Le 21 mars dernier, la clique opportuniste – siégeant sur le comité central d’une organisation qui se réclame à tort du Parti communiste révolutionnaire (PCR-RCP) – publiait, sur son site web (pcrrcp.wordpress.com), le texte «Sur le FFPR et l’oppression des femmes» (dans sa version anglaise seulement), texte rédigé par les militantes du Front féministe prolétarien révolutionnaire (FFPR) et par des femmes membres du PCR dans le District du Québec. La même journée, la clique opportuniste publiait également le texte «Break With Old Ideas» de même qu’une «Déclaration de support au Comité central» actuel.

Pour en revenir à la publication du texte «Sur le FFPR et l’oppression des femmes», disons qu’elle s’inscrivait dans la foulée de l’entreprise de discréditation menée par la clique opportuniste contre le District du Québec. La clique souhaitait que ce texte constitue la preuve irréfutable de la transphobie des membres québécois du Parti. La manœuvre était choquante, d’abord, parce qu’elle consistait à mettre à la disposition du public un texte destiné à des lectrices et des lecteurs internes au Parti, mais ensuite, par qu’elle consistait à publier publiquement un texte sans en demander l’autorisation à ses auteures. Jamais auparavant une telle trahison n’avait eu cours de manière aussi désinvolte dans le Parti.

La clique opportuniste prétend qu’elle a rendu public ce texte «to give context for the ongoing line struggle». Comme nous l’avons déjà mentionné, bien qu’elle en témoigne en partie, la question du féminisme prolétarien à elle seule ne donne pas la mesure réelle de l’ampleur du gouffre qui nous sépare du PCR opportuniste. Ce sont surtout, et plutôt, les questions de l’action révolutionnaire et de la stratégie révolutionnaire qui ont provoqué une rupture définitive avec des camarades qui n’en sont plus. Cela dit, notre conception du féminisme prolétarien et révolutionnaire relève de notre préoccupation pour la centralité ouvrière. Cette dernière nous distingue notablement du PCR opportuniste. Il n’est pas surprenant que les opportunistes masquent les causes profondes de la scission au sein du PCR-RCP avec des accusations grossières comme celle de transphobie.

En plus de gommer la réalité, les opportunistes ont sciemment omis de contextualiser convenablement la rédaction et le partage à l’interne du texte «Sur le FFPR et l’oppression des femmes». Ils et elles se sont contenté-es d’écrire que «this document was submitted to the Fourth Congress of the PCR-RCP in November 2016 by some comrades from the FFPR Montreal» et d’ajouter qu’il a été rejeté par le Congrès. C’est là un raccourci qu’a emprunté la clique opportuniste. Dans le présent texte, nous tâcherons de bien situer la parution de ce texte pour le bénéfice des lectrices et lecteurs extérieur-es au Parti. Nous sommes obligé-es, malgré nous, de partager le contenu de ces textes internes (en anglais et en français, cette fois) pour enfin faire la lumière sur l’hypocrisie de la clique opportuniste qui embrouille depuis plusieurs mois les internautes maoïstes – notamment sur la page Communism 101, le principal instrument de propagande de la clique – afin de déguiser son révisionnisme.

«Sur le FFPR et l’oppression des femmes» a été publié dans le second d’une série de trois bulletins pré-congrès (recueil de textes amenant des propositions à débattre au congrès ou contribuant à la réflexion générale en filigrane des débats prévus à l’ordre du jour du congrès). Le texte «Sur le FFPR et l’oppression des femmes» n’a pas été publié seul, mais bien de pair avec un autre texte intitulé «Sur la prostitution» que la clique opportuniste s’est gardé de publier son site web. Cette information n’est pas anodine, car la clique opportuniste et ses supporters ont cherché à cacher leurs divisions internes pour mieux mener leur charge caricaturale contre le District du Québec. La vérité, c’est que certains éléments de la clique opportuniste ont appuyé au dernier congrès du PCR-RCP les thèses mises de l’avant dans «Sur la prostitution», mais sachant pertinemment que celles-ci ne plaisent pas à une grande partie du membership universitaire de leur organisation, ils se gardent de se prononcer ouvertement sur cette question. La clique opportuniste entretient ainsi l’illusion d’unité entre deux mouvements en son sein. Elle craint aussi d’adopter une position qui ne fasse pas l’unanimité aux yeux de militant-es externes. Les opportunistes sont gêné-es d’avouer qu’en fait, elles et ils appuient la violence faite aux femmes en défendant que la prostitution est un travail comme un autre. Voilà pourquoi au dernier congrès, la clique opportuniste et ses supporters n’ont pas rejeté «Sur la prostitution» avec autant de fiel que celui dont elles et ils ont usé dans le traitement qu’elles et ils ont réservé à «Sur le FFPR et l’oppression des femmes». Ceci étant dit, la clique siégeant au prétendu CC n’est pas sans savoir qu’elle devra un jour risquer sa base ou se compromettre avec encore plus de post-modernisme, tournant ainsi toujours plus le dos à la libération du prolétariat féminin, comme tout bon groupe révisionniste.

À l’origine, «Sur le FFPR et l’oppression des femmes» et «Sur la prostitution» ont été écrits et publiés à l’interne en réponse à un texte intitulé «Critiques of Chapter 8» partagé dans le premier bulletin pré-congrès. Ce texte, la clique opportuniste se garde aussi de le publier sur son site web alors que ce sont certain-es de ses membres qui l’ont rédigé. Sans prendre connaissance du contenu de ce texte, il est difficile de comprendre à quoi et à qui les femmes du FFPR s’évertuaient à répondre dans «Sur le FFPR et l’oppression des femmes» et «Sur la prostitution».

«Critiques of Chapter 8», rédigé par une partie de la clique opportuniste et leurs supporters, liste six critiques du huitième chapitre du Programme du PCR-RCP intitulé «Les femmes du prolétariat: longtemps reléguées à l’arrière, elles sont maintenant à l’avant-plan!». C’est à quatre de ces critiques que les textes «Sur le FFPR et l’oppression des femmes» et «Sur la prostitution» s’attardent. Les voici:

• «Absence of investigation into conditions of all those who have an interest in fighting capitalist patriarchal oppression including proletarian trans women, non-binary people, and, to a certain extent, queer people.»

• «The two objectives section no longer totally encompasses the way we organize against patriarchy since the formation of Proletarian Feminist Fronts.»

• «Use of the word ‘prostitute’ which is generally used by feminists who take an abolitionist approach to sex work, which is not a proletarian line. Many sex workers also consider it dehumanizing.»

• «There is a denial of the impact of patriarchy on Canada found in a few places including: claims that patriarchy does “not play a decisive role in the social organization of capitalism”; leaving out exploitation in the list of remaining patriarchal expressions; and agreeing that the bourgeoisie has “put an end” to patriarchy.»

Ces critiques émergent d’un collage de perspectives théoriques féministes radicales et de perspectives théoriques post-modernes. Le tout est en complète dissonance avec le féminisme qu’on dit prolétarien et révolutionnaire. C’est pourquoi les femmes du FFPR ont fait un effort épistémologique pour définir les conceptions du «féminisme matérialiste radical», celles du «féminisme queer» et celles du «féminisme prolétarien» sur certains enjeux, et donc pour éliminer la confusion latente dans le débat qui avait cours dans le Parti.

Plus précisément, les auteur-es de «Critiques of Chapter 8» détaillent comment elles et ils entendent résoudre les problèmes qu’elles et ils relèvent dans le chapitre en question. Sous la bannière «Genre et Queernité» elles et ils écrivent:

«Changer le titre de la section intitulée “L’oppression des femmes sous le capitalisme” par “L’oppression patriarcale sous le capitalisme”.»

«Ajouter une nouvelle section à propos de l’oppression des femmes trans et des personnes non binaires.»

«Ajouter également une section sur l’oppression et la libération des personnes queer.»

«Changer le langage utilisé partout où l’on parle des “femmes”. Il ne s’agit aucunement d’utiliser un langage neutre, mais nous devons nous assurer que les termes que nous utilisons englobent toutes les personnes qui font face à l’oppression et l’exploitation patriarcales; cela s’avère nécessaire à la fois pour des raisons de précision et pour ne pas aliéner ces personnes (qui sont en grande partie prolétariennes).»

Jouer sur les mots pour masquer leur opportunisme est commun chez nos ancien-nes camarades. En 2016, l’un d’entre eux était venu à Montréal pour présenter un forum sur l’«Anticolonial Action». Lors de la période de questions, une personne dans l’assistance lui a demandé si des femmes autochtones s’étaient jointes à l’initiative dont il était question dans la présentation. L’ancien camarade a répondu: «Il y a des personnes opprimées par le genre dans le groupe.» Autrement dit, la réponse était «non», mais plutôt que de répondre honnêtement, il a préféré souligner que le groupe contenait des personnes qui, comme lui probablement, superposent, dans leur tête seulement, sans que cela ne soit perceptible de l’extérieur, une «identité de genre» alternative à leur sexe masculin. Bref, la réponse démontrait le complet désintérêt des opportunistes à l’endroit des femmes du prolétariat.

Sous la bannière «Appel à l’action» du texte «Critiques of Chapter 8», les opportunistes se prononcent sur le fait que «nous allons créer un espace plus accueillant à leur [celle des femmes et des autres personnes opprimées par le genre] participation» et qu’«en donnant la priorité au renforcement des compétences en leadership et des forces des femmes et des autres personnes opprimées par le genre prolétariennes, nous contrecarrerons cette tendance» et aussi que «nous mettrons en place des mesures au sein du parti et des organisations avec lesquelles nous travaillons qui permettront aux femmes et aux autres personnes opprimées par le genre de participer pleinement à la vie politique». Nous sommes d’accord avec l’idée que la participation politique des femmes doit être favorisée par des mesures particulières. Ces appels sont déjà contenus dans le huitième chapitre du programme du PCR-RCP; ils sont tout simplement formulés autrement. Si nous citons ainsi les opportunistes, ce n’est pas parce que nous ne sommes pas en accord avec elles et eux sur cet enjeu. C’est plutôt pour mettre en exergue les incongruités entre leurs paroles et leurs actions. En effet, à l’ouverture du dernier congrès, les opportunistes ont proposé de déroger à la procédure habituelle du Parti – qui est celle de faire deux lignes d’interventions pour favoriser les tours de parole des femmes. Pour ne pas perdre un précieux acquis, nous avons voulu faire des compromis avec les opportunistes… en vain. Elles et ils ont rejeté la possibilité de maintenir deux lignes, mais d’inclure les «autres personnes opprimées par le genre» dans la ligne des femmes. Plus encore, elles et ils se sont opposé-es à la possibilité de faire trois lignes d’intervention: une pour les «hommes cisgenres», une pour les «femmes cisgenres» et une pour les «autres personnes opprimées par le genre». Tout ce que les camarades du District du Québec leur proposaient de bonne foi pour pallier (trop gentiment) à leurs soi-disant inconforts était rejeté en bloc. La seule chose qui ait satisfait les opportunistes a été le maintien d’une seule ligne d’intervention au nom de «la liberté de ne pas avoir à s’identifier à un genre». Ce qui s’est réellement produit, c’est que les femmes du PCR ont été désavantagées dans les tours de parole et que tout ce processus d’invisibilisation de la femme entrepris par les opportunistes a participé au maintien des femmes prolétaires dans l’angle mort de la lutte politique. Ce fut une des manifestations les plus patentes de l’antiféminisme des opportunistes.

Toujours sous la bannière «Appel à l’action», les opportunistes écrivent que nous allons «lutter et gagner contre le patriarcat et le capitalisme […] en luttant contre la répression des travailleuses du sexe prolétariennes et en appuyant l’organisation de syndicats révolutionnaires de travailleuses du sexe; de tels syndicats sont nécessaires pour faire face aux proxénètes exploiteurs et à l’État oppresseur». Elles et ils enchaînent sous la bannière «Travail du sexe» en écrivant: «Retirer le terme “prostituées”».

Dans une section consacrée au patriarcat, les opportunistes écrivent:

«Le chapitre tire des conclusions binaires: le féminisme bourgeois affirme que ces faits signifient que c’est le patriarcat qui nous opprime, mais le féminisme révolutionnaire nous dit que ces faits signifient que c’est le capitalisme qui nous opprime. Ces deux conclusions sont erronées. Le patriarcat fait partie intégrante du capitalisme; le fait que les femmes et les personnes opprimées par le genre soient sous-payées et surexploitées est un symptôme du capitalisme patriarcal. Qualifier l’oppression comme étant uniquement patriarcale ignore le fait qu’elle provient de la société de classes; et de ne l’appeler que capitaliste ignore le fait qu’elle affecte différents genres de façon disproportionnée. Cette affirmation devrait être modifiée pour montrer que notre compréhension du patriarcat est totalement liée à la société de classes.»

Le congrès de 2016 était censé porter sur la validation et le renforcement du groupe dirigeant et de la propagande et non sur des changements programmatiques. Les femmes du PCR ont donc été prises de cours à la lecture de «Critiques of Chapter 8». Constatant les orientations erronées des propositions mises de l’avant par cette contribution, elles se sont tout de même empressé-es de rédiger «Sur le FFPR et l’oppression des femmes» et «Sur la prostitution», et de les soumettre. Les textes ayant été appuyés par une grande majorité des membres du PCR-RCP au Québec, ils ont été intégrés au second bulletin pré-congrès.

Sur le plancher du congrès, il est apparu clair que le second bulletin, qui contenait «Sur le FFPR et l’oppression des femmes» et «Sur la prostitution», n’avait pas été remis à tou-tes les membres du Parti à l’extérieur du Québec, et donc, n’avait pas été préalablement étudié par l’ensemble du Parti. C’est la clique opportuniste qui avait la tâche de disséminer les textes préparatoires au congrès sur son territoire. C’est donc elle qui a fait obstruction au processus de débat établi. Par contre, tou-tes les membres du Parti sous la responsabilité de la clique opportuniste semblaient convaincu-es que les membres des cellules québécoises étaient transphobes et antiféministes. L’étude sérieuse des contributions généralisée à l’ensemble des membres du Parti a été, sans l’ombre d’un doute, remplacée par du colportage.

Le débat sur la question du féminisme prolétarien en congrès a été mené, par les opportunistes, de manière des plus méprisantes envers les femmes prolétaires du Parti. Tout leur argumentaire cherchait à démontrer l’état de conscience arriéré des femmes qui avaient produit le texte «Sur le FFPR et l’oppression des femmes». Sans cesse, les opportunistes faisaient montre de leur indignation devant l’usage du mot «berdache» alors qu’il ne s’agissait que d’une erreur de traduction du français vers l’anglais – le traducteur ne connaissant pas le terme «two-spirits» – et parce que «berdache» est la seule traduction française existante pour «two-spirits». Notons que les opportunistes, fidèles à leur révision post-moderniste du marxiste, aiment à penser que les mots déterminent la réalité. Être irréprochables sur le langage, c’est pour elles et eux être de bon-nes révolutionnaires. Le clou de ce spectacle désolant qu’était le débat en congrès sur le féminisme prolétarien fut le moment où un opportuniste ayant le physique d’un homme (maquillé et vêtu d’un bonnet rose) a interrompu une femme intervenant timidement au micro, s’est levé de son siège et s’est mis à hurler «Transphobe!», «Révisionniste!», «Si tu ne sais pas de quoi tu parles, ferme-la!» et «Fais ton autocritique!». Un camarade de Montréal l’a alors traité de misogyne, avec raison. L’opportuniste en question s’est alors exclamé «JE suis une femme! JE suis une femme!».

La clique opportuniste et leurs recrues universitaires ayant la majorité de très peu au Congrès, le texte «Sur le FFPR et l’oppression des femmes» a été rejeté en bloc. Pour la clique opportuniste et leurs supporters, il n’était même pas question qu’il soit mis à l’étude dans le cadre d’un chantier de révision sur le chapitre 8 du programme du PCR. Une grande partie des femmes du Parti ont ainsi été bâillonnées par les opportunistes, sans surprise.

Ce n’était pas la première fois que les femmes du Parti assistaient à une démonstration de mépris de classe dirigé envers les femmes prolétaires de l’organisation. À l’hiver 2015-2016, dans une réunion du FFPR à Montréal, elles avaient reçu la visite d’une antiparti qui se dit «non-binaire». Elle était membre de la section d’Ottawa avant d’emménager à Montréal et de commencer son travail de sabotage. En arrivant à la réunion organisationnelle, cette antiparti s’était d’abord offusquée parce qu’une retraitée prolétarienne d’un certain âge l’avait accueillie maladroitement, mais bienveillamment, en commentant sa tenue vestimentaire extravagante. Elle était aussi choquée d’avoir été «mégenrée» alors que presque personne ne la connaissait personnellement. Plus tard dans la rencontre, elle a cherché à faire adopter une résolution selon laquelle la propagande écrite du groupe serait changée pour faire disparaitre la «binarité du genre» et selon laquelle le logo du groupe serait modifié pour une croix transgenre communiste. La rencontre est venue à bout de toutes les femmes du groupe sur qui l’antiparti a essayé de jeter la honte. L’antiparti s’est représentée une semaine plus tard dans un rassemblement montréalais en mémoire des femmes autochtones disparues. Elle s’est alors scandalisée de voir qu’aucune de ses consignes dogmatiques n’avaient été appliquées par les femmes du FFPR: le terme «femmes» était resté dans la propagande écrite et la bannière de l’organisation arborait le marteau faucillé féministe. Elle a donc entrepris, dans les coulisses, d’harceler pendant plusieurs mois des camarades sur les réseaux sociaux et par courriels en les insultant et en les rabaissant sans cesse.

C’est dans ce contexte outrancièrement hostile dominé par la clique opportuniste en quête de la direction du Parti que le texte «Sur le FFPR et l’oppression des femmes» a été reçu par le PCR dans le reste du Canada et rediffusé publiquement à des fins d’humiliation. Plus encore, la clique opportuniste cherche depuis longtemps à liquider la ligne du PCR sur la question des femmes pour la remplacer par une ligne maoïste-révisionniste combinant les conceptions féministes radicales les plus antimarxistes avec des conceptions postmodernistes en tout point antimatérialistes.

Pour mettre fin au brouillard qui entoure le texte «Sur le FFPR et l’oppression des femmes», nous avons décidé de le publier à notre tour, en français et en anglais, accompagné de son extension «Sur la prostitution». Nous croyons qu’avec le contexte dans lequel ils s’inscrivent, ces deux textes apportent des éclaircissements importants sur des questions incontournables. Les textes ayant été soumis pour être étudiés à l’intérieur du Parti, ils comportent des petites imprécisions que nous tâcherons de clarifier dans ce qui suit. Loin d’aller dans le sens des opportunistes, nos clarifications auront d’ailleurs pour effet de les antagoniser davantage, ce qui est de bon augure. La ligne de démarcation entre l’opportunisme et nous est claire et sans ambiguïté.

Le texte «Sur le FFPR et l’oppression des femmes» laisse entendre que selon le féminisme prolétarien, «le sexe est construit socialement». Le matérialisme historique nous enseigne pourtant que c’est d’après la différence des sexes que surviennent les premières apparitions de la division du travail. Cette différence des sexes repose sur les différences anatomiques qui impliquent des fonctions reproductives manifestes chez les femmes (grossesse, accouchement, allaitement) et une force musculaire généralement moindre que celle des hommes, à quelques exceptions près. La division sexuelle du travail n’est toutefois pas intrinsèquement opprimante pour la femme. Elle le devient lorsque l’homme s’accapare tout le travail productif tandis que la femme se charge du travail improductif. Dans l’histoire de l’humanité, l’introduction de la propriété privée vient accélérer le processus au cours duquel la femme est coupée du travail productif, car elle vient détacher l’économie domestique de l’économie communautaire et homogène, la confinant ainsi à l’économie familiale privée. Mais le même développement des forces productives qui, à un certain stade de l’histoire, a permis l’infériorisation et l’assujettissement des femmes a aussi fait poindre, plus tard, la possibilité de leur pleine libération. Ce que le texte cherche à dire, c’est que dans la société capitaliste, avec l’introduction massive des femmes sur le marché du travail et avec la mécanisation de la production, les rôles sexués qui subsistent dans la tête des gens sont des «constructions sociales» (c’est-à-dire des vestiges culturels et idéologiques des modes de production précapitalistes) qu’il faut abattre. La fin du droit paternel et la participation des femmes au travail productif sous le capitalisme a beaucoup amenuisé les inégalités entre elles et les hommes et surtout, a créé les conditions nécessaires à la lutte des femmes pour leur émancipation, laquelle, dans le cas des femmes prolétaires, n’est pleinement possible qu’avec la révolution socialiste, sans quoi elles demeureront exploitées, comme leurs homologues masculins d’ailleurs. Aussi, le capitalisme est incapable de pleinement répondre aux besoins spécifiques des femmes du prolétariat (allaitement en milieu de travail, accommodements dans le travail pour les femmes enceintes et pour celles venant d’accoucher, pleine sécurité d’emploi pour femmes en congé de maternité, arrêt de travail autorisé pour cause de douleurs menstruelles, accès facile et gratuit à l’avortement, à un suivi de grossesse et/ou à des soins de santé particuliers, respect des capacités physiques dans la production, etc.), pour la même raison qu’il est incapable de répondre aux besoins du prolétariat dans son ensemble. De plus, le capitalisme cherche à maintenir l’économie familiale privée pour assumer une partie de la reproduction de la force de travail, ce qui nuit, actuellement, tout particulièrement aux femmes du prolétariat qui continuent, par habitude, à se charger de la plus grande part de tâches domestiques et d’éducation des enfants. Il est à noter que le capitalisme n’a que faire du sexe et de l’orientation sexuelle des personnes qui assument le travail reproductif tant et aussi longtemps qu’il est assumé en grande partie privément. Il ne faut donc pas se surprendre que les États bourgeois des pays capitalistes avancés mettent sur pied une multitude de campagnes contre le sexisme, contre l’homophobie, mais aussi contre la transphobie, et ce, même si à l’heure actuelle, la contradiction entre les femmes et les hommes existe toujours et qu’elle génère toutes sortes de discriminations.

Le texte «Sur la prostitution» stipule que le féminisme bourgeois (de deuxième ou de troisième vague, radical ou postmoderniste) est un féminisme «qui sert les intérêts de la classe dominante», «qui répond aux besoins des femmes bourgeoises». Ces affirmations, sans être dans l’erreur, peuvent voiler l’aspect progressiste du féminisme dans son ensemble. Les luttes féministes tous azimuts peuvent apporter et apportent des améliorations aux conditions de vie des femmes prolétaires et ces dernières y participent souvent. Toutefois, ces luttes sont «bourgeoises» – au sens de non-révolutionnaires – quand elles ne visent pas la prise du pouvoir par le prolétariat, la fin de l’exploitation de la force de travail et l’abolition de la propriété privée. Sinon, il faudrait prétendre, comme le font les opportunistes, que le sexisme est inhérent au mode de production actuel, c’est-à-dire que le capitalisme est patriarcal. Le féminisme de n’importe quelle tendance serait alors révolutionnaire, car il viendrait ébranler les fondements du pouvoir bourgeois. Ce n’est pas le cas, et c’est pourquoi il est indispensable de définir le féminisme prolétarien révolutionnaire et de mettre en lumière les contradictions qu’il entretient avec les autres féminismes, c’est-à-dire avec le féminisme bourgeois progressiste. Ceci étant dit, il existe aussi un féminisme bourgeois anti-prolétarien, c’est-à-dire des féminismes qui désunissent la classe ouvrière: soit ils rejettent la lutte des classes au profit de la guerre des sexes (traiter la contradiction entre les hommes et les femmes comme la contradiction principale ou comme une contradiction antagonique), soit ils rejettent la lutte des classes au profit de la lutte anti-oppressive désarticulée (considérer que tout le monde est l’oppresseur-e de quelqu’un-e d’autre et que puisque tout le monde a des privilèges que d’autres non pas, personne ne peut se solidariser sans participer à l’oppression des autres, sans s’approprier l’oppression des autres, et ce, en plus de confondre l’oppression avec l’exploitation et de considérer que toutes les contradictions s’équivalent).

Enfin, le texte «Sur la prostitution» n’a pas plu à une frange d’opportunistes, certainement parce qu’il s’attaque directement à leurs intérêts de petit-es-bourgeois-es et leur mentalité de petit-es entrepreneur-es, ce qui démontre parfaitement en quoi elles et ils ne sont pas communistes – au plus, des révolutionnaires verbaux. En effet, certains éléments chez les opportunistes se réclament du travail du sexe. Leur activité rémunératrice détonne avec la prostitution chez les femmes prolétaires: elles et ils choisissent leur clientèle, leur lieu de travail, leurs conditions d’exercice, etc. Elles et ils ne sont que des travailleur-es autonomes ou des coopérant-es, mais refusent de le reconnaître. Le socialisme, en mobilisant toutes les femmes pour le travail productif et en les approvisionnant de tout ce dont elles ont besoin, éliminera la vente de leur corps, abolira la prostitution. Celles et ceux qui voudront, dans ces circonstances, continuer à commercer de la sorte au nom de leur liberté sexuelle et économique seront alors reconnu-es et traité-es comme n’importe quel-les petit-es capitalistes et comme des personnes qui, en plus, participent à la perpétuation du sexisme en défendant que le corps des femmes est une marchandise achetable.

Avant que vous entamiez la lecture des deux textes dans la mêlée, lesquels ont été produits et appuyés par des camarades de Montréal et de ses environs, précisons que si le PCR-RCP a consacré un chapitre de son programme à l’oppression des femmes, c’est que cette oppression a pris racine dans les sociétés primitives, qu’elle a traversé l’histoire jusqu’à aujourd’hui encore et qu’elle s’est inscrite dans l’existence de la moitié de la population mondiale. L’oppression des femmes n’est pas le fait du libre-arbitre identitaire des un-es et des autres. Elle s’est imposée à toutes, et ce, indépendamment de la perception subjective que chacune avait d’elle-même. L’oppression des femmes est universelle tout comme la libération des femmes le sera.

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ANNEXE 1: Sur le FFPR et l’oppression des femmes

L’analyse de l’oppression spécifique des femmes est traversée historiquement par deux courants conceptuels irréconciliables dans la théorie comme dans la pratique: le courant matérialiste et le courant post-moderne (queer). Ces deux courants n’identifient pas la même contradiction sociale à l’origine de l’oppression des femmes: les matérialistes mettent en lumière la contradiction entre les hommes et les femmes, alors que les féministes queer envisagent une contradiction entre les individus qui performent le genre de façon normative et les individus qui performent le genre de façon transgressive.

Le féminisme prolétarien est un cadre théorique et pratique matérialiste. Toutefois, en tant que marxistes, les féministes prolétariennes n’abordent pas l’oppression des femmes d’après la même grille d’analyse que celle utilisée par les féministes matérialistes radicales, lesquelles conçoivent la contradiction homme/femme comme un rapport entre une classe exploitée et une classe exploiteuse. Au contraire, les féministes prolétariennes estiment que l’oppression des femmes ne profite pas aux hommes dans leur ensemble, mais plutôt à la classe dominante, et que la contradiction homme/femme est subordonnée à la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie.

Le Front féministe prolétarien (FFPR) adopte une conception féministe prolétarienne de l’oppression vécue par les femmes. L’existence de ce petit mouvement, généré par le Parti communiste révolutionnaire (PCR), repose sur la ferme conviction que la prise du pouvoir par la classe ouvrière ne peut se produire sans la participation et le leadership des femmes, qui en composent la majorité, et que la libération des femmes est indissociable de la révolution socialiste.

Ces thèses seront élaborées dans l’argumentaire ci-dessous. D’abord, les conceptions féministes matérialistes radicales seront opposées aux conceptions post-modernes (queer). Ensuite, le féminisme matérialiste prolétarien – qui, étant matérialiste, rejette lui aussi les conceptions queer – se distinguera du féminisme matérialiste radical. Enfin, une fois les fondements théoriques du féminisme prolétarien exposés, la raison d’être et les tâches du FFPR seront rappelées.

A) Féminisme matérialiste radical VS féminisme queer

1. Les féministes matérialistes radicales comme les féministes queer rejettent la «différence des sexes» reposant sur l’essentialisme biologique. En effet, la science a démontré que les comportements humains échappent au déterminisme biologique, tant au niveau neurologique qu’au niveau hormonal.[1]

2. Les féministes matérialistes radicales analysent le sexe comme étant une construction sociale à l’instar des féministes queer. Par contre, ces dernières introduisent la notion de genre, une construction sociale hétéronormée qui se superpose au sexe et, par le fait même, le supplante dans leur analyse. D’après leur compréhension, le genre est choisi individuellement et librement, soit en acceptant la norme binaire, soit en la transgressant volontairement. C’est donc dire qu’être homme, femme, ou encore appartenir à un groupe de genre n’entrant pas dans cette division binaire, relève du libre arbitre.

3. Au contraire, les féministes matérialistes radicales estiment qu’être une femme ou être un homme est le résultat d’une inculcation faite tout au long de la vie qu’on appelle socialisation.

4. Pour les féministes matérialistes radicales, cette socialisation est le produit d’un rapport social de sexe, à l’intérieur duquel la classe des hommes exploite la classe des femmes. Cette exploitation est induite par l’existence du patriarcat, entendu comme un mode de production.

5. Pour les féministes queer, ce qui détermine l’identité du genre, c’est sa performativité, c’est-à-dire, la pratique répétée des normes du genre. Le genre n’est pas le produit d’un rapport social, mais plutôt d’un rapport de pouvoir. En effet, dans le paradigme post-moderne, le pouvoir n’est pas concentré dans une classe sociale ou encore dans l’appareil d’État de cette classe. Il est plutôt réparti de façon diffuse à travers toutes les institutions et les individus qui composent la société. Le pouvoir est ce qui à la fois produit et réprime les sujets. Par exemple, la famille hétéronormative est une unité de pouvoir qui produit généralement des hommes et des femmes appeléEs à entretenir des relations hétérosexuelles, et qui emprisonne ces individus dans des rôles de genre masculins et féminins rigides. Par contre, ces individus sont à leur tour des unités de pouvoir qui décident de se conformer à la norme ou de la subvertir, d’en transgresser les règles, et ce, afin de transcender la répression de leur propre subjectivité. C’est ce qu’on appelle l’agentivité, ou la pratique de soi. Pour les féministes queer, c’est l’étude de la norme qui permet aux individus d’avoir une performance normative ou transgressive du genre, quelle que soit la socialisation à laquelle ils et elles ont été exposéEs.

6. C’est ainsi que les féministes queer placent la contradiction entre la performance normative du genre (femmes et homme cisgenres, femmes et hommes hétérosexuelLEs) et la performance transgressive du genre (femmes et hommes transgenres, queers, femmes et hommes homosexuelLEs, bisexuelLEs, pansexuelLEs, personnes non-binaires, «gender neutrals», «gender fluid», berdaches, drags, etc.)

7. Pour les féministes matérialistes radicales, la contradiction se situe plutôt entre deux groupes sociaux séparés et hiérarchisés qu’on appelle homme et femme. La perpétuation de la domination masculine est causée par un ordre socialement construit. Elles considèrent que la division homme/femme s’est établie sur la base de la différence anatomique des organes sexuels perçus à la naissance et des fonctions reproductives (biologiques et sociales) distinctes qui leur sont systématiquement associées. Le corps est construit par le monde social comme une réalité sexuée qui trouverait sa justification idéologique «dans l’ordre naturel des choses».

8. Les féministes matérialistes radiales considèrent que le travail est l’objet principal de la différentiation des sexes et leur hiérarchisation. En effet, c’est le travail domestique qui constitue la base économique et sociale de l’oppression patriarcale des femmes. La division sexuelle du travail organise la répartition des richesses et des statuts sociaux en faveur des hommes. Par exemple, le travail domestique assigné aux femmes est disqualifié comparativement au travail salarié.

9. Pour les féministes queer, le travail n’est pas l’objet principal de la question de l’oppression des femmes, ou plutôt, des personnes opprimées par le genre. C’est la sexualité qui est déterminante, la sexualité englobant ici la construction d’identités de genre, indissociables de l’orientation et des pratiques sexuelles. La domination masculine, comme rapport social de sexe, est alors remplacée par la prescription hétéronormative comme rapport sexuel de pouvoir. En ce sens, pour les féministes queer, l’hétéronormativité entraîne la suppression des similitudes naturelles entre les individus désignéEs comme hommes ou femmes et force la répression chez les hommes de leurs traits «féminins» et chez les femmes, de leurs traits «masculins», ces traits (physiques ou comportementaux) correspondant à l’idée qu’on se fait de ce qu’est la masculinité et la féminité.

10. À l’opposé, les féministes matérialistes radicales, lorsqu’elles se penchent sur la question de la sexualité, l’analysent encore dans le prisme de la division sexuelle du travail. Les relations sexuelles sont conçues comme un travail fourni par les femmes et approprié par les hommes. La féminité inculquée, comme expression de la vulnérabilité et de la soumission des femmes, sert à combler les désirs sexuels des hommes. En ce qui a trait à l’hétéronormativité, elle découle de la division sexuelle du travail qui assigne des tâches différentes aux hommes et aux femmes et qui les veut «naturellement complémentaires».

11. Alors que les féministes matérialistes radicales veulent abolir les rôles sexués, établis d’après une binarité socialement construite, les féministes queer privilégient la multiplication de catégories de personnes n’entrant pas dans les normes de genre, et donc la perpétuation de la différenciation qui sous-tend inévitablement une hiérarchisation.

12. Les féministes matérialistes radicales ne s’attardent pas au discours philosophique portant sur la subjectivation, mais plutôt à l’observation des pratiques sociales et des conditions matérielles dans lesquelles évoluent les femmes.

13. Pour les féministes queer, il suffit de s’autodéfinir et d’avoir une activité incessamment performée en correspondance avec cette auto-identification pour renverser la norme du genre. C’est une approche individualiste.

14. Au contraire, pour les féministes matérialistes radicales, la classe des femmes doit mener collectivement une lutte politique acharnée contre la classe des hommes.

B) Féminisme matérialiste prolétarien VS féminisme matérialiste radical

1- Les points de convergence

15. Le féminisme prolétarien, comme le féminisme radical, rejette la théorie queer parce que celle-ci découle du postmodernisme. Son articulation avec le matérialisme ne peut s’opérer sans une tension parce qu’elle est intrinsèquement idéaliste. Les approches matérialistes et postmodernes sont donc, à plusieurs égards, antagoniques. La perspective théorique queer est étrangère au marxisme et est appelée à le demeurer car elle est bourgeoise.

16. Le féminisme prolétarien, comme le féminisme radical, identifie une contradiction entre les hommes et les femmes, et rejette l’idée d’une contradiction entre les individus ayant une performance normative et les individus ayant une performance transgressive du genre. Comme le féminisme radical, le féminisme prolétarien conçoit le sexe comme une construction sociale. Cette dernière est générée par une socialisation différentiée et hiérarchisée entre les hommes et les femmes. La socialisation est établie en fonction de l’apparence des organes génitaux observés à la naissance.

17. Le féminisme prolétarien, tout comme le féminisme radical, s’intéresse au travail comme étant à la racine de l’oppression des femmes.

18. Finalement, le féminisme prolétarien, comme le féminisme radical, poursuit l’objectif de l’abolition des rôles sexués, contrairement au féminisme queer qui, par libéralisme, appelle à la multiplication des identités de genre et à la liberté individuelle de choisir la sienne ici et maintenant.

2- Les points de divergence

19. L’analyse féministe radicale, dans son ensemble, n’est pas compatible avec le marxisme, parce qu’elle conçoit la société actuelle comme étant patriarcale, c’est-à-dire comme étant contrôlée par les hommes dans leur ensemble, ou du moins, comme étant gérée dans l’intérêt de l’ensemble des hommes. Au contraire, le féminisme prolétarien soutient que l’oppression des femmes, aussi importante soit-elle, ne profite pas aux hommes dans leur ensemble, mais à la bourgeoisie. Si la domination masculine dans la société est indéniable, il est erroné de prétendre que tous les hommes détiennent le pouvoir.

20. Le marxisme analyse le mode de production capitaliste du point de vue des intérêts matériels des différentes classes. Les féministes matérialistes radicales ont voulu donner une base matérialiste, calquée sur le marxisme, à la théorie du patriarcat en prétendant qu’il existe un mode de production domestique. Toutes les femmes, quelle que soit leur appartenance de classe, constitueraient une classe sociale unique dont le travail domestique serait spolié par la classe des hommes.

21. Les féministes prolétariennes estiment que les rapports entre les hommes et les femmes ne peuvent pas être considérés comme étant analogues aux rapports entre les capitalistes et les travailleurEs. L’exploitation et l’oppression sont deux phénomènes de nature différente. Le travail domestique fait par les femmes prolétariennes ne permet pas à leurs compagnons prolétariens d’accumuler du capital. Dans le travail salarié, chaque minute gagnée par les travailleurEs est une minute perdue pour les profits des capitalistes. Dans le travail domestique, les hommes n’exigent pas des femmes plus de préparation de repas et plus de lessives dès qu’elles ont la possibilité physique d’en faire davantage. Dans le travail salarié, les machines qui pourraient améliorer le sort des prolétaires, mais qui ne servent pas à augmenter les profits, ne sont pas introduites. Dans le travail domestique, l’introduction des machines et des produits nouveaux, qui améliorent les conditions de vie des femmes, n’est pas combattue par les hommes. Le temps passé à l’éducation et aux soins des enfants n’est pas un travail dont profitent les hommes prolétariens; l’absence d’un homme ne réduit pas la charge de travail des innombrables femmes monoparentales qui élèvent seules leurs enfants. C’est le capitalisme qui impose, par la privatisation de ce travail, de longues heures éreintantes aux femmes. Ceux qui profitent du travail domestique des femmes sont les mêmes qui profitent du travail en général : les capitalistes. Ce travail de reproduction leur permet d’avoir des travailleurEs nourriEs, blanchiEs et en santé, prêtEs à se mettre au travail chaque jour. Les capitalistes ne socialisent pas tout le travail de reproduction car cela nuirait à leurs profits en entraînant des coûts considérables. Pour faciliter la reproduction de la force de travail, la bourgeoisie a conservé une institution préexistante, la famille – au sein de laquelle les femmes étaient considérées comme inférieures – tout en la transformant et en la subordonnant à ses rapports de production. C’est ainsi que le sexisme se reproduit au sein de la société actuelle et génère les inégalités entre les hommes et les femmes, notamment en ce qui a trait au partage des tâches domestiques.

22. Certaines féministes radicales n’analysent pas séparément les rapports de classe et les rapports sociaux de sexe. Elles analysent tout de même conjointement l’intérêt individuel de chaque homme à se faire servir à la maison par une femme et l’intérêt collectif qu’a la classe dominante à perpétuer la division sexuelle du travail – qui assigne aux femmes la majeure partie des tâches domestiques et leur prolongement dans le monde salarial.

23. Pour les féministes prolétariennes, le travail domestique ne représente pas un antagonisme d’intérêts entre les hommes et les femmes de la classe ouvrière. Être moins exploité que les femmes ne signifie pas les exploiter. Les hommes prolétariens n’ont pas un intérêt matériel dans le maintien de la privatisation du travail reproductif. Ils ne perdraient rien avec la socialisation de ce travail.

24. Les féministes radicales affirment que le mode de production patriarcal serait aussi structurant socialement, sinon plus, que le mode de production capitaliste. Les féministes prolétariennes, en tant que marxistes, considèrent que cette analyse est erronée.

25. En effet, peut-on dire que la famille, siège du travail domestique, a le même poids historique, politique et économique que le marché capitaliste? Le marché et l’accumulation du capital ont fait et refait tous les aspects du monde dans lequel nous vivons; ont causé les guerres et les famines, transformé littéralement le paysage, créé les villes, détruit et recréé des monarchies, des dictatures, des démocraties; créé les conditions pour l’entrée en masse des femmes dans le travail industriel; créé l’éducation et les universités. La famille n’a pas eu ce rôle dynamique et progressiste-en-même-temps-que-destructeur dans l’histoire du monde. Il s’agit plutôt d’une institution qui contribue fortement à la survie du capitalisme, sans pour autant constituer une de ses raisons d’être. L’organisation et la réalisation des tâches domestiques dépendent de l’existence préalable de la production industrielle, de ses produits et de son impact sur la division du travail. Quand les besoins de l’accumulation capitaliste changent, de grandes transformations peuvent avoir lieu dans la famille, tandis que l’inverse n’est pas vrai. L’économie capitaliste en expansion a besoin de la main-d‘œuvre féminine – et voilà que des millions de femmes rejoignent à nouveau la force du travail. Le capitalisme a besoin d’une main-d’œuvre plus formée? – Les enfants iront touTEs à l’école au lieu d’aller à l’usine. Dans des périodes de crise, c’est encore plus frappant. En temps de paix, l’idéologie bourgeoise déclare que le foyer familial est le seul endroit où l’on peut développer des êtres humains équilibrés. Arrive une guerre mondiale et les capitalistes envoient les hommes par millions dans les champs de la mort et les femmes par millions à l’usine pour remplacer le travail des ouvriers hommes. Le cadre familial comme mode de vie est détruit jusqu’à la fin de la guerre. Bref, le capitalisme a besoin de la famille, mais la famille lui est, en dernière instance, subordonnée.[2]

26. Le féminisme prolétarien, contrairement au féminisme radical, analyse la contradiction homme/femme comme une contradiction secondaire non-antagonique, une contradiction au sein du peuple. Le féminisme prolétarien considère que la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie est la contradiction sociale principale. L’oppression des femmes est subordonnée à la lutte des classes.

27. Contrairement aux féministes radicales, les féministes prolétariennes considèrent donc qu’il n’y a pas d’unité possible entre les femmes prolétariennes et les femmes bourgeoises, mais qu’il y en a une entre les femmes prolétariennes et les hommes prolétariens, malgré la persistance de comportements sexistes au sein du peuple. C’est dans l’intérêt des hommes prolétariens de participer au combat contre le sexisme et l’oppression des femmes. Dans tous les pays, les femmes constituent une partie importante des travailleurEs. L’idée même que les prolétaires puissent prendre le pouvoir et laisser en place l’oppression des femmes est un non-sens. Cette idée suggère que des millions de travailleuses, s’étant engagées dans une lutte sans merci pour renverser la bourgeoisie – lutte entraînant toutes les transformations de la conscience qui surgissent de ce genre d’expérience – décideraient par la suite de maintenir l’oppression des femmes. Une prise du pouvoir par les travailleurEs, si la majorité du prolétariat est ignorée, n’en est pas une. Cela ne signifie pas qu’après la prise du pouvoir, les préjugés sexistes millénaires et le mépris envers les femmes disparaîtront d’un coup. Cela signifie seulement que l’élimination de la base matérielle de l’oppression, jumelée avec la conscience révolutionnaire de millions de femmes et d’hommes, affaiblira cette oppression qui entamera son dépérissement rapide jusqu’à son élimination.[3]

C) Pour un petit-mouvement féministe prolétarien

28. Le FFPR a été constitué sur la base de la reconnaissance de l’existence objective d’une contradiction entre les hommes et les femmes, ainsi que sur la nécessité 1) d’organiser les femmes prolétariennes pour faire la révolution, et 2) de combattre le sexisme dès maintenant pour qu’il se forme une alliance véritable entre les hommes et les femmes du prolétariat.

29. Le fait que le FFPR s’adresse aux femmes – le groupe opprimé qui justifie son existence – ne reproduit pas l’oppression de minorités elles aussi opprimées, qu’il s’agisse de catégories qui ont une existence matérielle dans la société (homosexuelLEs, personnes trans, personnes racisées, etc.), ou qu’il s’agisse de catégories strictement idéologiques, comme celles avancées par les queer. Le fait de n’utiliser que le mot «femmes» dans le chapitre 8 du programme du PCR et dans le Manifeste pour un féminisme prolétarien n’est en rien problématique. Il n’y a pas lieu d’ajouter des expressions provenant du féminisme queer telles que «personnes opprimées par le genre», «personnes non-binaires» ou encore «non-hommes». Cela trahirait la mission du FFPR. En effet, le féminisme queer occulte l’oppression des femmes. Il prétend qu’en changeant les mots et les idées, on change le monde matériel, niant que les rôles sexués continuent d’exister objectivement. Le féminisme queer, en faisant la promotion de l’agentivité, en vient à effacer la nécessité de la lutte collective pour l’émancipation des femmes prolétariennes.

30. Les féministes prolétariennes reconnaissent l’existence objective des personnes trans, mais comprennent leur situation comme étant déterminée par la contradiction homme/femme, et non par une contradiction imaginaire entre normativité et transgression du genre. La socialisation sexuée génère des rôles sexués à travers tous les appareils idéologiques de la société bourgeoise. Cependant, cette socialisation ne s’effectue pas de façon homogène et uniforme pour tous les individus, étant donné que la pression des différents environnements sociaux n’est pas la même partout. Les personnes trans ne transgressent pas ou ne subvertissent pas le genre ou les rôles sexués; ils et elles changent de camp tout simplement. Notons que les hommes sont aussi soumis aux impératifs des rôles associés au sexe dominant qu’on leur a assigné à la naissance. Cela peut entraîner un malaise important qui pourrait expliquer la transsexualité des hommes, les amenant à s’exposer aux violences sexistes que subissent les femmes.

31. L’oppression des personnes trans par les femmes soi-disant cisgenres[4] est une invention divisive de la bourgeoisie. Même une femme qui serait en parfaite correspondance avec les rôles sexués féminins serait une femme dominée qui n’aurait pas choisi son sexe, mais à qui la société lui en aurait assigné un qui la maintiendrait en position d’infériorité. Ceci dit, il n’y a pas de femmes ni d’hommes en parfaite correspondance avec les rôles sexués qui incombent à leur sexe puisque le sexe est construit socialement.

32. C’est donc dire que le FFPR prend en compte l’oppression que vivent les personnes trans et les personnes homosexuelles, tout en concevant ces oppressions comme découlant de la contradiction entre les hommes et les femmes. L’homophobie et la transphobie sont des prolongements du sexisme.

33. Le FFPR affirme que les organisations révolutionnaires et les hommes révolutionnaires doivent aussi agir contre les effets de l’oppression des femmes dans la vie quotidienne ou organisationnelle.

34. Pour conclure, le FFPR milite en faveur de l’affranchissement de la sexualisation des corps et des rôles sexués qui en découlent. La société communiste sans classes sera marquée par l’égalité réelle entre les individus qui ne seront plus placés dans des catégories de sexe et qui pourront exprimer leurs préférences librement.

35. Le PCR, en tant qu’avant-garde communiste, accorde aux mouvements de lutte des femmes prolétaires (contre l’exploitation sexuelle, le sexisme, etc.) un soutien sans failles, mais inscrit dans un travail politique visant à rendre ces mouvements conscients de leur cadre naturel – la lutte des classes – et, donc, à les qualifier vers la lutte révolutionnaire.[5] Quelle doit être l’attitude de l’avant-garde communiste vis-à-vis du féminisme bourgeois et petit-bourgeois, du féminisme queer et du féminisme radical? Une critique sans concession de leur caractère anti-prolétarien.

Des camarades militantes du FFPR-Montréal

NOTES:

[1] Nous nous basons sur les écrits de théoricien(ne)s tel(le)s que Catherine Vidal, Joëlle Wiels, Gaïd Le Maner-Idrissi, Pascal Picq, I.E. Sommer et al, K.M. Bishop et D. Walhsten, S.J. Gould, D. Benoît-Browaeys, etc.

[2] Extrait tiré presque intégralement du texte «Vivons-nous dans une société patriarcale? À qui profite l’oppression?» par John Mullen.

[3] Idem.

[4] D’après le féminisme queer, les personnes cisgenres sont celles dont l’identité de genre correspond au genre qui leur a été assigné à la naissance en fonction de l’apparence de leurs organes génitaux. Autrement dit, il s’agit de la grande majorité des individus.

[5] Extrait tiré presque intégralement du texte «La Flèche et la cible» par le Collectif des prisonnièrEs des Cellules communistes combattantes (CCC).

* * *


ANNEXE 2: Sur la prostitution

1. Nous tenons à un féminisme prolétarien, c’est-à-dire, un féminisme qui s’intéresse à la libération des femmes qui ne possèdent pas de moyens de production et qui n’ont d’autre choix que de vendre leur force de travail pour survivre. Ce féminisme s’inscrit en opposition avec un féminisme bourgeois qui sert les intérêts de la classe dominante.

2. Le féminisme prolétarien repose sur un cadre d’analyse matérialiste. Le matérialisme philosophique a été employé chez les féministes de 2ième vague pour analyser ce qu’elles ont nommé les «rapports sociaux de sexe». Toutefois, le féminisme prolétarien rejette les conceptions féministes radicales selon lesquelles il existerait un mode de production patriarcal. Il défend plutôt que le mode de production capitaliste, aujourd’hui dominant, est fait de rapports sociaux de production qui font en sorte que la bourgeoisie profite de l’oppression des femmes.

3. Sur la question de la prostitution, le prohibitionnisme apparaît chez les féministes de 1ière vague, les égalitaristes. L’égalitarisme est un féminisme qui répond aux besoins des femmes bourgeoises. Il condamne la prostitution et les prostituées pour des considérations morales et hygiéniques.

4. L’abolitionnisme, de son côté, apparaît chez les féministes matérialistes. Celles-ci examinent la prostitution dans le prisme de l’exploitation économique et sexuelle des femmes.

5. La position pro travail du sexe (pro TDS), ou encore réglementariste, apparaît plus tard dans la littérature féministe. Il s’agit d’une position qui est souvent défendue par les féministes de 3ième vague, ou queer, au nom du droit à l’autodétermination des individus (agentivité).

6. En tant que féministes prolétariennes, nous considérons que la position pro TDS ne répond pas aux femmes prolétaires touchées quotidiennement par l’exploitation économique et sexuelle. Pour sa part, la position abolitionniste la plus répandue, bien qu’elle soit matérialiste, comporte aussi des failles que le féminisme prolétarien se doit de corriger.

7. Dans un premier temps, la position pro TDS, ou réglementariste, est problématique parce qu’elle refuse de voir la prostitution comme étant structurée par le sexisme. C’est une position libérale, empreinte d’idéologie bourgeoise, faisant la promotion de la liberté individuelle de marchander ce qu’on veut.

8. En effet, les pro TDS considèrent à tort que les femmes qui vivent de la prostitution vendent un service sexuel et donc, disposent librement de leur corps. Or, les femmes qui vivent de la prostitution louent plutôt le droit de disposer de leur corps à des clients.

9. La prostitution n’est pas la vente ordinaire de la force de travail; il ne s’agit pas de l’exploitation du travail d’une personne, mais de l’exploitation absolue d’une personne. La prostitution n’est pas la vente et la consommation de services sexuels: ce qui est vendu et consommé, c’est le rapport de domination direct sur une personne. C’est cette domination qui est la valeur d’usage de la marchandise-prostituée, tandis que pour le travail salarié en général, la domination est plutôt une condition qui permet l’exploitation de la force de travail. Ce que met en scène et en marché l’industrie du sexe, c’est non seulement les corps sexués, mais aussi, et surtout, la violence sexiste. La prostitution est l’expression la plus complète de cette violence.

10. Considérer que la prostitution est un travail comme un autre, c’est renforcer l’idée voulant que la sexualité soit une tâche, celle de répondre à la sexualité-besoin de l’homme. Le matérialisme nous enseigne que les hommes et les femmes sont soumisES à une socialisation différenciée et hiérarchisée. Cette socialisation fait en sorte que les hommes conçoivent leur sexualité comme une nécessité, une chose qui leur est due. Les personnes qui entrent dans un rapport sexuel avec eux sont donc vouées à répondre à un besoin soi-disant «naturel» – qui est plutôt un besoin construit socialement. En contrepartie, la socialisation des femmes les amène à concevoir leur sexualité comme étant une réponse au désir irrépressible des hommes, et donc comme le devoir de les satisfaire. Dans la satisfaction qu’elles peuvent procurer, les femmes sont poussées à mesurer leur valeur en tant que personnes. La position pro TDS participe à la reproduction de ces inégalités, et donc bafoue l’épanouissement sexuel des femmes.

11. Ajoutons que le libre consentement, condition essentielle de la sexualité, n’est pas le propre d’une relation marchande prostitutionnelle. En effet, quand la subsistance de la femme dépend de son achat par l’homme, ce qui est le cas des femmes prostituées prolétariennes qui constituent la majorité des personnes prostituées, il n’y a pas de mutualité dans le choix des partenaires et dans le choix des actes posés dans la relation. On ne peut donc pas parler de sexualité, mais plutôt d’un viol institutionnalisé.

12. De plus, en tant que marxistes, on ne peut faire autrement que de dénoncer le libéralisme de la position pro TDS qui invisibilise l’exploitation – voire la surexploitation – des femmes issues des couches les plus vulnérables du prolétariat (racisées, mères, immigrantes, autochtones, sous-éduquées, mineures, toxicomanes, non-qualifiées, etc.) par des bourgeois qui tirent des profits faramineux de l’industrie du sexe, et qui en bénéficient aussi en tant que clients-prostitueurs. Il est donc intéressant de se demander à qui profite la régularisation de la prostitution.

13. En tant qu’internationalistes, nous nous devons d’analyser le phénomène de la prostitution en prenant aussi en considération la façon dont elle est vécue dans les pays dominés. Comme nos camarades maoïstes indiens, népalais et philippins, nous dénonçons avec véhémence l’industrie du sexe internationale caractérisée par le tourisme sexuel ainsi que la traite des femmes et des enfants. Cette industrie profite largement de l’appauvrissement des populations de ces pays; elle est une composante essentielle de l’impérialisme.

14. Dans un deuxième temps, si nous nous dressons contre le réglementarisme des pro TDS, nous n’adhérons pas non plus complètement à la position abolitionniste la plus répandue. Bien que nous endossions l’analyse globalement juste selon laquelle la prostitution n’est pas un travail comme un autre, nous nous opposons aux solutions avancées par les abolitionnistes. En effet, ces solutions sont bourgeoises parce qu’elles visent à mettre un terme à l’exploitation sexuelle du corps des femmes par l’instauration de réformes législatives appliquées par les forces de l’ordre et appuyées par des politiciens bourgeois: la criminalisation des clients et des proxénètes. Pourtant, nous savons que le système judiciaire n’est qu’au service des capitalistes, que la police n’est nulle autre que le bras armé de la classe dominante et que nous vivons sous la dictature de la bourgeoisie. Nous savons que la collaboration de classes ne répond pas au besoin des femmes prolétariennes. Une fraction de la bourgeoisie a un intérêt direct dans le maintien du système prostitutionnel. Surtout, la bourgeoisie dans son ensemble a intérêt à ce que perdurent les conditions matérielles qui jettent une partie des femmes du prolétariat dans la prostitution.

15. En tant que marxistes-léninistes-maoïstes, nous avons pour objectif de répondre aux besoins matériels du prolétariat. Il ne suffit pas de criminaliser les pimps et les clients pour libérer les femmes prolétaires de la prostitution. Il faut aussi, et surtout, transformer complètement les conditions matérielles d’existence des femmes de sorte qu’elles n’aient plus besoin de se vendre pour satisfaire leurs besoins vitaux.

16. Nous rejetons donc les positions abolitionnistes qui refusent de reconnaître la nécessité de faire la révolution communiste pour libérer pleinement les femmes prolétariennes. Pour être conséquent, l’abolitionnisme devrait mener à des positions révolutionnaires, puisque le capitalisme entretient la pauvreté et l’oppression spécifique des femmes (ainsi que d’autres formes d’oppression spécifiques) dont se nourrit la prostitution. Sous le capitalisme, les conditions matérielles qui engendrent la prostitution vont perdurer.

17. Dans notre perspective d’anéantissement de la bourgeoisie et de pouvoir populaire, la prostitution sera inévitablement abolie. Effectivement, la transition socialiste, ce sera l’abolition progressive de tous les rapports marchands. Les gens pourront répondre à leurs besoins sans avoir à vendre leur force de travail, et encore moins leur corps sexué et leur soumission. Dans la société communiste, sans classes sociales et sans exploitation, tout le monde pourra activement et dignement contribuer à la production et sera assuré de voir l’ensemble de ses besoins comblés. C’est donc dire qu’il ne restera qu’une sexualité dans le cadre de la libre association entre des personnes qui s’apprécient et qui se respectent mutuellement.

18. Bien entendu, avant d’en arriver là, il faudra livrer plusieurs batailles pour se débarrasser des contradictions au sein du peuple qui risquent de subsister après la prise du pouvoir, entre autres, la contradiction entre les femmes et les hommes, déterminante dans la prostitution. Il faudra mener une lutte acharnée contre le sexisme hérité de millénaires d’oppression.

19. Certaines militantes pro TDS invectivent toutes camarades ayant une position abolitionniste en prétendant qu’elles dénigrent et rejettent les travailleuses du sexe. Il n’en n’est rien chez les féministes prolétariennes. Nous nous solidarisons avec les femmes prostituées prolétariennes au même titre que les communistes se battent avec et pour les travailleurEs tout en dénonçant leur exploitation et leurs exploiteurs.

20. Ces militantes pro TDS accusent souvent les abolitionnistes de faire de la stigmatisation par les mots. Nous choisissons sciemment d’employer les expressions «prostitution» et «femmes prostituées» parce qu’elles décrivent une réalité objective. Au contraire, celles et ceux qui emploient les expressions «travail du sexe» et «travailleuses du sexe» ont la prétention de changer la réalité en changeant le vocabulaire, alors qu’il n’en est rien. De plus, ces expressions véhiculent l’idée que la prostitution est un travail comme un autre.

21. Les syndicats de travailleuses du sexe ne peuvent pas faire de réel travail syndical, car la prostitution ne repose pas uniquement sur un contrat de travail entre la prostituée et le proxénète, mais aussi sur un non-contrat entre la prostituée et le prostitueur: la vente de soi et, par extension, de la pleine disposition de quelqu’un d’autre sur soi.

22. Le syndicalisme, en matière de prostitution, impliquerait: a) la reconnaissance de la prostitution comme étant un travail comme un autre, b) la négociation du prix de vente de la force de travail des prostituées avec des membres du crime organisé, ce qui nécessiterait un pouvoir de coercition qui ne sera atteint que pendant la GPP, c) la capacité de contracter avec l’ensemble des clients une entente sur les «services sexuels» rendus, ce qui est impraticable, et ce qui entrerait en contradiction avec la nature même de la prostitution, soit l’achat de la domination.

23. Les «syndicats» existants, comme Stella à Montréal, sont en fait des organes qui essaient d’imposer une direction politique libérale sur les femmes prolétariennes, de même que certaines organisations abolitionnistes tentent d’instaurer une hégémonie politique réformiste en la matière.

24. Nous souhaitons plutôt travailler à ce que le Front féministe prolétarien révolutionnaire (FFPR), continue, dans son discours et dans sa pratique, à rassembler les prolétaires et à exercer une direction politique révolutionnaire sur le mouvement de libération des femmes, et ce, tout en supportant les revendications justes des femmes prostituées et en les aidant à s’organiser pour renverser la bourgeoisie et mettre fin au sexisme.

Adopté par la cellule de Montréal.

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