Drapeau Rouge №101
Option Nationale

L’idéalisme bourgeois des nationalistes radicaux

Depuis sa création à l’automne dernier et, surtout, depuis le déclenchement du mouvement de contestation étudiante, le parti Option nationale veut attirer les jeunes déçus du PQ et séduits par un nationalisme qui apparaît plus radical. Mais y a-t-il quoi que ce soit de nouveau dans le projet de ce parti? Dans les faits et à la lumière de son programme, Option nationale, c’est ni plus ni moins que le PQ des années 1970: plus radical dans son accession à l’indépendance, mais dépassé aujourd’hui par la bourgeoisie québécoise qui, même nationaliste, n’a plus besoin de ce projet de capitalisme d’État pour rêver au pouvoir: elle l’a déjà.

La création d’Option nationale résulte directement du départ, il y a un an, de plusieurs indépendantistes radicaux des rangs péquistes, à la suite des démissions des députées Lisette Lapointe, Pierre Curzi, Louise Beaudoin et peu après, Jean-Martin Aussant. La bougie d’allumage ayant provoqué le départ de ces députées péquistes est cette divergence concernant la construction d’un nouvel amphithéâtre promu par la ville de Québec. Pour les démissionnaires, la direction du PQ fait de l’électoralisme et du clientélisme, au lieu de travailler à faire l’indépendance.

Option nationale se donne un vernis progressiste modéré (facile d’être plus à gauche que le PQ), qui ne dépasse pas le vieux modèle social-démocrate. Son programme encourage des nationalisations ciblées dans certains domaines, dont celui des ressources naturelles, en partenariat avec des entreprises privées. «En toutes circonstances, la majorité des profits dégagés par l’exploitation de nos ressources naturelles reviendra dorénavant à la population du Québec », dit-on dans le programme. Au lieu de les exporter, on déclare qu’il y aura une stratégie économique de transformation locale.

Dans son programme, Option nationale annonce qu’il déclarera l’eau et les terres agricoles patrimoine national. Il élaborera une stratégie d’indépendance énergétique. Il développera davantage de niches d’utilisation des ressources hydro-électriques, notamment grâce à l’électrification graduelle des transports collectifs et individuels et le développement d’un monorail entre les grands centres du Québec.

Ce programme nationaliste économique ressemble à s’y méprendre à ce que prônait le PQ des années 1970 voire même, l’ex-ministre des Finances Jacques Parizeau dans les années 1960. Le défunt Ralliement pour l’indépendance nationale de l’avait aussi les mêmes idées. À l’époque, un tel programme était nécessaire pour le plein développement d’une bourgeoisie nationale québécoise, en mesure de se positionner face aux autres capitalistes canadiens voire, face au capital étranger.

Cette bourgeoisie désormais puissante a déjà gagné ce qu’elle pouvait au chapitre des intérêts «nationaux» à conquérir. Elle jette désormais son dévolu sur les ressources et les travailleurs et travailleuses qu’elle peut exploiter à moindre coût sur le reste de la planète. L’intérêt national des capitalistes québécois n’est plus le même. Désormais, comme partout ailleurs, cette bourgeoisie bien installée a des visées impérialistes et n’a pour seul critère que les profits. Les partenariats qu’elle pourrait consentir avec un État québécois ne pourraient exister qu’à condition d’être rentables pour eux… et pas nécessairement pour la population.

Cet idéalisme économique sur lequel repose le programme d’Option nationale, reposant sur une forte intervention de l’État fondée sur l’intérêt national et la bonne volonté des capitalistes québécois, ne se distingue pas beaucoup de ce que prône Québec solidaire (QS) à ce chapitre.

Là où Option nationale se distingue de QS, c’est au niveau de la démarche d’accession à l’indépendance. QS parle de la mise en œuvre d’une assemblée constituante pour définir le nouveau pays. Option nationale propose une stratégie de rapatriement systématique de tous les pouvoirs partagés et ce, de manière radicale, en empiétant dans des champs de juridictions fédérales pour provoquer une rupture avec le Canada. L’Assemblée nationale ferait de facto toutes les lois, l’État québécois gérerait tous les impôts (y compris les contributions d’assurance-emploi et les taxes) et renégocierait tous les traités internationaux. Une fois tous ces pouvoirs exercés par le Québec, un gouvernement dirigé par Option nationale rédigerait une constitution du Québec où serait nominalement inscrit l’accès à la souveraineté. Cette constitution serait soumise à la population par référendum, tout cela dans le même mandat.

Une telle attitude ne peut que plaire à des organisations nationalistes radicales comme le Réseau de résistance du Québécois (RRQ), pour qui l’indépendance constitue le seul et unique programme. Comme le RRQ, Option nationale est radical dans sa façon d’envisager l’accès à l’indépendance, mais il ne brise en rien avec la structure capitaliste du pouvoir et refuse de considérer la «lutte de libération» autrement que par une rupture avec le Canada. Sans point de vue de classe, cette rupture revient à maintenir la chape de plomb capitaliste sur la majorité prolétaire, qui une fois l’indépendance réalisée, serait tout aussi exploitée qu’elle l’était avant.

Le mouvement souverainiste a toujours mobilisé ses troupes par le nationalisme économique et linguistique. Le PQ, dans le passé, jouissait d’une large base sociale au niveau de la petite bourgeoisie salariée et des fonctionnaires de l’État sur ce front. Mais il a torpillé cette base, notamment avec la loi spéciale dans la fonction publique sous René Lévesque, et avec le déficit zéro deLucien Bouchard, qui prétendait ainsi créer les conditions gagnantes de l’accession à la souveraineté. Option nationale tente de renouer avec cette base sociale traditionnellement favorable à la souveraineté. Mais comme le PQ, il se heurterait aux mêmes écueils du « réalisme capitaliste» s’il était porté au pouvoir.

La bourgeoisie québécoise est maintenant prospère. Ce qu’elle souhaite de l’État, ce n’est plus une forte inter-vention économique, mais qu’il joue son rôle pour maintenir le bon fonctionnement du capitalisme – en main-tenant la paix sociale ! – et éliminer tout ce qui entrave son chemin: trop de dépenses publiques en éducation ou en santé, trop d’impôts sur les compagnies, etc. Dans un tel contexte, pour les prolétaires, Option nationale est une énième voie de garage qui cherche encore à les éloigner du véritable combat à mener pour se libérer du capitalisme.

Mathieu Linhart
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