Drapeau Rouge №100
Le Parti communiste (maoïste) d’Afghanistan

« Notre lutte fait partie de la lutte mondiale des opprimées… »

Début mars, un camarade du Parti communiste (maoïste) d’Afghanistan est venu au Canada pour faire connaître la lutte menée par ce parti contre l’occupation impérialiste et le travail qu’il mène pour la reconstruction d’un regroupement international maoïste. Le camarade a participé à deux événements à Toronto et il est également venu à Montréal, dans le cadre des rendez-vous de la Maison Norman Bethune. Voici une transcription de son intervention.

– Le Drapeau rouge

Lorsque la coalition impérialiste menée par les États-Unis a lancé sa guerre d’agression pour envahir et occuper l’Afghanistan en octobre 2001, les impérialistes ont déclaré que l’objectif de cette guerre était de traduire en justice les auteurs présumés des attentats sur le World Trade Center et le Pentagone. Mais plus important encore, ils ont affirmé que leur guerre libérerait le peuple afghan, en particulier les femmes, et que l’occupation allait favoriser la démocratie et la construction d’un État favorable aux droits humains, aux droits des femmes et aux autres valeurs de la démocratie libérale. Il ne fait aucun doute que ces promesses ont sonné comme du miel aux oreilles de bien des forces bourgeoises et petites-bourgeoises ainsi qu’aux intellectuels de notre pays, y compris ceux et celles qui se prétendent de gauche.

Dans cet exposé, nous allons tenter d’identifier les positions prises par les divers camps qui se réfèrent à des valeurs de gauche et s’en revendiquent. Grosso modo, on peut diviser la gauche afghane en trois camps : le premier peut être qualifié de capitulationniste – il s’agit de capitulards déclarés se prétendant de gauche ou du libéralisme ; le deuxième camp, nous le qualifions de semi-capitulard ou partiellement capitulationniste ; et le troisième est celui de la gauche anti-impérialiste et internationaliste. (Il est important de noter que ces trois camps se revendiquent tous du mouvement maoïste de la génération précédente.)

Le camp des capitulards est composé d’ex-membres et de cadres du mouvement de démocratie nouvelle des générations passées, qui était dirigé par les maoïstes. En privé et parfois même publiquement, ils se réclament encore de l’héritage du glorieux mouvement maoïste d’Afghanistan. Ces gens-là jouent un rôle très important pour le régime fantoche et les occupants, pour qui il agissent comme cadres intellectuels et politiques. Certains sont membres du parlement ; d’autres occupent même des postes de ministres au sein du gouvernement. On en retrouve parmi les proches conseillers du président. Ils sont en charge de plusieurs ONG et organisations de la soi-disant « société civile » ; ils sont largement présents dans les médias… Bref, leur rôle est de « légitimer » le régime fantoche.

On peut en gros résumer ainsi leur argumentation, leur compréhension de l’histoire politique de l’Afghanistan : pour eux, l’histoire du pays a été celle de la contradiction entre les forces de la modernité et celles de la tradition, et c’est toujours cette même contradiction qui est à l’œuvre et modèle la politique actuelle du pays. Selon cette interprétation, il y a donc d’un côté les forces de la tradition, sous la forme de l’islamisme des talibans (qui incarnent la pire espèce des valeurs féodales, le machisme, le chauvinisme national, le rejet d’absolument toutes les valeurs démocratiques et modernes) ; tandis que de l’autre, on retrouve la « communauté internationale », qui essaie de promouvoir la démocratie et la construction d’un État favorable aux valeurs modernes, libérales et démocratiques, dans des circonstances très difficiles. Par conséquent, les capitulards croient qu’il est de leur devoir, en tant que « progressistes », de se tenir aux côtés des forces de la modernité, c’est-à-dire, de l’occupation impérialiste et du régime fantoche.

Ces libéraux de gauche, qui se veulent modernistes, agissent comme fantassins intellectuels de l’occupation. Ils se sont révélés les partenaires les plus cohérents et les plus fiables de l’occupation impérialiste – plus encore que l’aile islamiste du régime fantoche dirigé par Hamid Karzaï.

Le deuxième camp, que j’ai qualifié de semi-capitulard, est lui aussi très large ; il est composé de plusieurs groupes et organisations réformistes de gauche. Leurs prétentions à se dire de gauche sont parfois plus marquées que celles du premier camp. À l’origine, il était plutôt difficile de tracer une ligne de démarcation entre ces deux camps. En effet, au début de l’occupation, les principales cibles des attaques du camp semi-capitulard étaient certains courants islamistes spécifiques au sein du régime fantoche, de même que des éléments extérieurs au régime (« les seigneurs de guerre », « les terroristes talibans », etc.).

Pour eux, le seul et unique problème avec l’occupation était qu’elle avait mis les « mauvaises personnes » au pouvoir – des seigneurs de guerre, des fondamentalistes islamiques, des moudjahidines, d’ex-talibans, etc. Ainsi, ils reprochaient aux occupants de ne pas avoir une politique anti-intégriste cohérente. Le résultat de ce raisonnement, c’est que si les « bonnes personnes » (c.-à-d. eux-mêmes et les libéraux de gauche !) avaient été placées au pouvoir par les impérialistes, l’occupation n’aurait pas fait problème. En quelque sorte, l’impérialisme serait une bonne chose s’il avait mieux choisi son gouvernement de marionnettes.

Un exemple emblématique de cette position est celui de l’Association révolutionnaire des femmes d’Afghanistan (RAWA), dont les activités suivent ce raisonnement. Aujourd’hui, après dix années d’occupation impérialiste qui ont ravagé l’Afghanistan, les semi-capitulards ont légèrement modifié leur discours. Après s’être refusés pendant des années à utiliser le mot « occupation », voilà qu’ils l’utilisent parfois. À divers degrés, ils adoptent maintenant une position anti-occupation, quoique discrète. Ils n’en restent pas moins cependant des semi-capitulards, dans la mesure où ils continuent à mettre sur le même plan les talibans et les occupants impérialistes, qu’ils considèrent comme les principaux ennemis.

Les semi-capitulards affichent leur mépris envers les courants qui appellent à la résistance armée contre l’occupation. Pour la plupart, ils restent coincés dans le discours pacifiste et réformiste bourgeois, et leur horizon s’arrête au parlementarisme. Dans le contexte d’une occupation impérialiste, cela revient en fait à donner un soutien tacite au projet des occupants. Il convient de noter que le discours de ce camp est en quelque sorte prolongé et amplifié par la gauche social-démocrate et réformiste dans le mouvement anti-guerre des pays impérialistes. Malheureusement, à plusieurs reprises, les communistes révolutionnaires ont également promu le projet semi-capitulard.

Le troisième camp – qui est aussi la principale force anti-impérialiste en Afghanistan – c’est celui de la gauche internationaliste et anti-impérialiste. Ce camp se compose de plusieurs groupes et organisations marxistes-léninistes-maoïstes, mais c’est le Parti communiste (maoïste) d’Afghanistan [PC(M)A] qui en constitue la force principale et la plus importante, avec plusieurs organisations de masse sous sa direction.

Le PC(M)A rassemble la résistance révolutionnaire anti-impérialiste depuis le début de la guerre d’agression et de l’occupation de l’Afghanistan. Ce camp, et le PC(M)A lui-même, se positionne à partir d’une analyse anti-impérialiste de la guerre contre notre peuple et de l’occupation de notre pays : il identifie la contradiction principale en Afghanistan comme étant celle entre les peuples de l’Afghanistan d’une part, et les forces impérialistes d’occupation de l’autre.

Le PC(M)A appelle à une guerre révolutionnaire de résistance populaire contre l’occupation impérialiste. Il convient de noter que dans une perspective de classe, nous considérons le mouvement des talibans comme un ennemi stratégique ; mais dans la conjoncture actuelle marquée par l’occupation impérialiste, nous ne le considérons pas comme l’ennemi principal. Nous n’assimilons pas les talibans au régime fantoche et aux forces d’occupation. Nous considérons que ce sont les occupants impérialistes et le régime fantoche qui constituent l’ennemi principal des peuples d’Afghanistan ; ce sont eux qui doivent être la principale cible de la guerre populaire révolutionnaire de résistance nationale.

Le PC(M)A a été fondé en 2004 ; il a été formé à la suite de l’unification d’organisations marxistes-léninistes-maoïstes importantes et plus anciennes : l’Organisation révolutionnaire pour le salut de l’Afghanistan, l’Alliance révolutionnaire des travailleurs et le Parti communiste d’Afghanistan. En 2001, lorsque l’alliance impérialiste dirigée par les USA a envahi et occupé l’Afghanistan, les forces et organisations MLM ont entamé un processus d’unification pour rassembler les communistes révolutionnaires en un seul parti, afin de créer une force de résistance révolutionnaire contre la guerre impérialiste et l’occupation.

Le Mouvement révolutionnaire internationaliste (MRI) a joué un rôle important à l’époque pour faciliter le processus d’unité entre les organisations MLM en Afghanistan. (Malheureusement, en raison de la ligne déviationniste au sein de son comité de direction, le MRI s’est depuis effondré et il se trouve maintenant dans un état de complète paralysie.) Depuis sa formation, le PC(M)A s’est avéré la principale force révolutionnaire laïque à résister à l’occupation. On retrouve plusieurs grandes organisations de masse sous sa direction : des organisations ouvrières, de femmes, de jeunes et d’étudiantes et étudiants, qui contribuent à l’existence d’un mouvement de masse anti-impérialiste dans le pays.

Bien que cette résistance révolutionnaire anti-impérialiste n’ait pas encore atteint le stade de la guerre populaire, les mouvements d’étudiants, de jeunes, de femmes et de travailleurs dirigés par le PC(M)A dans diverses parties du pays sont un pilier important de la résistance globale à l’occupation impérialiste – je parle ici de la résistance révolutionnaire et communiste, favorable à la démocratie nouvelle. Récemment, le PC(M)A a confirmé qu’il accélérait les préparatifs en vue de déclencher la guerre populaire révolutionnaire de résistance nationale à l’occupation impérialiste.

Il ne faut pas oublier non plus la dimension internationale de la lutte qui se déroule en Afghanistan. Les puissances impérialistes dirigées par les États-Unis ont choisi l’Afghanistan comme principal champ de bataille pour leur projet de domination militaire de la planète. Elles ont des plans pour y installer des bases militaires permanentes. Jusqu’à présent, il semble y avoir consensus entre les puissances impérialistes sur la question de l’Afghanistan.

De fait, pas moins de 44 pays font partie de la coalition des occupants, dont les forces armées sont là pour appuyer le projet impérialiste américain et renforcer le régime fantoche. Parallèlement, les puissances régionales réactionnaires qui ne sont pas présentes militairement en Afghanistan jouent elles aussi un rôle très important en fournissant une assistance politique, diplomatique et financière à l’occupation et à son régime fantoche. Cette unité impérialiste et réactionnaire des puissances régionales et internationales s’exprime sous le parapluie de l’ONU.

De la même manière, l’insurrection islamiste dirigée par les talibans bénéficie du puissant soutien politique, militaire et financier des forces islamistes à travers le monde. Les talibans pakistanais, ainsi que d’autres forces islamistes de l’Asie centrale, de la Chine et du Moyen-Orient, fournissent une aide militaire ainsi qu’un soutien politique et financier aux talibans afghans. Nul doute que sans cette aide, il serait très difficile pour le mouvement des talibans de se maintenir.

Cela explique pourquoi le PC(M)A s’intéresse autant à l’évolution du MRI et à la formation d’une nouvelle organisation communiste internationale. Nous croyons fermement que la lutte et la révolution en Afghanistan font partie de la lutte et de la révolution mondiale contre le capitalisme et l’impérialisme. Tout comme le MRI a contribué au processus d’unité des organisations MLM en Afghanistan (ainsi que dans d’autres pays), l’existence et les activités d’une nouvelle organisation communiste internationale – du moins l’espérons-nous – pourraient jouer un rôle extrêmement important en termes de soutien politique et idéologique aux luttes révolutionnaires en Afghanistan et ailleurs. Avec l’émergence de la ligne avakianiste post-MLM et de la ligne révisionniste de Prachanda-Bhattarai en son sein, le MRI s’est effondré. Nous croyons que la lutte révolutionnaire en Afghanistan a perdu là une dimension importante et internationaliste.

À ce stade-ci, travailler à la formation d’une nouvelle organisation communiste internationale ou à la réactivation du MRI est la principale tâche internationaliste du mouvement communiste mondial. Cela permettrait d’exprimer concrètement la devise communiste, « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». À une époque où le système capitaliste impérialiste est en grande difficulté, ébranlé qu’il est par des crises économiques et financières récurrentes, et où les masses opprimées se lèvent pour lutter contre ce système en décomposition avancée, nous avons plus que jamais besoin d’une telle organisation internationale afin de lutter pour influencer ces mouvements et travailler à leur fournir une dimension révolutionnaire communiste.

Notre lutte en Afghanistan fait partie de la lutte mondiale des opprimées. Voilà pourquoi nous œuvrons non seulement à la révolution en Afghanistan, mais à la formation d’une organisation internationaliste communiste.

e p D T F s