Nous venons de prendre connaissance de la parution d’un manifeste anti-électoral qui semble avoir été publié spécialement à l’occasion de l’actuelle campagne électorale fédérale. Il s’agit d’une initiative bienvenue et tout à fait pertinente, qui exprime le dégoût suscité par le cirque électoral auprès d’un nombre grandissant de travailleurs et travailleuses. Contre les mensonges de la classe bourgeoise, le manifeste appelle à l’action et la réflexion, à «défaire le monde» pour mieux le refaire. Cet appel rejoint celui des maoïstes, selon qui la libération passe par la révolution, et non par la réanimation d’un système pourri, dont le parlementarisme et le système électoral représentent la moisissure ultime.

Le manifeste est disponible ici. Nous le reproduisons intégralement ici bas pour en favoriser le partage.

Le Bureau d’information politique
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Manifeste anti-électoral

Nous sommes de partout au pays. Nous sommes des gens ordinaires, qui essaient de gagner leur vie. SeulEs ou à deux, avec ou sans enfants, encore aux études ou déjà sur le marché du travail. Nous faisons partie des quelque 40% des gens en âge de voter qui ne l’ont pas fait en 2011. Et nous n’irons pas voter le 19 octobre prochain.

Nous ne sommes pas de la classe des riches ou des capitalistes. Nous ne possédons pas d’entreprises. Nous sommes des travailleuses, des travailleurs, et pour certains, syndiqués. Plusieurs d’entre nous, surtout les jeunes, sont sans emploi. NéEs ici pour beaucoup, pour plusieurs des Premières nations, mais aussi venuEs d’ailleurs, et de toutes les générations. De Halifax, de Fredericton, d’Oshawa, de Québec, Montréal, Toronto ou Vancouver en passant par Sudbury, Val d’Or, Winnipeg et Kanesatake.

Voter ne changera rien à notre réalité, ni à celle du Canada tel qu’il est aujourd’hui. Cela fait quelques années qu’on le pense au fond de nous. À chaque élection, nous sommes de plus en plus nombreux. À chaque élection, les évènements nous donnent raison. Promesses non tenues. Changements d’allégeances entre les partis comme s’ils étaient tous le même. Lois omnibus votées à toute vapeur et sans consultation. Les élections fédérales canadiennes sont une opération marketing qui fonctionne de moins en moins bien. Les provinciales aussi, d’ailleurs!

Les partis dominants au Canada, des Conservateurs aux Libéraux en passant par le NPD et le BLOC, partagent tous à peu près le même programme. Bien sûr, il y a des (petites) différences d’un parti à l’autre. Mais rien, franchement RIEN qui fasse une VRAIE différence dans nos vies. Nos vies fragilisées depuis des années par les reculs dans nos droits, les attaques ou baisses constantes de nos salaires, les coupures dans les services auxquels tout le monde devrait avoir droit. Nos vies fragilisées par l’insécurité financière, par le mépris des droits de celles et ceux parmi nous qui viennent des Premières nations, par les politiques racistes contre l’immigration, par le refus de nous accorder, à nous venusEs d’ailleurs, des droits égaux aux autres.

Les quatre principaux partis veulent qu’on consomme leurs élections, pour qu’ils puissent régner en paix sur le parlement pendant quatre ans et faire ce qu’ils veulent. Regardez-les passer si facilement de l’un à l’autre. Le pire conservateur est passé aux Libéraux (Soudas), une bloquiste passe au NPD et le chef du NPD est un ancien libéral… Vire-capot? Opportuniste? Dans tous les cas, le saut n’était pas bien grand à faire.

Bien sûr, il y a des députéEs – il y en aura toujours – honnêtes et qui s’amènent en politique rempliEs de bonnes intentions. On les voit se transformer au fil du temps, fermer les yeux sur les petites trahisons. Ils l’admettent eux-mêmes: ils sont pour beaucoup des plantes vertes. Les promesses les plus «généreuses» se rétrécissent à mesure qu’approche la possibilité d’être élu.

Nous pensons que contrairement à ce que beaucoup de cyniques aiment dire, ce n’est pas «la politique qui pourrit les gens…». C’est l’absence de politique. La vraie, la véritable participation populaire à la vie quotidienne et aux décisions liées au travail, aux services et à la société que nous voulons construire.

Aujourd’hui, la politique – bourgeoise, appelons-la par son nom!!! – c’est l’ABSENCE de politique pour la majorité. C’est la concentration de la politique dans les mains des riches, des nantis et de ceux et celles qui en profitent. Ce qui est important pour la grande majorité de la population n’est pas discuté. La participation – ou pas! – à la guerre et aux offensives impérialistes. L’exploitation du travail de la majorité par une poignée de possédants. Le financement des services publics, leur gratuité et leur universalité. L’égalité des droits pour tous et toutes. La reconnaissance des droits et des territoires autochtones. L’accueil des réfugiéEs, des immigrants, etc.

Nous ne sommes pas seulEs à voir que les élections canadiennes n’ont plus rien de démocratique. Certains médias et intellectuels s’alarment: «Trop de pouvoir concentré dans les mains du Premier ministre». «Même les ministres ne décident plus rien!» Ils réclament des réformes dans le système parlementaire… Pour mieux le faire durer.

Mais ce n’est pas une réforme des institutions qui va changer les choses.

Nous pensons que ce système, peu importe les réformes, a fait son temps. Le parlement, c’est le bras politique du système capitaliste basé sur le profit. Ce n’est pas une question de mécanique. Aujourd’hui, il est le reflet du déclin et du pourrissement de tout un système économique qui a fait son temps. Crise de surproduction. Crise environnementale. Crise des valeurs: corruption, égoïsme, intolérance, mensonges et haine. Ce système ne peut se reproduire qu’en exploitant toujours plus. Et la classe des possédantEs est bien en contrôle, pour s’assurer que le parlement s’y emploie. En faisant la guerre… ils ne combattent pas pour nous. En coupant les jobs… ils n’agissent pas pour nous. En restreignant les droits de tous ceux et celles qui cherchent à survivre ou à fuir des conditions invivables, ou de ceux et celles qui cherchent à les contester… ils nous attaquent nous!

À travers l’histoire, l’humanité a connu des avancées, et des reculs. Le capitalisme a pourri jusqu’à notre solidarité. Il nous a fait oublier le courage. Il nous a fait oublier le désir et la capacité de lutter, parfois longtemps, pour changer les choses. La générosité. L’humanité, la tolérance, le souci de justice et de partage, la valeur du geste gratuit.

Le capitalisme a remplacé tout cela… en valorisant le profit, la richesse et l’argent facile. La peur de l’autre, l’exploitation et le mépris des faibles. Les guerres d’intérêts, le vol et l’exploitation des territoires qui ne sont pas les nôtres. La «propriété» comme étant le signe du succès et du pouvoir.

Le capitalisme court aujourd’hui à notre perte. Quand on transforme tout en marchandise à rentabiliser (notre santé, l’éducation, les garderies, les logements), quand on vit dans un système où chaque coupure dans les emplois est une bonne nouvelle… il est temps d’en faire table rase.

C’est si simple. Et si compliqué à la fois. C’est si simple. L’argent, le pouvoir? Partageons le équitablement entre tous ceux et celles qui travaillent. À chacun selon ses besoins. La propriété privée des compagnies? Abolissons-la, redonnons à ceux et celles qui produisent, la capacité de diriger la production. Ouvrons nos portes, proposons mieux, c’est si facile!!! Convainquons, organisons, réfléchissons, réapproprions-nous l’avenir!

…et c’est si compliqué: parce que ce système là ne se laissera pas faire. Tous ces riches – ceux et celles qui possèdent les magots, mais aussi ceux et celles qui les administrent, les font fructifier, et sont grassement payés pour le faire – ces possédants profiteurs à une échelle ou à une autre de la misère du plus grand nombre, sont bien protégés. La justice règne d’abord pour les défendre… après tout, ce sont ces riches, via les partis politiques qu’ils se sont donnés, qui votent les lois… La police, l’armée, sont à eux, pas à nous.

Voter aujourd’hui aux élections canadiennes, c’est le contraire de l’engagement politique. C’est accepter ce système, se résigner, et fermer sa gueule pour quatre ans. Refuser de voter, c’est au moins un premier pas… vers l’action, vers la réflexion. On doit regarder ailleurs, on doit s’organiser ailleurs, en dehors de ce monde là, en dehors de ces règles là. Refaire le monde, c’est d’abord le défaire… quand voter sera voter pour améliorer la société au service de tous et toutes, pour améliorer les services et les droits au logement, à l’éducation et à la santé, aux garderies; quand on nous demandera de voter pour décider comment répartir équitablement la production de biens et de services; quand on nous demandera de voter pour élire nos déléguéEs et qu’on pourra les révoquer en tout temps; quand nous vivrons dans une société libérée de l’égoïsme et de l’injustice capitaliste: alors nous voterons.

D’ici là, ne comptez pas sur nous.

FAITES CIRCULER! RÉPANDEZ LE MOT AUTOUR DE VOUS! REFUSONS LE MENSONGE. NE VOTONS PAS LE 19 OCTOBRE.

e p D T F s