Le cirque électoral s’est amorcé avec vigueur le 6 août dernier, à l’occasion du premier débat des chefs organisé par la revue Maclean’s et le réseau Rogers. Alors que les médias bourgeois et les valets des quatre partis représentés se disputaient au lendemain du débat à savoir qui l’avait remporté, la classe ouvrière et les peuples opprimés du Canada apparaissent comme les véritables perdants.

Les chefs des trois principaux partis se sont engagés à poursuivre le programme d’austérité contre les travailleuses et travailleurs du Canada. En dépit des menaces d’une nouvelle récession, Harper s’est engagé à maintenir l’équilibre budgétaire – ce qui est pour le moins ironique quand on sait qu’il a multiplié les déficits depuis son arrivée au pouvoir. Trudeau et les libéraux, quant à eux, font appel à la bonne volonté des plus riches familles canadiennes pour qu’elles acceptent de payer plus d’impôt. Ces nouveaux revenus serviraient apparemment à financer une légère augmentation des dépenses sociales, dont la prestation fiscale pour enfants, mais à un niveau bien inférieur à ce qui a été coupé dans le budget fédéral au cours des dernières années. Mulcair et le NPD ont frappé un peu plus fort en proposant d’augmenter les impôts des sociétés, mais ils invitent néanmoins la population à «vivre selon ses moyens» – le cri de ralliement favori des partisans de l’austérité. Mulcair a également réitéré son appui aux plans d’extraction dévastateurs de l’environnement, comme le projet d’oléoduc Énergie Est. Ironie du sort, le recentrage vers la droite de l’équipe Mulcair permet parfois à Trudeau et aux libéraux de se positionner à gauche du NPD.

Les chefs ont bien sûr multiplié leur engagement à servir la prétendue «classe moyenne», sans que l’on sache exactement ce que cela signifie.

Le Nouveau parti démocratique, dont bien des gens bien intentionnés pensent qu’il représente une voie plus progressiste pour le Canada, n’est pas vraiment différent de ses adversaires libéraux et conservateurs. Sous la direction de Thomas Mulcair (qui a bénéficié de dons de grandes banques canadiennes), le NPD a opéré un grand bond vers la droite et tente de prouver à la bourgeoisie qu’il s’avèrera un administrateur «responsable» de l’État canadien. Plus tôt cet été, Mulcair a rencontré des chefs d’entreprise au Economic Club et à la Chambre de commerce de Montréal pour les assurer qu’un gouvernement néo-démocrate serait bon pour les affaires, et il a promis de réduire les impôts des petites entreprises. Les efforts de Mulcair ne sont pas passés inaperçus; il y a quelques jours, un article de Bloomberg Business présentait le NPD comme un choix acceptable pour la bourgeoisie canadienne.

Contrairement aux désaccords plutôt superficiels qu’ils ont manifestés sur les questions économiques, les chefs des trois principaux partis ont été à peu près unanimes sur tous les aspects de la politique étrangère. Chacun à leur tour, ils se sont débattus pour démontrer leur engagement envers l’impérialisme canadien. Les trois se sont dits en faveur du maintien de l’adhésion du Canada à l’OTAN; ils appuient la poursuite de la politique agressive canadienne à l’endroit de la Russie. Les trois chefs soutiennent d’une manière ou d’une autre la participation du Canada à la guerre contre l’organisation État islamique en Irak; et sans surprise, ils s’engagent à maintenir l’appui du Canada à l’État d’apartheid israélien. Les seules différences notables sont venues d’Elizabeth May, qui a rappelé qu’elle a été la seule députée à voter contre la participation du Canada au bombardement de la Libye. Cependant, les divergences exprimées par May auront été de courte durée, celle-ci ayant précisé que pour elle, bombarder la Libye était une stratégie inefficace pour «combattre efficacement le terrorisme» – un objectif qu’elle dit partager à 100%.

Sur l’épineuse question de la gestion des colonies intérieures du Canada, les chefs ont sur le fond réitéré leur engagement au maintien de la subjugation coloniale des populations autochtones. Du bout des lèvres, Trudeau et Mulcair ont proposé de travailler avec les éléments compradors des communautés autochtones comme passage obligé pour assurer l’extraction continue des matières premières nécessaire à l’impérialisme canadien. Aucun d’eux n’a même jugé bon ne serait-ce que de prétendre au respect du droit des peuples autochtones à l’autodétermination; s’ils évoquent la possibilité de discussions «de nation à nation», c’est uniquement dans le but d’en arriver à une plus grande unité nationale.

Les résultats du débat ne sont pas particulièrement surprenants. Il est clair, maintenant plus que jamais, que les grands partis bourgeois ont un programme presque identique, en dépit de différences mineures et superficielles. Ceux qui disent que n’importe qui fera l’affaire et qu’il faut «battre Harper» passent à côté de l’essentiel: Harper n’est pas le seul à être mauvais et le prochain Harper ne sera pas mieux.

Le débat fait ressortir la nécessité d’une campagne de boycott: à supposer que l’un ou l’autre de ces partis réussissait à mettre en œuvre son programme – en dépit des pressions qui seront exercées contre lui, des contraintes liées aux accords commerciaux antidémocratiques avec d’autres États et des exigences du grand capital –, les différences entre eux sont tellement minces qu’on voit mal ce que ça changerait. Peu importe qui l’emportera le 19 octobre, la classe ouvrière en sortira perdante. Une chose est pratiquement sûre, c’est que le taux de participation continuera à baisser parmi la classe ouvrière et les masses populaires; de plus en plus de gens réalisent que la démocratie bourgeoise est dépourvue de sens. La classe ouvrière doit rompre avec la politique bourgeoise et tracer son propre chemin. Pour ceux et celles qui pensent que la révolution est la seule solution, la seule chose à faire dans le cadre de cette campagne électorale est de lutter pour transformer le boycott passif qui existe déjà en un mouvement de boycott actif.

– Un sympathisant du PCR
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