Depuis la « vague orange » sans précédent qui a déferlé à l’élection fédérale de 2011, le Nouveau parti démocratique a connu des changements substantiels : un nouveau chef, l’ex-ministre libéral Thomas Mulcair ; le retrait de toute référence au « socialisme » de sa constitution – un changement certes superficiel, mais néanmoins significatif ; et surtout, une nouvelle orientation visant à renforcer son image de « gouvernement en attente », dont les engagements sont désormais formulés de façon à être réalistes et acceptables aux yeux de secteurs suffisamment larges de la classe dominante. Plus que jamais, le NPD semble obtenir l’appui des progressistes – des « libéraux éclairés » jusqu’à certains anarchistes et communistes ! Il importe donc de comprendre ce qu’est réellement ce parti, quels intérêts il représente et ce que son éventuelle victoire signifierait pour la lutte des classes au Canada.

Ce qui frappe le plus quand on prête attention à l’orientation actuelle du NPD, c’est l’absence d’à peu près toute prétention à présenter un programme social-démocrate. Au total, sa plateforme électorale présente une série de propositions, dont bien peu se démarquent comme particulièrement « de gauche », qui s’inscrivent dans l’objectif de gérer le capitalisme le plus correctement possible au profit des « familles de la classe moyenne ». Il serait trop long ici de la passer en revue point par point, mais un survol de ses principaux aspects est nécessaire pour découvrir la vraie nature du parti qui jusqu’à nouvel ordre, incarne « l’opposition de loyale de Sa Majesté ».

« Créer des emplois pour la classe moyenne »… en subventionnant le capital

Si le NPD a certes raison d’affirmer que la situation de l’emploi s’est dégradée depuis la crise financière de 2008 1, sa conception étroite l’empêche de considérer ce qui serait la vraie solution pour régler ce problème : mettre fin au capitalisme et remettre le contrôle de l’économie et de l’État aux mains de la classe ouvrière.

La solution mise de l’avant par le NPD, c’est plutôt d’utiliser les fonds publics pour financer les capitalistes, dans l’espoir que ça les amènera à embaucher un plus grand nombre de travailleuses et travailleurs. D’une part, il propose de soutenir les petites et moyennes entreprises en réduisant leur taux d’imposition de 11 % à 9 % 2 ; de l’autre, il s’engage à « investir en innovation et dans les technologies vertes » 3. Le NPD propose en outre de prolonger la déduction pour amortissement accéléré accordée aux entreprises qui achètent de la machinerie ou de l’équipement manufacturier par le gouvernement conservateur. 4 Il évoque aussi la création d’un programme semblable, qui s’adresserait plus spécifiquement aux entreprises en recherche et développement. 5

Le NPD semble penser qu’en libérant une partie du capital et en la dirigeant vers l’achat de nouveaux moyens de production, les entreprises vont consacrer une part plus importante à leurs dépenses de main-d’œuvre. Son plan aura par ailleurs comme résultat de diminuer les revenus de l’État : la seule réduction de 11 % à 10 % du taux d’imposition des PME entraînera une perte de 600 millions $ dans les coffres de l’État 6, ce qui rendra encore plus aléatoire le financement des programmes sociaux. Le NPD reste muet quant au fait que cette mesure pourrait se traduire par de nouvelles mises à pied et des baisses de salaires dans la fonction publique.

Au fur et à mesure qu’il s’accumule et se concentre, le capital requiert moins de travail pour se valoriser. Ce processus est au cœur du phénomène de chômage chronique créé par le système capitaliste. Or, les taxes sur le capital ne font qu’accélérer ce processus. À terme, le plan du NPD jettera un plus grand nombre de travailleuses et travailleurs à la rue. Les investissements en recherche et développement rendus possibles par ces congés de taxes vont eux aussi contribuer au remplacement d’ouvrières et d’ouvriers par de nouvelles technologies.

« Protéger l’environnement »… à moins qu’il y ait de l’argent à faire !

À chaque déversement de pétrole, chaque cible manquée pour la réduction des émissions de carbone et chaque catastrophe naturelle, la question de la protection de l’environnement devient de plus en plus pressante. Dans ce contexte, l’opportunisme de ceux qui se présentent comme la « conscience de la nation » à ce sujet s’avère particulièrement flagrant.

Quelques promesses d’ordre général nous ont été faites, dont la mise en œuvre d’une bourse du carbone 7 (qui permettrait aux grands capitalistes de payer pour être autorisés à polluer) et d’un programme de subventions aux capitalistes qui produisent de l’énergie « propre » 8 (ce qui, en l’absence de subvention sur le produit final, aboutira inévitablement par une hausse des tarifs d’électricité). En soi, ces deux propositions apparaissent décevantes, mais elles le sont d’autant plus à la lumière des positions de Mulcair sur deux des questions les plus pressantes : l’exploitation accrue des sables bitumineux et la construction de pipelines.

Le chef du NPD a clairement fait son lit sur ces questions. Sur la question des sables bitumineux, il a dit soutenir le « développement durable des projets d’extraction » 9, comme si les deux allaient de pair. Quand l’une des candidates vedettes du NPD, Linda McQuaig (Toronto-Centre), a déclaré – à juste titre – que si le Canada veut atteindre ses objectifs en matière de lutte aux changements climatiques, une bonne quantité de pétrole devra « rester dans le sol » 10, le parti a immédiatement tenu à préciser que ce n’était pas sa position officielle. Le NPD a alors publié un communiqué dans lequel il affirme naïvement que « le développement de nos ressources naturelles et la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre peuvent aller main dans la main ». 11 En ce qui a trait aux oléoducs, dont on sait qu’ils ont récemment connu une tendance à fuir et à déverser du pétrole dans l’écosystème, Thomas Mulcair en a toujours été un partisan enthousiaste ; l’an dernier, il s’était prononcé en faveur du projet Énergie Est 12 et sa récente volte-face à cet égard est pour le moins équivoque.

On peut résumer ainsi la réelle approche du NPD en matière d’environnement : utiliser cette question comme prétexte pour subventionner le capital, appuyer des projets non durables et dangereux et finalement, quand trop de gens prêtent attention à ses positions, se dire du bout des lèvres en faveur d’une meilleure réglementation et d’évaluations plus rigoureuses.

Lorsque le NPD essaie de ressembler à un parti social-démocrate

Trois éléments de la plate-forme du NPD semblent favorables aux travailleuses et travailleurs : la mise sur pied d’un programme national de garderies, l’augmentation à 15 $ l’heure du salaire minimum fédéral et l’annulation du rehaussement de l’âge de la retraite à 67 ans.

Présentée comme un plan visant à « créer un million de nouvelles places de qualité en garderie, à 15 $ par jour » 13, la proposition du NPD est en fait moins ambitieuse : il s’agit en effet d’ajouter un demi-million de nouvelles places au demi-million qui existent déjà. 14 Alors qu’il affirme que nous sommes « à une élection près » de services de garde « abordables et de qualité » 15, le NPD prévoit en fait qu’il faudra huit ans avant que son plan soit complété 16 ; en outre, sa réalisation exige la conclusion d’ententes avec les provinces qui devront accepter de financer 40 % des coûts du programme. 17 À date, les gouvernements provinciaux ne se sont pas montrés particulièrement chauds à le faire, si bien que la réalisation de cette proposition demeure aléatoire.

Ainsi donc, la proposition du NPD sera mise en place quelque part entre maintenant et l’an 2023, dépendant d’apports financiers qui pourraient s’avérer inexistants. Attrayant à première vue, le plan du NPD semble conçu pour échouer. Dans cet horizon de huit ans, il y aura inévitablement un certain nombre de crises politiques ou économiques, qui serviront de prétextes pour qu’on en reporte la réalisation, voire qu’on abolisse le programme purement et simplement. Qu’il s’agisse du « déficit imprévu hérité des conservateurs », d’une nouvelle récession (ou une aggravation de la récession en cours) ou de quelque autre bouleversement, il y a fort à parier que le plan proposé ne sera jamais mis en œuvre et qu’il n’aura été qu’une supercherie.

Il en est de même pour la promesse d’un salaire minimum fédéral à 15 $ l’heure. 18 À première vue, cette promesse laisse penser qu’elle s’adresse à l’ensemble des travailleurs et travailleuses à travers le pays ; toutefois, elle ne serait applicable qu’aux salariées des entreprises sous juridiction fédérale. Ainsi, elle n’aurait un impact que pour les quelque 12 % de ces salariées qui gagnent moins de 15 $ l’heure. 19 Mettons de côté le fait que le NPD a appuyé l’abolition du salaire minimum fédéral en 1996 20… Son plan prévoit une hausse graduelle du salaire minimum, sur quatre ans. Or, avec l’augmentation du coût de la vie prévisible d’ici 2019, l’impact déjà minime de cette promesse sera encore plus faible.

Au mieux, cette promesse est une tromperie cynique, qui vise à susciter de faux espoirs parmi les millions de travailleuses et travailleurs à bas salaire qui se battent pour survivre, d’une semaine à l’autre. Au pire, c’est une fausse promesse qui ne sera jamais mise en œuvre.

Si le NPD était vraiment préoccupé par le sort des travailleuses et travailleurs au bas de l’échelle, il a eu toutes les occasions de le démontrer lorsqu’il a pris le pouvoir dans diverses provinces au cours des dernières années, notamment en Saskatchewan, en Colombie-Britannique, au Manitoba, en Nouvelle-Écosse et plus récemment en Alberta. Pourquoi donc n’a-t-il pas haussé le salaire minimum à 15 $ dans ces juridictions ? C’est clair que la hausse du salaire minimum n’est pas une priorité pour les néo-démocrates.

Considérant tout cela, que penser de leur proposition de ramener l’âge de la retraite à 65 ans ? Peu de choses ont été dites à ce jour sur cette promesse. Comme pour le reste des propositions apparemment progressistes du NPD, le diable est dans les détails. Si tant est qu’il s’agit d’une promesse vraiment sincère, le moins qu’on puisse dire est qu’elle jurera dans la plate-forme néo-démocrate. Permettez-nous d’être sceptique quant à sa réalisation.

Lorsque le NPD essaie de ne PAS avoir l’air social-démocrate

Tout cela est plutôt pâle à comparer à quelques-unes des positions plus outrageusement de droite prises par le NPD et son chef. Que ce soit lorsqu’ils se disent « favorables et enthousiastes » envers l’accord de partenariat transpacifique 21, lorsqu’ils démettent un candidat parce qu’il a osé dénoncer les crimes de guerre israéliens 22, lorsqu’ils soutiennent la participation du Canada à l’alliance impérialiste de l’OTAN 23, ou lorsqu’ils annoncent un investissement d’un quart de milliard de dollars pour mettre plus de policiers dans les rues, qui iront battre, tuer, et espionner la classe ouvrière et les peuples opprimés du Canada 24, on voit bien quelle est la trajectoire empruntée par le NPD.

Le NPD envoie ainsi des signaux à la classe dominante pour lui démontrer qu’il est un parti responsable, apte à gérer l’État au service du capital, et qu’il ne lui causera pas de mauvaises surprises. C’est aussi pour lui une façon de montrer qu’il peut mobiliser une bonne partie des « progressistes » derrière des politiques réactionnaires et qu’il sera capable de maintenir la paix sociale lors de périodes économiques troubles. À savoir si la bourgeoisie le jugera apte à jouer ce rôle, tel est l’enjeu de la prochaine élection.

Le projet de loi C-51

Une analyse complète de la nouvelle loi antiterroriste (le projet de loi C-51) et des changements proposés par Thomas Mulcair et son opposant libéral Justin Trudeau est hors de la portée de cet article ; nous allons donc nous limiter à circonscrire l’orientation générale du NPD sur cette question.

Dans un premier temps, le chef du NPD a été clair : il n’allait pas nécessairement abroger le projet de loi C-51. Son plan, à cet égard, était semblable à celui de Trudeau, à savoir que le NPD modifierait le projet de loi tel qu’adopté. 25 Dans le contexte où le gouvernement conservateur était majoritaire et où le projet de loi allait être adopté d’une façon ou d’une autre, il importe assez peu, finalement, que le NPD et le Parti libéral aient voté pour ou contre. Il importe moins de savoir que Mulcair s’y est opposé au moment ou il lui était impossible de le défaire, que de savoir quand il le fera.

Plus précisément, le NPD a proposé une série de mesures pour « améliorer » le projet de loi C-51 : restaurer l’inspecteur général du SCRS ; obliger le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité à faire rapport régulièrement à la Chambre des communes ; circonscrire les dispositions relatives au partage de l’information pour qu’elles ne visent que les activités terroristes ; ajouter quelques clauses extinctives ; et réviser les dispositions de la loi à intervalles réguliers. 26 Ce que veut le NPD, en fait, c’est que le parlement bourgeois garde le contrôle sur l’appareil répressif de l’État. Puisque cet État n’est absolument pas démocratique mais qu’il incarne en fait une dictature de la bourgeoisie, ça signifie qu’en bout de ligne, la classe ouvrière et les peuples opprimés au Canada subiront la même répression, sous réserve d’un examen et d’une approbation du parlement !

Les changements proposés par le NPD sont purement superficiels ; si le NPD était sérieux quand il dit vouloir « protéger la vie privée » ou « s’assurer que nos droits soient respectés », il se serait engagé à abroger le projet de loi dans son entièreté, et pas à le bonifier ou à le remplacer par autre chose.

Que faire du NPD ?

Il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’un parti politique capitaliste dont les racines remontent à la Deuxième Internationale propose d’utiliser les surprofits tirés de l’exploitation impérialiste pour offrir quelques concessions à une partie de la classe ouvrière ; toutefois, le NPD n’en est même plus là.

Les néo-démocrates représentent clairement les intérêts de la bourgeoisie, en particulier ceux des secteurs de la fabrication et de la technologie, comme on peut le voir avec les allégements fiscaux et les subventions d’investissement qu’ils proposent. Ils font néanmoins de leur mieux pour rassurer les producteurs d’énergie et les extracteurs de ressources, qui en dépit de l’effondrement des prix du pétrole, restent une force avec laquelle il faut compter dans le paysage politique canadien. Le soutien que le NPD obtient parmi des secteurs plus larges de la population se concentre essentiellement parmi les couches privilégiées – la petite-bourgeoisie, les professionnels et l’aristocratie ouvrière. Le NPD obtient des appuis plus importants parmi les gens d’un niveau de revenu et d’une position sociale privilégiée. Leurs appuis parmi le noyau dur du prolétariat sont beaucoup moins importants, même parmi ceux qui participent aux élections.

Les mots utilisés par Marx et Engels pour décrire le « socialisme bourgeois » de leur époque laissent entendre que ce courant était bien plus radical que le NPD. Ils n’en demeurent pas moins indicatifs de l’idéologie de ce parti :

Le socialisme bourgeois n’atteint son expression adéquate que lorsqu’il devient une simple figure de rhétorique.

Le libre-échange, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Des droits protecteurs, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Des prisons cellulaires, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Voilà le dernier mot du socialisme bourgeois, le seul qu’il ait dit sérieusement.

Car le socialisme bourgeois tient tout entier dans cette affirmation que les bourgeois sont des bourgeois – dans l’intérêt de la classe ouvrière. 28

La chose est claire, plus que jamais : le NPD n’est pas un parti de la classe ouvrière et il n’a rien à nous offrir, à part l’austérité et les tromperies. Ce sont des colporteurs professionnels ; il est de notre devoir en tant que communistes de dénoncer leur racket et d’œuvrer à bâtir le camp de la révolution afin de réaliser le pouvoir populaire authentique !

Un camarade
e p D T F s