En déclenchant les élections le 1er août, le gouvernement Charest a clamé sur toutes les tribunes qu’il appelait aux urnes pour écraser le mouvement étudiant contre la hausse des frais de scolarité. C’est qu’entre le début de la campagne électorale et les élections le 4 septembre, il y aura la rentrée scolaire et avec elle, les assemblées générales et les nouveaux votes qui décideront de la poursuite ou non de la grève. Pour le Parti libéral, pour la Coalition Avenir Québec (CAQ) et la bourgeoisie criarde qui depuis des mois se sent «menacée» dans son pouvoir par la lutte étudiante, il est temps que ça finisse. Quant au PQ, il est temps selon lui qu’on fasse la trêve.

Cette belle unanimité des aspirants au pouvoir, à exiger que la lutte s’arrête, est tout à fait révélatrice: pour eux, nulle démocratie ne peut surpasser le parlement et ses élections. Le droit à la parole s’arrête avec le bulletin de vote. Mais pour la frange combative des étudiantes qui défend les intérêts des plus pauvres parmi eux et elles, il n’y a rien à attendre des élections du 4 septembre. L’enjeu est ailleurs. Il est dans le refus de laisser la politique bourgeoise décider des stratégies et des formes démocratiques de combat et de lutte. Il est dans la poursuite de la mobilisation sous toutes ses formes et la construction d’un mouvement nouveau, farou-chement indépendant de la politique bourgeoise dans laquelle tous les partis, incluant Québec solidaire, souhaitent l’entraîner.

Le mois d’août est celui de tous les dangers pour le mouvement étudiant. Le premier de ces dangers, c’est de soumettre la lutte à la stratégie électorale des partis. La bourgeoisie et les partis qui la représentent, activement relayés par tout ce que le Québec compte de commentateurs, chroniqueurs, columnists, idéologues et stratèges patentés, chantent à l’unanimité le même refrain: arrêtez la mobilisation à tout prix! Arrêtez la grève, arrêtez les actions, arrêtez les manifestations ! Le PLQ a déjà tout tenté pour y arriver avant les élections avec la loi 78, les arrestations massives, l’intimidation et le mépris. Le PQ chante le même refrain, mais dans son cas, c’est par peur qu’un éventuel «désordre» social ne fasse le jeu des libéraux. Il est curieux de voir une large partie de l’intelligentsia de gauche se ranger à cette analyse et faire ainsi pression sur les franges les plus combatives du mouvement.

Cet argument dont l’objectif est la fin de la lutte (une trêve signifierait en pratique la fin de la grève et de ses corolaires), est fondé sur la peur: les libéraux l’utilisent, les péquistes – avec leur nouvelle recrue étudiante, Léo Bureau-Blouin – y cèdent. Quant à ceux et celles parmi la gauche qui s’y rallient – ouvertement ou en catimini – ils se soumettent dans les faits à la dictature des élections. Ils veulent bien qu’on s’oppose, mais sans briser les règles, ni l’ordre établi. Céder à cet argument, c’est concéder l’initiative à la bourgeoisie et à ceux contre qui on se bat. Le résultat électoral est une chose; la lutte d’un mouvement pour se défendre contre les attaques et exiger la gratuité en est une autre. Et ce mouvement doit continuer !

À cet égard, la présence de Québec solidaire dans le jeu électoral bourgeois joue un rôle négatif pour la suite de la lutte étudiante et n’aide en rien le mouvement à se préserver du parlementarisme et des jeux réformistes. Plusieurs militantes et militants de Québec solidaire qui sont dans le mouvement étudiant n’en n’ont désormais que pour la lutte électorale et les tâches qui s’y rattachent. Plutôt qu’un apport positif dans la lutte, voilà du temps et des énergies précieuses qui se gaspilleront à faire élire, au mieux, deux députées au prochain parlement. Misère !

L’autre danger qui vient du mouvement étudiant lui-même est celui d’appeler les étudiantes à aller massivement voter le 4 septembre pour espérer la défaite des libéraux. C’est le principal cheval de bataille de la FECQ et de la FEUQ, qui mettent ainsi toute la lutte à la merci d’un vote qui ne reviendra ensuite que dans quatre ans… En se soumettant ainsi à la démocratie parlementaire, si les libéraux sont réélus, ils n’auront d’autre choix que de se plier au résultat électoral. À l’heure où de plus en plus de gens constatent l’inutilité profonde des élections et l’incapacité des partis en présence de faire autre chose que de parader et mentir, rien n’est plus cynique que de persister à légitimer tous ces partis en qui plus personne ne croit !

Bien d’autres défis se posent au mouvement, indépendamment des élections. Il est clair que le gouvernement Charest, en adoptant la loi 12 (ancien projet de loi 78, qui a entraîné l’arrêt immédiat et prématuré des sessions en cours au mois de juin), a surtout voulu mettre fin aux grèves qui s’y déroulaient. Il faudra voir la capacité qu’auront la CLASSE et les autres associations qui étaient en grève, à relancer localement, dans chaque institution, le mouvement de grève.

À cet égard, il faut de toutes nos forces appuyer, participer et se solidariser avec toutes les actions qui relanceront la mobilisation – dont le blocage de la rentrée dans les cégeps et universités en grève par des lignes de piquetages – et qui permettront aux étudiantes en lutte de garder l’initiative jusqu’à la victoire. Car ce sont eux et elles qui ont raison ! Ce mot d’ordre de relance et de poursuite de la lutte, dans le contexte actuel, doit s’accompagner d’un rejet clair des élections et de tous les partis qui prétendent, d’une façon ou d’une autre, ou bien écraser la lutte, ou la récupérer à des fins strictement électorales.

Quelle que soit l’issue des prochaines élections, les étudiantes doivent persister dans leur combat et faire avancer les revendications qui remettent en question le pouvoir actuel et les unissent à tous les exploitées du système. Ils et elles s’inscriront ainsi dans le combat plus général à mener contre le capitalisme et la bourgeoisie, en lien avec toutes les forces en lutte.

Il y a la victoire maintenant, celle contre la hausse des frais de scolarité. Mais peu importe le résultat sur ce plan, la victoire contre tous ces bourgeois et leur politique pourrie, celle-là, est encore loin. Et c’est pour cela que la lutte doit continuer !

Une camarade solidaire du mouvement étudiant
e p D T F s