Ceci est la transcription (avec un supplément) d’un discours livré lors de la manifestation de 10 kilomètres du 27 mars à Toronto – la « manifestation pour s’unir et combattre », organisée par le comité de grève conjoint des locaux 3902 et 3903 du Syndicat canadien de la fonction publique dans le contexte de leurs grèves simultanées. Le comité de grève conjoint est né, en partie, grâce à l’intervention de quelques membres du Mouvement étudiant révolutionnaire et du Comité prolétarien d’action révolutionnaire de Toronto qui travaillent et/ou étudient à ces universités. L’idée derrière la mise sur pied du comité était d’attirer l’attention sur l’aspect politique de la grève, d’avoir une perspective qui aille au-delà des demandes de négociation, et d’accoucher d’un corps autonome composé de travailleuses et travailleurs des deux syndicats. Ce corps autonome, dont la base d’unité s’appuie sur des principes anticapitalistes, anticolonialistes et anti-impérialistes, était vu comme un outil permettant aux travailleuses et travailleurs d’agir en dehors du cadre économiste syndical tout en restant militantes et militants de leurs syndicats ; le comité était également conçu comme quelque chose qui pourrait ultimement prendre une forme plus large. Une fois le conflit terminé, le comité de grève conjoint s’est rebaptisé « comité d’action des travailleurs et travailleuses en éducation » (« Education Workers Action Committee » ou EWAC), entamant une nouvelle période dans son développement vers une présence qui irait au-delà de celle d’un simple comité de grève conjoint.

« Portez la lutte plus loin et au-delà de la grève… »

Bonjour tout le monde ! Je suis ravi de vous voir toutes et tous rassemblées ici ! Il y a beaucoup de visages que je reconnais des piquetages et des réunions, ainsi que d’autres camarades que je vois pour la première fois. Je m’appelle Kim et je suis membre du comité de grève conjoint des locaux 3902/3903 du SCFP.

Reconnaissons d’abord que la ville de Toronto − là où nous travaillons, vivons, et manifestons − se trouve sur des territoires revendiqués par les Mississauga de New Credit, les Haudenosaunee et les Hurons-Wendat. Je salue les travailleuses et les travailleurs en éducation et les étudiantes et étudiants amérindiennes, métis et inuits dans nos rangs, celles et ceux qui marchent avec nous aujourd’hui, ainsi que mes camarades du Mouvement étudiant révolutionnaire qui ont organisé des actions cette semaine. En tant que membre d’une nation colonisatrice, je m’engage à suivre le leadership de mes camarades autochtones dans mon travail d’organisation. Je vois mon implication dans ces petits mouvements comme faisant partie de la plus grande lutte pour la souveraineté et pour l’autodétermination autochtones.

Aujourd’hui nous manifestons pour des salaires vivables ainsi que pour de bonnes conditions de travail dans deux des plus grandes universités canadiennes. Aujourd’hui nous manifestons en tant que travailleuses et travailleurs en éducation qui réalisent la majorité du travail académique à l’Université York et à l’Université de Toronto. L’exploitation continue de notre travail, c’est ce qui permet à ces deux universités d’exister.

Toutefois, nous devons reconnaître que ces universités bourgeoises n’existent que grâce à la dépossession continue des terres autochtones ainsi qu’à l’incarcération et au génocide de femmes autochtones. Elles existent aussi grâce à la dépossession continue des terres et des ressources des peuples du tiers monde. Nos universités refusent de nous donner des augmentations pour notre financement et notre sécurité d’emploi, préférant subventionner l’apartheid, la militarisation et la dégradation de l’environnement.

Beaucoup d’entre nous qui sommes de la classe ouvrière et qui sommes membres de nations opprimées sont là sur les piquets de grève, mais pas seulement pour de meilleures subventions ou pour une meilleure sécurité d’emploi. Il y a d’autres choses pour nous qui sont des limites à ne pas dépasser, des choses qui sont non-négociables. Parce qu’on le sait bien que même si on gagne cette grève, on continuera à se faire crosser par le capitalisme et par le colonialisme !

Notre bien-être et celui de nos communautés sont non-négociables, et c’est pour cela que je vous demande de porter la lutte plus loin et au-delà de la grève. Tant et aussi longtemps que les universités mettent les profits avant le peuple, nous et la prochaine génération serons de nouveau en grève dans quelques années !

Cela fait presque un mois que nous faisons une grève légale, que nous piquetons devant nos universités respectives et que parfois, nous parvenons à ralentir les opérations de l’université ou encore à avoir le soutien des étudiantes et étudiants du premier cycle, des employées de soutien et des profs. Pendant ce temps, les sociétés des Warriors défendent leurs territoires avec des blocages durs depuis des décennies ! En ce moment même, cela fait cinq ans au Camp Unist’ot’en en Colombie-Britannique qu’elles entravent activement l’expansion des oléoducs et des gazoducs. Je demande donc qu’on manifeste aujourd’hui aussi pour celles et ceux qui résistent même sans la permission de l’État. Elles et ils résistent, car leur survie et la protection de leurs terres sont non négociables.

Ce ne sont pas juste des contacts qui unissent les grévistes des locaux 3902 et 3903 du SCFP, c’est le fait que nos universités ont été construites sur le dos de la classe ouvrière et des peuples opprimés au Canada et partout dans le monde, et que nous affirmons qu’assez c’est assez !

Solidarité pour le travail et la justice !

Osez lutter, osez vaincre !

Kim Abis
e p D T F s