Partisan №61
LES PROLÉTAIRES N’ONT PAS DE PATRIE!

Le 1er Mai, unité ouvrière contre le capitalisme!

Le Canada se targue souvent d’être un pays accueillant et généreux envers les immigrantEs. Ne vivons-nous pas dans une société multiculturelle ouverte et tolérante? Notre pays n’a-t-il pas récemment accueilli chaleureusement des milliers de réfugiéEs syrienNEs dans un élan d’humanisme désintéressé? En fait, cette idée reçue, comme celle qui veut que le Canada serait un facteur de paix dans le monde, n’est rien d’autre qu’un élément de justification idéologique à l’impérialisme canadien. Cela devient clair lorsqu’on se penche un peu sur ce que la propagande impérialiste passe le plus souvent sous silence.

Chaque année, environ 11 000 immigrantEs sans statut sont enferméEs sans accusations et pour une période indéterminée par l’État canadien. Quelque 35 personnes sont déportées quotidiennement. Lorsqu’on entend Donald Trump vanter la politique sélective du Canada en matière d’immigration, cela devrait nous sonner des cloches. Avec l’Australie, le Canada est un des pays qui, bien qu’accueillant beaucoup d’immigrantEs, les sélectionnent le plus en fonction de leur fortune et de leurs compétences. La citoyenneté canadienne a une grande valeur, et notre bourgeoisie la monnaye à fort prix, excluant ainsi la grande masse des prolétaires des pays dominés par l’impérialisme. La bourgeoisie accueille aussi des travailleuses et travailleurs étrangers qui, cependant, ne bénéficieront jamais de la citoyenneté, devant retourner dans leur pays d’origine une fois leur contrat fini.

La bourgeoisie canadienne a certes un intérêt dans l’accroissement de l’immigration temporaire ou permanente. Pour ce qui est des immigrantEs permanentEs – si on exclut les regroupements familiaux, l’accueil des réfugiéEs et l’immigration en provenance des autres pays impérialistes comme la France – ils et elles sont sélectionnéEs selon leurs avoirs monétaires et leur niveau d’éducation. Ils et elles doivent débourser des montants importants avant de franchir la frontière, une source de revenus directe non négligeable pour l’État bourgeois canadien. Une fois arrivéEs ici, ces immigrantEs se retrouvent déclasséEs, leurs qualifications n’étant pas reconnues, et forment un bassin de main-d’œuvre lettrée et en santé, mais vulnérabilisée par sa situation et par le racisme ambiant, ce qui la rend donc facilement surexploitable.

Dans le cas des travailleuses et travailleurs immigrantEs temporaires, ils et elles occupent des emplois – dans des conditions particulièrement pénibles – que la bourgeoisie n’arrive pas à combler avec les travailleurs locaux. Étant donné que les visas de travail temporaire sont accordés en fonction de l’embauche des employeurs, ceux-ci ont pratiquement les pleins pouvoirs sur leurs employéEs: c’est la servitude presqu’absolue ou l’expulsion du pays. En bref, le travail s’effectue dans des conditions qu’on peut qualifier de semi-esclavagisme. Pensons au travail maraîcher effectué par des hommes mexicains et guatémaltèques, au travail domestique effectué par des femmes des Philippines, à certains emplois industriels sous-payés, etc. Beaucoup d’entre elles et eux sont quotidiennement exposéEs à des abus physiques, sexuels et psychologiques. De surcroît, l’État bourgeois n’a pas à dépenser pour soigner et scolariser ces prolétaires, ni pour leur assurer la sécurité du revenu, puisqu’ils et elles sont privéEs de ces droits. On voit donc qu’une partie importante de la prospérité canadienne vient de l’exploitation des prolétaires immigrantEs.

Certains secteurs démoralisés et défaitistes de la classe ouvrière, manipulés par des intellectuels bourgeois démagogues, ne voient pas d’un bon œil l’afflux d’immigrantEs, sous prétexte que ceux-ci et celles-ci leur voleraient leur travail. On entend aussi parfois dire que l’arrivée d’immigrantEs ferait baisser les salaires. Ces arguments ne tiennent pas la route: le chômage et la paupérisation sont des phénomènes inhérents au mode de production capitaliste; penser qu’on peut les contrecarrer en demandant à la bourgeoisie de diminuer l’afflux d’immigrantEs est une dangereuse illusion.

La question du nombre d’immigrantEs que le pays doit accueillir semble trouver un certain écho dans les masses. Pourtant, cette question est un débat au sein de la bourgeoisie qui ne devrait pas intéresser pas le prolétariat. Les frontières nationales des pays capitalistes ne sont rien d’autre que la répression brutale et directe des masses opprimées du monde entier.

Les véritables internationalistes – comme le sont les maoïstes – s’opposent à toutes formes de restrictions aux déplacements du prolétariat mondial imposées par les États capitalistes. Le fait que les marchandises se déplacent plus facilement que les personnes qui les produisent atteste de la barbarie du système capitaliste et du caractère pourrissant de l’impérialisme. Un monde ainsi organisé ne pourra perdurer éternellement; nous devons le combattre dès maintenant pour le faire tomber.

Depuis quelques temps, on assiste à un regain des discours identitaires selon lesquels nos mœurs et coutumes seraient menacés par une arrivée soi-disant massive d’immigrantEs dont la culture serait incompatible avec la nôtre. Ces discours non-scientifiques et racistes sont propagés par des groupes d’extrême-droite, mais aussi par des politiciens bourgeois plus «respectables». Or, l’identité nationale n’est qu’une illusion entretenue par le capitalisme pour effacer la lutte des classes. Ce que les colporteurs de ces idées ne veulent pas dire – ou ne veulent pas voir – c’est que la culture nationale qu’ils «protègent» est en réalité la culture bourgeoise nationale.

Les couches avancées du prolétariat savent que le nationalisme et le chauvinisme ne font que diviser les travailleurs et les travailleuses. Elles regardent vers l’avenir, vers le socialisme et vers le développement d’une culture prolétarienne mondiale. C’est pourquoi elles appuient les luttes des travailleurs et des travailleuses immigrantEs et encouragent l’unité entre les différents secteurs de la classe ouvrière. Nous nous devons, entre autres, de supporter les travailleurs étrangers temporaires ou sans-statut qui luttent pour obtenir leur citoyenneté. Quand il y a des campagnes pour limiter l’immigration et que des secteurs arriérés du peuple y répondent favorablement, c’est le prolétariat en entier qui en paie le prix. Pour leur part, les bourgeois sont solidaires entre eux et se réjouissent de la division du prolétariat, car cela le rend incapable de lutter efficacement.

Le prolétariat, historiquement, a toujours eu besoin de croître en nombre et d’augmenter ses forces pour avancer et renverser la bourgeoisie. Les immigrantEs qui viennent grossir le prolétariat canadien y injectent une expérience enrichissante; parfois, il s’agit même de l’expérience directe de la lutte révolutionnaire dans leur pays d’origine! Appuyons-nous sur leur expérience, afin d’enrichir le mouvement ouvrier et de mieux s’organiser collectivement dans la lutte pour le socialisme. Combattons l’entretien, par la bourgeoisie et ses appareils idéologiques, d’une attitude conservatrice dans le prolétariat. Mettons de l’avant les perspectives qu’offrent le socialisme à tous et toutes les exploitéEs!

Les prolétaires, qu’ils soient nés ici ou à l’étranger, ont intérêt à s’unir pour l’avènement d’une société socialiste prospère qui va créer du travail et de la richesse pour tout le monde, y compris pour ceux et celles venuEs d’ailleurs. On peut penser à une infinité de possibilités de développement économique qui sont limitées par le régime capitaliste basé sur les profits qui a fait son temps. Pour faire rouler une économie socialiste, on aura besoin d’une forte main-d’œuvre: il n’y aura pas de chômage et on accueillera beaucoup d’immigrantEs!

Solidarité avec les travailleurs et travailleuses immigrantEs!
Qu’on soit ici ou bien d’ailleurs, nous sommes tous et toutes des travailleurs et travailleuses!
Déportons nos capitalistes, tout en gardant ici leurs usines et leur capital!

e p D T F s