Nous publions ici (voir les annexes à la suite de cette introduction) trois textes qui ont circulé dans les rangs du PCR dans la dernière année et qui ont servi à alimenter une campagne visant à ternir la réputation de la section montréalaise – centre historique du parti et section la plus nombreuse et la plus active au Canada –, campagne montée par la clique d’opportunistes de droite qui contrôlait le Comité central avant la récente scission et qui est aujourd’hui derrière le site web pcrrcp.wordpress.com.

Ces textes proviennent des trois protagonistes qui avaient été expulsés avec fermeté de la Maison Norman Bethune le 4 mars dernier et que nous avons qualifiés «d’éléments hostiles» dans le communiqué publié quelques jours après cet événement. Nous faisons ici une parenthèse pour préciser que ces trois éléments ont été désignés et traités ainsi non pas en raison de désaccords politiques ou idéologiques, comme on a pu l’entendre dans l’extrême-gauche montréalaise (certainEs ont en effet crié à la persécution de «dissidentEs» dans un élan d’anticommunisme caricatural), mais bien en raison du travail de sabotage qu’ils ont mené constamment pendant des mois, travail ayant inclus harcèlement, intimidation, flicage, manipulation, incitation à la violence physique contre un camarade, diffusion de rumeurs et colportage de mensonges, dont le plus grave est une histoire d’abus sexuels inventée de toutes pièces. Rappelons que cette dernière accusation contre un membre montréalais du parti a été démentie par la prétendue victime dans une lettre au contenu sans équivoque qu’elle a remise aux membres montréalaisEs du Comité central, lettre dans laquelle elle affirme «n’[avoir] rien à reprocher à ce camarade» et dans laquelle elle «exige qu’on le blanchisse de tout soupçon». Elle réclame également «que l’on cesse d’utiliser [son] nom et [sa] vie» pour alimenter une croisade politique avec laquelle elle n’a rien à voir, ce qu’elle qualifie avec raison d’«indécent». Pour ces raisons, nous réaffirmons sans hésitation que le traitement qui fut réservé à ces trois protagonistes le 4 mars dernier était plus que justifié.

Le premier des trois éléments hostiles, «A», est un ancien camarade ayant milité au sein de la section montréalaise pendant une très courte période – quelques mois tout au plus en 2014 et en 2015 – avant de s’en exclure lui-même. Les deux autres éléments, «B» et «C», sont d’ancienNEs militantEs de la section d’Ottawa qui sont venuEs s’établir à Montréal à l’automne 2015 et qui ont refusé de s’intégrer à la section montréalaise, préférant s’associer à «A» pour s’adonner avec lui à une activité fractionnelle et au travail de provocation et de sabotage mentionné plus haut. Le District du Québec a cessé de les considérer comme des membres lorsque leur refus de participer aux activités du parti est devenu manifeste, et ce, plusieurs mois avant le 4 mars dernier.

Les trois textes s’adressent principalement aux membres et aux sympathisantEs du parti à l’extérieur de Montréal. Ils consistent en une série d’attaques virulentes contre la section montréalaise et d’appels explicites à lutter contre elle et à s’en séparer. Dans le troisième texte, l’auteur assure pompeusement à ses lecteurs et lectrices que les «monstres» qui composent le PCR à Montréal seront «anéantis». Les attaques prennent la plupart du temps la forme de calomnies, d’insultes et d’accusations non-fondées. On retrouve aussi dans ces textes un bon nombre de thèses antimarxistes et de positions droitistes contraires au programme et à la ligne du PCR.

Il est important de noter que la clique d’opportunistes de droite du Comité central a donné du crédit à ces écrits calomnieux et scissionnistes et les a instrumentalisés pour jeter le discrédit sur la section montréalaise afin de réduire son influence à zéro et la chasser complètement et définitivement de la direction du parti – ce qui allait lui permettre d’asseoir pleinement son autorité et de devenir l’unique centre dirigeant du PCR. Rappelons aussi que les opportunistes du Comité central ont, sans le moindre questionnement, pris la défense des trois éléments hostiles après l’épisode du 4 mars, allant jusqu’à demander, quelques heures après cet événement, l’expulsion définitive du parti de quatre membres montréalaisEs, identifiéEs comme responsables de l’éjection des trois protagonistes de la Maison Norman Bethune, ce qu’ils ont qualifié d’«assaut» contre «deux supporters» et «un sympathisant». À un certain moment, il est devenu très clair que la clique d’opportunistes du Comité central et une partie de ses supporters – notamment les militantEs de la section d’Ottawa – collaboraient étroitement avec les trois éléments hostiles (des opportunistes plus décomplexés, opérant parallèlement à l’activité interne du parti et employant d’autres moyens), et participaient donc eux-mêmes aux manœuvres fractionnelles. Cette situation intenable a finalement débouché sur les événements du printemps dernier et sur une scission entre le District du Québec et le reste de l’organisation.

Nous avons décidé de rendre publics ces trois textes non seulement pour donner une idée du climat qui a régné dans le parti avant la scission – et de la façon dont les adversaires de la ligne révolutionnaire ont préféré tramer complots et intrigues plutôt que de mener la lutte de lignes honnêtement et dans le respect du centralisme démocratique –, mais aussi et surtout parce que plusieurs des attaques contre le programme et la pratique historique du PCR, ainsi que plusieurs des conceptions contenues dans ces trois textes sont similaires, voire identiques aux positions défendues par la clique d’opportunistes de droite du Comité central. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si celle-ci continue, à ce jour, de considérer les trois éléments hostiles à l’origine de ces textes comme leurs camarades et comme des membres de l’organisation qu’ils dirigent. (Ces trois scélératEs sont en effet derrière la récente mise sur pied d’un comité d’organisation du PCR-opportuniste à Montréal et de l’organisation ROAR). Ainsi, nous croyons que la lecture de ces trois textes (ou des extraits que nous avons choisis) pourra aider nos sympathisantEs et toutes les personnes intéresséEs par le débat en cours à mieux saisir le contenu de la ligne opportuniste et à mieux comprendre ce qui l’oppose à la ligne maoïste et révolutionnaire du PCR.

1. Je voulais rejoindre une organisation marxiste-léniniste-maoïste

C’est cet essai de 98 pages (!), écrit par le scélérat «A», qui a lancé le bal des textes d’attaques contre la section montréalaise du PCR et contre la ligne révolutionnaire dans le parti. C’est aussi dans ce texte qu’est contenue l’accusation d’abus sexuels fallacieuse contre un membre du parti à Montréal.

Il faut savoir que la clique opportuniste du Comité central, en lutte pour affermir son autorité et pour consolider sa position dans le parti, s’est servie de ce texte pour galvaniser ses supporters et pour diaboliser auprès de l’ensemble des membres la section montréalaise, visant à réduire à néant l’influence de cette dernière et ainsi à l’écarter définitivement de la direction. La clique opportuniste a cautionné le contenu de ce texte et lui a conféré une validité suffisante pour lui permettre d’accomplir son œuvre. Pendant une période s’étalant sur de nombreuses semaines, période marquée notamment par la tenue de notre dernier congrès, le texte a circulé librement dans le parti en même temps qu’il a été délibérément rendu inaccessible à la section montréalaise. La clique opportuniste du Comité central, qui, de son propre aveu, avait reçu le texte en main propre deux semaines avant le congrès, a consciemment omis d’en remettre une copie aux dirigeantEs montréalaisEs avant la tenue de celui-ci et a ensuite refusé de le faire pendant des semaines. Au moment du congrès, une partie importante des membres était déjà au courant des accusations et des critiques contenues dans le texte; les membres de la section montréalaise, quant à elles et eux, n’en ont été informéEs qu’une fois les pions déjà en place pour permettre aux opportunistes de faire des gains. Nous savons que les militantEs de la section d’Ottawa – section la plus nombreuse du PCR-opportuniste au moment du congrès – ont participé directement à cette manœuvre en travaillant à la traduction du texte. Comme si cela ne suffisait pas, la circulation de textes officiels en provenance de la section montréalaise, textes destinés à être lus par tout le membership du parti avant le congrès, a été volontairement entravée par la clique opportuniste du Comité central, de sorte qu’un nombre important de membres provenant de l’extérieur du District du Québec ne les eurent entre les mains qu’une ou deux journées à l’avance, voire seulement une fois renduEs sur place! Il va sans dire que de telles manigances constituent une infraction au centralisme démocratique dans un parti communiste.

La clique opportuniste du Comité central, qui, dans l’un de ses communiqués, a osé affirmer que les militantEs de Montréal avaient saboté son enquête sur l’accusation d’abus sexuels, a elle-même retardé le processus d’investigation en refusant pendant des semaines de partager avec les membres montréalaisEs du CC le texte dans lequel était contenue cette accusation. Cela montre que ces opportunistes étaient bien moins intéresséEs à élucider cette affaire qu’aux gains politiques que cette accusation allait leur permettre de faire en jetant le discrédit sur la section montréalaise. Ils ont instrumentalisé honteusement cette fausse accusation d’agression sexuelle afin d’atteindre leurs buts. Les dirigeantEs montréalaisEs, dès qu’ils et elles furent mis au courant de l’accusation, ont entrepris des démarches pour contacter la personne désignée comme victime dans le texte, ce qui leur a permis de confirmer qu’il s’agissait d’un mensonge pur et simple.

Avant de commenter le texte en tant que tel, nous estimons nécessaire de le mettre en contexte en faisant un bref retour sur le parcours de l’auteur et en remettant les pendules à l’heure quant à l’implication qu’il a eue dans le PCR. «A» a milité d’une façon active avec la section montréalaise pendant quelques mois tout au plus – soit environ de la fin du mois de septembre 2014 au mois d’avril 2015. Pendant cette période, il s’est principalement impliqué au sein du Mouvement étudiant révolutionnaire (MER). Nous ne pouvons associer à «A» aucune activité militante sérieuse précédant ou suivant cette participation au MER. Malgré son peu d’expérience, «A» avait dès le départ une attitude suffisante et faisait preuve d’un dogmatisme déconcertant. Il tentait de s’imposer comme l’unique interprète des vérités du marxisme en jouant entre autres sur son statut d’étudiant en ingénierie pour se donner de la crédibilité. Très vite, il a commencé à manifester des sentiments d’hostilité à l’égard de la section montréalaise du PCR, allant jusqu’à proposer à quelques camarades d’orchestrer avec lui la liquidation de la direction de la section. À un certain moment, lors d’une rencontre informelle, il s’est mis à lancer des attaques de petit bureaucrate à une camarade militant depuis peu de temps au MER, la menaçant d’expulsion sous prétexte qu’elle défendait des positions «TERF» (trans-exclusive radical feminist). Troublée par cet épisode désagréable, cette camarade décida de ne plus militer avec nous. «A» fut blâmé pour ce style de travail bureaucratique par ses camarades montréalaisEs. Malheureusement, il refusa de faire une autocritique et préféra s’exclure du travail du parti. C’est ainsi que «A» a entamé la rédaction de son essai – une entreprise qui, à la lumière des faits venant d’être énoncés, semble avoir été motivée principalement par son désir de se venger.

Il est difficile de qualifier correctement un texte aussi étrange que délirant. Rédigé sous la forme d’une autobiographie de politicien bourgeois narcissique, le texte vante les soi-disant exploits individuels de l’auteur, reprenant l’historique du développement du MER-Montréal en 2014-2015 pour montrer la façon dont il aurait été à l’origine des succès – réels ou fantasmés – de cette organisation. En fait, le texte ne démontre rien d’autre que la démesure et l’ampleur des illusions d’un mégalomane. Derrière son déguisement de théoricien brillant et d’organisateur hors pair, se cache simplement un petit-bourgeois frustré dans son orgueil, concentrant en lui des vices aussi communs au sein de sa classe sociale qu’irritants pour les masses prolétariennes et pour les révolutionnaires communistes: la pédanterie, l’amour-propre et l’infantilisme.

En plus de servir de véhicule à cette autoglorification, le texte vise à salir la réputation de la section montréalaise du PCR en y allant d’accusations fallacieuses et de procès d’intentions contre ses militantEs, de témoignages malhonnêtes, de récits distordus et d’élucubrations ahurissantes. Certaines propositions sont tellement farfelues qu’on se demande sincèrement comment le texte a pu être pris au sérieux par les opportunistes du Comité central. Ainsi, la lecture du texte serait censée nous amener à croire que le PCR à Montréal est une sorte de secte misogyne servant à recruter des mineures pour assouvir les désirs sexuels et la soif de pouvoir de «patriarches» pédophiles… rien de moins! L’auteur s’emploie à démontrer l’existence d’un complot orchestré par ces «patriarches», lequel aurait visé à l’évincer et à détruire l’ensemble de son œuvre. Le texte appelle finalement à la liquidation de la section montréalaise, à travers une scission ou encore via l’expulsion de la plupart de ses membres.

L’auteur dénature complètement les positions défendues à Montréal, en affirmant par exemple que la direction de la section est seulement intéressée par «l’extraction globale de plus-value» et qu’elle ne reconnaît pas l’existence ou l’importance de phénomènes tels quel le sexisme, l’homophobie, le racisme, etc. Il n’en est rien: notre parti reconnaît et combat toutes les formes d’oppression et de discrimination qui affligent le prolétariat. C’est notre façon d’appréhender ces phénomènes qui diffère de celle des opportunistes. En fait, ce que ces derniers ne supportent pas est notre rejet des conceptions des idéologues postmodernes et autres adeptes des politiques identitaires, pour qui les contradictions au sein du peuple et les outils que la bourgeoisie utilise pour affaiblir et diviser la classe ouvrière se transforment en autant de systèmes d’oppression autonomes, tous aussi socialement structurant les uns que les autres, qui s’additionnent entre eux et qui se superposent au capitalisme – lequel, pour ces idéologues, en est ainsi réduit à n’être qu’une «oppression» parmi les autres, au lieu d’être un mode de production qu’il faut abattre par la lutte révolutionnaire.

Tout cela est entrecoupé, de la manière la plus prétentieuse possible, de contributions théoriques médiocres et de commentaires saugrenus dont seul l’auteur semble percevoir l’ironie – en dépit de son souhait affirmé d’être compris par les masses. Les thèses avancées par l’auteur sont au mieux inintéressantes, au pire complètement erronées, la plupart d’entre elles témoignant d’une incompréhension presque totale du marxisme-léninisme-maoïsme.

Dans ce fouillis bizarre, il est tout de même possible de relever certaines conceptions qui, bien qu’apparaissant ici sous une forme particulièrement grossière, sont caractéristiques de l’opportunisme de droite que nous combattons. On retrouve par exemple l’abandon implicite du prolétariat comme sujet révolutionnaire au profit d’identités multiples liées à des oppressions spécifiques; l’idée que seules les personnes ayant l’expérience directe d’une forme d’oppression peuvent en avoir une compréhension juste; l’idée qu’une partie du prolétariat puisse avoir un intérêt dans l’oppression d’une autre partie du prolétariat, etc. – toutes des thèses antimarxistes et fortement teintées de postmodernisme. L’auteur s’adonne même à une redéfinition presque complète du concept de prolétariat, allant jusqu’à dire que l’ «oppression prolétarienne» est parfois «définie complètement par [l’] oppression spécifique», ou encore que «la classe peut devenir, sous certaines conditions, égale au genre, à la race, ou n’importe quelle autre caractéristique que tel groupe d’êtres humains peut trouver et qui a une base matérielle qui lui permettra de se perpétuer».

La façon dont les opportunistes de droite conçoivent la construction du parti à travers la mise sur pied d’organisations de masses ayant une base d’unité moins élevée trouve une parfaite illustration dans le récit et les explications de l’auteur. Ce dernier fait, sans s’en apercevoir, des révélations savoureuses sur la façon dont il s’emploie à adapter la ligne du MER et à définir le féminisme prolétarien en fonction des tendances idéologiques dominantes dans l’extrême-gauche étudiante plutôt que de rechercher les positions justes, exemplifiant parfaitement le mode de recrutement et de construction opportuniste que nous décrions. Ainsi, il expose la façon dont il privilégie d’abord et avant tout le recrutement de représentantEs de ces diverses tendances (une féministe radicale, une féministe queer, etc.) et de représentantEs de différentes identités, sans se soucier de savoir s’il s’agit de prolétaires ou de personnes ayant le désir de lutter pour l’émancipation du prolétariat, et ce, pour la seule raison d’obtenir de la crédibilité aux yeux de militantEs universitaires.

La critique selon laquelle l’organisation de manifestations combatives – comme celles du PCR à Montréal le 1er mai – constituerait une forme d’aventurisme et que cela nous couperait des masses est particulièrement révélatrice. Ainsi, pour les opportunistes de droite, l’adoption de formes de lutte sortant du cadre de ce que la bourgeoisie tolère, le fait d’oser affronter l’ennemi – en d’autres mots, la réconciliation entre la parole et les actes – sont à proscrire. L’auteur va jusqu’à dire que les militantEs du PCR à Montréal seraient en train de «s’isoler dans des institutions paramilitaires dans le but de renverser le gouvernement sans le support des masses». Il faut croire que nous n’avons pas la même définition du mot «militaire»! L’auteur émet aussi un fort scepticisme quant à la possibilité de mener la guerre populaire prolongée dans un pays impérialiste comme le Canada et tente de tourner au ridicule les contributions théoriques que le PCR a amenées historiquement sur cette question primordiale. Tout cela traduit très bien le rejet de l’action révolutionnaire caractérisant l’opportunisme de droite prévalant par défaut dans les pays impérialistes.

Extraits du texte

Je voulais rejoindre une organisation marxiste-léniniste-maoïste étant un essai particulièrement long, nous en avons sélectionné quelques extraits, que nous avons classés en différentes catégories, afin de permettre à celles et ceux qui n’auraient pas le courage, la patience ou simplement le temps de le lire au complet de se faire une idée de son contenu. Nous avertissons nos lecteurs et nos lectrices que la pensée de l’auteur est parfois difficile à saisir en raison de son style d’écriture et parce qu’il n’est pas toujours cohérent. Pour ceux et celles qui ont l’intention de lire l’essai au complet, soyez avertiEs qu’il s’agit d’une lecture fort pénible!

A) AUTOCRITIQUES BIDON/NARCISSISME PETIT-BOURGEOIS:

Sur les efforts surhumains de l’auteur: «Je suis à l’origine de plusieurs déviations graves au sein du MER, que j’ai initiées dès le début de la refondation du MER. Avant même de refonder le MER, j’ai commencé en normalisant par ma pratique personnelle au sein du parti une cadence de travail qui serait insoutenable par la plupart des étudiantes. Je n’ai jamais caché comment je parvenais à cette cadence, où je mettais environ vingt heures par semaines à me consacrer à mon engagement révolutionnaire. Mes études aux cycles supérieurs sont présentement financées par l’État, ce qui est un luxe que la plupart des étudiantes n’ont pas ou très peu.»

«Dans la même ligne de raisonnement, j’ai tenté de pallier à la contradiction entre les francophones et les anglophones en traduisant le plus rapidement possible tous les textes qui devaient être traduire. J’avais l’habitude de vérifier à chaque soir s’il y avait des textes à traduire, que je faisais d’habitude la soirée même, au rythme de 15 minutes par page. J’ai mis la barre extrêmement haute pour les autres. J’ai habitué les gens, en particulier les anglophones à ce genre de performance, mettant une pression énorme sur les bilingues qui étaient relativement peu nombreuses au MER. Cette action a pu contribuer à faire croire aux anglophones que cette performance était raisonnable alors qu’elle ne l’était pas.»

«J’aurais dû, dès que j’ai vu les signes d’un mépris pour ces questions et de la perte considérable de réputation qui s’ensuivrait pour le MER s’il devait suivre la ligne implicitement cis-sexiste du PCR à Montréal, appeler à faire feu sur le quartier général. Une des raisons pour laquelle je n’ai pas contacté le reste du Canada plus tôt était ma fierté d’avoir sans aucun doute été le principal moteur et organisateur de la construction la plus spectaculaire d’une organisation de masse.»

Quelques aveux: «J’ai volontairement caché les déviations sexistes, anti-queer et anti-trans à Montréal dans le but de me garder la gloire et le prestige d’avoir corrigé ces déviations moi-même une fois qu’elles seraient corrigées. Je n’ai commencé à discuter de ces problèmes qu’une fois que c’était devenu un danger pour toute l’organisation pancanadienne et que ce serait clairement moi qui serait mis responsable de ce problème.»

«Nous avions regardé le film Laurence Anyways de Xavier Dolan, où nous voyions l’histoire d’un coming-out d’une femme trans dans la société québécoise au début des années 90. Je pensais que ce serait suffisant d’expliquer en quoi ces luttes de libération sont importantes et pertinentes pour tous les prolétaires. C’est donc moins de la négligence de ma part qu’une forme de hubris. Je voulais impressionner le Canada anglais et prouver la supériorité de notre pratique à Montréal. Sur l’aspect de la construction du pouvoir politique des LGBTQ**2S dans nos organisations et sur la consolidation des membres, c’était toutefois un échec total.»

Sur les aptitudes de séduction de l’auteur: «Comme vous le savez probablement, des membres de RI avaient commencé à braconner au MER, dans la cour avant du PCR. Sauf que ce n’étaient pas ces membres de RI qui avait commencé, mais moi personnellement. À l’époque où je débordais d’énergie sociale, ça me semblait comme une bonne manœuvre que de m’inviter à un party d’anniversaire d’une femme qui était devenue mon ami Facebook après avoir assisté à son atelier sur la justice transformatrice. J’ai commencé à braconner dans son groupe d’amies. Elle m’a avoué par la suite que j’avais été sur le bord de les ramener de mon côté. Son groupe avait particulièrement été intéressé par mon authenticité, ce que la petite-bourgeoisie au sein du parti appelle ma rigidité et que cette même petite bourgeoisie expliquera sûrement par la psychiatrie bourgeoise.»

B) CONCEPTIONS POSTMODERNES/ANTIMARXISTES:

Oppressions spécifiques et redéfinition du prolétariat: «Le prolétariat blanc qui continue à se croiser les bras devant le chauvinisme blanc et qui continue à en profiter, en tant que masse, par de multiples privilèges, participe à l’exploitation des prolétaires racisées.»

«Comment le prolétariat peut-il prendre une conscience distincte de l’oppression de classe qui les afflige lorsque pour une partie importante du prolétariat, l’extraction de plus-value, en soi, n’est même pas le plus grand de leur souci?»

«Pour les prolétaires vivant des oppressions spécifiques, il peut arriver carrément que leur oppression prolétarienne soit complètement définie par leur oppression spécifique.»

«L’exclusion des personnes noires des milieux blancs a continué bien après l’abolition de l’esclavage et continue à ce jour aux États-Unis, ce qui facilite son exploitation par la bourgeoisie. C’est son exclusion de la société blanche qui produit ses conditions pour être prolétaire.»

«Le fait d’être racisée peut être plus important dans le concret que n’importe quelle somme d’argent dans un compte en banque. Pourquoi les forces de répression policières sont-elles si méfiantes quand elles voient une personne racisée entrer dans une grosse maison ou une voiture de luxe, si ce n’est que les possessions qui comptent?»

«Ce n’est pas qu’il n’existe pas de prolétariat blanc, cishétéronormatif et capable normativement. Mais d’autre part, ce serait difficile de ne pas conclure qu’en réalité, cette faction est opprimée précisément parce qu’elle est forcée de vivre, en raison des lois du libre marché, dans les conditions de vie des autres parties plus opprimées du prolétariat (bien entendu, le libre marché n’enlèvera jamais complètement ces privilèges).»

«Imaginez plutôt le globe au complet, devenu communiste, où le capital a été aboli, et où personne n’est obligé de travailler. Une poignée d’hommes dans leurs loisirs s’occupe des moyens de subsistances de cette société. La science et la technologie sont devenues avancées au point qu’un petit groupe de geeks s’occupe des machines et exploite les autres dans toutes les autres tâches à effectuer dans la société. Est-ce que la société de classe est pour autant disparue? Ce genre de cauchemar n’a pas été inventé dans la tête d’un homme, subjectivement, c’est l’enfer qui pourrait s’incarner dans la réalité si la révolution socialiste n’est pas effectuée proprement. C’est un monde possible matériellement, encore à l’état embryonnaire. La classe sociale peut être totalement reflétée dans un aspect des êtres humains dont ceux-ci ne peuvent pas réalistement se départir. La classe peut devenir, sous certaines conditions, égale au genre, à la race, ou n’importe quelle autre caractéristique que tel groupe d’êtres humains peut trouver et qui a une base matérielle qui lui permettra de se perpétuer.»

«L’étude des oppressions concrètes du prolétariat, c’est ce qu’est le marxisme.»

«C’est simple à comprendre: l’histoire des organisations révolutionnaires est peu reluisante par rapport à la compréhension des oppressions qui affligent le prolétariat. La raison est que depuis des décennies, le pouvoir politique au sein des organisations politiques communistes a été monopolisé par des gens qui ont des intérêts matériels directs à trahir leurs autres membres. Ces organisations ont toujours été à une reconfiguration politique interne ou externe prête de se liquider. Les prolétaires vivant des oppressions spécifiques font bien de ne pas s’impliquer dans ces organisations: la menace de la création d’une autre société de classe est concrète. Ce nouvel antagonisme de classe promet d’être pire que le précédent, parce que dans ce nouveau système, une position sociale ne pourra pas être achetée.»

«Ma compréhension des politiques identitaires est que celles-ci représentent le syndicalisme des oppressions spécifiques. Elles ont les mêmes objectifs, les mêmes pratiques, les mêmes défauts, et notre attitude vis-à-vis les groupes de défense des oppressions spécifiques doit être pareille à celle que nous avons envers les syndicats.»

Sur les différents types de pouvoir politique: «Ce n’est pas l’État qui crée le pouvoir politique. L’État sert à gérer les contradictions matérielles au sein de la société, il se constitue en pouvoir politique suprême au-dessus du pouvoir politique des différentes factions de la société. […] Le pouvoir politique d’un groupe de personnes peut devenir tellement fort, que non seulement il n’a pas besoin de réprimer pour subsister, mais il n’a pas besoin de pouvoir d’État pour exister.»

«Les belles conditions de travail venaient directement du pouvoir politique patriarcal, qui n’avait pas besoin d’État pour exister.»

«Mais le patriarcat est un pouvoir politique un peu spécial. Le pouvoir patriarcal est généralement tellement fort dans la société qu’il n’a pas besoin d’être explicité pour être appliqué. Les hommes en tant que catégorie sociale sont gagnants dans cette lutte et prennent part au partage des bénéfices selon leur position quant aux autres oppressions.»

Il n’y a plus de prolétariat industriel au Canada: «Regardons tout ce qui reste en termes de branches d’industrie au Canada: l’industrie pétrolière, l’industrie aéronautique, l’industrie sidérurgique, l’industrie minière… aucune de ces branches n’a une fraction significative de prolétaires à son emploi.»

La critique de la thèse du dépérissement de l’État est justifiée: «Les promesses faites aux anarchistes par rapport à la fin de l’État après la dictature du prolétariat n’auraient absolument aucun sens si elles ne provenaient pas de personnes totalement convaincues qu’il n’y aurait aucune base matérielle pour des contradictions politiques une fois la tâche de construction du socialisme réalisée. C’est en fait assez difficile de défendre cette position à travers les masses, et c’est souvent une critique très justifiée contre le mouvement communiste en général.»

C) OPPORTUNISME DE DROITE:

Recrutement opportuniste: «Nous comptions d’une part attirer les personnes se disant féministes radicales qui ne brandissent ce drapeau que parce que selon elles, certaines féministes queer ne traitaient pas ce genre de sujet. Nous comptions d’autre part attirer les personnes se revendiquant plus du féminisme queer en raison du constat que la théorie féministe radicale est transphobe dans son fondement même, mais qui aimerait avoir dans son groupe politique révolutionnaire étudiant certaines revendications des féministes radicales qui sont bien fondées.»

Sur l’aventurisme et les déviations militaristes du PCR à Montréal: «Les membres de RI ne fétichisent pas Montréal, contrairement aux membres du parti de l’extérieur de Montréal, qui reconnaissent correctement les pratiques du PCR comme étant un mélange de suivisme des plus mauvaises pratiques de l’anarchisme à Montréal et de militarisation aventuriste.»

«On ne peut pas rompre avec l’anarchisme si notre stratégie est de s’isoler dans des institutions paramilitaires dans le but de renverser le gouvernement sans le support des masses. Apparemment toute tentative de démolir des coalitions en ruines qui encombrent le chemin vers la révolution est soit une idée vouée à l’échec, soit une politique qui ne représente pas les intérêts du parti. La seule chose qui est importante pour le parti, c’est de combattre la police lorsqu’elle est à son plus fort: lorsqu’il tente de maîtriser quelques centaines de personnes qui manifestent. C’est probablement ce qui a été retenu de Mao à Montréal: il faut combattre l’ennemi lorsqu’il est le plus solide, en ne se fiant qu’aux fractions les plus faibles des masses.»

«Par ailleurs, les consciences des gens dans les restaurants autour qui ont subi les coups de feu de l’anti-émeute ont bien évolué. C’est pourquoi après cette grande bataille contre l’État bourgeois, valant plus que n’importe quel pamphlet ou discours politique que pourrait proférer le parti ou une organisation de masse devant des rassemblements, littéralement aucune personne ne s’est intéressée au parti par la suite dans les mois suivants. Cependant, il ne fallait pas conclure à l’échec de cette stratégie qui est de créer des émeutes le 1er mai, même si ça faisait plusieurs années que ce genre d’aventurisme n’a permis que de faire arrêter des camarades du parti et des anticapitalistes à l’extérieur. Non, c’est qu’il faut attendre des années avant que le changement dans l’idéologie des gens se fasse. Si on ne voyait pas les fruits de nos combats, il fallait faire confiance au jugement de notre trio de direction.»

Critique du rejet de l’économisme par le PCR à Montréal: «L’idée même de s’appuyer sur les masses pour mener la lutte politique révolutionnaire est absente à Montréal. Dans leur distanciation bizarre de l’économisme, ces cadres ont décidé qu’il fallait s’impliquer dans absolument aucune lutte qui serait gagnable réalistement sans l’effondrement complet de l’État. Ils s’imaginent que les masses prendront conscience de leur potentiel en n’ayant aucun gain dans leur vie avant le grand soir.»

Substitution de l’action révolutionnaire par des formes de lutte tolérées par la bourgeoisie: «À chaque réunion par la suite en 2014 jusqu’au 4ème congrès, quand je donnais des exemples de campagnes pas forcément reliées aux luttes contre le caractère bourgeois de l’État, mais contre des injustices que les prolétaires vivent et qui pourraient nous aider à accumuler des forces en tant qu’organisation de masse, j’ai toujours cité comme exemple le fait de se battre pour avoir des toilettes non-genrées. Cet exemple a toujours été compris comme étant un enjeu prolétarien par les membres du MER.»

Mise en doute de la possibilité de mener la GPP dans un pays impérialiste: «Les opérations qui ont été menées en Chine ne peuvent simplement être réappliquées au sein des blocs impérialistes. On n’a qu’à regarder des textes tels que «Pourquoi le pouvoir politique rouge peut-il exister en Chine» pour conclure qu’il faudrait vraiment des innovations majeures pour être capable de mener une GPP à l’intérieur d’un pays impérialiste, totalement contrôlé économiquement, politiquement et idéologiquement sous l’hégémonie capitaliste. Les théoriciennes de la GPP au sein du PCR n’ont clairement jamais lu ce premier texte publié de Mao sur la question. Ce texte est très accessible à la majorité des prolétaires, est très court et dans un style très lisible. La sincérité révolutionnaire communiste de certaines personnes proposant concrètement la GPP dans un pays impérialiste et qui ne répondent pas aux problèmes concrets auquel cette GPP ferait face, est pour le moins questionnable.»

D) FÉMINISME QUEER:

La théorie des cerveaux féminins/masculins est peut-être juste: «Peut-être que le genre est inscrit ou pas dans le cerveau, peut-être que lorsque les relations de pouvoir et les oppressions reliées au genre seront éliminées, il y aura ou pas des différences de chimie ou de morphologie entre les cerveaux des êtres humains selon leur genre: quoi qu’il en soit, la division genrée du travail et les inégalités de pouvoir doivent être éliminées.»

L’existence d’espaces non-mixtes, tels que les toilettes pour femmes, est la conséquence du cissexisme et de la transphobie: «Une TERF stricte est strictement pour la création d’espaces non-mixtes où il faudrait pour en faire partie à la fois être femme et être désignée femme à la naissance, mais cette personne ne serait pas cissexiste ou transphobe, à l’exception de la création de cet espace. Bien sûr, on conviendra que cette définition stricte rencontre des difficultés: qu’est-ce qu’on fait avec une personne qui est née avec un vagin mais qui n’en a plus pour diverses raisons? Est-elle moins une femme? Mais laissons-les TERFs gérer leurs contradictions internes. La vraie question qu’il faut se poser est: est-ce que ce genre de TERFs existe? Ce n’est jamais difficile de trouver le cissexisme et la transphobie chez ces personnes, après tout, c’est le cissexisme et la transphobie qui est à la source de la création de ces espaces. Dans tous les textes que j’ai vu en défense de ce genre d’espaces non-mixte, c’était évident.»

E) ÉTRANGES/COMIQUES:

Sur le lien entre les chats, la poutine et l’anarchisme: «Il faut regarder le monde tel qu’il nous apparaît immédiatement pourquoi les gens ne vous suivent pas. Vous vous demandez pourquoi il y a plus d’anarchistes et pourquoi les manifestations à Montréal sont très grandes? Regardons ce qui nous entoure à Montréal et que les masses font émerger de façon inconsciente: leurs chats domestiques. À Montréal, les chats sont essentiellement aussi obèses que dans le reste du Canada, mais il reste qu’ils sont très différents: à Montréal, on les nourrit avec de la poutine, pas comme au reste du Canada. C’est une pratique ancestrale qui a été développée en raison des origines culturelles distinctivement québécoises. La poutine a un effet spécial sur les odeurs que diffusent les chats, qui contraignent leurs maîtres, sans qu’elles s’en rendent compte, à se rassembler en foule et à scander des slogans. Les chats étant anarchistes, c’est bien connu, la diffusion de cette odeur serait responsable de la plus forte présence de l’anarchisme. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons raisonner spontanément, nous sommes nées dedans.»

«Ces comportements bizarres des masses à Montréal peuvent être expliqués par des processus inconscients faits grâce aux appareils digestifs d’État: oublions le fait que tout ce que les masses ont vu du MLM à Montréal était horrible. C’est le support direct sous forme de subventions gouvernementales orientée vers la production de patates, de sauce brune et de fromage en crotte qui est responsable du manque d’enthousiasme dans les masses pour le MLM.»

Sur les robots MLM: «Dans l’imaginaire bourgeois, la peur des foules de zombies est une des plus fortes. En fait, elle est seconde seulement à la peur des armées de robots. L’idée même d’avoir un parti, constitué en bras d’acier, qui écraserait sans pitié la bourgeoisie, et qui aurait l’information pour accomplir ses objectifs en étant connecté grâce à des lignes de communication infaillibles, à la vitesse de la lumière, est suffisante pour créer les pires campagnes de propagande. Imaginez en plus ce bras et ces lignes de communication connectées à une architecture dédiée capable de calculer son chemin optimal vers leur liberté.»

«La plus grande peur de ces déchets bourgeois est une armée de robots. Leur plus grande peur est une armée de robot formée grâce à la science de la révolution. Une armée de robots qui a saisi la science de la révolution et qui parleront de construire un parti. En parlant d’un parti, ces robots parleront d’un parti communiste révolutionnaire antirévisionniste. Et si on leur demande ce que le dit parti enseignait, ils répondront le marxisme-léninisme-maoïsme.»

Larmes de petit-bourgeois: «Malgré tout, après tout ce qui s’est passé au parti, après cette chute de très haut, j’avais décidé, pendant seulement un bref moment, mais quand même pendant quelques semaines, de me dire que je quitterais pour toujours la politique révolutionnaire, parce que je ne voyais pas comment je pouvais contribuer à la révolution socialiste. Ça me semblait impossible. […] Je ne pardonnerai jamais à ces gens qui m’ont fait perdre, même momentanément, la foi révolutionnaire.»

2. When One Must Divide Into Two: A Maoist’s analysis of the PCR-RCP’s politics and practices within Montreal

Ce texte a été écrit par «B», l’unE des deux militantEs d’Ottawa venuEs s’établir à Montréal à l’automne 2015. Nous tenons à souligner que «B» n’a jamais eu la moindre implication dans le PCR à Montréal, s’étant exclu lui-même de l’activité du parti à son arrivée dans cette ville.

Le texte a été rédigé avec l’objectif explicite d’inciter les membres du parti à se séparer de la section montréalaise et à fonder une nouvelle organisation qui ne s’appellerait plus «PCR», un nom dont il faudrait selon lui absolument se dissocier étant donné la réputation soi-disant épouvantable du parti à Montréal. L’issue du dernier congrès n’ayant pas été satisfaisante selon l’auteur, celui-ci conclut son texte avec un appel à la tenue d’un congrès spécial pour concrétiser cette scission.

Le texte est en continuité avec Je voulais rejoindre une organisation marxiste-léniniste-maoïste, auquel l’auteur fait directement référence dans les premiers paragraphes. Il en recommande d’ailleurs fortement la lecture aux membres du parti auxquelLEs il s’adresse, le présentant comme une critique complète et percutante de la pratique et de la ligne politique de la section montréalaise, en même temps qu’un essai brillant contenant des «discussions théoriques très profondes sur le maoïsme» et sur la «logistique de la GPP».

Tout comme le fait «A» dans son texte, l’auteur débute son exposé par une autocritique bidon servant essentiellement de prétexte pour lancer ses attaques contre la section montréalaise. Revenant sur l’épisode de l’automne 2015, où il avait été envoyé enquêter sur le MER-Montréal par les bureaucrates du Comité de coordination pancanadien du MER – certainEs d’entre lesquelLEs font aujourd’hui partie de la clique opportuniste du Comité central – afin de déterminer l’ampleur de la présence de «l’idéologie TERF» à Montréal, l’auteur affirme avoir minimisé le problème dans son rapport et s’être laissé dupé par les militantEs montréalaisEs.

Le texte reprend ensuite plusieurs des accusations et des critiques contenues dans le texte de «A», auxquelles l’auteur ajoute le résultat de ses propres observations et de ses propres «enquêtes». La section montréalaise serait non seulement dominée par des «TERF», mais elle serait aussi «sectaire» et complètement détachée des masses (lesquelles, il faut le préciser, semblent être identifiées ici aux étudiantEs universitaires). L’auteur déplore le fait que ses camarades et lui se soient illusionnéEs aussi longtemps, ayant cru à tort que le PCR constituait une force politique respectée dans la «gauche montréalaise». Il raconte comment il est allé «enquêter» auprès de différents groupes militants – les féministes radicales, les féministes queer et les anarchistes de l’UQAM (l’Université du Québec à Montréal), le IWW et les trotskistes – pour découvrir, horrifié, que les maoïstes du PCR n’étaient pas du tout appréciéEs dans «la gauche», et pour conclure que la pratique et la ligne des membres de la section montréalaise du parti étaient donc forcément mauvaises. C’est ainsi que l’auteur – qui, bizarrement, n’avait pas encore rencontré l’anticommunisme omniprésent dans les universités et chez les intellectuelLEs des pays impérialistes! – évalue l’activité et la ligne politique d’un parti communiste en fonction de ce qu’en pensent les réformistes, les révisionnistes et autres adeptes de courants idéologiques bourgeois et petit-bourgeois, révélant de manière éloquente l’opportunisme dans lequel il baigne. Il faut aussi souligner que son «enquête» auprès de ces groupes militants semble s’être limitée à quelques discussions avec une poignée de personnes tout au plus. En plus de représenter un échantillon complètement insignifiant, ces personnes étaient, de l’aveu même de l’auteur, très peu informées sur les activités et la ligne politique du PCR. Pourtant, cela ne l’empêche pas de considérer que leur opinion a une valeur importante. En fait, les préjugés de certainEs militantEs de «la gauche» semblent avoir pour lui une telle importance que les ragots entendus ici et là lui auraient, selon ses propres dires, fait remettre en question son adhésion idéologique au maoïsme. On voit comme il est facile de renoncer à la révolution lorsqu’on n’y adhère qu’en paroles et que l’on ne lutte pas véritablement pour sa réalisation!

3. Concernant l’ultimatum du 1er février 2017

Ce communiqué pompeux a été publié par «A», l’auteur de Je voulais rejoindre une organisation marxiste-léniniste-maoïste, sur le mur de son profil Facebook. Il y annonce avoir lancé un ultimatum à l’ensemble du parti, à l’issue duquel ce qu’il appelle son «manifeste» serait rendu public.

L’auteur, pour qui la lutte contre la section montréalaise n’avançait pas assez vite, interpelle les «hauts cuivres» de l’organisation (c’est-à-dire la clique opportuniste du Comité central) pour les enjoindre de tout faire «pour minimiser les délais», espérant que cette pression fasse en sorte que la section montréalaise soit expulsée plus rapidement – et que les «monstres» qui la composent soient «anéantis».

«A» affirme aussi s’être fait offrir, par un des «hauts cuivres» de l’organisation, que son essai soit publié sous la forme d’un livre (on se demande bien quel éditeur aurait accepté cette compilation de ragots!). Plusieurs mois plus tard, il semble bien que les «hauts cuivres» aient changé d’idée. En effet, jusqu’à maintenant, Je voulais rejoindre une organisation marxiste-léniniste-maoïste n’a été publié sous aucune forme ni sur aucune plateforme, probablement au grand désarroi de son auteur… Après avoir instrumentalisé honteusement un texte scissionniste rempli de mensonges et de thèses douteuses pour atteindre ses propres objectifs – gagner la direction complète du parti et neutraliser la section montréalaise –, et une fois que ce texte eût rempli sa fonction à l’interne – diaboliser la section montréalaise auprès des militantEs du parti – , la clique opportuniste du Comité central, à laquelle doivent désormais se soumettre «A» et les deux autres éléments hostiles, a visiblement décidé qu’il valait mieux qu’il ne soit pas publié. Après tout, il y a fort à parier qu’elle ne veuille pas être associée publiquement à un texte aussi médiocre, et ce, bien qu’elle partage bon nombre des conceptions opportunistes qui y sont exposées. Malheureusement pour elle, les manœuvres fractionnelles auxquelles elle s’est adonnée bassement sont désormais dévoilées.

* * *

ANNEXE 1: Je voulais rejoindre une organisation marxiste-léniniste-maoïste

– Un manifeste pour la création d’un premier parti marxiste-léniniste-maoïste par “A”

Cela fait maintenant plus de deux ans que je suis rentré en contact avec le Mouvement Étudiant Révolutionnaire (MER) – Montréal, lors des préparations pour le 3ème Congrès pour le MER. Pendant plusieurs années, je me disais communiste orphelin et que je ne me sentais pas à ma place dans la plupart des autres tendances de gauche.

Le système capitaliste dans lequel on vit n’est qu’aliénation du travail des classes laborieuses et aliénation de leur société. Les masses ne rêvent, plus ou moins explicitement, que de la révolution socialiste. Forcément alors, je me devais d’être révolutionnaire et je reconnaissais la nécessité de s’organiser en tant que révolutionnaires dans le but de constituer une avant-garde et de donner une direction politique aux mouvements de révolte contre l’ordre bourgeois. Il m’apparaissait aussi primordial qu’une telle organisation se lie aux masses de façon compréhensive et consciente: que cette organisation se constitue en parti qui travaille avec une loyauté sans faille pour l’avancement de la révolution socialiste.

Aujourd’hui, j’ai honte d’avoir défendu une organisation, le parti communiste révolutionnaire (PCR-RCP) qui non seulement ne fait pas la promotion du MLM dans les masses, mais qui travaille en pratique pour associer le MLM aux tendances les plus réactionnaires. Cette lettre est donc adressée à toutes les membres du PCR pour dénoncer cette situation et pour exposer les problèmes que j’ai identifiés clairement. Je ne me limite pas aux membres de ma propre cellule parce que de toute évidence, ces problèmes sont construits par des dynamiques qui englobent l’ensemble du parti.

Mais avant de procéder avec ma critique, je dois faire mon autocritique face à mon attitude envers le parti. J’ai commis un certain nombre d’erreurs avant de me joindre au parti et après. Je ne m’attends pas à ce que la présentation de cette autocritique soit en soi suffisante pour vous prouver que je suis en voie de ne pas répéter ces erreurs. C’est d’ailleurs une des raisons pourquoi j’écris cette critique: pour discuter de mon évolution sur ma compréhension de la théorie marxiste-léniniste-maoïste.

Pendant une année j’ai milité de façon très active, après des années passées à m’instruire sur la théorie communiste en général. J’ai passé une année à passer de l’abstrait au concret, il était plus que temps de passer du concret à l’abstrait, de synthétiser l’expérience vécue et de plancher sur les pratiques que je dois changer afin de mieux contribuer à la tâche historique que se donne le prolétariat armé de la science marxiste-léniniste-maoïste: la révolution socialiste et son projet de réelle émancipation de toutes.

Il fallait donc que j’écrive ce texte. Inutile de faire de la politique si j’étais incapable de procéder.

Je me suis demandé comment est-il possible que le parti soit si prompt à s’autosaboter. J’ai dû conclure qu’il y a une bonne quantité de gens au sein du parti qui sont en réalité anti-marxistes, anti-léninistes et anti-maoïstes, particulièrement à Montréal. J’ai donc décidé de bâtir mon texte en me basant sur ces trois moments de la science MLM, en donnant le titre à chacun des slogans qui souligne les différence entre les pratiques du PCR et la pratique MLM. Pour chaque section, je commence par des fragments de théorie de chacune de ces étapes. Par la suite, je fais mes critiques par rapport aux manifestations concrètes des déviations anti-MLM. J’ai aussi tenté de rendre ce texte le plus lisible possible pour des gens ne connaissant que peu le MLM.

À posteriori, cette façon de structurer était bonne au sens où il y avait plus que suffisamment de matériel et qu’elle couvrait tout le MLM, mais elle était contraignante. Il y a un fil conducteur, mais il doit toujours être explicité, ce qui a rendu le texte beaucoup trop long. Il aurait manqué beaucoup de travail pour rendre ce texte accessible pour les masses, même s’il suffira pour les besoins du parti. Ce n’est définitivement pas un texte de vulgarisation. Mais mon intention au début était de rendre ce texte accessible aux gens n’ayant pas été exposée au marxisme. Pour faciliter la lecture, j’ai donné des exemples à chaque passage qui pourrait être trop abstrait. J’ai reçu des bons commentaires pour ces exemples, mais le texte n’en est devenu que plus long. Surtout que, considérant le niveau théorique que j’ai eu l’occasion de voir à Montréal, il faut partir de zéro.

Par ailleurs, vous remarquerez que le traitement de ces trois moments est assez éloigné du traitement orthodoxe du MLM au PCR, en ce que je ne traite pas ces moments comme étant des étapes, mais plutôt des facettes de la même théorie cohérente que forme la théorie communiste antirévisionniste. Cette séparation entre Marx, Lénine et Mao a son utilité pédagogique, mais on en abuse beaucoup trop. Marx, Lénine et Mao avaient essentiellement toujours le même message, mais appliqué à des contextes différents.

Je ne revendique cependant aucune forme d’originalité dans le traitement de ces idées.

Je dois remercier les personnes qui ont critiqué le texte et qui m’ont suggéré des révisions. J’ai particulièrement apprécié leur apport, considérant toutes les histoires qui se sont produites au sein du parti et les différences de culture qui nous traversent. Je dois également remercier l’équipe de traduction qui a donné généreusement de son temps pour permettre de traduire ce texte. Je vous ai remercié avant même que le texte ait été traduit, et je n’ai pas été déçu: je suis très satisfait du résultat obtenu.

Je dois également donner un avertissement concernant le contenu du texte. Il y a de la discussion franche de la plupart des oppressions que vous connaissez. Les gens qui me connaissent savent que je ne prends pas de gants pour faire de la politique. Bien que ce style de discussion soit généralement apprécié à travers les masses, ça vaut la peine de donner des avertissements. Il n’y a aucune description graphique, mais je parle de violence qui peut être extrême par rapport à des membres spécifiques du parti parfois, en particulier sur les abus patriarcaux, la transphobie et la psychiatrie. En particulier, dans la section sur Marx, je fais un compte-rendu détaillé de ce qui s’est passé à Montréal dans la sous-section «L’exceptionnalisme Montréalais».

Je suis certain que plusieurs personnes trans au sein du parti trouveront que mon texte est beaucoup trop aride et enlève beaucoup à la subjectivité de leur expérience. Par exemple, je parle du droit à l’autodétermination à l’identité de genre comme étant un droit démocratique. Je décris aussi les personnes trans comme un fait social matériel. Ce texte n’a cependant pas été écrit pour traiter des luttes de libération trans en tant que telles, mais du fait qu’elles font partie de la lutte prolétarienne. Si je m’y prends ainsi, c’est pour combattre les réactionnaires qui se déguisent en communistes, et non pas pour mener en tant que tel la lutte de libération trans.

Je décris aussi les TERFs comme étant par définition les gens inspirées par le féminisme radical et qui sont par principe contre le fait trans. J’ai eu cette discussion avec une personne trans au sein du parti, qui définissait plutôt TERF comme étant toute forme de cissexisme, c’est-à-dire, toute réaffirmation de la binarité de genre. Pour moi, un macho patriarche typique qui déteste les féministes radicales et qui renforce la binarité de genre n’est pas TERF. Il est patriarche. Une personne qui se réclame du féministe prolétarien tout en adhérant pas à l’idée féministe radicale que les hommes et les femmes constituent des classes sociales mais qui serait cissexiste n’est pas TERF. Elle a certains aspects de son idéologie qui sont patriarcaux. J’utiliserai donc ma définition de TERF dans ce texte.

J’accepterai volontiers toutes les critiques anti-oppressives par rapport à ce sujet. Les personnes trans au sein du parti sont plus à même de faire la théorie à ce sujet. C’est leur pouvoir qui compte à la fin, pas ma propre théorisation.

Par ailleurs, j’ai décidé de changer ma façon de féminiser mes textes. J’avais l’habitude de mettre en français tous les suffixes genrés comme étant en majuscules. Je trouvais lassant de ma relecture de ce long texte avec ces voyelles, j’ai donc décidé de tout féminiser. Ça vaut bien tout masculiniser. Présentement, la langue anglaise a cet avantage, on ne pourra qu’espérer que dans le futur, la langue française soit modifiée par la lutte de nos camarades.

M’asseoir sur ses lauriers: mon autocritique

Je suis à l’origine de plusieurs déviations graves au sein du MER, que j’ai initiées dès le début de la refondation du MER.

Avant même de refonder le MER, j’ai commencé en normalisant par ma pratique personnelle au sein du parti une cadence de travail qui serait insoutenable par la plupart des étudiantes. Je n’ai jamais caché comment je parvenais à cette cadence, où je mettais environ vingt heures par semaines à me consacrer à mon engagement révolutionnaire. Mes études aux cycles supérieurs sont présentement financées par l’État, ce qui est un luxe que la plupart des étudiantes n’ont pas ou très peu. Cela entraîne forcément que la plupart des gens qui seront capables de suivre cette cadence sont les gens qui n’étudient pas et qui ne travaillent pas. Par définition, les gens en leadership dans nos organisations ne pouvaient inévitablement être que d’origine petite-bourgeoise.

Dans la même ligne de raisonnement, j’ai tenté de pallier à la contradiction entre les francophones et les anglophones en traduisant le plus rapidement possible tous les textes qui devaient être traduire. J’avais l’habitude de vérifier à chaque soir s’il y avait des textes à traduire, que je faisais d’habitude la soirée même, au rythme de 15 minutes par page. J’ai mis la barre extrêmement haute pour les autres. J’ai habitué les gens, en particulier les anglophones à ce genre de performance, mettant une pression énorme sur les bilingues qui étaient relativement peu nombreuses au MER. Cette action a pu contribuer à faire croire aux anglophones que cette performance était raisonnable alors qu’elle ne l’était pas.

Lors de la refondation du MER, j’ai fait la promotion, de façon volontaire, d’un anti-intellectualisme exagéré. Confondant la suite d’actions qui était optimale pour mon apprentissage personnel en tant que cadre, alors que j’avais lu une bonne dizaine de livres marxistes sur plusieurs années mais relativement peu pratiqué, j’ai appelé à ce qu’aucune promotion de lectures au sein du MER soit faite et à ce qu’on ne fasse que de la pratique. L’intention était de mettre la théorie en pratique (i.e avoir une praxis) et semblait une réponse adéquate à une tendance au sein du parti à ne contempler les écrits des intellectuels bourgeois et expliquer pourquoi elles dévient de la conception du PCR de la révolution. Le moyen pris était cependant inadéquat pour les autres membres du MER. Ce genre d’attitude constitue en fait un mépris complet des efforts que les révolutionnaires ont fourni dans le but de former théoriquement les masses dans les 175 dernières années et dans des conditions matérielles souvent très difficiles.

Pour cette même raison, je n’ai jamais réellement pensé m’éduquer sur le féminisme prolétarien. Je suis resté satisfait de savoir quelques faits d’importance pratique sur le féminisme prolétarien, plutôt que de réellement saisir la provenance de cette politique, cette idéologie et son but. J’ai été énormément influencé par le féminisme radical avant de me joindre au MER puis au PCR et même si j’étais capable de reconnaître que le féminisme radical était forcément transphobe, plutôt que de réellement rejeter le féminisme radical, j’ai seulement juxtaposé le meilleur du féminisme prolétarien sur la question de la libération trans sans réellement faire de rupture avec le féminisme radical.

Par la suite, je me suis dit que les féministes radicales, en voyant les pratiques moins problématiques typiques de ce que voudraient les féministes radicales (par exemple, des services de garde pour les parents militants), le féminisme radical allait de soi disparaître pour se rallier au féminisme prolétarien. C’était aussi absurde que de se dire que la transphobie et le cis-chauvinisme inhérents au féminisme radical allait disparaître d’eux-mêmes par les services de garde, et potentiellement un discours critique de la prostitution, tout en garantissant et en affirmant que nous pouvons accueillir des féministes radicales tout en étant trans-inclusif.

Je suis rentré au parti avec l’idée que j’allais changer radicalement les façons de faire en proposant dans la pratique des alternatives qui permettraient de recruter un nombre sans précédent de nouveaux membres. J’avais un grand nombre de critiques par rapport au parti que je n’ai jamais exprimé parce que j’avais totalement confiance en la bonne foi de ses membres. J’ai fait preuve d’un optimisme démesuré en une organisation avec laquelle je n’avais jamais vraiment été en contact.

Lorsque ma mentor (si vous ne savez pas c’est qui, pensez à une femme d’expérience du MER provenant de la rive Nord de Montréal et qui a fait beaucoup de voyages pour le parti au Canada anglais, c’est probablement elle) m’a communiqué les raisons pourquoi elle quittait l’organisation et qu’elle allait écrire ses critiques, j’ai préféré lui dire que les succès récents du MER allaient forcément changer la composition du parti et forcer un débat, où visiblement les camarades du parti adopteraient une ligne correcte. J’ai ajouté qu’elle n’aurait pas à écrire de critiques. J’ai, par le fait même, obstrué le développement d’une autocritique du parti, et ce, même si je savais qu’elle avait parfaitement raison.

J’ai volontairement caché les déviations sexistes, anti-queer et anti-trans à Montréal dans le but de me garder la gloire et le prestige d’avoir corrigé ces déviations moi-même une fois qu’elles seraient corrigées. Je n’ai commencé à discuter de ces problèmes qu’une fois que c’était devenu un danger pour toute l’organisation pancanadienne et que ce serait clairement moi qui serait mis responsable de ce problème. J’ai fait cette réalisation lorsqu’une femme trans a commencé un coming-out au sein du MER. Or, il faut être très clair, en aucune circonstance des propos transphobes ou la présentation de justification théorique pour cette transphobie sont acceptables dans une organisation de masse révolutionnaire. En fait, ces propos ne sont acceptables nulle part.

Cette erreur est d’autant plus choquante que depuis le début de la refondation du MER, j’ai pris toutes les précautions pour faire en sorte que les luttes de libération des femmes, queer et trans soient bien respectées. J’ai contacté dès le début des membres intéressés de ces catégories sociales à venir rejoindre le MER et/ou à donner des ateliers sur les enjeux spécifiques qui les concernaient. Nous avions regardé le film Laurence Anyways de Xavier Dolan, où nous voyions l’histoire d’un coming-out d’une femme trans dans la société québécoise au début des années 90. Je pensais que ce serait suffisant d’expliquer en quoi ces luttes de libération sont importantes et pertinentes pour tous les prolétaires. C’est donc moins de la négligence de ma part qu’une forme de hubris. Je voulais impressionner le Canada anglais et prouver la supériorité de notre pratique à Montréal. Sur l’aspect de la construction du pouvoir politique des LGBTQ**2S dans nos organisations et sur la consolidation des membres, c’était toutefois un échec total.

J’aurais dû, dès que j’ai vu les signes d’un mépris pour ces questions et de la perte considérable de réputation qui s’ensuivrait pour le MER s’il devait suivre la ligne implicitement cis-sexiste du PCR à Montréal, appeler à faire feu sur le quartier général. Une des raisons pour laquelle je n’ai pas contacté le reste du Canada plus tôt était ma fierté d’avoir sans aucun doute été le principal moteur et organisateur de la construction la plus spectaculaire d’une organisation de masse. Je pensais que le fait que des gens qui se battaient contre les réactionnaires antipopulaires en Inde et aux Philippines se battraient contre tous ses aspects, y compris contre la propagande «féministe» radicale trans-exclusionnaire utilisée là-bas ayant ces sources dans le premier monde impérialiste. J’avais la certitude totale que si un groupe de personnes disait ouvertement suivre le féminisme prolétarien et que ce féminisme prolétarien s’opposerait au cis-chauvinisme, alors ce groupe de personnes s’opposerait au cis-chauvinisme. Mais il ne faut pas faire confiance aux étiquettes, seulement aux actions.

J’ai blâmé les membres du comité femme plutôt que les hommes du parti au sein du MER pour leurs pratiques cis-chauvinistes, alors qu’il était clair que c’était eux les responsables de la construction d’une idéologie contre le féminisme prolétarien, qu’ils se permettaient d’appeler féminisme prolétarien. Alors que je savais qu’ils mentaient au MER au sujet de notre adhésion au 4ème congrès à des pratiques LGBTQ**2S inclusives, et que ces membres avaient eu la chance de s’exprimer dans des débats qui ont duré pendant des heures sur qui on admettrait dans notre organisation et qui on n’admettrait pas, j’ai gardé une analyse superficielle des forces en présence. C’était pourtant clair que c’étaient d’abord et avant tout les hommes qui voulaient combattre le féminisme prolétarien. Les féministes radicales n’ont jamais menti sur leur adhésion idéologique, ce sont les hommes du parti qui leur ont menti sur le MER. J’ai préféré blâmer les nouvelles que de blâmer les gens avec qui j’avais lutté pendant des mois, parce que j’étais trop attaché à l’idée que si nous avions connu un succès fulgurant, c’est parce que l’œuvre de création d’une praxis anti-oppressive était à toutes fins pratiques complète chez les anciens membres. Bien que je ne sois pas responsable de leur utilisation en tant que boucliers humains par les patriarches du parti, je suis certainement responsable d’avoir tiré sur elles alors que je savais qu’elles s’étaient fait mentir.

Ironiquement, lorsque j’ai rejoint le PCR par la suite, j’ai attendu avant de faire mes critiques contre les idéologues professionnels qui ne se gênent pas pour reprendre qu’ils ont appris dans leurs cours de sciences humaines ou de sciences sociales. J’avais déjà fait une analyse de classe de ce type de personnes, qui avait le luxe à la fin de leur adolescence de s’aventurer vers des études qui ne donnent aucune garantie d’emploi après avoir passé des années à temps plein à ne pas subvenir à leurs besoins. Je savais que ce genre de décisions était toujours le produit d’un privilège matériel considérable, la manifestation d’une appartenance aux meilleures couches de la petite-bourgeoisie. Mais dans ce contexte, je n’ai pas agi en fonction d’analyses qui étaient pourtant correctes, faisant perdre un temps précieux.

J’ai toujours pris notre adhésion au projet d’avoir un mouvement étudiant révolutionnaire pancanadien comme étant donné, alors que j’aurais dû m’informer de l’opinion des membres du parti à Montréal sur le sujet, qui étaient contre la constitution d’une organisation de masse forte pancanadienne qui existe de façon autonome, mais pour garder une organisation de masse faible au niveau pancanadien et être totalement inféodé aux sections locales. J’aurais dû aussi m’informer sur l’opinion des camarades vis-à-vis de la pratique du MER et de leurs commentaires avant que je rejoigne formellement le parti. En aucun cas, je ne devais prendre pour acquis que nos prétendues camarades approuvaient de nos entreprises, même si elles ont menées à un succès fulgurant. J’aurais appris que dans la cellule de Montréal, on n’aime pas innover ou apprendre de nos erreurs, et on n’aime encore moins se faire donner des conseils par les autres, surtout quand ce sont nos jeunes qui sont sur le terrain.

Cela m’aurait permis de formuler ma critique beaucoup plus rapidement, et avant que les contradictions au sein du PCR fassent dégénérer la situation. Contrairement à ce que je pensais implicitement, dans une organisation révolutionnaire, les bonnes idées ne se diffusent pas d’elles-mêmes, il faut faire des critiques incisives des mauvaises pratiques et de la mauvaise théorie. J’aurais pu simplement appliquer ce que j’ai appris à l’école en matière de gestion de travail d’équipe.

S’il y a un principe qui peut tout résumer mon autocritique, c’est qu’il faut réaffirmer ses principes, pas ses succès. Seuls des bons principes peuvent nous diriger vers la révolution, les succès obtenus peuvent toujours être renversés.

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!

Pour que toute catégorie de gens arrive à faire un changement politique en sa propre faveur, elle doit s’unir autour d’un projet politique. Cette unité ne peut cependant pas être proclamée dans l’abstrait. Elle doit être bâtie progressivement, où les parties de cet ensemble reconnaissent leurs contradictions et arrivent à les dépasser. Tout groupe social qui n’arrive pas à remplir ce processus échouera dans ces objectifs: leur adversaire sera capable de profiter des divisions au sein du mouvement pour le détruire pièce par pièce. Cela reste vrai que ce soit pour la bourgeoisie qui est en lutte contre le prolétariat, tout comme le prolétariat qui est en lutte contre la bourgeoisie.

La bourgeoisie s’est créée ses propres moyens pour régler ses contradictions internes. Son outil le plus fort est l’État bourgeois, qui existe en partie pour s’assurer que les lois du marché ne détruiront pas l’infrastructure industrielle des différentes forces capitalistes. Cet État peut prendre différentes saveurs selon l’époque et les besoins. Dépendamment de sa prise sur l’activité politique du prolétariat et de leur capacité de résistance, l’État bourgeois prendra la forme État-Providence, néolibérale ou fasciste.

Ce n’est donc pas un hasard par ailleurs qu’un des objectifs de la construction d’un parti communiste révolutionnaire soit la résolution des contradictions au sein du prolétariat. Ces contradictions n’existent pas en isolation, si la plupart des gens qui vivent des oppressions spécifiques sont prolétaires, alors réciproquement, ces oppressions spécifiques prennent un caractère prolétarien. Se pencher sur ces questions n’est pas une tâche facile: il y a un bon nombre de ces contradictions. Le sexisme, le racisme, l’oppression des communautés LGBTQ2S** et le capacitisme sont quelques-unes de ces contradictions qui empêchent l’unité du prolétariat.

Prenons l’exemple du sexisme. Pour les femmes prolétariennes, les hommes prolétariens qui harcèlent sexuellement, dénigrent ou ne prennent pas au sérieux l’opinion des femmes, se comportent exactement comme les hommes bourgeois. De leur point de vue, il ne peut pas y avoir de différence au niveau pratique entre les hommes prolétaires et les hommes bourgeois. Ces deux groupes utilisent le sexisme pour sécuriser leur propre pouvoir politique. Les conséquences de ces comportements ont toujours été graves pour les hommes prolétaires: en continuant à préserver le maigre pouvoir qu’ils peuvent partager avec leurs homologues bourgeois: ces derniers peuvent continuer à régner car le prolétariat ne sera jamais capable de s’unir dans ces conditions.

On peut citer d’autres exemples. Le prolétariat blanc qui continue à se croiser les bras devant le chauvinisme blanc et qui continue à en profiter, en tant que masse, par de multiples privilèges participent à l’exploitation des prolétaires racisées. Les prolétaires cis-hétéro qui continuent à faire la promotion du fait cis-hétéro comme étant une norme universelle se créent un monde à leur image dans leurs environnements de travail qui les réconforte, mais excluent une fraction importante de leurs camarades en chemin. Peut-être encore plus évident est la question du capacitisme: en opprimant leurs camarades sur telle ou telle capacité ou handicap que telle ou telle autre camarade n’aurait ou n’aurait pas, les prolétaires ne font que s’imposer eux-mêmes la fausse discipline dont la bourgeoisie a besoin pour tenir conformes ses employées.

Le combat contre les oppressions spécifiques du prolétariat n’est pas divisif: Au contraire, c’est l’indifférence devant ces oppressions qui est divisive. Comment le prolétariat peut-il prendre une conscience distincte de l’oppression de classe qui les afflige lorsque pour une partie importante du prolétariat, l’extraction de plus-value, en soi, n’est même pas le plus grand de leur souci? Comment est-ce que le prolétariat peut s’engager dans une lutte de classe sans merci quand des pans entiers de leurs souffrances, en tant que prolétaires dans leur combat par la bourgeoisie, sont ignorés, soit pour des gains marginaux opportunistes, soit carrément pour des gains personnels de certains éléments privilégiés?

La réponse est simple: c’est impossible. L’unité politique du prolétariat est impossible tant que les oppressions spécifiques du prolétariat sont ignorées.

Mais aussi terribles soient les conséquences des oppressions au sein du prolétariat sur l’unité politique du prolétariat, elles ne sont encore que des conséquences immédiates. L’idée même de la révolution socialiste est discréditée dans les masses lorsque les organisations révolutionnaires ignorent les oppressions spécifiques du prolétariat. Cela est encore pire pour les organisations communistes, qui se revendiquent de telle ou telle école de pensée de synthèse des résumés d’expériences des luttes de classe passées: dans ce cas, l’idée même d’une science de la lutte de classe est discréditée. L’idéologie révolutionnaire se trouve attaquée par l’ignorance des conséquences des oppressions spécifiques au sein du prolétariat.

Il est assez commun de voir des gens d’Ottawa et de Toronto critiquer les gens arborant des politiques identitaires pour défendre leur oppression. Puisque la plupart des personnes membres des organisations liées au PCR, à ma connaissance, vivent également des oppressions multiples, je ne prétendrai pas avoir l’heure juste sur tous les accrochages qui ont eu lieu. Ma compréhension des politiques identitaires est que celles-ci représentent le syndicalisme des oppressions spécifiques. Elles ont les mêmes objectifs, les mêmes pratiques, les mêmes défauts, et notre attitude vis-à-vis les groupes de défense des oppressions spécifiques doit être pareille à celle que nous avons envers les syndicats. Cette question est bien comprise depuis le temps de Lénine, et la réponse appropriée est claire: mais encore faut-il l’appliquer. Soyez sûres cependant d’une chose: toutes ces personnes d’Ottawa et de Toronto qui ont visité Montréal m’ont avoué regretter la présence de ces forces provenant des politiques identitaires.

Un se divise en deux

Aussi vraie que soit la nécessité de saisir l’importance des contradictions au sein du peuple dans une perspective d’unité vers un projet révolutionnaire, cette préoccupation ne peut qu’être superficielle pour tout parti désirant avancer la révolution socialiste. La raison est bien simple: ce ne sont que des vérités générales à propos de la politique. La bourgeoisie utilise ce genre de procédé tout en poussant ses propres intérêts. La logique propre de la politique prolétarienne doit donc se baser ailleurs que sur la nécessité pragmatique de l’unité de classe. Pour comprendre la logique de ce qui constitue la politique révolutionnaire prolétarienne, les communistes doivent saisir ce qu’est le prolétariat.

Pour les marxistes, le prolétariat se définit comme étant la classe qui produit les commodités qui seront vendues sur le marché, définie en opposition avec la bourgeoisie, qui est la classe à laquelle appartiennent les moyens de productions. Cette dernière achète des biens, les ferait transformer en achetant une force de travail (des membres du prolétariat), et les revendrait sur le marché avec un profit. Ce profit provient de la différence de valeur entre leur force de travail et le travail produit. Je suis sûr que nous sommes toutes d’accord jusque-là.

Examinons maintenant comment le prolétariat est apparu, parce qu’on ne peut rien comprendre si on ne comprend pas son mouvement. Clairement, ce n’est pas au sein des relations dans le marché que nous devons chercher l’origine du prolétariat, quoi que d’autres en disent. Ça reste une tendance cependant chez certains marxistes qui considèrent le prolétariat comme donné, arrivé tout simplement comme ça et non pas comme une construction matérielle et historique. Cela équivaudrait à dire que la formation du capital s’est formée là où, un bon jour, le premier de ces jours où les inégalités de richesse se sont formées, une personne a été oisive et n’a pas accumulé suffisamment de biens, et s’est trouvée à être en désavantage perpétuel par rapport aux autres. La personne industrieuse aurait donc amélioré ses moyens de production, baissé ses coûts et inondé le marché, pour finalement ruiner la personne oisive, incapable de faire compétition contre ces nouveaux moyens de production. Le prolétariat consisterait en ces enfants de cette personne oisive, qui porteraient en eux le péché originel de l’oisiveté. Bien sûr, aucun de ces marxistes qui s’obstinent à ne pas voir le prolétariat comme construction matérielle et historique ne reconnaît les conséquences de leur idéalisme. Comme par hasard, c’est souvent un homme blanc cis-hétéro normatif assez aisé qui va débiter ce genre d’âneries.

Pour les prolétaires vivant des oppressions spécifiques, il peut arriver carrément que leur oppression prolétarienne soit complètement définie par leur oppression spécifique. Elles ne se définissent pas comme prolétaire, mais comme leur oppression spécifique d’abord et avant tout. Malgré tout, ces oppressions n’existent pas dans le vide. L’oppression n’apparaît pas simplement parce que la violence ferait partie d’une nature humaine qui serait préexistante à sa concrétisation matérielle. Il y a toujours un incitatif matériel à la violence.

Par matériel, il faut concevoir quelque chose de beaucoup plus large que le fait économique, que la valeur d’échange des commodités ou des moyens de production autour de nous. Une des forces matérielles les plus négligées par les gens se revendiquant du marxisme, c’est la question du pouvoir politique. C’est assez ironique, considérant l’emphase qu’ont mis la plupart des marxistes sur la question de l’État. Ça devient encore plus ridicule pour des gens désirant suivre la voie tracée par Marx et Engels quand ils ont fini le Manifeste pour un Parti Communiste avec le célèbre «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!»

Ce n’est pas l’État qui crée le pouvoir politique. L’État sert à gérer les contradictions matérielles au sein de la société, il se constitue en pouvoir politique suprême au-dessus du pouvoir politique des différentes factions de la société. Il en est aussi l’expression la plus raffinée, la construction la plus aboutie de l’aspect du pouvoir politique le plus susceptible d’être remis en question par les masses. Il est donc normal que l’État prenne des formes différentes à travers l’histoire. Bien que son pouvoir répressif soit l’élément qui nous fait souvent le plus peur pour nous révolutionnaires, son pouvoir idéologique est loin d’être négligeable. C’est même l’expression d’un pouvoir politique en bonne santé que de se fier principalement à son pouvoir idéologique. Ces deux pouvoirs sont cependant très difficiles à dissocier complètement. On peut dire que la police par exemple, a comme objectif principal de protéger l’État bourgeois du prolétariat, mais il a un objectif idéologique important aussi, celui de créer l’illusion de la société civile. La psychiatrie a comme objectif principal de s’assurer d’une certaine norme où les gens peuvent se reconnaître, ce qui est un objectif idéologique, mais il a aussi un aspect répressif dans le contrôle des corps et des esprits des gens.

Le pouvoir politique d’un groupe de personnes peut devenir tellement fort, que non seulement il n’a pas besoin de réprimer pour subsister, mais il n’a pas besoin de pouvoir d’État pour exister. Les promesses faites aux anarchistes par rapport à la fin de l’État après la dictature du prolétariat n’auraient absolument aucun sens si elles ne provenaient pas de personnes totalement convaincues qu’il n’y aurait aucune base matérielle pour des contradictions politiques une fois la tâche de construction du socialisme réalisée. C’est en fait assez difficile de défendre cette position à travers les masses, et c’est souvent une critique très justifiée contre le mouvement communiste en général. Il vaut mieux être honnête et de parler de la nécessité de l’État prolétarien pour la construction du socialisme et la résolution des contradictions au sein du peuple.

Donc la vraie question est, comment le capitalisme en est-il venu à être la forme hégémonique du pouvoir? En particulier, comment les nations d’Europe en sont-elles venues à être les premières à subir cette transformation et par la suite dominer le reste de la planète? Certainement, des faits purement naturels ou techniques se sont produit, comme la transmission de la science de l’Est vers l’Occident et la Peste Noire, qui ont sérieusement affaibli le pouvoir féodal en Europe. Mais généralement, on s’entend pour dire que généralement cela a consisté en un long processus, où la dynamique centrale était l’accumulation primitive, un des processus les plus violents qui s’est produit dans l’histoire humaine. C’est par l’extorsion de territoires et de ressources et les déplacements forcés de population, d’abord en Amérique, puis en Afrique et finalement proportionnellement dans une moindre mesure en Asie que les nations européennes sont devenues puissantes. Plus une nation européenne s’est adonnée à ce processus, et plus elle s’y est adonnée longtemps, plus elle est devenue puissante.

Les nations européennes n’avaient jamais eu la puissance pour subjuguer des aussi grands territoires de façon directe. Elles ont conclu des ententes avec d’autres nations, souvent plus faibles, pour y arriver. Les têtes de pont des nations européennes se sont bâties de cette façon. C’est en profitant de moments de faiblesses dans les nations sur d’autres continents, et en accumulant graduellement les gains des pillages que cette conquête s’est effectuée. Ce processus ne s’est pas produit par l’application des lois du marché, bien au contraire. Ce n’est qu’une fois que l’hégémonie des grandes puissances européennes est devenue pratiquement imbattable que le capitalisme s’est imposé comme universel.

À moins bien sûr que vous ne considériez littéralement la traite d’esclaves Noires comme étant un échange simple de commodités. L’esclavage s’est terminé après une guerre civile aux États-Unis qui a été très lourde en pertes humaines et matérielles, mais il n’a pas pour autant permis une libre compétition de la marchandise force de travail. Les politiques racistes n’ont pas disparu, elles ont changé de forme pour se conformer au capital industriel qui venait de défaire le capital des esclavagistes. L’exclusion des personnes noires des milieux blancs a continué bien après l’abolition de l’esclavage et continue à ce jour aux États-Unis, ce qui facilite son exploitation par la bourgeoisie. C’est son exclusion de la société blanche qui produit ses conditions pour être prolétaire.

Il est très facile après coup, et en ayant lu beaucoup d’écrits de personnes noires à ce sujet de se faire une bonne idée du mouvement qui permet l’exploitation du prolétariat. Or, ce n’est qu’en observant progressivement le mouvement des phénomènes sociaux dans le présent qu’on peut tirer des lois sur leur apparition. Le fait d’être racisée peut être plus important dans le concret que n’importe quelle somme d’argent dans un compte en banque. Pourquoi les forces de répression policières sont-elles si méfiantes quand elles voient une personne racisée entrer dans une grosse maison ou une voiture de luxe, si ce n’est que les possessions qui comptent?

Un exemple sur la question de la parité de genre, dans le présent, peut illustrer le processus de prolétarisation qui peut se produire même dans les conditions les plus libérales. À l’université où j’étudie, nous vivons présentement une grande transition, où nous nous dirigeons rapidement pour atteindre la parité de genre. À chaque rentrée scolaire, la démographie change de façon choquante, positivement bien sûr, pour inclure plus de femmes. Dans mon programme en particulier, ma cohorte il y a de cela plusieurs années était parfaitement paritaire: cette année, j’ai enseigné à une cohorte entrée majoritairement en 2014 qui était significativement plus composée de femmes que d’hommes.

Un phénomène est aussi arrivé peu de temps après que cette transition commence, lorsque j’ai gradué, qui n’était jamais arrivé auparavant dans mon programme: l’apparition de la précarité généralisée. Littéralement, après six années où on se prive de revenus et où on tente de devenir les meilleures employées pour la bourgeoisie, on doit choisir entre trois options: continuer nos études, être au chômage ou réussir à se trouver un emploi, travailler fort et accepter de travailler des heures littéralement non-payées (je parle du travail non payé banal, pas au sens marxiste de l’exploitation). Nombre de gens doivent travailler dans des épiceries ou dans des restaurants pour pouvoir survivre le temps de se trouver un emploi, et ce pendant souvent plus qu’un an. Auparavant, le plein-emploi avec des conditions de travail sans égales étaient la norme.

Plus la parité est avancée dans un programme en particulier à mon université, plus la précarisation est avancée. C’est simple: ma profession se transforme de plus en plus proche de l’idéal du libre-marché, ce qui était loin d’être le cas avant. Il y a cependant une fracture entre les générations quant aux explications pour le manque de femmes en génie.

Les générations plus vieilles vont citer un machisme qui serait inhérent à la profession d’ingénieur en général et qui refuserait que des femmes s’adonnent à cette profession. Ce machisme aurait eu la forme la plus aboutie chez Marc Lépine, qui se serait surtout distingué par les moyens qu’il a employés que par le désir d’écarter les femmes de la profession.

Mais pour les femmes qui étudient présentement dans les écoles de génie, les barrières sont décrites autrement. Ce serait plutôt qu’une bonne proportion de leurs anciennes camarades de classe au secondaire ne se percevaient pas comme des futures ingénieures. Les jeunes attribuent ce problème au système d’éducation, qui décourage soit insidieusement les jeunes femmes à s’intéresser aux sciences de la nature. Mais les écoles de génie mettent énormément de ressources pour recruter les femmes, et leurs succès sont fulgurants.

Pas besoin d’être bien vieille pour être dans la première catégorie. Il suffit simplement avoir été assez vieille pour se rappeler du 6 décembre 1989 et de la tuerie de l’École Polytechnique de Montréal où 14 femmes sont mortes tuées par balle parce qu’elles étaient femmes. La plupart des personnes qui n’étaient pas nées lors de cette tuerie, qui constituent maintenant la majorité des étudiantes à Polytechnique ne pense pas à la tuerie quand elles pensent à Polytechnique. Et ce, même pour les femmes qui vivent l’oppression spécifique patriarcale. C’est juste trop loin.

En dernière instance, est-ce que c’est l’idéologie patriarcale qui se manifeste pour diminuer les conditions de travail et les salaires dans une profession? Non, c’est la libre compétition. La preuve est que le génie est encore considéré comme une profession masculine, et en plus je suspecte que vous ne croyez pas ce que vous venez de lire. C’est vrai qu’il faut le voir pour le croire. La conclusion, c’est que les hommes ont eu historiquement (et ont encore) un incitatif matériel à exclure les femmes. Cela pourrait être fait au quotidien, nul besoin de lois promulguées par l’État. Il y a déjà longtemps que les lois ont été abolies pour permettre aux femmes de pratiquer le génie. Les belles conditions de travail venaient directement du pouvoir politique patriarcal, qui n’avait pas besoin d’État pour exister.

Il se trouve que j’ai rencontré un communiste qui s’était inscrit exactement dans le même programme que moi, à la même université, il y a de cela plusieurs années. Aucune de mes anciennes camarades de classe, homme ou femme, n’a autant de revenus que lui. Il est réparateur d’ascenseur, où on s’entendra qu’il y a peu de femmes. Le lien de cause à effet est immédiat. Comment expliquer autrement la condition du marché quand on regarde la différence entre les obstacles à franchir pour atteindre ces professions?

Ça ne veut pas dire que présentement l’ingénierie est devenue prolétarisée, mais il y a une tendance indéniable à la prolétarisation. Le libre marché, la libre compétition entre les prolétaires n’a pas créée la base de l’exploitation, c’était l’exclusion d’une catégorie entière de gens. Le libre marché n’est qu’un des modes d’exploitation des prolétaires. Que se passait-il pour les femmes qui auraient très bien pu devenir professionnelle mais qui ne le sont pas devenues par l’exclusion formelle ou informelle? Elles ont été exploitées en tant que prolétaires. Plus le génie se féminisera, plus ses professionnelles seront exploitées.

C’est important de ne pas éliminer de notre pensée la forme abstraite du prolétariat, celle d’être libre du point de vue libéral et producteur de plus-value. Ne pas la maintenir d’une part, ce serait nier la réalité. C’est une dynamique importante de la réalité, et même la plus importante, sans quoi on ne peut pas se dire marxiste. Ce n’est pas qu’il n’existe pas de prolétariat blanc, cishétéronormatif et capable normativement. Mais d’autre part, ce serait difficile de ne pas conclure qu’en réalité, cette faction est opprimée précisément parce qu’elle est forcée de vivre, en raison des lois du libre marché, dans les conditions de vie des autres parties plus opprimées du prolétariat (bien entendu, le libre marché n’enlèvera jamais complètement ces privilèges).

Pourquoi maintenons-nous cette thèse centrale du marxisme, à savoir que c’est le développement des moyens de production qui est le moteur de l’histoire, en dernière instance? C’est parce que les rapports de force entre classes sociales, dans le concret, peuvent toujours être reconfigurés de façon à céder ou prendre du terrain selon telle ou telle condition éphémère, contrairement au développement des moyens de production, qui est une tendance lourde, relativement longue à changer. La force politique d’un groupe d’intérêt peut être liquidée beaucoup plus facilement que des moyens de production parce que ces derniers servent l’ensemble de la société, même dans la plus inéquitable des sociétés. La lutte de classe est une guerre, et c’est par la maîtrise de la logistique qu’on gagne des guerres. Sans avoir une base dans l’activité sociale, autrement dit dans l’économie, aucune force politique ne peut imposer le moindre pouvoir. Ce n’est pas par la réification du développement technologique que les marxistes sont matérialistes, mais par leur méthodologie d’investigation de la réalité, par leur façon de révéler les essences, couche par couche, en considérant chaque couche de l’intérieur, de l’extérieur et dans sa relation avec les autres couches. Quand on a enlevé toutes les couches de la réalité, on s’aperçoit que la dernière couche à enlever est toujours le développement des forces productives. Mais puisque ce fait est universel, il n’aura pas vraiment d’influences sur nos prises de décisions politiques: ce sont donc les autres couches qui doivent nous préoccuper en tant que marxistes.

Mais certaines personnes s’autoidentifiant à la pensée marxiste vont déformer cette vérité, pour dire que puisqu’en dernière instance c’est la sphère économique qui détermine les sphères politiques et idéologiques et que c’est par l’étude toujours plus approfondie de la sphère économique qu’on réussira à orienter le travail politique nécessaire à la révolution, alors on ne doit se soucier que de l’extraction de travail abstrait. Bien souvent, ce sont des idéologues professionnels très privilégiés travaillant pour l’État (littéralement). On pourrait rétorquer que ce n’est qu’une justification bien élaborée pour n’avoir aucun travail à faire sur son rôle dans les oppressions spécifiques du prolétariat. C’est bien sûr complètement vrai, mais à des fins de divertissement, je reprendrai leur rhétorique.

Ces idéologues, en tant que marchandise, se révèlent comme ayant une double nature: ils ont une valeur d’usage et une valeur d’échange. Leur valeur d’échange est bien entendu la valeur de leur force de travail, quoi que de nos jours, ces idéologues sont pratiquement prêts à travailler bénévolement pour les institutions académiques pour faire en sorte de produire leur valeur d’usage: endoctriner les masses et leur enlever toute conscience révolutionnaire. Cela est une énième preuve du fait que les prix des marchandises ne correspondent pas toujours à leur valeur. Heureusement d’ailleurs que leur valeur d’échange est un fait global qui dépend principalement de qui possède l’argent, parce qu’elle n’a aucune valeur concrète pour le prolétariat.

On aurait pensé qu’au moins, ces marchandises voudraient montrer leur utilité sociale en étudiant comment la production, la circulation et la reproduction de l’économie capitaliste évolue avec le temps. Il y en a beaucoup à dire sur ces processus, qui refléteraient vraiment les mouvements matériels historiques dont on voit les conséquences dans l’actualité.

Pensons notamment à la question de la monnaie. L’utilisation de l’argent américain partout dans le monde, en particulier dans les pays dominés par l’impérialisme, en particulier pour des ressources de première importance comme le pétrole a certainement des impacts concrets sur les événements politiques. Le contrôle national de la monnaie a certainement aussi une importance dans l’actualité: pensons aux déboires autour de la zone euro et de la Grèce.

Un autre exemple important serait le rapport entre les deux grands départements de la production: les moyens de production (département I) et les moyens de consommation (département II). Les déséquilibres qui se produisent entre ses départements permettent de prédire l’endroit où les crises arriveront. En plus, les capitalistes sont généralement totalement incapables de prédire ces crises, ne les voyant qu’après coup, après des changements brutaux de signaux de prix et de taux de profit. On serait même capable avec ces analyses de mieux cibler notre propagande. Parce qu’il faut se le dire, les prolétaires qui sont exploitées dans les pays impérialistes ne font généralement pas partie du département I. Regardons tout ce qui reste en termes de branches d’industrie au Canada: l’industrie pétrolière, l’industrie aéronautique, l’industrie sidérurgique, l’industrie minière… aucune de ces branches n’a une fraction significative de prolétaires à son emploi. Il serait très dangereux pour la bourgeoisie de ne pas avoir sa base d’appui dans ses usines qui s’occupe de la machinerie et de bâtiments valant des billions de dollars. Ce sont des arguments dont la base est économique, mais elles ont des répercussions politiques importantes pour les révolutionnaires.

Mais nos idéologues professionnels ne peuvent pas s’y mettre. En tant que valeur d’usage, leur communication de leurs études du monde matériel consiste en la sortie de platitudes sur comment la chute du système capitaliste est inévitable et inhérente par construction. La mention de la chute tendancielle du taux de profit est bien sûr un classique, mais il existe des variantes plus subtiles de ce processus de fuite de la réalité dans la production de leurs valeurs d’usage pour l’appareil idéologique d’État. Celle la plus à la mode en ce moment est le fait que la crise de 2008 serait différente des autres, en ce qu’elle consisterait en une crise de surproduction de capitaux. Littéralement, pour eux, les capitalistes seraient en crise parce qu’ils auraient trop de capitaux. N’essayez même pas de comprendre.

L’exemple de l’ingénierie était un exemple où les factions libérales de la bourgeoisie se sont rendues compte que ça ne faisait aucun sens de ne pas laisser des femmes être exploitées pour leurs capacités intellectuelles. Ici, c’est l’égalité libérale qu’on a favorisé, pour augmenter la quantité de personnes dans une profession pour favoriser sa prolétarisation, ce que les bourgeois souhaitent. Mais les classes sociales peuvent aussi apparaître en créant une oppression distinctive systématique, où ce n’est pas la quantité de gens opprimées qui compte, mais une qualité qui permet de les distinguer. Et ces classes sociales peuvent apparaître hors du capitalisme.

Imaginons-nous une société où il n’y aurait aucun processus d’accumulation, qui vivrait de façon isolée sur un territoire depuis longtemps sans vraiment avoir de contact avec l’extérieur, essentiellement de la même façon de génération en génération. Dans cette société, un groupe s’est uni et a réussi à imposer son pouvoir et le maintien grâce à son contrôle sur l’économie. On va s’imaginer ici que la façon de diviser ses classes se fera selon le genre. Sans perte de généralité, on dira que ce sont les hommes qui dominent les femmes dans cette société, et que dans cette société, il y a une rigide séparation des tâches et il n’y a aucune voie de sortie hors de ce carcan cissexiste. Ça pourrait être différent, mais je ne prétends pas que mon choix est arbitraire. Dans cette société, les hommes, de façon consciente, sélectionnent leurs successeurs si ceux-ci n’ont pas d’utérus, les autres seront les femmes et elles devront enfanter. Dans tous les cas, dans cette société, les hommes décident de faire vraiment ce qu’ils veulent des femmes. Toute opposition serait éliminée.

Ce n’est pas à propos de tribus «primitives» qui existent dans des lieux reculés. Imaginez plutôt le globe au complet, devenu communiste, où le capital a été aboli, et où personne n’est obligé de travailler. Une poignée d’hommes dans leurs loisirs s’occupe des moyens de subsistances de cette société. La science et la technologie sont devenues avancées au point qu’un petit groupe de geeks s’occupe des machines et exploite les autres dans toutes les autres tâches à effectuer dans la société. Est-ce que la société de classe est pour autant disparue?

Ce genre de cauchemar n’a pas été inventé dans la tête d’un homme, subjectivement, c’est l’enfer qui pourrait s’incarner dans la réalité si la révolution socialiste n’est pas effectuée proprement. C’est un monde possible matériellement, encore à l’état embryonnaire. La classe sociale peut être totalement reflétée dans un aspect des êtres humains dont ceux-ci ne peuvent pas réalistement se départir. La classe peut devenir, sous certaines conditions, égale au genre, à la race, ou n’importe quelle autre caractéristique que tel groupe d’êtres humains peut trouver et qui a une base matérielle qui lui permettra de se perpétuer.

Si vous n’êtes toujours pas convaincues, pensez au génocide au Rwanda. Ce génocide a consisté au massacre délibéré du peuple Tutsi par des membres de la majorité Hutu, qui aurait fait plus de 500000 victimes selon des estimés conservateurs (j’accepterai volontiers des meilleurs chiffres). Selon certaines théories, ces peuples existaient possiblement avant la colonisation du Rwanda, mais c’est vraiment pendant cette période que les germes du génocide se sont établies. Les États colonisateurs ont systématiquement appuyé la suprématie Tutsi, leur confiant tous les postes d’administration coloniale selon des principes racistes: puisque les Tutsi semblaient plus «de race caucasienne» que les Hutu, les Tutsi devaient être plus aptes à gouverner et à faire progresser l’œuvre de «civilisation» des États colonisateurs. Après l’indépendance formelle de la république du Rwanda, la majorité Hutu a pris le pouvoir, et par une campagne de propagande bien orchestrée, a réussi à mobiliser une bonne proportion des Hutu dans le génocide.

Ce serait bien difficile de ne pas voir la lutte de classe dans le racisme pour ce dernier exemple.

Et ces idéologues s’identifiant au marxisme se demanderont avec stupéfaction pourquoi ensuite pourquoi les prolétaires subissant des oppressions spécifiques sont souvent méfiantes des gens cherchant à les unir au sein d’une organisation ayant pour but explicite la lutte de classes. C’est simple à comprendre: l’histoire des organisations révolutionnaires est peu reluisante par rapport à la compréhension des oppressions qui affligent le prolétariat. La raison est que depuis des décennies, le pouvoir politique au sein des organisations politiques communistes a été monopolisé par des gens qui ont des intérêts matériels directs à trahir leurs autres membres. Ces organisations ont toujours été à une reconfiguration politique interne ou externe prête de se liquider. Les prolétaires vivant des oppressions spécifiques font bien de ne pas s’impliquer dans ces organisations: la menace de la création d’une autre société de classe est concrète. Ce nouvel antagonisme de classe promet d’être pire que le précédent, parce que dans ce nouveau système, une position sociale ne pourra pas être achetée. Leur méfiance ne provient pas des «épouvantables» politiques identitaires, mais de leur analyse matérialiste éclairée de la provenance et de l’évolution des forces en présence et de leurs politiques.

L’expérience du MER

Fortes, à partir du travail considérable qui avait été réalisé depuis des années, les différents groupes et associations qui voulaient travailler franchement auprès des masses en tant que communistes et enfin réussir à gagner des luttes ont voulu s’unir dans une association pancanadienne: le mouvement étudiant révolutionnaire (MER). Ce processus a subi un bond qualitatif il y a plus d’un an, au cours d’une fin de semaine du mois de novembre 2014.

Lors de ce congrès, nous avions décidé de formaliser ce qui nous unit toutes en tant qu’étudiantes révolutionnaires. Nous avions passé la première journée à discuter des conditions pour un groupe d’étudiantes basées sur un campus pour faire partie du MER pancanadien et donc de constituer un chapitre. C’était bien entendu essentiel: il est impratique d’avoir des membres qui se déplacent pour faire des nouveaux chapitres du MER. Tout ce qui importait, c’est que le groupe d’étudiantes était prête à travailler avec nous sur la base d’unité minimum que nous avions défini. Les idées communistes avaient après tout, regagné de l’intérêt auprès des jeunes, en partie grâce à la diffusion sur les réseaux sociaux, mais aussi parce que la rhétorique de la fin de l’histoire commence à être usée.

Cette base d’unité a été écrite dans le préambule de la constitution du MER pancanadien. Elle décrit l’organisation comme étant basée sur des principes communistes et œuvrant pour la révolution. Elle stipule aussi qu’il fera partie du mandat du MER de combattre l’aliénation et les oppressions qui affectent les étudiantes et que chaque membre soutiendra ce mandat.

Comment est-ce que cette base d’unité a été développée? Par l’expérience des déléguées qui avait été acquise pendant des années avant la fondation officielle du MER pancanadien au 4ème Congrès. Le MER s’est bâti en opposition avec le bureaucratisme étudiant, où les cadres ne cherchent qu’à bâtir leur propre carrière dans des partis de centre-gauche tels que le NPD, le PLC, le PQ ou QS et n’utilise comme stratégie que le lobbying. Il s’est aussi bâti en opposition avec les organisations communistes révisionnistes et/ou trotskistes, qui proposent toujours de s’aligner avec les bureaucraties étudiantes ou syndicales dans le réformisme. Le bureaucratisme étudiant, pour son immobilisme, en Ontario, a cependant une force: elle est assez forte en termes de compréhension des politiques identitaires. Les bureaucraties étudiantes en général en Ontario n’utiliseront pas, comme une organisation communiste, cette force pour aller au combat contre le gouvernement, mais elles sont assez fortes pour délégitimer les prétentions d’une organisation révolutionnaire de comprendre les contradictions au sein du prolétariat.

Pour ce qui est de l’expérience au Québec, le MER, avant sa refondation, avait son centre de gravité au CÉGEP Lionel-Groulx. Son association étudiante n’a pas d’exécutif élu, alors que dans les autres associations étudiantes au Québec, ces élections se font annuellement. Pour faire partie de l’exécutif au CÉGEP Lionel-Groulx, tout ce qu’il fallait faire, c’était appuyer toutes les résolutions qui avaient été décidées démocratiquement en assemblée, et être présent depuis au moins deux réunions de l’exécutif. Cette façon de procéder lui a donné la réputation d’être la plus soviétique des associations étudiantes, qualificatif ne référant pas seulement à la présence plus forte des communistes dans ce CÉGEP, mais surtout de son mode de fonctionnement anti-bureaucratique. Nous avions l’expérience du succès de ce mode de fonctionnement, étant donné que le CÉGEP, il y a quelques années, était un des plus politiquement mobilisés. Le contact avec les masses demande le respect des prises de positions politique effectuées en assemblée.

Nous avons donc convenues qu’il est essentiel que les gens qui représentent le MER au sein des masses respectent le mandat de la constitution. Ce n’est pas seulement une question d’être cohérent avec ce qu’on dit: c’est une nécessité pour être capable de survivre comme organisation politique. Mais nous avons fait bien mieux que survivre: après le quatrième congrès, nous avions 10 chapitres, avant la rentrée en automne 2015, nous en avions 18.

À Montréal, le développement s’est fait de façon encore plus spectaculaire: nous sommes parties de 5 membres en octobre 2014 pour atteindre 26 membres en avril 2015. Notre succès peut être en partie attribué d’une part à notre compréhension de la relation entre les syndicats, les masses, l’État, et de la nécessité d’un plan de quelles sont les tâches nécessaires à la création d’une organisation révolutionnaire solide (voir la section Que faire?). Notre succès peut aussi être attribué d’une part de notre compréhension, maintenant totalement niée mais très forte à l’époque, qu’une cadre d’une organisation révolutionnaire doit toujours présenter une vitrine de ce qu’est notre organisation, comment les gens se comportent sous le socialisme mais qu’à notre contact les gens comprennent ce qu’est le MLM.

Mais à plus long terme, nous avions réussi à améliorer la réputation du MER en publicisant au sein des masses nos politiques telles que définies dans la Constitution. Lorsque les gens prenaient la peine de s’informer sur nos organisations disséminées au Canada, les articles ou nouvelles partagées de nos campagnes montraient que nous étions impliquées dans nos milieux et que nous prenions au sérieux nos engagements. Et ce, qu’on considère la lutte de classes à travers l’unité du prolétariat sur des principes corrects. Nous étions clairement la seule organisation qui avait l’unité nécessaire pour déclencher une campagne à travers le Canada: en plus, nous étions ouvertement contre le capitalisme et révolutionnaires. Nous étions loin d’avoir la force nécessaire pour rivaliser avec les forces rivales idéologiquement au MER, mais pour les gens de l’extrême-gauche à Montréal en général, il fallait laisser la chance à la coureuse.

Une des promesses que nous avions faites aux gens partout sur notre chemin, est que la ligne féministe prolétarienne était la meilleure synthèse du féminisme qui a jamais été effectuée, et que c’était pour cette raison que nous étions capables d’initiatives de service au peuple telles que le service de garde pour les jeunes, destiné à la libération des parents militants de cette tâche qui est beaucoup trop féminisée. Nous disions aussi que cette ligne impliquait forcément d’être critiques du discours néolibéral sur le travail du sexe, tout en redonnant le pouvoir aux travailleuses du sexe de définir leur travail. Finalement, le féminisme prolétarien était nécessairement inclusif des personnes LGBTQ*2S: en particulier, on garantissait qu’il n’y aurait aucune féministe radicale trans-exclusionnaire (TERF) dans notre organisation.

L’objectif de cette promesse autour de la ligne féministe prolétarienne était simple: résoudre la contradiction entre le féminisme radical et le féminisme queer. La question des droits des gens à l’autodétermination de leur identité de genre en est une centrale. Les féministes queers, partie de la troisième vague du féminisme, revendiquent totalement le droit à l’autodétermination à une identité de genre personnelle qui convient à leur être social, ce qui est un droit démocratique de base malheureusement pas encore acquis. Les féministes radicales, idéologiquement plus anciennes, de la deuxième vague du féminisme, refusent cette interprétation du genre, considérant que la revendication personnelle du genre mine la nécessité de la définition du combat entre ce qu’elles appellent la classe des hommes et la classe des femmes.

Contrairement à ce qu’on a pu vous dire, cette contradiction fait rage partout dans l’extrême-gauche à Montréal. Ce conflit est pratiquement terminé partout ailleurs en Amérique du Nord. Montréal reste le dernier bastion d’une des pires formes de féminisme radical: sa variante trans-exclusionnaire, qui applique à la lettre les conclusions des principes centraux du féminisme radical. Cette contradiction est une des principaux obstacles dans le développement de l’ASSÉ. Il ne se passe pas une conférence sans que cette conversation se passe en queue de poisson, où rien ne peut être décidé en matière de lutte contre les oppressions liées au genre. La section montréalaise de l’IWW, qui se réclame comme étant un syndicat industriel et qui veut, au moins dans leur idéologie, unifier toutes les branches des travailleurs selon le principe d’Une Grande Union, est aussi aux prises avec ce problème. Là, le conflit s’est manifesté en une guerre froide: d’abord, un comité femmes a été créé sous l’initiative d’une TERF ouverte sur ses pensées, ensuite, une tentative de comité LGBTQ a été menée. En fait, la situation semblait assez grave dans l’IWW pour que ce comité soit formé secrètement d’abord, afin de gagner le maximum d’appuis, pour se dévoiler qu’une fois qu’il était clair que suffisamment de gens appuierait la création de ce comité. Finalement, la section locale a décidé de faire en sorte que le comité LGBTQ ait la charge de s’occuper de toutes les autres oppressions, pour former en réalité le comité anti-oppression.

Un comité femmes avait été créé au sein du mouvement printemps 2015, mais étant en désaccord avec les pratiques inhérentes du mouvement, ce comité a décidé de se renommer Femmes* unies contre l’austérité. Une membre de RI, qui était présente aux réunions de ce comité, a avoué que les TERFs étaient vraiment de mauvaise foi et étaient en train de faire obstruction à la lutte féministe. La question à propos de l’inclusion des femmes trans a pris toute la place, au point où aucune autre question n’a pu être traitée. Ce comité est donc mort sans avoir fait quoi que ce soit sur la place publique.

Avec ma mentor, j’ai anticipé ce genre de conflits bien avant la refondation du MER-Montréal. C’est pourquoi, avant même la première réunion, j’ai entamé une enquête dans le but de formuler une ligne de masse sur la lutte de libération trans qui nous aurait permis d’avoir des recrues dans ces communautés. Idéalement, il nous aurait fallu des personnes trans avec qui commencer le MER, mais les marxistes à Montréal ont la réputation d’être au mieux totalement indifférent à la lutte pour les LGBT et d’être au pire pour l’abolition du fait social LGBT «en raison de sa fondation sur une pseudoscience bourgeoise». Ma tâche a donc été d’aller vers les masses trans, partout où je pouvais les trouver, afin de les recruter idéalement, ou sinon me contenter d’obtenir des contacts de personne trans ayant la volonté de nous éduquer sur le sujet. J’ai réussi, avant la première rencontre à entrer en contact avec des personnes trans voulant rejoindre l’organisation, à condition bien sûr que l’organisation serait trans-inclusive, ce que j’ai pu garantir en racontant l’expérience de ma présence au troisième congrès du MER en mars 2014. En aucun cas cependant, lorsqu’une personne adoptait un comportement oppressif mais manifesterait sincèrement une volonté d’apprendre et de corriger son comportement, allions-nous expulser une personne: la lutte effective contre la transphobie et ses rationalisations parmi les masses ne peut se faire qu’au contact des masses.

Pour le reste, notre position était claire. Nous allions dénoncer la division sexiste du travail militant, qui est une revendication clé des féministes radicales, tout en acceptant l’existence des personnes trans en leurs propres termes. Nous comptions d’une part attirer les personnes se disant féministes radicales qui ne brandissent ce drapeau que parce que selon elles, certaines féministes queer ne traitaient pas ce genre de sujet. Nous comptions d’autre part attirer les personnes se revendiquant plus du féminisme queer en raison du constat que la théorie féministe radicale est transphobe dans son fondement même, mais qui aimerait avoir dans son groupe politique révolutionnaire étudiant certaines revendications des féministes radicales qui sont bien fondées. On aurait cru que les gens qui se sentent appelées par le genre de politique dont nous faisions la promotion viendraient, tandis que celles qui sont repoussées s’éloigneraient, au pire dénonceraient publiquement nos pratiques et nous combattraient. On se serait attendu à de la politique de principe.

Hélas, le MER a été victime de son propre succès. Puisque nous avons toujours parlé d’une perspective matérialiste de l’histoire et parce que nous avions effectivement des pratiques que les féministes radicales pouvaient apprécier, des féministes se revendiquant du courant radical-matérialiste ont rejoint le MER, malgré le fait que dès le début, on s’était entendues que l’idéologie féministe radicale trans-exclusionnaire ne serait pas acceptée. Tant que n’aurait lieu aucune pratique inacceptable selon les principes que nous avions établis dans la constitution après des années d’investigation et de lutte contre des groupes rivaux, l’identification théorique serait superficielle. Du moins, nous croyions que ce serait un compromis acceptable.

Entre temps, moi et deux autres membres du MER étions maintenant acceptés au sein du parti, alors que nous n’avions avant que peu de contact avec le parti. Nous devions maintenant rendre des comptes à la cellule du parti à Montréal. Le MER était devenu le seul facteur de croissance du parti à Montréal. Depuis plusieurs années, le parti ne fait que perdre des membres à Montréal. Excluant les gens qui ont fait partie du MER depuis sa refondation, aucun membre n’a été recruté depuis plusieurs années. Le succès fulgurant du MER à Montréal a donc été la bouée de sauvetage pour le parti qui s’échouait sur le prolétariat.

Cependant, des divergences existaient entre nos nouvelles recrues et la ligne du FFP. Par ailleurs, un des membres du parti a pris plaisir à tenter de mexpliquer à une d’entre elles pourquoi il n’y avait pas réellement de problème à ce qu’il y ait une division genrée des rôles sociaux. Cet événement a poussé les femmes au sein du MER à proposer la création d’un comité femmes. Ce comité aurait la responsabilité de surveiller les pratiques patriarcales au sein du MER et de proposer des solutions. Nous avions approuvé unanimement cette création, puisqu’il fallait permettre aux femmes du MER de s’exprimer. Il semblait qu’il y aurait alors une confrontation entre le féminisme radical et le féminisme prolétarien. Ce n’est cependant pas ce qui s’est vraiment passé.

De la métaphysique radicale

Il faut d’abord comprendre les circonstances matérielles et historiques qui ont amené le féminisme radical à émerger comme théorie. Après la deuxième guerre mondiale, cela faisait déjà deux décennies que les femmes de la petite-bourgeoisie avaient été mobilisées massivement pour travailler dans les usines. Les femmes prolétaires travaillaient depuis déjà une longue période à l’extérieur de leur maison, mais les femmes petites-bourgeoises s’occupaient encore principalement de leur foyer.

Cette période a changé pour toujours l’idéologie chez les femmes. Clairement, les femmes étaient capables de prendre les mêmes rôles que les hommes. Ces derniers n’étaient pas la base de la société: au contraire, les hommes s’approprient le travail gratuit des femmes en le naturalisant. Dans l’idéologie patriarcale, changer les couches, s’occuper des enfants et s’occuper du foyer sont des tâches naturelles pour des femmes, des extensions de leur propre essence, tandis que les hommes doivent prendre les décisions et s’assurer des revenus familiaux, s’appropriant de fait tous les pouvoirs dans la société par le biais de la famille. La sexualité des femmes se trouve aussi gérée par les hommes, avec la double attaque de devoir satisfaire les hommes sexuellement et de n’être rien dans la société si elles ne se conforment pas à ce rôle. La fausse dichotomie des figures de la mère et de la putain, et la présentation de figures se démarquant de ces deux pôles comme étant des dégénérations sont créées pour policer ces standards.

L’idéologie patriarcale justifie cette subordination des femmes par la création d’une essence féminine, qui trouverait sa base dans l’utérus, dans les hormones ou dans le cerveau qui serait différent chez les femmes. Les féministes ont donc décidé de répondre coup pour coup: il n’existe pas de cerveau genré et l’oppression des femmes trouve sa source dans les relations sociales patriarcales, même si les hommes exploitent et violentent les femmes en fonction de leur sexe. Le patriarcat se sert de la biologie pour ses propres besoins.

Le féminisme radical est né à un moment dans l’histoire où les mouvements de renversements du capitalisme et de l’impérialisme (américain en particulier) étaient très forts en comparaison avec ce à quoi on est habitué en ces années 2010. À l’intérieur de ces organisations régnait un machisme insoutenable, et ces hommes en général ne se souciaient pas des oppressions spécifiques au sein du prolétariat. Ces hommes, tout pour les choses «sérieuses», soit des combats qui se situent à des milliers de kilomètres, étaient incapables d’avoir des pratiques qui respectaient l’ensemble de leurs camarades. Le féminisme radical est né du constat que les femmes se faisaient opprimer à l’intérieur même des organisations censées les libérer de l’impérialisme. Pire, les hommes avaient le culot de dire que leurs oppressions étaient secondaires, que leur question devait être remise à l’ordre du jour seulement après la révolution.

Devant autant de mauvaise foi, les femmes ont généralement décidé de s’attarder à ces problèmes sérieusement en fondant leurs propres organisations et leur courant théorique. Les jours où les oppressions des hommes dureraient seraient comptés: le féminisme radical attaquera et éradiquera les oppressions des femmes pour de bon. Il fallait ensuite communiquer ce que sont les oppressions des femmes, leurs causes fondamentales et dans quoi elles s’inscrivent. Fortes de leur expérience dans les mouvements anticapitalistes et anti-impérialistes, elles ont décidé de fonder leur théorie pour leur permettre de bien définir ce qu’est le genre.

Les féministes radicales ont donc décidé de prendre le meilleur de ce que le marxisme avait à offrir, son analyse matérialiste de la lutte entre la bourgeoisie et le prolétariat, et de l’appliquer aux oppressions reliées au genre. Il existe deux classes de personnes: les hommes et les femmes, selon l’idéologie féministe radicale, mais les relations de pouvoir genrées et l’oppression que vivent les femmes sont ne sont pas inscrites dans leur sexe en tant qu’état de nature biologique, mais dans le genre, qui est la construction sociale qui infériorise les femmes de diverses façons. Le genre est maintenant détaillé comme système de classes. La définition du genre masculin est qu’il comprend ceux qui dominent, violentent et oppriment les femmes: la définition du genre féminin est qu’il comprend celles qui sont dominées, violentées et opprimées par les hommes. La question qui s’impose maintenant est: comment se reproduit cette oppression pour les féministes radicales?

Matériellement, par les institutions de la famille et de la prostitution. L’État, sous contrôle des hommes, peut bien conférer l’égalité légale et juridique aux femmes, dans la réalité, le vrai pouvoir d’exploitation des hommes sur les femmes ne se situe pas dans l’État, mais dans la mainmise du travail de reproduction que les femmes font dans la société de multiples manières, mais surtout sur la base de leur sexe. Dans la famille, les femmes se retrouvent à être des mères, qui servent à élever les enfants de leurs maris qui s’occuperont d’être le support financier de leur famille, et donc d’avoir la majorité du pouvoir. Lorsque les mères ne seront pas enthousiastes à l’idée de satisfaire tous les besoins sexuels de leur mari, pour quelque raison que ce soit, il existe l’institution de la prostitution, où les hommes peuvent satisfaire leurs fantasmes en achetant le travail sexuel d’une femme. Cette dernière institution se nourrirait de la fraction des femmes qui ont été les plus violentées dans leur passé. Une fois les femmes totalement dépossédées et leur communauté atomisée par les familles, il ne resterait plus aucune barrière à l’exploitation sexuelle de ces femmes.

Idéologiquement, c’est par la socialisation genrée que les femmes sont reproduites. Dès qu’on assigne un bébé selon ses organes génitaux, et ce, même si les bébés se ressemblent tous, on ne les traite pas de la même façon. Même la façon dont on les tient dans nos bras est différente. S’ensuivra toute une procédure de socialisation, très précise et ségrégée, qui déterminera pour toujours les comportements des femmes et des hommes.

La structure de la théorie féministe radicale étant identique à la théorie matérialiste de Marx à propos de la lutte entre la bourgeoisie, qui tire sa plus-value du prolétariat, ces féministes ont donc décidé d’appeler leur courant «féminisme radical matérialiste», ce qui lui a effectivement conféré un caractère matérialiste, selon elles. Le but final du féminisme radical ne peut être maintenant plus clair: l’abolition du genre.

Je ne m’occuperai pas de savoir si l’idéologie féministe radicale est correcte en termes de combat contre le sexisme ordinaire. J’ai seulement essayé de faire un portrait honnête nécessaire à la discussion sur la place auquel les féministes radicales ont droit dans nos organisations de masse. Il y a certainement plusieurs féministes prolétariennes que je connais qui sont certainement plus compétentes pour critiquer le féminisme radical que moi sous cet angle.

Comme en tant que marxistes nous devons nous soucier des luttes spécifiques, ce qu’il faut vraiment se poser comme question c’est: quelle praxis est-ce que le féminisme radical prescrit quant aux autres oppressions? Qu’ont-elles produit sur le sujet? Elles se sont simplement inspirées du meilleur de ce que les groupes marxistes des années 60 et 70 avaient à fournir: leur conception de la division entre la lutte principale et les luttes secondaires. Quelle oppression était la plus ancienne? Celle des hommes sur les femmes. Ainsi, elle a dû être première historiquement. C’était donc cette oppression qui déterminerait toutes les autres.

Une des façons de vraiment comprendre ce qu’est le genre a été de constituer des groupes de discussions non-mixtes afin de pouvoir définir ce qui opprime les femmes en général. C’était une façon pour elles de pouvoir définir leur combat selon leurs termes, mais aussi d’avoir une idée plus large de ce que les femmes en tant que masse pensaient. Pourtant, une bonne proportion de femmes étaient insatisfaites par les conclusions que sortaient ces groupes de discussions. Ces femmes contestaient la concentration de tous les efforts sur la sexualité que certains hommes imposaient sur certaines femmes. Elles reprochaient en particulier le maintien de privilèges de classe et de race. Finalement, la prescription d’une liste de bons comportements à avoir en tant que féministes, où il fallait travailler à l’extérieur du foyer, modifier son apparence d’une certaine façon plutôt que d’une autre, d’avoir la sexualité suggérée par les apparatchiks de ces organisations faisaient qu’elles ne se reconnaissaient pas dans cette idéologie. D’où comment une bonne partie des féministes sont venues à refuser ce «grand discours». Avec ces failles, et avec la nouvelle mode du postmodernisme, la grande coalition féministe radicale est venue à s’effondrer. Ces espaces se sont multipliés et se sont fragmentés, préfigurant la pratique postmoderne courante des ateliers de discussion anti-oppressifs en général.

Ces combats contre le féminisme radical ne pouvaient que s’intensifier à Montréal, le dernier bastion du féminisme radical en Amérique du Nord. Les causes qui expliquent cette résilience sont avant tout matérielles. D’abord, c’est encore une fois un produit des années 60 et 70: depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, il n’y a aucun doute que Montréal a eu une extrême-gauche beaucoup plus développée. Le féminisme radical y est donc parti d’une base de femmes militantes beaucoup plus large. Par la suite, en forçant des concessions de l’État québécois, alors en pleine expansion et qui voulait créer son pouvoir distinct dans une perspective d’affirmation du fait québécois en Amérique du Nord, l’extrême-gauche a créé son intelligentsia dans les universités, en particulier, dans le réseau des universités québécoises. Sachant cela, nous n’aurons donc pas besoin de se déplacer pour savoir que la plus grande forteresse féministe radicale à Montréal et par conséquent en Amérique du Nord est l’UQÀM.

Il faut cependant admirer le combat que les féministes radicales ont livré contre toutes les personnes qui ont voulu modifier les principes essentiels à la praxis féministe radicale. Ce combat a été parsemé de scissions et de purges, nécessaires pour garder l’intégrité du combat contre la domination des hommes sur les femmes. De quel droit est-ce que ces servantes du patriarcat qui demandaient que le féminisme ait un discours anticapacitiste? De quel droit est-ce que les femmes de couleur demandaient que leurs organisations féministes s’occupent de leur problème spécifique? C’est déjà la tâche des femmes de s’occuper des bobos de tout le monde, c’est ce que le patriarcat ordonne aux femmes, il faut lutter contre cette socialisation! L’important, c’est le fait d’être femme avant tout!

Le féminisme radical a les mêmes faiblesses que le marxisme traditionnel du premier monde du XXème siècle, dont on rencontre encore les débris de temps en temps malheureusement. C’est tout à fait normal: elles ont la même origine historique. C’est cette fausse distinction entre contradiction principale et contradiction secondaire qui est à l’origine de ces faiblesses. Les féministes radicales ont beau marteler qu’elles ne font pas cette erreur, le problème, c’est que cette faille est dans le développement et la logique même du féminisme radical.

C’est la transposition directe entre la lutte de classes, qui a été décrite par Marx et Engels après des décennies d’observation des luttes qui se produisaient sur la lutte anti-patriarcale, qui constitue la plus grosse faiblesse de cette idéologie. N’étant qu’une copie formelle du marxisme, la forme lutte de classes transposée mécaniquement sur les genres, le féminisme radical ne peut saisir la vraie nature de ce qu’est le genre. Ça en devient impossible de s’imaginer que le genre, tout comme la marchandise, qui possède la double nature de valeur d’usage et de valeur d’échange, pourrait aussi avoir une existence personnelle et sociale: que la construction de l’identité de genre d’une personne émerge d’une interaction complexe entre sa psychologie, son corps, sa culture et les attitudes sociales vis-à-vis cette la psychologie et le corps de cette personne. C’est impossible de même proposer qu’une personne puisse décider de combattre l’influence de l’idéologie patriarcale tout en cessant de s’identifier à son genre socialisé dès la naissance sur elle-même. Ça ne peut être qu’une fantaisie subjective, parce que le genre est pour les féministes radicales un fait social imposé sur des personnes en fonction de leurs organes génitaux.

Dans l’absolu, la question féministe n’est pas du tout basée sur le fait de savoir si le cerveau est genré ou pas. Les avancées récentes en neurologie nous apprennent que le cerveau possède une grande plasticité. Au fur et à mesure qu’un être humain apprend des nouveaux talents, la morphologie du cerveau change. L’exemple typique est celui des personnes qui conduisent des taxis: certaines parties du cerveau deviennent plus volumineuses pour emmagasiner la carte des villes. De même, après un accident, certaines personnes ayant des dommages au cerveau sont capables de récupérer en utilisant d’autres parties de leur cerveau pour effectuer une même tâche. Peut-être que le genre est inscrit ou pas dans le cerveau, peut-être que lorsque les relations de pouvoir et les oppressions reliées au genre seront éliminées, il y aura ou pas des différences de chimie ou de morphologie entre les cerveaux des êtres humains selon leur genre: quoi qu’il en soit, la division genrée du travail et les inégalités de pouvoir doivent être éliminées. C’est notre tâche historique en tant que féministes mais aussi en tant que communistes.

C’est un débat similaire à celui si les homosexuelles sont nées ainsi ou si c’est leur choix d’être homosexuelles. Cette question est non seulement fondamentalement impertinente, elle est aussi très dangereuse: elle représente une porte ouverte vers les «thérapies» anti-LGBT. Ce qui importe, c’est que le seul interdit qui subsiste dans la sexualité soit celui de briser le consentement de ses partenaires. Les questions théoriques autour de l’origine de l’identité de genre ou de la sexualité sont vraiment moins importantes que la nécessité d’avoir une culture anti-oppressive.

Il reste que concrètement, ça resterait difficile de s’imaginer que quelque chose d’aussi important et pervasif que le genre n’aurait aucun impact sur la morphologie du cerveau. Se baser sur ce genre de faits nos avérés pour élaborer une doctrine féministe est vouer cette doctrine à l’échec. Ce qui est plus clair cependant, et qui est effectivement révélé par les neurosciences, c’est que les parties du cerveau reliées à la cognition ne sont pas sexuées. C’est peut-être un argument qui serait plus de taille contre les misogynes.

Tout ça pour dire que le féminisme radical est essentiellement transphobe. Il n’y a vraiment pas de façon de s’en sortir. Mais que se passe-t’il lorsqu’une personne s’identifie au féminisme radical? Est-ce que ça en fait forcément une personne transphobe? J’ai trouvé utile lors de ma pratique au MER de distinguer entre quatre catégories de personnes qui vont s’identifier au féminisme radical. C’est une nécessité qui survient lorsque vient le temps de comprendre d’où proviennent leurs raisonnements et où est-ce que ceux-ci sont problématiques. C’est une grille qui permet l’intervention et qui permet aussi de jauger à quel point ces féministes radicales posent un danger pour les personnes trans, mais aussi pour la crédibilité de nos organisations. Je les grade en ordre d’adhésion aux fondements les plus problématiques, ceux qui proviennent directement de l’application idéaliste du marxisme révisionniste à la question féministe. Je les nommerai: les éclectiques, les réalpoliticiennes, les TERFs strictes et les TERFs réelles.

Dans la première catégorie figure beaucoup de femmes à Montréal, qui s’identifient à la tradition féministe radicale mais qui vont s’éloigner de ses conclusions les plus problématiques. Elles vont expliquer qu’au fond, elles veulent s’attaquer pour de vrai à la racine des relations de pouvoir genrées. Elles incluent des éléments de théorie queer et admettent que le patriarcat est un système qui impose son oppression sur les gens sous différentes formes et intensités selon les personnes impliquées. Les personnes sont assignées selon leur sexe déterminé à la naissance. Les femmes assignées femmes sont opprimées en tant que femmes, mais les gens qui n’ont pas une identité de genre qui correspond à leur genre assigné à la naissance sont aussi opprimées selon elles. Elles sont intéressées à l’imbrication de l’oppression patriarcale avec les autres oppressions telles que le capacitisme, le racisme, le colonialisme, et oui, aussi le capitalisme. Ces personnes s’identifiant au féminisme radical veulent surtout éviter les dérives du féminisme libéral, qui refuse toute combattivité et ne se bat exclusivement que pour des réformes légales et judiciaires. Leur idéologie est une assiette choisie par des individues dans le grand buffet des idées, c’est la définition même de l’éclectisme.

Dans la deuxième catégorie figurent une très petite minorité de féministes radicales qui reconnaît que les personnes trans ont quelque chose de significatif à apporter à leur vision du féminisme radical. Elles identifient les femmes trans en particulier comme étant particulièrement violentées par le système et elles entendent les discours des femmes trans dénonçant la violence patriarcale. Elles se disent plus promptes à appuyer une femme trans qui va appuyer des discours féministes radicales qu’une femme cis féministe libéral ou anti-féministe qui va lutter idéologiquement pour minimiser la violence structurelle patriarcale. Jamais cependant on ne va entendre ces féministes radicales dénoncer frontalement les TERFs pures et dures. N’importe quel bois est bon mais seulement quand le bois sert leurs intérêts. C’est pourquoi je les appelle réalpoliticiennes.

J’avais été très ouvert à ce que les deux premières catégories de féministes que j’ai décrites joignent nos organisations de masse. Je ne prétends pas être une autorité en ce qui a trait à ce qui est acceptable en termes de niveau de féminisme dans nos organisations. En fait, je suis sûr que la majorité des déléguées au 4ème Congrès trouverait mon attitude beaucoup trop laxiste, et je me rabattrai sur la position des féministes prolétariennes à ce sujet. Je n’ai jamais exigé la pureté idéologique féministe prolétarienne. Ce serait absurde, considérant à quel point j’ai été influencé par le féminisme radical pendant des années. Ma conception du féminisme s’est souvent rapprochée de la première catégorie. On ne peut demander à des gens d’avoir une pratique parfaite pour faire partie d’une organisation de masse. Mais pour ce qui est des catégories que j’appellerais TERF la troisième et la quatrième, bien sûr, aucune organisation de masse ou parti communiste ne peut sérieusement considérer avoir ce genre de membres. Je fais la distinction entre une TERF stricte et une TERF réelle.

Une TERF stricte est strictement pour la création d’espaces non-mixtes où il faudrait pour en faire partie à la fois être femme et être désignée femme à la naissance, mais cette personne ne serait pas cissexiste ou transphobe, à l’exception de la création de cet espace. Bien sûr, on conviendra que cette définition stricte rencontre des difficultés: qu’est-ce qu’on fait avec une personne qui est née avec un vagin mais qui n’en a plus pour diverses raisons? Est-elle moins une femme? Mais laissons-les TERFs gérer leurs contradictions internes. La vraie question qu’il faut se poser est: est-ce que ce genre de TERFs existe? Ce n’est jamais difficile de trouver le cissexisme et la transphobie chez ces personnes, après tout, c’est le cissexisme et la transphobie qui est à la source de la création de ces espaces. Dans tous les textes que j’ai vu en défense de ce genre d’espaces non-mixte, c’était évident. Maintenant, supposons qu’on ait une personne qui admette que ce genre d’espace est cissexiste et transphobe, mais qu’elle en affirme la nécessité pour faire de la propagande pour la lutte de libération trans et faire réaliser que les pratiques TERFs ne feront pas vraiment avancer la lutte contre le patriarcat. Par définition, ce membre sera une agente double. On ne peut pas officiellement endosser ce genre de pratique. Mais j’imagine qu’une fois que cette agente double s’est faite exposer, on peut faire une place pour elle dans nos organisations. Mais tout ça est hautement spéculatif.

Pour ce qui est des TERFs réelles, le cissexisme et la transphobie sont clairement affichées, même si le degré de violence peut varier énormément. Elle peut se présenter sous des discours de différents degrés de théorisation. Le seul point en commun de ces personnes est leur volonté de délégitimisation de l’identité de genre des personnes trans. Les TERFs réelles peuvent insister pour expliquer que les personnes trans ne sont pas ce qu’elles affichent être en raison de leur socialisation qui leur a été inculqué à l’enfance. Cette socialisation, inculquée lors de l’enfance, ne pourrait pas être changée. Tu ne peux pas avoir de potion magique Obélix, tu es tombé dans la marmite quand tu étais petit! Les TERFs ne définiront jamais plus précisément ce qu’est la socialisation masculine.

Une autre cible typique des TERFs est la décision de certaines personnes trans d’avoir des chirurgies, quelles qu’elles soient. Ça peut aussi aller jusqu’à faire des commentaires sur les organes génitaux des femmes trans, comme quoi elles ne sont pas femmes parce qu’elles n’ont pas un grand vagin puant (Germaine Greer), où au contraire parce que les vagins des femmes trans post-opération ont une odeur bizarre (Sheila Jeffreys). Ou carrément, leur corps «altéré» serait le complot d’une industrie de la chirurgie cherchant à mutiler des corps pour le profit. (Sheila Jeffreys) Ou encore pire, que le but est pour des hommes biologiques (sic) d’avoir accès à des femmes biologiques (sic) lesbiennes. Et n’oublions pas, pour finir, avoir accès aux espaces réservés aux femmes dans le but de pouvoir commettre des agressions.

Mais les TERFs ne se limitent pas à attaquer les femmes trans qui décident d’avoir des chirurgies. Le simple fait d’exister en tant que femme trans est un viol pour certaines (Robin Morgan, Janice Raymond). Pas toutes les TERFs se rendront jusqu’à ce stade bien sûr, mais toutes s’entendront pour dire que les personnes trans réifient le genre par leur existence. Bizarrement, jamais les TERFs ne s’attaquent de façon aussi véhémente aux hommes trans (bien qu’il peut leur arriver d’accuser les hommes trans de vouloir détruire le lesbianisme (Sheila Jeffreys)). L’idéologie TERF est une construction théorique cissexiste et transphobe, oui, mais elle est surtout transmisogyne.

Ce n’est pas difficile d’expliquer pourquoi l’idéologie TERF suscite de la résistance chez les féministes en général. On ne combat pas le patriarcat, on le réaffirme en utilisant le féminisme comme véhicule. Quelle personne en vient à essentialiser la socialisation et à passer des commentaires insultant sur les corps des femmes et à se dire féministe? Qui prétend qu’une personne trans ne s’affichant pas ouvertement comme personne trans cherche à violer des gens qui se disent implicitement d’une orientation sexuelle donnée? Qui juge les femmes de façon si sévère sur leur apparance? Les pires des hommes machos surtout, le plus souvent liés aux factions les plus réactionnaires, en Amérique du Nord, du parti républicain aux É-U et du parti conservateur au Canada. Rappelons bien sûr que c’est le même genre d’argument que des hommes hétéro vont utiliser pour justifier leur homophobie. Mais pour les fanatiques que sont les TERFs, l’ennemi de leur ennemi est leur allié. Ce n’est pas grave de s’associer avec les pires réactionnaires.

Bien entendu, le même genre d’erreur avait été commise avec les femmes noires lors de la première vague du féminisme, qui prétendument avaient des comportements trop masculins et qui n’étaient pas assez confrontationelles à leur goût contre les hommes noirs. Lors du début de la deuxième vague, la même erreur a encore été commise avec les femmes lesbiennes, qui étaient prétendument des menaces pour les femmes dans les espaces non-mixtes.

C’est au dernier genre de TERF auquel nous avons eu affaire à Montréal. Ce n’est pas, cependant, que Montréal en tant que ville aurait par magie moins de personnes trans prêtes à se joindre dans nos organisations. Montréal n’est pas une ville isolée du reste du globe.

À l’exceptionnalisme montréalais

Nous savions cependant qu’à Montréal, il fallait prendre des positions fermes dès le début pour être sûres que le MER ait des politiques correctes faces aux luttes de libération trans. Contrairement à ce qui a été dit par des membres du parti au cours de l’enquête, une préparation extensive a été prise dès le début de la refondation du MER pour s’assurer que les membres soient capables de lutter contre le chauvinisme cis.

À la première réunion, une personne trans a été invitée, qui était assez intéressé pour être un sympathisant. Il nous a proposé un atelier sur les questions de santé mentale, puisqu’il est un militant d’expérience sur cet enjeu. Il nous a par la suite aidées à rédiger des textes, faisant les tâches rébarbatives de corriger et donner des rétroactions sur ces textes.

À chaque réunion par la suite en 2014 jusqu’au 4ème congrès, quand je donnais des exemples de campagnes pas forcément reliées aux luttes contre le caractère bourgeois de l’État, mais contre des injustices que les prolétaires vivent et qui pourraient nous aider à accumuler des forces en tant qu’organisation de masse, j’ai toujours cité comme exemple le fait de se battre pour avoir des toilettes non-genrées. Cet exemple a toujours été compris comme étant un enjeu prolétarien par les membres du MER.

Au mois de janvier, nous avons projeté le film Laurence Anyways à la maison Norman Bethune. Nous avions également prévu une discussion sur le sujet après la projection. Nous avions fait un événement Facebook pour publiciser l’événement. Dans la description de l’événement, un membre du MER a copié une description sur internet où on décrivait la femme trans comme un homme ayant transitionné, ce qui était cissexiste. La faute nous a été remarquée par notre sympathisant trans, ce qui a été promptement corrigé. Aucun meilleur résumé du film n’avait été trouvé sur Google, et le membre en question n’avait pas vu le film, donc il n’avait pas pu en faire un lui-même. La faute a donc été également promptement pardonnée.

À cet événement, nous avions invité plusieurs personnes trans, mais ces personnes ont refusé soit parce qu’elles étaient occupées où qu’elles n’étaient pas dans un état psychologique approprié pour regarder un film représentant de la violence contre les personnes trans. Nous avions cependant réussi à accueillir un homme trans, que j’avais contacté dans les premiers mois de la refondation du MER, d’abord dans le but de le recruter comme simple membre, mais aussi pour son expérience sur la question trans. En allant le rencontrer personnellement à son CÉGEP, il m’a révélé qu’il avait reçu une bourse de 500$ pour faire une pré-étude sur la situation des personnes trans dans l’ensemble de la province. Ça consistait essentiellement en un travail à temps partiel. Il devait produire un questionnaire pertinent, rencontrer les personnes (il avait le temps pour 5 personnes) et produire une discussion sur les enjeux que vivent les personnes trans. Cette étude allait être la première du genre au Québec (sans mauvais jeu de mots), une qui pourrait guider des doctorants vers des études plus approfondies et spécifiques. Cet homme a donc été invité pour commenter le film.

Un autre membre avait invité sa copine, que nous avons rencontrée pour la première fois. En entamant la discussion, cette femme a exprimé comment elle croyait que le regard de la protagoniste effectuant son coming-out dans le film était misogyne. En particulier, là où on voit la protagoniste envier les femmes cis pour leur expression de genre et éprouver de l’anxiété de se sentir coincé dans le film. Notre invité trans a répondu à cette réponse, de façon polie, que c’était une bonne représentation du vécu des personnes trans avant leur sortie du placard. On n’appelait pas ça un placard parce que c’est agréable. Ensuite, cette femme est partie, son copain dans le MER la suivant. Nous n’avions pas vraiment compris à l’époque pourquoi c’était arrivé.

Puisque cette femme revient souvent dans le texte, je l’appellerai dorénavant l’instigatrice TERF, puisqu’elle a effectivement instigué, du moins en apparence, la diffusion de l’idéologie TERF au sein du MER.

Un mois après la projection du film, moi et le membre qui avait invité l’instigatrice sommes venus à discuter du féminisme. Il m’a dit que je ne devrais pas prendre position pour les queers dans le féminisme, parce qu’il y a une alliance entre les prostituteurs et les personnes queers pour la légalisation de la prostitution, et que cette alliance servait l’exploitation des femmes. J’ai été quand même sonné par cette remarque, je lui ai cependant répondu que c’était un faux amalgame. Ensuite, je lui ai répondu que le MER n’a pas de position sur la prostitution, mais que ce serait bien de s’engager avec des étudiantes prostituées ou ex-prostituées sur le sujet. À la fin, je lui ai dit cependant qu’on avait un engagement clair pour être inclusif des personnes queers.

Dans une réunion du mois de mars, un peu avant la journée pancanadienne d’action, ce membre a réinvité l’instigatrice. Nous en sommes venues à parler du courant matérialiste dans le féminisme et j’ai été très clair. Nous sommes matérialistes, mais en aucun cas nous allions accepter quelque manœuvre ou théorie transphobe ou cissexiste. En particulier, j’ai fait référence à l’idéologie TERF. Elle avait répondu que c’était bien clair, quoi qu’elle proteste contre le fait que toutes les personnes anti-prostitution soient nommées TERFs. Je n’avais pas vraiment compris l’amalgame ici, mais j’ai simplement répondu que pour nous TERFs référait uniquement à la question trans, pas en soi à la question de la prostitution.

Après la journée pancanadienne d’action, elle s’est impliquée plus régulièrement et nous l’avons considérée membre du MER. Elle avait cessé de poster de la théorie TERF sur son profil Facebook, quoi qu’on pouvait encore en trouver des traces dans le passé. Étant épuisé à ce moment en raison de mon militantisme mais aussi par mes études, je n’ai pas confronté le sujet. Je me suis dit que mes autres camarades, qui avaient été formés sur la question et qui avaient voté pour que ce soit obligatoire d’être trans-inclusif au MER, avaient jugé qu’elle était en train de faire son bout de chemin pour éliminer cette idéologie de sa pensée.

Il y a ensuite eu cette rencontre dont je parlais deux sections plus haut avec le FFP, les femmes du MER étaient insatisfaites de ce qu’elles ont entendu par rapport au féminisme prolétarien, où un homme s’est permis de mexpliquer à ces femmes comment la division genrée du travail n’était pas vraiment un problème. Ces féministes radicales avaient certainement le droit de critiquer cet aspect, tout comme critiquer le programme sur cet aspect, qui n’est vraiment pas terrible sur la plupart des aspects autour de la contradiction de genre. La lutte féministe est une lutte politique, pas une lutte d’idées, contrairement à ce que dit le programme du PCR.

L’instigatrice TERF du MER n’a cependant pas chômé. Elle avait créé une liste de lecture, comptant plus d’une dizaine de liens menant à des sites tels que Trouble and Strife et Deep Green Resistance. Cette liste de lecture a été transmise à un membre du MER qui voulait créer un comité LGBT, en réaction à la création du comité femmes. Cette liste de lecture m’a par la suite été transmise. C’était très alarmant.

J’ai alors demandé au parti à pouvoir parler à ma mentor. Il n’y avait plus vraiment de doutes que le comité femmes allait réussir à rassembler les femmes sous sa bannière et sous l’idéologie TERF. Ma mentor m’a conseillé de parler à un camarade trans vivant à Toronto, ancien membre du CC du MER. Cet ancien membre a également de l’expérience dans la lutte aux Philippines, étant originaire de ce pays.

Par la suite, lors d’un dîner, j’ai donné un avertissement très sérieux par rapport à l’expression de ce genre d’idéologie. Je lui ai dit carrément qu’on me demanderait d’expulser elle et toute personne qui approuverait des politiques TERFs. Je ne pouvais même pas penser qu’aucun MER dans le reste du Canada n’aurait toléré cette situation aussi longtemps.

Une semaine plus tard, j’ai reçu un message de l’instigatrice, disant essentiellement que le comité femmes s’était rencontré, et avait conclu que ces révélations sur les politiques du MER constituaient de l’intimidation. Elles demandaient également que je m’informe quant à ce qu’est vraiment le féminisme radical. Elles me suggéraient également la liste de lecture qui a été donné à ce membre du comité LGBT, qui était clairement transphobe.

Par ailleurs, pour être vraiment clair, cette liste de lecture ne contenait aucune défense de l’historique du féminisme radical en tant que tel. Dans ma description de la métaphysique du féminisme radical, je concède beaucoup plus de luttes positives que le féminisme radical a mené que cette liste de lecture. Elle ne contenait strictement qu’une défense de l’exclusion des femmes trans des milieux non-mixtes féminins. Parfois, cette liste de lecture était assez réactionnaire pour être confondue avec la chronique de Richard Martineau, probablement une des pires poubelles médiatiques au Québec. Si vous ne connaissez pas cet homme, il est un chroniqueur au Journal de Montréal qui est particulièrement détesté par le milieu étudiant au Québec. Entre deux articles où il explique comment le Québec est en danger face à l’invasion islamiste et condamne les libéraux et la gauche progressiste en général pour ses tentatives d’intégration (libérale) des musulmans, il n’hésite pas à comparer les personnes trans aux personnes transraciales. Il n’est pas question ici d’une enfant adoptée par des parents d’une autre couleur, mais de la suggestion que les personnes trans soient essentiellement les mêmes êtres sociaux que les personnes faisant du blackface. Toutes ces idées étaient présentes dans la liste de lecture.

À ce moment-là, je n’ai pas eu le choix, il a fallu que je communique ce fait au CC. Cependant, j’ai attendu une journée pour discuter avec le camarade originaire des Philippines. Il m’a aussi rappelé l’importance du fait social trans en Asie et comment sa répression a été un facteur clé dans la subjugation et la colonisation des Philippines. Il m’a aussi rappelé que les TERFs en Amérique du Nord envoyaient des fonds et de la propagande aux mouvements de répression anti-populaires et anti-communistes aux Philippines. Les politiques pro-LGBT sont appuyées depuis des décennies là-bas, bien avant qu’elles le soient dans les pays occidentaux. Ce camarade m’a rappelé qu’en fait, cette lutte s’était passée dans trois autres MER avant celui de Montréal. Il a aussi dit à quel point il était déçu par ce membre appuyant des politiques TERF. Sa déception était d’autant plus grande que ce même membre est allé parler, au nom du MER, pour appuyer la lutte contre l’impérialisme aux Philippines dans une fête à laquelle l’organisation Anakbayan, l’organisation des jeunes communistes Philippinais, nous avait invités. J’ai raconté toute l’histoire que j’ai étalée jusqu’à maintenant dans cette section, moins l’épisode des théories conspirationnistes entre les queers et les prostituteurs, et j’ai demandé ce qu’on devrait faire pour la suite. Il a ensuite proposé un plan d’action, ou moi et lui devions rencontrer le comité femmes dans le but de faire une dernière tentative d’unité sur la question trans. Peut-être que les éléments fautifs changeraient d’idée une fois que ce camarade viendrait nous parler.

La réponse du CC du MER à cette proposition de plan d’action ne pouvait être plus claire. Il n’y avait que trois options: les TERFS cessent d’être TERFs, les TERFs sont expulsées, ou le MER-Montréal est expulsé du MER pancanadien. Si la dernière tentative prévue de conciliation échouait, alors un ultimatum délivré publiquement serait envoyé au MER-Montréal quant à l’expulsion des TERFs. C’était le rôle du CC que d’empêcher que des gens s’approprient notre bannière contre les intentions du Congrès. Et nous avions été claires au 4ème Congrès: tous les membres du MER devaient appuyer le préambule, et il faut être trans-inclusif pour faire partie du MER. Toutes ces propositions avaient été votées à l’unanimité. Ma tâche avant la prochaine réunion du MER-Montréal était d’expliquer qu’il y avait un grave problème, et que je répondrai à ces accusations d’intimidation accompagné de ce camarade originaire des Philippines. Je devais également aller à cette réunion dans le but de répondre aux questions qui me seraient demandées.

Cependant, cet ancien membre du CC et le CC du MER ont fait une grande erreur, soit de penser que ce sont les femmes du comité femmes qui ont imposé leur idéologie dans le but de démolir le MER. Cette conclusion a été tirée grâce aux luttes que ces personnes ont effectuées contre les TERFs dans leur contexte. Je leur ai demandé de leur aide, et c’est ce que ces camarades m’ont indiqué. Or, l’activité du PCR à Montréal est particulière quant à la contradiction de genre. Les membres de l’extérieur de Montréal ne pouvaient pas s’imaginer. En fait, les femmes du comité femmes se sont fait mentir sur toute la ligne par les membres du parti au sein du MER. Elles se sont fait encourager à s’organiser sur la base de leur vision cis-chauvine par les membres du parti au sein du MER.

En dernière instance, le but de ces membres du parti n’était pas d’imposer leurs vues cis-chauvines, sauf pour le membre TERF bien sûr. C’est un aspect important du conflit dans le concret, mais ce ne sont encore que des apparences. Concrètement, l’objectif était d’abord de défendre les privilèges patriarcaux des membres du parti et de faire comprendre que ce serait la politique du parti. Bien entendu, ce genre de politique est totalement contraire aux politiques féministes prolétariennes. Toute la suite des événements prouvera cette thèse.

Quelques heures après l’envoi de cette lettre, j’ai reçu un message d’un membre du parti me disant de ne pas venir à la prochaine rencontre, alors que j’avais cette tâche votée par le CC. Un membre du parti au sein du CC a été très clair, je devais aller à cette réunion, et si le parti à Montréal n’aimait pas ça, ces membres devront régler ça avec lui. Je me suis donc présenté à la réunion.

Toute cette histoire m’avait cependant vraiment usé au cours de la semaine précédant l’envoi de cette lettre. J’étais profondément anxieux, incapable de me concentrer dans mes études et j’avais une nausée plus ou moins permanente. Après une semaine dans cet état, je n’étais pas vraiment en forme pour cette tâche. Après qu’un membre du parti m’ait envoyé des menaces plus ou moins vagues quant à l’opinion des membres du MER quant à moi, j’ai décidé que je n’avais pas les forces pour mener la tâche qui m’avait été donné.

J’avais cependant pris la précaution d’amener un témoin avec moi, un membre du parti et un membre du MER qui était originaire d’Ottawa, mais qui devait déménager à Montréal au cours de l’été dans le but de poursuivre ses études. Il aurait donc, en théorie pu être un membre du MER-Montréal. Cela faisait des mois que j’avais annoncé son arrivée au reste du MER.

Dans cette réunion, selon ce témoin, il était clair que les membres du parti étaient en train de prendre position pour la liberté d’exprimer des vues cis-chauvines en tout temps au sein du MER-Montréal. Le reste du MER-Montréal a été mobilisé pour accepter cette liberté d’expression. Tel que l’avait été écrit dans la demande d’autocritique, aucune personne ne devrait avoir le droit de critiquer les positions personnelles des membres du MER-Montréal. Les membres du MER se sont par la suite convenues à me donner un congé maladie d’un mois, suivie d’une autocritique que je devrais fournir, sans plus de détails.

Tout ça devant venir de féministes radicales dont un des slogans les plus connus est: «le personnel est politique».

J’ai annoncé tous ces événements au CC, et les membres du CC étaient abasourdis. Ils ne me faisaient plus aussi confiance qu’avant, et ont décidé de faire une enquête sur la situation à Montréal. On m’a dit précisément qu’on ne pensait pas que je mentais, mais que je ne disais peut-être pas toute la vérité. J’ai accepté immédiatement de me soumettre à cette enquête, mes camarades pourraient voir la réalité par elles-mêmes. Je leur ai indiqué par la suite que ce camarade d’Ottawa avait été à la réunion, et qu’ils devraient l’appeler pour avoir plus d’informations. Ce camarade a confirmé tout ce que j’avais dit. Ils ont donc repris confiance en moi, mais ont voulu continuer avec l’enquête, parce que je n’étais pas politiquement en mesure de régler la situation.

Le lendemain, j’ai une rencontre avec un membre de la direction du parti et les deux autres membres du parti au sein du MER-Montréal. Le membre le plus pro-TERF a nié d’emblée la possibilité que cette femme pouvait être transphobe, par le fait qu’elle avait une amie trans. Probablement qu’il aurait aussi accepté que n’importe quel homme hétérosexuel en couple dise qu’il ne peut être misogyne parce qu’il a une blonde. Ensuite, on a catégoriquement nié les faits quant au caractère impérialiste de contribuer à distribuer des textes utilisés contre la répression de la lutte anti-impérialiste aux Philippines. Je leur ai simplement répondu de parler au camarade originaire des Philippines. On m’a demandé de publier une autocritique dans lequel il fallait que j’accepte qu’on ait un débat sur la question du genre et qu’on n’allait jamais exclure qui que ce soit pour ses convictions féministes radicales. Bien sûr, le débat devait porter sur la validité de l’autodétermination du genre des personnes trans. Après 4 heures de discussions en soirée, et toujours mal en point, j’ai finalement accepté que j’allais faire une autocritique.

Plus tard en soirée, lorsque cette rencontre était terminée, le membre le plus pro-TERF a carrément expliqué qu’il n’acceptait pas que des femmes trans veulent rejoindre des milieux réservés aux femmes, et a accusé ces femmes trans d’être des hommes qui cherchent une façon de violer des femmes. Il disait aussi ne pas accepter que des personnes qui ont socialisées pendant une certaine période dans leur enfance puisse dire avoir été leur genre toute leur vie. Finalement, il s’est ouvert quant à son opinion par rapport à l’instigatrice TERF. Il pensait qu’elle ne ferait jamais une bonne militante, mais qu’il fallait accepter ses propos, juste parce qu’elle était là.

Pour ma part, en aucun moment n’ai-je douté du potentiel d’aucune des femmes au MER. Si j’ai accepté de prendre le risque d’accepter d’accueillir des femmes qui se disaient ouvertement féministes radicales matérialistes, ce n’est pas parce que je pensais qu’elles n’avaient aucun potentiel. Elles ont toujours manifesté de grandes capacités intellectuelles et des bonnes habiletés de communication. Leur potentiel à bâtir des liens avec les masses parlait de lui-même.

Je n’ai donc vraiment pas pu me résoudre à faire cette autocritique. D’abord, il était clair que si je cédais sur cette question alors que les gens du MER à l’extérieur de Montréal étaient au courant de mes politiques pro-libération trans, il y aurait un scission dans le parti et dans le MER. Et je n’étais pas encore convaincu de la mauvaise foi du parti en général à Montréal. Après tout, la direction du parti n’avait pas encore eu accès à la liste de lecture transphobe, et je me disais que la direction ne se fiait qu’à ce que les deux autres membres lui ont dit. J’ai retenu mon autocritique dans le but de potentiellement gagner du temps pour permettre à ce que je pensais n’être qu’un quiproquo dans le parti.

Environ une semaine après cette réunion du MER-Montréal, une femme du comité femmes s’est dissociée de cette liste de lecture et l’initiative globale. Elle a dit être en profond désaccord avec ce qui était avancé dans cette liste et se retirait de cette aventure. Elle n’a cependant pas été prise au sérieux par le comité femmes.

La fin de semaine d’après, une autre réunion, qui comme la précédente, était située bien en dehors du cercle géographique où les gens habitaient. Là, le membre du parti qui était présent n’a pas hésité à avouer qu’il savait qu’on avait effectivement résolu au MER, au 4ème Congrès, qu’on ne voulait pas de TERFs au sein du MER, et que ce n’était pas moi qui avais inventé ça dans un accès d’autoritarisme. Il savait exactement que le CC proposait l’expulsion du MER-Montréal, et que les raisons de l’expulsion seraient diffusées publiquement. Les conséquences ne l’importunaient aucunement.

La même femme du comité femmes qui se désistait a décidé de parler au membre TERF du parti. Elle a parlé de son expérience professionnelle avec les personnes trans. Son emploi n’était pas directement relié aux personnes trans, mais elle travaillait en toxicomanie et avait eu affaire à des personnes trans. Ce membre du parti a refusé de considérer ses arguments et selon lui, tous les arguments en faveur de l’acceptation des identités trans étaient de la pseudoscience bourgeoise. Les autres membres du MER ont approuvé les dires du membre pro-TERF.

Il existe des enregistrements effectués par un autre membre du parti à cette réunion qui prouvent la véracité de ce qui vient d’être expliqué.

Dans la même soirée, le CC a décidé de demander à ce membre du MER qui défendait l’instigatrice TERF de transmettre le message comme quoi le CC ferait une enquête sur la présence d’idéologie TERF au sein du MER. Ce membre a simplement refusé. Des membres du CC ont par la suite conclu que probablement en fait que le MER-Montréal devrait être renvoyé du MER pancanadien pour son manque de structure démocratique. Mon Internet n’était pas bon en ce moment, et je n’ai pas pu entendre la conversation. Mes camarades semblaient trop exaspérées pour répéter ce dont elles avaient parlé. Cependant, quelques jours plus tard, ce même membre a envoyé une lettre intitulée «Construction d’un drame dans le but de me dénoncer moi en particulier mais aussi le CC pour leurs manœuvres pour en savoir plus sur l’état de la transphobie au sein du MER.

Voici essentiellement les critiques qui ont été écrites dans cette lettre. Le CC du MER était incapable d’être suffisamment neutre sur la question de la présence de trans-exclusionnaires au sein du MER et sur l’intimidation subie par un membre. Le CC n’avait eu accès qu’à une liste de lecture de 68 pages incluant un vidéo de 40 minutes de Deep Green Resistance sur pourquoi il est impossible de déterminer son genre autre que celui assigné à la naissance. Le CC n’avait pas vu ce qui s’était passé dans leur demeure la semaine d’avant, qu’elle avait pleuré dans son lit avec lui et n’avait plus l’intention de revenir au MER et maintenait ne pas être cissexiste ni transphobe. Le CC était incapable de distinguer qui se prenait pour le sauveur des femmes, qui écrivait une lettre à tous les membres dans le but d’exposer un autre membre qui défendait une ligne féministe ayant été acceptée à l’unanimité au 4ème Congrès, des gens qui ont essayé par l’enquête auprès des masses et par les échanges avec les membres trans au sein du MER pour savoir ce qu’est être trans. Cette enquête ne pouvait donc qu’être biaisée: désigner l’idéologie transphobe féministe radicale trans-exclusionnaire en anglais sous le nom de TERF ne pouvait être qu’une insulte et une prise de position pour un agresseur contre une victime/survivante. La lettre terminait sur l’opinion que la transphobie n’est qu’une contradiction au sein du peuple et que les personnes opprimées au sein du MER pancanadien ne peuvent demander l’expulsion de ces gens du MER. Ce serait sectaire que d’expulser des TERFs. Ce n’étaient pas des intérêts personnels ou des intérêts de patriarches qui était défendus, contrairement au CC qui défendait leur «ami» et qui était même prêt jusqu’à expulser le MER-Montréal, le plus grand MER au Canada à cette fin, malgré le scandale qui serait causé dans l’organisation en entier comme à l’extérieur.

Aussi, il a prétendu que c’est grâce à une féministe radicale que le programme de service de garde a été mis en place à Montréal. Sûrement les camarades de Montréal pourront expliquer comment le même camarade qui a écrit cela a été capable, le 12 février 2015, d’annoncer devant une caméra diffusant en streaming sur Internet la création du comité du service de garde et l’annonce d’une formation qui a été organisée par nulle autre que ma propre personne par le comité de soutien aux parents étudiants de l’UQAM. Et ce avant même qu’une seule féministe radicale soit contactée. Ils pourront aussi sûrement expliquer que ce n’était pas moi qui a proposé la forme comité service de garde au sein des comités printemps 2015, et sûrement qu’ils pourront expliquer pourquoi la féministe radicale en question est arrivée seulement à la deuxième moitié de la réunion, pour filmer la dernière partie de la formation sur comment changer des couches.

(Par ailleurs, cette féministe radicale est celle que la femme de RI a dénoncé comme allant trop loin sur la défense des pratiques TERFs.)

L’objet de la dispute, soit le droit à l’autodétermination du genre des individus, a été réduit à une simple «question sémantique sur la définition du mot «femme»». Je suis sûr que si l’enjeu était plutôt l’accès à l’avortement, ce membre du parti dirait plutôt qu’on ne devrait pas expulser des pro-vies, parce que tout ce débat tient sur la question sémantique de la définition d’un être humain. Ce ne serait pas anti-féministe. Tout comme il l’a fait pour les interventions du CC, il décrirait probablement ça comme étant très sectaire de dire que les pro-vies sont anti-féministes. Le même principe s’appliquerait à la définition du mariage comme étant entre un homme et une femme: ce ne serait pas de l’homophobie, seulement une question de sémantique. Manifestement, il ne connaît que le pire discours des post-modernes sur les discours: les post-modernes ont tendance à être au moins nominalement pro-trans.

Mais qu’à cela ne tienne: le CC du MER a envoyé son message sur le groupe Facebook du MER-Montréal afin de les avertir qu’une enquête aura lieu, puisque le CC avait constaté qu’il y avait une présence de l’idéologie TERF au sein de l’organisation et que cette contradiction n’était pas gérée correctement. Cette formulation avait été choisie dans le but de choquer le moins possible, même si toutes ces prises de positions implicites du membre du parti qui défendait la présence de l’instigatrice avaient vraiment rendu furieux le CC du MER. Ce membre ne respectait même pas les acquis de très longue date du féminisme, soit le fait de considérer des femmes comme étant responsable de leurs paroles et de leurs actes. Cependant, pour lui, ce n’était pas suffisant de la traiter comme une gamine: il avait également utilisé un discours psychiatrisant devant le CC pour justifier les comportements de cette femme, et dire qu’en réalité c’est moi qui étais l’abuseur dans la situation.

Aussi, des membres du CC du MER ont implicitement dit qu’ils allaient demander une intervention du CC du parti pour arrêter immédiatement cette restriction des droits démocratiques des personnes trans sur la base du capacitisme et de la misogynie.

Quelques minutes après l’envoi de ce message, ce membre du parti qui aura été là à la dernière réunion aura décidé d’enlever son support matériel. Il fournissait un jardin qui devait servir à fournir des bouffes populaires.

Par après, le membre TERF du parti a affirmé trouver louche l’attitude de cette professionnelle en toxicomanie (celle qui avait tenté de baser son opinion politique sur son expérience professionnelle avec les personnes trans). La cause directe pour ses paroles devait plutôt être son copain au sein du parti (qui nous prêtait son jardin), pas son expérience professionnelle. Ça n’aura pas été le premier exemple de manque de respect pour l’intellect des femmes, ni le dernier.

L’idée d’une intervention du CC a donc été évidemment critiquée par le chapitre, mais leurs arguments étaient basés sur l’idée que des révolutionnaires vivant et s’organisant sous le même État bourgeois qu’elles, qui utilisent le même nom, la même constitution et les mêmes taciques, qui ont contribué à la création de l’organisation depuis maintes années, n’ont aucun droit de les critiquer. Ces révolutionnaires à Montréal sont plutôt des réactionnaires qui utilisent le nom et le prestige d’une organisation pancanadienne pour mettre de l’avant et défendre des idées qui sont contraires à nos principes fondamentaux et les raisons pour lesquelles nous avons eu du succès.

Parce que si on ne peut pas déterminer par soi-même son genre, on peut définitivement s’autoidentifier comme révolutionnaires. Ce n’est pas quelque chose qui se prouve par la pratique à travers les masses… pour les gens de Montréal, c’est une essence de la psyché d’une personne.

L’instigatrice a par la suite envoyé une lettre au reste du comité femmes. Cette lettre était essentiellement une démission du MER et une lettre de remerciements pour le support qu’elle avait obtenu. Elle disait ne plus être capable de supporter la violence qu’elle vivait au sein de l’organisation, même si elle soulignait le travail que ces femmes ont fait pour l’appuyer. Est ensuite venue un étalement de la violence patriarcale et entres autres des abus sexuels qu’elle a vécu avant que quiconque au MER la connaisse, juste avant de terminer sur une déclaration où elle continue à défendre l’opinion qu’il faut des espaces réservées aux femmes cis auxquels les femmes trans n’auraient pas besoin.

Après que j’ai eu relayé cette lettre aux autres membres du CC, ceux-ci étaient prêts à festoyer. Elle l’avait finalement admis. Il n’y aurait plus de cachettes. Les membres du comité femmes verraient la supercherie. Mais ces événements n’étaient cependant que la pointe visible de l’iceberg.

Tout d’abord, parce que c’est ce membre du parti qui a invité l’instigatrice TERF à rejoindre le MER alors qu’elle serait contre les politiques du MER qui était abusif. Il savait qu’elle s’opposerait sur toute la ligne à nos politiques, que les autres MER voudraient lutter de façon antagoniste contre sa vision réactionnaire de la question trans. C’est difficile de blâmer les TERFs pour l’expression de leur idéologie quand des membres du parti leur disent que l’expression de leur idéologie est tout à fait acceptable. Cet abus n’était possible que parce que le membre a profité de son privilège d’ancien en étant au courant de la situation, mais qu’il faisait semblant de ne rien savoir.

Ensuite, elle était en train de dépenser beaucoup d’heures pour cette organisation. Mais elle n’avait jamais réellement exprimé d’opinions politiques au sein du MER auparavant. Ces tâches se sont essentiellement résumées à faire de la décoration urbaine, organiser une gratiferia et cuisiner de la nourriture pour nos bouffes populaires. Ce membre du parti savait très bien que ses opinions politiques ne seraient jamais tolérées, mais il a continué à solliciter son temps.

Si ce n’était pas suffisant, en incitant aux femmes du comité femmes à défendre l’instigatrice TERF dans une cause perdue, ce membre du parti n’a fait que leur déléguer cette tâche de travail de care. Mais il faut le comprendre. D’abord, elle était en colocation, et pendant des mois, il avait profité de l’hospitalité de sa coloc en partageant sa chambre, il nous avait avoué lui-même qu’il causait du mal à l’instigatrice TERF. Surtout que la famille aisée du membre lui avait coupé les vivres et qu’il devait maintenant trouver du travail. Il fallait donc permettre à l’instigatrice TERF de se faire appuyer pour qu’il puisse continuer à s’appuyer sur elle.

À la réunion mensuelle du parti au mois d’août, nous avons discuté pendant une bonne partie de la période de la situation du MER. Un des membres de la direction a fait un résumé chronologique de la situation. Le résumé en soi était assez fidèle aux événements. La plupart des membres du parti ont fait des interventions en faveur des droits des personnes trans, mais personne n’a voulu réellement affirmer pourquoi c’était important dans une organisation de masse de l’appuyer. Deux interventions en particulier, une d’un homme impliqué avec des problèmes de santé mentale, et une femme du FFP ont fait preuve de leur expérience dans leur domaine et ont étalé leur position qui étaient timides, mais en faveur de l’acceptation des personnes trans. Les membres du parti au sein du FFP ont carrément nié la validité des accusations d’intimidation et d’agression psychologique. Elles ont par ailleurs dit que c’était surtout de la faute du retard qui a été accumulé quant à la formulation d’une liste de comportements à avoir face aux oppressions spécifiques et aux rectifications qui doivent être entreprises et au flou quant aux positions sur la lutte de libération trans.

Rien de plus n’a été dit de la part du FFP.

J’ai fait un discours de plusieurs minutes où j’ai expliqué les menaces qui planaient sur le MER-Montréal. D’abord, j’avais fait des promesses à plusieurs personnes trans dans les milieux anarchistes quant à nos positions alignées sur le féminisme prolétarien. Ensuite, j’ai expliqué mon expérience au 3ème Congrès du MER. Je fais exprès de catégoriser les gens en queer et non-queer: c’est dans le but de mieux percevoir les oppressions systémiques, pas dans le but de discriminer. Au 3ème Congrès, chaque personne devait donner son pronom. C’était vraiment une nécessité: il y avait au moins 30% des personnes pour lesquelles je n’aurais jamais osé genrer sans savoir comment les genrer. Je leur ai expliqué qu’il n’y avait aucune chance que le MER pancanadien ne plie moindrement contre les TERFs. Finalement, j’ai expliqué que vu l’état des forces dans les CÉGEPs et dans les universités, qui sont généralement très progressistes à Montréal sur la lutte de libération trans, excepté à l’UQAM, où les combats sont encore très féroces, et que ces milieux sont généralement très anarchisants, il n’y avait aucune chance qu’on ne reçoive pas une forte campagne d’opposition en raison de son acceptation de l’idéologie TERF. J’ai cependant admis que la discussion avec la TERF s’était terminée trop rapidement à mon goût. Je leur ai dit que je ferais cette autocritique.

L’autre membre du parti qui n’était pas TERF lui-même a donné son opinion qu’il était d’accord avec ce que je disais par rapport aux positions dans les chapitres locaux du MER partout au Canada, et que c’est clair qu’il y aurait une lutte sans merci contre les TERFs. Par la suite, la direction a suggéré un plan. D’abord je devais faire mon autocritique. Ensuite, l’unité sur les questions trans devrait être rétablie entre les membres du parti qui s’occupent du MER. La direction collégiale du MER devrait aussi être rétablie. Après que nous trois membres du parti au sein du MER ayons accepté, la direction s’est entendue pour se réunir avec le CC du parti.

Mais pourquoi le parti n’a-t-il pas agi quant à cette situation pour éliminer les réelles sources d’abus au MER-Montréal, alors qu’il avait toutes les informations en main? C’est simple, en fait, le cis-chauvinisme est une oppression bénigne en comparaison aux pratiques patriarcales courantes au sein du parti à Montréal. Parlant de critiques valides que les féministes radicales auraient à apporter à l’organisation, pourquoi on ne s’intéresserait pas maintenant aux relations personnelles entre les membres, en particulier, les relations intimes? Elles ont certainement un caractère politique.

Mais voici la plus grande contradiction, la pratique de recrutement par les relations intimes n’est pas seulement bien admise à Montréal: c’est la seule façon que le parti à Montréal a de recruter des femmes. Cette façon de procéder a le problème grave et inhérent de commencer le recrutement d’une femme au parti avec un gradient de pouvoir important. Niveau pratique féministe, ça commence très mal. Et ça ne peut que terminer par des abus, ce qui est arrivé.

J’ai été mis au courant d’un cas d’abus dans le cadre de relation intime qui comprenait de la violence sexuelle. Le lendemain après avoir appris ça, j’ai contacté les autres membres du parti au sein du MER pour discuter d’un plan d’action. C’était deux jours avant la scène du dîner. On n’avait convenu de rien. J’ai aussi parlé à un membre de la direction, et il me semblait très au courant de la situation d’abus. Je lui ai demandé si la moindre autocritique avait été produite par le membre fautif, et il m’a répondu très clairement que non. Ce cas n’a pas été discuté dans le parti. Du tout.

Résumons. Un cas d’abus dans le cadre d’une relation intime qui comprenait de la violence sexuelle s’est produit entre un homme au sein du parti et une camarade. La direction du parti protège ce membre. Dans ces conditions, on ne peut pas se limiter à penser que c’est un cas isolé. Proposons-nous de faire une enquête sur les relations intimes entre personnes hétérosexuelles dans le parti. Dans cette enquête, on pourrait demander à chaque homme au sein du parti ou au sein des organisations de masse ce questionnaire:

• Avez-vous eu des relations intimes avec une femme au sein du parti ou au sein des organisations de masses dans les 15 dernières années?

• Si oui, est-ce que toutes les dents de votre partenaire étaient sorties au début de cette relation?

• Quel était votre âge au début de la relation?

Et à toutes les femmes je demanderais:

• Êtes-vous en couple avec un homme au sein du parti ou des organisations de masse?

• Était-il un membre du parti ou d’une organisation de masse?

Si j’ai bâti le questionnaire comme ça, c’est pour ne pas mettre un nom sur une victime/survivante de cet abus et pour révéler la nature de ces abus. La camarade en question n’était qu’une adolescente à l’époque. C’est vraiment simplement la norme que de recruter des femmes non par la politique, mais par l’attirance sexuelle et les relations de couple. Le gradient de pouvoir que se produisent les hommes de cette façon est très convéniente. Les vieux membres du parti et les nouveaux membres provenant du MER se sont donc reconnus comme des alliés contre les gens qui pourraient exclure des gens sur la base d’avoir des comportements antiféministe prolétarienne.

Il n’y a aucun flou sur qui avait le pouvoir lors de cette charge contre le CC du MER. Pourquoi est-ce que les femmes du comité femmes seraient allées en charge frontale contre le féminisme prolétarien? Si les féministes radicales étaient au courant de la situation dans l’ensemble des organisations de masse rattachées au PCR, est-ce que ces féministes radicales auraient vraiment attaqué en priorité les féministes prolétariennes du MER pour des raisons cis-chauvines? Ou est-ce que le but était simplement pour les hommes dans toutes les organisations de les aveugler quant à la véritable source du pouvoir patriarcal? C’est extrêmement bizarre, quand on y pense, que des féministes radicales s’attaquent au CC du MER pour son application du féminisme prolétarien avant de s’attaquer à ce qu’elles pensent, selon leur doctrine, comme étant la contradiction principale dans la société, la relation d’oppression des hommes sur les femmes par le couple patriarcal.

Mais c’est pourtant simple à comprendre. Il n’y avait aucune femme du comité femmes qui n’était pas en couple avec un homme qui était là depuis plusieurs mois dans l’organisation. Tous ces hommes ont délibérément menti sur les politiques féministes prolétariennes du MER dans le but de jouer les preux chevaliers pour sécuriser leur pouvoir sur les femmes. Et ça, c’est une conclusion claire à la fois du féminisme prolétarien et du féminisme radical.

Peut-il vraiment y avoir consentement, lorsqu’en tant que nouvelle camarade d’une organisation de masse, prête à être recrutée pour la GPP, on est sous la contrainte que si on ne fait pas partie du groupe, on est vulnérables à la répression de l’État? Pour toute la rhétorique autour de l’acceptance des féministes radicales que les patriarches du PCR ont fait preuve, ils n’ont pas lu le moindrement les critiques que les féministes radicales ont faite au concept de consentement. Le féminisme radical n’est pour les membres du parti acceptable que comme oppression des personnes trans, et non pas en tant que critique souvent valide de certaines pratiques que les patriarches peuvent avoir.

Les réponses à la deuxième partie du questionnaire donneront comme conclusion très nette qu’il n’y a aucune femme recrutée à Montréal depuis la formation du PCR qui n’est pas en couple avec un homme au sein du parti, et que toutes les femmes sont en couple avec quelqu’un de plus expérimenté et présent depuis plus longtemps. Le ratio hommes/femmes sera également très mauvais.

Toute cette opération quant à la liberté des TERFs de disséminer leur point de vue sans restriction n’avait que pour but de protéger ce modus operandi de recrutement des femmes. Mais il faut dire qu’à première vue, ça ne fait aucun sens de garder des membres abuseurs patriarches pendant qu’on expulse une TERF. C’est donc pour protéger cette vision patriarcale du rôle des femmes dans le parti que le point de vue féministe prolétarien sur la question trans a été combattu. Les personnes trans en tant que telles étaient surtout un dommage collatéral pour la direction du parti.

Pour revenir à l’histoire, nous trois avons eu une réunion pour enfin rétablir la direction collégiale du MER, tel que convenu selon le plan du parti. Cette réunion a échoué. Dans cette réunion, il a directement attaqué le membre du parti qui a contesté l’acceptation de politiques transphobes au sein du MER et les mensonges proférés quant à mon rôle dans ces événements. En fait, ce membre anti-transphobie n’était pas encore membre du parti, mais il avait envoyé sa lettre. Le parti avait un peu peur de l’aventurisme de cet homme, mais a pris la décision par la suite de l’intégrer justement pour lutter contre son aventurisme.

Ces attaques de ce membre n’étaient cependant pas de nature politique, mais étaient reliés à un diagnostic sur l’état de santé mentale du membre du parti. Le membre TERF ne voulait pas l’avoir dans l’organisation pour cette raison. Il trouvait par ailleurs très louche le fait que sa copine qui s’impliquait au comité femmes avait refuté les thèses TERFs. C’était probablement une forme de violence patriarcale, pas son expérience professionnelle. Il s’imagine probablement que tous les hommes sont pareils à lui quant au respect de l’expertise féminine.

C’était clair maintenant que ce membre était prêt à n’importe quoi pour faire peur aux membres. Est-ce qu’il avait fait la même chose avec moi? J’ai demandé à ce futur membre du parti en question.

J’ai été catégorisé par la psychiatrie quand j’étais enfant. Je ne m’identifie plus à ce diagnostic, pour plusieurs raisons, la principale étant le fait que ce diagnostic ne m’a jamais aidé. J’ai tendance de parler de mon diagnostic cependant à mes camarades en général dès que je suis un minimum proche. C’est que ça explique comment je suis venu à détester le capitalisme, pas en étant directement prolétaire, mais en me refusant toute valeur en tant qu’individu. Je ne pouvais même pas être prolétaire selon la psychiatrie. Soit, par chance, on allait réussir à me faire vivre en tant que petit-bourgeois par ma famille, soit j’allais être lumpenisé.

Si le membre en question avait utilisé mon exemple pour expliquer des principes sur les oppressions spécifiques et comment elles socialisaient contre le capitalisme sans m’en parler avant, ce serait mal. Mais je reconnaîtrais que l’intention était bonne.

Ce n’est cependant pas ce qui est arrivé. Le fait que je me tienne à la position qui a été voté à l’unanimité au Congrès, le fait que je sois solidaire des personnes trans et à leur droit à l’autodétermination de mon genre, le fait que je dénonce une situation oppressive qui est contre nos principes, tout ça était une conséquence du fait qu’on m’a catégorisé. Il devait y avoir une épidémie de ces gens avec des troubles du développement au MER. Il va sans dire qu’on ne peut discuter de rien avec ces gens, quand à priori la valeur des paroles de leur interlocutrice n’a aucune valeur.

Est-ce que c’est une peur non-justifiée contre les personnes qui ont été diagnostiquée par la psychiatrie qui causait ces réactions de ce membre? C’est difficile de conclure avec seulement ce qui a été dit jusqu’à présent. Pour vraiment arriver à comprendre, il faut savoir la réaction de ce membre face aux masses qui ont été outrées par les meurtres que Guy Turcotte a perpétrés contre ses deux enfants. Celui-ci est probablement une des figures les plus médiatisées des cinq dernières années. C’était un médecin de profession. Après que sa femme ait eu une liaison avec un autre homme, et après leur séparation, celui-ci a tué ses deux enfants. Il a dit avoir bu du lave-glace. Pour sa défense, la cour a statué qu’il n’était pas criminellement responsable de ces meurtres, puisqu’il avait un trouble de l’adaptation avec anxiété et humeur dépressive. Il n’était pas conscient de ce qu’il faisait.

Des médecins qui défendent un médecin. Les masses n’étaient pas dupes. Cette affaire a soulevé les passions. Un second procès a été fait, où il a été découvert que le lave glace a été bu après avoir déplacé les cadavres de ces enfants, donc après les avoir tués. Un psychiatre a témoigné qu’il ne pouvait y avoir de lien entre un trouble de l’adaptation et le meurtre qui a été commis.

Mais qu’est-ce que le défenseur des TERFs a fait pendant ce temps où les masses étaient outrées? Il a systématiquement pris la défense de l’utilisation de la psychiatrie pour refuser de voir que ce n’était vraiment qu’un patriarche des plus brutaux. Les masses savaient qu’il était coupable, mais ça serait attaquer à la fois le patriarcat et la psychiatrie, et ça il n’était pas capable de l’avaler.

Toute cette explication ressemble à la description d’une théorie conspirationniste sur le patriarcat au sein du parti, mais il faut bien comprendre que ces manœuvres ne s’intégraient pas dans une vaste conspiration. Le patriarcat en général n’est pas une conspiration. Le patriarcat au sein du parti à Montréal n’est pas une conspiration, de la même façon que la concentration de la richesse et la paupérisation des masses n’est pas une conspiration. Le fait que l’État est entre les mains de la bourgeoisie n’est pas non plus une conspiration. Les bourgeois n’aiment pas, en soi, que des gens souffrent. Les hommes au PCR à Montréal ne se revendiqueront jamais du patriarcat et n’admettront jamais que l’ensemble de leurs actes s’intégrait dans une stratégie de prise de contrôle patriarcale.

Mais le patriarcat est un pouvoir politique un peu spécial. Le pouvoir patriarcal est généralement tellement fort dans la société qu’il n’a pas besoin d’être explicité pour être appliqué. Les hommes en tant que catégorie sociale sont gagnants dans cette lutte et prennent part au partage des bénéfices selon leur position quant aux autres oppressions. Je n’ai eu connaissance d’aucune unité, ni aucune concertation quant au maintien du pouvoir patriarcal à Montréal, même si l’acceptation de ces pratiques est tout de même la raison pourquoi le féminisme prolétarien a été attaqué.

S’il faut chercher les causes de l’adhérence obstinée des membres du parti à leurs politiques patriarcales, il faut d’abord regarder du côté de leur interprétation du marxisme. La direction de la cellule à Montréal ne reconnaît pas les oppressions spécifiques du prolétariat comme étant des questions auxquelles il faut s’intéresser. Plutôt que d’étudier en détail comment la classe sociale se divise en autres catégories, la direction de la cellule ne reconnaît que ce qui est commun à tous les prolétaires, l’extraction globale de plus-value de cette classe. Selon ces hommes blancs cis-hétéronormatifs et ne vivant pas d’oppression capacitiste, il faudrait plutôt laisser de côté ces différences pour se concentrer envers ce qui ne concerne que tous les membres, donc le renversement de l’État bourgeois. Le parti MLM, qui doit former ses membres quant à la possibilité de la restauration du capitalisme dans les États ayant eu la révolution socialiste, ne doit pas confronter ces problèmes selon ses hommes. En fait, il doit même activement donner la directive de réprimer les tentatives des masses de chasser de leurs rangs les oppresseurs d’une partie du prolétariat, ces oppresseurs qui sabotent les organisations socialistes

On pourrait aussi supposer que les hommes au sein du parti ont vu une opportunité dans le fait que cette attitude est aussi typique des TERFs sur les oppressions de genre. Les TERFs réclament aussi que les oppressions des femmes sont communes et que l’étude détaillée de ces oppressions affaiblirait tout. Sûrement que ce serait facile de leur faire changer de contradiction principale. Mais puisque les hommes ne sont pas réellement intéressés au féminisme radical, ce serait encore leur attribuer trop de mérite. Ils n’ont pas fait ce travail d’analyse du féminisme radical. Ce n’est pas non plus que ce soit une vision à long terme qui soit tenable. Penser sérieusement faire gober à ces futures ex-féministes radicales que l’oppression patriarcale qui est défendue par la direction du parti est secondaire, c’est complètement ridicule. Se sont-ils rendu compte qu’il n’y aura aucune forme d’unité politique entre ces féministes radicales et le parti?

Les membres du parti au sein du MER n’étaient pas tout à fait en accord avec la direction sur la question de l’abus de cette adolescente. Ils n’étaient pas d’accord avec l’abus sexuel qui a été vécu par cette camarade, mais ils supportaient généralement le fait de recruter des femmes qui n’auront jamais la moindre prise sur la politique de l’organisation en raison de leurs idéologies problématiques. Ils avaient tous intérêt à maintenir la politique patriarcale même s’ils n’admettront jamais de front que tous les actes posés l’ont été intentionnellement. Ils reconnaissent l’abus du cas précis que j’ai en tête, mais ils ne reconnaîtront pas que le fait d’inciter une personne dans une relation intime de se joindre à une organisation qui sera hostile envers elle pour ses politiques transphobes comme une forme d’abus.

Donc malgré le fait que les membres du parti au sein du MER et la direction du parti s’entendaient, l’unité politique entre ces gens est spontanée au mieux. Il n’y a donc pas de conspiration en tant que tel. Bien sûr, tout ça n’a aucune importance: que ce soit une conspiration planifiée ou seulement les effets de mauvaises politiques et un manque de principe, les effets sont les mêmes. Ils ne comprennent même pas qu’ils sont à la fois complices et à la fois potentiels ennemis. Du moins, tant que tous les patriarches sont d’accord avec le statu-quo.

Cependant, les intentions du membre pro-TERF doivent être claires, ce n’étaient pas accidentel. Il a abusé de la confiance de sa partenaire et du MER au complet. Il avait assisté au débat au 4ème congrès sur l’exclusion des TERFs. Son acte d’inclusion d’une TERF et son combat contre le CC du MER était donc intentionnellement dans le but de briser les décisions prises au 4ème Congrès par tous les membres présents qui avaient voté à l’unanimité.

Dans le reste du Canada, je doute que la situation soit aussi mauvaise qu’à Montréal. Mais pour notre TERF, les positions quant aux politiques identitaires à l’ouest de l’Outaouais sont «presque trots», au sens où on n’y comprendrait pas là-bas les oppressions spécifiques au sein du prolétariat. On ne pouvait donc pas leur faire confiance quant à leur compréhension des oppressions pas exclusivement prolétariennes. Je présumerai que cette comparaison avec les trotskistes était sérieuse. Il voulait probablement dire que les organisations à l’ouest de l’Outaouais ont enfin atteint la parité, comme je l’ai observé lors d’une présentation de la Riposte UdeM. (Leurs nombres sont plus que 10, avant que vous me posiez la question à savoir si c’est seulement deux couples.) L’expérience de cette organisation trotskiste prouverait donc que c’est littéralement mieux de n’avoir aucune théorie féministe que de maintenir la pratique sur le genre que nous avons à Montréal.

Le CC du MER a tenu une autre réunion où nous avons discuté de ce qui se passait à Montréal. Je leur ai dit que la tentative d’unité avait échoué, et le genre de propos que notre membre TERF tenait. Le CC du MER m’a donné comme seule tâche de m’occuper de le dire à la direction de la cellule à Montréal, parce que «quelque chose arrivera». C’était cependant une promesse vide.

Certains au sein du MER-Montréal répliqueront que ce n’est pas vrai que les hommes du parti contrôlent tout. La preuve, c’est que des femmes sont nommées en tant que coordonnatrices. D’ailleurs une femme a été nommée sur le CC du MER. Ces femmes se sont fait donner encore plus de responsabilités qu’elles en avaient auparavant, après les avoir incité à lutter pour une cause perdue. Bien sûr, c’est après avoir s’été complètement assurés que toute opinion venant du CC du MER n’aurait aucune importance que ces hommes ont voté pour une femme au sein du CC. Histoire de ne pas avoir plus de pouvoir féminin dans les vrais processus décisionnels. C’est après avoir liquidé toute forme d’autorité politique et toute nécessité de se rallier à la constitution que les hommes ont voté pour des femmes dans ces tâches. Pour être sûres qu’elles soient bien occupées à faire de la gestion hebdomadaire plutôt que d’avoir le pouvoir politique.

Ce phénomène n’est pas nouveau à Montréal et même les féministes radicales à Montréal ont une opinion claire sur ce sujet. Les activistes, surtout anarchistes de l’UQAM ont produit des textes à n’en plus finir sur le cycle militant. Un enjeu politique important survient (exemple, le printemps 2015), les hommes prennent le leadership des organisations et viennent à être des figures de proue pour la cause. Beaucoup de militants sont recrutés, la division sexuelle du travail n’est que trop peu contestée et se répand. Les hommes s’assurent des grandes lignes de tous les débats et donnent l’orientation, tandis que les femmes s’assurent que les détails nécessaires à la réussite de tout projet soient pourvus, elles font toute la logistique. Les alliances patriarcales se multiplient, le transfert de connaissance et donc du pouvoir se fait surtout entre hommes. Après la lutte, les hommes et femmes militantes sont épuisées et quittent les organisations. La tâche de reconstruction des organisations revient aux femmes par la suite, qui redoubleront d’effort pour s’assurer que les tâches de communication entre les militantes et les masses se reconstruisent. Après quelques années, les organisations seront prêtes à être ressaisies par les hommes une fois qu’un nouvel événement crée une autre raison de lutter.

Au fond, ces membres n’en avaient rien à foutre de la pensée féministe radicale. S’ils l’écoutaient, ils auraient lutté contre eux-mêmes, pas avec les féministes prolétariennes du MER. Ce n’est pas cependant qu’ils n’ont pas écouté des discours féministes sur le sujet: ils ont justement été à ces présentations organisées par des féministes au cours d’un atelier de co-formation militante. Ce n’est qu’après en avoir appris sur le cycle militant qu’ils ont pu reproduire le schéma. Avant, ils n’y auraient probablement pas pensé.

L’enquête a finalement eu lieu. Pendant que l’enquête a eu lieu, un autre membre du parti présent au sein du MER m’a avoué explicitement que c’est eux qui avaient incité les femmes à appuyer les initiatives de cette TERF à lutter contre cette «menace» que constituerait un mandat du CC d’éliminer les TERFs du MER. Selon eux, il était fort probable que les autres membres du comité femme n’avaient pas lu la liste de lecture avant de l’envoyer.

L’enquêteur m’a d’abord rencontré. Après lui avoir grossièrement expliqué la situation au MER, moins la situation d’abus qui a été perpétré par un membre du parti il y a plusieurs années, la première chose que l’enquêteur m’a expliqué est que le problème ne se situait pas vraiment dans le MER, mais dans le parti. Il m’a réexpliqué le rôle central que devait avoir le parti dans la définition des politiques des organisations de masse, et comme quoi les organisations de masse ne pouvaient pas réellement être en avance sur le parti. Il m’a confié par la suite que pour ce qui est de la transphobie, c’était clairement le membre du parti en question la source du problème. Sans vouloir parler de l’autre abus duquel j’étais au courant et tout ce qui tournait autour, j’ai dit que j’étais d’accord avec son opinion.

Après plus d’un mois de préparation où les membres se sont fait expliquer qu’ils devaient faire très attention à ne rien dire de transphobe, l’enquêteur n’a pas trouvé de transphobie évidente dans le comité femme. Elles ont expliqué ne pas avoir lu la liste de lecture avant de l’avoir approuvé. Pour l’autre membre du parti qui m’avait révélé avoir encouragé l’expression de leurs opinions et la dénonciation de cette révélation que le MER étaient anti-TERF, ces femmes avaient agi seulement sous le coup de l’émotion. Ces membres du MER savaient utiliser Facebook pour avoir des conversations et exposer leur vie, mais probablement qu’elles ne savaient pas utiliser un moteur de recherche pour Google pour chercher de l’information. C’est en tout cas ce que pensait l’autre membre du parti. Je suis sûr que cette misogynie sera encore défendue comme un acte féministe.

L’ironie bien sûr, c’est que dans la lettre «Construction d’un drame», les hommes anti-féministes qui condamnent le féminisme comme une idéologie bourgeoisie sont dénoncés. Mais je ne vois pas la différence entre affirmer que les femmes ont accepter d’envoyer une liste de lecture sans la lire, et entre dire que ce sont des femmes bourgeoises qui signent des chèques dont elles n’ont même pas vu le montant. C’est vraiment eux qui ont tenu ce genre de propos, pas moi.

Mais malgré tout, l’analyse que moi et l’enquêteur faisions, c’est qu’il n’y avait pas grand-chose que moi ou l’enquêteur pouvions faire pour changer les choses à Montréal à court terme. Au mieux, tous les membres des organisations proches savaient que le MER-Montréal était surveillé pour des allégations fondées de présence d’idéologie TERF. Expulser le MER revenait à le condamner à mort. Mais avec le genre de théories conspirationnistes défendues par certains membres du parti, comme quoi les personnes queers et trans prônent leurs politiques de libération pour démolir les groupes de femmes, il n’y avait qu’une seule manière de gagner cette bataille pour le féminisme prolétarien. C’était d’inciter les femmes du comité femme à aller au 5ème Congrès du MER pour rencontrer ces féministes prolétariennes. Parce qu’excepté le membre qui a écrit a lettre pour dénoncer le CC du MER, aucun propos clairement transphobe n’avait été entendu directement par l’enquêteur.

Je me suis présenté à la réunion juste avant le cinquième congrès. Je suis allé m’excuser pour la séquence de «quiproquos» qui avaient été engendrés par le CC, où j’ai montré que j’avais et que le reste du CC avait paniqué pour rien. J’ai par la suite invité chaque femme séparément à parler le plus possible aux féministes prolétariennes au MER-Montréal et je leur ai suggéré de se présenter aux élections pour être membre du CC, pour maximiser ces contacts. Ultimement, ce serait par le contact avec ces membres à l’extérieur de Montréal que la vérité serait révélée.

Avant mes excuses, l’enquêteur a présenté un rapport d’enquête relativement doux envers le MER-Montréal. Pour arriver à cela, il a fallu que l’enquêteur omette une grande quantité de faits très préoccupants. D’abord, il a nié la lettre de démission de l’instigatrice, qui était très claire quant à ses politiques transphobes. Aussi, les TERFS discutaient sérieusement de l’autogynéphilie comme une cause de l’identité trans. (C’est un terme psychiatrique qui a été inventé délibérément pour invalider l’identité des femmes trans, en les dépeignant comme des hommes qui cherchent à devenir ce qu’elles désirent en tant que partenaires sexuels.) Je ne sais pas comment on ne peut voir la transphobie dans ça. L’enquêteur m’avait lui-même confié que le héros défenseur du comité femmes se permettrait de mégenrer les gens, ce qui n’a pas été spécifié dans l’enquête. Ce sont les omissions que l’enquêteur a fait par choix.

Mais d’autres omissions ont été commises, qui n’étaient pas par choix. C’est qu’il a pris pour acquis que tout ce qu’on lui disait est vrai. Bien sûr, sachant que les TERFs ont totalement nié que la lettre de démission de l’instigatrice ait existé, alors qu’elles étaient clairement au courant, il pouvait d’emblée conclure qu’il ne pouvait faire confiance en rien aux membres du MER.

Mais il a également omis d’autres propos inquiétants, qui ont simplement été cachés par les membres. Il a omis d’expliquer l’idée qui circulait comme quoi les chirurgies de réattribution sexuelle ne sont qu’un plan d’extermination des homosexuels. Ils citaient comme preuve des pratiques en Iran. Qui sait quelle genre de consolidation d’idéologie TERF a été cachée de cette manière…

Ce rapport n’a donc jamais eu pour but de vraiment expliquer au reste du MER pancanadien ce qui se passait à Montréal, mais plutôt de justifier une trêve dans laquelle on aurait des discussions avec Montréal. D’une part, l’enquêteur a blâmé le CC pour la peur que les féministes radicales avaient d’expliquer leur point de vue. Pas qu’elles l’avaient bien exprimé de toute façon dans la demande d’autocritique et dans la liste de lecture. L’enquêteur a donc suggéré que le CC du MER aurait dû faire une enquête sur la situation à Montréal avant de faire une enquête sur la situation à Montréal. D’autre part, l’enquêteur a condamné l’envoi de la liste de lecture et la liste de lecture elle-même pour sa transphobie. Il fallait que ce soit bien évident que ces propos ou toute défense de la liberté d’expression de ces propos ne seraient pas tolérés au 5ème Congrès et entraînerait l’expulsion du MER. La nature de ce rapport devrait donc être évidente: inviter les féministes radicales à participer au Congrès tout en s’assurant qu’elles ne se feront pas exclure par le Congrès à l’unanimité d’emblée.

Il s’est cependant passé quelque chose que je n’avais pas attendu. Après avoir fait cette excuse, une femme du comité femmes a dit que peut-être le comité femmes devait faire une autocritique pour avoir envoyé cette liste de lecture. Le membre pro-TERF ayant publié la lettre «Construction d’un drame» s’est cependant retournée vivement vers elle, montrant son outrage de façon non-verbale. Elle n’a pas poursuivi son point. Ensuite, la présidente de l’assemblée a décidé de commenter sur le fait que cette liste n’avait été suggérée que pour s’ouvrir l’esprit aux idées féministes radicales. L’instigateur du comité LGBT a par la suite demandé un tour de parole et a demandé si elle avait lu la liste de lecture. Elle a ensuite demandé si elle devait répondre à cette question. L’autre membre du parti lui a dit non.

Ce n’était que la énième démonstration du pouvoir patriarcal au sein du MER-Montréal. Personne ne devrait avoir le moindre doute quant à la vigueur de la pratique féministe à Montréal. Elle est inexistante. En fait, elle est bien plus antiféministe et misogyne que la majorité des masses qui n’ont eu aucune éducation sur le sujet.

Ce ne sont pas les féministes radicales qui sont la source du patriarcat. Le féminisme radical est une appropriation de la structure du marxisme appliqué à la dynamique des genres. C’est une déviation idéaliste dans le féminisme, qui n’est devenue que pire et pire à travers le temps au fur et à mesure qu’elles se sont dissociées de l’ensemble des luttes des femmes. Ne me prenez pas pour un défenseur du féminisme radical: j’ai déjà dit que le féminisme radical est transphobe dans sa construction. Les féministes radicales ont tort. Celles qui sont présentes au sein du MER ont tort. Elles sont cependant des adultes et doivent être tenues responsables pour leurs propos.

Mais il faut reconnaître le féminisme radical pour ce qu’il est: une mauvaise réponse à un problème inhérent aux politiques révisionnistes de la majorité des marxistes autoproclamés. Mais les fautes des féministes radicales ne peuvent être mises sous silence pour autant.

Le plus grand danger, dans toute cette histoire, est de penser que Montréal doit avoir droit à un traitement exceptionnel en raison de la plus forte présence de féministes radicales à Montréal. Cela reviendrait essentiellement à dire que les personnes trans doivent nécessairement avoir moins de droits à Montréal. Promenez-vous à Montréal au sein des masses: c’est faux de dire que le prolétariat en général va appuyer la propagande TERF qui a été défendue au sein du MER. Les masses seraient totalement outrées.

N’importe quelle forme d’exceptionnalisme est une défense de l’oppression, un refus d’être responsable des politiques que nous reflétons au sein du peuple. Toute forme d’exceptionnalisme doit être combattue: celle de Montréal quant aux TERFs. Ce n’est pas seulement de l’opportunisme, c’est réactionnaire et ça doit cesser.

En passant par la colonisation du féminisme prolétarien

Mais quand toutes les manœuvres patriarcales ne réussissent pas à convaincre hors de ses relations «personnelles» patriarcales quant à leurs positions politiques antiféministes prolétariennes, quelle solution reste-t-il? Quand l’organisation de masse qui n’est pas sous le contrôle direct de ces patriarches tient à défendre sa ligne élaborée patiemment en intégrant des éléments de communautés marginalisées et en faisant une enquête large, que reste-t-il à faire? Il ne reste plus qu’à créer sa «propre» ligne féministe prolétarienne.

Dans les régions à travers le monde où les organisations MLM sont fortes, là où le féminisme prolétarien a été élaboré, l’intégration et le respect des personnes LGBTQ ont fait et font encore définitivement partie de ces organisations. L’Inde et les Philippines sont définitivement des pays où on regarde attentivement le développement des luttes des organisations MLM. Le Népal en faisait aussi partie: d’ailleurs, avant l’écroulement de la GPP, les théoriciens maoïstes népalais donnaient un avertissement comme quoi un échec dans la progression vers l’abolition de la famille causerait probablement le révisionnisme. Cela ne les a certainement pas empêché de promouvoir la libération des personnes trans: il n’y a une opposition entre les femmes et les LGBTQ que chez les réactionnaires.

Cependant, ce sont des pays en voie de développement, qui sont hors de la sphère de l’impéralisme, alors on ne peut prendre leur expérience directement et s’inspirer de leurs luttes. On ne peut pas non plus s’instruire auprès de nos camarades états-uniens comme les différents groupes de Red Guards, le RATPAC ou même de nos propres camarades à l’Ouest de l’Outaouais. La vraie ligne sur la question du genre sera trouvée grâce à trois débats en vase clos qui auront (eu) lieu sur trois mois, où enfin le MER sera capable d’avoir une position qui «convienne à tous et à toutes», sans référence aux groupes de défense trans ou aux lignes et pratiques déployées par celles-ci. Nous devrions avoir notre ligne sur le féminisme prolétarien indépendante des personnes et organisations concernées. Si l’ILPS (International League for People’s Struggles) décide, dans la même ligne, d’exclure les MRAs, le KKK et les TERFs, ce n’est pas un argument. Faire référence au monde extérieur lors d’un débat sur une question aussi vaste que celle «du genre» est clairement un sophisme.

Ce sont les interventions géniales qui ont été dites par ce membre et d’autres membres de la cellule lors de la réunion mensuelle du mois de septembre 2015, rien de moins. Mais cette discussion au sein de la cellule a été coupé courte, car prendre position contre des oppressions spécifiques au sein du prolétariat, c’est divisif. C’était du moins l’avis de la direction.

Cela entrait en ligne d’ailleurs avec la demande d’autocritique qui m’a été faite. La direction du parti avait aussi explicitement spécifié qu’on ne pouvait renvoyer une personne en raison de ses comportements oppressifs, même si ça participe à l’oppression des prolétaires en tant que prolétaires. Après tout, selon eux, ça prend une vie pour changer ses comportements. Autant dire qu’ils refuseront pour toujours de se battre contre les oppressions du prolétariat.

Après tout, nous communistes nous occupons principalement de l’oppression capitaliste sur le prolétariat: c’est ça être marxiste selon la cellule. Tout comme Marx dans Le Capital, la vraie situation quotidienne des prolétaires nous intéresse définitivement moins que la question de la reproduction du capital, qui est la question qui nous réunit toutes. C’est pour cette raison que dans le Capital, la question des origines historiques du prolétariat n’est pas traitée. L’histoire de l’impérialisme de l’Angleterre sur l’Irlande ou sur l’Inde n’est pas mentionnée. C’est aussi pour cette raison que les annexes, qui font pratiquement un cinquième du volume, ne traite pas de faits portant sur les enfants ou sur les problèmes avec les campagnes en Grande Bretagne. Aucune mention de faits reliés aux répartitions des terres, à l’intensification de l’agriculture, de l’épuisement des terres, de la conversion de terres servant à faire du grain vers des élevages porchères ou bovines et de ses conséquences, sur la paysannerie, le prolétariat à travers le monde ou sur les guerres impérialistes. C’est tout le point de Le Capital: l’extraction de valeur abstraite est la seule oppression de la classe ouvrière et cette dernière ne s’étend pas ailleurs. Prendre des positions solides pour combattre les oppressions spécifiques au sein du prolétariat et permettre de l’unir dans la lutte contre le capitalisme, c’est divisif.

Par ailleurs, il n’y a aucun problème avec la destruction des communautés des nations du Tiers-monde avec de la propagande TERF transmise par des moyens de communications bâtis grâce au travail et des ressources provenant du Tiers-monde dans le but d’avoir encore plus de travail et de ressources provenant du Tiers-monde. Ça ne fait pas partie du processus d’accumulation capitaliste.

Tout ça est bien entendu du sarcasme. Peut-être que si ces gens lisaient Le Capital plutôt que de chercher dans leur vie professionnelle à faire le moins de travail possible en tant qu’intellectuels pour l’État bourgeois qui les emploie, ils auraient compris qu’en fait, le Capital regorge de discussions par rapport à des aspects concrets des oppressions que la bourgeoisie fait subir à la bourgeoisie. L’étude des oppressions concrètes du prolétariat, c’est ce qu’est le marxisme. Il n’y a pas de voies royales vers la connaissance.

Lors de mes groupes d’éducation communiste en automne 2014 (à Montréal c’est la façon où le parti s’assure que les membres veulent défendre la ligne du parti), on m’avait expliqué qu’on lisait Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était de Christophe Darmangeat dans le but de critiquer le fait que le concept de communisme primitif n’a jamais reflété aucune réalité.

Cela semblait raisonnable: le développement de la science se fonde toujours sur le développement d’une idéologie. Cette dernière est plus une intuition qui guide notre pratique sans vraiment avoir la conscience des dynamiques réelles qu’un vrai guide compréhensif permettant d’expliquer les liens internes entre des phénomènes. Lorsqu’Engels a publié Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, l’idée était de faire une première tentative de rendre scientifique l’idéologie qui combattrait l’idéologie dominante de l’époque: la famille est un phénomène anhistorique, une propriété du genre humain, elle a toujours existé et va toujours exister. L’idéologie déployée par Engels reflétait bien plus les contradictions matérielles du capitalisme et une tentative de résoudre ces contradictions que ce qui s’est passé dans l’histoire.

Mais Darmangeat va plus loin: en se basant sur les études des anthropologues des populations à travers le monde, il mentionne que les inégalités de genre existent partout. Si ces inégalités-là ne sont pas les mêmes partout, il n’y a aucun endroit où ces inégalités n’existent pas, même là où il n’y a pas de propriété privée. En fait, pire encore selon lui, plus on s’éloigne de la sphère capitaliste occidentale, plus les femmes sont opprimées. Pour lui également, la construction de l’idéologie d’égalité de genres n’a pu réellement commencer que lorsque le capitalisme s’est développé, lorsque les rapports sociaux autour de la marchandise se sont mis à écarter tous les autres rapports sociaux.

Il faut se rendre à l’évidence, l’Occident n’est plus le phare de la révolution socialiste à travers le monde. La seule vraie tentative était la commune de Paris: si on veut être vraiment généreuses, on dira que la révolution d’Octobre en Russie était aussi occidentale. Mais depuis ce temps, les communistes occidentaux n’ont que très peu contribué, en termes de théorie ou en termes de pratique à la classe ouvrière à travers la planète. Certainement, il y a eu Althusser. Il y a eu le Black Panther Party (BPP). Mais comparé à ce qui s’est passé depuis un siècle sur le reste de la planète, c’est très faible.

Mais selon nos idéologues avant-gardistes à Montréal, le PCR à Montréal est suffisamment mûr pour avoir sa propre ligne féministe prolétarienne distincte des autres. Il a suffisamment d’expérience pour qu’on puisse conclure à la nécessité d’une ligne différente sur les questions LGBT que les autres féministes prolétariennes en Amérique du Nord. Non seulement on aurait de l’expérience, mais on aurait aussi un nombre de femmes suffisant et représentatif des masses.

Par le passé, les organisations communistes ont dénoncé les personnes LGBT comme étant des dégénérées inféodées à l’organisation bourgeoise. Au mieux, ce seraient des personnes confuses qui cesseraient leurs pratiques immondes une fois que la révolution rééduquerait ces gens vers la «vraie sexualité prolétarienne». Au pire, ces gens étaient vus comme des menaces directes aux organisations révolutionnaires. Toute forme de lutte contre cette réaction hétéropatriarcale était vu comme étant de la pseudoscience bourgeoise, tout simplement parce que la bourgeoisie a vu un certain avantage à intégrer les personnes LGBT au capitalisme et à son hégémonie en leur donnant des droits démocratiques comme aux personnes non LGBT. Malheureusement, les résidus de ces politiques réactionnaires sont toujours présents au sein du MER et du PCR à Montréal.

J’ai recontacté cet étudiant trans qui avait visionné le film Laurence Anyways, vu son expertise unique au Québec sur la question trans. L’homme est également un anti-capitaliste qui milite au sein de l’IWW, pas un réactionnaire disons. Pour les membres du MER cependant, c’était clair: il fallait s’abstenir de faire appel à des travailleurs intellectuels sur la question. La priorité, c’était l’abolition de la division entre le travail manuel et intellectuel. Cet étudiant trans avait reçu 500$ pour faire ce travail, ce qui le rendait essentiellement différent des «prolétaires» du MER, qui n’échangent pas leur force de travail pour subsister.

C’était un motif suffisant pour exclure une personne trans de la discussion, qui avait cependant montré son intérêt à appuyer notre organisation. Le caractère cis d’une personne cependant, n’a jamais été une raison de ne pas s’exprimer sur cette question. Surtout si elle payait pour avoir une éducation en sciences sociales provenant de l’État bourgeois en même temps. C’est ça l’état du féminisme prolétarien à Montréal.

Mais qu’est-ce que les prolétaires en pensent, de la division entre le travail intellectuel et le travail manuel? Examinons un exemple concret: celui du siège de Leningrad, un des épisodes les plus sanglants et qui a amené le plus de souffrances sur le peuple russe pendant la Seconde Guerre Mondiale. La ville a été encerclée, par la mer et par la terre. Les Nazis ont décidé de ne pas prendre la ville, mais plutôt de l’affamer dans le but de la détuire. Pour les Soviétiques, le ravitaillement aérien était impratique. Il fallait acheminer ces ravitaillements par la mer. Une flotille effectuait cela l’été, mais l’hiver, lorsque les cours d’eau étaient gelés, c’était impossible. Il fallait traverser la glace à pied, mais encore fallait-il que la glace soit suffisamment épaisse. Connaître la procédure optimale pour ravitailler la ville était donc difficile, mais très important pour le succès de la lutte contre l’invasion nazie.

Qu’est-ce que les prolétaires en avaient à faire, que ce soient des mathématiciennes, pas des paysannes, qui se sont intéressées à la relation entre l’épaisseur de la glace à Leningrad et les cargaisons de ravitaillement qu’il était possible de transférer pendant cette période? Qu’est-ce que les prolétaires en avaient à faire que Kantorovich, grâce à des mathématiques inaccessibles à la vaste majorité des soviétiques, ait calculé le flux maximal de ravitaillement possible en fonction de l’épaisseur de glace disponible à cette période de l’année, alors que les combattantes en avaient désespérément besoin, et où n’importe quel excès de zèle aurait signifié des tonnes de cargaisons perdues, et où on voulait maximiser le flux de ravitaillement pour les combattantes? Elles honoraient ces mathématiciennes, les spécialistes rendues célèbres avant tout grâce au travail des prolétaires, qui les ont permis de se consacrer à ces tâches intellectuelles. Elles s’identifiaient à elles, parce que c’était leur travail qu’on voyait sur le champ de bataille, qui était équivalent, pas dans une proclamation abstraite, mais dans la réalité rendue possible par la révolution socialiste. Elles ne les combattaient pas comme si leur contradiction était la même qu’entre les bourgeois et les prolétaires. Elles les ont affichées fièrement sur leurs timbres postaux et leurs affiches de propagande.

En quelque part, les membres du PCR à Montréal ont conclu que des personnes qui étaient dressées, hors de leur contrôle, à maintenir deux ou plusieurs identités pour des raisons de sécurité, ne sont pas vraiment importantes. Les personnes trans, qui sont habituées à maintenir ces identités dans l’anonymat, seraient moins importantes que les personnes cis, qui seraient manifestement plus à même de pourvoir à une GPP. Ce n’est pas une qualité rare et utile pour une GPP manifestement. Je suis sûr, cependant, que les vraies communistes au sein du parti reconnaîtront Chelsea Manning comme une héroïne anti-impérialiste et son être social en tant que personne trans. Les combats qu’elle a vécus, anonymement, l’ont sûrement aidé à combattre l’État impérialiste américain.

La lutte contre le cis-chauvinisme sera toujours moins violente que la lutte qui a été imposée contre les personnes qui ne se conforment pas aux stéréotypes de genre. Les réactions du PCR contre la lutte contre le cis-chauvinisme étaient contre la préparation de la révolution socialiste.

Certainement les luttes de libération trans sont bonnes en elles-mêmes, en dehors de la lutte communiste. Mais ce n’est que la base pour les communistes de comprendre l’aliénation que vivent les prolétaires sous le capitalisme. Vous qui avez vécu le capacitisme, le cishétéronormativité, le patriarcat dans vos relations, ou simplement l’exploitation capitaliste en général, qui avez été obligé de fuir votre famille bien avant que vous l’auriez souhaité en d’autres circonstances, vous savez ce que c’est que de prévoir un exode, ce que les médias bourgeois vont avec mépris appeler une fugue. Vous savez que la première chose à laquelle vous devez penser est où est-ce que vous avez le droit de chier après tout le stress que vous avez vécu. Vous vous êtes déjà fait une carte de ces endroits, en notant leur accessibilité. Vous saviez que si vous étiez trans, ce dernier ressort que vous aviez se serait effondré. La solidarité des communistes pour la lutte de libération trans est automatique.

Mais sûrement, ces membres du parti réussiront à nous convaincre qu’elles ne sont pas antiféministes et patriarcales, et qu’elles comprennent l’impact du capitalisme sur les oppressions de genre. Elles ne sont pas cis-chauvines ni transphobes. Elles ne sont pas contre le féminisme prolétarien et la pratique qu’elle prescrit. C’est qu’elles sont en train de formuler leur vision de la pratique féministe: un féminisme prolétarien avec des caractéristiques montréalaises.

Que faire?

Qui a inventé la GPP? Autant poser la question de qui a inventé l’électricité. Bien sûr, on peut circonscrire certaines inventions à certaines personnes en particulier qui ont joué un rôle de premier plan, certaines scientifiques à des théorisations, mais personne en particulier n’a inventé l’électricité, qui est après tout rien de moins qu’une des catégories de manifestation de la matière qui préexiste à sa mise en application spécifique et à sa théorisation.

De la même façon, on rattache la théorisation de la GPP à Mao. Il est certainement celui qui a le mieux synthétisé ce qu’on pourrait appeler la théorie générale de l’importance du mouvement de masse comme étant nécessaire à la révolution et le parti communiste comme étant ce qui permet de donner aux cadres l’organisation permettant de diriger le mouvement de masse sur la voie du socialisme. Ce pouvoir, pour Mao, ne pouvait exister pleinement que si le peuple était armé et se soulevait, contre l’État bourgeois mais aussi contre tous les propriétaires terriens et leurs chefs de guerre.

À l’époque où Mao écrivait sur la guerre populaire prolongée, le scénario était totalement nouveau. Jamais auparavant n’était-il arrivé que des bandes armées communistes puissent s’établir dans un territoire de façon semi-permanente et les contrôler sans totalement faire effondrer le pouvoir d’État bourgeois sur le territoire réclamé. Des décennies après la révolution chinoise de 1949, la GPP a été théorisée comme étant la façon de maintenir des forces armées prolétariennes sur des territoires libérés en tenant en compte de tous les problèmes politiques que cette opposition à l’État causerait au sein des masses. Dans le cadre de la GPP, le renversement de l’État ne se fera pas dans un grand soir. Il faudra des phases où le mouvement ne sera pas capable de complètement éliminer l’État bourgeois, mais capables d’avoir une base d’appui sur de plus petits territoires. Cette même base s’agrandira au fur et à mesure que des politiques justes et des luttes acharnées seront menés contre l’État bourgeois.

Les opérations qui ont été menées en Chine ne peuvent simplement être réappliquées au sein des blocs impérialistes. On n’a qu’à regarder des textes tels que «Pourquoi le pouvoir politique rouge peut-il exister en Chine» pour conclure qu’il faudrait vraiment des innovations majeures pour être capable de mener une GPP à l’intérieur d’un pays impérialiste, totalement contrôlé économiquement, politiquement et idéologiquement sous l’hégémonie capitaliste. Les théoriciennes de la GPP au sein du PCR n’ont clairement jamais lu ce premier texte publié de Mao sur la question. Ce texte est très accessible à la majorité des prolétaires, est très court et dans un style très lisible. La sincérité révolutionnaire communiste de certaines personnes proposant concrètement la GPP dans un pays impérialiste et qui ne répondent pas aux problèmes concrets auquel cette GPP ferait face, est pour le moins questionnable.

Ces questionnements ne peuvent être répondus que si les problèmes logistiques reliés à la lutte armée sont répondues. En plein cœur des puissances impérialistes, les réponses que nous fournirons seront très différentes à celles que Mao a fournies. Pourtant, je n’ai jamais vu de réflexions sur la question logistique au sein du parti. Encore une fois, c’est que ça demande plus de travail d’analyse que la simple formulation d’une abstraction de la GPP comme étant universelle.

La stratégie révolutionnaire n’est pas le point faible des révolutionnaires anti-capitalistes au premier monde. C’est la logistique. Des groupes comme le Comité Invisible ont une vision de la stratégie. Pour ces groupes, c’est en étant carrément la foule, en refusant de se figer dans des structures et en créant des insurrections permanentes qu’on crée le communisme. Ils ont une vision de comment les masses feront la révolution, c’est une stratégie révolutionnaire. Les raisons pourquoi cette stratégie échouera toujours sont d’abord et avant tout des raisons logistiques. C’est faux de dire qu’une foule est capable de réagir contre l’appareil étatique de répression. Il faut des lignes de communication, du ravitaillement, une organisation des heures de travail, des heures de loisir, des heures de sommeil, des heures de soin à apporter à nos camarades. Il faut être capable de se replier tactiquement d’un endroit à des fins logistiques. C’est là où l’anarchisme échoue en général, pas sur leur vision stratégique. Leur déviation provient en fait de leur souci de la facette organisationnelle de stratégie communiste dite autoritaire. Est-ce vraiment une stratégie optimale que de confier la direction du mouvement à une avant-garde et potentiellement à une bureaucratie, qui pourrait facilement intégrer des gains fait par des révolutionnaires au capitalisme mondial? En fait, d’un point de vue stratégique, c’est une faiblesse des communistes dits «autoritaires». Ce sont les impératifs logistiques qui justifient la forme de lutte communiste, certainement pas les problèmes stratégiques.

Les amateurs parlent de stratégie. Les professionnels parlent de logistique. La guerre révolutionnaire ne fait pas exception.

Si la GPP a été théorisée dans l’abstrait par Mao, les nécessités de la GPP étaient comprises concrètement bien avant par Lénine. Dans Que Faire, Lénine est clair sur ce sujet. Il parle toujours d’un travail patient à effectuer dans les masses, de façon transparente mais sans coup d’éclat aventuriste déterminé par des cliques locales. En particulier, il critique les pratiques étudiantes de l’époque, consistant à toujours plus agiter avant d’être réprimé par la police secrète tsariste sans être capable de fournir la moindre résistance. Il rappelle l’importance de s’armer, tout en critiquant les lignes terroristes des SR.

Ce n’est pas dire, cependant, que le concept MLM de l’universalité de la GPP est purement une discussion sur la logistique. En fait, l’universalité de la GPP fait le lien entre les nécessités politiques et les nécessités logistiques. Elle prend le meilleur de ce que Lénine et Mao ont donné comme solution dans leurs contextes respectifs.

Il y avait deux principales contraintes dans le fait de mener la révolution socialiste en Russie tsariste. D’abord, il fallait se défendre contre la répression de la police secrète tsariste, qui était probablement un des seuls appareils d’État fonctionnel dans l’empire russe (en fait, redoutablement efficace.) Ensuite, il fallait avoir une organisation capable de garder le cap sur le chemin vers la révolution socialiste, qui serait capable de mobiliser les éléments les plus motivés des masses.

Au début du XXème siècle dans l’empire russe, Lénine a identifié la principale déviation du mouvement prolétarien comme étant l’économisme, ou l’idée qu’il fallait rajouter un sou à chaque dollar gagné par les salariés pour stimuler la lutte, quoi que pour lui, ça ne s’est pas passé d’un seul coup. D’abord, il a identifié cette nouvelle stratégie de déploiement local de tactiques dans le but de stimuler la lutte ouvrière comme étant un recul sur la communication de la théorie mais aussi un recul pratique quant à la formulation d’action révolutionnaire. Il a ensuite rappelé contre ces opportunistes l’importance d’avoir un journal pour communiquer la façon de procéder pour créer des organisations, question d’avoir le guide nécessaire à ce que chaque localité puisse poser leur briques et que des bâtiments soient construits, pas un tas de briques pêle-mêle. Ensuite il a dénoncé cette «nouvelle avancée théorique» du spontanéisme comme étant un cul-de-sac, parce que le prolétariat sait déjà que la politique est une forme concentrée, distillée, des relations économiques.

L’universalité de la GPP est donc, au moins en surface, un guide pour la gestion de la contradiction entre la politique et la logistique. Cette contradiction a historiquement changé de forme une fois que les pays ayant effectué des révolutions socialistes ont chassé le pouvoir bourgeois des appareils politiques au pouvoir. Les ultra-gauchistes nieraient la logistique communiste, tandis que les droitistes nieraient la politique communiste. Je dis superficiellement, parce que comme j’ai dit dans la section sur Marx, pour comprendre quelque chose, il faut la comprendre en détail. Lisez le texte de Lénine «Un grand commencement» pour un exemple de comment ça peut être compliqué.

Mais concentrons-nous d’abord sur comment saisir le pouvoir politique dans les pays capitalistes occidentaux. La raison principale pour laquelle on n’a pas encore eu de révolutions depuis la Commune de Paris dans les pays dits avancés est par le sabotage délibéré causé par l’implémentation de politiques internes petites-bourgeoises. Les différents groupes d’extrême-gauche se définissent théoriquement, bien plus souvent qu’autrement, tantôt comme luttant contre les petits chefs ou contre les liquidationnistes. Comment expliquer autrement pourquoi la révolution n’est pas arrivée alors que les conditions objectives sont réunies depuis… le XIXème siècle partout en Occident?

Ainsi, contrairement à ce que tous les Tiers-mondistes de ce monde diront, il y a une base politique pour la révolution en Occident. Seules les gens se revendiquant de la déviation la plus mécaniste du marxisme diront que seulement la balance de la consommation de valeur-travail et la production de valeur-travail est un facteur d’adhésion à la cause révolutionnaire communiste. Réellement croire à ces âneries reviendrait encore à dire que les gens incapacitées sont les exploiteuses des gens en capacité de travailler. C’est non seulement une idéologie qui porte à l’inaction politique au sein des pays impérialistes, c’est aussi une idéologie dangereuse et fascisante.

Bien du sang prolétarien a coulé depuis ces critiques léninistes du spontanéisme, mais la situation est essentiellement la même au premier monde. La seule différence est que nous sommes présentement dans la phase militarisante de ce spontanéisme. Ces stratèges prétendent nous guider avec leur stratégie de la GPP, mais refusent catégoriquement toute démonstration de nos capacités logistiques au contact des masses. Celles-ci seraient capables, spontanément d’être convaincues par des gens qui veulent les mener vers la lutte armée vers les plus grandes puissances que la Terre n’ait jamais connue, même si l’immense majorité des masses n’a jamais été exposée au communisme d’une autre façon que par la propagande bourgeoise. Même l’immense majorité des anarchistes à Montréal n’a jamais vu des communistes en opération. Pire encore, toutes ces personnes ne connaissent pas en quoi consistent nos politiques, l’objet de ces opérations dans la pratique.

L’idée même de s’appuyer sur les masses pour mener la lutte politique révolutionnaire est absente à Montréal. Dans leur distanciation bizarre de l’économisme, ces cadres ont décidé qu’il fallait s’impliquer dans absolument aucune lutte qui serait gagnable réalistement sans l’effondrement complet de l’État. Ils s’imaginent que les masses prendront conscience de leur potentiel en n’ayant aucun gain dans leur vie avant le grand soir. Bien sûr, c’est totalement l’inverse de l’économisme. Mais inverser une perspective métaphysique sur la lutte révolutionnaire ne crée qu’une autre perspective métaphysique.

Ce n’est pas parce qu’on le veut bien fort que la GPP est la stratégie universelle capable de créer la révolution socialiste. C’est autant parce qu’elle comprend les questions de logistiques dans sa formulation de sa stratégie, que parce qu’elle comprend l’importance de mettre la politique aux postes de commande. Les MLM comprennent que si la base de l’armée est le soldat, alors la base du soldat est le sol que foulent ses pieds. Si le sol n’est pas préparé d’avance à recevoir cette contrainte posée par le poids du soldat, alors le soldat va s’effondrer. Si les soldats ne s’assurent pas d’avoir les politiques justes au sein des masses, alors le mouvement révolutionnaire va s’effondrer.

Le décalage entre ces stratèges et la réalité ne s’explique pas parce que la GPP n’est pas universelle. Elle s’explique en termes de déconnection de la réalité de notre état-major. Ces gens pensent réellement que, grâce à un peu de propagande de troisième type, effectuée par une poignée de cadres bien équipées, les prolétaires se reconnaîtront en nous et se joindront massivement à nos initiatives, même si nous adoptons des politiques révisionnistes et que nous avons des personnes réactionnaires en position de leadership. Il va sans dire qu’aucun travail politique au sein des masses ne peut être réalisé de cette manière.

Être le centre de toutes les luttes (critique envers le Comité Invisible et hommage)

Pourtant, les expériences du MER montraient que c’était plutôt l’inverse qui fonctionnait. En fait, même la provocation d’une manifestation d’une grandeur respectable requiert du travail politique patient en termes d’agitation et de propagande à travers les masses, des exemples concrets de ce que représente le socialisme qui se reflète à travers notre style de travail et la création d’un front uni avec les autres tendances intéressées à se révolter, même si ces autres tendances s’écartent sérieusement de plusieurs aspects du MLM à la fois dans leurs discours et dans leur pratique.

Ces pratiques ont particulièrement porté fruit lors du déclenchement de la grève en mars 2015. Nous avions préparé soigneusement le printemps pendant plusieurs mois, sachant d’avance que nous allions faire un coup d’éclat le 24 mars. Cette date avait été choisie dès le mois de janvier, après des discussions avec la clique derrière le Printemps 2015. Nous surveillions depuis l’été 2014 les mouvements au sein du printemps 2015 et dans l’ASSÉ pour savoir quels allaient être les relations entre les associations étudiantes, les syndicats et les groupes communautaires dans cette non-organisation fière d’elle-même.

Mais nous n’avons certainement pas fait qu’organiser cette grosse manifestation: en fait, nous avions tellement bien fait notre travail politique que nous étions complètement dépassées par les masses le 24 mars. Nous n’étions pas capables de récolter les fruits de notre travail, tellement notre travail avait porté de fruits.

Comment avions-nous réussi cet exploit? Ce n’était certainement pas en raison de nos capacités de mobilisation politique. Le printemps 2015, et les membres de l’ASSÉ qui se sont rattaché à ce projet, avait plusieurs fois nos capacités de mobilisation. Au mieux, en termes d’impact, nous avons fait peut-être 10% de la mobilisation politique du printemps 2015. Ce que nous avions fait, c’est que nous nous étions assuré d’être des éléments incontournables de l’initiative du printemps 2015, en couvrant les faiblesses de cette non-organisation par notre organisation.

D’abord, cette campagne pour la journée pancanadienne d’action a été créée grâce à la ligne de masse qui avait développée en Ontario, mais qui était facilement applicable au Québec, parce que vivant sous le même État, les situations dans les universités ne sont pas si différentes que cela. Les seules vraies différences portent sur les frais de scolarité présents. Le reste du Canada pouvait dire apprendre de Montréal sur cette question et montrer la nécessité d’avoir des organisations étudiantes capables de lutter contre l’État. Cette ligne de masse ayant été développée principalement par des féministes prolétariennes, nous avons également exposé aux gens du Comité Invisible les principales différences dans la pratique féministe prolétarienne et les autres pratiques féministes.

Ensuite, ce genre de non-organisation prescrite par des écrits comme le Comité Invisible mène toujours à la tyrannie de la non-structure. Une des conséquences de cette tyrannie est l’absence de mesure permettant aux personnes opprimées par le genre de s’exprimer. C’est pourquoi entres autres le groupe Femmes* Unies contre l’Austérité s’était partiellement dissocié du Printemps 2015. Nous avions prédit ces événements grâce à notre compréhension de cette dynamique dès le début des appels pour le Printemps 2015..

Si nous avions compris cette dynamique, c’est parce que nous avions des membres présents à chaque réunion du Printemps 2015. Rien n’était plus choquant pour ces anarchistes que le fait qu’une organisation était capable d’avoir des représentantes à 3 réunions simultanées à 3 endroits différents. Par définition, ces militantes qui ne se représentent qu’elles-mêmes étaient incapables d’en faire autant. Nous pouvions avoir un portrait de l’évolution des forces en présence presque en temps réel. Nous étions de fait capables d’interpréter les signes que nous voyions sur les réseaux sociaux très facilement. Nous savions de qui nous devions nous rapprocher pour effectuer des manœuvres.

Il va sans dire qu’étant donné la lutte féroce entre les féministes radicales et les féministes queers à Montréal, le fait d’annoncer que cette contradiction a été sublimée grâce au féminisme prolétarien dans le reste du Canada a certainement impressionné. Lorsqu’on s’est présenté comme un mouvement pancanadien, nous avons provoqué plusieurs haussements de sourcis, mais quand le MER pancanadien a publié des documents destinés au reste du Canada sur comment faire des comités locaux de lutte dans les écoles, nous avons doublement impressionné. Plusieurs personnes se revendiquant de l’anarchisme ont même partagé nos documents sur les réseaux sociaux.

Mais ce qui a le plus marqué les masses et l’ensemble des gens militant pour le Printemps 2015, c’était le service de garde que nous avions proposé. C’était là que nous avions réellement réussi à saisir le pouls d’une situation. Plusieurs féministes avaient dénoncé la non-inclusivité de la non-structure du Printemps 2015: nous avons tenté de pallier à cette faiblesse en proposant un service de garde par la forme d’un comité, pour facilement s’intégrer dans la non-structure. Puisque nous avions une logistique sans rivale à l’époque à Montréal, il nous était relativement facile de procéder.

Si nous avions rivalisés d’opération pour pallier à des contradictions au sein du peuple telle que la division genrée du travail seulement pour nous distinguer de la pratique anarchiste, ç’aurait été bien malhonnête. Les anarchistes à Montréal n’ont jamais été anti-service de garde, plusieurs anarchistes ont proposé de nous aider.

Nous avions critiqué depuis le début la non-structure du Printemps 2015. Mais contrairement aux trotskistes, et contrairement au PCR à Montréal, nous avons toujours su saisir l’opportunité que cette non-structure fournissait pour prouver que notre théorie inspirait une bonne pratique. Ce n’était rien d’autre que l’application simple du léninisme, mais sans répétition des formules apprises par cœur typiques des vieilles organisations ML du vingtième siècle. Nous avions l’arme de la logistique.

Encore plus choquant au sein du Printemps 2015 était le fait que le MER n’avait envoyé que des hommes faire le service de garde. Jamais quelque chose de similaire ne s’était produit auparavant. Nous étions littéralement une avant-garde. Nous avions la théorie féministe prolétarienne. Nous avions fait l’unité pour lutter contre toute division genrée du travail. Nous avons débattu de la forme d’application et nous en étions sorties avec la forme la plus efficace. Nous pouvions être totalement centralistes sans être anti-démocratiques.

Pour préfigurer nos ambitions d’être une grande organisation capable d’apporter une contribution significative à la révolution socialiste, nous étions modestes dans notre description. Même si nous avions déjà suffisamment de membres pour être plus grands que la plupart des MER, nous avons décidé de se dire ouvertement comme comité d’organisation. C’est-à-dire, le MER à Montréal n’existe pas encore vraiment, mais un comité est formé pour le créer. Nous pouvions donc littéralement dire que l’histoire retiendra notre rôle historique en rappelant que le MER-Montréal était un succès avant même d’exister.

Le changement de cap par rapport à ce que les anarchistes avaient vu de la pratique communiste à Montréal était tellement grand que celles-ci ont conclu que le MER était en fait une rupture organisationnelle secrète du PCR. Nous n’avions rien fait pour faire taire ces rumeurs, autre que de dire que notre mentor qui était connue pour être active dans le PCR était dans le MER et que nous étions guidées par elles, et que nous suivions rigoureusement le féminisme prolétarien.

Et soyons franchement honnêtes, même si nous l’avions voulu, nous ne pouvions pas ouvertement nous réclamer du PCR. Considérant tout ce qui a été dit plus haut par rapport à la lutte pro-patriarcale au sein du parti, on ne peut être surpris du fait que le PCR avait une mauvaise réputation. En fait, le PCR est tellement méprisé à Montréal, que nous disions en public que nous étions des admirateurs du Black Panther Party. C’était une couverture suffisante pour que nous puissions nous affirmer en public en tant que MLM, mais tellement loin du PCR par sa pratique que nous pouvions réclamer cet héritage (même si nous étions pour la plupart blanches.)

Nous ne savions pas à l’époque que la cellule du parti s’était opposé systématiquement à toutes les manœuvres qui avaient été entreprises par le MER pour se constituer non seulement en vitrine pour le socialisme mais également en tant que pôle politique pour renverser le capitalisme. Il a fallu que ma mentor me le dise, après que je sois entré dans le parti. La cellule s’est opposée à la création du MER pancanadien. Elle s’est opposée à la campagne du Printemps 2015. Elle s’est opposée à la journée d’action pancanadienne. Elle s’est opposée à la création du comité service de garde.

La cellule ne pouvait même pas comprendre que des gens auraient confiance en nous pour garder leurs enfants. La plupart des parents dans l’organisation ne feraient pas confiance aux membres au sein du parti pour garder leurs enfants une soirée. On pourrait se dire qu’on comprend d’où ce genre de craintes provient après tout ce qui a été révélé sur les pratiques patriarcales au sein du parti. Le problème, c’est que les masses étaient prêtes à se faire garder leurs enfants pour pouvoir s’organiser. Si des membres du parti ne se sentent pas en sécurité de faire garder leurs enfants par d’autres membres du parti, c’est peut-être, justement, hautement problématique. Malgré tout, le degré de confiance en ses camarades dans l’organisation serait tellement grand qu’on pourrait mener une GPP.

Considérant l’importance que les MLM portent au rôle central du parti, ce renversement de tendance dans la pratique MLM à Montréal ne pouvait être que temporaire. Elle n’a été possible que grâce au recrutement de nouveaux membres, qui avaient de nouvelles idées tout en étant très loyales au MLM tout en n’étant pas affiliés véritablement au PCR. Ce sont ces trois conditions qui ont mené au succès du MER-Montréal: dès que moi et deux autres membres sont devenus membres du parti, notre pratique n’a pu qu’en souffrir.

Par ailleurs, la vraie raison pourquoi ma mentor est partie était cette répression sans relâche des activités du MER qui a été faite pendant des mois. C’est aussi ce qu’elle m’avait révélé quelques jours avant la débâcle anti-trans au MER. Elle a supporté pendant des mois ce déchirement qui était de continuer à croire au rôle central du parti et de croire aux politiques que le MER-Montréal avait nouvellement créé. Elle est partie quand la cellule a continué, même après notre croissance fulgurante, à tenter de nous arrêter. C’en était trop pour elle: c’était devenu évident que le parti ne faisait que saboter la lutte du prolétariat.

Il reste que ce sera toujours mieux d’avoir été malhonnêtes par rapport à notre lien avec le PCR plutôt que d’être malhonnête en se disant une organisation MLM quand on est tout sauf marxiste, léniniste ou maoïste. La malhonnêteté est toujours un mal, mais quelque fois ce mal peut avoir des effets bénéfiques inattendus.

Par exemple, on peut blâmer le Comité Invisible d’avoir été malhonnête sur sa pratique politique. Après tout, le Comité Invisible avait bien plus souvent que le PCR des pratiques léninistes par rapport à la création de matériel de propagande pour stimuler les masses et les pousser au combat. La tentative d’amener des gens des milieux étudiants et syndicaux de la base ensemble dans des assemblées était peut-être mal exploitée, mais ce qui a été fait et ce dont j’ai été témoin, c’est la prise de suggestions pour des idées pour mobiliser des gens, en prenant des rapports des gens qui provenaient de leur milieu. Lors de ces Comité Larges du Printemps 2015, plusieurs dizaines de personnes étaient rassemblées. C’est probablement l’exemple le plus proche d’une pratique léniniste dont j’ai été témoin à Montréal, hors celle du MER-Montréal avant que des membres rejoignent le parti.

Je réitère: le Comité Invisible a été plus MLM que le PCR lors du printemps 2015. Le Comité Invisible comme le PCR prendront cette affirmation comme une insulte. Pour le PCR, ce sera totalement intentionnel de ma part, mais ça se veut un compliment pour le Comité Invisible.

Se loger dans les failles des mouvements

On peut bien prétendre que le syndicalisme, avec ses institutions totalement inféodées au capitalisme et à l’impérialisme, avec ses fonds de pensions qui exporte ses capitaux dans les pays du Tiers-Monde pour exploitation, est totalement dépassé et que nous n’avons aucune raison de s’en soucier. Les centrales syndicales peuvent proposer de brasser et de déranger un peu la marche ordinaire du gouvernement, on sait très bien que la seule raison pourquoi elles le font est parce qu’elles craignent de se faire totalement abandonner par les membres qu’elles représentent.

Le problème, c’est qu’il y a encore des millions de canadiennes qui sont syndiquées, et que même pour les canadiennes qui ne sont pas syndiquées, le syndicalisme est encore vu comme étant l’étalon-or de la combativité prolétarienne. Ne pas reconnaître que les MLM, ou même les militantes les plus vagues contre le capitalisme sont dans une situation de faiblesse d’un point de vue politique et idéologique au premier monde, c’est refuser de reconnaître la réalité.

Je viens sûrement de commettre ici la pire hérésie possible dans la seule organisation qui se bat sérieusement pour la révolution socialiste au pays. J’ai paraphrasé le fameux texte le communisme de gauche, la maladie infantile du communisme. Peut-être que pour des personnes qui n’ont jamais travaillé de leur vie, la distinction est vide entre outil de travail commun à garder à porter de main, comme un marteau, et un plan de construction d’un édifice, parce que le marteau peut servir à la rénovation, et que proposer d’utiliser ce genre d’outil est clairement dangereux. Mais pour des léninistes, la différence entre les gens qui sont pour le statu-quo et les gens qui cherchent à prouver aux masses l’inefficacité des syndicats en expliquant patiemment pourquoi ce genre de stratégie est vouée à l’échec tout en fournissant l’aide logistique nécessaire à l’accomplissement des petites batailles des masses est claire. Il ne suffit que d’être léniniste pour comprendre la différence entre un bâtiment et un empilement aléatoire de briques.

Mais pour être bien honnête, Lénine n’était vraiment pas le seul à réfléchir à ce genre de considérations. Même des communistes de gauche comme Rosa Luxembourg ont réfléchi entre la dialectique de la construction du mouvement communiste. Pour elle, la spontanéité et l’organisation était opposés et unis. Avoir des luttes pour des réformes favorisant le bien-être de la classe ouvrière était important, même lorsque ces luttes arrivaient de façon spontanée, parce qu’elles permettaient ensuite de justifier la présence d’une organisation. Lorsque l’organisation en soi était limitée par le fait qu’il est impossible de continuer d’autant plus dans l’État bourgeois, et que certaines organisations dégénéreraient dans le réformisme, des campagnes de propagande pour une grève de masse seraient lancées pour attiser d’autres campagnes spontanées, qui serviraient à renforcer les organisations communistes et à combattre les organisations réformistes.

On a tendance à opposer Lénine et Luxembourg sur les questions de l’organisation des masses, mais elles avaient plus de points en commun qu’on pourrait le penser à première vue. Dans tous les cas, leurs différences sont bien moindres qu’entre celles entre les pratiques courantes du PCR et les pratiques léninistes. Ne parlons plus d’occuper les failles maintenant. Chaque faille que nous avions identifiées dans les mouvements de masse que nous avons observé pendant que j’étais dans le MER, ont reproduites et élargies en leur propre sein dans les organisations affiliées au PCR.

On ne peut pas rompre avec l’anarchisme si notre stratégie est de s’isoler dans des institutions paramilitaires dans le but de renverser le gouvernement sans le support des masses. Apparemment toute tentative de démolir des coalitions en ruines qui encombrent le chemin vers la révolution est soit une idée vouée à l’échec, soit une politique qui ne représente pas les intérêts du parti. La seule chose qui est importante pour le parti, c’est de combattre la police lorsqu’elle est à son plus fort: lorsqu’il tente de maîtriser quelques centaines de personnes qui manifestent. C’est probablement ce qui a été retenu de Mao à Montréal: il faut combattre l’ennemi lorsqu’il est le plus solide, en ne se fiant qu’aux fractions les plus faibles des masses. Mais pourquoi pas? Si on peut dire que les féministes prolétariennes peuvent effacer les personnes trans de l’histoire, pourquoi on ne peut pas dire que le PCR a une pratique inspirée de la GPP telle que définie par Mao?

Mais quittons pour l’instant ces considérations théoriques et revenons aux manifestations les plus concrètes de la présence du PCR à Montréal. Si le PCR considérait qu’il était une mauvaise idée pour le MER de s’aventurer dans la participation à un mouvement fortement polarisé entre anarcho-insurectionnalisme et le syndicalisme bureaucratisé, le PCR n’a pas hésité à en profiter en participant avec la CLAC lors la manifestation anticapitaliste du 1er mai 2015 organisée, la convergence des luttes anti-capitalistes, à laquelle le parti participe depuis des années. Cette manifestation a été un franc succès: des milliers de personnes y ont participé, révoltées contre l’État bourgeois qui n’était clairement pas parlable, du moins, en ce moment. Deux Planches Rectilignes (PR) ont été taillées pour l’occasion, et leur confrontation avec la police anti-émeute, bien équipée de feux d’artifices, a permis de produire quantité de photos spectaculaires où on y voyait des flammes, qui ont ensuite pu être distribuées partout sur la planète grâce aux réseaux sociaux.

Par ailleurs, les consciences des gens dans les restaurants autour qui ont subi les coups de feu de l’anti-émeute ont bien évolué. C’est pourquoi après cette grande bataille contre l’État bourgeois, valant plus que n’importe quel pamphlet ou discours politique que pourrait proférer le parti ou une organisation de masse devant des rassemblements, littéralement aucune personne ne s’est intéressée au parti par la suite dans les mois suivants. Cependant, il ne fallait pas conclure à l’échec de cette stratégie qui est de créer des émeutes le 1er mai, même si ça faisait plusieurs années que ce genre d’aventurisme n’a permis que de faire arrêter des camarades du parti et des anticapitalistes à l’extérieur. Non, c’est qu’il faut attendre des années avant que le changement dans l’idéologie des gens se fasse. Si on ne voyait pas les fruits de nos combats, il fallait faire confiance au jugement de notre trio de direction.

Les femmes au sein de la cellule ont cependant parlé d’une voix divergente pendant la réunion qui a eu lieu après le 1er mai. Elles avaient dû organiser cette manifestation du 1er mai avec une femme qui est reliée au parti communiste des Phillippines.

J’ai personnellement rencontré cette femme à une soirée qu’organisait Anakbayan. Elle semblait en savoir assez long sur nos pratiques, assez pour soupirer. Ce qu’elle trouvait ridicule était le fait que personne ne connaissait notre vrai nom à l’extérieur du parti, et elle me trouvait ridicule d’utiliser un nom de guerre. Je l’ai ensuite rassurée en disant que mon nom n’était pas choisi arbitrairement, mais qu’il avait une origine familiale étroitement rattachée au communisme. Mais elle était quand même au courant de cette pratique qui aliène les masses.

Tout ça pour dire que les femmes au sein du parti ont suggéré, à l’instar de cette femme reliée au mouvement aux Philippines, que les manifestations devaient être les plus larges possibles en termes d’accessibilité et que des discours trop combattifs en terme de confrontation envers la police limitaient la diffusion de nos politiques au sein des masses. Ici, la ségrégation des idées entre les femmes et les hommes devait ne pas être importante aux yeux des membres de longue date, puisque la direction a simplement répondu que ce n’était pas notre ligne et la conversation n’a pas continué. Heureusement que nos hommes ont veillé à ce que nos failles ne nous fassent pas plus craquer. Il faut dire que ça reste facile de n’avoir aucun mouvement à l’intérieur d’une structure quand la structure dans son ensemble n’a aucun mouvement.

Aujourd’hui, les organisations d’extrême-gauche à Montréal qui ont le plus de failles sont le parti et ses organisations de masse. C’est la cause immédiate de l’incapacité des membres à recruter ou même à être mobilisés personnellement. Quand les gens n’ont pas honte de leur organisation, elles sont absolument incapables de présenter ce qu’est le MLM, si ça ne se limite pas à présenter les lignes les plus militarisantes du PCR. Le rapport de force que nous avions mené contre les différents courants mouvementistes s’est totalement effondré.

J’imagine que les membres du parti à Montréal chercheront à contredire ce diagnostic. Je suis convaincu cependant qu’ils ne feront que confirmer, par l’ampleur de leurs «succès» de la dernière année, comment ils ont réussi à liquider la croissance la plus spectaculaire qui avait eu lieu depuis la création du PCR.

Les bébés parlent de tactique

Au moment même où le CC du MER discutait de la possibilité de l’expulsion complète du MER-Montréal, certains membres du MER ont décidé que maintenant, le MER-Montréal allait être un vrai MER et non plus simplement un comité d’organisation.

Bien avant cette lutte acharnée contre la liberté d’expression de points de vue transphobes au MER-Montréal, on discutait de s’intégrer de façon plus locale aux établissements scolaires. Il resterait une prise de décision au niveau pan-montréalais, mais des MER locaux seraient créés, qui seraient tous unis politiquement par les principes que nous avions établis dans la constitution. Les raisons étaient avant tout logistiques, même s’il y avait aussi des très bonnes raisons stratégiques et tactiques pour procéder ainsi.

Au niveau logistique, puisque les horaires des écoles dans les universités et dans les CÉGEPs sont souvent fortement disparates, on avait déjà discuté qu’il serait plus facile d’organiser son temps et ses communications sans toujours avoir affaire avec Internet. Ça diminuerait le signal que des forces extérieures pourraient entendre, tout en diminuant le bruit d’avoir à lire des conversations portant sur des enjeux techniques qui ne concernent qu’une localité. La communication d’un rapport synthétisant l’expérience périodiquement réduirait les efforts qu’on aurait à porter au niveau de la communication. Les gens seraient aussi plus proches pour faire des activités.

D’un point de vue stratégique, cela permettait de pouvoir avoir plus de contacts avec les masses. Si une personne était seule dans un établissement, tout ce qu’elle avait affaire était de trouver des personnes intéressées par le socialisme dans cet établissement. Plutôt que de toujours se fier à l’avis et au support logistique des autres, les nouveaux cadres seraient amenés à se fier sur les masses. La confrontation avec les problèmes pratiques reliés à parler aux gens, à les convaincre, les pousserait à raffiner leur ligne politique en échangeant avec des gens qui ont d’autres expériences. Cela accélérerait d’autant plus notre croissance.

Un grand problème semble cependant apparaître si on ne considère que ces deux points. À force d’être plus en contact avec l’extérieur qu’avec d’autres membres de l’intérieur de l’organisation de masse, les nouveaux groupes créés pourraient venir à avoir des positions assez différentes sur un bon nombre de question. Comment fait-on pour s’assurer de l’unité entre les groupes dans les différents établissements scolaires? Comment fait-on, une fois qu’une grande campagne doit être organisée, pour faire en sorte qu’on s’entende sur les objectifs et nos positions politiques?

La solution était déjà formulée. Ça s’appelait la constitution du MER. Nous avions voyagé des dizaines de milliers de kilomètres et réservé des milliers d’heures, si on additionne les déplacements et les temps consacrés de chaque individu, afin de s’unir et de formaliser cette union en formulant l’unité minimum acceptable. C’est cette base d’unité qui nous servait de guide pour savoir si on recrute des individus ou que nous acceptons un groupe révolutionnaire qui est intéressé par nos politiques. Nous en avions discuté pendant plus d’une dizaine d’heures, où nous étions toutes d’accord sur le contenu, et nous avions eu des assez longs débats sur la formulation de cette constitution. Quelques personnes ont continué de travailler pendant des heures après ces heures de débat pour discuter de la constitution au 4ème Congrès, même si elles avaient toutes mal à la tête. Qui plus est, se rallier à la constitution n’était pas très différent que de demander aux membres de l’exec de Lionel-Groulx de simplement appuyer les décisions de l’assemblée lorsque ces décisions ont été prises.

Mais cette stratégie était devenue impossible.

Parce que voilà, les membres du parti à Montréal ont décidé de tout simplement jeter la constitution aux poubelles. L’important, c’était d’avoir des gens qui voulaient aider le parti d’un point de vue tactique à travers nos organisations de masse qui voulaient accepter des tâches spécifiques et faire partie de PR, pas d’être d’accord avec la constitution. La direction du parti ne voyait cette constitution que comme étant purement ornementale. C’étaient des bonnes intentions, mais si une personne n’était pas d’accord avec des parties essentielles de notre mandat en tant que révolutionnaires, ce n’était pas grave. En fait, ce n’était même pas grave si une personne opprimait des sections entières du prolétariat.

Il ne restait donc qu’une façon de s’assurer que le MER-Montréal ne se désagrège pas. C’était en se fiant aux relations d’amitié. Mais s’appuyer ouvertement sur des relations d’amitié délégitimerait le MER-Montréal. Alors, des assemblées générales se tiendraient aux deux mois, parce qu’il faut faire des assemblées pour avoir l’air démocratique, mais le moins possible, parce qu’avoir des discussions politiques d’envergure à plusieurs, c’est une perte de temps. Un peu comme les assemblées générales en 2012 avaient été inutiles. Les centaines de milliers d’étudiantes en grève en 2012 étaient toutes amies entre elles.

Mais imaginons qu’un membre se ferait de nouvelles amies et voudrait les inviter au MER-Montréal. Comment faire en sorte que ces recrues puissent être exposées au processus de décision? Il faudrait créer une multitude de comités. Pour chaque tâche tactique, il y aurait un comité. Si une tactique demandait l’appui logistique de plus de gens, alors il faudrait l’amener devant l’assemblée bimensuelle. De cette façon, on pourrait s’assurer de ne pas expliquer les décisions que nous avons prises subjectivement.

Ça reste difficile de s’intégrer à un groupe d’amis qu’on ne connaît pas, et qui partagent une idéologie politique similaire alors qu’on provient de l’extérieur. Pour s’assurer cependant que ces nouvelles recrues se sentent bien intégrées, des postes de direction doivent leur être donnés immédiatement. Les patriarches du MER vont dire que c’était pour être antiautoritaire. Bien sûr, les apparences ne sont jamais trompeuses. Ces gens n’ont pas d’expérience politique et il faut surtout éviter que des gens qui ont plus que quelques mois d’expérience soient vus officiellement comme ayant un certain pouvoir décisionnel, autrement, ces personnes pourraient être critiquées.

Pour être honnête, toutes ces nouvelles décisions ont été controversées au sein du MER-Montréal. Des membres voulaient continuer à faire surtout du travail politique pour le MER à l’extérieur du MER. D’autres trouvaient ridicule le fait de donner à la personne qui a le moins d’expérience politique des postes décisionnels. Ce n’est pas comme si la nouvelle bourgeoisie rouge se créerait en quelques mois dans une organisation qui n’a encore aucun rapport avec les moyens de production.

L’idée de confier les postes de direction systématiquement aux membres ayant le moins d’expérience ne pouvait cependant venir que de petits-bourgeois. Pas pour les raisons banales que les communistes donnent souvent, que ce sont des idées anarchistes. Non, c’est qu’il n’y a que deux façons qu’une personne arrive à ce genre de raisonnement. Soit elle n’a jamais travaillé de sa vie, et à 25 ans, disons que c’est parce qu’elle est petite-bourgeoise très aisée. Soit elle a en fait travaillé, et elle a vu des patrons effectuer ce genre de manœuvre pour intimider des prolétaires un peu trop indépendants d’esprit. Confier à une personne un poste sans aucun encadrement, c’est la meilleure façon de l’intimider et de faire passer le pouvoir bourgeois comme étant un rapport entre expérimenté et non-expérimenté. C’est la meilleure façon de dissimuler le pouvoir du capital. De la même façon, c’était la meilleure façon de dissimuler le pouvoir de ces anciens membres.

Admirez comment les femmes à Montréal se sont fait donner des postes avec des responsabilités tout en s’assurant que ces postes ne confèrent aucun pouvoir. Admirez comment une femme s’est faite élire sur le CC du MER pancanadien après que les hommes se sont totalement assurés que le parti les couvriraient si cette femme devait dénoncer une pratique dans un MER d’une ville en particulier. Admirez aussi en particulier leur perception de ces femmes: si la forte majorité masculine l’a placé, c’est parce qu’elles étaient vu comme ayant moins d’expérience. Admirez aussi comment l’expertise de ma mentor a été simplement foutue aux poubelles, tout ça pour respecter le travail des femmes du MER.

Tout ça aura eu pour conséquence de centraliser effectivement le pouvoir autour de quelques personnes. Ce qui est le plus outrageux dans cette histoire, c’est que les membres du parti qui militaient au MER se sont dirigés dans cette voie après avoir constaté l’échec des comités Printemps 2015. Ce n’était cependant pas qu’un constat qui avait été posé en l’air sans réellement être pensé: des présentations complètes avaient été réalisées devant des membres du parti, non seulement à Montréal, mais aussi en Outaouais. Cette dernière présentation en Outaouais avait été critiquée comme étant trop sectaire envers les anarchistes. Ce serait donc vraiment difficile de conclure que ce n’était pas intentionnel, même si je suis convaincu que ce ne l’était pas. L’échec du MER-Montréal était simplement un risque qu’ils devaient prendre pour protéger leur pouvoir.

Il reste que malgré la ressemblance entre cette fixation sur les amis, il y a une différence capitale entre le Printemps 2015 et le MER-Montréal. Les instigatrices du Printemps 2015 le faisaient avec leur esthétique, et leur idéologie issue du Comité Invisible. Ces personnes était motivées à tester leurs politiques, ils avaient vraiment pour intention d’avoir un pouvoir qui se crée dans des comités spontanés et qui donnent le pouvoir à des gens hors des structures existantes. Le Printemps 2015 était basé sur le constat que les syndicats étaient objectivement contre la lutte populaire contre les mesures d’austérité. Ces personnes n’ont pas toujours été honnêtes sur l’affichage de leurs politiques révolutionnaires, mais elles se sont corrigées quelque peu par la suite. Elles ne se sont également jamais réclamées ouvertement d’autre chose que de leur idéologie anarchisante. (Bien sûr, ces instigatrices mentaient car certaines de leurs pratiques étaient quasi-MLM.)

Les membres du parti au sein du MER-Montréal font cependant tout pour faire croire que leurs politiques sont communistes, alors qu’elles sont une version encore plus vulgaire de l’idéologie du Printemps 2015. Le Printemps 2015 acceptait nos critiques de leur non-organisation, même si elles n’étaient pas d’accord. Au MER-Montréal, les membres du parti ne voulaient même pas suivre la Constitution qu’ils ont eux-mêmes voté pour. Alors qu’ils ont comme premier devoir de démontrer ce qu’est une pratique MLM, ils ont tout fait pour démontrer le contraire, mais ils ont quand même fait croire que c’est ce qu’est le MLM.

Jamais les MLM n’auront vu autant d’efforts concertés n’auront été déployés pour abaissée la conscience révolutionnaire apparue spontanément des étudiantes qui se sont joint au MER.

Vous voulez constater les succès de ces politiques? Demandez au MER-Montréal combien de membres ils avaient au mois de mai 2016, et demandez-leur combien ils en avaient au mois de mai 2015. Je serais surpris s’ils ont trouvé des nouvelles recrues pour réussir à retrouver la moitié de ce que le MER avait comme effectif. On pourrait aussi leur demander quel est le nombre de personnes qui vient strictement pour la politique, qui n’est amie avec personne dans l’organisation à l’extérieur de la politique. C’est pour moi une mesure plus fiable que le nombre de membres. Nous étions 6 non-amies à la refondation. Je suis convaincu qu’il y en a moins maintenant, ce qui prouverait que politiquement, l’organisation a reculé depuis la première réunion en septembre 2014. Mais ces membres du parti n’accepteront jamais d’admettre leur échec. Comme de fait, ils vantaient les succès du MER-Montréal après les élections. Une bouffe populaire avait été faite, une campagne de boycott des élections, de la décoration urbaine a été faite. Aucune recrue d’abord intéressée par nos politiques. Tous des succès!

Je suis sûr que toutes ces manœuvres seront justifiées en citant Mao, ou en faisant référence à la révolution culturelle en Chine. Vous voyez, cette révolution était anti-autoritaire. Elle a démoli la bureaucratie du parti communiste chinois, qui était sur le point de restaurer le capitalisme en Chine. Les masses se sont éveillé comme jamais aux idées communistes. N’était-ce pas un succès? N’est-ce pas toujours bien de se révolter?

Cette interprétation anarchisante de la révolution culturelle en Chine n’a pu être faite que par des académiciens occidentaux, qui n’ont rien compris du lien entre le processus matériel qui s’est poursuivi après la révolution chinoise de 1949 et l’évolution de l’idéologie dans les masses. Est-ce que la Chine du milieu du XXème siècle, qui venait tout juste de sortir du féodalisme et qui était encore fortement influencé par les idées confucéennes est similaire à l’Occident qui mise tout sur l’égo et l’individu? Est-ce que le culte des ancêtres en Chine est similaire au culte de la jeunesse en Occident? Pas du tout. Être communiste en Chine implique de combattre cette culture ultra-hiérarchisante. Être communiste en Occident implique de combattre les gens qui pensent ne devoir rendre compte à personne. Les révolutions culturelles, après le renversement de l’État bourgeois et la socialisation de l’économie, ne prendront pas la même forme en Chine et en Occident.

Les élections on s’en câlisse!

Un des moments les plus marquants de la grève étudiante de 2012 et de tout le mouvement social qui l’a suivi a été la réaction des masses face au déclenchement des élections. Toutes les factions savaient que cette tactique a été utilisée pour tuer le mouvement. Les réactionnaires voulaient finalement la paix en prouvant que les gens refusaient le mouvement des carrés rouges et trouvaient encore plus ridicule les gens qui s’y sont joint en frappant de la casserole. Les réformistes voulaient réussir à gagner ce conflit, soit en gelant les frais de scolarité ou en imposant la gratuité scolaire. Les révolutionnaires de quelconque origine se sont levés contre en manifestant et en prônant le boycott.

Ces manifestations ont définitivement montré à quel point les gens en avaient marre de la démocratie parlementaire. Le mouvement des casseroles, dans sa logique même, ne pouvait que faire sombrer le mouvement dans le mouvementisme. C’était un mouvement spontané, qui avait raison de se révolter contre un gouvernement méprisant et prêt à suspendre la liberté des organisations politiques pour assurer le maintien des intérêts de la haute bourgeoisie. Elle avait sa puissance dans les masses et dans sa facilité d’accès, mais était condamnée à s’effondrer sans avoir la moindre politique et idéologie alternative.

On peut faire nos critiques de l’ASSÉ et de sa stratégie du radicalisme-étapiste et du fait qu’aucune réelle offensive n’a été lancée depuis des décennies grâce à la stratégie du syndicalisme de combat. Mais au moins, ces gens comprennent l’importance de la tactique-plan appliqué à un mouvement de grève. C’est une procédure qui réussit à remplir ses objectifs: lutter contre des attaques du gouvernement contre les conditions de vie des étudiantes.

Voilà cependant que le PCR a voulu reproduire ce genre de mouvement de boycott des élections, qui devait culminer dans une manifestation qui se produirait la veille des élections.

Ici, la présence d’au maximum une poignée de gens de l’ILPS montrait le succès de leur mobilisation. Par ailleurs, le pouvoir du parti a montré qu’il était capable de mener le prolétariat vers le pouvoir populaire. Même au pire de la répression politique en 2012 avec l’infâme loi 78, la manifestation n’aurait pas compris suffisamment de gens pour que la loi spéciale s’applique: il y avait moins de 50 personnes. C’est là qu’on peut constater la réussite de la mobilisation du parti pour cette campagne. Un autre franc succès qui s’est manifesté avant tout pour avoir changé la formation d’une tactique-plan vers la spontanéité dans les organisations de masses.

Si les partis révisionnistes qui se revendiquent du communisme sont incapables d’avoir un support à travers les masses, les partis bourgeois en ont quand même beaucoup plus que ce que les Yes men du parti le communiquent à leurs membres. Le taux de participation aux élections fédérales n’a jamais été en-dessous de 50%, et ce, malgré le fait qu’il n’y a jamais eu de réelle unité au sein d’une seule et unique nation canadienne. Les vraies questions que l’on doit se demander sont, quelle a été la participation des masses dans la lutte contre le pouvoir politique bourgeois, et quelle a été le support des masses pour la ligne du PCR. Dans tous les cas, nous conviendrons que c’était totalement nul, et ce malgré plus de 4 ans d’existence après les dernières élections fédérales. Les différences entre les taux de participation aux élections fédérales sont probablement beaucoup plus causées par la météo de ces journées des élections que par le PCR: il n’y a qu’à regarder les statistiques des différents paliers de gouvernement pour s’en rassurer.

Et ne parlons même pas du succès de la campagne de boycott à travers les masses. La logique même de cette campagne de boycott des élections reposait sur l’idée du pouvoir populaire. Plutôt que d’élire des représentantes, qui même si elles étaient sincères, seraient absolument incapables d’effectuer la moindre réforme positive, le prolétariat devrait lui-même constituer ses organes de luttes contre la bourgeoisie. Le pouvoir populaire, ce n’est pas la démocratie directe, si capable d’être manipulée et fragile contre les attaques de la bourgeoisie. C’est un pouvoir organisé dans lequel les masses peuvent s’impliquer et qui permet aux masses de se protéger elles-mêmes des distorsions que des groupes d’intérêt peuvent créer.

Quelle crédibilité est-ce que le parti a en termes de critique de la démocratie parlementaire bourgeoise? Qu’est-ce que le parti a fait pour établir concrètement le pouvoir populaire des masses? Par Lénine, tout ce que j’ai vu vu comme action et décision du parti a été effectuée pour démolir le pouvoir populaire. Au moment où le MER a voulu lutter contre la réaction patriarcale à l’extérieur de l’organisation, au moment où le MER a voulu purger ses faux membres à l’intérieur de son organisation, le MER s’est vu imposer de devoir coopérer avec sa poignée de réactionnaires, simplement pour s’assurer d’avoir deux PR de plus à la manifestation du premier mai. Qui aura été au final, presque un aussi bon succès que la manifestation pour le boycott.

On ne peut même pas vraiment parler d’ultra-gauchisme ici. Il n’y a aucune expression d’un programme politique pour la révolution socialiste au PCR. La seule vraie raison pour laquelle ces membres du PCR ne se présentent pas aux élections bourgeoises réside dans leur entêtement à ne pas appliquer leurs principes dans la réalité: tout comme la bourgeoisie, leur principe est de démolir le pouvoir populaire. Il n’y a pas d’autre façon d’expliquer leur attitude.

Mais pour toutes leurs campagnes désastreuses, il faut donner du crédit à la cellule de Montréal. Sur un aspect, l’organisation a réussi à montrer son caractère marxiste et révolutionnaire: en ayant tendance à manger ses propres enfants. (Marx)

Il reste que la faiblesse de l’activité révolutionnaire du PCR ne sera pas une raison pour l’État de ne pas frapper. Nous avons maintenant un nouveau premier ministre qui n’hésite pas à rappeler en quelle année nous sommes. Ce n’est pas qu’il était légitime que les droits démocratiques des personnes marginalisées soient bafoués dans le passé. C’est que pour montrer un côté positif de l’État bourgeois, l’extension des droits démocratiques sera mise de l’avant par ce nouveau gouvernement. Au moment où j’écris ces lignes, un projet de loi sera débattu quant aux droits fondamentaux des personnes trans. Il pourrait bientôt être illégal de faire de la discrimination contre les personnes trans.

Si le parti n’est pas capable d’organiser une manifestation qui aurait été illégale sous la loi 78, bien au moins il pourra être illégal en continuant d’accepter des transphobes dans leurs rangs. Tout membre est bon tant qu’il s’oppose à l’État dans nos rangs.

Combattre le libéralisme

Lors de la deuxième phase de la guerre civile en Chine, le parti communiste chinois devait faire face à une des luttes les plus féroces qui avait été observée à l’époque, et ce à la fois contre les seigneurs de guerre appuyés par les impérialistes et contre le Kuomintang. Le parti avait été sérieusement amoché et était devenu incapable de se défendre en ville. La décision stratégique de se replier vers des endroits reculés où il était difficile pour ces forces, qui comptaient plus de personnel et étaient mieux financées et équipées que les forces communistes, a permis au parti communiste chinois de survivre.

Comme dans n’importe quelle lutte pour le socialisme à travers le monde, les partis communistes ont distribué des tâches à leurs cadres pour gagner le support des masses. C’est comme ça que les partis communistes fonctionnent. Mais pour que ces partis soient efficaces, il faut que les cadres puissent rendre compte de leurs actions et de leurs résultats. Ces cadres ne viennent pas du ciel des idées purement communistes, mais apportent avec elles leurs anciennes pratiques qui peuvent être libérales ou simplement réactionnaires. Lorsque ces pratiques sont effectuées au travers des masses, elles discréditent le parti et ces endroits qui devaient servir de base d’appui pour les communistes se trouvent plutôt à être peuplées de gens qui vont accueillir les ennemis des communistes comme des libérateurs.

La prise de cette décision par le Parti Communiste Chinois comptait son lot de défis. Un de ces défis non négligeable était de lutter contre le chauvinisme Han au contact des masses. Ces bases d’appui en zone rural, où les gens vivaient très pauvrement et avaient vécu depuis des millénaires l’oppression des Han ne seraient pas faciles à construire. Elles seraient d’autant plus difficiles à construire si les cadres du parti étaient méprisants et perpétuaient les oppressions envers ces paysans.

Certaines personnes n’ayant appris que quelques formules du marxisme dans les livres, sans les replacer dans leur contexte, disaient bien que toutes ces questions n’étaient pas importantes, que le seul aspect de la lutte qui était important, c’était de repousser les impérialistes et d’exproprier toute forme de capital le plus rapidement possible. Ce n’est pas sans rappeler ces critiques des politiques identitaires à Montréal qui ont été faites contre la compréhension plus profonde et détaillée des communistes à travers le monde.

Ces personnes étaient également incapables de comprendre qu’on ne pouvait pas simplement abolir toutes les formes de capital, d’argent et d’inégalités immédiatement. Elles ne pouvait pas comprendre l’importance de mener la révolution agraire en faisant campagne pour les paysans pauvres, autrement dit de redistribuer les terres laissées oisives qui appartenaient à des riches propriétaires terriens, mais aussi de ne pas complètement se laisser à des idées pensées subjectivement comme quoi il fallait aussi s’attaquer à des petits propriétaires possédant seulement l’équipement et les terres pour subvenir à leurs besoins. S’assurer de se baser sur les pauvres tout en ne s’aliénant pas les personnes un peu plus aisées mais qui étaient sympathiques au combat contre le Kuomintang et les seigneurs de guerre était trop pour eux.

Les lignes de communication en Chine à cette époque étaient très difficiles à maintenir. Chaque échelon de l’organisation devait à la fois être à l’écoute de l’échelon inférieur et de l’échelon supérieur, mais c’était très difficile techniquement à réaliser. Concrètement cependant, la plus grande barrière à la formation des cadres du parti était le libéralisme. On refuse d’écouter les messages qui proviennent de la base ou les instructions du haut, pas parce qu’on n’aime pas le parti, mais parce que ça frustrerait nos camarades de longue date qui sont devenus nos amis. De fait, on laisse les problèmes s’accumuler, on refuse de contredire nos camarades même quand elles sont dans le tort pour renforcer nos relations avec elles, malgré les conséquences que cette attitude aura avec nos relations avec les masses.

Pour combattre ce fléau, Mao a publié le célèbre Combattre le libéralisme, qui doit être lu périodiquement par n’importe qui avec un engagement sérieux pour la révolution socialiste. Le libéralisme n’est pas seulement une idéologie qui provient des relations de production capitalistes, c’est une pratique extrêmement dommageable qui peut corrompre toutes les organisations révolutionnaires. On arrête la critique, parce que les gens ne veulent pas faire d’autocritique et améliorer leurs comportements. Elles ne peuvent pas accepter qu’elles vont carrément à l’encore des décisions qui ont été prises auparavant, même quand ces personnes avaient juré loyauté envers les organisations qu’elles représentaient.

La pratique de la critique et de l’autocritique à Montréal

Ce que je vais révéler ici va définitivement en surprendre pas mal au Canada: il n’y a aucune pratique régulière de la critique et de l’autocritique dans le parti à Montréal. En fait, la seule critique qui a été formulée au sein de la cellule est celle comme quoi je devais continuer de mentir aux masses et aux membres du MER sur la nature des décisions qui avaient été prises au 4ème Congrès. Cette demande d’autocritique a été formulée après que la critique soit formulée à Montréal comme quoi les transphobes devaient accepter d’être rééduquées ou purgées.

On peut aussi se demander en quoi c’est pertinent de demander une autocritique suite au «mauvais comportement» de promettre l’expulsion à des trans-exclusionnaires, quand il est clair que le fait est que je n’avais jamais accepté la liquidation de la lutte de classes réelle et de nos organisations de masse au profit d’une vision abstraite et militarisante d’une certaine frange du parti, quand on sait que cette tendance est à l’origine, depuis des années, de violence patriarcale dont il y a des victimes/survivantes. La seule pratique de la critique et de l’autocritique que j’ai vue au sein de la cellule est celle qui visait à mettre fin à la pratique de la critique et de la lutte au sein du MER contre ces tendances. Ça en dit long.

Mais même en faisant abstraction de cette lutte politique contre le patriarcat et son support chez les féministes radicales, cette demande d’autocritique ne pouvait qu’échouer, parce qu’il n’y a aucune habitude de l’autocritique au sein de la cellule. Il est impossible d’être bonne en quelque chose sans pratique régulière. Mais heureusement, à l’extérieur de Montréal, il est courant de faire des critiques et des autocritiques face à d’autres membres, alors nous sommes sauvées.

Le libéralisme du parti dans le reste du Canada

La principale critique qui m’a été adressée concernant la cellule de Montréal est que ses cadres seraient, pour la vaste majorité, vieilles et déconnectées de la réalité. Les différentes manifestations de cette attaque ont toutes prises comme exemple la volonté des gens de la cellule de Montréal de garder le format papier du Partisan et de peu s’investir sur Internet. J’ai aussi entendu à plus d’une reprise la cellule de Montréal être appelée Politburo dans la même ligne d’idée.

Ces critiques manquent de loin les véritables problèmes de la cellule. L’âge des membres n’a vraiment rien à voir avec la déconnection de la réalité de la cellule. Les membres qui semblent le mieux comprendre les implications négatives d’avoir des membres qui ne comprennent pas les oppressions spécifiques du prolétariat n’étaient définitivement pas les plus jeunes mais les plus âgés. Les arguments qui m’ont été présenté par les personnes plus vieilles en ce qui concerne la publication papier du Partisan me semblaient suffisamment raisonnables pour considérer sérieusement que c’est une technique qui peut fonctionner si la personne passant les journaux est suffisamment habile. La première fois que j’ai été exposé à du matériel du PCR, c’était en 2011 pendant les élections fédérales lorsqu’un journal m’a été donné par un membre du parti dans une station de métro. Le journal ne m’avais pas convaincu plus à l’époque, mais en raison de son contenu plus que parce que la méthode de communication était inefficace. (Ce n’est pas vraiment un commentaire contre l’article ou son auteure, une discussion de quelques centaines de mots sur le révisionnisme ne peut que paraître sectaire à une personne qui n’a aucune pratique.)

L’âgisme est à peine voilée derrière ces critiques provenant du reste du Canada, et elles sont limites capacitistes. Il existait probablement aussi de très bons arguments pour l’arrêt de la publication du journal papier.

Il faut regarder les impacts concrets de cette attitude des jeunes, en particulier au Canada anglais. Elles n’ont que pour effet de faire un mur entre les jeunes et les vieilles. Elles sont fondées sur l’incapacité à s’occuper des vraies questions politiques qui séparent les jeunes et les vieilles, s’occupant de créer des critiques faciles plutôt que d’avoir des débats de fond sur nos tâches en tant que révolutionnaires.

Qui a vraiment intérêt à ce qu’une situation de ce type perdure? Seulement des groupuscules au sein du parti, qui veulent consolider leur pouvoir et les intérêts des membres de ces groupuscules en se regroupant dans des espaces où les membres de l’autre groupuscule ne seront pas présents. Par exemple, en faisant une fête avec beaucoup d’alcool, de la musique avec un bon volume, tard dans la nuit. Si ce n’est pas une manifestation de la corruption inhérente au libéralisme, je ne sais pas vraiment comment appeler ça…

Des organisations bien méchantes vous ont reproché de n’être qu’un regroupement d’universitaires académiciennes, avec aucune expérience de lutte réelle contre l’état capitaliste et aucune prise dans les masses (RI). D’autres vous ont dit que cette théorisation de la GPP comme universelle n’était rien d’autre qu’une façon de faire taire les débats sur la façon de s’ancrer dans les masses et que la pratique réelle du parti et de ses organisations de masses n’était pas différente de l’activisme mouvementiste habituel (RAIM).

Mais bien sûr que non avez-vous répondu. Le mouvement maoïste était bien fort à Montréal. Le PCR émergeait d’une longue tradition du socialisme à Montréal. Le PCR était tellement important que la Maison Norman Béthune était surveillée à Montréal. Le PCR faisait tellement peur à la bourgeoisie qu’une équipe spéciale du SPVM avait été dédiée pour l’étudier. Le PCR n’était pas qu’un groupe d’hommes ayant eu le privilège d’avoir pu étudier et aboutir en tant qu’intellectuels: il y avait une activité sérieuse d’organisation dans les écoles secondaires (on se demande à quelle fin, en rétrospective? Peut-être plus de recrues qui n’ont pas encore toutes leurs dents). C’était la preuve que vos affirmations sur la solidité de la praxis du PCR étaient sérieuses.

La réalité est que, camarades de l’ouest de l’Outaouais, vous avez préféré vous vanter d’exploits que vous n’avez pas fait pour gonfler vos rangs grâce à une propagande que vous n’avait pas créée. Plutôt que de vous fier aux masses, vous avez préféré vous fier à un groupe d’une ville située à plusieurs centaines de kilomètres qui n’a absolument aucune racine dans les masses. Un groupe qui n’a absolument aucune façon de créer le moindre déplacement d’air, mais qui en charognant les anarchistes, a réussi à produire une compilation appréciable de pornographie émeutière. Plutôt que d’essayer d’enquêter sur le procédé de fabrication de ces images, vous avez préféré les prendre telles quelles et les publier. Si au moins vous étiez à la remorque d’une organisation qui a la moindre puissance, une locomotive que vous auriez saisi de façon opportuniste pour vous propulser et que vous auriez été prêtes à abandonner au moment opportun. Mais non. Vous êtes à la remorque d’un tigre en papier.

Le pire dans tout ça, c’est que vous avez vanté le succès de nos politiques en vous fiant au fait que des descentes de police avaient été effectuées dans la région de Montréal. Aviez-vous-même pensé faire une enquête à Montréal, pour savoir si le PCR avait une meilleure pratique révolutionnaire que les Hells Angels? Est-ce que ces motards se font arrêter pour leurs causes révolutionnaires? Ah, et parlant de l’équipe spéciale qui devait enquêter sur le PCR, on s’est bien moqué du fait qu’elle était incapable de conclure si le PCR était communiste ou anarchiste. Mais les appareils de répression de l’État comprennent mieux la situation du parti à Montréal que le parti dans le reste du Canada.

Mais bien sûr, me direz-vous, au contraire, vous avez été fermes avec Montréal, surtout avec le MER. Surtout quand sur une bannière pour une bouffe populaire il y avait à égalité un marteau-faucille et un A anarchiste, lorsque les photos ont été distribuées sur les réseaux sociaux. Clairement, l’attitude de Montréal, éclectique et pas assez encline à s’appuyer sur les symboles historiquement rattachés au communisme, plutôt que pour les gens qui sont intéressées par nos politiques mais qui continuent de s’identifier à l’anarchisme, devait être critiquée. Ce qui a été fait, promptement! Il aurait apparemment fallu dire que, oui tu vas accepter le marteau-faucille, non on n’acceptera pas le A anarchiste, et si tu n’es pas contente, tu dégages.

Pourquoi n’avez-vous pas critiqué plutôt le comité Agitprop censé créer un logo pour le MER, mais qui a échoué dans son mandat et n’a pas demandé d’aide? Bien sûr, le choix d’un logo propre au MER n’était, comme un membre du parti me l’avait fait remarquer, qu’une solution technique à problème politique, en ce qui concerne la relativement faible appartenance au maoïsme au sein du MER-Montréal à l’époque. Mais où était la discipline dont vous vous êtes tant vanté? Les délais pour le logo n’étaient pas causés par Montréal. Mais c’était à Montréal, plus que partout ailleurs, qu’un nouveau logo du MER en tant que front uni anticapitaliste, communiste au sens large, non-sectaire, aurait été le plus utile. Mais c’est bien plus facile de critiquer des gens d’une autre région pour leurs difficultés que de critiquer ses propres problèmes.

Et comment pourrais-je oublier la gestion du conflit avec les TERFs. Alors que vous aviez des preuves, hors de tout doute, de la présence d’idéologie TERF et du plan élaboré par les patriarches pour leur permettre de s’exprimer sans avoir à craindre aucune répercussion par rapport à l’appartenance au MER pour ces personnes, vous avez envoyé un homme cis faire le travail d’enquête seul alors que vous lui aviez promis de l’aide et qu’il devait surtout faire de la traduction au début. Soyons honnêtes, vous ne l’avez pas non plus envoyé au sommet de sa santé mentale. J’avais pourtant dit à des membres du CC du MER et du CC du parti qu’il n’y avait aucun espoir de coopération avec les patriarches, qu’ils n’avaient aucunement l’intention de céder.

Vous avez été convaincues, par des gens qui n’ont même pas fait semblant de refuser de comprendre la question, de ne pas combattre plus profondément cette tendance au sein du MER-Montréal en faisant appel à votre bon vieux chauvinisme régional. Un bon classique: tel endroit est arriéré par rapport à vous, on ne peut pas traiter les membres là-bas comme nos égales. Cela prouvait d’autant plus que le style de travail à l’extérieur de Montréal était bon. Tout ça dans le but de maintenir des bonnes relations avec Montréal. Je n’ai pas encore vu la moindre preuve d’un vrai combat contre le révisionnisme et contre le chauvinisme régional. La culture du combat du libéralisme à l’Ouest de l’Outaouais n’est qu’un exercice de style. Heureusement au moins que vous parlez de l’idéologie, cette force mystique qui justifie toutes les déviations possibles. Comme ça vous pouvez craindre autre chose que vos propres échecs politiques.

Science et idéologie, opposées mais unies dans la lutte de classe

Peut-être qu’il vaut donc la peine de démystifier ce que sont la science et l’idéologie. Il n’y a pas deux mots pour lesquels le combat entre la classe bourgeoise et la classe prolétarienne est plus aigu. La raison de ce combat vient du fait qu’elle est le lien et l’opposition entre la subjectivité des différents agents et l’objectivité des forces matérielles dans lesquelles évoluent ces agents. Autrement dit, ce combat porte sur la définition même de nos objectifs en tant que révolutionnaires. La seule façon pour nous de nous sortir des embrouillements que la bourgeoisie nous impose par ses appareils idéologiques, c’est d’associer ces mots au mouvement matériel qu’ils décrivent: autrement dit, il faut leur donner une base matérialiste.

La science n’est rien d’autre que l’approfondissement continu de la compréhension humaine des lois de l’Univers. Approfondissement continu, parce que cette science se bâtit par l’observation de l’Univers et par le saisissement des essences qui se révèlent par l’action réelle, par l’analyse et la synthèse. Cette tâche ne finit jamais, son caractère éternel est écrit dans notre nature matérielle. Le but de la science, c’est de tirer les lois abstraites qui nous permettent de se rapprocher de l’Univers par la pensée et de transformer le monde dans le sens de nos désirs. Le caractère principalement objectif de la science vient de notre but de se rapprocher de la nature. Compréhension humaine, parce qu’il y a une dimension subjective à la science, qui provient du fait même que ce sont des gens qui ont leurs objectifs propres dans la science, dans le but de transformer le monde pour leurs fins.

Mais si dans son objectif, la science est in-finie, elle est donc forcément incomplète. Les démarches d’investigation des êtres humains partent donc toujours d’un fondement incomplet. Des flous sont toujours présents dans la conception de l’Univers par les êtres humains. Mais les êtres humains doivent vivre dans le monde en le transformant selon leurs objectifs propres. L’idéologie consiste exactement en ces flous. Nous sommes en contact avec l’idéologie précisément là où nous avons une conception de l’Univers qui nous semble naturelle et allant de soi mais que nous ne pouvons réellement prouver facilement. L’idéologie a donc un caractère principalement subjectif. Son aspect objectif provient justement du fait qu’elle fait partie du mouvement réel des êtres humains en se niant à travers la science. Il est donc impossible de nier subjectivement l’idéologie: on ne peut que la définir et réduire son impact en approfondissant de façon continue sa compréhension des lois de l’Univers. L’idéologie des gens est donc en un moment et un lieu donné, le point de départ de la science, mais aussi son produit.

Science et idéologie sont donc opposées en tant que mouvement matériel des êtres humains pour l’atteinte des objectifs propres de la transformation du monde, mais elles sont unies dans la nature de ce que c’est que d’être humain. C’est une boucle sans fin, évoluant en spirale. Cette boucle ne peut être comprise qu’en tenant compte de la nature matérielle et historique des êtres humains qui la produisent. Ce mouvement peut être illustré à travers un exemple. Prenons le concept de température.

Pour la majorité des gens, la température est simplement une mesure du degré de chaleur, défini selon le gros bon sens. Une piscine à plus de 26 degrés Celsius, c’est chaud, en-dessous de 20 degrés Celsius, c’est assez froid. Quand on annonce plus de 30 degrés Celsius à l’extérieur, il fait chaud, quand il annonce moins de -20 degrés Celsius, il fait froid. Si la seule confrontation d’une personne avec la nature provient de l’exposition aux éléments, ça suffira probablement.

Cependant, quand vient le temps de confronter la nature dans le but de la transformer, on se rendra compte bien vite que cette notion de la température comme sentiment de chaleur est insuffisante. On ne s’entendra sur les critères que j’ai donnés précédemment, ces critères sont subjectifs. La méthode la plus frappante pour s’en apercevoir est d’abord de préparer un verre d’eau d’une certaine température, ensuite de tremper une main dans l’eau froide pendant disons 20 secondes et de tâter l’eau dans le verre avec les deux mains. Les deux mains ne s’entendront pas. Pour ce faire, pour mesurer la température, on se fiera à des propriétés physiques de certains éléments, qui changent en fonction de la température et qui seront des indicateurs beaucoup plus fiables. Lorsque ces gens qui auront l’initiative de contrôler plus précisément la température des dispositifs qu’ils utilisent pour remplir les besoins de l’humanité, elles utiliseront des appareils qui réflètent ce changement de façon incontestable. Le thermomètre, par exemple, contient un liquide qui se dilate selon la température interne de ce liquide, on cherchera à s’assurer qu’il y a un équilibre thermique entre le thermomètre et le milieu ambiant. C’est d’ailleurs, littéralement de cette façon que la température est définie de façon formelle dans la plupart des cours de physique.

Encore une fois, dans certains contextes, cette conception de la température sera insuffisante. Ces cas se révèlent lorsqu’on doit tenir compte des phénomènes quantiques en physique. N’ayant pas travaillé avec ces phénomènes, je me bornerai à indiquer que la conception avec le thermomètre peut être très utile dans beaucoup de contextes, mais elle peut nous rendre incapable de travailler dans ces contextes où intervient la physique quantique. La progression de la définition de température nous permet de prendre en compte de plus en plus de phénomènes. Mais la vraie maturité scientifique provient du fait qu’on peut définir les limites de nos connaissances, en tant qu’êtres matériels, à nos objectifs matériels.

La science n’est rien d’autre que l’abstraction du travail, de quelque sorte que ce travail soit. On me répondra que ma définition de la science est teintée d’idéologie, ce que je ne nierai pas. Elle se fonde sur une idéologie, pas celle de l’être humain contemplateur, spectateur de l’Univers, mais de l’être humain qui par sa nature transforme l’Univers. Ma définition est idéologiquement prolétarienne. N’importe quelle autre où les gens sont inconscientes est anti-prolétarienne. Mais je parle aussi en tant que travailleur scientifique. La science peut coïncider avec l’idéologie, quand l’idéologie est rendue scientifique par ce travail permanent de passage du concret à l’abstrait et vice versa.

Il faut réitérer encore et encore que cette opposition entre ce sujet et objet ne se réflète pas juste dans l’opposition pensée humaine et nature, mais qu’elle fait partie de la réalité même. Cela est vrai pour toutes les sciences, même les plus naturelles, et cela sera d’autant plus frappant lorsqu’on traitera de faits sociaux. Mais même en interagissant avec les gens travaillant en sciences naturelles, on peut entendre beaucoup de conneries. Y-a-t-il par exemple un domaine de la connaissance qui est plus mystifié que la chimie? On croirait que des scientifiques en sarrau ont enfin découvert les substances qui composent l’Univers et qu’on connaîtrait les propriétés intrinsèques de ces substances, et que ces propriétés ce trouveraient dans les substances en soi. Rien n’est plus faux. Ce n’est qu’en exposant des substances A, B, C à des substances 1, 2 et 3 que nous pouvons réellement connaître ces substances. L’objet de la chimie n’est pas dans le dévoilement de la chose en soi que sont les substances chimiques, mais la mise en contact les substances entre-elles. Ce n’est qu’en se révélant par la réaction chimique que la dynamique de ces substances est découverte.

Bien sûr, on peut tenter de prédire et de simuler ces propriétés en abordant la physique sous-jacente aux atomes et molécules qui sont formées, mais dans ce cas on n’aura qu’utilisé d’autres éléments de connaissances trouvé par l’approfondissement d’autres types de mouvements que nous connaissons. La physique n’est pas différente de la chimie, en ce qu’elle fait interagir de la matière avec d’autre matière: seule sa méthode d’investigation est différente.

Ce qui nous intéresse particulièrement bien sûr, en tant que communistes, n’est pas principalement les sciences naturelles, que les sciences sociales. En particulier, ce n’est pas n’importe quelle science sociale qui nous intéresse, c’est celle qui nous permettra de mener à terme la construction du socialisme et arriver à notre but, le communisme. Comme toute autre science, elle a un fondement idéologique et a pour but d’enrichir et de raffiner cette idéologie dans cette boucle infinie de l’avancement de la connaissance. Tout ce mouvement de la connaissance a été décrit en termes abstraits, mais pour nous communistes, c’est l’avancement de la classe prolétarienne qui nous intéresse.

Bien que Mao ne soit certainement pas le fondateur de cette tradition d’investigation du monde matériel, il est certainement un de ceux qui a le mieux vulgarisé ce mouvement de la connaissance chez les communistes. D’où son accent sur l’investigation sociale. On peut constamment le lire sur l’importance de ne pas appliquer simplement des formules abstraites tirées de la pratique provenant d’autres contrées ou de proposer subjectivement un plan, mais de réellement procéder à une investigation minutieuse des forces en présence et de la réalité matérielle de la lutte de classe sur le terrain.

Marx était certainement sceptique quant à la possibilité de donner une base provenant de l’expérience concrète: c’est totalement compréhensible, puisqu’il faisait partie de la première génération à s’y adonner. Son apparente contradiction avec l’empirisme, avec son principe de passage de l’abstrait au concret, ne faisait que révéler qu’à son époque, la tâche qui devait être faite pour les communistes était de passer de ces abstractions idéologiques vers une description concrète des lois du développement du capitalisme. Les trois volumes du Capital n’étaient certainement pas seulement des milliers de pages de définitions, de calculs, ou de note de bas de pages insultantes quant aux intellectuels bourgeois de son époque, des investigations importantes dans la réalité matérielle de l’Angleterre du milieu du XIXème siècle étaient transmis.

Mao n’était pas pour sa part un pur empiriste. Littéralement, il instruisait de connaître non seulement les lois de la guerre révolutionnaire en Chine, mais également de connaître les lois de la guerre révolutionnaire en général, et même les lois de la guerre en général. Il ne disait certainement pas de tenter de se faire cribler de balles pour réellement sentir ce que c’est. Empirisme et abstractions sont deux moments du processus de la pensée, similairement à la science et l’idéologie.

Lorsqu’on s’intéresse à la science de la révolution, c’est-à-dire à la lutte de classes entre le prolétariat et la bourgeoisie, on comprend que c’est une guerre totale, qui ne comprend pas seulement les rapports de force économique, mais aussi la politique et l’idéologie. Le système d’éducation, les médias de masse, les laboratoires d’idée (think tanks) travaillent tous pour désinformer le prolétariat sur la nature de la réalité. Que ces appareils soient devenus plus forts que jamais après la première grande vague de la révolution socialiste sur Terre, la révolution bolchévique d’octobre 1917 montre leur objectif véritable, celui d’un appareil visant à brouiller l’esprit des masses. Si vous étiez menacées physiquement alors que vous reposiez sur un sol poussiéreux, je suis sûr que vous penseriez à lancer de la poussière dans les yeux de votre adversaire. En fait, vous préféreriez probablement que votre ennemi ne sache même pas qu’il peut se protéger les yeux. Le contrôle de l’idéologie des masses doit donc être compris non seulement comme un objectif politique, mais comme un objectif militaire.

Comment l’acier sera trempé…

D’où l’importance pour Mao de s’assurer que les cadres au sein du parti ont un style de travail correct. Comprenant proprement l’emprise idéologique des idées communistes au sein du masse comme un objectif militaire, les communistes doivent s’assurer de réaliser ce travail de façon correcte et professionnelle. Si c’était strictement le nombre de soldats capables d’utiliser de l’équipement militaire, dédié ou de fortune, qui nous intéressait en tant que communistes, notre modèle serait l’URSS des années 80. Nous serions brejnéviennes, pas MLM.

L’acier constituant l’appareil de lutte du prolétariat contre la bourgeoisie est d’une sorte différente. Nous MLM avons saisi l’importance de la lutte idéologique au sein du parti et à travers les masses. Chaque partie du terme MLM, marxisme, léninisme et maoïsme possède son orientation. Elles sont sciences, mais aussi idéologies. Elles sont unies par le caractère matériel et historique de la lutte des classes. Par conséquent, la bourgeoisie tentera tous les moyens pour dissocier le mouvement matériel et historique du prolétariat.

L’arme de prédilection utilisée depuis maintenant des siècles contre l’utilisation du matérialisme historique, c’est la soi-disant lutte pour la liberté de pensée universelle. La livraison de cette idée a pour but d’enlever le caractère matériel et historique de la pensée. On pense dans le vide, on ne pense pas sur l’Univers, sur des faits objectifs, sur le travail à effectuer. Plutôt, la pensée serait le propre de l’humanité. N’importe quel être humain devrait avoir le droit de penser n’importe quoi et d’exprimer ses pensées quelque soient les conséquences pour les droits des autres. Il faudrait défendre ses libres penseuses contre les gens cherchant à lutter contre les sacro-saints droits des individus à participer au pillage du prolétariat et à se replier dans son salon luxueux à la fin de la journée.

Cette arme est utilisée dans le parti et dans les organisations de masse initiées par le parti. C’est précisément l’outil que les TERFs ont utilisé au MER et au parti pour justifier leur comportement. Passant outre le fait que les femmes au MER se sont fait mentir sur la vraie nature des politiques du MER sur la lutte de libération de trans, c’était principalement par cette conception de la liberté de pensée que le combat a été mené à Montréal. La solution proposée au conflit par les TERFs et leurs défenseuses sont restées fidèles à cet engagement anti-prolétarien. Des questionnements tels que «qu’est-ce que le genre», sans avoir le moindre contact avec les personnes qui vivent en eux-mêmes les contradictions les plus aigües du genre sont voués à l’échec. C’est une prise de position qui ne tiendra jamais en compte ni les désirs des masses, ni l’importance en tant que révolutionnaires de défendre les droits démocratiques des personnes trans. Personne ne peut penser sérieusement qu’il est possible d’aller convaincre le prolétariat que leur fait social matériel est une illusion. Le fait trans est un fait social matériel. La fraction la plus réactionnaire de la bourgeoisie peut bien tenter de l’effacer et de se créer des listes de lecture pour s’en convaincre, elle peut bien la psychiatriser ou utiliser ses autres appareils répressifs, mais elle n’effacera jamais son histoire millénaire, qui s’est manifestée à tous les coins du globe. Ne pas reconnaître à une organisation révolutionnaire le droit de purger des membres réactionnaires, c’est la condamner à mort.

Des académiciens diront que cette analyse est bien trop unilatérale et qu’elle met une bien trop grande part de responsabilité sur les individus qui manifestent leur pensée politique. Ces éléments de la bourgeoisie choisiront comme terrain notre conception même de l’idéologie pour mener leur bataille pour le libéralisme, contre notre méthode d’investigation et de travail. Pour ces personnes, l’idéologie serait quelque chose qui est largement hors de contrôle des individus et dont on ne pourrait blâmer personne de ne pas combattre. Ce serait une force dont il serait impossible pour les masses de voir, d’entendre ou de toucher, mais qui déterminerait la plupart de leurs pensées avant même que ces gens-là les pensent. Les masses ne tireraient pas de conclusions hâtives sur des questions qui n’ont pas été correctement approfondies. Elles seraient atteintes de fausse conscience. C’est pour cette raison que la plupart des prolétaires ne seraient pas intéressées par le MLM.

En fait, en parlant de l’idéologie comme étant cette influence inconsciente que l’objet de votre recrutement ont et qui ne convient pas à vos besoins, ces académiciennes ressemblent drôlement aux gens qui repoussent constamment la construction organisationnelle, proférant que les conditions objectives ne sont pas réunies pour la révolution. Manifestement, les masses ne sont pas prêtes, mais si seulement les consciences changeaient, les organisations de masse se créeraient toutes seules. Il faudrait véritablement un claquement de doigt d’une divinité pour y arriver. Ce n’est pas l’état lamentable de la politique d’extrême-gauche depuis des décennies qui serait responsable de ça. Ce ne serait pas des exemples répétés de comment ne pas faire une organisation de masse ou construire un parti qui seraient responsables du défaitisme des masses. Ce seraient la force mystique que serait la fausse conscience.

J’espère au minimum que vous n’argumenterez pas, à l’instar d’autres petits-bourgeois qu’on connaît, que ce débat sur la nature de l’idéologie qu’une question sémantique, un simple débat sans conséquences. Ces idéologues bourgeois voulant à la fois régimenter les masses et les empêcher de se régimenter elles-mêmes aiment s’imaginer que si les masses ne se comportent pas comme ce que leurs théories apprises à l’école de façon abstraite sur la téléologie de l’histoire, alors c’est parce que les masses ont été rendues passives. Pas de façon temporaire, en raison de contraintes matérielles où le prolétariat fait un choix conscient de ne pas se préoccuper de politique, après le temps dans leur jeunesse où ils avaient encore l’espoir d’avoir les capacités de changer le monde. Non, c’est que les masses, dans leur essence, seraient des masses de zombies. Nous savons tous où ce genre de raisonnement mène. Les MLM comprendront que si les masses sont répugnées par notre activité et que les révolutionnaires nous méprisent, c’est probablement parce que nous avons une mauvaise pratique, et que nous devons faire une autocritique. Mais c’est plus facile d’expliquer des défaites par des forces hors de notre contrôle que de faire une véritable autocritique.

Les gens qui ont fait de leur profession l’étude de l’idéologie et qui s’amusent dans leurs temps libres à faire de la dialectique rétorqueront qu’il est clairement faux de prendre une chose pour ce qu’elle est. Il faut toujours la prendre pour ce qu’elle n’est pas et toujours conclure qu’A et non-A sont simultanément vrai. Quand on voit une personne provenant de la bourgeoisie avec des idéologies anti-prolétariennes, on ne peut pas conclure que cette personne a un plan. Dieu, les relations économiques, ont imposé sans leur volonté des pensées aux gens, leurs politiques ne sont pas des politiques. C’étaient les démons de l’idéologie dominante qui sont venus déposer des pensées dans les cerveaux des gens. Pardonnons-les, ils ne savent pas ce qu’ils font.

Mais tout ça reste peu important, puisque nous avons des sauveurs au sein de notre parti qui vont nous délivrer de ce fléau des idéologues: ceux qui vont décider de quitter la sphère de l’académie et trouver le travail qui va démolir leur santé le plus rapidement possible. C’est bien connu, les masses n’aiment pas leur travail. Donc, si une personne qui provient d’un milieu privilégié décide d’elle-même d’aller se détruire sa santé, alors les masses seront ravies de rencontrer cette personne. C’est que cette même personne aurait bien compris l’essence d’être prolétaire. C’est-à-dire, choisir un emploi qu’on n’aime pas par pur choix. Ces personnes s’opposent radicalement à la bourgeoisie, non? Elles s’opposent à l’idée de la présence de la force mystique de l’idéologie. Elles soutiennent au contraire pour l’idée qu’une idéologie révolutionnaire proviendra simplement de l’exposition simple aux mêmes conditions que le prolétariat. Bien sûr, si on demandait à ses sauveurs si le prolétariat est idéologiquement uni, ses sauveurs nous répondront que non. Eux-mêmes seraient des communistes révolutionnaires, parce qu’ils s’identifient à cette idéologie, et ça ne devrait pas être remis en question selon ces sauveurs. Mais les autres prolétaires qui n’ont pas été convaincus par d’autres organisations s’affichant clairement comme MLM ne le sont pas. En pointant les multiples incohérences logiques dans leur raisonnement, ces nouveaux pauvres nous pointeraient du doigt pour notre logique formelle mécanique et anti-dialectique.

Trêve de sarcasme, savez-vous qu’est-ce que les prolétaires, exploitées et opprimées, à travers la planète, détestent plus que des membres de la petite-bourgeoisie qui pleurent sur le sort des prolétaires lorsqu’ils voient des images de misère à la télé et s’en vont vaguer à leurs loisirs de petit-bourgeois par la suite? Un petit-bourgeois qui, de son propre gré, va gémir à côté d’elles et de son propre gré, va détruire sa propre santé à faire un travail qu’il pourrait définitivement se passer de faire. Pensez-vous vraiment que les prolétaires sont exploitées par choix? Aucune d’entre elles ne sera dupée!

Quand Engels a finalement été mis au courant de la situation misérable de Marx, il lui a donné plus d’argent pour avoir une chance d’être en santé. Il ne s’est pas dit qu’il fallait que lui et sa famille reste misérable pour produire de la théorie révolutionnaire. C’est ce qui distingue la praxis révolutionnaire de la posture.

Aucune prolétaire n’aime être prolétaire, par définition! Il n’y aura jamais la moindre rééducation prolétarienne dans ce genre de processus qui consiste à ne pas profiter de ses privilèges. Ce n’est rien d’autre que la réflexion de la version la plus bourgeoise de la morale chrétienne, qui consiste à expier ses péchés dans la souffrance. Comme toute idéologie, elle a pour but de justifier son propre contenu dans la pratique qu’elle prescrit. Mais c’est surtout comme champ de bataille de la bourgeoisie qu’il faut considérer ce comportement. Elle a pour but de nous faire croire que les déchets de la bourgeoisie, ceux-là même qui sont si paresseux et indisciplinés qu’ils sont incapables de rejoindre les rangs de leurs parents, sont nos alliés. Pourtant, non seulement ces personnes sont de sérieux risques pour l’intégrité politique et idéologique des organisations MLM, mais elles sont surtout bonnes à rien.

Les prolétaires auront toujours préféré de loin quelqu’un qui contribue par ses moyens financiers, qui utiliseraient ses privilèges dans le système judiciaire (personne ayant étudié le droit par exemple) ou son expertise réservée par la loi dans des domaines utiles à la révolution (professions de la santé, ingénierie, sciences, etc.). Aucune prolétaire ne sera recrutée grâce à ces «prolétaires auto-rééduqués». Au contraire, les prolétaires seront repoussées, et ce pour une très bonne raison: ces personnes sont à un pas d’utiliser leur «expérience de prolétaire» pour agiter le drapeau rouge contre le drapeau rouge.

Mais me direz-vous, que fait-on avec les petits-bourgeois qui se disent intéressées par l’amélioration de la condition de classe ouvrière, qui veulent brandir le drapeau rouge du prolétariat? Est-ce qu’on les jette aux poubelles, en attendant qu’on ait organisé des goulags? N’y a-t’il pas d’espoir de rééducation pour les personnes oppressantes de toutes sortes?

Je ne ferai probablement pas avancer dans ce texte les réponses à ces questions. Ce que je sais, c’est que lorsque je rencontre personnellement des directions de multinationales qui poussent l’agenda impérialiste à travers la planète contre les travailleuses de toutes les nations, je n’essaie pas de sauver ces personnes en tentant de convaincre mes camarades que ces gens sont simplement idéologiquement non-consolidées. J’analyse leur rapport de force, leur origine et leur destination de classe pour déterminer comment je converserai dans le but de créer des failles dans leur hégémonie. La prévision d’actions et leur concrétisation dans le sens de la révolution socialiste, ou la pensée et la pratique combinée, sont ce qui détermine la loyauté envers la cause communiste. Entres autres, c’est pourquoi nous avons besoin d’un parti. Prévoir l’intégration de gens qui vont tout faire pour affaiblir le pouvoir prolétarien en leur permettant d’avoir des pensées anti-prolétariennes n’est rien d’autre que leur permettre de prévoir des actions anti-prolétariennes et les laisser se concrétiser. «Les idées sont plus fortes que les armes. Nous ne laisserions pas nos ennemies avoir des armes, pourquoi les laisserions-nous avoir des idées?» (Staline)

Tant mieux si on peut avoir des agents doubles au sein de la bourgeoisie. Mais cela demandera de notre part de vérifier que leur loyauté envers notre mouvement est sans faille. Autrement, c’est la bourgeoisie elle-même qui en profitera pour nous détruire.

Mais oubliez ces idées stalinistes sur la nature du parti communiste et ces critiques que je vous fais. Ce n’est pas une question de combattre toutes les oppressions spécifiques et de s’assurer que le prolétariat dans son ensemble soit mis de l’avant. Ce n’est pas non plus une question de prouver aux masses qu’on peut lier notre pratique de la lutte de classe avec la construction d’un parti qui aura une compréhension de l’importance de la tactique-plan et de la logistique qu’elle implique. Ce n’est pas non plus une question de combattre le libéralisme.

Il faut regarder le monde tel qu’il nous apparaît immédiatement pourquoi les gens ne vous suivent pas. Vous vous demandez pourquoi il y a plus d’anarchistes et pourquoi les manifestations à Montréal sont très grandes? Regardons ce qui nous entoure à Montréal et que les masses font émerger de façon inconsciente: leurs chats domestiques. À Montréal, les chats sont essentiellement aussi obèses que dans le reste du Canada, mais il reste qu’ils sont très différents: à Montréal, on les nourrit avec de la poutine, pas comme au reste du Canada. C’est une pratique ancestrale qui a été développée en raison des origines culturelles distinctivement québécoises. La poutine a un effet spécial sur les odeurs que diffusent les chats, qui contraignent leurs maîtres, sans qu’elles s’en rendent compte, à se rassembler en foule et à scander des slogans. Les chats étant anarchistes, c’est bien connu, la diffusion de cette odeur serait responsable de la plus forte présence de l’anarchisme. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons raisonner spontanément, nous sommes nées dedans.

Mais pour étudier le sujet, une chaire de recherche a été créée. Elle engage des professionnelles travaillant en milieu académique pour arriver à comprendre ces comportements des masses, qui sont inaccessibles à elles. Ce sont surtout des chimistes qui y travaillent: ils ont développé des mécanismes réactionnels, remettant en question les idées dogmatiques comme quoi les gens auraient fait un raisonnement et des constats pour arriver à leur façon de faire de la politique.

Ces comportements bizarres des masses à Montréal peuvent être expliqués par des processus inconscients faits grâce aux appareils digestifs d’État: oublions le fait que tout ce que les masses ont vu du MLM à Montréal était horrible. C’est le support direct sous forme de subventions gouvernementales orientée vers la production de patates, de sauce brune et de fromage en crotte qui est responsable du manque d’enthousiasme dans les masses pour le MLM.

Vous êtes des idéologues de profession qui créez des excuses pour justifier vos échecs dans la pratique MLM? Vous préférez considérer les futurs membres prolétaires comme étant des objets à étudier plutôt que comme les sujets de l’histoire? Vous préférez considérer les gens comme étant des commodités? Le moins que vous puissiez faire, c’est faire preuve d’originalité dans vos idées.

Le cas de RI

Comme vous le savez probablement, des membres de RI avaient commencé à braconner au MER, dans la cour avant du PCR. Sauf que ce n’étaient pas ces membres de RI qui avait commencé, mais moi personnellement. À l’époque où je débordais d’énergie sociale, ça me semblait comme une bonne manœuvre que de m’inviter à un party d’anniversaire d’une femme qui était devenue mon ami Facebook après avoir assisté à son atelier sur la justice transformatrice. J’ai commencé à braconner dans son groupe d’amies. Elle m’a avoué par la suite que j’avais été sur le bord de les ramener de mon côté. Son groupe avait particulièrement été intéressé par mon authenticité, ce que la petite-bourgeoisie au sein du parti appelle ma rigidité et que cette même petite bourgeoisie expliquera sûrement par la psychiatrie bourgeoise.

J’ai eu des conversations très intéressantes avec ces membres de RI. Je dois avouer qu’à Montréal, ce n’est pas courant chez les MLM que de discuter avec les gens de l’extérieur et d’avoir des conversations de fond sur notre style de travail et nos objectifs en tant que communistes. Sur plusieurs aspects, cette femme avait bien plus d’influence sur moi que le parti. Ce n’est qu’en raison de quelques conceptions clairement mauvaises que je n’étais pas gagné par RI. Entres autres, l’idée de ne pas croire du tout au concept de recrutement, où on cherche simplement des gens qui ont déjà lu sur le MLM mais qui ne connaissent pas l’existence de notre organisation, était particulièrement ridicule. Mais pour le reste, les conversations étaient de bien plus haut niveau que celles que je pouvais avoir pendant les réunions sur le programme du parti qui datait de 2011.

Mais il y a d’autres très bonnes raisons pour ne pas rejoindre RI. Premièrement, ce groupe ne prend pas au sérieux la tâche de la construction d’un parti communiste. Contrairement à ce que j’ai vu du PCR à Montréal, ces gens comprennent l’importance de la ligne de masse. Mais RI est incapable de récolter les fruits de leur travail politique, parce que ce groupe n’a pas constitué d’appareil capable de prendre en charge les gens intéressés par la science du MLM. Voulant tellement à tout prix ne pas ressembler au PCR, ils tombent dans l’excès inverse. Le problème au PCR est le manque de volonté vers la révolution socialiste: c’est pour cette raison qu’aucun pas n’est franchi. RI fait un pas avec son travail de masse, mais ne sait pas qu’il faudra utiliser l’autre jambe, la construction du parti, pour continuer son travail et grandir.

Cette raison reste un problème à long terme. Ce qui doit rebuter toute personne luttant contre le chauvinisme, qu’il soit cishétérosexiste, impérialiste ou colonialiste, c’est définitivement la présence de l’idéologie TERF dans cette organisation. J’ai malheureusement été témoin du fait que cette idéologie est présentement en progression dans RI. Certainement, cette organisation n’a pas suffisamment combattu cette idéologie par le passé, mais maintenant il semble que les luttes de libération trans perdent leurs alliés en cette organisation. Considérant l’opposition de l’axe conservateur et féministe radical contre le mouvement maoïste aux Philippines, il n’y a aucune façon que des anti-impérialistes puissent appuyer cette organisation.

Je ne veux pas diminuer les confrontations que le parti a eu ou que certains membres ont eu avec RI dans le passé. Mais le fait est qu’à part les deux critiques que j’ai mentionnées, RI est définitivement en avance sur tous les plans par rapport au PCR en termes de pédagogie et en termes de communication. Leurs membres m’avaient averti des dynamiques qui se produisaient au sein du PCR (pensez entre autres à un réparateur d’ascenseur), et pour quelqu’un qui n’a pas été en contact avec le parti depuis des années, il était plutôt bien informé.

Les membres de RI ne fétichisent pas Montréal, contrairement aux membres du parti de l’extérieur de Montréal, qui reconnaissent correctement les pratiques du PCR comme étant un mélange de suivisme des plus mauvaises pratiques de l’anarchisme à Montréal et de militarisation aventuriste. Leurs membres étaient bien au courant de la situation de Montréal. En fait, le réparateur d’ascenseur a été jusqu’à mentionner tous les noms des membres qu’il considérait problématiques. Ça ne surprendra personne maintenant, que je vous dise qu’il a réussi à nommer tous les membres du parti à Montréal. Tirez-en toutes les conclusions logiques que vous voulez.

Si ce groupe ne prend pas au sérieux la tâche de construction du parti, contrairement au PCR, la tâche de construction d’une ligne de masse et de diffusion de cette ligne de masse l’est. Leurs membres sont clairement capables de discuter de certaines oppressions spécifiques, je pense au racisme et au colonialisme en particulier. Pour une raison bizarre que j’ai encore de la difficulté à comprendre, les luttes de libération queers et trans sont clairement négligées. C’est effectivement dommage, et comme je l’ai dit auparavant, c’est principalement pour cette raison que je ne pourrais pas rejoindre cette organisation.

Par ailleurs, j’ai fait la tâche qu’on m’avait demandé fin juillet, de leur demander une autocritique pour le travail de sabotage qui a été fait à Vancouver ainsi que d’avoir tenté de convaincre les membres du MER que leur organisation était vouée à l’échec. Leur réponse était simple et prévisible. Concernant Vancouver, la personne avec qui j’étais en contact m’a dit que cette «sabotrice» ne l’a pas fait sous mandat de RI et que c’était la seule responsable. Pour ce qui est du MER, il va sans dire que je ne pouvais sérieusement vanter les activités du MER auprès des masses, qui sont devenues inexistantes tout comme le semblant d’idéologie communiste qu’il y avait.

Je devrais mettre ce dernier morceau d’information dans mon autocritique peut-être, mais ça aurait vraiment fait une rupture de style avec le reste de l’autocritique. Par inadvertance, j’ai relâché une information importante à ce réparateur d’ascenseur lors d’une fête. J’ai mentionné la cellule à Montréal au singulier, plutôt qu’au pluriel comme elles existaient auparavant. Il a trouvé ça très drôle.

L’échéancier communiste

De toute évidence, le PCR à Montréal n’a jamais compris ce qu’était le prolétariat. Sa compréhension de ce qu’est cette classe, de sa volonté politique et de son idéologie est on ne peut plus mécaniste et déconnectée de la réalité. Et ne parlons même pas de demander à ses membres de l’identifier concrètement. N’importe quel symptôme d’oppression que la bourgeoisie effectue est refusé comme étant bourgeoise tant qu’elle ne constitue pas purement de l’extraction de valeur-travail.

Jamais une prolétaire ne voudrait ressembler au pire bourgeois macho psychiatrisant, jugeant de la validité des identités de genre des gens en les classant et en leur dictant que l’espace des personnes opprimées par le genre ne leur est pas accessible. Les femmes prolétaires savent à quel point la psychiatrisation bourgeoise est violente. Elle l’ont combattu depuis des siècles, elles continueront à la combattre jusqu’à son anéantissement: l’histoire ne fera que continuer. La seule question encore sujette à débat est si le PCR sera une avant-garde dans ce processus historique, ou sera anéanti dans le processus révolutionnaire en tant que force réactionnaire. Le PCR à Montréal est anti-marxiste.

Plus on fait de travail politique, plus on s’aperçoit à quel point le communisme n’est pas une nécessité. Oh, je comprends les gens qui se sont ralliées au slogan «Socialisme ou barbarisme». Je comprends les gens qui veulent ramener le communisme comme étant un processus historique, et non pas un but lointain hors de notre portée pour lequel on n’aura jamais à faire de préparations concrètes pour renverser l’État bourgeois. Le problème, c’est que toutes ces discussions autour de la stratégie révolutionnaire nous fait oublier le plus important: le fait que les organisations communistes sont une théorie qui sert à régler le problème logistique. La nécessité communiste ne peut s’imposer que si elle est comprise concrètement que comme un échéancier. Être communiste, c’est travailler à la réalisation de l’échéancier pour le succès de la révolution. C’est ce qui nous différencie des anarchistes, qui ne voient que dans les relations de pouvoir mais particulièrement l’État la source de tous les problèmes sociaux.

Le PCR à Montréal n’a rien fait d’autre que de démolir l’échéancier du MER-Montréal. Il a mis des bâtons dans ses roues du début à la fin. Mais le MER-Montréal n’était pas simplement une initiative pour se rejoindre aux masses. C’était une rébellion permanente contre le parti, alors que nous n’étions même pas conscientes de ce que nous faisions réellement. Nous ne faisions qu’appuyer le léninisme. Mais le PCR à Montréal est anti-léniniste.

Quand vient le temps d’avoir des critiques entre membres, quand ces personnes ne respectent pas les engagements envers les masses qu’ils ont prises, le parti doit montrer sa responsabilité à travers les masses. Il doit tenter de réformer les éléments qui sont malades, en tentant de les sauver, mais il doit comprendre que si ces gens sont obstinés et qu’elles ne veulent pas changer, alors le parti doit les purger.

Mais pour le PCR à Montréal, il ne faudrait pas heurter les éléments problématiques, qui ne seront jamais parfaits. C’est très convénient pour ces idéologues professionnels, mais les révolutionnaires se garderont de tomber dans cette logique. On attend toujours les résultats pour cette forme de logique qui consiste à toujours parler sans jamais s’affairer à transformer le monde. On ne connaîtra jamais tous les aspects de l’Univers, il est impossible de prendre position, puis de planifier quoi que ce soit. Nous révolutionnaires reconnaissons l’idéologie comme cadre permettant de constituer un plan. La psychanalyse bourgeoise aurait pu rester dans les poubelles de l’histoire, mais le PCR à Montréal a réussi à lui donner une nouvelle vie. Le PCR à Montréal est anti-maoïste.

Mais supposons, en guise de dernière défense de ces pseudo-MLM, que ce ne soit que moi qui sois de mauvaise foi. Que j’ai vraiment seulement un problème d’égo. Comment est-il même possible qu’une organisation de masse soit prête à renvoyer une cellule au complet, simplement par des écrits d’un seul membre? Par loyauté personnelle? Non, ce sont vraiment les contradictions politiques qui sont les problèmes. N’importe quelle forme de ridiculisation de ces luttes comme étant divisives est une manœuvre en support de la bourgeoisie. La lutte pour le maintien du chauvinisme au sein du parti est la lutte de classe de la bourgeoisie contre le prolétariat au sein du parti.

Je n’ai aucun doute que les prolétaires au sein du parti et les aliénés du système sauront de quoi il était question à Montréal: de la lutte de la bourgeoisie contre le prolétariat. Dogmatisme et sectarisme sont les mots qu’emploient les révisionnistes pour affaiblir au sein des masses leur compréhension de la science révolutionnaire. Son objectif est d’endiguer la pratique révolutionnaire des masses en leur principal outil vers la révolution. Leurs appels à intégrer et à respecter les appareils idéologiques d’État de la bourgeoisie impérialiste, au nom du MLM, seront reconnus par toutes les vraies révolutionnaires comme étant l’agitation d’un drapeau rouge pour combattre le drapeau rouge. Surtout quand ce sont des volontaires travaillant sur une base gratuite. C’est bien pire que des agents.

Certaines m’accuseront de restreindre la liberté de penser au sein du parti. D’autres m’accuseront de vouloir écraser la dissidence. Essentiellement, je ne serais pas différent des dirigeants de l’Europe de l’Est qui ont écrasé leurs populations pour satisfaire des ordres d’une bureaucratie d’un autre pays.

Mais quelle était vraiment cette dynamique dans les pays d’Europe de l’Est? Ils avaient été nombreux à envahir l’URSS. Presque tous ces pays avaient eu une collaboration étroite avec l’Allemagne nazie. Cette union impérialiste n’a pu être brisée que grâce à l’occupation de l’Europe.

Sans aucun doute, les pays impérialistes devront encore être occupés par des forces communistes pour arriver à éliminer une bonne fois pour toutes les menaces impérialistes. Mais c’est exactement ce contre quoi les impérialistes au sein du parti protestent. Peut-être vraiment que ça prendra des forces anti-impérialistes qui vont occuper l’Amérique du Nord, et transformer cette suprématie colonialiste en un amas de fils barbelés avec un appareil policier imposant pour surveiller les suprémacistes.

Je préférerai être n’importe quel Honecker, qui a été capable de prendre des actions contre une nation qui pendant des décennies n’aura pensé qu’à asservir les autres et à coloniser le reste de l’Europe (ici l’Allemagne), que de suivre des gens qui veulent appuyer les alliées des forces de répression anti-communistes au Tiers-Monde. Notre direction, c’est toujours vers l’avant, jamais vers l’arrière. Et ça inclut ce Mao qui a serré la main à Nixon. En aucune circonstance le fait d’appuyer une personne ou une organisation pour son nom sans se soucier de ses politiques ne va avancer la cause du socialisme.

Nous nous rappelons toutes les luttes que nous avons vécues contre la bourgeoisie impérialiste. Nous nous sommes fait raconter comment cette bourgeoisie nous a menées vers des boucheries lors de la 1ère guerre mondiale. Nous nous souvenons comment les chefs des démocraties libérales, Daladier et Chamberlain, ont trahi les espérances d’autodétermination des nations d’Europe pour apaiser l’Allemagne nazie. Nous honorons les purges effectuées par Staline, qui, ont réussi à faire ce que nulle part ailleurs les dirigeants aux commandes de l’État ont réussi à réaliser: éliminer le risque d’une cinquième colonne dans leurs rangs, prêtes à collaborer avec le fascisme. Nous avons saisi ce qui a libéré, ce qui libère, et ce qui libérera toujours les peuples temporairement sous le joug de la tyrannie. Un vrai anti-fascisme, pas celui des punks manarchists toujours prêts à refuser notre pratique et notre expérience sur le sujet, mais celui qui a à tout jamais montré la voie vers l’amélioration de la condition de vie du prolétariat, vers la liberté des masses face à toutes leurs oppressions, qui a éliminé toute la vermine faisant obstacle au Progrès.

Peut-être que cette dernière partie de phrase vous semblera trop idéologique, voire même idéaliste. Ce serait oublier à quel point la révolution d’Octobre a changé à tout jamais l’idéologie du prolétariat à travers la planète. Ce serait chercher à effacer l’histoire, aux côtés de la bourgeoisie, du plan que les opprimées du globe se sont données pour les générations futures. Nous sommes dans une nouvelle époque. Le capitalisme ne sera pas éternel. Les jours de liberté des puissances impérialistes sont comptés.

Ma loyauté idéologique ne peut qu’être envers le communisme, contre le révisionnisme, vers l’intensification toujours plus prononcées des contradictions contre les résidus bourgeois au sein de nos organisations comme à l’extérieur.

Mais ces gens ont peur. On n’a qu’à regarder leur cinéma. Dans l’imaginaire bourgeois, la peur des foules de zombies est une des plus fortes. En fait, elle est seconde seulement à la peur des armées de robots. L’idée même d’avoir un parti, constitué en bras d’acier, qui écraserait sans pitié la bourgeoisie, et qui aurait l’information pour accomplir ses objectifs en étant connecté grâce à des lignes de communication infaillibles, à la vitesse de la lumière, est suffisante pour créer les pires campagnes de propagande. Imaginez en plus ce bras et ces lignes de communication connectées à une architecture dédiée capable de calculer son chemin optimal vers leur liberté. N’oublions pas que le mot robot lui-même provient du mot tchèque signifiant travail. D’où toute la haine de la bourgeoisie pour toute forme d’organisation prolétarienne et leur support tacite de toutes les initiatives «citoyennes» qui vont refuser toute forme de répression interne, et de facto laisser toute la répression sociale dans les mains de l’État bourgeois. D’où, également, leur capacité de reconnaître leur ennemi en ces gens luttant pour le pouvoir prolétarien de façon disciplinée, qu’ils ne tarderont pas de tenter de discréditer en leur donnant l’étiquette de robot. Ce n’est pas un reflet de l’inconscient bourgeois, mais au contraire, le meilleur de leurs réflexions, qui s’ils se manifestent seulement dans les plus sombres de leurs moments, est en fait le sommet de leur pensée. La bourgeoisie est bien plus capable de reconnaître la lutte de classe que certains idéologues le pensent.

La plus grande peur de ces déchets bourgeois est une armée de robots. Leur plus grande peur est une armée de robot formée grâce à la science de la révolution. Une armée de robots qui a saisi la science de la révolution et qui parleront de construire un parti. En parlant d’un parti, ces robots parleront d’un parti communiste révolutionnaire antirévisionniste. Et si on leur demande ce que le dit parti enseignait, ils répondront le marxisme-léninisme-maoïsme.

J’espérais partir du MER dès que mes obligations envers le MER pancanadien étaient terminées, lorsque mon mandat était terminé. Je n’ai jamais réellement voulu faire de la politique étudiante. Avant même de commencer, j’étais las. Mais ma mentor avait une bonne idée, et je comptais l’aider à atteindre ses objectifs. Elle était encore plus lasse que moi, et donc je l’ai remplacé sur le CC du MER.

Les attaques qui ont été perpétrées contre le MER par le parti sont d’autant plus obscènes qu’elles avaient pour but de détruire tout le travail que ma mentor a effectué pendant des années. Si elle avait eu l’énergie pour rester quelques mois de plus, elle aurait tout fait pour expulser les TERFs qui ne voulaient pas se conformer à notre respect des droits démocratiques des personnes trans. Mais ces gens ont profité de son départ, en raison de l’exploitation capitaliste et l’aliénation anti-MLM au sein du parti qu’elle subissait, pour imposer leurs politiques. Ils devraient avoir honte.

Nous vivons une belle époque pour être communistes. Jamais il n’a été aussi facile de se présenter en tant que communistes et de parler aux gens. Les gens ne sont plus hostiles au mot socialisme comme ils l’étaient auparavant. Les nouvelles générations en 2016 trouvent totalement absurde l’anticommunisme, surtout quand ils n’ont connu que les soi-disant guerres contre le terrorisme. Ces nouvelles générations ont bien vu que la fin de l’histoire n’est pas arrivée et n’arrivera jamais. Elles sont plus avides que jamais de discuter d’un monde meilleur dans lequel il n’y aurait pas d’impérialisme, aucune oppression et pas de sociétés de classe.

Malgré tout, après tout ce qui s’est passé au parti, après cette chute de très haut, j’avais décidé, pendant seulement un bref moment, mais quand même pendant quelques semaines, de me dire que je quitterais pour toujours la politique révolutionnaire, parce que je ne voyais pas comment je pouvais contribuer à la révolution socialiste. Ça me semblait impossible.

Mais la réalité m’a rattrapé. Des gens ont commencé à me parler de leurs luttes quotidiennes. De mes anciens camarades de classe m’ont parlé de comment elles vivaient, et manifestaient une conscience révolutionnaire, pas toujours soutenue, mais assez vive pour m’y intéresser. Des gens que je considérais incorrigibles sur les questions trans me sont venues pour me dire qu’elles ont changé leur opinion et sont devenues pro-trans. Des gens m’ont demandé de me parler de mon expérience dans la politique révolutionnaire, et voulaient avoir mon opinion sur leurs idées. Ce sont ces gens, qui étaient d’habitude totalement apolitiques et non-révolutionnaires qui m’ont convaincu de me reconsacrer à la politique révolutionnaire.

Je ne pardonnerai jamais à ces gens qui m’ont fait perdre, même momentanément, la foi révolutionnaire.

En tant que communiste, le terrain que je trouvais le plus prometteur, et où je me sentais le plus compétent pour mobiliser les gens, c’était celui de l’écologie. Depuis mon enfance, j’ai été appelé par le lien entre notre technique et notre relation avec notre environnement, que j’appellerai notre métabolisme social pour faire court. Une des façons les plus révélatrices d’expliquer l’impérialisme et le chaos que le capitalisme impose sur toutes les populations, c’est l’intervention par rapport aux crises ayant rapport à l’écologie. Cette organisation de masse aurait quelques points d’unité, dont la formalisation est encore embryonnaire mais qui reflète quand même l’idée sous-jacente. Je n’ai pas l’intention de parler en détail de l’organisation ici, seulement de pourquoi elle sera impossible à constituer sous la direction du PCR en ce moment.

Cette organisation s’opposerait à deux déviations qui sont présentes dans le mouvement écologiste contemporain: la déviation pro-marché et la déviation du repli utopiste, que je divise en futuristes et primitivistes. Je ne doute pas que les communistes en général s’opposent à toutes ces déviations de la politique écologiste contemporaine. Le problème, c’est que présentement, des membres du parti se battraient ardemment pour que ces gens préservent les conséquences sociales de leur point de vue.

Il se trouve que j’ai utilisé mon séjour au MER pour entamer des discussions avec une bonne quantité de gens de l’écologie. Une bonne proportion d’anarchistes à Montréal se disent proches du primitivisme, mais pas primitivistes en tant que telles. Toutes ces personnes qui tiennent une distance sécuritaire du primitivisme le font au moins en partie en raison de la transphobie inhérente à ce discours. Il n’y a pas de façon de s’en sortir, comme pour le féminisme radical. Ce sont exactement les mêmes arguments qui sont utilisés. Dans cette idéologie, la subjugation de la nature et la subjugation des femmes ont la même racine. Ce sont des problèmes politiques de même nature pour les primitivistes. L’autre raison pour lesquelles ces anarchistes ne veulent toucher le primitivisme qu’avec un long bâton, c’est pour son colonialisme. Ce n’est pas surprenant non plus que le discours primitiviste appelle à fuir la civilisation décadente et à aller dans la nature. C’est le même discours qui est à l’origine de la colonisation de l’Amérique. Le primitivisme n’est rien d’autre que le récit du colon.

Si une personne a déjà eu un certain penchant pour le primitivisme, il se peut qu’elle ait des critiques bien fondées sur le rôle de l’expertise et sur la spécialisation du travail. En ce sens, elle peut avoir bien des points en commun avec les MLM, et ce serait une perte d’opportunité que de les rejeter. Mais pour que l’intégration de ces personnes soit un succès, il faut mettre une barrière ferme sur les opinions réactionnaires.

Or, j’ai eu la preuve, hors de tout doute, que le parti fera tout pour empêcher les gens qui sont intéressés par ce plan d’organisation portant sur l’écologie de lutter dans cette direction. Plutôt que d’appuyer son organisation de masse contre les forces antisociales réactionnaires, le parti appuiera les réactionnaires et forcer de débattre de la pertinence de l’organisation à l’interne, l’empêchant de faire le moindre travail à l’extérieur de l’organisation.

Une telle organisation écologiste, par construction, est l’ouverture d’une lutte sur deux fronts. Ça risque d’être difficile, mais stimulant et passionnant. Mais ça ne m’intéresse absolument pas que cette organisation doive constamment lutter pour son existence contre le parti qui est censé l’appuyer. Ça ne m’intéresse pas de devoir justifier les votes que ces organisations de masse prendront à l’unanimité mais que si un membre du parti cherche à consolider son pouvoir de façon patriarcale, le parti va le défendre. Et je ne me battrai pas à la fois contre les patriarches de l’extérieur et les patriarches imposés par le parti. Je n’aurai donc pas le choix que de sortir du parti pour pouvoir accomplir cette tâche que je considère une nécessité historique. Si le parti à l’extérieur de Montréal veut continuer à s’accrocher aux «succès» de Montréal, c’est sa prérogative. Mais je ne les suivrai pas.

La suite des choses

Je pense cependant que la majorité des membres du parti à l’extérieur de Montréal seront prêtes à dénoncer la situation à Montréal. Mais j’aurai besoin de preuves.

Si j’ai écrit ce texte, c’est parce que je suis convaincu que nous avons besoin d’une organisation MLM à Montréal. Des organisations de masse sont insuffisantes: nous avons besoin d’un parti pour mener la lutte, pour centraliser et raffiner la science MLM au fur et à mesure qu’elle se développe. Je suis aussi convaincu que le PCR à Montréal n’est pas cette organisation. Je n’aurais pas simplement écrit ce texte pour me venger. Ça m’a pris plus d’une centaine d’heures à l’écrire, et j’aurais pu plutôt décider d’abandonner sans rien dire. Mais si je voulais continuer à lutter pour la révolution, il fallait communiquer ces critiques.

Ce texte contient une grande quantité de révélations qui, même prises isolément, seraient suffisantes pour briser le parti. J’ai caché pendant longtemps ces informations pour éviter que ça arrive. Comme je l’ai dit dans mon autocritique, avant de rejoindre le parti, je croyais encore qu’il était possible d’aborder ces contradictions de façon non-antagoniste. Moi et les autres nouveaux membres du parti étions seulement des membres candidats cependant, n’ayant aucun droit de vote avant six mois.

Pour contrer toute forme de réaction dans la cellule de Montréal, tout ce qu’il y avait à faire était de recruter suffisamment de nouveaux membres pour forcer un débat sur la pratique et la théorie du parti. C’était essentiellement le plan pour s’assurer que le parti puisse adopter une pratique MLM de façon graduelle.

Est-ce que ce plan était voué à l’échec? Sans aucun doute. Une organisation de masse ne peut pas être plus avancée d’un point de vue praxis révolutionnaire qu’un parti communiste. De facto, avant de rejoindre le parti, le MER-Montréal était semblable à un parti. Nos succès étaient conditionnels à ce fait, mais ça ne pouvait pas durer. Qui plus est, il y aurait certainement eu une confrontation antagoniste à un moment ou à un autre.

Mais en quoi une contradiction non-antagoniste est-elle d’une contradiction antagoniste? C’est une distinction importante quand vient le temps de traiter une contradiction. Dans une contradiction non-antagoniste, les deux ou plusieurs termes de la contradiction sont en conflit, mais aucun des termes n’a à disparaître. Dans une contradiction antagoniste, un des termes doit disparaître.

Par exemple, la contradiction entre les personnes cis et les personnes trans, la contradiction entre les personnes en pleine santé et les personnes qui ne le sont pas, la contradiction entre les personnes de différentes races et la contradiction entre les femmes et les hommes sont non-antagonistes. Pourquoi? Parce qu’aucun de ces termes en tant que tel n’a à disparaître. Mais le cissexisme, la transphobie, le capacitisme, le racisme et les oppressions reliées au genre doivent disparaître. La contradiction entre des groupes de personnes qui effectuent ces oppressions et les personnes qui sont opprimées par ces groupes est antagoniste. Les oppresseurs doivent disparaître. De la même façon pour l’exemple le plus basique, la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat est antagoniste, parce que la bourgeoisie doit être éliminée en tant que classe.

De quelle nature sont les contradictions présentes au sein du parti?

La contradiction entre les MLM et les personnes qui maintiennent l’agenda réactionnaire de la cellule de Montréal en général est antagoniste. Si les oppressions que le prolétariat vit doivent disparaître partout, alors elles n’ont donc pas lieu d’exister dans le parti. Mais la cellule de Montréal défend les oppresseurs, et elle a montré maintes et maintes fois qu’elle ne voulait pas changer. Elle n’a pas le choix de disparaître.

On doit sérieusement considérer la possibilité qu’ici, un doit se diviser en deux.

Il faut voir les choses en face. Le nom du PCR à Montréal est tellement ridiculisé qu’il ne vaut pas la peine d’être sauvé. Lorsque le MER était en expansion, il était forcé de se distancer du PCR à chaque conversation à l’extérieur. On brûle la propagande censée enflammer les gens. Nos graffitis sont vandalisés. Toutes les allégeances politiques à gauche se félicitent sur ces faits. Les groupes de gauche rivaux ne nous prennent au sérieux que lorsque le PCR attire la répression de l’État sur eux quand on est à côté. Êtes-vous déjà allées faire un tour à Montréal? Et ces personnes ne sont pas encore au courant des réactionnaires au sein du parti.

Mais ce n’est pas parce que les masses sont hostiles à la tradition communiste fidèle à l’URSS et à la Chine en général. Le MER a eu pendant une longue période une pratique défendant la présence d’une organisation et du centralisme démocratique en général. Le MER a fait la promotion du MLM, et les gens nous respectaient beaucoup, peu avant la journée pancanadienne d’action. Les masses ne sont pas anti-communistes.

Il ne faut vraiment pas avoir peur d’un split. En Russie, au début du XXème siècle, le parti social-démocrate s’est divisé entre bolchéviques et menchéviques pour des questions beaucoup moins fondamentales. Il comptait plus d’une dizaine de milliers de membre. Demandez à connaître une estimation du nombre de membres au Canada. Nous ne sommes même pas situées dans le même ordre de grandeur.

Et en plus, le programme n’est même pas bon. Il y a des sections entières du programme qui étaient mauvaises dès le départ. Il n’est plus d’actualité, même dans ses meilleures parties.

La procédure à suivre pour lutter contre ces réactionnaires a été discutée par quelques membres et moi. Deux procédures avaient été proposées initialement, suivie d’une troisième qui comprend les avantages des deux sans leurs désavantages. Toutes les procédures impliquent une discussion au congrès des problèmes qui affligent le parti et impliqueraient d’avoir une majorité de voix pour se séparer du parti à Montréal.

La première proposition était de mener une grande purge au sein du parti. Un comité de dépatriarchisation serait nommé, dans le but de séparer les gens qui doivent être dénoncées publiquement comme étant des dangers pour le milieu militant en général. Le parti donnerait les pouvoirs à ce comité de faire des entrevues avec chaque membre pour classifier les membres en trois catégories: ceux à dénoncer publiquement en tant que patriarches, ceux qui doivent partir parce qu’ils sont simplement anti-MLM et ceux qui peuvent rester. Le principal problème avec cette proposition, c’est qu’on n’a pas présentement les forces pour mener ce genre de travail. Mais surtout, considérant qu’on est en présence d’une bande de gens qui pensent que ce sont eux le PCR, et considérant les menaces à la sécurité que cette procédure pourrait représenter, il vaut mieux écarter cette idée. Un autre problème aurait été l’opinion des masses à propos d’une telle procédure. Est-ce que ce serait bien perçu? C’est loin d’être évident.

La deuxième proposition était directement opposée à la première. Pourquoi ne pas simplement abandonner le parti à un prochain Congrès du parti? On n’aurait qu’à exposer la situation et expliquer pourquoi on part. Cette proposition aurait comme avantage de ne pas provoquer Montréal, mais le problème vient encore de la perception que les masses auront des personnes qui quittent le parti. Le parti dans le reste du Canada a passé des années à se vanter des progrès du parti. Il déciderait de partir parce qu’il ne veut plus être associé à des réactionnaires? Pourquoi ne pas les avoir combattues avant? Ou plutôt est-ce que le but n’est pas de se faire une nouvelle virginité sans combattre? En tant que MLM on ne peut pas sincèrement avoir la confiance des masses si une poignée de réactionnaires vient à tout changer à l’intérieur du parti. Qui plus est, j’ai totalement confiance qu’une majorité de membres va condamner Montréal et ses pratiques. Mais ce serait bizarre d’affirmer que nous étions une majorité quand le parti resterait lui-même après l’avoir quitté. Pourquoi ne pas simplement en avoir pris contrôle?

La troisième proposition comptera les avantages de chacun tout en limitant les désavantages. Je propose la politique de la terre brûlée, suivie de la séparation. On ne peut pas sous-estimer le danger que les pratiques montréalaises représentent pour l’opinion sur le MLM dans les masses. On ne peut laisser des gens de bonne volonté se fier aux drapeaux rouges et à l’allégeance purement formelle de la cellule de Montréal au MLM se faire broyer par l’organisation, par l’épuisement, la psychiatrisation ou carrément les abus patriarcaux. Les membres à Montréal ont prouvé qu’ils prêts à tout pour maintenir leur pouvoir. Et l’ennemi ne disparaîtra pas de lui-même.

Il faut donc appeler à un Congrès dédié au sujet.

Ce congrès sera l’occasion de révéler la situation au grand jour. Ce sera la dernière fois que le parti existera en tant que tel. Dans ce congrès, le PCR devra prendre une série de résolutions qui le forcera à donner des excuses à toutes les personnes impliquées et nos organisations alliées qui ont été brimées par les pratiques réactionnaires du parti. La sous-section suivante contient un brouillon de ces résolutions. Le PCR devra communiquer publiquement ces résolutions et elles devront être partagées massivement dans les réseaux sociaux. Par la suite, les MLM se sépareront du PCR, et tous les gens qui veulent ramasser les débris de leur organisation pourront le faire après avoir récolté ce qui a été semé. Des comités d’organisation pour une nouvelle vraie organisation MLM pourront être créés.

Les communistes occidentaux ont pris un siècle de retard dans leur synthèse de la théorie de la lutte révolutionnaire: ce sont les communistes sur le reste du globe qui ont avancé cette théorie. Ou nous réussirons à rattraper cet écart en moins de 10 ans, ou nous serons écrasées.

Brouillon des résolutions à adopter au prochain Congrès du parti

Que toute forme d’oppression spécifique du prolétariat soit combattue fermement tel que se doivent de faire les communistes, en particulier lorsque les masses combattent spontanément ces oppressions.

Que tous les membres du PCR doivent lutter à l’intérieur comme à l’extérieur du parti contre les oppressions des LGBT, tel que spécifié de façon concise mais claire dans le programme du parti.

Que tous les membres du PCR prennent la résolution de combattre le cis-chauvinisme au sein du PCR comme à l’extérieur.

Que le PCR condamne toutes les formes d’exclusion des personnes trans des milieux qui correspondent à leur identité de genre, qu’elle soit ouverte ou dissimulée tels que:

• Des théories «critiques du genre» qui critiquent avant tout l’existence des personnes trans,

• Des accusations contre les personnes trans de réifier le genre,

• Le concept d’autogynéphilie,

• L’instrumentalisation de l’appropriation culturelle des personnes racisées pour affirmer que les personnes trans s’approprient le genre d’autres personnes (en particulier, le transracialisme),

• La dénonciation du fait trans comme étant du féminisme libéral,

• Les théories conspirationistes comme quoi les queers et les trans cherchent d’abord et avant tout à exploiter les femmes via la prostitution,

• L’affirmation que les femmes trans sont des hommes cherchant à infiltrer et à briser les mouvements féministes,

• La dénonciation du fait queer comme étant apolitique et antiféministe,

• Les références à une socialisation universelle féminine,

• La considération du terme cis comme étant une insulte,

• Le refus de recevoir l’étiquette TERF quand n’importe quel des points précédents sont nommés.

Que le PCR améliore cette liste de demandes selon les besoins des personnes trans dans les masses: qu’elle soit vue comme un processus, c’est-à-dire qu’elle n’est pas exhaustive.

Que le PCR reconnaisse l’idéologie TERF comme étant une idéologie impérialiste, colonisatrice, cis-chauvine et transphobe.

Que le PCR réactualise cette liste périodiquement pour prévenir ses membres et ses alliés des manœuvres des TERFs contre les peuples.

Que le PCR reconnaisse la source de l’idéologie TERF comme se situant au sein du patriarcat.

Que le PCR reconnaisse la responsabilité historique du féminisme radical dans la transphobie, qu’il soit vigilant face aux personnes se revendiquant ouvertement ou implicitement du féminisme radical.

Que le PCR condamne dans les plus forts termes toutes les pratiques passées ou présentes de défense de l’idéologie TERF par des membres du parti dans des organisations de masse ou à l’extérieur du parti.

Que le PCR condamne dans les plus forts termes les menaces le fait de maintenir des personnes qui ont causé une menace directe à la sécurité des personnes trans au sein du parti et des organisations de masse.

Que le PCR condamne dans les plus forts termes tous les membres de Montréal ayant pris part aux manœuvres contre le pouvoir populaire érigé au MER comme ayant agi sur une base volontaire pour l’impérialisme, le colonialisme et le patriarcat.

Que le PCR condamne dans les plus forts termes la suspension d’un membre du MER pour avoir combattu pour les résolutions prises au 4ème Congrès qui a été orchestrée par certains patriarches au parti et au MER pour maintenir leur pouvoir patriarcal au sein du MER.

Que le PCR admette que des membres du parti à Montréal ont tout fait pour trafiquer les résultats de l’enquête que le CC du MER a demandée pour comprendre la situation à Montréal. Qu’il donne des excuses publiques au MER pour l’intervention des laquais de l’impérialisme et du patriarcat au sein du PCR.

Que le PCR envoie ses excuses publiques à Anakbayan pour avoir envoyé un membre afficher un support au nom du MER alors que ce membre a par la suite catégoriquement refusé de reconnaître l’agression impérialiste sous-jacente à l’intégration de TERFs dans le but de garder son pouvoir sur les femmes du comité femmes du MER-Montréal.

Que le PCR envoie ses excuses formelles à toutes les personnes qui ont été psychiatrisées par des membres du parti pour avoir soutenu le droit des personnes trans à l’autodétermination de genre.

Que le PCR reconnaisse l’ensemble des décisions prises pour divertir le MER à Montréal de sa pratique de masse comme étant des actes de sabotage contre-révolutionnaires qui ont entraîné la stagnation idéologique de la cause communiste dans les masses et un recul important pour la dissémination de la science MLM.

Que le PCR travaille à mettre sur pied une base de données sur les personnes au Canada qui ont des comportements patriarcaux extrêmes, tels que des abus sexuels, la psychiatrisation sans le consentement des personnes concernées ou la tenue de propos TERFs, au sein des organisations d’extrême-gauche. Ce n’est pas une liste exhaustive.

Que la base de données créée par le PCR soit accessible sur demande à toutes les personnes opprimées par le genre, leurs organisations et leur alliées. Que le PCR s’assure que cette base ne soit pas accessible facilement aux États bourgeois.

Que toute opposition face à ce programme provenant de réactionnaires présentement au sein du parti soit écrasée en faisant appel à tous nos contacts et alliées dans la gauche révolutionnaire, si nécessaire.


* * *

ANNEXE 2:When One Must Divide Into Two:
A Maoist’s analysis of the PCR-RCP’s politics and practices within Montreal

By Comrade B

This report is a personal reflection on my interactions with the PCR-RCP (henceforth referred to simply as the PCR) here in Montreal since my arrival in fall 2015. In order to make this accessible to as many comrade as possible, I will try to keep it brief and to the point. Other comrades have produces very detailed accounts of this feelings towards our party’s cell here, I am simply writing this to support what many have already expressed.

My involvement with the party has essentially been non-existent since May day 2016. The reason for this is I was contacted shortly after by Comrade “A”, the member who initiated the TERF crisis of last fall which saw me act as an investigator for the RSM CC, who claimed he had written a 90+ page document which both denounced the rotten nature of the PCR in this city as well as laid the ground work for what he called a new ML organization. I was of course skeptical of this document considering “A” had essentially being unofficially kicked out for the PCR’s circles in Montreal following my report of last fall. The members here will simply argue that he left by choice, however I can personally testify to seeing an instance of RSM organizing where he was straight up asked to leave for intimidation related reasons. The document, which totals 96 pages, was a long winded mix of accusations towards the PCR in relating to their handling of the incident last fall and as well to their general practice around organizing oppressed gender folks. The document also had some very thick theoretical discussion about Maoism, the logistics of PPW, etc., but I don’t believe these aspects to be pertinent to this report.

After reading it in its entirety I was quite shocked. The accusations made were quite profound and, as I told a comrade over the phone before sending it to him, if only 10% of the statements made were true, then there is a very serious problem with calling the members of the PCR cell in Montreal our comrades. I immediately began the construction of an improvised translation team with comrades from Ottawa in order to allow the English speaking members of our party to have access to it. There is now an English version, approximately 80 pages long, that is in the hands of some comrades in southern Ontario. I strongly recommend every comrade who has an interest in the Montreal situation to give it a read, with the understanding that it is in fact the analysis of a single individual, who feels personally frustrated with the current state of the PCR both inside and outside of Montreal. I also investigated during this time the reputation of the PCR in the broader Montreal left , and shall be sharing those discoveries here as well.

The final factor which has encouraged me to publish this document is the congress which transpired this last weekend where our party was assembled and struggle was possible. Despite not being able to make it because of work related reasons, it have become clear to me though discussion with those who were present, that a well define demarcation has been made between the comrades inside and outside the city. This political division, which is at its most clear with the trans question but is also visible in other spheres of our political practices, now represents a political crisis of legitimacy within our entire organization. As long as we refuse to deal with this contradiction, there is no such thing as democratic centralism in our party, and all the progressive and principled practices on earth are next to useless if we also have people flying our flag while not upholding our politics, let alone perpetuating systems of oppression. With this in mind, I would like to begin with a self-criticism of what I wrote last fall.

Self-criticism vis-a-vis my MTL TERF report of fall 2015

I’m sure many comrade who have read my report must be very frustrated right now. After all I concluded that TERF presences in the RSM was marginal and definitely did not discuss the possibility of there being any in the party cell itself. The reason for this is that I made several crucial mistake in my investigation and in my analysis of my collected data. In comrade “A”’s document he strongly criticized my report saying it did nothing but blur the clear demarcation he had attempted between TERF and proletarian feminists in the RSM and party. Now I believe this to be true to a certain extent, all while recognizing that his attempts at forcing the TERF question in the open were also failures.

The first failure I feel I must share is what was unfortunately the very short sighted nature of the report. My goal wasn’t to dissect the inner minds of RSM Montreal on the trans question: I knew these people very little, did not feel welcome in their circles, and was starting a masters degree all while fighting the second intense depression in my life. My goal was to get the MTL RSM to the next pancanadian congress where discussion around the TERF question could take place and incorrect ideas could be forced out into the open and challenged. I wrongfully assumed that simply getting them there would correct any problematic tendencies. And for this I both apologize and self-criticizes.

My second failure I wish to share was my understanding of the trans question here in Montreal. In my report I made the statement that Montreal is one of the last bastion of radical feminism in North America, where TERF politics are allowed to existed because of a lack of identity politics present, limited to the Anglo-sphere of the city. This conclusion was wrong. I entered the city with this assumption and simply took all the signs supporting said assumption as fact while ignoring those who contradicted it. The fact is that my statement about the city was maybe true 5 to 10 years ago, but that is rapidly changing. Identity politics, mostly under the banner of so-called queer feminism, has been hammering away at the radical feminist hold on this city for a while now. Out of all 4 major university campuses (McGill, Udem, UQAM and con Concordia) only one still had radical feminists (With TERFs included) organizing openly with the greater campus left, and that was good old fortress UQAM. Even there, in a school known to be ideologically trapped in the 1970s, queer feminism has begun to pose a serious challenged to the established ideology. As for feminist organizing outside of campuses I’m afraid I have much less contact. That being said, we have another gender oppressed comrade in the city who is also from Ottawa who has done their fair share of investigating and their conclusions are very similar to mine: The Montreal left is no longer a safe space for TERFs. This thus undercuts my report in a very important way, for it allowed the existence of a certain level of TERF ideology to exist based on a misunderstanding of the city’s political level. For this I both apologize and self-criticizes.

The third failure I shall bring up is one that actually causes me a fair bit of sadness as it relates to trusting those we call comrade. I stated early on in my report that I assumed that all those who participated in the report did so in good faith and thus could be trusted to be telling the truth. After everything that has happened this last weekend it is clear now that this was not the case. Either there has been a considerable TERF take over of both the RSM and party cell since my report was published, or there was a clear attempt tom limit the amount of information I could collect to render my investigation weakened. “A”’s document lists many lies he believe I was told during the interview. Once I told him that I had read his document and would prepare a response to it, he then supplied me with a complete list of lies he believes I was told during the investigation. He also claims he has proof of all of this. I shall not name them all as it would render this document even longer so I shall simply name a few of the ones which strike me as worst:

• The RSM Montreal had never really dealt with the trans question

• The RSM Montreal did not understand the role and importance of the Pancanadian CC

• The RSM Montreal never defended TERF ideology nor ever kept a member they knew was TERF

• The Women’s committee was unaware of the TERF nature of the reading list mentioned in the report, nor did it read the TERF member’s resignation letter when she clearly defended her oppressive stance

• The RSM Montreal was only semi-hostile to the report because of the heavy handed nature of the CC intervention

• The RSM Montreal struggles against transphobia in Montreal.

Many of these lies I can definitely attests to, others I must depend on witness accounts. The truth is I do not know exactly were each member of the RSM stands, and this is because I accepted everything they told me during the interview as truth. For this I apologize and self-criticize.

Thus, if I may conclude, my report should be seen as nothing more than a failure. It failed to reveal the contradictions present in the city, it failed to rectify a incorrect and oppressive political line present within the RSM and it failed to inform comrades outside the city of the scope and severity of the situation. There are other mistakes I could discuss and other lies we could debate but the fact is that my report should be kept as a example of how not to investigate properly. I am not ashamed by this, after all this was the first attempt at this for both myself and our organization. I simply hope that other comrades may learn from my mistakes and that in the future, our reports shall be more effective and informative.

Our organization as seen by the Montreal left

I would now like to spend a bit of time speaking to the image our party and its mass orgs have out here in Montreal. First a bit of context: I was recruited with one of the first new batches of members to come out of the Ontarian expansion of the party: my official join date was in late 2013. Comrades from Ontario were very interested in joining this Montreal based party as it seemed to have every going for it: It was a MLM organization filled with members who had been around since the glory days of En Lutte, they had a strong history of militancy and practices to the point where the RCMP was investigating them, etc. To us, it didn’t just seem like the PCR was an important part of the Montreal left, it seemed like they WERE the communist forces in this city. Fast-forward to today, after I have spent 14 months in this city, and let me tell you that this is clearly not the case. The PCR has nothing less than a horrible reputation within the left here. Horrible. I am not using a hyperbole. We are not liked here. This first became clear to me when I was interviewing comrades as to their practices with the RSM during the failed spring 2015 strike. I was told, by many, that the RSM chose to blur its relation to the party during this time, insisting instead that they were a group which was mostly inspired by the Black Panther Party. When I asked why this choice was made, it is because they feared they would not be taking serious would they have mentioned their relation to the PCR.

During my time apart from the party in the last 9 months or so, I have decided to attend various political events throughout the city to better understand the way in which the left views us. My first stop was in radical feminist and queer feminist circles in UQAM. I was able to find contacts through some of my classmates, met a few people and was present for a meeting for each group. For the radical feminists, the PCR is a patriarchal stronghold, controlled by men in which women are only invited if they can be controlled. To be fair to the PCR, there didn’t seem to be any real investigation done on the radfem’s part to uphold this view, however it remains our reputation which I believe is still important. In the queer circle, we were ironically enough called TERFs, and one person claimed that we, much like material feminism, belong in the dust bins of history. Now my exposure to feminism remains limited. I am a cis hetero white man after all, so I do recommend comrades look into other reports and testimonies on this question. Specifically, I believe everyone reading this should also read the document writing by the gender oppressed comrade who has joined me in this city and is involved in gender oppressed organizing here in a much more serious way.

My second stop on this Montreal left tour was anarchist circles. Now anarchism in Montreal is a hot mess of orgs, political lines and practices. It would have been impossible for me to meet with all of them so I focused on anarchist groups at UQAM and anarchist members within the IWW. In both cases, the PCR was resumed as such: Small, silly and sectarian. While both groups admired our May Day commitment to fight pigs in the street of the downtown core, they also said we did nothing the rest of the year except encourage sectarian strife. The IWW comrades specifically pointed to the ridiculous PCR vs. IWW panel which was organized in August. I have already shared my distaste for this event with many comrades from outside the province and would be happy share it more if anyone asks. Now, again like with the radical feminists, it was clear these anarchist comrades had not spent a considerable amount of time studying the ideology and practices of the PCR, but I do believe this to be irrelevant. If we were active and principled out here as we claim to be, the rest of the left would at least need to recognize our importance, even if they do dislike us. Instead, what a found was a general mockery of our organization, similar to how we speak of Trotskyists orgs in the rest of Canada.

My third stop was with our main enemy: other communists! In October I made the choice to attend a 15$/H minimum wage march in eastern Montreal after a classmate at UQAM had told me there was significant mass involvement. Back home in Ontario, this campaign is mostly a platform for social democratic organizations to recruit and spread their reformist message, therefore I was skeptical to the idea of mass engagement out here. I was wrong. Oh so so wrong. Yes this march was led by your usual cast of reformists and liberals but what followed them was hundreds and hundreds of people. Not activists, no banners, just people. People of all walks of life with one thing in common, they were almost all minimum wage workers. This blew my mind. Contrary to the other marches I have seen since moving here this was the first which retained some of the spirit of the 2012 maple spring. It was by no means a violent of even militant march, but the masses were there. And where were we? Well not there. I definitely agree that 15$/H minimum wage is by no means revolutionary however it seems ridiculous to me to not go and participate where the masses are engaged and willing to listen. That is not to say there were no hammers and sickles present. In fact every single other communist org in the city was there. From the Parti communist du Quebec (PCQ) which is little more than a branch of Quebec Solidaire (QS), to the fight backer Trotskyists who were selling their usual publication to socialist alternative, the USA based reformists who have been growing and trying to branch out here. They were all there, we were not. So I decided to speak with them about us, communism and Montreal in general. Ironically, it was the trots who called us sectarian, the socialist alternatives who called us communist larpers (in reference to LARPing, aka Live Action Role Playing) and the members of the PCQ didn’t think we still existed other than our book store and a few random tags in the metro. From this I investigated the mass work of these orgs and while the PCQ was literally nothing more than hands at the service of QS both socialist alternative and the fightbakers, despite have very simplistic and watered down political lines, seem to have a decent approach to organizing the masses. The Trots are present on most campuses, with decently sized study groups while SA, despite being so new, as had a decent amount of succession recruiting fast food workers and other prole people. When revisionists, with poorly defined politics, are doing better mass work than the Maoists… then there is something seriously wrong with the Maoists.

The final group I would like to discuss is students. Despite claiming it has over 20 members and is present on every campus in the city, the Montreal RSM is non existent in the student sphere of organizing. First of all, there are 12 of them, something our comrades in Saskatoon have achieved despite being in a city with a tenth of the population, and second of all, they are present on exactly zero campuses. Seeing as they organize themselves as one big cell for the city instead of one RSM per campus as we do in Ontario, they have turned into a strange affinity group which is in fact quite isolated from the actual student population. Yes they do basic mobilization on campuses with propaganda and discussion but this is Montreal: Every campus has dozens of established leftists groups which are directly involved in student organizing. Without having a secure base on every campus, with weekly meetings and a plan for involving themselves in the larger student mobilization, the RSM here becomes just another batch of crazy leftists giving away flyers in front of a cegep. The RSM is completely disconnected from the reality on campuses and seems to think that spending time feeding random people in the park, playing revolutionary songs in the metro for money and rioting against the SPVM a few times a year is the solution to organizing the wider student population. The consequences of this are clear: Students here do not know what the RSM is. Some, on francophone campuses will remember their role in previous strikes but that’s it. As for Anglo campuses, forget about it, the RSM out here seems only interested in organizing French speaking students.

I believe as communist we often make the mistake of speaking of the masses as a whole, like one big body with a single consciousness. Now I cannot claim to know the masses in Montreal, this city is huge and divers and I, a single individual, who is wrapped in his fair share of privilege, do not believe I can truly understand the political level or consciousness of the entier working class in this city. What I do understand however, is that this working class has no idea who we are and what we do. If we cannot even achieve basic recognition and respect from other organizations in the city which do what we do, organizations which seem to have better track records when it comes to recruiting and expanding, then I fail to see how we believe we can reach the masses as a whole. Needless to say, this is a very big contradiction to what Maoist organizing is supposed to look like.

Recommendations and conclusion

Thus, here we stand. After the weekend of events which just transpired, it is now more clear than ever that there is a well defined demarcation between the newer branches of the party outside this city and the original cell within it. The party here clearly uphold TERF and other transphobic politics, something they denied, and blurred the reality of last fall. The party here fails to engage with the masses, something they have lied about since we joined them many years ago. Finally, the party here lies about upholding democratic centralism, something crucial and central to any ML organization, let alone MLM. More frustrating still, it is now clear that the so-called comrades in this city would rather deny and do bureaucratic and political maneuvering to avoid engaging with us than actually being challenged on their fucked up politics. The sudden and surprising cancelling of this weekend’s RSM conference (apparently due to not having a venue…) a mere few days after the party headquarters here was ruthlessly bombarded by a force of principled comrades from outside the city tells me the members here are looking for more time to see if they can’t once again blur the lines of who stands where. This is not what principled Maoists do when they are challenged politically. This is what opportunists do when they feel their grasp on their authority slipping. Thus, I agree with comrade “A”’s conclusion to his long document: The PCR here is anti-Marxist, anti-Leninist and above all, anti-Maoist.

My personnal feelings as to how this happen are simple: This is the product of Montreal exceptionalism. An exceptionalism that both exists here and outside the city, one which kept the comrades here from seriously engaging with their own contradictions and kept comrades outside the city from questioning the cell in the great Montreal. Back last fall I heard rumors that certain members of the RSM scoffed at the idea of being kicked out of the pancanadian RSM (something they clearly denied in my investigation but we now know that can’t be trusted…). Apparently for the comrades here, it was more important to maintain their fucked up politics then to continue to be a part of the one of the largest leftist student orgs in Canadian history. It was more important to preserve their control over the mass orgs and party here then to be principled communists open to criticism. Montreal exceptionalism has made that folks here think they can do no wrong, and we in the rest of Canada must also blame ourselves for this, as we let this happen. My thoughts are there was probably clear signs of this back in the early 2010s, we just didn’t see them, nor did we know what to look for it seems.

So, where do we go from here? Well, at the risk of encouraging the notion of us being communist LARPers, I must turn to Lenin in What is to be Done: The fact is our party is split. Spilt between a principled majority, which wants our party to represent and fight for oppressed people of all kinds, and a opportunist minority, which seems more interested in its prestige and autonomy than in its ability to organize along democratic and principled lines. The fact is that the PCR’s reputation is so bad out here I have been ashamed to call myself a Maoist as of late, it has even made me reconsider Maoism as a legitimate revolutionary ideology. Now I know that problem isn’t Maoism, it is those who call themselves Maoist in this city. Therefore, I have no interest in being part of an organization which keeps these kinds of members as comrades. I can say right now in all honesty, that if concrete steps are not taken to address the situation in this city, than this report shall also double as my resignation letter, as I feel I and many other principled comrades in the city have said everything we can at this point.

My recommendations go as follows: I believe all branches of the PCR outside of this city should effectively split from the cell here. I believe we should rebrand and make it very public to the left here but also in the rest of the country that this is how a principled organization deals with internal contradictions. The fact is the PCR was a dream which did not live up to our expectation, and as long as we associate ourselves with the problematic comrades in the city then for every step we take forward we can also expect to take two steps back. The time has come for 1 to split into 2. I now call on all comrades who agree with me to make things happen: We need a special congress, we need an open platform to debate these questions and see exactly who stands where. The longer we wait, the more likely the opportunists in our party will reorganize, and this will make our task immensely more difficult. It only takes a single spark to start a prairie fire, and this city is looking rather flammable. I would like to thank all the comrades who read this document as well as those who encouraged me to type it up. The future of our party is in our hands, let us seize the time and truly blaze a revolutionary path.

Dare to struggle, dare to win.


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ANNEXE 3: Concernant l’ultimatum du 1er février 2017

(Ne likez pas, ne commentez pas et ne partagez pas publiquement ce texte. J’assume personnellement les risques associés à la diffusion de cette annonce.)

Je publie ce message concernant l’ultimatum qui a été lancé qui consistait en la publication d’un manifeste qui dénonce très durement les théories et pratiques réactionnaires qui se sont développées dans notre organisation depuis des années et appelant à la construction d’une première organisation MLM au Canada. Je considère que les exigences de l’ultimatum ont été plus que remplies. J’ai longtemps été sceptique, et j’écris ce message pour expliquer à nos alliées pourquoi je crois que les exigences ont été remplies.

J’espère que vous n’avez pas été trop troublées par mon absence sur les réseaux sociaux. Ne croyez surtout pas que j’ai abandonné la lutte. Les derniers 18 mois ont consisté pour moi de rien de moins que de la construction d’un réseau de tranchées, de fossés et de lignes de communication qui nous permettraient de remporter par érosion la lutte que nos ennemis nous ont imposé. Les mots me manquent pour décrire la situation, et pour des raisons évidentes, je ne peux pas entrer dans les détails. Permettez-moi de paraphraser toute une partie d’un de mes discours favoris qui date de bientôt un siècle.

Je sais qu’il est difficile pour les gens à l’extérieur de l’organisation à Montréal de réaliser l’ampleur de la lutte dans laquelle nous sommes impliquées. L’organisation a des problèmes qu’aucune autre n’a au Canada. Heureusement, la grande majorité des membres au Canada se sont montrées, dans cette grande crise du développement de notre organisation, splendidement loyales à leur engagement révolutionnaire. Toute personne avait le droit d’empathiser avec chaque partie du conflit. Mais depuis que le camp ennemi s’est révélé lui-même, sans équivoque, comme étant antagoniste à toute forme de lutte progressiste il y a quelques mois, il n’y a maintenant plus que deux camps, et le temps est venu pour chaque membre de se déclarer révolutionnaire, ou comme traître!

Quelques jours après cette révélation, cet ultimatum avait été lancé à l’organisation pour que le reste du Canada respecte les engagements révolutionnaires qui ont été pris et honore la tradition MLM. Les choses ne se sont pas développées aussi rapidement que nous l’avions souhaité, mais nous avons beaucoup de raisons d’être optimistes et de saisir la main tendue par le reste du Canada.

Nous nous devons de décevoir les membres de l’organisation à Montréal qui ont cru que tous les autres membres risqueraient leurs propres organisations de masse, les générations futures de camarades à rencontrer, leur propre réputation et leur conscience au nom de l’unité avec les réactionnaires au sein de l’organisation à Montréal. Ces membres nous ont visitées tout au long de l’année passée, provenant des Prairies aux Maritimes, en passant par l’Ontario et la ville de Québec. Il n’y a aucune forme de vie consciente qui morde, frappe, hurle et crie autant que ces bonnes camarades, si on leur annonçait qu’elles allaient être contraintes à trahir leurs serments envers cette camarade qui nous a montré l’exemple et qui nous a proposé le projet de construction de cette organisation.

Au moment même où j’ai lancé l’ultimatum, nous avons reçu une offre par un des membres des hauts cuivres de l’organisation de publication du texte sous forme de livre. Cette offre est bien plus intéressante qu’une simple publication sur Internet sur un blog. Il est probable cependant qu’une version abrégée sera écrite, qui ira directement au but sans être trop lourde sur la théorie MLM. Le peuple a le droit de nommer ses ennemis, de les connaître et de les combattre. Nous devons faire tous les efforts qui permettront aux masses d’y arriver. On doit s’opposer aux oppressions d’une clique fermée par la solidarité, l’autocritique et la transparence.

Des propositions nous ont été faites dans le but de solidifier l’unité MLM au Canada. Elles ne peuvent qu’être bien reçues, malgré la lenteur du processus général. Nos alliées dans le reste du Canada sont au courant du sabotage des moyens de communication par les réactionnaires et du durcissement de leurs actions politiques réactionnaires. Le désarroi du reste de l’organisation s’explique surtout par le manque d’expérience face à ces opérations. La base de l’organisation dans le reste du Canada est au moins aussi frustrée que nous par cette situation. Il reste que c’est aux MLM de Montréal de faire les premiers pas vers l’unité pancanadienne. Le support dont nous bénéficions nous remplit d’enthousiasme. Nous espérons que les hauts cuivres de l’organisation feront tout pour minimiser les délais vers cette unité.

Même si nous ne devions avancer que de 10 pieds par semaine, nous continuerons. Oser lutter c’est oser vaincre: les monstres seront tous anéantis. Notre résolution n’a jamais été aussi forte. Nos lignes de communications sont meilleures que jamais. Soyez assurées que nous publierons d’autres textes pour stimuler l’enthousiasme des hauts cuivres si nous en voyons le besoin.

Notre cause est juste, la victoire sera nôtre!

e p D T F s