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SIX MOIS D'OCCUPATION EN IRAK

Intensifions la lutte contre la guerre impérialiste !

La période dans laquelle on se trouve présentement est particulièrement trouble - c'est le moins qu'on puisse dire. Depuis le début de l'année 2003, on a ainsi assisté à une guerre, puis à l'occupation de l'Irak ; à la poursuite de l'occupation militaire américaine en Afghanistan ; à une offensive débridée de la part de l'État sioniste d'Israël contre le peuple palestinien, avec l'appui des États-Unis, et qui prend désormais les allures d'un quasi-génocide ; à l'intensification des rivalités et des contradictions entre les puissances impérialistes elles-mêmes, qui n'étaient jamais apparues aussi tendues depuis l'époque de la guerre froide ; mais aussi à une augmentation significative de la résistance populaire, si évidente dans les pays qui sont sur la ligne de front, mais qui s'est manifesté aussi avec beaucoup de force dans les pays impérialistes lorsque le raz-de-marée des manifestations anti-guerre a déferlé au début de l'année.

Apparemment, l'impérialisme U.S. a pu sembler pendant un certain temps avoir le vent dans les voiles. Ayant utilisé les attentats du 11 septembre 2001 comme prétexte pour mener la contre-attaque, la puissance impérialiste numéro un n'a pas eu trop de peine à renverser le régime des Talibans, ni à remporter une victoire militaire somme toute assez facile (et hautement prévisible) en Irak, au terme de quelques semaines à peine de combats. Mais comme c'est souvent le cas, il arrive que les apparences soient trompeuses : de fait, la situation est encore loin d'être sous contrôle, ni en Irak, ni d'ailleurs en Afghanistan. D'un point de vue général, on ne peut certainement pas dire que le bateau piloté par George W. Bush navigue dans des eaux plus stables aujourd'hui que c'était le cas il y a à peine deux ans. De plus en plus de forces s'opposent, souvent avec une vigueur rarement atteinte, aux diktats et à la domination de l'impérialisme U.S. qui se voit réduit à ne plus pouvoir régner qu'en faisant usage de la force la plus brutale.

Comme le disent si bien nos camarades du Mouvement révolutionnaire internationaliste (le MRI, qui regroupe des partis et organisations et maoïstes de différents pays), la situation actuelle est pleine de dangers, mais elle recèle également de grandes et nouvelles opportunités, dont le prolétariat et les peuples opprimés peuvent et doivent s'emparer pour porter de nouveaux coups au capitalisme et à l'impérialisme. C'est d'ailleurs là ce que font les maoïstes qui conduisent les luttes armées qui se déroulent notamment au Népal, en Inde et aux Philippines, et qui contribuent ainsi puissamment à repousser l'offensive ennemie.

Irak : la résistance se poursuit !

Près de six mois après la fin officielle de la guerre, il est évident que les occupants américains et britanniques ne sont pas sortis de l'auberge. Jour après jour, la résistance irakienne porte des coups et inflige des pertes aux soldats américains, au rythme d'entre 12 et 24 attaques quotidiennes, selon ce qu'admet l'armée américaine elle-même.

Entre le 1er mai (date à laquelle Bush a annoncé la « fin des opérations de combat majeures » en Irak) et le 18 octobre, pas moins de 101 Américains ont été tués par fait de guerre en Irak, tandis que 1 212 autres ont été blessés - ce qui est certes bien fait pour eux et constitue un juste retour des choses, après la mort des plus de 7 000 civilEs irakiennes et irakiens ayant perdu la vie sous les bombardements. En fait, les autorités américaines reconnaissent la perte d'au moins 250 soldats de plus, dont le décès serait dû soit à un accident, une intoxication alimentaire, la maladie, ou autre événement fortuit, et non par la guerre...

Les quelque 150 000 soldats américains et leurs alliés britanniques qui occupent le pays n'ont pas encore réussi à « sécuriser » leur présence sur le territoire irakien - loin s'en faut. Cela, en dépit du fait qu'ils ne font officiellement face qu'à une poignée de résistants - des « petits groupes isolés » formés par des partisans du régime de Saddam Hussein et/ou par des membres du réseau Al-Qaïda, selon les Américains. Les États-Unis en sont désormais réduits à quémander l'aide d'autres pays « alliés », et même de l'ONU, qu'ils souhaitaient pourtant exclure de tout rôle dans la soi-disant « reconstruction » de l'Irak (i.e. dans la mise sur pied d'un nouveau pouvoir qu'ils espéraient contrôler de A à Z).

Du point de vue de l'administration publique, la situation apparaît tout aussi désastreuse : ni État, ni gouvernement, ni police, ni appareil judiciaire dignes de ce nom, mais rien que ce qui apparaît de plus en plus clairement comme étant une occupation typiquement coloniale. Le pays est livré à l'anarchie (dans le plus mauvais sens du terme...) ; la population irakienne souffre de la faim, du manque de travail, de la corruption, de la criminalité et de la disparition des services publics les plus essentiels qui ont été détruits sous les bombardements américano-britanniques (l'eau et l'électricité sont aussi rares, six mois plus tard, qu'ils l'étaient pendant les bombardements les plus intenses).

Économiquement, l'occupation de l'Irak représente pour les États-Unis un gouffre sans fond. Non seulement s'agit-il de financer le maintien de troupes dont le nombre est appelé à augmenter plutôt qu'à décroître, mais on estime à 13 milliards $ (US, évidemment) le montant qu'il faudrait investir pour rétablir les services d'électricité, et à 16 milliards $ pour ce qui est des services d'aqueduc.

Pendant ce temps, la production de pétrole, si convoité par les grands monopoles états-uniens, est en chute libre, se chiffrant à moins d'un million de barils par jour (environ 750 000, de fait, selon Robert Fisk - le réputé journaliste du quotidien britannique The Independent). Avant la guerre, sous l'embargo imposé par les Nations unies, elle atteignait tout de même plus de 2,8 millions de barils quotidiennement. Dans l'état actuel des choses, il faudrait en fait que l'Irak importe 750 000 barils supplémentaires par jour, rien que pour subvenir à ses propres besoins...

Tout ça, sans compter le fait que Saddam court toujours, et que les fameuses « armes de destruction massive » s'avèrent tout aussi inexistantes qu'elles l'étaient avant le début de la guerre - ce qui n'est d'ailleurs pas sans alimenter le mécontentement et les luttes intestines au sein même de la classe dominante, tant aux États-Unis qu'en Grande-Bretagne, où on ne peut plus cacher que toute l'opération n'a été menée que sur la base de purs mensonges.

Et alors, en Afghanistan, ça se passe mieux ? Certes pas. Après deux ans d'occupation et plus de 8 000 victimes parmi la population civile, il n'y a toujours pas, là non plus, la moindre trace d'un État démocratique. Le gouvernement fantoche mis en place par les Américains règne tout juste à Kaboul (et encore !), tandis que le reste du pays est désormais partagé entre les seigneurs de guerre mafieux, qui font régner la terreur. La situation des femmes, à certains égards, a même empiré par rapport à ce qu'elle était (comme le rappelait une militante de l'organisation de résistance des femmes RAWA, les Talibans avaient au moins l'avantage de réprimer les violeurs).

Mais là aussi, la résistance est forte, comme on l'a vu tout récemment avec l'attentat qui a coûté la vie aux deux soldats canadiens. Les troupes d'occupation se voient même condamnées à se déplacer dans des véhicules blindés et à éviter tout contact avec la population locale, ce qui n'est pas tout à fait la meilleure façon d'en arriver à se faire respecter.

Cul-de-sac et sables mouvants

Au cours des deux dernières années, les États-Unis ont fait bien plus de victimes, rien qu'en Irak et en Afghanistan, et ils ont commis des actes incomparablement plus monstrueux que ceux dont ils ont été la cible le 11 septembre 2001. Et on ne parle pas ici des autres crimes, encore plus nombreux, qu'ils ont commis ailleurs, historiquement, au fur et à mesure où ils ont installé leur domination - comme aux Philippines, au début du siècle dernier, où leur occupation a fait entre 600 000 et un million de victimes...

Toutes sortes d'hypothèses - certaines farfelues, d'autres plus sérieuses - ont été avancées quant au fait que les autorités américaines aient pu avoir été informées de la probabilité des attentats avant qu'ils aient lieu. Que cela ait été le cas ou non, il est évident que la classe dominante des États-Unis en a profité, dans le sens où elle a su s'en servir comme prétexte pour déployer son offensive. Le 11 septembre 2001 fut, en quelque sorte, le signal que l'impérialisme U.S. attendait pour franchir une nouvelle étape, qualitativement supérieure, dans sa quête pour l'hégémonie mondiale, pour assurer sa mainmise sur les ressources les plus importantes (comme le pétrole irakien), pour apparaître comme étant celui qui mène - le « big boss » - et s'assurer d'un repartage du monde encore plus à son avantage.

Tout cela, il faut dire, ne découle pas tant de la « folie » d'un George Bush ou de son entourage (bien qu'un tel qualificatif ne soit vraiment pas exagéré dans leur cas). Les événements et les développements spectaculaires qui sont se produits depuis deux ans sur la scène internationale - les guerres, la répression, la mort et la dévastation, et même la possibilité plus réelle que jamais d'un nouveau conflit mondial généralisé - tiennent en fait à la nature même du système dans lequel on vit. De la même façon que le capital ne peut stopper sa course à la valorisation, les puissances impérialistes tendent nécessairement à l'hégémonie. Elles se doivent, et sans que cela soit une question de « choix », d'étendre leur domination, encore et toujours plus, et d'éliminer tout ce qui constitue une entrave à leur expansion - qu'il s'agisse d'un rival, d'un régime autrefois allié mais devenu encombrant, ou encore même d'un peuple entier.

Le corollaire de tout cela, c'est qu'une fois entrés en action, les agresseurs ne peuvent plus faire marche arrière. Ils sont condamnés à avancer ou à perdre, i.e. à disparaître, à terme. Dans un texte publié à l'occasion du deuxième anniversaire des attentats du 11 septembre, le camarade Jose Maria Sison - le fondateur du Parti communiste des Philippines - l'a bien expliqué : « Jusqu'à présent, l'Irak constitue la plus importante prise que les États-Unis ait attrapée dans le cadre de la guerre au terrorisme. Il est certain qu'ils ne pourront pas s'en retirer facilement, même s'ils en venaient à subir des pertes de plus en plus grandes. C'est qu'ils ne peuvent tout simplement pas se permettre d'abandonner les champs pétrolifères et les contrats de reconstruction que les compagnies américaines ont ramassé, d'un seul coup. Ainsi, ils se sont eux-mêmes placés les deux pieds en plein dans les sables mouvants. »

Intensifions la lutte contre la guerre et l'agression impérialistes !

La courageuse résistance des peuples d'Irak et d'Afghanistan, ainsi que le vaste mouvement populaire qui a déferlé sur la scène internationale au cours des derniers mois, montrent bien tout le potentiel de résistance qui existe contre l'oppression et la domination impérialiste. Les événements que nous venons de vivre nous ont aussi montré que tous les beaux discours dont les grandes puissances nous inondent depuis tellement d'années sur la « démocratie » et le « droit international » ne sont en fait rien d'autre que du vent. Les troupes américaines et britanniques ont bombardé et occupé l'Irak et ce, en dépit de la volonté clairement exprimée par la vaste majorité des peuples sur toute la planète, y compris aux États-Unis et en Grande-Bretagne (voire surtout dans ce pays).

Il est clair que les impérialistes, comme tous les réactionnaires, ne forment qu'une petite minorité à l'échelle du monde. Ils ne peuvent imposer leur règne que grâce à leurs armées, leurs forces de police et leur système répressif, sans compter leur immense arsenal d'armes de destruction massive - car eux, contrairement à Saddam Hussein, en disposent bel et bien. Mao Zedong avait certes raison lorsqu'il disait que « le pouvoir est au bout du fusil ».

Mais même s'ils semblent apparemment invincibles, les impérialistes sont très faibles, en réalité. Cela, on peut le voir très bien dans les rues de Bagdad et un peu partout en Irak, où les soldats américains, comme le dit aussi Sison de façon fort imagée, ont plutôt l'air de petits canards de plastique qui attendent de se faire tirer dessus, comme ceux qu'on retrouve dans les centres d'amusement. L'exploitation, l'oppression, les injustices et les agressions que les impérialistes commettent et répandent ont pour conséquence que les peuples de partout les haïssent de plus en plus.

Les batailles auxquelles nous venons d'assister (et dans lesquelles nous avons participé, dans une trop faible mesure encore) ne sont qu'un avant-goût des grands combats qui s'en viennent. Aux Philippines, le mouvement national démocratique est en train de déjouer les manœuvres du régime réactionnaire, qui tente de ramener les militaires américains que le peuple a pourtant jetés dehors il y a 15 ans. Le gouvernement de la protégée de George Bush, Gloria Macapagal-Arroyo, est en train de s'effondrer, littéralement, sous une montagne de scandales et de corruption. En Inde, les deux plus importantes forces de la guérilla maoïste viennent d'amorcer un processus d'unification prometteur et comptent bien décupler leurs efforts pour porter de nouveaux coups à la classe dominante alliée des États-Unis. Au Népal, le nouveau pouvoir populaire se construit sous la direction du Parti maoïste et se prépare à l'affrontement général contre le vieux régime féodalo-monarchiste. L'exemple du Népal, où flotte le drapeau rouge de la révolution, inspire les masses opprimées partout en Asie du Sud, comme on l'a vu il y a quelques mois au Bhoutan où un nouveau parti a annoncé son intention d'y répandre là aussi la guerre populaire.

Dans ce que les États-Unis considèrent comme étant leur arrière-cour, i.e. en Amérique latine, les luttes populaires connaissent également une remontée significative, comme on l'a vu récemment en Argentine, en Équateur, en Bolivie et au Pérou. Dans ce pays, la guérilla maoïste, qui s'était retrouvé en situation de recul temporaire ces dernières années, est réapparue avec force au cours des derniers mois et ce, dans un contexte où le régime soutenu par les Américains est de plus en plus discrédité.

Les peuples du monde n'ont jamais accepté et ils n'accepteront jamais l'exploitation impérialiste. Les échecs causés par les différents courants révisionnistes qui ont fait tellement de tort au mouvement révolutionnaire et aux mouvements de libération nationale sont désormais chose du passé. De nouvelles tempêtes révolutionnaires ont déjà commencé à se lever et vont inévitablement se développer. La lutte des centaines de millions d'exploitéEs et d'oppriméEs est potentiellement encore bien plus puissante que celle que l'ennemi est en mesure de déployer. Plus que jamais, la résistance s'impose ! Il faut la développer et la répandre, d'un bout à l'autre de la planète, et surtout la transformer en une force révolutionnaire qui balaiera le vieux régime destructeur et meurtrier qui règne depuis déjà bien trop longtemps.

Vive la courageuse résistance du peuple irakien ! À bas l'occupation étrangère !
Palestine vaincra ! Mort au sionisme !
Troupes canadiennes, hors d'Afghanistan !
Appuyons la guerre populaire au Népal, en Inde, aux Philippines et partout ailleurs !
Un monde, une lutte, partout une même tempête révolutionnaire !

Eric Smith

(paru dans la revue Arsenal n° 1)

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