Partisan №60
DANS LES PAGES DU JOURNAL PARTISAN - ÉDITION DU QUÉBEC:

La révolution d’Octobre: notre première grande victoire

En 2017, la bourgeoisie canadienne célèbre les 150 ans d’un pays d’exploitation des travailleurs et travailleuses, de colonialisme contre les nations autochtones et de rapines impérialistes. De notre côté, nous commémorons les 100 ans de la révolution russe, quand pour la première fois un nouveau pouvoir au service des travailleurs et travailleuses a pu prendre place pour un temps qui a duré au-delà de quelques mois, comme cela avait été le cas lors de la Commune de Paris. Historiquement, après la révolution de 1917, la classe ouvrière avait un rapport de force pour jouer un rôle significatif dans la vie politique des différents pays, même là où elle n’avait pas le pouvoir comme c’était le cas en URSS.

La bourgeoisie a craint le prolétariat, lui accordant des droits sociaux et économiques. Pendant des décennies, une partie appréciable des prolétaires des différents pays croyaient au socialisme et travaillaient à son avènement, au grand dam de la classe dominante. Cette peur bourgeoise semble s’être estompée – du moins dans les métropoles impérialistes – ce qui fait en sorte que la classe dominante mène désormais des attaques continuelles contre les travailleurs, les travailleuses et leurs droits. La perspective de servir de décoration à un mur n’est plus là; on fanfaronnait moins quand c’était le cas.

Comble des affronts, alors que les travailleurs et travailleuses peinent à arriver avec leur maigre salaire, la bourgeoisie québécoise se sent autorisée à accorder des miettes d’augmentation. L’insulte atteindra son maximum au 1er Mai, alors que notre gouvernement québécois nous annoncera une ridicule hausse du salaire minimum, le jour même où les travailleurs et travailleuses célèbreront leur combat du passé et démontreront de l’internationalisme prolétarien. Cela ne fera en rien diminuer les taux d’endettement qui atteignent maintenant 167% des revenus.

Préparer la révolution et démontrer à la bourgeoisie qu’on accumule des forces et de l’expérience dans ce sens lui fait très peur et l’oblige à nous faire des concessions. Quand la révolution triomphe dans un pays, la bourgeoisie fait tout pour saboter l’expérience, lui créer des obstacles énormes pour faire apparaître le socialisme comme quelque chose d’inatteignable. Elle joue sur les contradictions internes des nouvelles sociétés et s’appuie sur les forces qui veulent un retour au capitalisme ou, du moins, s’en accommodaient et y trouvaient un avantage. Ces forces ont finalement triomphé en URSS. Est-ce que cela invalide pour toujours le socialisme? Pas du tout. En fait, il s’agit d’une expérience dont on doit apprendre pour ne pas en refaire les erreurs.

Renverser la bourgeoisie et prendre le pouvoir politique ne constitue pas une erreur, au con¬traire. On ne peut s’organiser éternellement pour détruire le capitalisme sans envisager la prise de pouvoir, l’extinction de l’État bourgeois et l’instauration de nouveaux rapports sociaux qui répondent aux besoins des prolétaires. C’est une obligation de s’organiser effectivement dans cette perspective. Une fois au pouvoir, une fois que la classe capitaliste sait que sa défaite pour une période très longue est un fait, une fois qu’elle est démoralisée, on peut mettre en œuvre des politiques qui vont dans le sens des intérêts des travailleurs et travailleuses. C’est à ce moment qu’on obtient des revenus suffisants pour combler nos besoins sans recourir à du crédit.

Une révolution ne se réduit pas à un «grand soir» où tout arrive. C’est un long processus. Une révolution est certes violente; elle ne peut que l’être. Elle s’accompagne nécessairement d’une période de guerre civile. Durant l’expérience russe, la période intense de guerre civile a suivi la prise du pouvoir, ce qui n’a pas été le cas de l’expérience chinoise: elle l’a précédée dans un long processus de guerre populaire prolongée. Il faut comprendre que l’expérience russe n’avait été précédée que par celle de la Commune de Paris, lors de laquelle on avait mis l’accent sur la défense des barricades.

La révolution russe a été tributaire d’événements soudains. L’écroulement de la société tsariste durant la Première Guerre et son incapacité à trouver des solutions a laissé la possibilité à de nouvelles forces sociales d’émerger. C’est une manifestation pour les droits des femmes – qu’on fêtait le 8 mars en Occident, mais qui, en Russie, en raison d’un calendrier différent, étaient fêtés en février – qui a servi d’étincelle à une phase intense de luttes des classes.

La bourgeoisie a renversé le tsar, mais n’a pas été capable de consolider son nouveau pouvoir, compte tenu du fait que le prolétariat et la paysannerie étaient incontrôlables politiquement. Des comités révolutionnaires, des soviets, se mettaient en branle partout dans le pays. Le pouvoir politique du prolétariat et de la paysannerie se trouvait dans ces soviets et entrait en contradiction avec le pouvoir du Parlement bourgeois, la Douma. Quand d’anciens soldats, fils de paysans, sont revenus dans leur campagne, leur premier geste a été d’occuper la terre et de chasser les propriétaires terriens. Le pouvoir bourgeois a voulu décourager cette révolte à la campagne. C’est alors que Lénine a lancé le mot d’ordre «Tout le pouvoir aux soviets», pour supporter ce mouvement à la campagne et se débarrasser de la bourgeoisie en instaurant une union des républiques socialistes.

Les assises du nouveau pouvoir étaient certes fragiles, mais manifestement moins que celles de celui qui l’avait précédé. Une période de guerre civile, encouragée par des interventions militaires étrangères, dont celle du Canada, s’est déroulée jusqu’en 1921. Compte tenu de ce qui s’est passé, aurait-il fallu que Lénine n’appelle pas au renversement de la bourgeoisie? Bien sûr que non. Par contre, l’expérience chinoise l’a montré: c’est la stratégie de la guerre populaire prolongée qui permet aux forces prolétariennes de mieux maîtriser le déroulement du mouvement sans être complètement tributaires des événements et des opportunités.

Cette année, nous célébrons non seulement la révolution russe, mais nous allons aussi nous rappeler de la révolte de Naxalbari qui a eu lieu il y a 50 ans en Inde et qui fut à l’origine d’un processus de guerre populaire dans ce pays.

La manière dont nous commémorerons ces événements ne se résumera pas seulement à des écritures de textes, à des soirées festives arrosées et à des dîners de gala, comme cela risque d’être la norme chez des courants révisionnistes ou trotskistes. Il y a des gens qui ont donné leur vie pour hâter la venue d’un nouveau pouvoir répondant aux besoins des masses. Il serait dans la norme que nos actions durant l’année s’inspirent de ces sacrifices et construisent le développement de l’expérience révolutionnaire au Canada.

En 2019, ce sera le 100e anniversaire de la grève générale de Winnipeg, mouvement qui fut inspiré par ce qui se passait en Russie. Ce n’est quand même pas rien, un événement lors duquel des ouvrières et ouvriers ont contrôlé politiquement une ville pendant près d’un mois. Durant les deux prochaines années, nous mènerons une intense campagne, ponctuée d’actions révolutionnaires parmi les masses, dont le but sera d’accumuler de l’expérience révolutionnaire et de consolider les forces de la révolution au Canada, de manière à faire en sorte que les travailleurs et travailleuses deviennent les mêmes puissants acteurs et actrices politiques qu’ils et elles ont été en 1917.

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