Partisan
DANS LES PAGES DU JOURNAL PARTISAN - ÉDITION DU QUÉBEC:

Le 8 mars 2017, relançons le mouvement de libération des femmes sur une base de lutte des classes!

En 1920, 10 ans après la proclamation de la Journée internationale des femmes ouvrières, Alexandra Kollontaï, figure majeure de la révolution socialiste de 1917 en Russie, rappelait le caractère prolétarien de cette journée dans un journal de Moscou. En en faisant la genèse, elle affirmait que «[l]e 28 février 1909, les socialistes américaines ont organisé des manifestations monstres et des réunions à travers le pays exigeant des droits politiques pour les travailleuses. On peut considérer que ce fut la première Journée des femmes de l’histoire. En 1910, à l’occasion de la deuxième Conférence internationale des ouvrières, la militante allemande Clara Zetkin proposait une résolution pour instaurer une journée internationale des ouvrières […].»

Avisée par sa vaste expérience de lutte, Alexandra Kollontaï précisait que cette journée s’est avérée une excellente méthode d’agitation parmi les travailleuses et a su mobiliser des milliers de femmes du prolétariat qui ont rejoint des organisations militantes, pris la parole haut et fort, participé à des assemblées illégales, déclenché des grèves un peu partout… Surtout, elle affirmait que «[l]a Journée des femmes a aussi permis autre chose: renforcer la solidarité internationale de la classe ouvrière. Tout cela a permis de renforcer sa cohésion et par là même, la capacité de lutte du prolétariat dans son ensemble.»

Ce que beaucoup de gens ignorent encore aujourd’hui, Alexandra Kollontaï se fit le devoir de le rappeler: «Puis vint la grande année 1917. La faim, le froid et les procès de guerre vinrent à bout de la patience des ouvrières et des paysannes de Russie. En 1917, le 8 mars – le 23 février selon le vieux calendrier russe – elles sortirent en masse dans les rues de Petrograd. Ces femmes exigèrent “du pain pour nos enfants” et “que nos maris soient rappelés du front et des tranchées”. En cette période décisive, les protestations des ouvrières posaient une telle menace au régime que même les forces de sécurité du tsar n’osèrent prendre leurs mesures habituelles de répression et se contentèrent de regarder la marée de protestataires remplies de colère. Ce jour-là, les femmes ont levé la flamme de la révolution prolétarienne et mis le feu au monde. La révolution de février débutait vraiment.»

Effectivement, les tisserandes de plusieurs usines de textile n’ont pas craint d’entreprendre un débrayage non autorisé. Leurs cortèges ont entraîné des métallurgistes à leur emboiter le pas. Dans les jours qui suivirent, des centaines de milliers d’ouvrières et d’ouvriers ont convergé vers le centre-ville et la Douma en scandant «À bas la guerre! À bas l’autocratie!».

Le mouvement se répandit dans toutes les industries. Le 8 mars 1917 marqua ainsi le début de la chute de l’empire tsariste et de la mise en place d’un État ouvrier. Oui, la révolte, la ténacité et le courage des femmes du prolétariat ont été l’amorce d’une des plus grandes expériences historiques révolutionnaires. À la tête et au cœur de cette période révolutionnaire, elles en ont écrit des pages héroïques.

Certes, les femmes en URSS ont acquis plus de droits que partout dans le monde à la même époque. Mais Alexandra Kollontaï tenait à rappeler à ses consœurs que «[…] les droits seuls ne suffisent pas». C’est pour cela qu’elle lança avec vigueur un appel que 100 ans plus tard, en 2017, nous nous devons toujours de réaliser et de pérenniser: «Femmes ouvrières de tous les pays: organisons un front prolétarien uni dans la lutte contre ceux qui pillent le monde! À bas le parlementarisme de la bourgeoisie! […] À bas les inégalités dont souffrent les femmes et les hommes de la classe ouvrière! Nous combattrons avec la classe ouvrière pour le triomphe d’un monde communiste!»

Alexandra Kollontaï, sa cama¬rade allemande, Clara Zetkin, et les femmes révolutionnaires des quatre coins du monde ont toujours voulu contrecarrer l’influence capitularde du féminisme bourgeois sur les femmes du prolétariat. À notre tour, empêchons les capitalistes de récupérer à leur compte le 8 mars en passant sous silence son origine révolutionnaire. Clamons que cette journée internationalement soulignée est l’occasion de dénoncer l’exploitation de la grande majorité des femmes. Le capitalisme continue de sévir, les guerres impérialistes s’amplifient et toujours, les femmes prolétaires, celles qui n’ont que leur force de travail à vendre, en paient durement le prix.

Certes, les luttes contre les occupations militaires, pour de meilleures conditions de travail, contre la culture du viol, bref, qui s’attaquent à tous les rapports sociaux réactionnaires et capitalistes, doivent nous préoccuper et nous pousser à agir vivement à l’année longue. Mais en cette journée spéciale qui marque le centenaire du déclenchement de la révolution russe, engageons-nous à nous réapproprier le caractère révolutionnaire de notre descente dans la rue. Gagnons les travailleuses et les sans-emplois au communisme, car c’est la seule perspective qui pourra créer les conditions matérielles permettant une véritable libération des femmes. Réclamons des étudiantes et des professionnelles qu’elles se joignent au combat dirigé par le prolétariat pour la destruction du capitalisme, notre pire ennemi. Comme le disait Alexandra Kollontaï en 1908, déjà, «[i]l n’y a pas de question femmes indépendante; la question des femmes a surgi comme un élément intégré dans le problème social de notre époque. La libération de la femme, en tant que membre de la société, travailleuse, individu, épouse et mère, est donc possible uniquement en même temps que la solution de la question sociale générale, et avec la transformation fondamentale de l’ordre social actuel.»

Que les féministes de 1917 passent le flambeau à celles de 2017!
Vive le féminisme prolétarien! Rejoignez le contingent rouge du FFPR dans la manifestation du 8 mars à Montréal organisée par le comité des Femmes de diverses origines (FDO-WDO)!

Le Front féministe prolétarien révolutionnaire de Montréal (FFPR)
e p D T F s