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LE RAPPORT POLITIQUE DU PLUS RÉCENT CONGRÈS DU PCR:

Pour dissiper le brouillard entretenu par les opportunistes

Afin de permettre aux militantes, militants et organisations intéressées de mieux saisir la nature des divergences qui se sont traduites au cours des derniers mois par une rupture au sein du PCR, le Bureau d’information politique a décidé de rendre public le rapport politique ayant été présenté l’automne dernier au plus récent congrès du parti. La publication de ce rapport suit la publication d’un document du District du Québec du PCR (disponible ici), qui offre une présentation plus globale de cette lutte de lignes, qui n’a pas manqué d’attirer l’attention des ennemis de la révolution et de susciter l’inquiétude parmi les partisanes et partisans de la cause du communisme.

Rédigé par deux membres québécois du comité central sortant (qui ont depuis été visés par «l’expulsion des cellules de Montréal et de Valleyfield du parti» annoncée pompeusement par la clique d’opportunistes de droite qui prétendent s’en être arrogé la direction), le rapport a donné lieu à l’adoption d’une série de propositions, dont on retrouvera l’essentiel dans les phrases ou paragraphes apparaissant en caractères gras.

Bien que les délibérations entourant la tenue des congrès du PCR ne soient pas a priori destinées à être rendues publiques, la décision de la clique d’opportunistes de dévoiler une série d’événements de nature interne sur son site WordPress oblige en quelque sorte les défenseurs du programme du parti et de sa continuité historique à faire un certain nombre de mises au point pour rétablir la vérité et permettre à ses supporters de s’emparer du débat. À cet égard, les péripéties entourant l’adoption et la présentation de ce rapport en disent long sur l’objectif qui était poursuivi par cette clique dans le cadre de la préparation du congrès du parti, savoir: mobiliser et constituer le groupe le plus large possible en opposition à la «direction historique» du parti (réduite par les opportunistes à la cellule de Montréal) et aux conceptions stratégiques autour desquelles le PCR s’est fondé.

Comme mentionné plus haut, le rapport politique a été initialement rédigé par deux membres québécois de la direction du parti, sous mandat du comité central. Le projet de rapport a été acheminé comme prévu aux membres du CC trois mois et demi avant la tenue du congrès, incluant un premier jet en langue anglaise pour faciliter la discussion. La réunion du CC qui devait alors avoir lieu a toutefois été reportée d’un mois. Quand il a été enfin possible de la tenir, il est apparu que les autres membres du CC avaient carrément négligé d’en prendre connaissance, à une exception près. De toute évidence, ces personnes avaient d’autres préoccupations plus importantes à leurs yeux, vraisemblablement en lien avec la cabale qu’elles étaient en train de mener, parmi leurs réseaux de supporters, pour que le congrès marque une rupture avec la direction historique et le groupe qui incarnait et incarne toujours les bases fondamentales du parti.

Lors de cette réunion, le seul autre membre du CC qui avait daigné prendre connaissance du rapport (mais qui l’avait gardé pour lui) a exprimé certaines réserves par rapport aux orientations proposées, particulièrement celles qui réaffirmaient ou s’appuyaient sur les décisions prises par les congrès précédents ou contenues dans le plan général du parti. Mais puisque la tenue de cette rencontre coïncidait avec la publication du premier numéro d’un bulletin de discussion pré-congrès destiné à tout le membership du parti, le CC a convenu d’y inclure la première partie du rapport (jusqu’au paragraphe 48 inclusivement), même si certains le jugeaient «insatisfaisant».

En principe, la deuxième partie devait être rediscutée au CC un mois plus tard; or, il s’avère qu’aucune autre réunion du CC n’a pu avoir lieu avant la tenue du congrès, faute de disponibilité des membres de la clique opportuniste, qui ont préféré préparer «leur» congrès secrètement, pendant que les camarades du Québec et de la cellule de Montréal multipliaient les contributions écrites aux débats censés avoir lieu, que ce soit sur l’évaluation de l’activité du parti, de celle de ce que nous appelons nos «petits mouvements» (MRO, MER, FFPR…), ou sur la compréhension de ce que l’on entend par féminisme prolétarien.

À ce moment-là – on est alors un mois et demi avant la tenue du congrès – les membres de la clique ont avisé qu’ils acceptaient que la deuxième partie du rapport soit incluse dans le deuxième numéro du bulletin de discussion pré-congrès, qui devait être distribué rapidement à l’ensemble du membership. Ce numéro a bel et bien été publié et incluait en outre plusieurs contributions provenant de la cellule de Montréal ou de certains de ses membres; des efforts considérables ont notamment été faits pour s’assurer qu’au moins une partie de ces contributions soit traduite et rendue disponible en langue anglaise. Or, les «responsables» de la clique ont volontairement négligé de décentraliser ce deuxième numéro dans les cellules sous leur direction au Canada anglais. Ces opportunistes ont attendu quatre jours avant la tenue du congrès avant d’en commencer la distribution. Si bien que plusieurs secrétaires de cellules n’en ont pris connaissance que 48, voire 24 heures à l’avance… certains camarades ne se sont même vu remettre leur copie qu’une fois rendus sur place, sur le plancher du congrès! Le bulletin était en outre accompagné d’un texte de leur cru, intitulé Break With Old Ideas, qui donnait le signal attendu par leurs supporters pour en découdre avec la cellule de Montréal et la direction historique du parti. (Mentionnons que ce dernier texte, de même qu’une toute nouvelle version entièrement modifiée du programme du parti – dont la clique souhaitait l’adoption immédiate lors du congrès! – n’ont été rendus disponibles qu’en langue anglaise, et moins de 24 heures avant l’ouverture du congrès dans le meilleur des cas. Que la clique des opportunistes s’indigne aujourd’hui qu’une majorité au congrès, incluant ceux qu’elle qualifie de «clique des vieilles idées», ait souhaité poursuivre le débat avant de prendre une décision définitive sur les importantes questions programmatiques soulevées en dit long sur la nature de l’opération qu’elle a menée.)

Ironiquement, cette volonté délibérée de contrôler le débat et de tenir le membership sous sa direction dans l’ignorance des positions défendues par la «direction historique et la cellule de Montréal» tranche avec la démarche explicitement proposée en ouverture du rapport politique: «C’est dans le but [d’évaluer correctement toute l’activité du parti depuis le dernier congrès] que le comité central soumet pour discussion le présent rapport politique. Chaque camarade a la responsabilité d’en faire la lecture, de s’emparer de ces documents et de les discuter collectivement dans les lieux prévus à cet effet. Il est de l’avis du CC que ces documents ainsi que les résultats de l’ensemble des discussions préparatoires au congrès (des cellules jusqu’au CC) vont permettre d’identifier correctement les principales forces de notre organisation, forces sur lesquelles nous devrons nous appuyer pour notre futur travail, mais aussi de nos principales faiblesses que nous devrons sérieusement chercher à surmonter.» Encore eut-il fallu que ces documents soient décentralisés…

Bien qu’il ne s’agisse certainement pas d’un document sans failles, le rapport politique présenté au plus récent congrès du PCR restait solidement ancré sur les conceptions stratégiques et le plan général du parti. Tout en évoquant très franchement les difficultés rencontrées et les insuffisances de sa pratique et son activité – notamment la faiblesse générale de sa propagande politique – le rapport proposait un certain nombre de mesures susceptibles de faire avancer le parti vers l’atteinte de ses objectifs et la réalisation de son plan.

Les propositions incluses dans le rapport ont été adoptées par la majorité des congressistes, en dépit des réserves, et parfois même de l’opposition exprimées par les membres les plus en vue de la clique opportuniste. Les membres de la direction sortante qui font partie de cette clique ne sont d’ailleurs aucunement intervenus pour le défendre; au contraire, ce sont eux qui ont exprimé les plus fortes réserves face aux orientations proposées.

Leur opposition a surtout porté sur la proposition engageant le parti à «développer une vaste campagne nationale sous le thème “Luttons pour le socialisme et nos revendications”», devant culminer à l’occasion du 100e anniversaire de la grève générale de Winnipeg au printemps 2019. Cette proposition était liée à une autre proposition adoptée au congrès précédent et que le récent congrès a réaffirmée, pour que le PCR déploie «un effort de propagande intense tout au long de l’année 2017 sur les questions soulevées à l’occasion du 100e anniversaire de la révolution d’Octobre».

La discussion sur ces propositions a permis de faire ressortir certaines conceptions parfaitement indignes d’un parti d’avant-garde marxiste-léniniste-maoïste voué à la révolution: «Les masses ne sont pas prêtes à entendre parler du socialisme; la ligne de masse exige qu’on les rejoigne principalement sur la base de la lutte pour les réformes et leurs intérêts immédiats.» Ou encore: «Commémorer le centenaire de la grève générale de Winnipeg en 1919 par une action révolutionnaire de masse, ça ne leur dira rien.» Et même: «Lancer des campagnes centrales pour commémorer tel ou tel événement, c’est du “dirigisme”; il faut laisser chaque cellule décider de façon autonome de ce qui rejoindra les masses dans leur milieu respectif.» La clique opportuniste de droite s’est appuyée sur ce type d’arguments, mais elle n’a pas réussi à empêcher l’adoption de l’essentiel des propositions contenues dans le rapport ou en découlant.

Parmi les idées les plus fortes contenues dans le rapport politique, il y en a une en particulier qui heurte les conceptions des opportunistes. On la retrouve au paragraphe 41:

«Notre plan vise à développer les capacités du parti à diriger les masses à travers la GPP. Ce que nous visons, la GPP, est donc tributaire du fait de disposer d’un parti qui soit adéquat à cette fin. Nous avons introduit l’idée de parti complet pour représenter le processus guidant la construction du type de parti que nous cherchons à bâtir. Complet ici sous-entend un parti qui dispose de tous les éléments nécessaires. Mais quels sont les éléments nécessaires pour un parti révolutionnaire? Ce sont avant tout des capacités idéologiques, théoriques, propagandistes et pratiques. La question est donc de savoir comment le parti peut acquérir ces capacités? Et la réponse ne peut être que par l’expérience. L’expérience, c’est la mise à l’épreuve (la pratique) et l’étude de cette mise à l’épreuve. Dit autrement, tout ce que nous accumulons – organisations, capacités à diriger les masses, capacités de propagande – doit continuellement être mis à l’épreuve et validé dans la lutte des classes.»

Cette façon de voir les choses et de concevoir le parti diffère manifestement de celle que l’on retrouve dans l’éditorial du numéro 9 de la revue Arsenal, signé par le CC et paru en février dernier, qui, s’il parle bien de la nécessité d’une «propagande complète», est loin de défendre cette même conception.

La deuxième partie du rapport politique (aux paragraphes 49 et suivants) est consacrée à la présentation d’une analyse sommaire de la conjoncture nationale et internationale. Mentionnons d’emblée que les opportunistes, qui ont les yeux tournés vers telle ou telle situation très spécifique dans un milieu donné, semblaient n’y voir que peu d’utilité, au point où comme on l’a vu, ils en ont retardé la diffusion aux membres du parti.

L’analyse et les éléments de conjoncture présentés dans la dernière partie du rapport permettent de situer l’activité du parti au cœur même de la lutte de classes et des grandes contradictions qui caractérisent le monde actuel et la société canadienne en particulier. Ils permettent d’ancrer la stratégie révolutionnaire mise de l’avant par le PCR dans une pratique vivante, qui participe à l’accumulation des forces nécessaire à sa réalisation. On y découvre les nombreuses opportunités à saisir, y compris les possibilités de rupture avec l’État bourgeois sur le terrain de la lutte de classes, ce qui permet d’envisager le travail de masse et la construction du parti autrement que comme un long et pénible processus «d’accompagnement des masses», linéaire, à la manière des curés «de gauche» qui les infantilisent sous prétexte d’éviter tout «dirigisme».

Cela dit, le rapport politique présenté au congrès était loin d’être complet et contenait quelques faiblesses reflétant la lutte de lignes (ouverte ou larvée) au sein du parti et de sa direction. On y dénote ainsi une confusion certaine sur la question des «petits mouvements», qui était déjà apparue comme étant au cœur des débats qui se sont cristallisés en deux lignes opposées. Le rapport constatait avec raison que le développement de ces petits mouvements n’avait pas suivi le modèle décidé initialement et qu’ils avaient été structurés de façon bureaucratique, en contravention avec les décisions antérieures. Il laissait néanmoins en plan le débat sur ce que le parti conçoit comme le rôle de ces mouvements, censés être des dispositifs pour déployer plus efficacement la propagande et l’activité du parti parmi les larges masses, laissant ainsi persister la confusion autour des notions «d’organisations de masse» et «d’organisations intermédiaires» promues par un membre de la clique opportuniste. Plusieurs textes soumis dans le cadre du débat pré-congrès par des camarades de la région de Montréal ont par la suite heureusement contribué à dissiper le brouillard entretenu par les opportunistes sur ces questions.

En fin de compte, comme on l’a mentionné, la plupart des propositions découlant du rapport ont été adoptées majoritairement par les congressistes, ce qui est tout de même à souligner quand on lit dans certains communiqués que la soi-disant «clique des vieilles idées» représente moins de «15% de l’effectif du parti»!

Au lendemain du congrès, et conformément aux statuts du parti, le bureau d’organisation du Québec a réuni la conférence de district du parti pour s’emparer des décisions prises au congrès, adopter un plan d’action et mettre en place la structure pour en assurer la réalisation à l’échelle de la province. (Tout porte à croire qu’il n’y a pas eu de conférence équivalente dans les autres provinces, là où le nombre de cellules le justifierait pourtant, comme en Ontario.) Le fait que cette conférence et le plan d’action que les membres québécois du parti ont adopté (dans la droite ligne des décisions de tous les congrès du PCR, incluant le plus récent) aient été répudiés et désavoués par la clique opportuniste est bien la preuve que les «vieilles idées» avec lesquelles elle se targue d’avoir «rompu» ne sont en fait rien d’autre que les idées et conceptions stratégiques audacieuses qui ont défini et définissent encore le PCR comme un parti révolutionnaire maoïste, et non comme une nouvelle mouture des vieux partis révisionnistes auxquels on aurait ajouté un vernis «maoïste».

Quant à savoir quel point de vue, quelle ligne et quelle(s) pratique(s) permettront vraiment d’avancer sur la voie de la révolution, il appartient et appartiendra aux masses révolutionnaires d’en juger. Souhaitons que la publication de ce rapport politique, en plus d’autres textes et contributions, favorisera le débat et son appropriation par le plus grand nombre.

* * *

1. Le présent congrès est l’occasion de faire l’évaluation en profondeur des activités liées aux objectifs de l’organisation. Rappelons-nous que lors du dernier congrès, nous avons fixé des objectifs bien précis à atteindre, tant en ce qui a trait à notre préparation politique générale qu’à la nécessité de renouveler une partie de notre direction politique et d’assurer le rayonnement de notre propagande. Comme on le constatera à la lecture du rapport organisationnel, bien que le parti ait continué à progresser dans son ensemble, il n’en demeure pas moins que nous sommes loin d’avoir atteint tous les résultats attendus.

2. Mais avant d’entrer plus sérieusement en la matière, le comité central tient à saluer le travail accompli par les militants et militantes du parti. Ce travail multiforme de mobilisation et d’organisation de nouvelles forces et les efforts qui ont été consacrés pour faire exister parmi les masses le maoïsme et la ligne du parti à travers des initiatives, des organisations et des mouvements de type nouveau sont à saluer; ces mouvements authentiquement révolutionnaires seront, grâce à un travail opiniâtre et de tous les instants, en mesure d’unifier la colère des masses.

3. Notre progrès, même limité, est un fait politiquement important. En effet, on ne peut en douter, en luttant contre la bourgeoisie et en développant des initiatives vers les larges masses les plus exploitées et vers le prolétariat en particulier, nous ancrons du même coup durablement la perspective révolutionnaire dans les masses prolétariennes et nous développons la future base matérielle de la révolution socialiste au Canada.

4. Bien qu’on puisse se réjouir de notre progression, il faut toutefois constater que nous maîtrisons encore mal notre propre développement. De fait, pour le présent CC, les conditions objectives sont présentes pour permettre une progression réelle et significative de notre organisation. Ce sera donc une des tâches du congrès, probablement la plus importante, que celle d’évaluer correctement toute l’activité du parti depuis le dernier congrès.

5. C’est dans le but de faire cette évaluation que le comité central soumet pour discussion le présent rapport politique. Chaque camarade a la responsabilité d’en faire la lecture, de s’emparer de ces documents et de les discuter collectivement dans les lieux prévus à cet effet. Il est de l’avis du CC que ces documents ainsi que les résultats de l’ensemble des discussions préparatoires au congrès (des cellules jusqu’au CC) vont permettre d’identifier correctement les principales forces de notre organisation, forces sur lesquelles nous devrons nous appuyer pour notre futur travail, mais aussi de nos principales faiblesses que nous devrons sérieusement chercher à surmonter.

6. Comme vous le constaterez, le présent rapport s’inscrit dans l’orientation fixée dans notre plan général. Pour le CC, ce plan demeure la proposition la plus achevée ayant été adoptée par notre organisation et encapsulant la conception la plus avancée de la stratégie de la GPP appliquée à un pays impérialiste moderne. Aussi, le CC considère que par bien des aspects, ce plan recèle des possibilités qui n’ont pas encore été exploitées. Aussi faut-il comprendre que pour le présent CC, la lutte visant à le parachever demeure la principale question à l’ordre du jour pour la période à venir.

7. À cet égard, il faut prendre soin, avant d’amorcer l’étude des résultats enregistrés depuis notre dernier congrès, de se prémunir contre deux exagérations possibles: la première consisterait à croire que nos objectifs sont trop ambitieux et que par conséquent, il faille ralentir notre progression; la seconde exagération, quant à elle, se résumerait à ne pas évaluer à leur juste importance les difficultés rencontrées, en particulier la faiblesse générale de notre propagande politique, faiblesse qui favorise un certain subjectivisme dans nos rangs.

8. Revenant sur notre histoire, il est facile de constater qu’à plusieurs égards notre organisation reste marquée par bien des faiblesses, en particulier dans notre façon d’aborder les problèmes qui demeure teintée par le travail artisanal. Or, avec l’adoption du plan et par la suite, des propositions qui en découlent, nous avons identifié collectivement ces faiblesses et jeté les bases de la transformation. De fait, l’adoption du plan a été la première étape pour amorcer un sérieux coup de barre, clarifier nos priorités et commencer à corriger nos défauts. Mais surtout, ce plan nous a donné une compréhension générale du processus de construction du parti et du développement de la GPP dans le contexte d’un pays impérialiste. Par la suite, les propositions sont venues clarifier cette compréhension générale en développant une ligne de conduite pour la mettre en pratique.

9. Dès lors, nous avions en main une conception générale et des moyens pour la mettre en application à l’échelle du Canada. En soi, cela représente une victoire inestimable pour l’avenir de la révolution socialiste au Canada. En contrepartie, comme le dernier congrès l’a démontré, nous avions mal cerné certaines des tâches qui découlaient de notre plan. En effet, on peut concevoir un plan comme un système d’organisation et d’unification du travail, sous la forme de propositions cohérentes les unes avec les autres. Toutefois, cela n’est qu’un aspect du plan; certes, cela est un aspect important, mais en demeurer là, c’est oublier qu’un plan en lui-même exige qu’une force dirigeante soit en mesure de l’actualiser, de poser les jalons assurant sa réalisation, de trouver les solutions entravant les progressions possibles.

10. Pour activer cette force dirigeante, le comité préparatoire du dernier congrès avait identifié trois grands problèmes (problème du groupe dirigeant, problème de la construction verticale du parti et problème de la propagande) et proposé pour chacun d’eux un correctif approprié.

À propos du comité central

11. Le problème du groupe dirigeant soulève la nécessité fondamentale pour la révolution au Canada de disposer d’une direction politique et organisationnelle qui soit constamment à la hauteur des tâches politiques du moment, c’est-à-dire une direction politique capable de mettre en œuvre de façon créatrice et efficace l’application des décisions et de se renforcer à travers les expériences accumulées. Selon l’analyse que faisait le comité préparatoire du dernier congrès, analyse que reprend le CC, non seulement une direction efficace transforme les objectifs en réalité, mais encore elle contribue de façon décisive à parfaire, développer et concrétiser les capacités du parti. Inversement, une direction inadéquate retarde la réalisation des objectifs, limite la progression du parti et laisse perdurer un certain nombre de problèmes qui entravent son déploiement.

12. Le dernier congrès a retenu l’analyse du comité préparatoire et convenu que le parti ne pouvait prolonger encore longtemps sans le modifier le fonctionnement de la direction centrale. L’élément central étant de former un premier vrai «groupe dirigeant» du parti, c’est-à-dire un nouveau groupe élu, réunissant les meilleures forces que peut compter le parti, c’est-à-dire un groupe dirigeant uni autour du MLM, du programme du parti, et pleinement engagé comme direction à mettre en œuvre et actualiser notre plan.

[NDLR – Nous omettons ici quelques paragraphes de nature plus interne portant sur les décisions qui ont alors été prises pour former une nouvelle direction et sur les difficultés que celle-ci a rencontrées pour réaliser les mandats qui lui avaient été confiés, dans un contexte marqué par le départ d’ex-camarades.]

18. Qu’une organisation perde des membres, c’est une chose relativement normale. En effet, les caractéristiques du capitalisme dans un pays impérialiste où l’oppression est plus diffuse et les libertés plus nombreuses que dans un pays dominé par exemple forment des contre-tendances lourdes qui peuvent venir éroder l’esprit révolutionnaire. Or, une direction politique forte doit être en mesure de neutraliser ces contre-tendances.

19. Cela dit, le fait que l’on ne puisse clairement expliquer pourquoi certains et certaines camarades membres du parti, et de sa direction en particulier, aient quitté leur fonction et se soient auto-relevés de leurs tâches illustre quelque chose de plus important qui pointe vers certaines de nos faiblesses.

20. Parmi ces faiblesses, il y a la portée limitée de notre rayonnement, problème qui est accentué par l’absence d’une propagande révolutionnaire massive et vivante embrassant toutes les questions politiques, économiques, sociales et culturelles importantes.

21. Sans ce rayonnement et sans cette propagande, nos militants et militantes se retrouvent mal équipés pour affronter les problèmes d’orientation et de direction politiques. En effet, chacun hésite avant de se lancer dans la lutte par crainte de commettre une erreur. Cette difficulté à s’orienter soulève le danger de développer un travail communiste, certes autonome, mais ne dépassant pas le niveau d’une présence-reflet dans le mouvement des masses, c’est-à-dire d’être des porte-voix du mouvement et d’y répéter des lieux communs, sans y introduire réellement les idées et les pratiques d’avant-garde.

22. Par ailleurs, il ne faut pas négliger ni surévaluer la répression de l’État. Cette répression peut avoir des effets dissuasifs chez certains camarades, surtout ceux et celles qui aspirent à s’accomplir à même le capitalisme. Les attaques répétées contre le parti par l’appareil répressif de la bourgeoisie ainsi que l’adoption de différentes législations répressives (sous le couvert de la lutte au terrorisme) ont certainement joué un rôle dans certains des départs dans notre organisation. Le prochain CC devra produire un plan d’action permettant à l’organisation de faire face à cette répression et de préparer les membres et les sympathisantes et sympathisants face aux attaques de la bourgeoisie.

23. Que certains quittent, cela est malheureux. On peut toutefois espérer compenser à court terme ces pertes et ultimement penser pouvoir récupérer ces camarades dans le futur. Il y a toutefois d’autres camarades envers lesquels nous devrons nous montrer inflexibles. En effet, certaines et certains ont non seulement cavalièrement démissionné du parti, mais elles et ils affichent maintenant publiquement une ligne antiparti. Que des camarades puissent passer du jour au lendemain du MLM à une position post-maoïste s’éloignant des perspectives révolutionnaires réelles illustre bien la faiblesse de notre propagande interne (formation politique). C’est cette faiblesse qui fait en sorte que les questions politiques les plus importantes sont peu ou mal discutées. Sans prise en charge politique de nos efforts de propagande, nous nous empêchons de valider régulièrement notre unité politique. Or, comme Mao nous l’a enseigné, l’unité est relative et la lutte absolue; il en vaut ainsi pour les idées, le programme, mais aussi quand il est question de ligne politique et de perspectives politiques pratiques.

24. Afin de rehausser le niveau politique dans le parti, le nouveau CC devra se pencher sur cette question. Notamment, en assurant une publication stable d’un bulletin de débat et d’analyse politiques qui s’intéressera à l’analyse de la conjoncture, aux développements de notre ligne politique, et qui étudiera certaines de nos initiatives afin d’améliorer nos capacités de développement. La fréquence de cette publication pourrait être de quatre fois par année.

25. Plus généralement, bien que le présent CC s’accorde pour dire qu’un CC relativement petit demeure l’option la meilleure pour la période actuelle, il faudra que le prochain CC soit «politisé», qu’il devienne politique et qu’il réfléchisse politiquement. Pour ce faire, il devra produire des analyses de la conjoncture (nationale et internationale) régulières qui seront des contributions à l’orientation générale du travail du parti.

À propos de la construction verticale

26. Le CC issu du dernier congrès a travaillé à former un groupe d’organisateurs et organisatrices capables de prendre en charge le travail de développement organisationnel, c’est-à-dire d’assurer notre propre travail d’organisation et d’initier et maintenir des activités organisées de propagande et d’éducation politique (c.-à-d. des antennes, noyaux, cercles, comités, cellules).

27. De fait, une des choses qui a bien fonctionné au lendemain du dernier congrès, ce sont les bureaux d’organisation régionaux. Aussi, le CC a pu disposer de rapports réguliers sur les mouvements et les instances locales, en particulier de l’Ontario. Cette vue d’ensemble sur toutes nos activités est une chose précieuse qu’il faudra impérativement consolider et conserver.

28. […]

29. Pour continuer ce travail de construction verticale, le prochain CC devra voir à adopter un plan de communication permettant d’assurer une fréquence régulière et sécuritaire des échanges d’informations pertinentes. Dans un pays comme le Canada, c’est-à-dire géographiquement étendu, l’autonomie des BO dans le travail d’organisation et la centralisation des informations sont des éléments primordiaux au développement et au perfectionnement des capacités du parti. Les résultats positifs doivent être centralisés, discutés et décentralisés; les résultats négatifs, corrigés.

À propos de la propagande

30. Initialement, notre plan soulignait que la propagande politique générale devait constituer «le bloc le plus fort de notre activité». Force est de constater qu’au niveau de la propagande, nous sommes loin d’avoir progressé dans la réunion des moyens permettant la mise en place d’un appareil hégémonique capable de rejoindre largement les masses.

31. Pour développer notre propagande conformément aux grandes orientations de notre plan, le dernier congrès a décidé de former l’équivalent d’une véritable «équipe centrale de propagande» pleinement dédiée à la production de la propagande centrale du parti sous toutes ses formes. Or, notre propagande est demeurée faible et ténue et par le fait même, la présence publique du parti elle aussi s’en est trouvée affaiblie.

32. Considérant que le dernier congrès avait tout à fait raison de mettre l’accent sur une reprise en main de la propagande, reprise en main qui devait même être la principale priorité d’une année de travail, nous sommes obligés de considérer que nous avons «échappé le ballon» et qu’il nous faut donc reprendre l’initiative ainsi perdue. Nous devons développer une propagande en mesure d’actualiser sur une base quotidienne les propositions, analyses, mots d’ordre du parti.

33. Notre propagande doit devenir hégémonique et interpeller largement les masses. Ici, nous reprenons sous une forme synthétique certaines des conclusions auxquelles nous sommes parvenus lors des précédents congrès, à savoir que: «Pour toute la période à venir, le mot d’ordre de battre les idées bourgeoises conserve toute sa validité. En effet, il ne faut pas oublier que le parti doit donc lutter contre d’autres forces et tendances qui cherchent elles aussi à agir et être reconnues comme autant de directions politiques des masses. En ce sens, notre organisation doit non seulement se lier aux masses, mais elle doit se démarquer politiquement et pratiquement comme une direction politique révolutionnaire face à un ensemble de partis politiques et/ou organisations qui se comportent objectivement comme des partis, et qui déploient leurs mots d’ordre, leurs analyses, leurs dispositifs stratégiques et tactiques vers leurs bases politiques correspondantes. Dans l’état actuel de la démocratie bourgeoise, les directions politiques de la bourgeoisie ont un quasi-monopole au niveau des bases politiques, ce qui leur accorde une grande capacité d’influence.»

34. Le congrès devra s’assurer que le prochain comité central disposera des moyens pour mettre en œuvre rapidement les moyens du redéploiement de la propagande du parti conformément à l’orientation décidée au dernier congrès.

À propos des «petits mouvements»

35. Notre conception de ce que nous appelons nos «petits mouvements» (MRO, MER, FFPR…) a été développée lors d’un précédent congrès. Le développement de ces mouvements ne s’est pas fait sans problème. Notamment, il semble que nous soyons encore confus sur la façon de les construire. En effet, le congrès avait clairement mis l’accent sur l’accumulation d’expériences devant ultimement, à travers des sauts qualitatifs, déboucher sur une unité organisationnelle plus grande, c’est-à-dire qu’il était assumé qu’au départ, ces mouvements (groupes, activités, initiatives, etc.) allaient nécessairement être hétérogènes, tant au niveau politique qu’organisationnel. Plus encore, le degré de proximité d’avec le parti allait être sensiblement différent selon le type d’activité.

36. Le danger avec une telle approche était d’être «partout différents, mais nulle part les mêmes». Pour pallier ce danger, le parti a adopté deux orientations: 1) donner aux organisatrices et organisateurs la tâche de développer ces petits mouvements pour en faire des organisations de masse fortes et indépendantes, développer ce faisant une perspective unifiée, une stratégie et des méthodes de travail permettant d’assurer la direction politique du parti sur ces organisations de masse, sans précipiter les choses; 2) pour rendre possible ce travail, avoir développé une propagande communiste capable d’interpeller largement les masses. Or, le travail de direction politique est largement tributaire du fait que les masses prennent connaissance du travail des membres du parti, de ses propositions et orientations. Comme le souligne Mao, pour favoriser le lien aux masses, il faut lancer un appel en leur direction, il faut les interpeller largement.

37. L’expérience accumulée jusqu’à aujourd’hui est révélatrice du problème que soulèvent nos difficultés à produire une propagande de qualité qui soit massivement diffusée. L’exemple le plus parlant est celui de l’arrivée massive des nouveaux et nouvelles camarades. Positivement, ces camarades viennent enrichir le parti d’expériences diverses. Négativement, ils et elles importent aussi certaines des idées et pratiques du mouvement spontané dans le parti. D’un côté, la ligne du parti est enrichie par l’incorporation de nouveaux militants et nouvelles militantes; de l’autre, elle se trouve à être diluée faute d’avoir été communiquée à ceux-ci et celles-ci.

38. La faiblesse, voire l’absence de notre propagande rend plus difficile et plus bureaucratique la structuration de nos mouvements. Faute du rayonnement du point de vue communiste, nous avons une certaine tendance à tout vouloir structurer par en haut à un rythme précipité. Or, ces mouvements doivent s’unifier sur la base des acquis de leurs pratiques.

Comment surmonter nos problèmes actuels

39. On peut appréhender nos difficultés en cherchant à isoler chacun des processus que nous avons amorcés (par exemple, la propagande d’un côté, les petits mouvements d’un autre, etc.): c’est ce qui est communément appelé l’analyse. Or, il existe une autre façon d’envisager les difficultés, du point de vue de la synthèse, de la liaison dialectique entre les choses. Ce point de vue «du haut» a l’avantage de mettre en lumière notre activité comme un tout, une «totalité» et nous permet d’identifier les actions à poser pour corriger nos limites.

40. Le principal écueil à éviter est celui du repli, c’est-à-dire que ce serait une grave erreur de perdre une année à essayer de corriger les choses en isolant et détachant chaque problème de notre plan général; ce serait en fait la plus mauvaise façon de faire, comme nous enseigne l’histoire du mouvement communiste. Historiquement, tous les grands partis se perfectionnent à même la lutte; cela fait partie du passage obligé entre ignorance et connaissance.

41. Tout au contraire, il faut prendre le chemin inverse. Notre plan vise à développer les capacités du parti à diriger les masses à travers la GPP. Ce que nous visons, la GPP, est donc tributaire du fait de disposer d’un parti qui soit adéquat à cette fin. Nous avons introduit l’idée de parti complet pour représenter le processus guidant la construction du type de parti que nous cherchons à bâtir. Complet ici sous-entend un parti qui dispose de tous les éléments nécessaires. Mais quels sont les éléments nécessaires pour un parti révolutionnaire? Ce sont avant tout des capacités idéologiques, théoriques, propagandistes et pratiques. La question est donc de savoir comment le parti peut acquérir ces capacités? Et la réponse ne peut être que par l’expérience. L’expérience, c’est la mise à l’épreuve (la pratique) et l’étude de cette mise à l’épreuve. Dit autrement, tout ce que nous accumulons – organisations, capacités à diriger les masses, capacités de propagande – doit continuellement être mis à l’épreuve et validé dans la lutte des classes.

42. De fait, les communistes sont des personnes d’action qui cherchent à transformer l’état des choses. C’est dans ce processus de transformation que l’expérience joue un rôle fondamental. La ligne politique nous donne des membres et des organisations. Ces membres et organisations luttent avec les masses. Ces luttes génèrent de l’expérience et c’est cette expérience qui est transmise. L’expérience est donc le point de départ et le point d’arrivée de l’unité dialectique de la théorie et de la pratique. Marx disait dans Les luttes de classes en France que le progrès révolutionnaire se produit lorsque les forces révolutionnaires font surgir un adversaire qu’elles apprennent à combattre et à défaire.

43. À qui se demanderait par où commencer pour acquérir cette expérience, il faut répondre par la prise en charge des formes objectives de la lutte des classes. Toute direction politique existe ou non selon qu’elle prend en charge ces formes objectives.

44. Selon le CC, nos difficultés actuelles sont liées au fait de ne pas avoir compris qu’il existe un lien dynamique entre ces formes objectives, c’est-à-dire que notre propagande n’est pas à la hauteur de nos initiatives et nos initiatives sont limitées du fait du manque de propagande. Cela fixe d’emblée les tâches de notre propagande: 1) faire en sorte que les masses reconnaissent durablement la direction du parti; 2) répercuter les orientations et les mots d’ordre nécessaires au renversement du capitalisme. Ce qui donne l’unité dans la prise en charge des formes objectives, c’est bien sûr la stratégie de la GPP. Notons que l’existence d’une telle propagande à l’échelle canadienne présuppose donc un parti qui développe à même les luttes sa capacité à diriger la juste colère des masses et que ses militants et militantes soient liés aux masses et en mesure d’initier (dans le sens de matérialiser) des actions de rupture avec le système capitaliste.

45. Il faut bien le saisir, la politique révolutionnaire est une science expérimentale. De fait, dans chaque pays, les résultats de la stratégie révolutionnaire vont varier, en particulier en raison de la composition de classe, du niveau de la lutte des classes, donc de la structure économique (types d’activités de production) et en raison des spécificités de la superstructure (politique, le droit et les lois, etc.) du pays. Ces différences nous mettent dans l’obligation d’adopter une approche expérimentale, à savoir de consacrer un effort particulier, systématique et approfondi à traduire le général (la stratégie, la tactique) en particulier, et dans le cadre de notre propre expérience, d’étudier avec soin et adopter une approche scientifique (matérialiste dialectique) des formes et des moyens par lesquels se développe la lutte de classe dans notre pays.

46. Les répercussions de la crise mondiale du capitalisme, de l’intensification des rivalités inter-impérialistes, la lutte au terrorisme, la lutte révolutionnaire, etc. déterminent les possibilités actuelles (cela dit pour la bourgeoisie tout autant que pour le prolétariat) ainsi que les relations et les contradictions qui existent entre elles. Il faut par conséquent développer des lignes d’action précises, les appliquer avec créativité, détermination et prévoyance. Par ailleurs, il faut chercher à extraire le maximum d’enseignements (en termes de politique, des principes, des lignes directrices, de connaissance, etc.) de ce que nos initiatives ont mis en évidence et utiliser les résultats produits comme base pour lancer et conduire de nouvelles initiatives supérieures. Il faut donc apprendre à lancer des initiatives, mener des combats, et relancer ces initiatives et combats.

47. Étant donné la situation actuelle, le CC croit que nous devrons amorcer une période de redémarrage pendant laquelle nous allons matérialiser et déployer un travail permettant de consolider notre prise en charge des deux formes objectives que sont la propagande dite classique et l’action révolutionnaire dans les masses. Pour ce faire, le parti va développer une vaste campagne nationale, sous le thème «Luttons pour le socialisme et nos revendications» qui culminera à l’occasion de l’échéance déjà prévue du printemps 2019 (centième anniversaire de la grève générale de Winnipeg). Il ne suffit pas de résister à la crise et au capitalisme (donc regarder derrière nous), nous devons d’abord être «pour» le socialisme (regarder devant). L’erreur que commettent de nombreuses forces est de se limiter à faire la liste des méfaits du capitalisme, ce qui à long terme génère la peur, le cynisme, l’habitude et la résignation. Les communistes doivent plutôt mettre de l’avant la lutte pour le socialisme, non pas comme un projet abstrait, mais en démontrant que les conditions sont réunies pour s’y rendre (projet matériel) et lutter pour créer les conditions par lesquelles les masses lutteront pour y parvenir (projet pratique).

48. L’idée de cette campagne est de faire une propagande intensive en faveur du socialisme au Canada. Par le fait même, nous ferons apparaître le parti et nous interpellerons largement les masses. En parlant de socialisme, nous donnons une orientation claire et révolutionnaire aux masses. En parlant de revendications, nous montrons que les revendications des masses peuvent s’inscrire pour la plupart comme une partie de cette lutte pour le socialisme. Ici nous appliquons pleinement la dialectique dedans – dehors. En effet, les communistes font partie du prolétariat; par le fait même ils et elles partagent une même réalité avec les masses prolétariennes, ils sont pour ainsi dire en dedans. Or, les communistes se distinguent aussi des prolétaires dans les différentes luttes, en ce sens qu’ils et elles se situent en dehors, dans la mesure où ils et elles mettent de l’avant les intérêts indépendants et communs à tout le prolétariat (national et international) et se distinguent du fait qu’à toutes les étapes de la lutte des classes, ils et elles représentent les intérêts du prolétariat dans sa totalité.

La crise historique du capitalisme

49. Au niveau mondial, le capitalisme traverse depuis plusieurs années une période d’instabilité chronique. Cette instabilité chronique prend la forme d’une crise de longue durée, ponctuée de périodes de tensions importantes et de courtes accalmies. Aussi, faut-il insister, c’est l’instabilité profonde du mode de production qui caractérise la période actuelle du capitalisme. À l’inverse, il est facile de constater que les embellies sont chose rare et surtout qu’elles sont temporaires.

50. Dans de nombreux pays impérialistes, on constate que la crise économique se transforme de plus en plus en des crises politiques (nombreux changements dans le personnel politique de la bourgeoisie) et culturelles (écroulement des valeurs bourgeoises). Or, les crises politiques accentuent l’instabilité du monde capitaliste en accélérant la désagrégation des régimes politiques internes mis en place par les différentes bourgeoisies nationales dans la période d’expansion du capitalisme (1945-1975). Par ailleurs, ces crises viennent aussi bousculer la stabilité des relations politiques internationales en accentuant les rivalités inter-impérialistes.

51. Dans la situation internationale actuelle, nous devons tenir compte de la grave crise politique et morale qui traverse tout le système capitaliste. Les crises sont inhérentes au système capitaliste, qui n’a aucun moyen de leur échapper ou de les éviter; elles confirment une vérité du marxisme savoir que les crises économiques qui accompagnent l’histoire du capitalisme existeront tant qu’existeront la propriété privée et l’exploitation capitaliste.

52. Le capitalisme est donc traversé par des manifestations évidentes et variées d’un malaise qui lui est fondamentalement fatal. Il ne s’agit pas, comme doivent l’espérer les économistes bourgeois, de l’une des nombreuses et récurrentes périodes de récession de courte ou moyenne durées qui jalonnent l’histoire du capitalisme. Plutôt, il s’agit d’un phénomène durable, qui se manifeste à l’échelle mondiale de façon plus ou moins accentuée selon les pays et les secteurs économiques.

53. La crise de longue durée qui traverse le capitalisme est une période de frénétiques restructurations, où le succès des uns est contrebalancé par la ruine des autres. Aussi faut-il considérer que la société bourgeoise ne se meut toujours qu’à travers des mouvements contradictoires de ses parties, tant dans les périodes de croissance que dans les périodes de régressions. Il importe donc de comprendre dans quel sens se développe le mouvement d’ensemble. Cela vaut au niveau d’un pays capitaliste particulier, mais cela vaut aussi pour le système capitaliste pris comme un tout.

54. La crise générale du capitalisme découle de la nature même du capitalisme; on ne peut l’éviter ou l’arrêter qu’en éliminant le capitalisme. Par conséquent, à défaut d’éliminer le capitalisme, la crise va continuer à suivre son cours, c’est-à-dire qu’elle continuera à produire des souffrances immenses parmi les masses prolétariennes et populaires et qu’elle en produira de bien pires.

55. Le capitalisme détruit constamment une grande quantité de forces productives, au premier chef desquelles il faut placer les milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui meurent chaque jour des ravages du capitalisme ou que la crise abandonne sur les trottoirs des grandes villes. Le capitalisme ne propose comme futur à l’humanité rien d’autre que la perspective sans fin de l’exploitation.

56. Or, l’impérialisme est voué à la défaite. En effet, bien que le capitalisme produise de plus en plus d’effets dévastateurs, la crise crée à nouveau les conditions pour que le prolétariat, dirigé par un parti dédié complètement à la révolution et à la lutte pour le socialisme, puisse prendre le pouvoir, instaurer le socialisme et amorcer la transition vers le communisme.

57. En effet, la crise du capitalisme ouvre une nouvelle phase de bouleversements sociaux, de guerres et de révolutions. Mais, en même temps, la crise met aussi les masses prolétariennes dans l’obligation de trouver de nouvelles solutions pour la défense de leurs intérêts. La crise secoue les formes actuelles de la domination bourgeoise sans que celle-ci en ait d’autres à proposer. Autrement dit, la crise de longue durée du capitalisme, c’est parallèlement l’apparition d’une situation révolutionnaire de longue durée.

58. Que le capitalisme court inévitablement à sa perte, nous devons en voir dès à présent la trace dans la situation politique actuelle, dans les bouleversements d’aujourd’hui, dans les luttes et les révolutions, dans les rapports de forces au sein du prolétariat, etc.

59. Quoique le pouvoir de la bourgeoisie traverse une période d’instabilité et de faiblesse, et quoique la crise limite ses capacités, il serait faux de croire qu’il puisse s’effondrer comme un château de cartes. En effet, le pouvoir politique de la bourgeoisie est l’expression superstructurelle de son rôle économique et par conséquent, tant que la société demeure une société capitaliste, seule la bourgeoisie capitaliste est apte à la diriger politiquement.

60. Le pouvoir économique de la bourgeoisie ne peut être remplacé que par un autre pouvoir et une autre direction, et ce n’est que dans le cadre de ce remplacement du pouvoir économique que peut se réaliser aussi la démolition du pouvoir politique de la bourgeoisie et son remplacement par le pouvoir prolétarien.

61. Évidemment, pour aborder correctement la présente période historique et en faire fructifier toutes les possibilités, il faut construire à même la lutte un parti qui soit à la hauteur des tâches exigées par la situation et capable de leur faire face.

La conjoncture internationale

62. La crise actuelle est la plus grave qu’ait connue le monde capitaliste depuis la Seconde Guerre mondiale. La crise provoque l’aiguisement des contradictions inter-impérialistes, des contradictions entre les peuples et nations opprimés d’une part, l’impérialisme de l’autre et surtout de la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie.

63. La bourgeoisie tente par tous les moyens à sa disposition de se décharger des conséquences de cette crise sur la classe ouvrière, les masses travailleuses et les peuples opprimés, ce qui contribue à aggraver l’une ou l’autre des contradictions les plus importantes sous le capitalisme.

64. En s’attaquant aux conditions de vie et de travail du prolétariat et des masses laborieuses, la bourgeoisie aggrave une des contradictions fondamentales de notre époque, la contradiction entre travail et capital. De fait, en tentant de faire à nouveau fonctionner le processus d’enrichissement continu des capitalistes, la bourgeoisie généralise la paupérisation du prolétariat, des masses travailleuses et des peuples opprimés. Bien sûr, cela comporte des effets dans les pays capitalistes avancés et dans les pays dominés par l’impérialisme. Au Canada, l’effet immédiat de la crise est que l’écart entre le prolétariat et les masses populaires d’une part, et la bourgeoisie d’autre part, tend à sensiblement se creuser.

65. À l’échelle de la planète, la crise du capitalisme aggrave la guerre d’extermination que mène la bourgeoisie impérialiste contre les masses populaires, ce qui se traduit par des millions de décès dus à la famine, la misère, l’exploitation, aux guerres, aux maladies, etc. Ce sont des millions de prolétaires et paysannes et paysans qui souffrent et meurent uniquement pour le maintien du système capitaliste et de la domination bourgeoise.

66. Les contradictions du système capitaliste se transposent de plus en plus dans le domaine militaire. La crise aiguise les conflits entre les groupes impérialistes et favorise l’utilisation de la guerre comme un outil pour réguler les relations entre pays impérialistes, pour ouvrir des marchés, pour réprimer la révolte des peuples opprimés et pour empêcher la renaissance du mouvement communiste. Aussi faut-il considérer que toutes les interventions de l’impérialisme, que ce soit sous le couvert de l’aide humanitaire, de la lutte contre les dictateurs, pour la liberté et la démocratie, etc. sont des guerres d’agression impérialistes, ce que démontre le fait qu’elles sont initiées et adoptées par les organisations internationales du capitalisme (l’ONU, l’OTAN, etc.). À l’échelle mondiale, la bourgeoisie applique systématiquement une stratégie de terrorisme d’État. Or, la terreur d’État nourrit le terrorisme religieux qui lui-même vient nourrir le populisme réactionnaire.

67. Les masses ne peuvent plus vivre comme avant et à leur manière, spontanément, elles résistent. Pour éviter que cela ne se transforme en mobilisation consciente et révolutionnaire, la bourgeoisie tente d’empêcher que les masses apprennent à assimiler et à comprendre les enseignements que l’expérience directe de la crise apporte, espérant ainsi éviter qu’émergent de nouvelles organisations échappant à son influence.

68. Pour la première fois dans l’histoire humaine, la crise générale du capitalisme est combinée à une crise environnementale. Le capitalisme de par sa nature doit sans cesse augmenter la production et la consommation. Il a donc pillé la terre et modifié l’environnement pour satisfaire la quête du profit du capitaliste individuel. La pollution, la dévastation de l’environnement ont atteint un niveau qui met en danger la survie de l’espèce humaine et de la planète. Le capitalisme n’offre aucune solution à cette crise. La seule solution viable implique la mise en place du socialisme: un nouveau système de relations sociales qui soit adapté aux besoins des masses, démocratique, respectueux de l’environnement, approprié pour les forces productives matérielles et intellectuelles existantes aujourd’hui.

69. Toutes les contradictions que recèle le capitalisme convergent et mettent en lumière que seul le socialisme comme premier pas pour une transition vers le communisme peut assurer la survie et le progrès de l’humanité. L’humanité a aujourd’hui toutes les ressources matérielles et toutes les connaissances nécessaires pour mettre fin à la crise économique, politique, morale, culturelle et environnementale et établir de nouvelles relations entre les humains et entre les humains et la nature, pour établir de nouveaux rapports sociaux et développer une production nouvelle.

70. Dans une situation internationale de crise grave dans tous les domaines, seule une direction politique révolutionnaire peut permettre l’émergence d’un mouvement révolutionnaire, prolétarien, populaire, anti-impérialiste. Nous disons que la seule attitude juste pour un parti communiste révolutionnaire est celle d’impulser la lutte des classes, moteur de l’histoire, ici et maintenant, car tout ce qui peut faire progresser la révolution dans un pays va dans le sens des intérêts de la révolution mondiale.

Le Canada: une puissance impérialiste

71. L’internationalisation du capital canadien a été la force économique derrière le nouveau rôle politique du Canada à l’échelle planétaire, ce qui s’est matérialisé par le rôle joué par celui-ci aux Nations Unies, dans les institutions financières internationales et dans le G7. La puissance accrue de l’État canadien démontre que le Canada se situe en «périphérie» des principales puissances impérialistes. C’est la faiblesse de sa capacité de projection militaire qui empêche le Canada d’entrer dans le peloton de tête du système mondial.

72. La croissance et l’expansion du capital canadien ont donné une impulsion à l’Accord de libre-échange entre les États-Unis et le Canada (ALÉNA), celui-ci étant la conséquence logique de l’internationalisation du capital canadien depuis les années 1960 et le reflet de sa montée en puissance.

73. L’internationalisation du capital a fait du Canada un centre de commandement et de contrôle important pour l’économie mondiale. En 2006, le Canada était la neuvième plus grande source de flux d’investissements directs à l’étranger et la onzième plus grande source d’IDE (investissements directs à l’étranger). En 2004-2005, le Canada a accueilli 1 439 sociétés multinationales, qui contrôlaient 3 725 filiales étrangères employant 1 029 000 travailleuses et travailleurs et ayant gagné 385 milliards de dollars en ventes totales de biens et services.

74. L’investissement direct canadien à l’étranger est distribué à travers tous les circuits de capital. En 2007, les activités financières représentaient 48% de cet investissement, suivies par l’énergie et les mines à 22%, la fabrication à 11%, les services et le commerce de détail à 13%, la machinerie et le matériel de transport à 4%, et les bois et le papier à 2%.

75. L’investissement direct canadien à l’étranger est distribué à travers divers pays et régions de l’économie mondiale. En 2007, les actifs canadiens étaient engagés pour 44% aux États-Unis, pour 26% en Europe, 18% dans les Caraïbes, 6% en Asie, 5% en Amérique centrale et du Sud et 1% en Afrique. Cette répartition géographique correspond aux tendances à l’échelle mondiale dans l’internationalisation du capital et démontre également que les entreprises canadiennes ne sont pas axées uniquement sur le marché américain, mais qu’elles développent une stratégie globale pour l’expansion et l’accumulation (par exemple avec les ententes de libre marché avec l’Europe et l’Asie).

76. L’expansion mondiale du capital est évidente dans la relation d’investissement entre le Canada et les pays périphériques. De fait, on retrouve des entreprises canadiennes importantes dans des pays tels que la Barbade, le Chili, la Guyane, le Costa Rica, Trinité-et-Tobago, l’Équateur, l’Uruguay, le Mexique, le Panama, le Honduras, la Bolivie et le Surinam, l’Argentine, le Venezuela et le Pérou.

77. La relation d’investissement entre le Canada et la périphérie se caractérise par les déséquilibres typiques du système capitaliste. Même si le Canada investit relativement peu dans la périphérie, il repose sur ces investissements pour les bénéfices qu’ils génèrent et les avantages concurrentiels qu’ils accordent vis-à-vis des États-Unis et l’Europe.

78. En 2005, la part prise par des intérêts étrangers dans les actifs et produits d’exploitation canadiens n’était que de 22% et 30% respectivement. Aussi, le niveau atteint par la propriété étrangère reste faible par rapport aux normes historiques et se compare positivement à la situation qui prévaut dans les pays du G7 (par exemple, ce taux est de 49,7% pour le secteur manufacturier allemand, et de 33% pour celui des États-Unis et de l’Union européenne).

79. Notons toutefois que les entreprises canadiennes contrôlent une forte majorité des actifs les plus stratégiques: l’exploitation minière (87%), le pétrole et le gaz (61%), les services publics (93%), la construction (95%), le commerce de gros (63%), le commerce de détail (79%), le transport et l’entreposage (74%), la finance et les assurances (85%).

La conjoncture nationale

80. La conjoncture désigne l’ensemble des éléments qui constituent une situation présente, passée ou future et qui entrent en conjonction, qui créent une situation par leur interaction. L’étude de la conjoncture met en valeur la dimension dialectique des choses. Notamment, la conjoncture ne traite pas exclusivement d’économie, mais son analyse doit aussi tenir compte des dimensions historiques, structurelles, sociales, politiques et culturelles, ainsi que des facteurs objectifs et subjectifs.

81. Si, en apparence les choses vont «bien» au Canada, c’est que l’économie politique bourgeoise a tendance à isoler les phénomènes. On isole la réalité canadienne de la réalité mondiale, on isole le travail du chômage, on isole le progrès du capital dans telle région, etc. Or, cela est oublier que chaque soubresaut de l’économie mondiale vient se répercuter sur chacune des économies particulières.

82. Bien que Canada demeure un puissant pays impérialiste, il n’en demeure pas moins que la crise a imposé à la bourgeoisie canadienne l’obligation de se restructurer. Pendant le règne des conservateurs, c’est le développement pétrolier, que l’on retrouve surtout dans l’ouest du pays, qui a été privilégié au détriment du développement du secteur manufacturier, principalement installé dans le centre et l’est du pays. Naturellement, cela a eu pour effet d’accentuer les tensions entre les différentes fractions de la bourgeoisie canadienne, notamment entre la fraction du capital liée à la production manufacturière (principalement installée au Québec et en Ontario) et celle liée à la production pétrolière.

83. Fortement intégrée au marché capitaliste mondial, la bourgeoisie canadienne a dû s’adapter au nouvel environnement mondial. Par la force des choses, cette bourgeoisie a été amenée à quitter la politique qu’elle menait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce qui de fait montre sa capacité d’adaptation et son caractère impérialiste, s’il était possible d’en douter.

84. Durant toute la période de l’après-guerre, marquée par un développement important du capitalisme et un cycle continu d’accumulation, la politique impérialiste du Canada était caractérisée, dans un contexte de guerre froide, par le rôle auto-attribué de médiateur qu’a joué la bourgeoisie canadienne en faveur des puissances impérialistes. Cela a été facilité du fait que le Canada, pays impérialiste secondaire, a pu se présenter sur l’échiquier mondial comme pays «ami» des peuples du tiers-monde.

85. Avec le renversement du cycle économique, marqué par le déclin du capitalisme qui s’amorce au milieu des années 1970, le Canada a peu à peu quitté son rôle de médiateur et sa politique de stabilisation des relations internationales et, à la suite de l’effondrement du bloc de l’Est, la bourgeoisie a amorcé la réorientation de sa politique en jouant un rôle accru au sein du système financier international, comptant pour cela sur la force de son système bancaire. Ce faisant, l’impérialisme canadien a été amené à occuper une place plus importante politiquement que son poids économique réel.

86. En 2016, l’économie canadienne occupait la onzième place mondiale; un recul d’une place par rapport à 2014. Caractéristique des pays impérialistes développés, la structure du capitalisme canadien est ainsi divisée entre l’agriculture (1,6% du PIB), les industries de production de biens (28,9%) et les services (50,5%). Donc, à l’instar des autres pays capitalistes avancés, le Canada possède un important secteur des services dominé par les activités financières et un secteur de production de biens dominé par les activités de transformation. Plus particulièrement, le pays repose encore sur une structure économique avancée, qui comporte des activités à haute valeur ajoutée et une forte densité de capital, notamment dans les mines, l’énergie, la construction et la transformation. D’ailleurs, ce sont les industries liées à la transformation et à la finance qui donnent les deux plus grands apports au PIB.

87. Avec une telle structure économique, il est normal que l’impérialisme canadien soit un grand exportateur de capitaux (finance) et de matières premières (extraction et transformation). En dépit de problèmes persistants, notamment une surcapacité de production chronique, une variation de la valeur du dollar canadien, etc., le Canada occupait tout de même le 9e rang des plus grands exportateurs de marchandises en 2007, et le 12e rang en volume d’exportation en 2012.

88. Notons que parmi les produits exportés, on retrouve notamment le pétrole (19% des exportations totales); l’industrie automobile (14,7%); les moyens de production (7,6%); l’industrie minière et les métaux précieux (4,7%); les équipements électroniques (3,2%); le plastique (3,1%); l’avionnerie (3%); les matériaux de construction (2,9%); l’aluminium (2%); et le papier (1,9%).

89. Stimulé pendant de nombreuses années par le prix élevé des ressources naturelles et les demandes du marché international, qui expliquent en partie la performance à l’échelle mondiale du Canada, le gouvernement Harper, mais aussi divers gouvernements provinciaux ont adopté des stratégies visant à accentuer l’exploitation des ressources naturelles comme vecteur de la croissance économique. Plus encore, pour rendre possible l’exploitation plus grande des ressources naturelles, les gouvernements ont adopté des modifications aux législations environnementales, qui dans la plupart des cas ont été dans le sens de baisser les exigences faites aux compagnies exploiteuses.

90. Sur le plan national, les évolutions qui ont encouragé le développement du secteur des ressources naturelles ont du même coup empêché le développement du secteur manufacturier, déjà fortement affaibli par la compétition mondiale, produisant par le fait même d’importantes disparités régionales. Ces disparités alimentent aussi les contradictions entre les diverses bourgeoisies régionales.

91. Puisque le Canada impérialiste s’est construit en dilapidant les territoires des peuples autochtones, en exploitant la force de travail locale et immigrante et en se développant à partir des principaux centres financiers, il est par conséquent normal de retrouver aujourd’hui les effets de ce développement, notamment: les contradictions entre le capitalisme monopoliste et le petit capitalisme; entre fractions de la bourgeoisie; entre l’État capitaliste et les Premières Nations, Métis et Inuits; entre le capital et le travail, etc.

92. C’est la stabilité de l’impérialisme canadien qui explique la prépondérance historique du Parti libéral. En effet, ce parti est le représentant historique des intérêts du capitalisme monopolistique et des principaux centres financiers et industriels du pays. C’est le développement du libre marché à l’échelle mondiale et le développement de la production pétrolière dans une période marquée par l’instabilité économique et la lutte au terrorisme qui a donné son élan à une nouvelle fraction de la bourgeoisie, principalement située à l’ouest du pays, ce qui explique l’émergence récente du Parti conservateur. Et c’est l’obligation de réunifier les différentes fractions de la bourgeoisie, dans une période d’instabilité économique et politique mondiale, qui explique pourquoi les conservateurs ont eux-mêmes été remplacés par les libéraux de Trudeau.

93. Il y a plus de 19 millions de travailleurs et travailleuses au Canada en 2016, dont une vaste majorité (65%) fait partie du prolétariat. C’est donc dire que le nombre de travailleurs et travailleuses a presque doublé en 40 ans. Ces travailleurs et travailleuses surendettées (à 162,6%), on les retrouve comme employéEs du secteur public (20,1%), comme employéEs du secteur privé (64,6%) et comme travailleurs et travailleuses autonomes (15,4%).

94. Le mouvement ouvrier organisé au Canada est d’une faiblesse absolue. Dans les faits, la force relative du mouvement syndical (30,8% de syndiquéEs en 2010, en déclin depuis 1980 alors que le taux de syndicalisation atteignait 38%) vient occulter le fait que seulement 17% des travailleurs et travailleuses du secteur privé sont syndiquéEs. Autrement dit, les employéEs de l’État fournissent le gros des effectifs syndicaux, notamment les professionnelLEs de la santé et les enseignantes et enseignants. À l’inverse, le prolétariat est pratiquement rejeté à l’extérieur des organisations syndicales.

95. Le taux de syndicalisation au Canada en 2014 par secteur d’activité était le suivant: services publics 64,5%, construction 32,0%, fabrication 25,7%, industries primaires 16% (sous-total du secteur des biens 27,9%), administrations publiques 72,4%, services d’enseignement 72,6%, soins de santé et assistance sociale 54,7%, transport et entreposage 38,2%, information, culture et loisirs 25,4%, gestion d’entreprises et services administratifs 16,1%, commerce 13,4%, finance, assurances, immobilier et location 9,3%, hébergement et services de restauration 6,5%, services professionnels, scientifiques et techniques 5,4%, autres services 10,0% (sous-total, secteur des services 31,1%). Globalement, le taux de syndicalisation au Canada s’établit à 30,4%.

96. La surreprésentation d’une certaine aristocratie ouvrière et de la petite-bourgeoise explique l’évolution des syndicats suite aux sursauts des masses prolétariennes et populaires dans les années 1960 et 1970. À la suite de la crise de 1980 et la reprise en main de la situation par la bourgeoisie, le mouvement syndical a été maîtrisé à coup de lois spéciales, puis domestiqué pour finalement être intégré au fonctionnement normal du capitalisme. Les politiques de collaboration de classes, la participation active des syndicats aux pactes sociaux, le développement d’outils économiques sur le modèle des entreprises d’investissement capitalistes ont parachevé la transformation des syndicats. La transformation du syndicalisme a été si importante qu’aujourd’hui, on peut considérer qu’il a perdu toutes les caractéristiques nécessaires, que ce soit la combativité ou le simple souci des conditions d’existence des prolétaires, pour être en mesure, même à l’intérieur des limites du capitalisme, de faire des gains pour les travailleurs et travailleuses, voire de conserver les acquis, comme le démontrent d’ailleurs les attaques récentes de la bourgeoisie sur les régimes de retraite.

97. Durant la période d’expansion du capitalisme, une couche de la classe ouvrière a pu profiter de la domestication de la lutte des classes. En effet, jusqu’au début des années 1980, la majorité des entreprises grossissaient, ce qui permettait de dégager des surplus, dont une partie des ouvriers ont pu bénéficier en menant certains combats dans le cadre de ce syndicalisme régulé. Par la suite, la crise du capitalisme débutée au milieu des années 1970 et la montée graduelle de nouveaux concurrents sur la scène économique internationale ont contribué à fragiliser les entreprises canadiennes et nord-américaines, de moins en moins capables de distribuer de tels surplus. Plusieurs de ces entreprises ont même dû fusionner et s’automatiser pour soutenir la concurrence internationale, ce qui a entrainé des mises à pied massives et l’opportunité pour de plus petites entreprises d’aller se chercher une main-d’œuvre à faible coût. Le développement de la sous-traitance a été utilisé par les capitalistes pour susciter davantage de désunion chez les ouvrières et ouvriers.

98. Alors que le syndicalisme avait perdu ses réflexes de la période d’avant-guerre et vu sa combativité limitée à la seule expectative de gains des surplus de la croissance économique, la nouvelle situation rendait difficile une riposte militante. La ligne dominante du mouvement syndical a été de défendre les acquis, limiter les pertes d’emploi et réclamer des mesures gouvernementales pour replacer les travailleurs et travailleuses affectés. Et, pour justifier son existence malgré sa capitulation, le mouvement syndical s’est investi dans ces mesures. Il a accru son implication dans les fonds de pension et l’a justifié comme une voie pour soutenir l’économie et la création d’emplois. Au lieu de défendre les travailleurs et travailleuses contre le capitalisme, le syndicalisme participait de plain-pied au capitalisme.

99. Cela dit, le mouvement ouvrier organisé ne représente qu’une minorité de l’ensemble des prolétaires au Canada et c’est la partie qui s’est le plus engagée dans la collaboration de classes. Par ailleurs, les porte-parole de cette minorité ont hésité entre deux grandes orientations: se coller à des partis réformistes (NPD, Québec solidaire, etc.) ou bien suivre une ligne centriste qui consiste à se démarquer en paroles des organisations réformistes, mais de s’y associer dans les faits.

100. Les forces de la révolution trouvent donc dans le syndicalisme contemporain un dispositif construit pour empêcher le développement des luttes en dehors du cadre toléré par le capitalisme. Peu importe l’appréciation que l’on puisse faire des syndicats, ce qu’il faut retenir, c’est qu’un parti communiste doit œuvrer dans le prolétariat à partir des forces qui ont une plus grande proximité avec lui, c’est-à-dire les prolétaires les plus exploitéEs.

101. Officiellement, on dénombrait en 2011 quelque 1 400 685 Autochtones sur le territoire canadien. Alors qu’elle représentait 3,8% de la population totale lors du recensement de 2006 (comparativement à 3,3% en 2001 et 2,8% en 1996), la population autochtone atteint maintenant 4,3% de toute la population canadienne. Son poids démographique s’est accru de 232 385 personnes, ou 20,1% entre 2006 et 2011, comparativement à une croissance de 5,2 % de la population non autochtone.

102. Parmi les 637 660 membres des Premières Nations qui ont déclaré être des «Indiens inscrits» au sens de la loi raciste canadienne, près de la moitié (49%) vivaient dans une réserve ou un établissement indiens. Cette proportion variait à la grandeur du pays. Au Québec, près des trois quarts (72%) des Premières Nations ayant le statut d’Indien inscrit vivaient dans les réserves, la plus forte proportion parmi les provinces. Suivaient le Nouveau-Brunswick (69%) et la Nouvelle-Écosse (68%). En Ontario, 37% des Premières Nations ayant le statut d’Indien inscrit vivaient dans une réserve, la deuxième proportion la plus faible parmi les provinces après celle de Terre-Neuve-et-Labrador avec 35%.

103. Les peuples autochtones ont souffert et souffrent encore aujourd’hui d’une discrimination systémique qui reflète pleinement le caractère raciste profondément enraciné de l’impérialisme canadien. Par ailleurs, la prolétarisation des peuples autochtones, et inversement la résistance de ceux-ci, est une préoccupation majeure de la politique du gouvernement à leur égard. De fait, les réserves ont été organisées pour accomplir cette intégration forcée et sont encore considérées par le gouvernement comme un bassin de réserve de main-d’œuvre à bon marché.

104. L’intégration des Autochtones au marché est une préoccupation du gouvernement canadien, dans la mesure où seule cette intégration permet l’accessibilité et le développement de nouvelles ressources mises au service de l’industrie capitaliste. Bien que les efforts du gouvernement soient présentés comme du «développement économique» favorisant l’«autonomie» des Premières Nations, Métis et Inuits, le fait est que le «développement économique» des communautés autochtones est fondé sur la négation pure et simple de leur autodétermination.

105. Naturellement, l’exploitation et la dégradation des ressources naturelles, qui sont essentielles à la durabilité sociale, culturelle et économique du capitalisme canadien, tout comme l’intégration forcée des communautés autochtones aux rapports capitalistes de production et d’exploitation, ne vont pas sans résistance. D’ailleurs, de grandes couches de la population autochtone continuent de résister à plein à leur absorption dans les rapports capitalistes. La résistance continue des peuples autochtones contre les relations de marché et le développement capitaliste sur leurs territoires sont intimement liés et se rejoignent dans la lutte pour l’autonomie et l’autodétermination, lutte qui par ailleurs marque les limites de l’expansion capitaliste au Canada.

106. La situation actuelle fournit de nombreux exemples des tensions qui existent entre les velléités de développement du capitalisme et la volonté d’autodétermination des peuples autochtones. Par exemple, l’exploitation minière, secteur très important de l’économie canadienne qui représente environ 4% de son PIB, illustre bien les conflits qui existent entre le capitalisme canadien et les peuples autochtones. Cela dit, l’exploitation minière n’est qu’un des secteurs où ces conflits existent; on aurait pu tout autant donner des exemples dans les secteurs du bois, des pêcheries, etc. En outre, les exigences du transport des ressources exploitées par les capitalistes confrontent elles aussi cette volonté d’autodétermination.

107. Au cours de la dernière décennie, les sociétés minières ont étendu leurs activités dans des régions du pays où le développement capitaliste ne s’était pas encore rendu. L’exploration s’est accrue dans le Nord, en Colombie-Britannique, dans le nord des provinces des Prairies, de l’Ontario, du Québec, du Yukon, du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest.

108. À l’échelle mondiale, le Canada est aujourd’hui l’une des destinations les plus prisées pour les capitaux d’exploration. Par exemple, les Territoires du Nord-Ouest, l’Ontario, le Québec et le Nunavut ont attiré une grande part de l’investissement en exploration au cours des dernières années. En fait, le Canada a la plus grande concentration de sociétés minières dans le monde, avec des intérêts dans plus de 3 700 sociétés.

109. L’exploitation minière s’est développée géographiquement au Canada; c’est pourquoi les terres autochtones et le travail autochtone sont devenus absolument essentiels au succès de l’industrie. D’ailleurs, l’Association minière du Canada notait en 1998 que l’activité minière se mène dans les régions nordiques et éloignées du pays où les principales zones de population sont autochtones. En 2004, Ressources naturelles Canada rapportait qu’environ 1 200 communautés autochtones étaient situées à moins de 200 kilomètres d’une mine en exploitation.

110. L’emplacement de la majorité des opérations minières est un problème important, car c’est du contrôle du territoire que découle le conflit entre le capitalisme et les peuples autochtones. Le capitalisme affirme sa volonté de déposséder les nations autochtones en cherchant à contrôler le territoire, alors que celles-ci cherchent plutôt à s’opposer à des projets miniers qui vont provoquer des dommages écologiques aux territoires traditionnels et aux modes de subsistance des communautés.

111. Pour accumuler, le contrôle du territoire est donc un enjeu important pour la bourgeoisie canadienne. Mais l’emplacement des mines est également très important dans un contexte où l’exploitation minière est confrontée à une pénurie de main-d’œuvre; par conséquent, la main-d’œuvre autochtone est une nécessité non seulement pour l’exploitation minière, mais pour les différentes branches d’industries.

112. L’industrie minière et le gouvernement ont développé une stratégie visant à vendre les bienfaits de l’exploitation minière et du travail salarié pour les peuples autochtones, en les présentant comme une opportunité pour développer une solide base économique dans les communautés et en faisant semblant de s’intéresser aux préoccupations des Autochtones. Mais cette stratégie a remporté un succès limité, ce qui force l’industrie minière, le capital et l’État, à s’engager dans des mesures plus concertées pour assurer l’expansion des relations capitalistes dans le Nord.

113. En outre, depuis une quinzaine d’années, les milieux bourgeois et gouvernementaux s’inquiètent de l’affaiblissement éventuel de la souveraineté canadienne sur «le nord du Nord» (les territoires arctiques). On évalue en effet qu’au seul titre du gaz naturel et du pétrole, 40% des réserves canadiennes y sont situées. De plus, avec le dégel d’une partie des banquises, le passage du Nord-Ouest est destiné à devenir une voie de circulation maritime privilégiée et économique pour les méga-tankers et les méga-cargos du monde entier. De fait, depuis 2007, le passage est déjà devenu temporairement praticable.

La politique bourgeoise

114. Bien que la dernière élection n’apporte aucun changement substantiel aux conditions sociales, économiques et politiques des masses canadiennes, il est tout de même utile de s’y arrêter un instant puisque cela permet de mettre en lumière certains changements et tendances dans la politique bourgeoise actuelle. En particulier, ce que laissent entrevoir les résultats de la dernière élection fédérale, c’est bien sûr le retour en force du bipartisme. De fait, le bipartisme est le mode de fonctionnement normal de l’État capitaliste canadien. Et, bien qu’il soit possible que le parlement puisse échapper quelquefois à la logique du bipartisme, surtout lors de périodes de crise où la situation économique et sociale est changeante, ce sont là des exceptions plutôt que la norme. De fait, le fédéralisme canadien a été pensé et construit, et cela dès son origine, en fonction des intérêts des fractions de la bourgeoisie canadienne, représentées successivement par le Parti conservateur et le Parti libéral.

115. Placée dans l’obligation de devoir changer le personnel dirigeant de l’État, la bourgeoisie s’est retrouvée à devoir composer avec plusieurs contraintes, dont la plus importante était assurément la faiblesse perçue chez les libéraux. En effet, c’est un fait avéré, la bourgeoisie cherchera toujours à adopter les formes les plus en mesure de maintenir la stabilité de ses institutions afin d’exercer sa domination sur l’ensemble de la société, c’est-à-dire dans le présent cas un gouvernement «majoritaire». On comprendra alors pourquoi la bourgeoisie a sérieusement envisagé en début de campagne d’appuyer le NPD. Néanmoins, il est apparu qu’à mesure que la campagne progressait, plus le Parti libéral semblait démontrer toutes les qualités nécessaires pour bien représenter les intérêts du capital et devenir par le fait même une solution de rechange plausible pour remplacer les conservateurs. Or justement, le Parti libéral est le parti naturel de la bourgeoisie canadienne, c’est-à-dire le parti le plus en mesure de faire cohabiter les différents intérêts des différentes fractions de la bourgeoisie, et c’est pourquoi cette dernière a finalement donné son appui à Trudeau.

116. Certains et certaines ont voulu expliquer l’écroulement dramatique du NPD en cherchant à démontrer que le parti néo-démocrate a commis l’erreur d’adopter une plate-forme centriste, et donc pas suffisamment à gauche. Selon ces critiques, c’est l’adoption et la mise en œuvre de cette orientation qui ont permis au Parti libéral de gagner les votes «progressistes» qui normalement auraient dû échoir au NPD. Ces critiques se trompent. En effet, avec sa plate-forme politique, avec un chef que l’on peut difficilement faire passer pour un tribun socialiste, avec ses économistes «respectables» mettant de l’avant la gestion raisonnable du capitalisme canadien et lui donnant des entrées dans la bourgeoisie, jamais le NPD n’aura été capable de réunir avant la dernière élection autant d’éléments lui permettant d’aspirer légitimement à devenir le valet officiel de la bourgeoisie. De fait, l’échec de Mulcair signifie qu’à court terme, il est peu probable que le NPD puisse représenter une solution de rechange crédible. Plus encore, pour être en mesure de redevenir une option sérieuse, il est fort probable que le NPD poursuive son déplacement vers le centre du spectre politique, quitte à devenir le parti jumeau du Parti libéral.

117. Malheureusement, la gangrène électorale s’est étendue jusque dans les Premières Nations. En effet, gagnés par la «fièvre électorale», certains chefs des Premières Nations ont explicitement appelé les membres de leur communauté à participer à la farce électorale et à aller voter. Heureusement, cette tendance est limitée et les peuples autochtones sauront comment se débarrasser de ces éléments compradors.

118. Pour l’instant, Trudeau a abandonné la politique budgétaire des conservateurs tout en préservant en partie leurs autres réalisations. Il a fait sien l’accord commercial Canada-UE négocié par son prédécesseur, Stephen Harper, et signé le Partenariat transpacifique, un accord de commerce entre les 12 pays du Pacifique. Les libéraux ont déjà tenu leur promesse de réduire les impôts pour la «classe moyenne», tout en relevant légèrement le taux d’imposition des plus hauts salariés. Le budget n’a pas relevé les taux d’imposition des sociétés, qui restent comparables à ceux des principaux concurrents du Canada. L’objectif semble être de maintenir l’engagement du Canada envers la mondialisation, mais de lui donner un visage humain.

Pour un Canada socialiste

119. Comme on peut le constater, pour la bourgeoisie, le développement du Canada impérialiste, hier comme aujourd’hui, est tributaire de la réussite de trois politiques: 1) à l’échelle mondiale, participer à la répartition du monde; 2) sur le plan national, exploiter la classe ouvrière au maximum; et 3) spolier le plus possible pour son avantage seul les territoires des nations autochtones.

120. Dans les conditions qui sont celles du Canada où révolution socialiste et lutte de libération nationale sont amenées à entrer en relation l’une avec l’autre, la maîtrise scientifique de la situation se traduit dans une stratégie révolutionnaire capable à la fois de tenir compte des particularités de ces deux formes, de les renforcer et aussi, dans la mesure du possible, de les unifier. Dans ce cadre, la question du territoire joue un rôle important. Libérer le territoire des capitalistes exploiteurs et de leur système, tel est la jonction de ces deux mouvements.

121. Qu’est-ce que la crise de longue durée vient changer? Le principal effet de la crise du capitalisme est de venir éroder tout l’échafaudage complexe mis en place par la bourgeoisie impérialiste après la Seconde Guerre mondiale pour maintenir sa domination sur les masses et faire face au mouvement communiste. Ce qui assure la solidité de l’échafaudage sur lequel repose le capitalisme canadien, ce sont les cinq grandes politiques du capital, à savoir: 1) la politique d’aliénation culturelle, qui vise à maintenir les masses dans un état d’arriération culturelle en leur empêchant notamment l’accès à la science; 2) la politique des concessions, c’est-à-dire la politique qui vise à satisfaire certaines demandes formulées par les masses et, en même temps, emprisonner chaque prolétaire individuellement dans un réseau de contraintes financières (prêts, hypothèques, factures, etc.); 3) la politique d’intégration à la démocratie bourgeoise, qui vise à encourager la participation des masses à la vie politique (autrement dit, favoriser la participation aux institutions de collaboration de classes, en particulier les élections, tout en s’assurant de maintenir les masses dans un état de subordination politique et idéologique par rapport à la bourgeoisie, c.-à-d. aux partis bourgeois); 4) la politique de l’enclos, c’est-à-dire la politique qui vise à entraver l’organisation autonome des masses tout en promouvant des organisations qui ont la confiance de la bourgeoisie; 5) finalement, il y a la politique de contre-révolution préventive, qui vise à assurer le contrôle de la bourgeoisie sur les masses sans être placée dans l’obligation de réprimer à grande échelle, notamment par la corruption, l’intimidation et l’élimination sélective des forces qui pourraient organiser les masses, en particulier les communistes. Ensemble, ces cinq politiques ont permis au capitalisme de s’assurer une certaine stabilité.

122. Or, au fur et à mesure que la crise se développe et qu’elle se manifeste sous des formes diverses, ces politiques se trouvent à devenir peu à peu inopérantes, du moins sans des changements majeurs. Par exemple, la bourgeoisie est aujourd’hui incapable de faire d’importantes concessions aux masses; par conséquent, ce sont les contraintes financières qui deviennent principales. Mais, puisqu’une partie croissante des masses ne peut plus payer les hypothèques, les factures, etc., cette politique échappe donc peu à peu à la bourgeoisie. Plus encore, les mesures d’austérité et les attaques contre le prolétariat et les masses populaires contribuent à éroder l’échafaudage, ce qui se manifeste par une chute continue (malgré quelques sursauts) de la participation aux élections. Par ailleurs, en adoptant un arsenal de lois contre le terrorisme et la «radicalisation», la bourgeoisie vient elle-même miner sa propre politique. En effet, au lieu de neutraliser les seules forces potentielles de la révolution en cherchant à isoler ces forces, la bourgeoisie réprime les larges masses (prolétaires, étudiantes et étudiants, Autochtones, écologistes, personnes de confession musulmane, etc.); ce faisant; elle contribue à lier les communistes aux larges masses.

Le mouvement révolutionnaire doit se démarquer et s’unir à travers la lutte révolutionnaire prolongée

123. D’emblée, le camp de la révolution doit s’opposer aux forces du capitalisme ainsi qu’aux forces vendues au capital que sont les forces réformistes-électoralistes-parlementaires.

124. Ce faisant, nous devons 1) refuser de participer aux institutions de la société bourgeoise; 2) refuser les formes d’action politique qui sont intégrées par le pouvoir de la bourgeoisie et 3) refuser de nous maintenir à l’intérieur des limites fixées par la bourgeoisie à l’action revendicative, c’est-à-dire refuser la discipline imposée par le droit bourgeois.

125. Si d’emblée les voies naturelles de participation à la politique au sein de la société bourgeoise nous sont «fermées», il faut être conséquents et conséquentes et opérer une rupture avec l’ensemble des pratiques qui nous y amèneraient, c’est-à-dire les pratiques qui immobilisent la lutte révolutionnaire – c’est là une tâche négative. À l’inverse, il faut par le fait même combattre pour que de nouveaux combats se mènent et que de nouvelles pratiques émergent; tels sont les premiers pas que nous devons faire pour devenir le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses – voilà notre tâche positive.

126. Nous voulons emmagasiner de l’expérience. L’expérience est une chose matérielle, elle se traduit comme nous l’avons indiqué en militantes et militants, en organisations, en luttes, etc.; c’est l’expérience que l’on acquière dans la lutte réelle, lorsqu’elle est contrôlée, qui assure la continuité du mouvement de lutte pour l’abolition du capitalisme.

127. Développer une initiative idéologico-politique forte, voilà en résumé notre perspective. L’initiative, c’est le voir, le comprendre et l’agir des forces de la révolution et l’idéologico-politique, son contenu. C’est la maîtrise scientifique des conditions de la lutte à travers l’activité réelle et autonome du parti, de ses organisations et des militantes et militants révolutionnaires vers les masses et avec les masses, contre le capital et ses forces.

128. Un véritable parti révolutionnaire se développe à travers l’application vivante de sa ligne politique en assumant de façon consciente le passage entre un parti ayant des capacités limitées et sa transformation en un parti complet ayant accumulé l’expérience et ayant un lien solide avec les masses. En se développant, le parti révolutionnaire convertit sa force politique, c’est-à-dire ses militants et militantes, ses fronts, ses organisations, son lien avec les masses, etc., en puissance politique, c’est-à-dire en initiatives, en campagnes et en combats.

129. Devenir une puissance politique et avoir la maîtrise scientifique des conditions de la lutte, cela exige avant tout de maîtriser pas seulement une forme de lutte déterminée, mais toutes les formes objectives de la lutte révolutionnaire. En ce sens, il faut s’investir non seulement dans l’éducation politique et la propagande, mais aussi dans l’action révolutionnaire avec les masses. Il ne faut pas seulement s’intéresser aux luttes immédiates, il faut à partir de ces luttes préparer la lutte révolutionnaire. C’est en maîtrisant les formes objectives de la lutte révolutionnaire et en organisant les masses les plus nombreuses, que l’activité même du parti révolutionnaire lui permet de se compléter. En dernière analyse, ce processus du passage de parti incomplet à parti complet ne peut se faire qu’à travers la lutte révolutionnaire avec les masses contre l’ordre bourgeois.

e p D T F s