– Réflexions d’un groupe d’étude.

La crise actuelle met en lumière toutes les contradictions du capitalisme. Elle a pour effet de révéler un peu plus les faiblesses des exploiteurs capitalistes et de leurs alliés. Bien sûr, personne ne va prétendre que la bourgeoisie soit sans ressources et sans défense, elle demeure « une classe puissante à liquider » 1. Néanmoins, on se doit de constater que cette puissance est toute relative et que la bourgeoisie est moins solidement en place qu’auparavant. De fait, partout sur la planète les masses par leurs actions ébranlent à chaque jour un peu plus ce monde injuste. Cette situation est grandement révélatrice de l’état actuel des choses et devrait nous encourager à être à l’offensive contre le capitalisme, ce système injuste et destructeur.

Le monde doit changer et inéluctablement il changera. Mais le changement n’est pas une chose neutre et spontanée qui arrive un jour sans qu’on sache réellement pourquoi. Le changement est orienté ; il engage à des prises de décisions et des combats multiples. De fait, l’expérience de l’époque de l’impérialisme et des révolutions prolétariennes a confirmé ce que l’analyse marxiste du mode de production capitaliste avait mis en lumière : le passage de l’humanité du capitalisme au communisme se réalise par avancées successives dont le moteur est la lutte des classes. C’est un mouvement éminemment pratique ; il s’agit de transformer l’état des choses. De là l’importance qu’accordent les communistes au rôle du mouvement pratique organisé et spontané.

Or, mille initiatives, mille organisations et rapports organisationnels, mille luttes revendicatives, révoltes et résistances composent le mouvement pratique. Face à cette complexité, deux points de vue s’opposent. Le premier de ces points de vue a assimilé l’idée qu’il n’y a pas d’unité dans cette complexité ; il est objectivement soumis au mouvement spontané. Il l’appréhende comme un ensemble disparate de luttes spécifiques. L’autre point de vue, celui du marxisme révolutionnaire, met de l’avant le mouvement comme totalité ; il met en relation, complète et confronte les points de vue partiels, limités et fragmentés qui trop souvent restent séparés. C’est pourquoi le marxisme révolutionnaire ne se contente pas d’être spectateur de ce mouvement, il y introduit une compréhension « …claire des conditions, de la marche et des résultats généraux du mouvement prolétarien » 2, qui n’est autre chose que la synthèse de l’expérience positive du mouvement pratique.

Mais introduire cette compréhension n’est pas une mince affaire. Il est nécessaire de procéder à une analyse d’ensemble, ce qui pour nous veut dire une analyse précise systématique et scientifique de la réalité. La nécessité d’analyser les choses ne justifie pas l’inaction pour autant. On ne doit pas uniquement se cantonner dans la critique des lignes politiques qui nous semblent erronées ; il s’agit surtout de dégager une nouvelle orientation révolutionnaire. Aujourd’hui, une grande partie de cette lutte consiste à ramener, sous des formes claires, évidentes et puissantes, les principes d’unité et de totalité dans le combat politique du prolétariat et des classes opprimées. Il ne faut pas oublier que toute analyse doit permettre l’élaboration des tâches à accomplir. Ici comme ailleurs, les maoïstes suivent le mot d’ordre juste de « servir le peuple ».

Le contexte mondial

Dans toutes les grandes régions du monde capitaliste, la crise économique est profonde et persistante et entraîne le chômage de masse et la destruction des programmes sociaux. Elle entraîne dans son sillage l’appauvrissement de millions de personnes. Si la crise produit des effets immédiatement visibles, notamment sur les conditions de vie des masses prolétariennes et paupérisées, il n’en demeure pas moins que la situation actuelle est beaucoup plus problématique pour la bourgeoisie. De fait, celle-ci fait face à un problème qui, à strictement parler, dépasse l’horizon d’une simple crise ou récession économique.

En effet, c’est l’ensemble de la structure capitaliste qui est aujourd’hui en danger. Plus encore, la crise du capitalisme est devenue une donnée permanente des économies capitalistes, ce qui explique pourquoi partout dans le monde les États capitalistes ont pour la très grande majorité, voire la totalité, adopté des politiques d’austérité. Aussi, on comprendra que l’austérité n’est pas qu’une question d’idéologie, comme certaines semblent le croire, même si l’idéologie y joue un rôle. Plutôt, l’adoption des mesures d’austérité est une tentative de réorganisation du capitalisme mondial et cette tentative comporte des objectifs stratégiques et sécuritaires qui découlent d’une seule et même logique : assurer la pérennité de l’exploitation capitaliste.

C’est dans ce contexte de crise que les bourgeoisies des différents pays occidentaux ont adopté des politiques de resserrement et de destruction partielle du « filet de sécurité sociale », c’est-à-dire de l’ensemble des programmes sociaux hérités de la période de développement capitaliste qui a suivi la Seconde Guerre mondiale (les « trente glorieuses »). C’est la situation objective du capitalisme qui pousse la bourgeoisie de chaque pays à remettre en question le modèle social qui en est venu à dominer dans les pays occidentaux lors de la période de développement du capitalisme.

En adoptant ces politiques, le but de la bourgeoisie est de se rendre compétitive face aux autres bourgeoises. Puisque toutes les bourgeoises sont placées devant cette obligation, cela explique pourquoi des partis parlementaires bourgeois aussi différents en surface les uns des autres que peuvent l’être les conservateurs (Angleterre, Canada), les socialistes (France), les radicaux de gauche (Grèce), etc., ont tous adopté des politiques d’austérité très similaires, ce qui démontre bien 1) leur intégration au capitalisme et 2) leur rôle de défenseurs des intérêts du capitalisme. Indépendamment des éléments de folklore qui semblent les distinguer, on peut dire que tous ces partis œuvrent à maintenir le capitalisme, peu importe le prix à payer.

Naturellement, ce qui se déroule au niveau mondial ne manque pas de se répercuter partout à une plus petite échelle. De fait, les effets des politiques économiques qui sont adoptées par les principaux pays capitalistes sont multipliés par l’adoption de politiques antipopulaires au niveau local. Tel est le cas présentement au Québec où le gouvernement de libéral de Philippe Couillard a lui aussi adopté un programme d’austérité qu’il cherche maintenant à mettre en application. Plus encore, le gouvernement Couillard n’est pas le seul au Canada à se retrouver sans cette situation. De fait, plusieurs gouvernements provinciaux ont adopté dernièrement des politiques allant en ce sens.

Tel est donc le contexte international, national et local dans lequel nous nous trouvons, c’est-à-dire un monde capitaliste instable où la bourgeoisie peine à maintenir les choses en place.

Complexité et contradictions

Lutter de manière résolue et franche contre la crise et les politiques d’austérité, c’est nécessairement confronter deux grands ordres d’intérêts : ceux du capital qu’expriment, non sans contradictions, les différentes fractions de la bourgeoisie et qui sont mis en œuvre par l’État bourgeois ; et de l’autre côté, les intérêts du prolétariat dans son ensemble, intérêts qui constituent la base du socialisme et le moteur capable de mettre en marche la perspective révolutionnaire d’un nouveau pouvoir populaire.

Bien sûr, cette lutte n’attend pas le socialisme, cela est évident. De fait, la lutte entre intérêts contradictoires traverse l’ensemble de la société et se cristallise dans une pléthore d’enjeux particuliers : environnement, conditions de vie, de travail, éducation, immigration, etc. Puisqu’elle ne peut résoudre ces problèmes et comme elle cherche à éviter de devoir affronter un puissant mouvement de lutte révolutionnaire, on constate que la bourgeoisie se démène pour que tout ce qui est exploité et opprimé dans la société reste à ce niveau, c’est-à-dire divisé. C’est sa survie qui en dépend.

Le réflexe spontané du mouvement ouvrier officiel et du mouvement populaire pour surmonter cette fragmentation est de chercher à former des coalitions. De fait, chaque mobilisation s’amorce généralement avec comme horizon stratégique de construire la coalition la plus large, la plus démocratique et la plus inclusive possible. Chercher à rassembler tous ceux et celles qui ont un intérêt à lutter est une chose positive. Ce qui l’est moins c’est que trop souvent cette unité se limite à tresser une courtepointe de revendications « acceptables » et adopter quelques mots d’ordre suffisamment généraux pour ne pas heurter la sensibilité de « l’opinion publique ».

Par ailleurs, du fait qu’elles ne sont pas le produit d’une réelle unification politique construite à même la lutte, ces coalitions, loin de confronter les points de vue partiels, limités et fragmentés qui trop souvent restent séparés, contribuent plutôt à entretenir ces divisions. Pour mettre fin au capitalisme, il ne suffit pas de se faire rencontrer les différentes « spontanéités ». Une stratégie qui ne fait qu’assurer la « coordination des luttes » sans jamais s’intéresser au contenu politique de ces luttes finit par laisser toute la place à la domination du réformisme dans les organisations prolétariennes et populaires. De fait, Il y a une multitude d’exemples de luttes menées de façon radicale mais sur des objectifs réformistes.

Comment cela est-il possible ? Qu’est-ce qui peut expliquer un tel éclectisme entre le dire et l’agir ? Si la crise révèle la faiblesse relative de la bourgeoisie, elle révèle beaucoup plus que cela. Notamment, elle met en lumière les forces et faiblesses des mouvements et organisations qui entendent diriger la lutte contre les attaques des capitalistes. Or, ce que la crise révèle un peu plus à chaque nouveau combat, ce sont les limites théoriques et pratiques du courant autonomiste, c’est-à-dire du courant qui regroupe l’ensemble des militantes et militants qui, depuis de nombreuses années, œuvrent dans les mouvements sociaux et syndicaux afin d’y développer des pratiques inspirées du mouvement libertaire et qui vise à participer à l’organisation et aux luttes de leur milieu pour les radicaliser.

Arrêtons-nous un instant sur le cas du mouvement syndical. L’influence, la force, l’ascendant du réformisme y sont tels que cela se traduit dans la difficulté évidente pour de nombreux militants et militantes à penser la possibilité d’une lutte émancipatrice véritable hors de la discipline imposée par la démocratie bourgeoise des États impérialistes. 3

Prenons un exemple. En déduisant de l’aspect objectivement révolutionnaire du mouvement prolétarien une spontanéité révolutionnaire absolue et immédiate, le syndicalisme révolutionnaire préconise qu’il suffit de révéler cette spontanéité par le moyen de l’action exemplaire et l’exaltation des luttes spontanées en elles-mêmes. Si cela s’était révélé être une juste analyse, alors on aurait été en droit de s’attendre, dans une situation où se sont succédées plusieurs années de récession, de coupures et de concessions, de fermetures, etc. qui touchent durement le prolétariat et les masses populaires, que surgisse un puissant mouvement se revendiquant plus ou moins explicitement du syndicalisme révolutionnaire. Or, tel n’est pas le cas. De fait, ce que la crise mondiale nous révèle plutôt, ce n’est pas la toute-puissance du spontanéisme, mais plutôt sa faiblesse absolue, c’est-à-dire son incapacité à organiser et à faire progresser le mouvement général de lutte contre le capitalisme.

Les révolutions prolétariennes sont des processus historiques qui objectivement se développent à même les contradictions de la société capitaliste, mais elles sont préparées subjectivement par les forces de la révolution. En effet, sans l’activité politique autonome et l’initiative des forces révolutionnaires, les révolutions prennent généralement la forme de crises politiques et sociales dont le dénouement est de perpétuer le système capitaliste sous une forme ou une autre. Pour dire les choses autrement, aucune révolution ne se développe de façon spontanée ou sans direction politique suffisamment forte pour diriger un mouvement massif de transformation de la société tout en faisant face à un puissant ennemi tel que la bourgeoisie.

Un exemple : Printemps 2015

La grève menée par une partie du mouvement étudiant québécois au printemps dernier illustre bien l’incapacité du courant autonomiste à dépasser la simple radicalisation des luttes. Faut-il le rappeler, des milliers d’étudiantes et d’étudiants ont entamé un mouvement de grève visant à s’opposer aux mesures d’austérité adoptées par le gouvernement Couillard. C’est ainsi que pendant plusieurs semaines, manifestations et actions se sont succédées laissant ainsi croire à la possibilité d’une forte poussée de combattivité et à un élargissement de la mobilisation. Or, ces espoirs auront été rapidement déçus. En effet, la mobilisation ne s’est pas étendue massivement dans le mouvement étudiant tandis que les organisations syndicales et autres organisations progressistes n’ont pas été capables, ou n’ont tout simplement pas eu la volonté, de contribuer dans l’organisation des masses afin de former un mouvement de lutte assez fort et cohérent pour défier l’État.

Un des arguments invoqués pour amorcer la lutte au printemps était la possibilité de voir s’opérer la jonction entre les forces combattives du mouvement étudiant et celles du mouvement syndical. On comprendra que dans cette stratégie, le mouvement étudiant devait servir de bougie d’allumage à un vaste mouvement social qui ultimement devait déboucher sur une grève sociale « sauvage ». Or puisque cette jonction n’a tout simplement pas eu lieu, c’est donc que l’évaluation qui sous-tendait la stratégie de grève printanière était erronée.

Ici, il faut prendre soin de se démarquer de ceux et celles qui critiquent la grève du printemps 2015 au nom de la grève de 2012. Plus souvent qu’autrement, le projet derrière ces comparaisons est de présenter en raccourci un mouvement étudiant idéalisé qui resterait bien sage à l’intérieur des limites fixées par le capitalisme et dont les actions revendicatives auraient comme horizon la seule défense de « l’État-providence ». De fait, malgré tous les critiques que l’on peut faire sur le déroulement et l’organisation de la grève étudiante du printemps dernier, il n’en demeure pas moins que positivement, cette grève a eu un caractère politique général et offensif dépassant les seules revendications étudiantes.

Pour en revenir au printemps 2015, loin d’être inéluctables, les difficultés rencontrées lors de la grève étudiante découlaient plutôt d’une série de conceptions tactiques erronées ou limitées reposant sur une ligne essentiellement spontanéiste et mouvementiste. De fait, ce qui caractérise en partie la grève étudiante du printemps 2015, c’est d’avoir été initiée par des forces se revendiquant de différentes pratiques que l’on peut qualifier d’autonomistes. Pour faire simple, la direction autonomiste s’est manifestée dans une combinaison mélangeant une fétichisation du spontanéisme d’une part, et des initiatives prônant des formes organisationnelles antiautoritaires d’autre part.

Bien sûr, les partisanes et partisans de l’autonomie (sous toutes ses formes) contesteront cette affirmation et ils et elles pourront se défendre en invoquant le fait qu’ils et elles ne dirigent rien, ce qui formellement n’est pas tout à fait faux. Néanmoins, cela ne change pas grand-chose à toute l’affaire : concrètement ils et elles ont agi comme une direction politique et c’est sur cette base qu’ils et elles doivent être évaluées.

Pour commencer, il faut préciser ce qui est entendu par l’idée de direction politique. Par direction politique, nous entendons toutes les organisations qui déploient leurs mots d’ordre, leurs analyses, leurs dispositifs stratégiques et tactiques vers leurs bases politiques correspondantes. Et qu’est-ce qu’une base politique ? Une base politique, c’est l’ensemble des personnes actives et militantes, généralement non membres d’une organisation, habituellement regroupées dans des milieux organisés (par exemple, une association étudiante ou un syndicat) et qui partagent, même de façon approximative, des références communes, un système d’analyse et des critères de compréhension identiques ou similaires. Généralement, ces personnes sont issues d’une même expérience historique à laquelle elles restent rattachées. Pour donner un exemple, de nombreux étudiants et étudiantes partagent l’expérience historique d’avoir participé à la grève étudiante de 2012.

En ce sens, on peut donc considérer que les initiateurs et initiatrices du mouvement Printemps 2015 représentaient une direction politique. Selon ceux-ci et celles-ci, le mouvement Printemps 2015 devait regrouper des comités de mobilisation qui avaient pris la décision de se rassembler sous une même bannière. Toujours selon ceux-ci et celles-ci, ces comités partageaient deux grandes orientations, à savoir 1) une analyse commune selon laquelle le printemps 2015 serait « un moment crucial pour lutter contre l’austérité » et 2) un mode de fonctionnement commun selon lequel les gens qui participeraient aux comités « s’y présentaient en tant qu’individus et non pas en tant que représentantes d’autres organisations ». Il s’agissait d’adopter une structure horizontale, sans chefs, sans représentantes.

Attardons-nous à un problème qui est souvent sous-estimé, à savoir celui du fonctionnement. Selon Printemps 2015, les comités se voulaient larges et inclusifs. Former des comités pour l’action est une chose assurément positive. Loin de nous l’idée de critiquer le fait pour des militants et militantes de s’organiser dans des comités indépendamment des structures existantes. Là n’est pas le problème. Le plus difficile est de se lier aux masses étudiantes et travailleuses. D’ailleurs en général, c’est là que vont se manifester le plus visiblement les insuffisances dans l’organisation du travail. Par ailleurs, si l’on cherche à se lier aux masses, ce n’est surtout pas pour répéter ce qui existe déjà, mais pour transformer la situation, c’est-à-dire produire du nouveau (c’est-à-dire de nouvelles idées-propositions et le cas échéant de nouvelles organisations).

Aussi, une présence réellement révolutionnaire visera à produire des liens nouveaux et nombreux avec les masses et cela sur de nouvelles bases. Or, force est de constater que les comités printemps 2015 ont eu pour une grande part une existence « virtuelle » puisque dans bien des campus, le comité Printemps 2015 local était ni plus ni moins l’association étudiante elle-même. Sans forces réelles capables de mettre de l’avant la perspective de mener une « grève sociale », le mouvement s’est retrouvé sans orientation claire sur la marche à suivre.

Ce qui démontre bien que se lier aux masses, c’est tout sauf des mots ; d’ailleurs si on en reste à des mots, aucune progression n’est possible. Aussi, ce que nous devons chercher c’est une présence organisée, active, agissante, fixe et mobile, matérielle, visible, active, reconnaissable et démarquée, souple et ferme. Pour nous, cette présence doit être communiste et révolutionnaire. Une des façons de matérialiser cette présence est de former un groupe de militantes et militants révolutionnaires quotidiennement actif dans un milieu donné. Spontanément on aurait tendance à penser qu’une telle liaison matérielle quotidienne n’est possible que si on se fait absorber dans quelque chose d’existant (par exemple une association étudiante, voire un syndicat). Or cette idée, sans être totalement fausse n’épuise pas toutes les possibilités. En effet, il existe d’autres maillons entre nous et différentes catégories du prolétariat et des masses populaires ; plus encore, ce sont ces nouveaux maillons à construire qui nous permettront de conserver toute liberté d’action.

Analyser, organiser, convaincre, transmettre, se lier les uns les autres, ce sont toutes des activités qui ramènent nécessairement à la question de la ligne politique. En effet, faute de prise en charge, la somme des connaissances qui a été accumulée dans la lutte est gaspillée forçant le mouvement à d’éternels recommencements plutôt que d’être un processus accumulatif permettant de radicalement transformer les organisations des masses et d’en faire de puissants vecteurs de mobilisation révolutionnaire. Ce qui est d’une importance toute particulière, et qui devrait faire réfléchir, à la fois pratiquement et théoriquement, c’est que les avancées dans la conscience des enjeux globaux et finaux naissent dans les mouvements sociaux des questions pratiques soulevées par la lutte. C’est ce mouvement, les obstacles qu’il rencontre et qui le contraignent à trouver des solutions pratiques et des formulations adaptées, qui en est la force motrice.

C’est la ligne politique qui permet d’orienter une activité authentiquement révolutionnaire. La ligne politique et le programme révolutionnaire incarnent une conception du monde tout en étant aussi des outils qui permettent de rallier et de se lier aux masses. Ces membres et ces sympathisantes qui sont ralliés autour d’une ligne politique commune permettent à leur tour de former des organisations ou bien d’intervenir dans des organisations existantes, et ces interventions permettent d’initier ou d’appuyer des luttes. L’ensemble permet le gain d’une précieuse expérience, expérience qui permet la durée dans le temps et qui permet d’espérer la victoire sur le capitalisme.

  • 1. Programme du PCR, chap. 5.
  • 2. Karl Marx, Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste.
  • 3. La discipline imposée par la démocratie bourgeoise est le cadre constitué par : l’action revendicative légale (principalement économique et syndicale), les élections et le parlementarisme, les libertés politiques générales octroyées au mouvement ouvrier en échange du désarmement complet du prolétariat et de ses organisations.
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