Notre époque est confrontée à un fléau en expansion rapide, celui de l’islamophobie. Elle est, aujourd’hui, la forme de racisme dominante dans notre société. Les musulmans et les musulmanes constituent la minorité la plus stigmatisée et la plus exposée aux discriminations et aux agressions. À ce titre, l’islamophobie est détestable comme toutes les formes de racisme et de xénophobie. Mais la portée de l’islamophobie est encore aggravée par le fait qu’elle concentre en elle les contradictions les plus explosives de notre époque. En cela, elle ne se contente pas d’isoler et d’accabler un secteur racisé du peuple. Elle est aujourd’hui au cœur de la lutte des classes à l’échelle mondiale. Elle a des implications directes pour tous les secteurs du peuple en lutte et il devient impossible de jouer un rôle progressiste sans reconnaître sa signification générale et sans lui accorder l’attention qu’elle mérite.

L’islamophobie est une forme de racisme

Plusieurs nient l’existence même de l’islamophobie en prétendant qu’il ne s’agit que d’une saine critique d’idées religieuses formulée sous les auspices de la liberté d’expression. D’autres la disculpent de l’accusation de racisme sous prétexte qu’elle cible une religion et non une race. Évidemment, aucun racisme ne peut réellement cibler une race, puisque les races n’ont pas de réalité objective, comme la science l’a depuis longtemps démontré; elles ne sont que des fantasmes haineux, des constructions idéologiques, produits du discours raciste, qui cherchent à justifier des discriminations et des sévices de masse. Ainsi, le racisme ne se définit pas d’abord par ce qu’il cible, mais par une manière de penser, une manière de définir et de traiter l’Autre qu’on érige en ennemi.

Or les apparences ne trompent pas: malgré la façade revampée, c’est bien une pensée raciste qui se profile derrière l’islamophobie. La pensée raciste réduit une population à un aspect de son identité, aspect présumé fondamental et déterminant qui permet de généraliser à tout le groupe la représentation stéréotypée d’un ensemble d’attitudes, d’incapacités et de tares. Dans une démarche résolument anti-scientifique, le discours raciste noie dans un bloc homogène la complexité, la diversité et les clivages qui traversent nécessairement les groupes humains qu’il a plus ou moins arbitrairement constitués à partir d’un critère.

C’est ainsi que l’islamophobie jette en bloc sur l’ensemble des musulmans et des musulmanes – ou quiconque présumé tel – un même verdict: par leur appartenance à l’islam, ils et elles sont suspects et suspectes de fanatisme, d’intolérance, de comportements violents, de conceptions rétrogrades, d’obscurantisme, de pratiques culturelles barbares, et ainsi de suite. En fait, ils et elles composeraient une civilisation irréconciliable avec l’Occident moderne, rationnel, démocratique et progressiste ou simplement chrétien. L’Islam est tenu responsable des désordres qui secouent le monde.

L’islamophobie est le visage des crises et des conflits de notre époque

Or, nous savons bien que, depuis 200 ans, c’est plutôt l’impérialisme et avant lui le colonialisme qui sèment la violence et la désolation dans les pays arabo-musulmans et dans le monde en général. Les agressions politiques et militaires de l’Occident au Moyen Orient se sont d’ailleurs intensifiées depuis le début du XXIe siècle. C’est pourquoi l’islamophobie atteint aujourd’hui une dimension inédite en étant chargée de la convergence d’une multitude de facteurs de crise affectant les pays dominants et leur mainmise sur le monde. Elle est la riposte désespérée d’un système impérialiste défaillant et assailli de toutes parts par les difficultés.

Quelques constats suffisent à démontrer que l’islamophobie, loin d’être un phénomène marginal, est au contraire au cœur des enjeux de notre époque:

  • C’est un racisme n’exprimant pas simplement les préjugés tenaces d’éléments arriérés marginaux, mais qui est construit et alimenté par certaines des principales institutions de pouvoir de la société bourgeoise (les grands partis de gouvernement et certains empires médiatiques);
  • C’est un racisme que les intellectuels dominants reproduisent en résumant le monde actuel sous la thèse d’un «choc des civilisations»;
  • C’est un racisme servant à justifier des guerres de pillage et de dévastation ininterrompues depuis maintenant plus de 15 ans au Moyen-Orient;
  • Un racisme servant d’alibi au renforcement des États impérialistes par des politiques sécuritaires et le gonflement de l’appareil de renseignement et de répression au fil des lois anti-terroristes;
  • Un racisme reproduisant la vieille tactique des temps de crise économique et sociale qui consiste à ériger une population minoritaire en bouc-émissaire à des fins de diversion politique;
  • Un racisme sur la base duquel est relancé et redéfini le nationalisme dominant à grands renforts d’insécurités identitaires irrationnelles;
  • Un racisme instrumentalisant le discours féministe pour stigmatiser principalement des femmes, tout en voilant l’étendue de l’oppression avec laquelle les femmes «bien d’chez nous» sont aux prises;
  • Un racisme inspirant des actes d’agressions verbales et physiques – jusqu’au meurtre de masse –, des attaques et des saccages de lieux de cultes et certaines formes de mobilisation de masse de plus en plus assimilés à l’expression d’une résistance et d’un patriotisme.

Les actualités quotidiennes nous apprennent à quel point l’islamophobie est devenue une furieuse obsession bourgeoise. C’est la grille de lecture qui s’impose pour rapporter et expliquer tous les jours un nombre croissant d’évènements locaux, nationaux et internationaux; c’est la véritable trame narrative de notre époque.

Mettons l’unité de classe des travailleurs et des travailleuses à l’avant plan de la lutte contre l’islamophobie!

L’islamophobie est un cocktail raciste extrêmement explosif. La situation est d’abord intolérable pour les personnes associées à la communauté visée par ces attaques. Menacées dans leurs droits, leurs libertés et leur intégrité, marginalisées au plan socio-économique, elles ont toutes les raisons d’attendre et d’obtenir notre solidarité. Mais, par l’islamophobie, c’est aussi toute la classe des exploitéEs que la bourgeoisie affaiblit en la divisant sur la base de préjugés étrangers à ses intérêts réels, en semant en son sein la méfiance, en jetant la confusion dans les consciences.

Ne laissons pas l’islamophobie devenir au XXIe siècle l’ignoble tragédie que l’antisémitisme a été au XXe siècle!

Le réel intérêt des travailleurs et des travailleuses, ce n’est pas de combattre la religion, encore moins de lutter contre les personnes qui se réclament d’une foi ou d’une autre. C’est plutôt de lutter contre les exploiteurs capitalistes, qu’ils se prétendent athées, laïcs, chrétiens ou musulmans. Contre le système économique et les politiques qui nous poussent tous et toutes vers les crises, la pauvreté et la guerre. Entre prolétaires, la confrontation des croyances sur la religion, la science, notre conception du monde et nos valeurs est nécessaire, mais elle doit se faire par le dialogue, dans un esprit de camaraderie, sans rompre notre solidarité et notre indépendance politique face à la bourgeoisie.

Rejetons le racisme et l’islamophobie! Unissons-nous contre la bourgeoisie et son système!

-Des camarades de Montréal-
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