Il semble que peu importe si l’économie va bien ou mal, les conditions de vie et de travail des prolétaires (les travailleurs et travailleuses) ne s’améliorent pas. Comment expliquer le fait que la création de richesses immenses puisse cohabiter avec le maintien dans la pauvreté d’une grande partie du monde ordinaire qui doit tous les jours travailler pour subsister? Qui donc crée ces richesses et en bénéficie réellement?

Commençons par le commencement: toutes les richesses dans un pays capitaliste comme le Canada reposent sur l’exploitation de la force de travail des ouvriers et ouvrières. L’exploitation de la force de travail, c’est avant tout l’appropriation du travail de quelqu’un par quelqu’un d’autre, et plus largement d’une classe sociale par une autre classe, sur la base d’une position dominante dans la société. Sous le capitalisme, cela va donner lieu à la contradiction fondamentale qui oppose la bourgeoisie capitaliste et le prolétariat, d’abord sous la forme de luttes pour les salaires et la durée de la journée de travail et par la suite, sous la forme de la révolution.

Toutefois, avant que les capitalistes puissent utiliser la force de travail, il faut que des conditions préalables soient remplies, à savoir: 1) que les capitalistes aient concentré entre leurs mains les moyens de production et les richesses; et 2) que les travailleurs et travailleuses ne possèdent pas de moyens de production et soient par conséquent placéEs dans l’obligation de vendre leur force de travail. De fait, au Canada, les moyens de production et les richesses sont aux mains d’une minorité, la bourgeoisie capitaliste, tandis que la majorité (le prolétariat) est quant à elle privée de toute propriété et doit par conséquent se vendre aux capitalistes.

La force de travail sous le capitalisme est une marchandise comme les autres (c’est pourquoi on parle du marché du travail), dont la valeur est déterminée par le coût des marchandises nécessaires à sa reproduction (alimentation, logement, éducation, etc.). Cette marchandise, les patrons l’achètent en échange d’un salaire (on parlera alors de salariat) versé au prolétaire et qui ne représente qu’une petite partie de la valeur créée par le travail de ce dernier. En effet, dans la journée de travail de l’ouvrier, une partie de la force de travail qu’il déploie reproduit la valeur équivalente à son salaire (son prix sur le marché). L’autre partie est appropriée par les capitalistes sous forme de plus-value (du profit). On comprendra alors que les capitalistes vont plutôt chercher à maximiser la plus-value et non pas à créer des emplois.

Pour maximiser ces gains, le capitaliste doit donc pouvoir acheter la force de travail à une certaine valeur et l’utiliser pour produire une plus grande valeur. Toutefois, le capitaliste n’est pas seul. En effet, il est en concurrence avec tous les autres capitalistes. Pour espérer survivre, le capitaliste doit donc chercher à tout prix à demeurer compétitif dans ce qu’il fabrique, c’est-à-dire qu’il doit rentabiliser au maximum ses investissements. C’est cette course à la rentabilisation et au profit qui donne lieu à une guerre perpétuelle entre capitalistes par laquelle les moins performants sont inéluctablement éliminés du marché. On parlera alors de concentration de la production (dans des monopoles par exemple) et de contradictions inter-capitalistes.

L’exploitation capitaliste, tout comme la compétition entre capitalistes (souvent présentée comme un vecteur de progrès), mène à l’appauvrissement généralisé des travailleurs et travailleuses. En effet, le meilleur moyen pour les capitalistes de demeurer compétitifs, c’est d’abord d’abaisser la valeur des marchandises produites. La logique est simple: moins c’est dispendieux, plus on risque d’en vendre. Or, pour produire en plus grande quantité et à moindre coût, il faut augmenter la productivité du travail et pour ce faire, le capitaliste cherche à augmenter la production des travailleurs et travailleuses et à introduire de nouvelles machines plus performantes pour faire le travail à leur place.

Si le capitaliste opte pour la solution de rendre plus productive la force de travail, s’offre alors à lui deux moyens d’y parvenir: il peut augmenter les heures de travail ou bien il peut augmenter l’intensité du travail. Dans le premier cas, il s’agit d’allonger la journée de travail sans nécessairement changer le taux horaire. Par exemple, de nombreux contrats de travail font en sorte que la semaine légale de travail est suffisamment longue pour que personne n’ait droit au temps supplémentaire. Dans le second cas, il s’agit de modifier les processus de travail pour que la productivité de chaque travailleur et de chaque travailleuse augmente. Dans bien des endroits, les capitalistes ont diminué les salaires (en menaçant de déplacer la production dans un autre pays) et augmenté la cadence exigée des travailleurs et travailleuses (tout en coupant le nombre d’emplois).

La recherche d’économies sur le dos des travailleurs et des travailleuses constitue le ressort principal de l’enrichissement des capitalistes; par conséquent, la recherche du profit maximal conduit ces derniers à minimiser les dépenses pour les salaires relativement à la production des richesses et à miser de plus en plus sur la machinerie. Or, comme nous venons de le voir, le profit est réalisé par l’exploitation de la force de travail. Ainsi, puisque les capitalistes utilisent de plus en plus de machines, et que celles-ci par elles-mêmes ne produisent pas de richesses, ils doivent diminuer les salaires ou allonger le temps de travail pour un même salaire, ce qui mène à l’appauvrissement des travailleurs et des travailleuses.

La recherche d’une plus-value toujours plus importante (notamment grâce à des salaires bas) et la concurrence entre capitalistes provoquent donc une paupérisation des ouvriers et un blocage dans le développement du système capitaliste, c’est-à-dire une crise généralisée de la structure même du capitalisme. De plus en plus de gens sont amenés à travailler pour des salaires qui ne permettent même pas de maintenir des conditions minimales de vie (on parlera des «working poors» pour parler de ceux et celles qui travaillent mais qui restent pauvres).

Pour les communistes, le blocage du capitalisme doit entraîner sa destruction suite à une révolution prolétarienne lors de laquelle les travailleurs et travailleuses aboliront la propriété privées des moyens de production, source de leur exploitation, lui substitueront la propriété et la prise en charge collectives de la production dans le sens de leurs intérêts et non de ceux des capitalistes et aboliront par la suite le salariat. Ce faisant, les prolétaires se seront libéréEs des chaînes de leur exploitation.

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