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UN DEUXIÈME TEXTE DU MOUVEMENT ÉTUDIANT RÉVOLUTIONNAIRE (MER-PCR):

Rejetons nos illusions et préparons-nous à la lutte

Ce texte est le 2e d’une série de trois, publiée par les militant.es du Mouvement Étudiant Révolutionnaire (MER-PCR) tout au long de l’automne 2017. Il fait suite à un premier texte intitulé «Feu sur l’école bourgeoise! Matériaux pour une critique de l’école», publié il y a quelques semaines; il en est sa conclusion pratique.

Le troisième texte, à paraître bientôt, poursuivra la portée pratique du présent texte en annonçant la campagne politique étudiante du MER-PCR pour l’été 2018.

* * *

«Celui qui se range en paroles seulement du côté du peuple révolutionnaire, mais agit tout autrement, est un révolutionnaire en parole; celui-là est un parfait révolutionnaire qui se range non seulement en paroles mais en actes du côté du peuple révolutionnaire.»

Mao Tsé-Tung

Il semble évident que ce monde est à changer: crises économiques, crise écologique, guerres impérialistes, colonialisme, exploitation et violence. Personne de sensé ne serait pour ces choses, et pourtant, c’est bien l’état du monde dans lequel nous vivons chaque jour. Nous, les étudiant.es communistes du Mouvement Étudiant Révolutionnaire, défendons une perspective de transformation radicale de la société, d’abolition du capitalisme et des rapports marchands, d’une société sans classes et donc sans État; nous défendons la perspective de la construction d’une société communiste basée sur les besoins de chacun et non sur la nécessité de faire du profit. Quand nous parlons de Révolution, nous redonnons à ce mot tout son sens, tout son poids, son extrême précision et toute sa globalité. Notre objectif est de faire la Révolution; non pas simplement «d’être des communistes», mais d’instaurer le communisme comme nouveau rapport social.

Dans notre premier texte, nous avons illustré le rôle et la place structurelle que les étudiant.es occupent dans le régime capitaliste; nous avons montré que nous nous trouvions au cœur d’un système dont le but est spécifiquement de reproduire cette société de classes. Que, parfois, malgré toute notre bonne volonté, les emplois, les diplômes, qu’on nous présente comme étant neutres et bénéfiques, participent en fait à la reproduction de ce monde injuste, où la majorité travaille pour vivre pendant qu’une minorité, qui possède moyens matériels et hégémonie idéologique, vit du labeur et de la misère des gens qu’elle exploite.

Mais si l’école reproduit bel et bien la société bourgeoise, si elle constitue un des rouages essentiels de l’économie capitaliste, elle fournit pourtant des moyens techniques et intellectuels que les étudiant.es qui la fréquentent peuvent et doivent mettre au service d’un réel projet émancipateur. Notre premier texte se terminait sur une conclusion: il n’y a pas nécessité absolue, pour les étudiant.es, de faire défection de l’école. Mais il existe plutôt une possibilité d’user des savoirs, des connaissances, des ressources et des moyens techniques à notre disposition pour les mettre au service de la Révolution. La possibilité d’un.e étudiant.e qui, convaincu.e de la nécessité de renverser les rapports de pouvoir actuels dans la société capitaliste, retournerait les armes intellectuelles et techniques que lui fournit la bourgeoisie contre elle et étoufferait, dans l’œuf, la reproduction des rapports sociaux capitalistes qu’elle permet. Un.e étudiant.e qui ne ferait pas seulement se ranger en paroles du côté des insurgés, mais qui s’y joindrait.

Si notre dernier texte était plutôt théorique, qu’il posait les «bases» de notre analyse, le texte qui suit est plutôt à ranger dans la catégorie «pratique». Nous y exposons quatre grandes tâches principales à prendre en charge par les étudiant.es révolutionnaires lorsqu’elles et ils décident de prendre le parti des exploité.es. Mais, avant d’aller au plus concret, il semble nécessaire de parler encore un peu de ce que sont le capitalisme et la Révolution, et de ce que celle-ci signifie. Si nous décidons de partager nos buts et nos objectifs, c’est pour que d’autres étudiant.es se joignent au combat, pour qu’ensemble nous puissions détruire ce monde injuste.


I. Et maintenant? Il nous faut la Révolution

«Être révolutionnaire, ce n’est pas être contre le développement historique du capitalisme, mais au contraire pour le dépassement de celui-ci; c’est être pour la destruction du capitalisme par son dépassement historique, et non par la vaine tentative de ralentir son mouvement inexorable. Être révolutionnaire, c’est être résolument futuriste, vivre un projet, construire un avenir, faire surgir de nouvelles valeurs forgées dans le combat.»

Frédéric Oriach, Cellules Communistes Combattantes

C’est un constat généralement partagé par la gauche que le capitalisme ne fonctionne pas. Comment un système qui produit tant d’abondance, tant de richesse, peut, en même temps, produire autant de misère? Comment un système qui décuple par plus de cent la capacité des humains à produire de la nourriture peut laisser dans son sillage des pays en famine? Comment certaines personnes peuvent devenir tellement riches alors que d’autres peinent à payer un logement, à faire vivre leur famille? Les altermondialistes et les sociaux-démocrates ont parlé de redistribution. Nous, nous parlons de Révolution.

Nous parlons de Révolution, parce que, ce qu’il faut prendre en compte pour comprendre le capitalisme et ses maux, ce sont les rapports de pouvoir et de propriété qui le caractérisent. Nous avons parlé, dans notre dernier texte, du fait qu’en économie capitaliste, ce sont les propriétaires des moyens de production qui tirent la survaleur du travail qui est fait par leurs employés. C’est là la source du profit. C’est là la source de l’exploitation. Et c’est ce qui explique aussi que tant de richesse côtoie tant de misère.

L’exploitation existe toujours

Un mode de production, pour se maintenir, a besoin de se reproduire dans le temps. Nous avons vu, dans notre dernier texte, que l’école constituait un des systèmes par lesquels le capitalisme se reproduisait dans le temps, en reproduisant la main d’œuvre formée nécessaire pour faire rouler l’économie et en reproduisant les classes sociales par le biais de la division sociale-technique du travail. Si les classes sociales existent toujours sous le capitalisme, s’il existe des «patrons» et des «employés», plus généralement, des bourgeois et des prolétaires, s’il existe un rapport salarial et la «quête du profit», c’est que c’est sur ces bases, et seulement sur ces bases, que le capitalisme peut fonctionner – c’est là sa structure profonde.

Le fait que les prolétaires des pays capitalistes avancés comme le Canada possèdent des voitures n’est pas le signe que l’exploitation y aurait magiquement disparu. Le rapport salarial existe toujours, et il y a toujours autant de patrons qui tirent profit (littéralement!) du travail des ouvriers. Les hausses de salaires et l’accès à la consommation de masse par une partie des travailleur.euses occidentaux.ales sont des réformes qui ont été arrachées de force à la bourgeoisie, mais elles n’ont pas entamé la structure fondamentale du capitalisme. D’ailleurs, celui-ci, au cours du XXe siècle, a évolué: il s’est étendu sur toute la surface du globe, les monopoles se sont développés, les capitaux se sont concentrés dans les mains de quelques grands pays capitalistes et de multinationales qui se partagent maintenant le monde et misent sur l’exploitation des pays qu’ils dominent en y trouvant de la main d’œuvre bon marché. Si le capitalisme du XIXe siècle misait principalement sur l’exportation de marchandises, celui des XXe et du XXIe siècles mise plutôt sur l’exportation de capitaux. C’est pour cela que nous parlons de l’impérialisme comme de l’actuel stade du capitalisme industriel[1].

Réformisme et Révolution

La conclusion que nous donnons aux problèmes attribués au système capitaliste, c’est la perspective révolutionnaire. Pourquoi donc? Ne pourrait-on pas simplement lutter pour des réformes, des changements graduels au fil du temps, par des voies électorales, pour améliorer le sort des moins nantis, et produire un système moins cruel, moins exploiteur au niveau mondial? S’il est vrai que les réformes ont jalonné les divers moments dans la lutte de classe et de l’histoire ouvrière, qu’elles aient été nécessaires pour améliorer le sort des exploité.es, qu’elles ont parfois forcé la bourgeoisie à se replier, il reste qu’elles ont, par le fait même, – parce qu’elles n’ont jamais réussi ou voulu prendre le pouvoir des mains de la bourgeoisie – forcé celle-ci à se réajuster pour pérenniser sa domination.

La réforme, c’est un couteau à double tranchant. Parfois, la bourgeoisie, face aux luttes et à la conjoncture politique, peut être défaite sur un plan, être forcée de concéder des réformes et des droits. La journée de 8 heures, gagnée en France par les ouvriers en 1919[2], en est un exemple. Dans une période d’expansion du capitalisme, la bourgeoisie peut-être plus encline à accorder une réforme pour assurer la «paix sociale», comme en témoignent les nombreuses avancées au niveau des droits sociaux qui ont vu le jour dans la période des «Trente Glorieuses» et l’extension de «l’État providence». Mais chaque réforme, en plus d’être limitée[3], a dû, de plus, être arrachée par des luttes intenses. Pour se maintenir, les réformes ont toujours eu besoin d’un rapport de force suffisant. C’est donc dire qu’elles ne sont jamais garanties.

Dans une période de crise prolongée du capitalisme, comme celle qui caractérise l’époque actuelle, les réformes se soldent soit par des échecs, ou par des victoires partielles sans garanties. Le rapport de force politique qui régnait pendant la première moitié du XXe siècle, grâce aux luttes des travailleur.euses, aux luttes anti-coloniales et aux États socialistes, forçait la main de la bourgeoisie; une situation qui n’existe plus aujourd’hui. Si la classe dominante peut avoir de la difficulté à préserver sa position de pouvoir et à sauvegarder ses intérêts lors de périodes où la lutte de classe est plus intense, la faiblesse de celle-ci au début du XXIe siècle fait en sorte de lui laisser tout le champ libre. L’expansion des politiques généralement appelées «néolibérales», depuis les années 1990, est un exemple qui témoigne du rapport de force favorable à la bourgeoisie dans la période actuelle.

En effet, quel intérêt le gouvernement et le patronat ont-t-ils à donner satisfaction, même partiellement, aux revendications actuelles d’une aile réformiste (même radicale) de la société? Aucun. Ils ne donnent d’ailleurs aucune suite à ces revendications, mais coupent, coupent, coupent… Pour qu’ils s’intéressent à ces revendications, il faudrait qu’ils y voient un moindre mal, une façon d’échapper à pire. La bourgeoisie s’engage dans des réformes sociales par peur de la Révolution. Si aucune force significative ne se pose entre la contradiction capital-travail, rien n’empêche la bourgeoisie de passer à l’offensive. L’impitoyable mise en place des politiques néolibérales correspond, dans les faits, aux reflux de la Révolution. C’est donc que même les mouvements réformistes bénéficient, en fait, d’une force révolutionnaire plus menaçante pour la bourgeoisie. Entre une réforme et une Révolution, le patronat choisit toujours la réforme – la Révolution représentant sa disparition.

Reste que tout ce qui reste dans le cadre du capitalisme, même s’il force celui-ci à s’ajuster, reproduit invariablement le capitalisme, parce que ses structures profondes restent intouchées. Vouloir changer les rapports sociaux d’exploitation, c’est nécessairement vouloir s’attaquer à la façon même dont la société produit son existence, c’est nécessairement vouloir renverser les bases mêmes du mode de production capitaliste. La conclusion logique de n’importe quelle pensée émancipatrice, ce n’est donc pas le réformisme qui, en dernière instance, provoque simplement un ajustement du capitalisme par la réglementation des «lois du marché» – la conclusion logique, c’est la volonté de saper les bases de l’ancien monde pour en construire un nouveau – bref, c’est la perspective révolutionnaire.

Lorsque nous, étudiant.es révolutionnaires, parlons de Révolution, ce n’est en rien une métaphore, ni quelque chose que l’on pourrait faire chez soi en achetant «équitable». Parler de Révolution c’est parler de mobilisation populaire, c’est travailler à produire un changement collectif. C’est vouloir s’attaquer aux racines de la société de classe, en saper ses bases, pour pouvoir la dépasser. Nous opposons au capitalisme la lutte pour le socialisme – nous opposons au pouvoir de la bourgeoisie le pouvoir du peuple. C’est pour cela que nous voulons la Révolution socialiste. Nous ne sommes pas seulement des anticapitalistes, nous sommes des communistes.

Le communisme, c’est l’antithèse du capitalisme

Le communisme, c’est l’antithèse du capitalisme et de ses maux. C’est lutter pour arracher le pouvoir des mains du patronat, pour que tout le pouvoir revienne aux travailleur.euses. C’est lutter pour la destruction de la bourgeoisie en tant que classe; c’est une guerre que l’on déclare à l’ordre social capitaliste. C’est non seulement faire émerger de nouvelles valeurs dans la lutte, mais aussi briser la base matérielle qui donne naissance aux oppressions. C’est instaurer une société nouvelle en éliminant les rapports d’exploitation, dans laquelle les moyens de production sont collectivisés et la vie libérée des anciens rapports de domination. C’est briser l’état impérialiste qui impose la division internationale du travail et l’exploitation des pays qu’il domine, transformer les rapports économiques et politiques Nord-Sud; c’est faire face aux siècles de colonisation; aux siècles de sexisme; c’est briser tout ce qui fait et reproduit l’ordre patronal, pour nous libérer des patrons et de l’exploitation. Et si nous parlons de la Révolution comme d’un mouvement provenant tout d’abord des travailleurs et travailleuses, c’est parce que ce sont eux et elles qui, par leur travail, sont à la source de toute richesse. Ce sont eux et elles qui ont le plus à gagner dans la destruction du mode de production capitaliste; eux et elles qui, de par leur position au plein centre de la production, sont le plus en mesure de le faire.

Premières mesures révolutionnaires

La Révolution, ce n’est pas la fin d’un processus, c’est son commencement. Les changements à apporter à la structure générale du capitalisme avancé sont immenses, mais c’est un long travail que l’on ne peut entamer qu’en bâtissant concrètement les forces capables de la renverser. En bâtissant concrètement les forces pour renverser la bourgeoisie et son état, en construisant le camp de la Révolution et le pouvoir du peuple, nous visons notamment à mettre en place ces mesures pour briser la base matérielle de l’exploitation capitaliste:

L’expropriation de la grande bourgeoisie, des banques, des grandes industries et des réseaux de communication, et l’annulation des hypothèques et de toutes les dettes;

La collectivisation des principaux moyens de production et le développement de la propriété sociale. Ce processus peut passer, notamment, par la nationalisation des richesses immobilières et mobilières, de la terre, du sous-sol et des eaux, en vue de l’abolition de la propriété privée capitaliste;

L’organisation ouvrière de l’économie et la planification de la production. L’instauration d’une direction composée de député.es ouvrièr.es qui agira pour satisfaire les besoins collectifs et servir la Révolution mondiale;

L’élection et la révocabilité des représentant.es et des fonctionnaires, des officier.es de justice, de l’administration publique, des dirigeant.es, des forces armées et des milices. La réduction des traitements de tout.es les fonctionnaires au niveau du salaire ouvrier moyen;

La prise en charge par la collectivité du travail ménager et d’éducation des enfants, pour casser la division sexuelle du travail et la double journée de travail des femmes, ce qui permet de libérer du temps pour participer à la vie sociale et politique de la communauté;

L’annulation de tous les traités militaires, politiques et commerciaux signés par l’État bourgeois impérialiste, l’arrêt de la présence impérialiste économique et militaire partout dans le monde, la fin immédiate de l’occupation des territoires autochtones;

Un soutien actif, politique et matériel aux organisations révolutionnaires et aux mouvements de libération qui luttent contre la domination impérialiste, le droit pour tous les peuples à décider de leur avenir sans contrainte; le remplacement de l’exploitation impérialiste par l’internationalisme prolétarien;

L’armement général du peuple pour briser le monopole de la violence d’État, puis le désarmement total de la bourgeoisie, des agents de sécurité privés, des corps policiers, des armées bourgeoises et des paramilitaires impérialistes[4].

Quelle place pour les étudiant.es dans la Révolution?

Évidemment, cette transformation de la société, la Révolution socialiste, ne sera jamais le fait des seul.es étudiant.es: ce sont ceux qui ont le plus à gagner, le moins à perdre, ceux et celles qui vendent leur force de travail pour vivre, en un mot, les prolétaires, qui la feront. Mais il est aussi temps que les étudiants se mêlent de politique et prennent part à la lutte. Il est temps de choisir notre camp. En ce sens, l’intérêt récent du mouvement étudiant pour la lutte contre le fascisme et l’extrême droite, est pour nous un signe très positif: il témoigne d’une volonté embryonnaire de se lier aux luttes populaires contre l’oppression et l’exploitation, de faire passer les étudiant.es dans un combat qui voit plus large que les «intérêts étudiants». Dans la foulée du Printemps 2015, nous voyons comme une bonne chose que les étudiant.es se mêlent enfin d’une politique qui ne serait plus seulement lobbyiste. Nous devons oser nous mettre en jeu et prendre clairement position du côté des opprimé.es, contre l’exploitation, pour une société libérée du capitalisme. S’allier concrètement au prolétariat dans une lutte révolutionnaire est donc le projet auquel les étudiant.es doivent se rallier et travailler. Lutter dans un mouvement extra-scolaire, clairement politique, qui mobilise la seule classe révolutionnaire, c’est-à-dire les ouvrier.es et les travailleus.es (les prolétaires!), c’est la voie à suivre si nous voulons entamer un réel changement social. Ce que les étudiant.es doivent faire, c’est devenir des étudiant.es communistes.


II. L’étudiant.e communiste

«L’état démocratique signifie que le savant prend la place de la police, ou plutôt qu’il se met au même rang que la police. C’est pour cela que se multiplient les responsables sociaux: les députés, les politiciens, les agronomes, les statisticiens, les correspondants de journaux, etc. […] Voilà pourquoi cette intelligentsia démocratique explique aux masses qui s’insurgent que leur émancipation ne viendra pas de la lutte économique, de l’attaque de la bourse de leurs maîtres, mais uniquement de la lutte politique, c’est à dire de la lutte pour un régime tel que cette bourse pourra s’accroitre d’une meilleure façon d’abord, et surtout mieux s’entrouvrir pour la confrérie savante.»

Jan Waclav Makhaïski

L’école, les intellectuel.les et la bourgeoisie

Nous avons dit que la bourgeoisie se définissait comme classe dominante par sa possession des moyens de production et son contrôle des appareils idéologiques et répressifs d’État[5]. Mais s’il est vrai que la bourgeoisie est ce qu’elle est en vertu de cela, ce n’est pas tout ce qui garantit sa position en tant que classe dominante. Chaque classe dominante produit ses intellectuel.les, et l’accaparement des savoirs est une condition nécessaire à l’occupation des positions de pouvoir dans la société.

Ainsi, en tant qu’étudiant.es, nous nous sommes intéressé.es au réseau scolaire dans notre premier texte. Nous avons vu qu’il contribuait à reproduire la division sociale-technique du travail, et que son réseau «supérieur» (le parcours pré-universitaire et universitaire) contribuait à la reproduction des classes bourgeoises et petites bourgeoises et à la création des gestionnaires et intellectuel.les au service des intérêts de la classe dominante.

Les universités produisent les intellectuel.les

Les universités produisent les intellectuel.les nécessaires au fonctionnement de la société, et ce, à chaque époque, dans chaque pays et malgré tous les changements qu’elle a pu subir depuis le XIIe siècle. Intellectuel.les qui sont, évidemment, «dépendant[e]s des classes économiquement, politiquement et culturellement dominantes[6]». Du Moyen Âge à aujourd’hui, l’université appartient à un monde matériel traversé par des rapports économiques et politiques. Ainsi, un âge d’or des universités qui, autonomes des rapports de production et des rapports de classes, se seraient consacrées de facto à la recherche désintéressée de la vérité, n’a jamais existé. Qu’ils soient gestionnaires, scientifiques, sociologues ou philosophes, ce qui définit les universitaires ou les intellectuel.les en tant que groupe, c’est le rôle qu’ils jouent au sein de la société. Ce rôle en est toujours, plus ou moins consciemment, un de «direction» technique et politique exercée pour un groupe dominant. Pour le dire autrement, les intellectuel.les sont la courroie de transmission des ordres, de l’idéologie et de l’organisation des dominant.es sur les dominé.es; c’est-à-dire, en régime capitaliste, de la bourgeoisie sur le prolétariat.

Idéologues de droite, idéologues capitalistes

Pour l’aire géographique et la période qui nous concerne, il est facile de voir l’étroite relation qui unit les intellectuel.les et la classe dominante. Les tendances individualisantes de la psychologie, la sociologie du contrôle social – c’est ce dont nous parlons lorsque nous disons «idéologues bourgeois». Dans cette catégorie, nous pouvons aussi souligner la pléthore d’économistes qui font des recherches pour l’Institut économique de Montréal (IEDM) ou ceux qui, chargés par les gouvernements de renouveler les structures de production, ont élaboré, par exemple, les politiques économiques du «néolibéralisme[7]».

Nous pouvons penser aux services de recherches à McGill où certain.es étudiant.es et professeur.es travaillent pour l’armée canadienne[8], ou encore au partenariat entre La Polytechnique/UdeM et l’État d’Israël[9]. Les progrès techniques et scientifiques n’échappent pas à cette logique: on demande aux scientifiques de produire de l’appareillage technique augmentant les capacités productives et un discours justifiant la nécessité de ces progrès techniques (qui sont, en système capitaliste, implantées dans le seul et unique but de faire plus de profits, sans égard à la qualité de vie des travailleur.euses ou des populations sur un territoire donné).

L’intellectuel.les de gauche et les pièges de la social-démocratie

S’il est facile d’être critique face aux tendances les plus réactionnaires, opportunistes et militaristes des intellectuel.les, il faut aussi admettre qu’il existe une autre gamme d’intellectuel.les, de gauche cette fois, qui, convaincu.es des méfaits du capitalisme, dédient leur vie à les dénoncer. Ils et elles ont certainement produit quelques bonnes analyses du capitalisme québécois contemporain et des relations de pouvoir au sein de la société bourgeoise. Nous ne rejetons pas leurs contributions en bloc. Malgré tout, nous ne pouvons que remarquer que ces intellectuel.les en restent le plus souvent à considérer l’État comme une entité neutre et médiatrice plutôt que comme l’outil dont une classe se sert pour en réprimer une autre, ce qui les empêche de mettre leurs analyses parfois affûtées au service d’un projet politique réellement libérateur et les amène à s’engluer dans les pièges habituels de la social-démocratie.

Et même lorsque certain.es intellectuell.es assument des positions politiques plus «subversives», qu’ils et elles soient marxistes, anarchistes ou socialistes, leur pratique politique se résume souvent au professorat (où l’on tente évidemment de garder une distance «critique», la politique étant vue sous un point de vue philosophique ou sociologique, vidée de son contenue et scientisée) ou au journalisme d’opinion – ce qui pourrait être intéressant si la conclusion de ces articles cessaient d’appeler mécaniquement au réinvestissement dans «l’état social» ou à trouver une «alternative» vague et imaginaire au capitalisme. Mais il est vrai qu’appeler à la Révolution des travailleur.euses dans une analyse du système scolaire québécois ou du réseau de santé n’est peut-être pas le meilleur moyen de se faire des amis chez les éditeurs ou de garder sa place dans une université…

Soulignons ici que notre but, ce n’est pas tant d’être contre les intellectuel.les, ni d’ailleurs, contre les études, comme nous l’avons dit. Notre but, c’est de faire valoir la nécessité, pour les intellectuel.les, d’appliquer la logique critique la plus radicale dont ils et elles sont doté.es aux faits qui leur sont connus – et d’en venir aux conclusions nécessaires. C’est aussi de souligner la nécessité d’assumer concrètement et pleinement les conclusions auxquelles nous arrivons lorsque nous posons un regard critique sur la société actuelle. Devant l’évidence que le capitalisme ne produit que de la misère, pourquoi continuer à le défendre, ou tout du moins à l’épargner, à se refuser de l’abattre une bonne fois pour toutes? L’intellectuel.le qui ne se met pas en jeu, qui se met seulement en parole du côté des exploité.es tout en mangeant dans la main du patronat n’est pas mieux que l’intellectuel libéral ou conservateur.

Les intellectuel.les ont un rôle à jouer dans la révolution

Même si nous soulignons le rôle idéologique et reproductif du système scolaire, et particulièrement des études supérieures, même si nous soulignons la place structurelle des intellectuel.les dans la société capitaliste bourgeoise, nous disons, dans le même temps, qu’il n’y a pas nécessairement de contradiction entre étudier et faire la révolution. Nous disons cela parce que les intellectuel.les, justement parce qu’ils sont produits par et pour la bourgeoisie comme les défenseurs aguerris du capitalisme, ses gestionnaires et ses bâtisseurs, ont accès à une grande quantité de compétences techniques, de faits et à des outils d’analyse plutôt efficaces qui peuvent leur permettre de comprendre la réalité en profondeur – et contribuer à la transformer. Ces outils d’analyse et ces expertises, ils et elles peuvent les utiliser pour contribuer au mouvement révolutionnaire; ils et elles peuvent les mettre au service des exploité.es.

L’histoire récentes des révolutions est remplie d’intellectuels qui ont trahi la fonction à laquelle ils étaient destinés. On peut penser, parmi les plus importants à Abimael Guzmán Reynoso (Presidente Gonzalo), professeur de philosophie qui a trahi sa classe et joué un rôle essentiel dans le déclenchement du processus de guerre populaire prolongée menée au Pérou dans les années 1980 et 1990. Dans une autre perspective, le sous-commandant Marcos, figure centrale du mouvement zapatiste, était aussi professeur de philosophie et de lettres…

Mais il ne faut pas croire que les intellectuel.les qui se mettent au service des classes exploitées et de la révolution deviennent systématiquement des dirigeants, ni même des organisateurs ou des porte-paroles. Une partie de notre tâche en tant qu’étudiant.es communistes réside justement dans le fait de savoir se placer sous une direction ouvrière et mettre nos compétences à profit là où elles sont les plus utiles à la lutte.

La question centrale de tout cela, c’est de savoir qui, des révolutionnaires ou de l’État bourgeois, bénéficiera des ressources intellectuelles et techniques que produit le réseau d’éducation supérieure. S’il existe des possibilités nettes pour des individus de trahir leur classe, il existe une possibilité nette des intellectuels de trahir leur rôle; de passer dans l’autre camp. Et cette logique s’applique autant aux étudiant.es actuel.les. C’est précisément pour cette raison que nous affirmons qu’en dernière instance, il n’existe pas de contradiction fondamentale entre être un.e étudiant.e ou aller à l’école, et faire la révolution. Il s’agit plutôt d’utiliser les outils qu’on nous donne à bon escient. Il s’agit de les utiliser pour renverser le système capitaliste, et non pour le pérenniser.

L’étudiant.e communiste est celui ou celle qui passe
dans l’autre camp

L’étudiant.e communiste est celui ou celle qui décide consciemment de rompre avec l’idéologie bourgeoise de l’école, qui choisit d’étudier, non pour son avancement personnel dans une société de classe, non comme un pion dans cette société qui nous mène à notre perte, mais comme un.e révolutionnaire convaincue. Elle ou il met ses compétences apprises à l’école, ses expertises, son temps, ses relations, au service de la Révolution; il ou elle y contribue pleinement, à la mesure de ses moyens. En bref, l’étudiant.e communiste ne se contente pas d’être un.e intellectuel.le en paroles du côté des masses, elle s’y joint, se défait de ses années d’inculcation dans l’idéologie bourgeoise, met son corps en jeu et joint sa force au mouvement des prolétaires pour renverser la bourgeoisie et établir le pouvoir populaire.


III. Les tâches de l’étudiant.e communiste

«…la méthode correcte pour élaborer la ligne et diriger les luttes c’est de partir des masses pour revenir aux masses, non de partir des livres pour revenir aux livres. C’est en transformant la réalité qu’on la connaît. La solution des problèmes concrets n’est pas dans les classiques, même s’ils peuvent nous aider à la dégager de notre pratique.»

Éditorial de La Cause du Peuple, n° 1

Concrètement, être un.e étudiant.e communiste implique, entre autres de:

Sortir des universités et établir des liens avec les classes populaires

On ne peut pas se targuer d’être solidaire si les actions ne suivent pas les mots. La solidarité concrète avec les travailleurs et travailleuses peut prendre différentes formes, que nous, au MER, tâchons le plus possible de mettre en œuvre:

a. Aider des groupes d’ouvrier.es comme le Mouvement Révolutionnaire Ouvrier dans sa diffusion de tracts et de journaux près des usines, dans les places publiques, à la sortie des métros et près des terminus d’autobus;

b.  Agir en solidarité avec les différentes luttes du prolétariat, comme participer aux lignes de piquetage lors de grèves ouvrières, en tant qu’étudiant.es, de manière organisée;

c. Créer des comités de solidarité et d’action sur le terrain même des écoles lors de grèves ou actions initiées par le prolétariat, ou lors de fermetures de lieux de travail, de licenciements massifs etc.;

d. L’enquête ouvrière et l’établissement

L’Enquête ouvrière et l’établissement sont deux moyens que les militantes et militants du MER vont mettre en œuvre pour que les étudiant.es puissent réellement et pratiquement se lier au prolétariat. Il s’agit de deux moyens développés dans l’histoire du mouvement communiste pour mettre à profit des militant.e.s issu.e.s de milieux petits-bourgeois. Ils consistent à intégrer les milieux de travail prolétariens, soit pour recueillir des informations sur la situation de la classe ouvrière, des différentes branches de l’industrie, et sur les points faibles du capitalisme local (enquête ouvrière), soit pour devenir des cadres communistes en milieu ouvrier (établissement). Nous développerons notre conception de ces deux pratiques dans un texte subséquent.

Pour le moment, nos propositions concrètes et immédiates, qui permettraient aux étudiant.es de sortir de leur milieu sont;

a. D’une part, de s’impliquer avec le seul groupe d’ouvier.es et de travailleur.euses qui ait des positions révolutionnaires et qui les partage dans leur milieu, c’est-à-dire, le Mouvement Révolutionnaire Ouvrier. Il s’agit de la seule organisation ouvrière québécoise qui se donne comme but, tout en s’intéressant aux revendications immédiates des travailleurs et travailleuses et aux syndicats, de former des noyaux révolutionnaires ouvriers d’usine et de quartiers, de diffuser et d’agir concrètement à partir de positions communistes révolutionnaires en milieu de travail. Qui, de nos jours, se donne la peine de se présenter sur le plancher d’une usine, d’une manufacture de textile, d’un atelier, dans les parcs industriels, bref, dans des milieux de travail et des lieux qui n’intéressent tout bonnement personne dans l’extrême-gauche?

b. D’autre part, établir une solidarité avec les travailleur.euses qui soit plus qu’un simple appel à nous soutenir lors de nos grèves étudiantes ou par un endossement écrit provenant des milieux syndicaux ou communautaires. Nous pouvons faire plus, et nous devons faire plus. Cela commence par s’intéresser réellement aux revendications des travailleurs.euses et à la structuration du marché de l’emploi.

L’exemple de la mobilisation des «Rendez-Vous de la Main d’œuvre» à l’hiver 2017 est significatif à cet égard. Ces «Rendez-Vous» concernaient principalement la question de la compétitivité du Québec au niveau économique national et international par le biais de l’augmentation de la productivité et de la durée du travail (on y parlait de formation continue, d’augmentation de l’âge de la retraite, mais aussi de «modernisation» des procédés de production dans les manufactures québécoises). Pourtant, la mobilisation étudiante à l’égard de cet évènement portait principalement sur des intérêts étudiants spécifiques, comme la critique de la «marchandisation» de l’éducation et diverses demandes de réformes qui concernaient surtout le milieu post-secondaire. Pourquoi personne ne s’est intéressé au thème principal de ces «Rendez-Vous», c’est-à-dire, l’augmentation de l’intensité et de la productivité du travail, un thème qui concerne principalement les prolétaires? Pourtant, les luttes politiques étudiantes ont généralement eu comme caractéristique de s’intéresser à la politique du dehors, voire, à une remise en question radicale de la société capitaliste. Les intérêts étudiants sont importants, mais seulement s’ils sont compris par rapport à la place que les étudiant.es occupent dans la société. Qu’est-ce qu’un «mouvement étudiant» s’il n’est qu’un organe corporatiste, existant pour son propre intérêt et la préservation de ses propres privilèges?

Quoiqu’on en dise, les étudiant.es peuvent réellement être intéressé.es à se battre pour autre chose que leurs propres intérêts corporatistes. Le sens moral et le sens politique des étudiant.es n’est pas toujours anémique et nombriliste; certains d’entre eux et elles trouvent du sens à lutter avec le prolétariat et pour le socialisme. Le fait est qu’en sortant des écoles, nous voyons d’autres réalités: et nous sommes plus à même de nous lier concrètement aux diverses luttes. Mais il est aussi important d’apporter ces luttes «à l’intérieur» de notre propre milieu. Dans ces luttes communes, les comités de solidarité doivent avoir un rôle actif et offensif. Mobilisons-nous pour lutter aux côtés des travailleur.euses en grève, aidons-les à tenir la ligne de piquetage, et débrayons pour nous y rendre. Si nous voyons des licenciements massifs de prolétaires par une multinationale, il n’en tient qu’à nous de l’attaquer en solidarité directe avec les travailleur.euses concerné.es. Bref, il faut en finir avec les discours abstraits ou moraux qui ne poussent pas à l’action; la lutte de classe qui se joue entre les millions de travailleur.euses exploités et une poignées d’exploiteurs ne prend pas de pause; c’est avec ces millions de travailleur.euses que nous devons nous organiser pour ébranler puis détruire la fange capitaliste.

Mettre concrètement les ressources et compétences du mouvement
étudiant au service des luttes populaires

Qu’il s’agisse de ressources matérielles (comme des locaux, du financement), des ressources intellectuelles (connaissances et compétences diverses), du temps, rien n’est à négliger. En tant qu’étudiant.es, nous avons les ressources financières, les savoir-faire, le temps et l’énergie; on sait que lorsque les étudiant.es se mettent en grève, ils et elles peuvent lutter efficacement contre la bourgeoisie et ses forces répressives de l’État. Pourquoi ne pas mettre ces ressources au service du but politique que nous nous sommes donnés, la Révolution socialiste; pour qu’il cesse de flotter dans l’abstrait, afin de construire les outils et les moyens pour le réaliser…?

Apprendre à combattre

Finissons-en des manifestations symboliques où la police a amplement le temps de nous intimider avant que nous puissions initier la moindre action. Quel est le but d’une manifestation? Si nous manifestons, ce n’est pas de manière symbolique ou pour quémander quelque chose aux bourgeois; c’est pour faire une démonstration de force, pour imposer un rapport de force dans la lutte des classes. La manifestation, c’est le premier degré de l’offensivité; leur organisation permet d’apprendre à combattre, dans le but de combattre plus encore dans l’avenir (eh non, la révolution n’est pas un dîner de gala!). S’opposer à l’État bourgeois et au capitalisme, ce n’est pas que lui résister, c’est chercher à gagner en puissance pour opérer leur renversement. Savoir bien s’organiser en manifestation, c’est aussi savoir bien s’organiser pour des groupes d’autodéfenses de quartiers, pour des grèves offensives et pour des attaques ciblées plus généralisées.

Quoiqu’en disent les médias bourgeois (qui sont justement, bourgeois!), quiconque a fait du travail politique à l’extérieur des universités et CÉGEP, dans les classes populaires, sait que les prolétaires rejettent massivement l’ordre actuel des choses, que le statu quo qui semble à première vue caractériser notre société est fragile. Dans ces conditions, il est de notre devoir d’assumer pleinement nos engagements révolutionnaires, d’oser mettre notre corps en jeu, d’apprendre à combattre en combattant, en s’organisant pour que chaque coup soit une réussite. Ne pas parier sur la spontanéité, mais parier sur l’organisation, c’est s’assurer de bien réussir l’objectif qu’on se donne lors d’une manifestation. L’organisation en petits-groupes bien coordonnés entre eux, dont chacun à une tâche spécifique à remplir dans un plan plus général augmente les chances de réussite d’une action. Il ne sert à rien de se munir d’une pensée magique et de penser qu’une action ou un plan pourra se déployer «spontanément» à chaque fois, ni d’être défaitiste et de s’en tenir aux règles imposées par la bourgeoisie parce que la police ou la loi nous guette. Ce n’est pas en restant dans les limites revendicatives imposées par la bourgeoisie que nous apprendrons à la combattre; viendra un temps où c’est elle qui nous combattra – il faudra alors être prêts.

Rejoindre ou supporter le Parti du prolétariat, première arme
pour la Révolution

Pour faire la révolution, il faut s’organiser. Nous savons à quel point la bourgeoisie, elle, est organisée; avec son appareil d’État, sa police, son armée, ses partis politiques électoraux, ses médias. Si les révolutionnaires sont éparpillé.es, s’ils et elles ne travaillent pas ensemble dans un but commun, bref, s’ils et elles ne s’organisent pas, ils et elles courent à leur perte. C’est pour cela que nous, les étudiant.es révolutionnaires, nous organisons avec le parti du prolétariat, le Parti Communiste Révolutionnaire (PCR).

Le parti, c’est l’organisation qui regroupe les travailleur.euses les plus décidées à faire la révolution; cette organisation n’existe que pour développer la lutte révolutionnaire. Sa seule raison d’exister, c’est pour permettre aux travailleurs et travailleuses d’agir collectivement pour renverser le capitalisme, en faisant de l’agitation, de l’éducation populaire, en menant des luttes politiques dans la rue, sur les lieux de travail, dans les quartiers, tout en assurant la sécurité de ses membres.

Ce n’est pas un parti électoral, ni par sa ligne politique, ni par son style de travail et son mode d’organisation. En fait, le Parti Communiste Révolutionnaire est résolument anti-électoral, parce que ses militantes et militants estiment que la «démocratie» parlementaire, telle qu’elle est pratiquée dans un pays capitaliste comme le Canada, ne sera jamais à même de répondre aux besoins des larges masses prolétariennes – la «démocratie» comme l’entendent les bourgeois et la classe politique , c’est la politique qui répond aux intérêts économiques et politiques des puissants, des propriétaires, des patrons. Quand à t-on vu une délégation de travailleurs et travailleuses au sein d’un parti électoral? À la perspective d’une «démocratie» dans un État créé par et pour les bourgeois, le Parti oppose une démocratie qui s’incarnerait dans un réel pouvoir du peuple basé sur les conseils révolutionnaires. C’est la perspective de la prise du pouvoir du peuple sur l’outil que la bourgeoisie utilise présentement contre elle et les peuples du monde entier (l’appareil d’État) afin de liquider cette classe parasitaire, pour enfin organiser la société autour des besoins réels des individus, et non dans la perspective de faire du profit.

Être membre du Parti nécessite d’y militer – de participer à la discussion et à la vie interne de l’organisation, de contribuer à son financement et d’y participer en élaborant ou en participant aux diverses initiatives militantes de ses membres. L’organisation des travailleurs et travailleuses en parti implique évidemment nombre de débats et de discussions pour déterminer les lignes stratégiques et tactiques de l’organisation. À l’intérieur des rangs du parti, le débat est non seulement permis (de toute façon, il y existe objectivement), il est souhaité et même encouragé. Les communistes savent bien que les idées justes ne tombent pas du ciel et ne sont pas innées. Elles se développent et se renforcent dans la lutte contre celles qui sont erronées. Mais la liberté totale dans le débat nécessite ensuite l’unité la plus complète pour appliquer les décisions qui ressortent de celui-ci, celles qui sont votées à majorité, au risque de ne plus former une organisation du tout!

Mais il n’y a pas que militer en tant que membre d’une organisation prolétarienne tel que le Parti qui soit possible. Une autre option de participation, c’est entre autres de militer dans un «petit mouvement», comme au sein du Mouvement Étudiant Révolutionnaire. Si les étudiant.es du Mouvement Étudiant Révolutionnaire se placent sous la direction des travailleurs et travailleuses membres du Parti, ils et elles peuvent, sans être eux et elles-mêmes membres du Parti, s’impliquer politiquement, répondre aux appels larges et développer le mouvement révolutionnaire dans le milieu étudiant. Quelques militantes et militants du MER décident de rester simplement membres du MER, parce qu’ils et elles sont motivé.e par les diverses initiatives lancées. Il est donc absolument possible de s’impliquer au MER sans être membre du Parti. Il peut s’agir d’organiser ou de participer à des manifestations et des actions, d’écrire des articles dans diverses publications, de faire des enquêtes ouvrières, de participer ou d’organiser des ateliers sur divers sujets politiques, etc.

En bref, ce que cela veut dire, c’est qu’on peut être un.e sympathisant.e, être associé.e politiquement à un parti sans pourtant y militer en tant que membre. Une autre option qui existe, c’est d’être un.e compagnon.ne de route. Dans les différents niveaux d’engagements, en voici un qui ne nécessite pas un engagement aussi fort que d’être membre à part entière! Les compagnons de route dans le milieu étudiant peuvent facilement, par exemple, entraîner par leur action politique la participation de larges masses étudiantes à la lutte révolutionnaire, par le biais de propositions en Assemblées Générales, de débrayages, d’actions concertées, par la formation de divers comités de lutte, par la rédaction d’articles etc. Il est donc possible, sans être membre en règle du Parti, sans même être décidément communiste, de participer aux diverses initiatives, si les perspectives politiques et les buts de la lutte nous inspirent et nous emballent.

Nous avons dit «Feu sur l’école bourgeoise», nous disons maintenant «Feu sur la bourgeoisie!»

Nous, les étudiant.es communistes du Mouvement Étudiant Révolutionnaire, appelons les étudiantes et étudiants indigné.es par ce monde de merde à venir se battre avec nous. Cette transformation de la société, la Révolution communiste, ne sera jamais le fait des seul.es étudiant.es: ce sont ceux et celles qui ont le plus à gagner, le moins à perdre, les prolétaires, qui la feront. Reste que les étudiant.es ont un rôle à jouer dans la lutte, et qu’ils et elles peuvent y prendre part dès maintenant. Être lucides sur notre position dans cette société de classe et le futur qui nous y attend en tant qu’étudiant.es est la première étape. Prendre les moyens nécessaires pour transformer notre rôle dans la société est la deuxième.

À tous ceux et à toutes celles qui s’indignent devant la barbarie de ce monde injuste, sachez que votre sentiment rejoint celui de millions de prolétaires qui aspirent à un monde meilleur et qui luttent en ce moment même pour mettre fin au système destructeur dans lequel nous vivons. Et c’est pour cette raison que nous invitons tous.tes les camarades interessé.es par nos perspectives à participer à l’Assemblée Révolutionnaire du Samedi 23 septembre, à 18h00, à la Maison Norman Béthune, afin que nous rassemblions nos forces pour les combats à venir contre la bourgeoisie canadienne et son État. Il viendra un temps où les étudiant.es auront à choisir un camp: celui de l’impérialisme, de l’exploitation, de la destruction de l’environnement, celui de la bourgeoisie? Ou celui des opprimé.es, le camp révolutionnaire? Nous, nous avons fait notre choix.

* * *

La Maison Norman Bethune se trouve au 9697, boul. Saint-Laurent, bur. 303 (3e étage), Montréal, H3L 2N1. Pour plus d’informations sur ses activités, vous pouvez consulter sa page Facebook.


NOTES

1 Lénine a été un des premiers à comprendre cette évolution du capitalisme au début du XXe siècle dans son ouvrage «L’impérialisme, stade suprême du capitalisme» (encore étonnamment d’actualité). Outre ce livre, pour plus d’information sur les pays impérialistes, dont le Canada fait partie, on peut consulter «Le caractère impérialiste du Québec», Socialisme Maintenant! No.3, Automne 1997. (disponible en ligne: http://www.pcr-rcp.ca/fr/2492)

2 Najib Souamaa, «La loi des huit heures: un projet d’Europe sociale? (1918-1932)», Travail et Emploi, No.110 , 2007, pages 27-36

3 Pour reprendre l’exemple de la journée de 8 heures, d’abord implantée «par les États soucieux d’établir une paix durable comme un moyen de freiner l’extension du bolchevisme» (Najib Souamaa, op.cit.), elle est successivement laissée en suspens, abrogée, remise en cause dans les années subséquentes et reste toujours dépendante de la conjoncture politique et économique, affectée par les guerres et les crises économiques du XXe siècle.

4 Les principales mesures nommées ici sont tirées et inspirées de «Socialisme: rêve des exploité.es, cauchemar des exploiteurs», Partisan (Édition du Québec), Automne 2017, p.3.

5 Voir à ce sujet notre premier texte, «Feu sur l’école bourgeoise! Matériaux pour une critique de l’école»

6 «L’université, les universitaires et la gauche: préambule aux textes de Normand Baillargeon et al., 2000. p.5. Notons aussi que les universités furent d’abord créées par les états européens comme contrepouvoir face à l’Église. Les états cherchaient ainsi à créer des intellectuels leur étant redevables, devançant donc les zélateurs de leurs bienfaiteurs. Malheureusement pour les états, les universitaires devinrent vite indépendants, menaçant continuellement de rejoindre le camp du clergé s’ils n’obtenaient pas ce qu’ils voulaient (salaire, liberté de parole, etc.). Si les états ont depuis le XVIIIe siècle repris les universités en main et en ont fait leurs chiens de garde idéologiques, cette parenthèse historique est instructive sur les possibilités de retourner contre elle-même un outil créer pour eux par les dominants. Sur cette querelle, on peut consulter «L’essor des universités au XIIIe siècle» de Jacques Verger, 1997.

7 Nous faisons référence ici à l’équipe de l’économiste F.A. Hayek, à sa clique de la Société du Mont-Pèlerin, à M. Friedman et à ses Chicago Boys.

8 Pour plus d’information sur les liens entre l’armée canadienne et la recherche à l’université McGill, vous pouvez consulter le site internet de Demilitarize McGill (https://demilitarizemcgill.com), un groupe d’étudiant.es qui s’opposent à ce que des recherches, du recrutement et toutes sortes d’activités à des fins militaires aient lieu sur le campus de McGill.

9 Communiqué du 16 novembre 2016, «Mission en Israël et Cisjordanie: 11 ententes stratégiques pour la métropole» (disponible en ligne sur: https://mairedemontreal.ca/mission-en-israel-et-cisjordanie-11-ententes-strategiques-pour-la-metropole)


BIBLIOGRAPHIE

BENSAID, D. – «Faut-il défendre l’université? Entre contraintes marchandes et utopie académique» Revue Contretemps, n°3, juillet 2009.

PIOTTE, J-M. – «L’université, les universitaires et la gauche: préambule aux textes de Normand Baillargeon, Jean-Marc Fontan, Mona-Josée Gagnon, Lucie Lamarche, Karen Messing et Ruth Rose», Cahiers de recherche sociologique 34 (2000): 5– 24.

SOUAMAA, N. – «La loi des huit heures: un projet d’Europe sociale? (1918-1932)», Travail et Emploi, No.110 , 2007, pages 27-36.

LÉNINE V.I. – L’impérialisme, stade suprême du capitalisme

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