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UN APPEL À L’UNITÉ RÉVOLUTIONNAIRE!

Document d’orientation pour le 3e congrès révolutionnaire canadien

Document soumis par le Bureau d’information politique à l’occasion du troisième congrès révolutionnaire canadien:

Le contexte global

Le capitalisme mondial est aujourd’hui entré dans une période d’instabilité chronique, c’est-à-dire une crise de longue durée. La crise produit des effets dévastateurs qui sont partout visibles et qui, partout sur la planète, viennent éroder les anciens équilibres qui existaient auparavant et sur lesquels a reposé le capitalisme jusqu’à aujourd’hui. En ce sens, l’instabilité qui se généralise, c’est un peu comme si le barrage, qui maintenait l’illusion que le capitalisme pouvait poursuivre son expansion de façon illimitée, avait cédé et par le fait même, que la nouvelle situation ainsi engendrée rendait de plus en plus improbable un retour à la normalité. De fait, la crise de longue durée du capitalisme, bien qu’avec une intensité variable, déborde le domaine strictement économique pour produire de nouvelles crises un peu partout sous la forme de crises politiques, culturelles et sociales.

Chaque nouveau jour est là pour le confirmer: c’est l’instabilité qui caractérise la période actuelle du capitalisme. En effet, partout bouleversements et crises marquent la conjoncture internationale et nationale. Comme il s’agit d’une crise majeure qui affecte globalement la capacité du capitalisme à relancer un nouveau cycle d’accumulation, et du fait que la crise s’est installée pour une assez longue période de temps, voire de façon permanente venant perturber les conditions normales d’exploitation sous le capitalisme, on comprendra que toute velléité de relancer le capitalisme ou inversement de s’y opposer va mettre en lumière le problème fondamental de savoir si l’instabilité chronique du capitalisme va trouver son dénouement dans un conflit (ou des conflits) inter-impérialiste ou bien dans des affrontements de classes. Aujourd’hui plus encore qu’hier, les mots de Engels sonnent dramatiquement justes: «La société bourgeoise est placée devant un dilemme: ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie.»

Bien que la crise traverse le monde capitaliste, il n’en demeure pas moins qu’elle se manifeste différemment et produit des effets différents selon les traits qu’elle peut prendre et les effets qu’elle peut occasionner dans des réalités particulières et ce, de pays en pays. À un niveau plus général, on peut dire que la crise du capitalisme met en relief les contradictions internes les plus importantes de ce système exploiteur et oppresseur. Mais la crise révèle autrement plus de choses qu’il ne semble à première vue: elle révèle aussi les formes nouvelles que prend le conflit de classe entre bourgeois et prolétaires.

Pour leur part, les capitalistes n’hésitent pas à mettre en place les seules mesures envisageables pour eux afin de relancer une nouvelle période d’accumulation du capital. Le capitalisme du futur, comme celui du passé, ne peut produire autre chose que de la richesse pour une minorité et de la pauvreté pour une majorité. Flexibilité, productivité, prise en main du déficit ne sont que les expressions de politiques bourgeoises qui cachent une réalité autrement plus révélatrice. Le monde capitaliste de demain sera fait d’une combinaison de l’intensification de l’exploitation, du chômage accru, de délocalisations, de mesures d’austérité, de répression à l’encontre du prolétariat et des masses populaires. Mises ensembles, toutes ces «politiques» sont pour ainsi dire le plan de bataille général de la bourgeoisie et sont autant de facettes de la politique bourgeoise présentement à l’œuvre. C’est pourquoi il n’est pas faux de considérer que l’appel aux mesures d’austérité est le cri de ralliement de la bourgeoisie pour la sauvegarde d’un système d’exploitation qui l’a jusqu’à aujourd’hui si bien servi. Mais si les mesures d’austérité sont le point de ralliement des forces de la bourgeoisie, elles sont aussi un cri de guerre adressé aux masses prolétariennes et populaires: soumettez-vous aux nouvelles conditions de l’exploitation, sinon périssez!

Face à l’offensive tout azimut de la bourgeoisie, le prolétariat et les masses populaires résistent tant bien que mal. Mais plus important encore, dans le cadre de ce mouvement de résistance, les masses développent et introduisent dans la lutte des classes, bien que de façon inégale et pas nécessairement de façon consciente, de nouvelles formes de luttes.

Il faut être clair là-dessus, toutes les formes de lutte n’ont pas la même importance historique. Par exemple, dans un pays capitaliste avancé, il est indéniable que le parlementarisme, véritable outil de domination de la bourgeoisie, est une méthode de lutte qui à ce stade du développement du capitalisme, cause beaucoup plus de dommages aux luttes prolétariennes qui peuvent se mener et qui se mèneront assurément, que les supposés avantages qui pourraient être gagnés en participant aux élections. Il en est de même d’un ensemble de moyens anciens et de moyens nouveaux, qui doivent être évalués à la lumière des tâches actuelles que pose la lutte révolutionnaire.

Il y a, de manière générale, une tendance à l’émancipation des masses d’avec les limites imposées aux mouvements revendicatifs par l’ordre bourgeois. Cela peut se constater dans le fait qu’elles abandonnent de plus en plus les vieilles organisations traditionnelles du prolétariat, c’est-à-dire les syndicats, associations, groupes populaires, car ces organisations sont incapables de mettre en œuvre une politique qui s’opposerait efficacement à la bourgeoisie. Et de fait, la plupart des luttes nouvelles menées par les masses se sont situées en marge sinon à l’extérieur de ces organisations, en plus de se situer au-delà de ce qui est légalement permis par la bourgeoisie. Autrement dit, les masses ont spontanément cherché à s’échapper du cadre revendicatif légal imposé par la bourgeoisie, alors que les vieilles forces réformistes syndicales et populaires, gagnées aux miettes de droits démocratiques consentis par des régimes corrompus et oppresseurs, ont cherché à les y maintenir.

Par ailleurs, on peut affirmer, sans risquer de se tromper, que les luttes menées par les masses prolétariennes et populaires de ces dernières années ont été autant d’épisodes révélateurs des nouvelles conditions dans lesquelles doit maintenant se mener la lutte des classes. D’un côté, la bourgeoisie a accru son régime d’exploitation. Elle a empiété autant qu’elle a pu sur l’existence même des prolétaires, sur leurs conditions de vie, leur santé, leurs libertés et leurs droits politiques. Des peuples entiers ont été maintenus dans l’asservissement, l’impérialisme jouissant toujours de cette possibilité immonde d’accroître la misère des masses à des degrés et dans des proportions vertigineuses. À l’inverse, les masses prolétariennes, bien qu’étant dans l’ensemble encore désorganisées, développent de plus en plus des luttes qui parfois permettent même de bousculer la bourgeoisie (pensons à la lutte étudiante au Québec en 2012), voire de la menacer (pensons aux révolutions en Inde et aux Philippines). De nombreux exemples illustrent qu’il est possible de lutter et de faire des gains. Mais cette possibilité de lutter pour gagner exige l’adaptation à la nouvelle réalité de la lutte des classes et par conséquent un mouvement de lutte. De fait, la crise actuelle du capitalisme illustre bien cette vérité: les graves crises qui traversent le système impérialiste mondial ne mènent pas directement à la lutte révolutionnaire contre le capitalisme.

Les conditions concrètes au Canada

Le Canada est un puissant pays impérialiste, bien que cette puissance puisse sembler petite lorsqu’on la compare à d’autres pays impérialistes comme les États-Unis. De l’extérieur, le Canada semble jusqu’à présent avoir échappé au gros de la crise. Mais dans les faits, la crise a imposé à la bourgeoisie canadienne une restructuration importante de l’économie. D’un côté, le développement pétrolier est venu remplacer le secteur manufacturier comme force prépondérante dans l’économie canadienne, faisant perdre du même coup des centaines de milliers d’emplois à des ouvriers et ouvrières, particulièrement en Ontario. De l’autre, de vastes projets ont été mis en branle, qui visent au développement des ressources naturelles au nord du Canada, particulièrement sur les territoires des nations autochtones.

Du fait de l’interdépendance de plus en plus forte des pays impérialistes à travers le marché mondial, l’instabilité économique, politique et sociale des joueurs les plus importants que sont les États-Unis, l’Union Européenne et même la Chine s’est nécessairement répercutée dans chaque pays, le Canada n’échappant pas à cette situation.

Fortement intégrée au marché capitaliste mondial, la bourgeoisie canadienne a dû s’adapter à ce nouvel environnement. Par la force des choses, cette bourgeoisie a été amenée à quitter la politique qu’elle menait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce qui de fait montre sa capacité d’adaptation et son caractère impérialiste – s’il était possible d’en douter.

Durant toute la période de l’après-guerre, marquée par un développement important du capitalisme et un cycle continu d’accumulation, la politique impérialiste du Canada était caractérisée, dans un contexte de guerre froide, par le rôle auto-attribué de médiateur qu’a joué la bourgeoisie canadienne en faveur des puissances impérialistes. Cela a été facilité du fait que le Canada, pays impérialiste secondaire, a pu se présenter sur l’échiquier mondial comme pays «ami» des peuples du tiers-monde.

Avec le renversement du cycle économique, marqué par le déclin du capitalisme qui s’amorce au milieu des années 1970, le Canada a peu à peu quitté son rôle de médiateur et sa politique de stabilisation des relations internationales et, suite à l’effondrement du bloc de l’Est, la bourgeoisie a amorcé la réorientation de sa politique en jouant un rôle accru au sein du système financier international, comptant pour cela sur la force de son système bancaire. Ce faisant, l’impérialisme canadien a été amené à occuper une place plus importante politiquement que son poids économique réel.

De fait, le Canada a activement participé à toutes les initiatives visant à renforcer l’impérialisme mondial. En favorisant la libéralisation des marchés, le Canada s’est pleinement inscrit dans le mouvement de la «mondialisation», en signant différentes ententes économiques, notamment l’ALÉNA et l’entente de libre-échange avec l’Union européenne. Ce processus a atteint sa maturité de nos jours alors que la politique économique de la bourgeoisie canadienne se transpose sur la politique étrangère du Canada, qui s’est militarisée afin de répondre aux intérêts du capitalisme canadien.

En 2010, l’économie canadienne occupait la dixième place mondiale – un recul d’une place par rapport à 2007. Caractéristique des pays impérialistes développés, la structure du capitalisme canadien est divisée entre les industries de production de biens (31% du PIB) et les services (69% du PIB). Donc, à l’instar des autres pays capitalistes avancés, le Canada possède un important secteur des services dominé par les activités financières et un secteur de production de biens dominé par les activités de transformation. Plus particulièrement, le pays repose encore sur une structure économique avancée, qui comporte des activités à haute valeur ajoutée et une forte densité de capital, notamment dans les mines, l’énergie, la construction et la transformation. D’ailleurs, ce sont les industries liées à la transformation et à la finance qui donnent les deux plus grands apports au PIB.

Avec une telle structure économique, il est normal que l’impérialisme canadien soit un grand exportateur de capitaux (finance) et de matières premières (extraction et transformation). En dépit de problèmes persistants, notamment une surcapacité de production chronique, une variation de la valeur du dollar canadien, etc., le Canada occupait tout de même le 9e rang des plus grands exportateurs de marchandises en 2007, et le 12e rang en volume d’exportation en 2012. Toutefois, il faut noter que les rapports commerciaux avec les États-Unis ont produit à eux seuls 75% des exportations canadiennes. (François Roy, «Canada’s Place in World Trade 1990-2005», Canadian Economic Observer, March 2006, p.5-6.)

Avec la crise de 2008, les avantages de l’intégration avec les États-Unis sont devenus moins évidents, surtout que les États-Unis ont amorcé un certain virage protectionniste (Buy American Act). C’est pourquoi la mauvaise performance de l’économie américaine, liée avec certaines difficultés concernant des projets d’oléoducs (Keystone XL), ont amené le Canada à élargir son espace économique en signant des accords de libre-échange en Amérique du Sud et avec l’Union européenne.

Stimulé par le prix élevé des ressources naturelles et les demandes du marché international, qui expliquent en partie la performance à l’échelle mondiale du Canada, le gouvernement Harper, mais aussi divers gouvernements provinciaux dont le Québec avec son Plan Nord, ont adopté des stratégies visant à accentuer l’exploitation des ressources naturelles comme vecteur de la croissance économique.

Tournée vers le secteur des ressources naturelles dont l’important développement des dernières années se poursuit, malgré le fait qu’avec la crise économique de la fin des années 2000, les exportations ont baissé de 20% entre le premier trimestre de 2007 et le deuxième trimestre de 2009, la place de plus en plus importante prise par le secteur de l’extraction s’est accompagnée d’un délaissement de l’industrie manufacturière et du déclin relatif du secteur manufacturier, qui frappe particulièrement l’Ontario et le Québec. Plus encore, pour rendre possible l’exploitation plus grande des ressources naturelles, les gouvernements ont adopté des modifications aux législations environnementales, qui dans la plupart des cas ont été dans le sens de baisser les exigences demandées aux compagnies exploiteuses.

Au niveau national, les évolutions qui ont encouragé le développement du secteur des ressources naturelles (par exemple, le prix du pétrole a été multiplié par cinq) ont du même coup empêché le développement du secteur manufacturier, déjà fortement affaibli par la compétition mondiale, produisant par le fait même d’importantes disparités régionales. L’OCDE, que l’on ne peut certes targuer d’être en faveur du développement équilibré, notait dans un de ses rapports que les disparités de croissance entre les régions «…reflètent ces divergences sectorielles: les provinces de l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve et Labrador, qui sont riches en ressources naturelles ont enregistré les gains de revenus par habitant les plus importants au cours de la dernière décennie, tandis que la croissance a été plus médiocre dans la région industrielle de l’Ontario» (OCDE, Études économiques de l’OCDE: Canada 2012, juin 2012).

Alors que des centaines de milliers d’emplois étaient perdus dans la foulée de la crise des «subprimes» (432 000 emplois perdus d’octobre 2008 à juillet 2009, dont 411 000 dans le secteur privé), la capacité des syndicats à s’opposer aux politiques de la bourgeoisie s’est avérée inexistante. En fait, les syndicats ont été incapables de jouer un rôle quelconque en faveur des travailleurs et travailleuses. Dans les faits, le gros du travail syndical aura été celui de conseiller d’orientation pour accompagner le changement de carrière forcé de centaines de milliers d’ouvriers et d’ouvrières.

Si c’est dans la crise que l’on constate la force ou la faiblesse d’un mouvement, alors de toute évidence, le mouvement ouvrier organisé au Canada est d’une faiblesse absolue. Dans les faits, la force relative du mouvement syndical (30,8% de syndiquéEs en 2010, en déclin depuis 1980 où le taux de syndicalisation atteignait 38%) vient occulter le fait que seulement 17% des travailleurs et travailleuses du secteur privé sont dans les faits syndiquéEs. Autrement dit, les employéEs de l’État fournissent le gros des effectifs syndicaux, notamment les professionnels de la santé et les enseignantes et enseignants. À l’inverse, le prolétariat est à toutes fins pratiques rejeté à l’extérieur des organisations syndicales.

La surreprésentation d’une certaine aristocratie ouvrière et de la petite-bourgeoise explique l’évolution des syndicats suite aux sursauts des masses prolétariennes et populaires dans les années 1960 et 1970. Suite à la crise de 1980 et la reprise en main de la situation par la bourgeoisie, le mouvement syndical a été maitrisé à coup de lois spéciales, puis domestiqué pour finalement être intégré au fonctionnement normal du capitalisme. Les politiques de collaboration de classes, la participation active des syndicats aux pactes sociaux, le développement d’outils économiques sur le modèle des entreprises d’investissement capitalistes ont parachevé la transformation des syndicats. La transformation du syndicalisme a été si importante qu’aujourd’hui, on peut considérer qu’il a perdu toutes les caractéristiques nécessaires, que ce soit la combativité, le souci des conditions d’existence des prolétaires, pour être en mesure, même à l’intérieur des limites du capitalisme, de faire des gains pour les travailleurs et travailleuses, voire d’en conserver les acquis, comme le démontrent d’ailleurs les attaques récentes de la bourgeoisie sur les régimes de retraite.

Le déclin relatif du secteur manufacturier et l’accent mis au niveau national sur les ressources ont des conséquences immédiates. Premièrement, les conditions de travail et de vie des prolétaires se sont dégradées. Deuxièmement, le développement de nouveaux projets permettant l’extraction des matières premières touche de plus en plus les territoires revendiqués par les peuples autochtones.

Pour être en mesure de développer le nord canadien, la bourgeoisie, et ce depuis les tous débuts de la fédération, a mené une politique d’accumulation par dépossession dirigée contre les peuples autochtones. Le succès de la bourgeoisie aura été en grande partie subordonné à la pénétration accrue du capitalisme canadien sur les terres autochtones et la marchandisation de leur force de travail.

Les peuples autochtones ont souffert et souffrent encore aujourd’hui d’une discrimination systématique qui exprime pleinement le caractère raciste profondément enraciné de l’impérialisme canadien. Par ailleurs, la prolétarisation des peuples autochtones, et inversement la résistance de ceux-ci, est une préoccupation majeure de la politique du gouvernement à leur égard. De fait, les réserves ont été organisées pour accomplir cette intégration forcée et sont encore considérées par le gouvernement comme un bassin de réserve de main-d’œuvre à bon marché.

L’intégration des Autochtones au marché est une préoccupation du gouvernement canadien, dans la mesure où seule cette intégration permet l’accessibilité et le développement de nouvelles ressources mises au service de l’industrie capitaliste. Bien que les efforts du gouvernement soient présentés comme du «développement économique» favorisant l’«autonomie» des Premières nations et Inuits, le fait est que le «développement économique» des communautés autochtones est fondé sur la négation pure et simple de leur autodétermination.

Naturellement, l’exploitation et la dégradation des ressources naturelles, qui sont essentielles à la durabilité sociale, culturelle et économique du capitalisme canadien, tout comme l’intégration forcée des communautés autochtones aux rapports capitalistes de production et d’exploitation ne vont pas sans résistance. D’ailleurs, de grandes couches de la population autochtone continuent de résister à plein à leur absorption dans les rapports capitalistes. La résistance continue des peuples autochtones contre les relations de marché et le développement capitaliste sur leurs territoires sont intimement liés et se rejoignent dans la lutte pour l’autonomie et l’autodétermination, lutte qui par ailleurs marque les limites de l’expansion capitaliste au Canada.

Cela dit, la situation actuelle fournit de nombreux exemples des tensions qui existent entre les velléités de développement du capitalisme et la volonté d’autodétermination des peuples autochtones. Par exemple, l’exploitation minière, secteur très important de l’économie canadienne qui représente environ quatre pour cent de son PIB, illustre bien les conflits qui existent entre le capitalisme canadien et les peuples autochtones. Cela dit, l’exploitation minière n’est qu’un des secteurs où ces conflits existent; on aurait pu tout autant donner des exemples dans les secteurs du bois, des pêcheries, etc.

Au cours de la dernière décennie, les sociétés minières ont étendu leurs activités dans des régions du pays où le développement capitaliste ne s’était pas encore rendu. L’exploration s’est accrue dans le nord, en Colombie-Britannique, dans le nord des provinces des Prairies, de l’Ontario, du Québec, du Yukon, du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest.

Au niveau mondial, le Canada est aujourd’hui l’une des destinations les plus prisées pour les capitaux d’exploration. Par exemple, les Territoires du Nord-Ouest, l’Ontario, le Québec et le Nunavut ont attiré une grande part de l’investissement en exploration au cours des dernières années. En fait, le Canada a la plus grande concentration de sociétés minières dans le monde, avec des intérêts dans plus de 3 700 sociétés.

L’exploitation minière s’est développée géographiquement au Canada, c’est pourquoi les terres autochtones et le travail autochtone sont devenus absolument essentiels au succès de l’industrie. D’ailleurs, l’Association minière du Canada notait en 1998 que l’activité minière se mène dans les régions nordiques et éloignées du pays où les principales zones de population sont autochtones. En 2004, Ressources naturelles Canada rapportait qu’environ 1 200 communautés autochtones sont situées à moins de 200 kilomètres d’une mine en exploitation.

L’emplacement de la majorité des opérations minières est un problème important, car c’est du contrôle du territoire que découle le conflit entre le capitalisme et les peuples autochtones. Le capitalisme affirme sa volonté de déposséder les nations autochtones en cherchant à contrôler le territoire, alors que celles-ci cherchent plutôt à s’opposer à des projets miniers qui vont provoquer des dommages écologiques aux territoires traditionnels et aux modes de subsistance des communautés.

Pour accumuler, le contrôle du territoire est donc un enjeu important pour la bourgeoisie canadienne. Mais l’emplacement des mines est également très important dans un contexte où l’exploitation minière est confrontée à une pénurie de main-d’œuvre et par conséquent, la main d’œuvre autochtone est une nécessité non seulement pour l’exploitation minière mais pour les différentes branches d’industries.

L’industrie minière et le gouvernement ont développé une stratégie visant à vendre les bienfaits de l’exploitation minière et du travail salarié pour les peuples autochtones, en les présentant comme une opportunité pour développer une solide base économique dans les communautés et en faisant semblant de s’intéresser aux préoccupations des Autochtones. Mais cette stratégie a rencontré un succès limité, ce qui force l’industrie minière, le capital et l’État, à s’engager dans des mesures plus concertées pour assurer l’expansion des relations capitalistes dans le Nord.

En outre, depuis une quinzaine d’années, les milieux bourgeois et gouvernementaux s’inquiètent de l’affaiblissement éventuel de la souveraineté canadienne sur «le nord du Nord» (les territoires arctiques). On évalue en effet qu’au seul titre du gaz naturel et du pétrole, 40 % des réserves canadiennes y sont situées. De plus, avec le dégel d’une partie des banquises, le passage du Nord-Ouest est destiné à devenir une voie de circulation maritime privilégiée et économique. De fait, depuis 2007, le passage est déjà devenu temporairement praticable.

Depuis son élection en 2006, le gouvernement Harper poursuit la stratégie de déploiement mise en branle par son prédécesseur, visant à affirmer la souveraineté du Canada sur les territoires arctiques. En août 2007, il a annoncé la création d’un port en eaux profondes à Nanisivik, un ancien site minier situé à 20 km à l’est de la communauté d’Arctic Bay sur l’île de Baffin, ainsi qu’une présence militaire renforcée.

Comme on peut le constater, pour la bourgeoisie, le développement du Canada impérialiste, hier comme aujourd’hui, est tributaire de la réussite de ces deux politiques: exploiter la classe ouvrière au maximum et spolier le plus possible pour son avantage seul les territoires des nations autochtones. La dynamique de l’impérialisme canadien est au cœur de nombreuses contradictions, qui finissent par se rejoindre dans la lutte contre la bourgeoisie. Cela nous amène nécessairement à poser la question de la stratégie révolutionnaire. Le Canada comme pays impérialiste est conditionné par son propre développement, par les articulations et par la lutte des classes. D’une part, de l’économie capitaliste du Canada découle la contradiction qui oppose le prolétariat à la bourgeoisie : cette contradiction ne pourra se résoudre que par la révolution socialiste. D’autre part, les luttes qui sont menées par les nations autochtones contre l’impérialisme canadien vont déboucher invariablement sur quelque chose qui va prendre la forme d’une vaste lutte de libération nationale.

Voir, comprendre et agir sont des activités subjectives. Si l’on considère que la révolution doit être le moins aveugle possible, il faut par conséquent que les forces de la révolution acquièrent une connaissance scientifique de la situation. Dans les conditions qui sont celles du Canada où révolution socialiste et lutte de libération nationale sont amenées à entrer en relation l’une avec l’autre, la maîtrise scientifique de la situation se traduit dans une stratégie révolutionnaire capable à la fois de tenir compte des particularités de ces deux formes, les renforcer et aussi, dans la mesure du possible, les unifier. Dans ce cadre, la question du territoire joue un rôle important. Libérer le territoire des capitalistes exploiteurs et de leur système, tel est la jonction de ces deux mouvements.

Dans la situation qui est celle du Canada, il ne fait aucun doute que l’impérialisme américain, avec son appareil militaro-policier, sa puissance financière et son influence idéologique, constitue un adversaire rapproché de la guerre populaire. Il est évident que l’impérialisme américain cherchera à protéger et défendre la souveraineté de la bourgeoisie canadienne sur le territoire du Canada, sur son marché et sur le capital qui s’y trouve accumulé, à l’encontre des forces populaires qui lutteront par en bas pour renverser ce système. Cela dit, on comprend que seule la guerre populaire et le front uni multinational qui aura été mis en place vont permettre aux forces de la révolution d’être aptes à défendre, et cela mieux que quiconque, les avancés de la révolution contre la contre-révolution impérialiste.

La stratégie de la guerre populaire prolongée, de par sa conception, permet l’articulation de la révolution socialiste et du juste combat des nations autochtones. Elle s’inscrit sur une longue période de temps à travers des étapes offensives et défensives. En combattant réellement le capitalisme et le pouvoir d’État autour duquel s’articule son développement, la guerre populaire prolongée permet aux forces de la révolution d’intégrer tous les mouvements qui luttent contre le capitalisme quels qu’ils soient, même lorsque ces mouvements sont limités géographiquement ou dans le temps. Du fait même de ses caractéristiques, la stratégie de la guerre populaire prolongée, principalement à travers l’expérience qu’elle permet de générer, subsume les anciennes formes de lutte. Plus encore, l’expérience ainsi gagnée assure au parti révolutionnaire et aux masses une maîtrise scientifique de la lutte; corolairement, toutes les catégories aléatoires et conceptions qui y sont associées et qui ont pu être véhiculées dans le mouvement communiste tout au long de son histoire – ici nous pensons particulièrement au concept de «crise révolutionnaire» de la stratégie insurrectionnelle – perdent le gros de leur importance stratégique, dans la mesure où ces conceptions ne débouchent que sur des conclusions générales, que l’on peut déjà tirer aujourd’hui du genre mieux vaut attaquer la bourgeoisie lorsqu’elle est le plus faible et nous le plus fort. Voir, comprendre et agir en révolutionnaire ce n’est pas répéter des lieux communs, c’est comprendre comment ici et maintenant, à partir de la réalité, nous allons affaiblir puis renverser la bourgeoisie canadienne.

Avant d’être en mesure d’articuler une stratégie de la guerre populaire parfaitement adaptée aux conditions concrètes du Canada, il faut d’abord avoir travaillé à former le mouvement qui donnera vie à la guerre populaire. Former le mouvement de la guerre populaire, c’est pour ainsi dire profiter des occasions qui se présentent constamment (luttes, grèves, etc.). Bien qu’être partout où les luttes se mènent est nécessaire pour être constamment en lien avec le prolétariat, nous ne devons pas oublier que la tâche de former le mouvement de la guerre populaire ne doit pas être laissée aux aléas des conditions externes; au contraire, former le mouvement repose pour l’essentiel sur notre propre activité en tant que révolutionnaires, donc notre habileté à joindre le dire et le faire, le subjectif et l’objectif, le court terme et le long terme. Bref, de saisir le concret du concret.

Le contexte actuel de la lutte des masses

À moins de croire que les masses se complaisent à souffrir sous le capitalisme ou bien qu’elles ont été gagnées pour de bon à la propagande en faveur du «rêve américain», on ne peut expliquer pourquoi les masses ne sont pas en mesure de riposter et d’opposer une force supérieure à celle de la bourgeoisie sans constater la faiblesse de la présence de la théorie révolutionnaire dans les masses, et par conséquent la faiblesse de leur organisation révolutionnaire. Force est de constater que pour inverser le cours des choses, il est nécessaire que les forces de la révolution s’établissent profondément dans le mouvement réel (c’est-à-dire dans le prolétariat et les masses populaires), qu’elles y soient actives en combattant avec les masses partout où il y a possibilité de transformer la réalité tout en menant un important travail de propagande communiste autour des actions permettant de mettre fin à l’exploitation et l’oppression du capitalisme et de mettre en œuvre ces actions.

D’emblée, le camp de la révolution doit s’opposer aux forces électoralistes-parlementaires, comme le NPD et Québec solidaire. Ces partis ne sont dans les faits que des forces de réserve de la bourgeoisie, que celle-ci utilise lorsque qu’une crise sociale menace la stabilité du système. Partout dans le monde, ce sont ces partis socio-démocrates, de «gauche», qui sont chargés par la bourgeoisie de mettre en place les mesures d’austérité et de s’assurer que le capitalisme continue son train-train usuel.

Les forces révolutionnaires doivent s’opposer fermement aux révisionnistes (le Parti communiste du Canada est une bonne illustration d’une organisation révisionniste), qui ont abandonné la lutte révolutionnaire et ne veulent plus qu’humaniser le capitalisme. La lutte contre le révisionnisme est rendue plus facile dans la mesure où ces forces sont depuis de nombreuses années en déclin. Mais il faut tout de même prendre au sérieux le combat contre les idées du révisionnisme, car indirectement, ces idées ont encore une influence sur une partie toujours active du mouvement révolutionnaire.

Le mouvement révolutionnaire doit aussi se démarquer d’un mouvement beaucoup plus important numériquement et politiquement (dans le sens de l’espace politique qu’il occupe présentement) et qui est composé d’une galaxie d’organisations diverses, qui ont en commun le rejet des partis politiques, mais aussi celui de toute tentative d’unifier le mouvement disparate des masses. Certes, il y a des aspects positifs à rejeter la politique des partis bourgeois et à chercher à développer des alternatives au capitalisme; mais sans un puissant mouvement organisant, établissant les liens entre les différentes luttes, sans stratégie d’ensemble et sans organisation pour diriger le tout, ces initiatives sont condamnées à maintenir les contradictions au sein du peuple et ultimement à miner la synergie qui pourrait exister entre les différentes luttes.

D’ailleurs, à travers ces initiatives, ce mouvement de l’autonomie développe une stratégie spontanée d’évitement plutôt qu’une stratégie de la révolution, c’est-à-dire que son rejet du capitalisme ne mène pas, pour la plus grande partie de ce mouvement, à la lutte révolutionnaire pour abolir celui-ci, mais plutôt à une insertion dans les limites tolérées par le capitalisme: quelques squats, quelques endroits autogérés, un certain life style, etc.

Il n’est pas difficile de constater que pour émerger véritablement, le mouvement révolutionnaire au Canada doit au préalable se distinguer de ce magma de confusion qui existe présentement. Le magma, c’est lorsque pour les masses, l’ensemble du mouvement anticapitaliste, pris dans sa définition large (du trotskyste pratiquant l’électoralisme et l’entrisme au militant révolutionnaire), c’est du pareil au même. En effet, si les masses ne sont pas en mesure de distinguer les réformistes des révolutionnaires, c’est qu’au total, les forces révolutionnaires et les initiatives qu’elles peuvent porter demeurent invisibles.

-> Un mouvement généralement sur la défensive

Pour un certain moment encore, les masses sont appelées à jouer surtout en zone défensive. La bourgeoisie demeure toujours une classe puissante et maintient un certain avantage dans la lutte de classes. Son avantage, elle le maintient parce que nos luttes sont segmentées, non unifiées – bref, parce qu’on ne joue pas en équipe! Pour avoir des chances de marquer des buts, il faut prendre des initiatives qui provoqueront certaines choses. Mais la multiplication d’initiatives désordonnées peut aussi occasionner des retournements. En n’étant pas capable de définir un jeu collectif solide, on ne pourra pas imposer notre manière de jouer et dans ce contexte, on ne pourra pas gagner.

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, le prolétariat canadien, à l’instar de celui des autres pays impérialistes, a cessé d’avoir l’initiative politique, au point où actuellement, on peut même dire qu’il ne joue plus un rôle politique significatif. Par l’instauration d’une législation du travail qui certes accorde certains droits, la bourgeoisie a pu domestiquer la lutte des classes. Les grands syndicats ont joué le jeu et acceptent de déclencher des grèves dans les moments prescrits par les lois du travail. Les débrayages sauvages sont exceptionnels.

Pour un certain temps, une couche de la classe ouvrière a pu profiter de cette domestication de la lutte des classes. Jusqu’au début des années 1980, la majorité des entreprises grossissaient et permettaient de dégager des surplus, qu’une partie des ouvriers pouvaient gagner en menant certains combats dans le cadre de ce syndicalisme régulé. Par la suite, la crise du capitalisme débutée au milieu des années 1970 et la montée graduelle de nouveaux concurrents sur la scène économique internationale ont contribué à fragiliser les entreprises canadiennes et nord-américaines, de moins en moins capables de distribuer des surplus. Plusieurs de ces entreprises ont même dû fusionner et s’automatiser pour soutenir la concurrence internationale, ce qui a entrainé des mises-à-pieds massives et l’opportunité pour de plus petites entreprises d’aller se chercher une main-d’œuvre à faible coût. Le développement de la sous-traitance a été utilisé par les capitalistes pour susciter davantage de désunion chez les ouvrières et ouvriers.

Alors que le syndicalisme avait perdu ses réflexes de la période d’avant-guerre et vu sa combativité limitée à la seule expectative de gains des surplus de la croissance économique, la nouvelle situation rendait difficile une riposte militante. La ligne dominante du mouvement syndical a été de défendre les acquis, limiter les pertes d’emploi et réclamer des mesures gouvernementales pour replacer les travailleurs et travailleuses affectés. Et pour justifier son existence malgré sa capitulation, le mouvement syndical s’est investi dans ces mesures. Il a accru son implication dans les fonds de pension et l’a expliqué comme une voie pour supporter l’économie et la création d’emplois. Au lieu de défendre les travailleurs et travailleuses contre le capitalisme, le syndicalisme participait de plain-pied au capitalisme.

Face à cette nouvelle situation, la position de l’extrême-gauche n’a pas été glorieuse. En gros, deux positions s’affrontaient: l’une incitait le mouvement syndical à redevenir combatif et l’autre incitait les militantEs à s’investir dans d’autres mouvements sociaux (écologie, mouvement pacifiste, luttes urbaines, etc.). La première position était surtout de l’ordre du souhait et fut difficilement mise en opération. Certes, dans certaines localités, il y a eu des mouvements collectifs contre les fermetures d’entreprise, qui ont permis de sauver quelques emplois. Très souvent, ces mouvements ont été instrumentalisés pour appuyer des solutions bâtardes (pseudo participation ouvrière aux entreprises, investissements publics massifs pour appuyer l’entrée de charlatans capitalistes, etc.).

La multiplication des défaites syndicales ne rendait pas très sexy le mouvement ouvrier auprès des gauchistes. Quand le mouvement ouvrier était radical, une fraction de la petite-bourgeoisie pouvait croire que le prolétariat allait effectivement jouer son rôle historique de classe d’avant-garde. Nous pouvons bien dire que le rôle historique du prolétariat est politique et ne se résume pas au simple conflit entre patrons et travailleurs sur des lieux de travail mais une certaine vision, héritée de l’anarcho-syndicalisme, a eu tendance à montrer une vision de la lutte de classe dans l’horizon bornée d’une grève générale.

Une déformation de la critique certes juste de l’ouvriérisme et de l’économisme a amené certainEs militantEs à se détourner complètement des luttes ouvrières. C’est vrai que la vie d’un travailleur ou d’une travailleuse ne se réduit pas à son milieu de travail. Il y a d’autres préoccupations comme celles de son milieu de vie, de son environnement, etc. Une travailleuse est aussi une femme qui a ses intérêts propres. Les luttes urbaines, les luttes écologiques et les luttes féministes, notamment, ont mobilisé beaucoup de militantes et militants.

Une fraction de ces militantEs a tenté de créer des milieux de vie en lien avec leurs aspirations. On l’a fait de manière radicale, comme par des squats, ou de manière plus conciliante en revendiquant du logement social. La rencontre entre les militantEs radicaux et les gens de la rue, le fait que les deux étaient victimes de répression policière, cela a contribué à questionner l’autorité bourgeoise et ses instruments de répression.

La crise de 2008, les grandes mobilisations anti-mondialisation, le mouvement anti-guerre et les nouveaux modes de communication ont amené beaucoup de militantEs à réaliser qu’ils et elles n’étaient pas seulEs. Ça s’est concrétisé, entre autres, autour du mouvement Occupy mais aussi autour du mouvement Idle No More et, pour le Québec, autour de ce qu’on a appelé le «printemps étudiant de 2012».

L’idée qu’il y a un vaste camp (99%) qui s’oppose à une petite minorité (le fameux «1%») comporte cette idée qu’il est possible de dégager un creuset commun de mobilisation contre une minorité possédante. Par contre, le mouvement a sous-estimé la force réelle de la bourgeoisie et refusé de se doter d’une direction politique et d’une stratégie de mobilisation.

Un autre acquis de ce mouvement fut cette volonté de créer une forme de démocratie plus près des gens. Le parlementarisme bourgeois et ses chicanes stériles ne suscitent pas un fort intérêt dans la population. Les gens votent pour le moins pire qui a su répondre à quelques préoccupations personnelles de l’électeur.

Pour une partie de la gauche radicale, la voie électorale représente encore une tribune pour «avancer ses idées». En fait, il n’y a personne qui fait campagne sur la base d’un programme franchement communiste, voire socialiste. Les élections ne représentent pas le meilleur média pour développer une conscience de classe. Durant celles-ci, on va parler de la bonne gestion des sommes d’argent collectées du public. Le travailleur avec un minable revenu mais qui paie un petit peu d’impôt peut voir son intérêt se confondre avec un haut salarié qui mène un gros train de vie mais peut aussi peiner à arriver. Les socio-démocrates présentent l’impôt comme un mode privilégié de redistribution des richesses, mais cet argument est loin d’être convaincant pour le travailleur qui peine à arriver. Sous le socialisme, la propriété collective des moyens de production rendra superflue la collecte des impôts individuels. En soi, la notion même de redistribution de la richesse est piégée. C’est reconnaître à la bourgeoisie un droit à la richesse, alors qu’on veut l’abolir.

Dans les années 1950, les entreprises assumaient encore une large part des impôts payés à l’État. À ce moment, les élections pouvaient, jusqu’à un certain point, donner une tribune pour parler des droits des travailleurs et travailleuses, de projets collectifs, etc. La mise en place des régimes de protection sociale se débattait de manière positive alors qu’aujourd’hui, on les présente comme des menaces au portefeuille des contribuables. Et pourtant, l’utilisation de la tribune électorale n’a pas permis un passage pacifique vers le socialisme. Au contraire, on a légitimé un espace de débat qui a nui au développement d’une conscience de classe; on a légitimé la fonction de l’État bourgeois.

La vérité, c’est que l’État est un rouage de notre exploitation et que les travailleurs et travailleuses doivent compter principalement sur leurs propres moyens pour se libérer de l’exploitation.

-> La voie autochtone de la résistance armée

Au cours des dernières décennies, les nations autochtones ont offert la voie la plus radicale de résistance face au pouvoir bourgeois. La confrontation dans la pinède d’Oka à l’été 1990 a été certainement un des moments forts de cette radicalisation. L’État bourgeois fut obligé de déployer son armée pour mater la résistance. L’enjeu était celui du contrôle du territoire.

La nation mohawk passe pour une des nations autochtones les plus «privilégiées». En même temps, le fait qu’elle ait toujours maintenu une certaine indépendance face aux coloniaux d’origine européenne lui a permis de maintenir des repères nécessaires pour continuer de fonctionner comme nation. La nation mohawk n’a pas cherché à vivre en complète autarcie. Elle a négocié de nation à nation avec d’autres entités nationales. Elle a cherché à développer des alliances avec d’autres nations autochtones.

La nation mohawk vit quand même les mêmes problèmes que les autres nations autochtones. Le pouvoir euro-canadien l’empêche de développer une économie autocentrée. Des expédients se développent comme les trafics de tabac et, dans une moindre mesure, d’alcool. En même temps, des mesures sont prises pour que les membres de la communauté ne développent de trop fortes addictions aux drogues et alcools, comme c’est le cas dans plusieurs communautés autochtones.

Les nations autochtones sont encore largement dépendantes des subsides de l’État bourgeois. Les conseils de bande gèrent cet argent et en retirent un certain pouvoir. Il s’est développé une bourgeoisie bureaucratique et compradore dépendante des marchés et subventions extérieures. Et cette bourgeoisie négocie constamment son rapport de dépendance face à l’État.

Dans la situation économique actuelle, il n’y a pas vraiment de possibilité que cette bourgeoisie bureaucratique compradore se transforme en bourgeoisie nationale. Au mieux, les conseils de bande dont les membres restent préoccupés par le sort des membres de leurs communautés vont réclamer plus de subsides et de programmes sociaux. Mais cette bourgeoisie ne peut que négocier la servitude de leurs nations, jamais leur libération.

C’est, en bonne partie, la tenure quasi-féodale de la terre sur les réserves qui explique cette impossibilité. En même temps, si la tenure devenait privée, cela pourrait entraîner la disparition des communautés qui vivent sur ces territoires, compte tenu que des accaparateurs euro-canadiens pourraient y mettre la main.

Chasser les conseils de bande ne serait pas suffisant pour chasser la servitude et construire une nouvelle économie qui réponde aux besoins et aspirations des communautés autochtones. Encore faudrait-il que les nations autochtones contrôlent leurs territoires, leurs ressources naturelles, leurs moyens de production et leurs institutions. Une partie de la solution réside dans une alliance de toutes les nations autochtones et l’élaboration d’un projet de libération nationale qui englobe tous ces enjeux.

Les forces vives de ce changement ne se trouvent pas dans les conseils de bande. De plus en plus nombreuse et militante, la jeunesse autochtone est appelée à jouer un rôle clé dans la préparation et le déploiement de la prochaine étape de ce combat. Le prolétariat autochtone a lui aussi un intérêt objectif à la création d’une nouvelle économie qui regroupe l’ensemble des nations autochtones. La radicalisation de la jeunesse et du prolétariat autochtone partout sur le territoire du Canada participe à la radicalisation plus générale des nations autochtones.

Avec le soulèvement de Kanehsatake, les Autochtones ont réussi à s’imposer politiquement. La confrontation frontale – incluant sur le plan militaire – avec l’État canadien a très largement contribué à délimiter les camps et à ouvrir une nouvelle voie vers la libération. Bon nombre de militantes et militants des diverses communautés autochtones n’ont pas d’illusion sur le rôle de l’État bourgeois colonisateur et favorisent une stratégie et des tactiques de lutte basées sur leurs propres forces.

Saisir le concret

Aucun changement d’importance n’est possible si nous voulons parvenir à une réorganisation de la société au Canada sans la liquidation de la bourgeoisie en tant que classe dominante. Cependant, on ne pourra y parvenir tant que la classe ouvrière va continuer à accorder du crédit à des formes d’action politique comme celles qui dominent actuellement et qui servent essentiellement à protéger la société bourgeoise et cautionner ses injustices les plus profondes, plutôt qu’à les combattre de façon conséquente.

Refuser les formes d’action politique qui sont intégrées par le pouvoir de la bourgeoisie, c’est entre autre refuser le parlementarisme bourgeois, mais c’est aussi refuser de se maintenir à l’intérieur des limites fixées par la bourgeoisie à l’action revendicative, c’est-à-dire refuser la discipline imposée par le droit bourgeois. Opérer une rupture avec l’ensemble des pratiques qui immobilisent la lutte révolutionnaire, et donc combattre pour que de nouveaux combats se mènent et que de nouvelles pratiques émergent, tels sont les premiers pas que nous devons faire pour devenir le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses (K. Marx) et en arriver à une nouvelle société débarrassée de toute forme d’exploitation. Refuser l’ordre bourgeois et combattre pour le socialisme, voilà une première unité dialectique. Deux pôles d’une seule et même stratégie, celle qui vise l’attaque contre le capitalisme canadien.

S’attaquer au capitalisme canadien doit devenir le leitmotiv du mouvement révolutionnaire au Canada. Mais, pour matérialiser cet objectif, il faudra plus que des belles phrases; il faudra surtout avoir commencé à emmagasiner de l’expérience. L’expérience est une chose matérielle, elle se traduit en militantEs, en organisations, en luttes, etc. C’est l’expérience que l’on acquière dans la lutte réelle, lorsqu’elle est contrôlée, qui assure la continuité du mouvement de lutte pour l’abolition du capitalisme.

Rupture et continuité constituent donc une seconde unité dialectique. Rompre, c’est bien sûr rompre avec les illusions entretenues par le monde bourgeois, mais c’est aussi opérer une rupture avec certaines des idées que le mouvement communiste perpétue, surtout en ce qui concerne la stratégie révolutionnaire dans les pays impérialistes. Ces idées, plutôt que de nous être utiles, desservent la lutte révolutionnaire dans la mesure où elles sont l’expression même des limites du mouvement communiste dans ces pays; c’est l’aveu que les communistes, dans les pays capitalistes avancés, ont peu progressé sur les questions stratégiques de la révolution.

On se retrouve donc devant un certain nombre de tâches évidentes, incontournables pour les communistes révolutionnaires et ce, peu importe l’étape dans laquelle ceux-ci peuvent considérer être parvenus. On peut résumer ces tâches en parlant d’initiative politico-idéologique. L’initiative idéologico-politique, c’est le voir, le comprendre et l’agir des forces de la révolution. C’est la maîtrise scientifique des conditions de la lutte à travers l’activité réelle et autonome du parti et des militantEs révolutionnaires vers les masses et avec les masses contre le capital et ses forces.

Le communisme cherche à représenter, à travers les différentes phases des luttes, les intérêts du mouvement dans sa totalité. Un parti révolutionnaire qui aspire à mener une révolution contre les forces de la bourgeoisie canadienne, un parti qui entend lutter en unifiant les masses prolétariennes et les couches de la population qui ont un intérêt objectif à abattre le capitalisme, et ce malgré leur diversité, doit par conséquent avoir une compréhension scientifique «des conditions, de la marche et des résultats généraux du mouvement prolétarien» (Marx et Engels, Manifeste du parti communiste).

Dans la situation actuelle, où les points de frictions entre la bourgeoisie et les masses prolétariennes se multiplient, il existe au Canada une forte tendance au subjectivisme qui tend à morceler la lutte générale contre le capital en une multitude de luttes spécifiques qui spontanément ne tendent vers aucune unité, mais tendent plutôt à en accentuer les particularités. En ne voyant que le particulier, le localisé et le spécifique, ce mouvement récuse par le fait même les liaisons qui existent entre les luttes, il néglige leurs points de rencontre et par le fait même, il isole chaque lutte.

Dans la situation actuelle, un parti réellement révolutionnaire va lutter d’une toute autre façon et pour des objectifs très différents. Ce qui est maintenant le plus utile, compte tenu de la situation du prolétariat canadien, ce qui est le plus juste, est de construire un réel mouvement capable de s’opposer durablement à la bourgeoisie. Construire un mouvement révolutionnaire capable de lutter durablement, cela veut avant tout dire concevoir notre stratégie, nos méthodes et pratiques en terme de totalité et d’unité. Totalité, parce que la grande majorité au Canada a un intérêt objectif à en finir avec le capitalisme. Unité parce que notre but – le socialisme et le communisme –, notre stratégie – la guerre populaire – et nos moyens – le parti communiste révolutionnaire et le front uni multinational – permettent à un puissant mouvement de se construire à même la lutte révolutionnaire.

Avoir la volonté d’unifier le mouvement révolutionnaire sur des base révolutionnaires en s’appuyant sur le maoïsme, c’est un point de départ important qui se démarque dès le départ des enlignements stratégiques et tactiques que proposent d’autres courants politiques actuels et anciens. Mais à long terme, l’on risque d’atteindre rapidement une limite sans une stratégie correcte de la révolution. En ce sens, l’accumulation des forces ne se fait pas à l’extérieur du rayonnement de l’organisation révolutionnaire, c’est-à-dire qu’elle ne correspond pas uniquement à une simple addition de forces, bien que des forces plus nombreuses soient nécessaires; en définitive, accumuler des forces c’est aussi assimiler de nouvelles capacités politiques, idéologiques, pratiques. Tout ce travail d’accumulation, on peut le résumer en un mot d’ordre: accumuler de l’expérience dans la lutte révolutionnaire.

De fait, le PCR croit que les forces révolutionnaires honnêtes ne peuvent parvenir à construire l’organisation de combat dont le prolétariat et les masses populaires ont besoin aujourd’hui sur la simple base de principes généraux. En fait, un véritable parti révolutionnaire se développe plutôt à travers l’application vivante de sa ligne politique en assumant de façon consciente le passage entre un parti ayant des capacités limitées et sans transformation en un parti complet ayant accumulé l’expérience, le membership et un lien solide avec les masses. En se développant, le parti révolutionnaire convertit sa force politique, c’est-à-dire ses militants et militantes, ses fronts, ses organisations, son lien avec les masses, etc., en puissance politique, c’est-à-dire en initiatives, en campagnes et en combats. Devenir une puissance politique et avoir la maîtrise scientifique des conditions de la lutte, cela exige avant tout de maîtriser pas seulement une forme de lutte spécifique, mais toutes les formes objectives de la lutte révolutionnaire.

En ce sens, il faut s’investir non seulement dans l’éducation politique et la propagande, mais aussi dans l’action révolutionnaire avec les masses. Il ne faut pas seulement s’intéresser aux luttes immédiates; il faut à partir de ces luttes préparer la lutte révolutionnaire. C’est en maîtrisant les formes objectives de la lutte révolutionnaire et en organisant les masses les plus nombreuses, que l’activité même du parti révolutionnaire lui permet de se compléter. Aussi, ce processus du passage de parti incomplet à parti complet ne peut-il se faire qu’à travers la lutte révolutionnaire avec les masses contre l’ordre bourgeois.

Trop souvent dans le mouvement communiste, on a la fâcheuse habitude à prendre en charge la question de l’accumulation de forces pour la révolution comme s’il s’agissait principalement, voire uniquement de collectionner des membres que l’on mettra plus tard, beaucoup plus tard, au service de la révolution, lorsque la crise du capitalisme aura atteint une dimension plus importante, que l’on ne pourra faire autrement qu’agir. Les militantEs qui défendent cette perspective, dans les faits ne réalisent pas que la conscience de classe – celle qui permet au prolétariat dans sa grande majorité de prendre conscience de ses intérêts propres et d’agir en conséquence en menant la lutte révolutionnaire – naît de l’expérience répétée de l’affrontement ouvert contre l’ennemi de classe. Autrement dit, le prolétariat révolutionnaire ne se définit pas tant par le fait qu’il regroupe les exploitéEs; il se reconnaît lui-même par et dans la lutte contre la bourgeoisie et c’est dans cette lutte qu’il prend conscience de ses intérêts.

L’expérience révolutionnaire n’est pas une chose banale. D’ailleurs la croissance fulgurante de l’ancien mouvement marxiste-léniniste des années 1970 et sa tout aussi fulgurante désagrégation démontrent bien comment l’expérience non assimilée du maoïsme jumelée à un manque d’initiative révolutionnaire (dans le sens d’un développement de la pratique révolutionnaire) ont fait en sorte que ce puissant mouvement ne nous a à peu près rien légué qui soit aujourd’hui utile; au plus a-t-il assuré une certaine continuité révolutionnaire et permis aux éléments les plus opportunistes de sa direction de s’assurer un avenir dans les officines de l’appareil d’État bourgeois.

C’est la ligne politique qui permet, à travers ses différentes manifestations et développements, d’orienter une activité authentiquement révolutionnaire qui permet de forger les liens avec tous les groupes qui se revendiquent du communisme ainsi qu’avec les masses. Pour faire simple, la ligne politique et le programme sont beaucoup plus que de simples écrits que l’on consulte au besoin. Plus précisément, la ligne politique et le programme révolutionnaire incarnent une conception du monde tout en étant aussi des outils qui permettent de rallier des membres et des sympathisantEs et de se lier aux masses. Ces membres et ces sympathisantEs qui sont ralliés autour d’une ligne politique commune permettent à leur tour de former des organisations ou bien d’intervenir dans des organisations existantes et ces interventions permettent d’initier ou d’appuyer des luttes. L’ensemble permet le gain d’une précieuse expérience, qui permet la durée dans le temps et le développement de la ligne et du parti. En ce sens, la ligne politique se manifeste matériellement à travers des manifestations, des propositions, des débats, des plans, un style, etc.

Ces constats, bien qu’incomplets, constituent notre point de départ. Quiconque prétend diriger la révolution doit être en mesure de répondre correctement aux nouveaux problèmes soulevés par les développements dans la lutte des classes.

Unifier l’activité communiste révolutionnaire dans tout le pays!

Les deux premiers congrès tenus respectivement en 2006 et en 2010 ont donné lieu à des décisions pour le moins audacieuses: d’abord, la création formelle du PCR en janvier 2007; ensuite, l’amorce d’une activité communiste organisée à l’extérieur du Québec –essentiellement en Ontario. Le deuxième CRC a en effet été suivi par la mise sur pied d’organisations du parti à Toronto et Ottawa (dans ce cas, à la suite de la conclusion du processus d’unité entrepris avec les camarades du Parti de la révolution sociale), le début d’un travail politique de masse autour des comités prolétariens d’action révolutionnaire, la mise en œuvre de campagnes unifiées comme le boycott de l’élection de mai 2011 et l’organisation du 1er Mai révolutionnaire, la construction et le déploiement du Mouvement étudiant révolutionnaire et éventuellement, du Front féministe prolétarien, etc.

Nous disons qu’il s’agissait de décisions audacieuses, car il eut été facile de prétexter que les conditions n’étaient pas parfaitement réunies, que nos forces étaient encore trop faibles ou encore qu’il restait trop d’imprécisions programmatiques ou stratégiques pour les reporter à plus tard. Reporter à plus tard la création du parti; reporter à plus tard le difficile travail de construction, d’accumulation de forces, de débats politiques et de débats internes sur les questions stratégiques qui sont censées être au centre du projet révolutionnaire, c’est l’attitude – le programme, dirions-nous – qu’une certaine gauche dite révolutionnaire a adoptée pendant trop longtemps, elle qui n’a eu de cesse de s’intéresser à tout… sauf à la révolution.

Aujourd’hui en 2014, quel est l’enjeu principal auquel les communistes révolutionnaires du pays sont confrontéEs? Il demeure celui de l’accumulation des forces, de la construction des organes de la révolution et de la progression stratégique vers la guerre populaire. Notre objectif est que le troisième CRC marque un saut important dans l’organisation et le déploiement de ce travail dans l’ouest canadien et permette un bond en avant dans la définition, et éventuellement la concrétisation, de l’alliance stratégique nécessaire entre le prolétariat révolutionnaire et les nations autochtones.

Nous sommes d’avis que l’option stratégique esquissée au deuxième CRC résume encore correctement le cadre dans lequel les communistes révolutionnaires doivent déterminer et entreprendre les principales tâches auxquelles se consacrer:

Il faut, tant dans les luttes immédiates que dans la lutte pour la révolution et la transformation sociale, construire l’action politique prolétarienne et rompre avec l’action politique bourgeoise.
En ce sens, chaque geste, chaque action des forces qui se revendiquent du prolétariat et qui se disent solidaires des nations autochtones, doit être en rupture avec tout ce qui renforce la bourgeoisie. Le rôle des révolutionnaires, des progressistes, des militantes et militants qui se rangent du côté des prolétaires, c’est d’appuyer, développer et organiser les mots d’ordre et les actions qui permettent d’affaiblir la bourgeoisie et de construire l’unité de tout le prolétariat canadien et des nations autochtones. C’est un point de départ essentiel, que de rompre avec la bourgeoisie et ses appareils de domination. C’est le premier geste à poser quand on veut faire la révolution et mettre fin au capitalisme.
C’est sur la base de ces points de rupture que nous devons aujourd’hui, relancer une nouvelle lutte des classes au Canada. Cette lutte existe déjà du côté de la bourgeoisie. Elle la mène depuis longtemps, avec ses capitalistes, ses politiciens, ses parlementaires, ses hauts fonctionnaires, son appareil judiciaire, sa police, son armée. Aujourd’hui puissante et dominante, c’est elle qui contrôle et gère le système capitaliste.
Nous devons faire revivre le prolétariat canadien dans la lutte des classes, en unissant les jeunes exploitéEs, les sans-emploi, les étudiantEs pauvres; les femmes prolétaires; les travailleurs et travailleuses, les immigrantEs pauvres et de toutes nationalités, les réfugiéEs et les sans-statut; et les nations autochtones. Cette unité dans la lutte contre la bourgeoisie et son système est indispensable. C’est elle qui permettra au prolétariat d’exister comme force politique consciente et agissante, qui seule pourra véritablement menacer l’ordre capitaliste, ébranler le pouvoir bourgeois et le remplacer par un nouveau pouvoir, prolétarien, communiste et révolutionnaire.
Nous devons relancer une nouvelle lutte des classes au Canada et développer l’action révolutionnaire prolétarienne:
• en unifiant les forces prolétariennes partout au pays, sur la base de cette rupture d’avec la politique bourgeoise et pour la lutte révolutionnaire contre le capitalisme et pour le communisme;
• en développant l’appui aux luttes des nations autochtones contre l’État canadien et en reconnaissant leur droit inconditionnel à l’autodétermination;
• en dénonçant l’impérialisme canadien et ses entreprises qui exploitent, pillent et détruisent, par la guerre ou l’exploitation économique;
• en appelant à la défaite de tous les impérialistes dans le monde, par la défense et le soutien aux guerres populaires.

Pour l’essentiel, ce travail et cette activité impliquent:

1. Un engagement à soutenir le marxisme-léninisme-maoïsme et la voie stratégique de la guerre populaire.

Le marxisme-léninisme-maoïsme, c’est la synthèse de l’expérience du mouvement communiste révolutionnaire depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui. C’est un guide indispensable pour faire la révolution et nous mener jusqu’au communisme. Les apports de Mao et de la révolution chinoise constituent la pierre de touche qui distingue le marxisme du révisionnisme.

La voie stratégique de la guerre populaire, c’est la reconnaissance du fait que le renversement du capitalisme et la construction d’une société nouvelle, socialiste, participent d’un processus historique prolongé marqué inévitablement par l’expression la plus significative qui soit de la contradiction absolue entre le camp de la révolution et celui de la réaction: la lutte armée.

2. La formation de comités d’organisation du PCR.

La formation d’un comité d’organisation est habituellement la première étape du processus d’unification et de ralliement au PCR, là où il n’existe pas déjà d’organisation du parti. Les objectifs et les méthodes de travail des comités d’organisation sont explicités dans la brochure intitulée «Premiers pas avec le PCR».

Le comité n’exige pas de chaque participantE qu’il ou elle fasse une demande d’adhésion au parti; la participation se fait sur la base de la sympathie envers les politiques du PCR et de la volonté de s’en rapprocher. L’objectif avoué demeure toutefois de rallier suffisamment de membres dans une région ou un milieu donné pour former une cellule.

Le comité d’organisation participe au meilleur de ses capacités à la vie politique du parti; il est néanmoins responsable de lui-même et de ses propres décisions. En tant que structure d’intégration au PCR, c’est une instance d’organisation de l’action politique révolutionnaire.

3. La lutte pour unifier la propagande communiste à l’échelle pancanadienne.

Tout en laissant une large place à la production autonome et décentralisée de matériel de propagande, nous devons assurer le rayonnement d’une propagande centrale qui s’adresse de manière générale au prolétariat et aux nations autochtones et présente le point de vue et l’activité communistes révolutionnaires de façon unifiée à propos des principaux enjeux de la lutte de classes.

Le lancement du journal Partisan au printemps 2011 s’inscrivait dans cet objectif. La forme de la propagande communiste et les moyens de sa diffusion doivent constamment faire l’objet d’une réévaluation, mais l’objectif demeure valide et sa réalisation est la responsabilité de l’ensemble des organisations et collectifs voués au communisme et à la révolution.

4. Le déploiement d’un travail de masse basé sur la ligne de masse et le style de travail maoïste.

Le travail de masse des communistes révolutionnaires se distingue de celui des révisionnistes et des opportunistes. Il est axé sur la confrontation avec la bourgeoisie et son État. Il vise à révéler les contradictions de classes et à esquisser les grands affrontements à venir entre le camp de la révolution et celui de la réaction.

Par leur travail de masse, les communistes cherchent à générer et à construire de nouvelles organisations militantes et authentiquement prolétariennes, c.-à-d. qui défendent les intérêts généraux de la classe ouvrière, et uniquement ces intérêts, et mobilisent et s’appuient sur les travailleurs eux-mêmes et les travailleuses elles-mêmes, en particulier les plus exploitéEs parmi elles et eux.

Dans ce travail, les communistes s’appuient sur les méthodes esquissées dans le «Manuel maoïste au service de la lutte des masses», publié il y a une dizaine d’années par le PCR(CO).

5. La poursuite de la construction, la consolidation et l’expansion des mouvements générés par le parti.

Au cours des trois années qui se sont écoulées depuis la tenue du deuxième CRC, un pas en avant important a été franchi avec la mise sur pied et l’organisation du Mouvement étudiant révolutionnaire et plus récemment, du Front féministe prolétarien. Dans le premier cas, le MER a réussi à constituer des organisations de base dans trois provinces et amorcé la centralisation de ses activités à l’échelle pancanadienne. La tenue en décembre 2013 de la première conférence sur le féminisme prolétarien a suscité la formation d’organisations de base dans au moins quatre villes. À Montréal, un premier regroupement du Mouvement révolutionnaire ouvrier a également été mis sur pied.

Ce travail solidement amorcé doit se poursuivre avec l’appui de toutes les forces communistes révolutionnaires organisées au pays.

6. Saisir les opportunités de construire les embryons d’une grande alliance révolutionnaire avec les Premières nations.

La lutte de libération des peuples autochtones est au cœur de la lutte contre le capitalisme et la bourgeoisie impérialiste au Canada. Pour toute organisation ou militant ou militante qui souhaite mettre fin au capitalisme, cette question devrait occuper une place centrale dans la stratégie et la pratique de la lutte de classe. La lutte pour le droit à l’autodétermination et l’affranchissement total des Autochtones de toute domination chauvine et coloniale, doit être appuyée à 100 % et sans conditions par toutes les forces révolutionnaires au Canada.

Dans son programme, le PCR soutient que «le prolétariat révolutionnaire doit forger une alliance solide avec les nations autochtones dans un grand mouvement de lutte contre la bourgeoisie impérialiste canadienne». C’est bien d’une alliance dont il s’agit : ni soumission des uns aux autres, encore moins condescendance relevant d’un humanisme de pacotille, mais une alliance révolutionnaire visant à mettre fin à un système qui a engendré et commet encore les pires crimes. Telle alliance, basée sur l’égalité absolue des peuples et nations, s’incarnera de la meilleure façon dans la stratégie de la guerre populaire prolongée et l’établissement d’un «pouvoir rouge» sur tout le territoire de ce qui est actuellement le Canada.

Au-delà de la solidarité élémentaire et nécessaire qu’ils et elles doivent en tout temps afficher avec les luttes des peuples autochtones, les communistes révolutionnaires doivent saisir les opportunités de construire les bases de cette grande alliance. Cela pourra passer, quoique pas exclusivement, par la mise sur pied de comités de lutte pour la libération nationale des peuples autochtones, qui uniront militantes et militants communistes et combattantes et combattants autochtones.

7. Faire de l’année 2015 un moment charnière dans le rayonnement de la propagande communiste et le déploiement de l’action révolutionnaire de masse.

Depuis une dizaine d’années, la journée internationale des travailleurs et travailleuses est l’occasion, pour les communistes révolutionnaires, de lancer des initiatives visant à faire progresser la rupture avec le système bourgeois et rayonner l’option communiste: «contingents rouges» dans les manifestations syndicales, séquence des manifestations anticapitalistes et révolutionnaires à Montréal, actions de propagande ciblées dans différentes villes et régions, etc. Le 1er Mai 2015 sera l’occasion de généraliser ces initiatives à une échelle jamais vue, géographiquement et politiquement.

L’année 2015 verra par ailleurs la tenue d’une nouvelle élection générale sur la scène fédérale, dans un contexte marqué par la crise et le «durcissement», sur tous les plans, des politiques de gouvernance de la bourgeoisie impérialiste canadienne. Dans la foulée du 1er Mai révolutionnaire de 2015, les communistes révolutionnaires mèneront une campagne unifiée pour le boycott de l’élection fédérale. Cette campagne s’appuiera sur le discrédit de plus en plus répandu du grand cirque électoral parmi les masses prolétariennes et la non-reconnaissance de la légitimité du système colonial par les peuples autochtones et proposera des actions ciblées pour en perturber le déroulement.

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