse, et qui va donc en pratique représenter les aspirations révolutionnaires des masses, devrait se poser deux questions face à un phénomène comme celui de la baisse du taux de participation aux élections bourgeoises: 1) cette attitude des masses est-elle juste ? Et dépendant de la réponse qui précède, 2) quelle politique devons-nous adopter ? La réponse à ces questions sera totalement différente selon qu’un parti applique la ligne de masse en se plaçant du point de vue des exploitées ou se place lui-même au sommet avec la bourgeoisie, en s’imaginant en dehors de la lutte des classes ou en parlant seulement au nom de principes abstraits, comme la démocratie ou les droits.

Puisque la révolution n’est pas une question de bonnes ou de mauvaises « ressources humaines » – la révolution ne saurait se résumer au fait de changer le personnel dirigeant – mais qu’elle implique une transformation complète de toute la structure dans laquelle s’inscrivent les diverses catégories, groupes, classes et rapports sociaux, un parti qui souhaite exercer une autorité révolutionnaire doit nécessairement développer sa conception de la révolution en pratique. Quelqu’un a déjà décrit cette conception de la pratique révolutionnaire en faisant une analogie avec un jeu.

Si nous jouons à un jeu dont le capitalisme dicte les règles et limites, qu’il décide où nous mettons nos pions et se réserve le droit de changer les règles à n’importe quel moment: que pourrions-nous donc faire pour gagner ? Une option pourrait être de continuer à jouer – et à perdre: cela pourrait s’avérer une bonne expérience d’apprentissage, mais à un moment ou un autre, nous serons forcés de constater que le jeu en lui-même est inutile. Alors peut-être se mettra-t-on à envisager de jouer au plus rusé, en espérant en arriver sournoisement à prendre les capitalistes à leur propre jeu. Ou peut-être encore voudra-t-on continuer à jouer en espérant simplement que les capitalistes finissent par mourir d’une attaque cardiaque? On pourrait même, comme les anarchistes, établir nos propres règles et faire comme si ceux qui possèdent le jeu n’existent pas…

Voici comment le joueur ou la joueuse dotée d’une conception révolutionnaire devrait envisager la chose : il ou elle commencerait par analyser le jeu et par reconnaître la cause de l’injustice; il ou elle refuserait de jouer et ce faisant, forcerait vraisemblablement le capitalisme à changer les règles. (Le fait de refuser de jouer va nécessairement forcer les capitalistes à changer les règles, parce qu’ils ont besoin que l’on joue pour que le jeu existe.) Plus important encore, le joueur engagé dans une pratique révolutionnaire ne montrerait aucun intérêt à simplement changer les règles, dans la mesure où son objectif est de mettre un terme au jeu en lui-même. Son but serait de forcer les capitalistes à se défendre et à révéler aux autres joueurs ce qui est en jeu, afin qu’ils comprennent que le fait de perdre n’est pas la seule possibilité et qu’en suivant cet exemple, les capitalistes vont être obligés d’établir encore plus de règles contre l’ensemble des joueurs, qu’ils s’isoleront ainsi et perdront leur autorité généralement incontestée.

Par conséquent, la valeur d’une initiative ou d’une proposition se mesure à l’aune de ce que l’on cherche à atteindre. Une bonne pratique communiste – le type de pratique que développe selon moi le PCR – consiste à chercher puis à trouver des réponses aux nécessités de la politique révolutionnaire. Pour en revenir au boycott des élections, la question que l’on doit se poser est la suivante : voulons-nous renforcer le camp de la révolution ou propager l’illusion de la démocratie en élisant un parti plutôt qu’un autre ? Trop souvent, nous abordons les problématiques importantes avec des abstractions idéologiques (mon utopie est meilleure que la tienne, mes idées ont meilleure mine sur papier que les tiennes, etc.), plutôt qu’en cherchant à résoudre les contradictions fondamentales. Ce qui distingue l’approche concrète d’une telle approche abstraite, c’est ce que la pratique révolutionnaire nous permet de trouver.

Si nous voulons prouver quoique ce soit, nous devons mettre en œuvre ce quoique ce soit en pratique: c’est ce qu’on appelle la politique – et c’est aussi ce qui distingue le PCR canadien de son homologue états-unien. En outre, dans le contexte où je vis, c’est aussi ce qui distingue le PCR des innombrables groupes de gauche qui se limitent à prêcher la pureté de leur dogme, qui cachent leur «communisme» derrière divers voiles socio-démocrates ou pratiquent ouvertement l’entrisme.

C’est en raison de cette pratique, de l’attitude et de l’état d’esprit révolutionnaires qui la sous-tendent, de la théorie qui lui est liée et de la politique qu’il défend et applique – une politique qui préfigure le socialisme – que je suis devenu sympathisant et que j’ai décidé de soutenir cette organisation. Je ne crois pas qu’il faille voir le Parti communiste révolutionnaire comme un « fait accompli » ou une entité statique qui sera toujours le seul et unique parti dont l’autorité sera établie, peu importe ce qui arrivera: toute organisation est sujette à de constants changements; elle peut changer pour le pire aussi facilement que pour le meilleur. On peut aussi imaginer qu’il puisse y avoir d’autres organisations – peut-être même des organisations qui auront été inspirées par le PCR – qui émergeront et s’affirmeront comme partis dans le futur.

Le fait est que le PCR, qui a toujours conçu sa croissance et son développement en termes de luttes de lignes – et dont le résultat demeure ouvert – serait d’accord pour dire qu’il ne s’agit pas d’une organisation absolument et hermétiquement fermée. Les maoïstes sont bien placés pour comprendre la lutte de lignes et savoir que les organisations peuvent rapidement s’effondrer. Ils et elles savent aussi qu’elles peuvent se renouveler et se développer par la pratique révolutionnaire. Les partis ne sont pas statiques et ne devraient jamais être dogmatiquement puristes; mais en même temps, ils ne sont pas nébuleux (et donc au final vides de sens), dérivant sans but et sans direction théorique et pratique.

Peut-être est-ce cette conscience de soi – cette conception d’un parti toujours ouvert vers l’avenir, mais qui s’appuie néanmoins sur la théorie révolutionnaire élaborée à travers les révolutions russe et chinoise, en l’appliquant cette fois-ci dans notre contexte – qui m’a attiré vers le PCR. Comme je l’ai mentionné au début de cette série[1], et comme je l’ai mentionné ailleurs, j’avais l’habitude de me méfier de la notion même d’avant-garde: une partie de moi l’a toujours trouvée inflexible, puriste, fermée aux couches du peuple qu’elle est censée représenter. Reconnaître la nécessité théorique d’un parti était une chose, accepter l’idée de son existence dans le contexte social qui est le mien en était une autre. Le fait que le PCR ait attiré ma sympathie en tant que parti et qu’il soit le seul groupe communiste ayant réussi à le faire, est pour moi hautement significatif. Mon but, avec cet article, était justement d’expliquer cela.

Josh Moufawad-Paul
  • 1. Voir la première partie dans Le Drapeau rouge, n° 100, mai-juin 2012, p. 6-7.
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