Partisan №58
LE TRIOMPHE ÉLECTORAL DE SYRIZA EN GRÈCE

Est-ce la fin des mesures d’austérité?

La victoire remportée par la «Coalition de gauche radicale» (Syriza) aux élections législatives du 25 janvier en Grèce a été accueillie avec soulagement, voire enthousiasme, par bien des gens qui s’opposent aux mesures d’austérité des gouvernements capitalistes ici même au Canada. Il est toutefois certain que cet enthousiasme fera bientôt place à la déception, sinon à la colère.

La Grèce est certainement l’un des pays, sinon LE pays, où ce qu’on qualifie de «mesures d’austérité» a été appliqué avec le plus de rigueur depuis la crise de 2008-2009. Les masses populaires en ont souffert à tous points de vue, alors que leurs dirigeants ont appliqué l’un après l’autre la totalité des plans de redressement exigés par la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, qui n’ont cessé de menacer de «mettre le pays en faillite». Aujourd’hui, le taux de chômage officiel dépasse les 25%, et ils sont presque autant (23%) à se retrouver dans des conditions d’extrême pauvreté.

C’est aussi en Grèce où la résistance aux mesures de crise s’est fait entendre le plus fortement; elle n’a cessé de se déployer, dans les rues, empruntant des formes qui ont sérieusement ébranlé les institutions de la bourgeoisie grecque. Qu’un parti ait été élu en promettant de mettre fin aux mesures d’austérité est une conséquence directe de la force et de l’ampleur de ce mouvement, que les institutions étatiques et les partis traditionnels n’ont jamais réussi à écraser, ni même à contrôler.

Il y aura, vraisemblablement, des ajustements, qui allègeront les souffrances de la population. Le nouveau premier ministre, Alexis Tsipras, s’est engagé à mettre en place un certain nombre de mesures qui iront en ce sens et à ne pas appliquer les plus récentes conditions exigées par le FMI et la BCE, auprès desquels il s’est toutefois engagé à continuer à rembourser l’immense dette contractée par l’État grec, dont il espère pouvoir renégocier les conditions.

Le fait est, toutefois, que ce n’est pas lui qui tire les ficelles, en dépit du fait que son parti ait réussi à rallier une courte majorité au parlement grec (en s’alliant avec un petit parti de droite…). Comme État capitaliste membre de l’Union européenne, la Grèce ne peut se soustraire aux tendances lourdes qui caractérisent plus que jamais le système impérialiste mondial – un système dans lequel il y a de moins en moins de miettes à redistribuer aux travailleurs et travailleuses et plus vraiment plus de place pour ce qu’on a déjà appelé l’État-providence.

Ce que Syriza souhaite faire, si tant est que sa direction le veuille vraiment, c’est essentiellement de convaincre la «troïka» (la BCE, le FMI et l’Union européenne) qu’elle a intérêt à jeter du lest et à libérer des fonds pour refinancer certaines mesures sociales, à tout le moins à court terme, pour éviter que la crise et la résistance qu’elle génère finissent par mettre à mal les intérêts du grand capital. Elle y parviendra peut-être sur quelques plans, et ce répit temporaire sera tant mieux. Mais à défaut de remettre en cause le pouvoir de la bourgeoisie grecque et la domination des grandes puissances impérialistes, de nouvelles attaques se feront sentir, inévitablement – et plus tôt que tard.

Mettre fin réellement aux mesures d’austérité exigerait que l’on mette fin au système capitaliste lui-même. Entre-temps, les victoires ponctuelles que l’on pourra remporter, et pour lesquelles il est nécessaire et légitime de continuer à se battre, exigeront quant à elles que la classe ouvrière et les masses populaires s’organisent indépendamment de l’État et des partis qui n’aspirent, au fond, qu’à le gérer.

e p D T F s