Le Nunavik constitue la moitié du territoire du Plan Nord et en est un maillon important. Il est stratégique pour l’État québécois en raison de la richesse de son sous-sol. Quelque 11 000 Autochtones répartis dans 14 villages y vivent, dont 90 % sont inuits. Pourtant, loin de profiter de la manne, ce sont d’abord les compagnies canadiennes et étrangères plutôt qu’autochtones qui semblent privilégiées, et seulement 15 % des emplois dans le secteur minier y sont occupés par des Inuits. Les prospecteurs s’activent pour découvrir les filons dont le Nunavik regorge, et on y prévoit une augmentation exponentielle des dépenses d’exploration en 2012. La mine Nunavik Nickel, détenue par des intérêts chinois, la multinationale XStrata qui gère le complexe de nickel Raglan, la chinoise Wisco qui exploite le projet du lac Otelnuk ne sont qu’une partie de la quinzaine de projets en cours de réalisation au cours de l’année à venir. « Le Nunavik est appelé à devenir ce qu’est la Baie James au plan minier » de se réjouir André Gaumond, président de la mine Virginia, qui compte trois projets au Nunavik.

Depuis l’annonce du Plan Nord, l’histoire d’ignorance et de mépris des différents gouvernements se répète. Qu’ils aient été québécois ou canadiens, ils appliquent depuis toujours la bonne vieille politique impérialiste à l’endroit des peuples autochtones. Déjà en décembre dernier, dans une lettre envoyée au premier ministre Charest, les dirigeants des deux plus importantes organisations du Nunavik – l’administration régionale Kativik et la Société Makivik – commençaient « à mettre en doute l’opportunité d’un partenariat avec Québec » pour le Plan Nord. Les leaders autochtones se disent « frustrés par la lenteur de Québec à s’occuper concrètement des questions réellement prioritaires pour les Inuits et qu’il faut résoudre au plus vite avant d’aborder le Plan Nord ». Ils s’indignent aussi du fait que le gouvernement les renvoie au Plan Nord pour régler des dossiers qui relèvent plutôt d’obligations contractées par la province dans le cadre de la Convention de la Baie James et du Nord québécois. Les Inuits se disent mal préparés et mal informés devant l’arrivée des minières Adriana et Oceanic Iron Ore sur leur territoire.

Les besoins criants en infrastructures municipales ne sont pas comblés. On fait miroiter des emplois pour les Inuits avec le Plan Nord, mais ces derniers n’ont pas de collège ni de centre de formation…

En 2010, un an avant le développement du Plan Nord, les Inuits avaient soumis le Plan Nunavik au gouvernement québécois. On y énonçait les sept priorités de la communauté qui manque cruellement de logements, alors que près de la moitié des logements sociaux abritent plus d’une famille. Trop souvent, cela signifie qu’on y retrouve de 12 à 15 personnes dans un même logement. Le coût de la nourriture y est 65 % plus élevé qu’au Québec. La santé, l’éducation, la protection de la jeunesse figurent également parmi les priorités criantes ciblées par l’administration régionale, de même que la priorité qui doit être donnée aux Inuits dans les contrats et emplois offerts par Québec sur le territoire, tel que stipulé dans la Convention de la Baie James et du Nord québécois. Or, le gouvernement du Québec n’a jamais répondu à ces demandes, qui représenteraient 300 millions de dollars par année. Ce même gouvernement qui n’hésite pas à offrir pour chaque année du Plan Nord pas moins de… 3,2 milliards de $ au bénéfice des riches compagnies.

L’avocat Jean Piette de chez Norton Rose (qui a acheté le riche cabinet Ogilvy Renault), cité dans Les Affaires, s’est empressé de rappeler que « sur le plan juridique, le gouvernement a le droit d’imposer son Plan Nord sur le territoire parce que les Inuits y ont éteint leurs droits. Même si la commission sur la qualité de l’environnement de Kativik, prévue par la Convention de la Baie James, en arrivait à rejeter des projets miniers, le gouvernement québécois aurait le dernier mot. » À l’évidence, les lois capitalistes ne sont faites que pour le bénéfice… des capitalistes.

La reconnaissance des droits des Autochtones à l’autodétermination et sur leur territoire passe par la lutte politique… et révolutionnaire. Et la lutte des travailleurs et travailleuses de partout au Canada pour détruire le système capitaliste et instaurer un pouvoir populaire devra se faire en unité avec tous les peuples autochtones du Canada !

C.S.
e p D T F s