Drapeau Rouge №100
Les autochtones et le nord

Renverser la domination de l’impérialisme !

Cet article est un extrait tiré d’un dossier paru dans le numéro 3 du magazine Arsenal. Il présente avec beaucoup de clarté le lien nécessaire entre la lutte de libération nationale des peuples autochtones et la lutte révolutionnaire des prolétaires du Canada pour renverser le capitalisme et l’impérialisme et instaurer un véritable pouvoir populaire.

Se re-saisir du territoire ! Le libérer des entraves qui résultent de la domination capitaliste et impérialiste et de l’exploitation des ressources par les grandes multinationales, et sur la base de cette révolution, ériger une nouvelle démocratie (i.e. le concept de révolution de démocratie nouvelle de Mao Zedong) qui réaliserait la souveraineté des peuples autochtones, mettrait fin à l’oppression nationale, expulserait les multinationales et tous les intérêts impérialistes – tant canadiens qu’internationaux – et s’unirait à la lutte des travailleurs et travailleuses de partout au Canada pour le socialisme.

De ce retournement réside une grande part de la perspective révolutionnaire au Canada. On ne peut en effet envisager le socialisme au Canada sans révolution et sans libération nationale des peuples autochtones, donc conséquemment, sans transformer totalement l’État canadien, y compris dans la manière dont il réalise l’unité politique du territoire. On n’assoira pas un nouveau roi sur un vieux trône ; on ne glissera pas un nouveau pantin dans le vieil habit du premier ministre ; on ne mettra pas davantage les opprimées et les classes populaires en charge du vieil État bourgeois.

Aujourd’hui, alors que nous assistons à une nouvelle phase dans l’exploitation des territoires du Nord par l’impérialisme canadien et québécois, avec à la clé, la réalisation par de puissantes multinationales canadiennes ou étrangères, aidées par les gouvernements, d’immenses projets miniers, hydroélectriques, pétroliers, portuaires, gaziers ou autres, qui impliquent une concentration de capitaux élevée (y compris du petit capital autochtone), la bourgeoisie canadienne (ou américaine, ou d’autre part encore) commande littéralement à l’État de nettoyer les obstacles qui salissent encore le sol aux pieds des capitalistes (de nettoyer les terres, comme aurait dit Lénine), en clair, de balayer les empêchements politiques ou juridiques qui peuvent nuire à la réalisation des profits capitalistes.

Il faut se demander dans ces conditions-là : est-ce que les rapports entre l’État impérialiste canadien et les nations autochtones se sont modifiés, disons grosso modo ces dix dernières années, par la conclusion d’accords territoriaux (et par les négociations encore en cours) qui sont de quasi traités et/ou des textes supplétifs, qui lient les bandes autochtones à cette nouvelle phase de « nettoyage » du territoire (i.e. le libérer au profit de l’exploitation capitaliste) en échange de redevances, d’annuités, et de portions de territoires à usage propre ?

Présentons les choses autrement. Quand en 1975, John Ciaccia, ministre dans le gouvernement libéral du Québec, explique à l’Assemblée nationale le sens de la politique du Québec dans le Nord, et en l’occurrence la signification de la future Convention de la Baie James, dans les termes suivants : une occasion pour le Québec « …d’étendre son administration, sa législation, ses institutions publiques et ses services à la totalité du Québec, en un mot d’affirmer l’intégrité de notre territoire » (cité dans Regard sur la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, éd. Québec Amérique, 2002, p. 153), parle-t-il alors un langage si différent de celui que parlaient les agents qui négociaient les traités en 1850, 1890 ou 1920 ? Parlait-il un langage si différent de celui du PQ qui conclut la dite Paix des braves avec les Cris pour « libérer » la rivière Rupert pour l’exploitation hydroélectrique par Hydro-Québec ?

Les opérations capitalistes dans le Nord, plus souvent qu’autrement liées aux secteurs les plus puissants de la bourgeoisie, se multiplient actuellement. Réalisés ou projetés, ils constituent un enjeu de taille pour la classe dominante. […]

Ces opérations capitalistes constituent d’ores et déjà le poste de commandement, le quartier général, à partir duquel se décide le développement de la question autochtone au Canada. Du moins, est-ce là la volonté des gouvernements et des milieux capitalistes. La bourgeoisie fait le pari (pari idéologique, pari politique) que l’impressionnante envergure de ces développements va induire chez les dirigeantes autochtones l’idée que, tout compte fait, la meilleure politique est celle qui consiste à être les courtiers entre la puissance de fer des capitalistes et les besoins des communautés autochtones.

Nous sommes plutôt en accord avec les maoïstes quand ils et elles disent que sans le pouvoir politique, tout n’est qu’illusion… L’idée en vogue de la « self-sufficiency » économique (idée incomplète s’il en est), celle de redistribution communautaire des redevances de l’exploitation capitaliste, sont elles aussi des illusions. Elles le sont et le resteront s’il n’y a pas la perspective de la révolution, c’est-à-dire si les nations autochtones ne luttent pas pour vaincre le pouvoir politique de l’impérialisme canadien.

Le marxisme nous a appris que le capitalisme, s’il développe les richesses, développe aussi, simultanément, la misère. Dans le MacKenzie, chez les Dénés, chez les Cris, chez les Innus, l’eau, le cuivre, le gaz naturel, l’or, les diamants, entrent comme des biens détournés dans l’accumulation de richesses pour les uns, et dans le développement de la misère pour les autres.

D’ici cinq ans, les peuples autochtones compteront pour deux millions de personnes au Canada. Très largement des jeunes. Et la grande majorité est déjà et sera de plus en plus composée de prolétaires. C’est dire qu’ils et elles expérimentent ce que nous appelons les trois niveaux de la réalité de notre classe :

  • la misère, la rue, l’errance, la maladie, souvent nommé le sous-prolétariat ;
  • le chômage, le travail occasionnel, les semaines de chantier, dits aussi l’armée de réserve ;
  • les emplois industriels, les mines, les travaux publics, les services, le salariat dit régulier.

C’est à eux et elles qu’il revient de constituer, en commençant dès maintenant, un courant combattant unifié. D’une bande à l’autre ! D’une nation à l’autre ! D’une réserve à l’autre ! D’une ville à l’autre ! Du Nord au Sud et d’Est en Ouest ! Combattantes et unies ! Il faut viser à instaurer une nouvelle démocratie, un pouvoir politique autochtone au nord du Canada. Cela ne peut se faire qu’en luttant contre l’impérialisme canadien et en brisant la domination de ses puissantes compagnies, de ses monopoles et de ses agences sur les peuples autochtones. Le moyen d’y parvenir, c’est par la guerre populaire prolongée !

Bâtissons un courant combattant unifié !

Appuyons la lutte des peuples autochtones !

Préparons la guerre populaire !

e p D T F s