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Pour la création d'un Secours rouge canadien

En ce moment, des milliers de militantes et de militants croupissent dans les prisons de l'impérialisme et sont victimes des pires traitements, en Europe, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique et en Afrique. Cette répression n'épargne pas les militantEs dans les pays impérialistes : la cour d'appel de Paris vient de condamner sept militantEs communistes et antifascistes espagnolEs à des peines de prison très lourdes sur la base d'allégations plus que douteuses.

Des camarades européens, s'inspirant de l'expérience glorieuse du Secours rouge international (SRI) créé par la Troisième Internationale durant la période de lutte contre le fascisme, ont pris l'initiative de recréer cet instrument de lutte contre la répression. Nous appuyons cette initiative et nous lançons un appel à tous les anticapitalistes, anti-impérialistes et antifascistes, à se joindre à nous pour créer une section canadienne du Secours rouge international. Nous, du comité pour la création du Secours rouge canadien, voulons apporter un soutien matériel, moral, mais surtout politique, aux prisonniers et prisonnières politiques au Canada et de partout sur la planète. Nous ne pouvons rester muets quand les meilleurs des nôtres sont persécutés par les capitalistes.

L'impérialisme, qu'il soit américain, européen, asiatique ou canadien, a lancé une attaque d'envergure contre les masses travailleuses du monde entier. Le capitalisme est en crise, la bourgeoisie intensifie ses attaques contre le prolétariat afin d'augmenter ses profits et ses parts de marché. Le capitalisme, c'est l'horreur et la misère pour la majorité et la répression de toute forme d'opposition. Dans les pays dominés, le mouvement révolutionnaire riposte et prend de l'ampleur (Népal, Inde, Philippines...). La résistance à l'impérialisme s'organise également en Irak et en Palestine.

Dans les pays impérialistes, les contradictions de classes s'aiguisent. Le Canada ne fait pas exception à la règle. La bourgeoisie attaque le prolétariat : on baisse les salaires, on remet en question les programmes de protection sociale acquis de haute lutte par la classe ouvrière, la précarité devient la réalité d'une masse de plus en plus nombreuse. Cette attaque ne fera qu'augmenter en intensité dans les prochaines années. Dans ces circonstances, il est clair que la lutte de classe ne peut elle aussi qu'augmenter en intensité. Les masses doivent et vont résister et contre-attaquer. Pour l'instant au Canada, la paix sociale et la concertation maintiennent le prolétariat dans une relative passivité. Le jeu des élections permet encore (mais de moins en moins fortement) de maintenir une apparence de légitimité à la bourgeoisie. Malgré cette paix sociale toute relative, l'État des exploiteurs a une machine de répression bien huilée et prête à servir en cas de besoin. Les groupes de gauche qui se sont radicalisés dans la foulée du mouvement anti-mondialisation ont goûté à cette médecine. En effet, manifester au Canada est devenu de plus en plus difficile. Les arrestations de masse sont devenues une pratique courante, les gaz et le poivre de cayenne également.

Le Canada aime à présenter une image de démocratie respectueuse des droits et libertés de ses concitoyens. Ces droits et libertés, que certains présentent comme étant inaliénables et éternels, pèsent de moins en moins lourd dans la balance pour la bourgeoisie qui défend sa domination. La démocratie bourgeoise, les droits et libertés, la justice bourgeoise, c'est bon en période de paix sociale. Dès que les masses travailleuses s'agitent et tentent de sortir de la domination capitaliste, la bourgeoisie n'hésite pas à violer sa propre légalité. L'attaque du 11 septembre 2001 aux États-Unis a déjà provoqué un durcissement de cette légalité. N'en déplaise aux adorateurs de la Charte des droits et libertés, on voit très bien que ces droits que l'on dit inviolables, n'empêchent pas les bourgeois d'imposer l'arrestation préventive, les tribunaux d'exception, le crime d'association, les doubles peines et la criminalisation de la dissidence politique sous le couvert de la lutte contre le terrorisme. Cet état de guerre ne vise évidemment pas seulement les groupes islamistes, qui en sont par contre largement victimes pour l'instant, mais fait partie de l'arsenal que la bourgeoisie se donne pour mater toute opposition à son pouvoir. Le Canada a également durci les lois sur l'immigration. Les victimes de l'impérialisme le plus sauvage dans les pays dominés se font refuser de plus en plus l'entrée au Canada. Les organisations luttant contre l'impérialisme sont déclarées illégales au Canada (entre autres, le Parti communiste des Philippines qui mène une lutte héroïque de libération nationale). La résistance est assimilée par la bourgeoisie au terrorisme.

Au Canada, les lois répressives ne sont pas nouvelles, on n'a qu'à penser aux Premières nations qui ont goûté à la « démocratie canadienne » plus d'une fois. L'occupation de leurs terres (du peu qu'on leur a laissé) par l'armée canadienne en 1990 à Kanehsatake démontre bien que toute volonté d'autodétermination poussée jusqu'au bout (soit la défense de leur territoire par les armes, s'il le faut), sera réprimée par la force par la bourgeoisie canadienne. On n'a qu'à se rappeler les persécutions dont ont été victimes les communistes et les militantEs progressistes des années 30, 40 et 50. On n'a qu'à se rappeler la répression du mouvement populaire des années 70 au Québec et du fondateur de la Charte des droits et libertés, P.E.Trudeau, qui n'a pas hésité en 1970 à appliquer les mesures de guerre au Québec et à suspendre les droits civils et politiques en raison d'une insurrection appréhendée.

Nous, nous disons que les terroristes, ce sont les bourgeois. Les bandits, ce sont les impérialistes. Nos camarades, ici au Canada et partout sur la planète, qui luttent contre le capitalisme, contre l'impérialisme et contre le fascisme et qui sont victimes de la répression capitaliste, sont le patrimoine le plus précieux de la classe ouvrière. Nous ne jugeons pas leurs actes sur la base des règles de droit et de morale des exploiteurs, mais sur la base de la légitimité révolutionnaire de leur action. Comme le disait si bien Mao Zedong, « on a raison de se révolter ».

Vive le Secours rouge international !
Solidarité avec les prisonnières et prisonniers politiques !
Notre lutte sera victorieuse !


L'impérialisme américain, l'État canadien et la conjoncture internationale

Actuellement, les différentes puissances impérialistes remettent en cause beaucoup de droits politiques pour les masses. Depuis le 11 septembre 2001, une avalanche de lois répressives, dont les célèbres lois dites antiterroristes, ont été adoptées par les gouvernements. Les budgets qui vont aux dépenses pour la sécurité grimpent énormément. De plus, lors du dernier budget fédéral, le gouvernement canadien a pris un engagement de 605 millions de dollars supplémentaires pour répondre à des enjeux liés à la sécurité. Ce montant s'ajoute aux 7,7 milliards $ sur cinq ans pour des initiatives en matière de sécurité alloués pour le budget de 2001, et un autre 420 millions $ depuis.

Le 12 décembre 2003, le gouvernement canadien a annoncé d'importants changements organisationnels, y compris la création d'un nouveau ministère de la Sécurité publique et de la protection civile. Ce nouveau ministère regroupe au sein d'un même portefeuille les activités concernant la sécurité nationale, la gestion des crises, la protection civile, les services frontaliers, les services correctionnels, le maintien de l'ordre et la prévention du crime. L'arsenal répressif de la bourgeoisie canadienne est en pleine croissance.

Aux États-Unis, en 2003, il y a eu 404,9 milliards de dollars alloués au budget de la défense par le gouvernement fédéral. Pour 2004, on prévoit 451,6 milliards $. Il est à souligner que le déficit budgétaire américain était de 375 milliards de dollars. Le budget de la défense était de 294 milliards $ en 2000. Depuis 1999, il s'était maintenu à peu près à ce niveau.

Ceci dit, si les budgets qui vont à la défense et à la sécurité ont augmenté considérablement depuis 2001, alors qu'ils étaient stables pendant la décennie antérieure, on peut tout de même noter que les législations antiterroristes étaient déjà aux feuilletons législatifs aux États-Unis et au Canada avant l'attaque du 11 septembre 2001. À la fin des années 90, la nouvelle législation canadienne sur l'immigration contenait un volet sur la « sécurité intérieure » du Canada. C'est donc dire que le délire sécuritaire n'est pas dû qu'à un simple événement et qu'il faut le relier à quelque chose de plus fondamental.

Il faut donc retourner en arrière, durant la période de la guerre froide entre le social-impérialisme russe et l'impérialisme américain. Il faut se rappeler que sur plus de trois décennies, l'impérialisme américain s'est doté d'une force militaire assez colossale qu'il n'a pas eu à utiliser contre l'Union soviétique, mais qui lui a servi pour établir sa loi dans le reste du monde. Les autres puissances du bloc occidental et le Japon se sont mis sous le parapluie de la puissance militaire américaine et ont pu tirer leurs billes du jeu.

En effet, alors que les Américains dépensaient en armement, les autres membres du bloc occidental investissaient pour développer l'économie civile. À la fin des années 80, beaucoup avaient l'impression que le Japon et l'Allemagne de l'Ouest allaient pouvoir en quelques décennies dépasser économiquement les États-Unis, dont l'économie battait de l'aile. L'éclatement du bloc de l'Est semblait une bonne nouvelle pour l'Allemagne de l'Ouest qui réintégrait sa partie orientale et mettait la main sur des semi-colonies en Europe de l'Est pour y utiliser une main-d'œuvre à faible coût et pour produire des biens manufacturés en sous-traitance.

En réalité, le Japon a connu une énorme crise financière, dont les effets perdurent encore, et l'intégration de l'Allemagne de l'Est ne se digère pas encore très bien pour l'Allemagne. Les États-Unis, de leur côté, ont connu une période de croissance économique de près de 10 ans sans véritable ralentissement. Cette période de prospérité a permis aux États-Unis de planter leurs pions de manière subtile en profitant des problèmes passagers de leurs concurrents impérialistes.

La présence de l'impérialisme américain en Amérique latine est incontournable. Il est vrai que le renforcement de la puissance locale brésilienne représente une épine dans le pied pour les Américains dans leur volonté d'une mainmise totale sur l'Amérique latine. En Afrique, on assiste à des guerres locales qui sont en fait des affrontements entre groupes sponsorisés soit par les États-Unis, par la France ou l'Afrique du Sud. Les États-Unis marquent des points en Afrique francophone surtout là où l'exploitation minière est importante. En Extrême-Orient, les États-Unis ont toujours une présence en Corée du Sud et aux Philippines. En Europe, la présence américaine dans les Balkans n'est pas innocente.

C'est au Moyen-Orient que les États-Unis ont décidé de jouer le grand jeu. Déjà, en 1991, les Américains s'étaient avancés en envahissant l'Irak. À la fin des années 90, il y avait eu une escarmouche entre les Américains et les Irakiens, mais le motif avancé par les États-Unis pour recourir aux armes n'avait pas convaincu l'opinion publique mondiale. Le prétexte des armes dangereuses dissimulées et du lien entre Saddam Hussein et Al-Qaida n'était pas plus convaincant, mais s'est avéré suffisant pour envahir l'Irak et renverser Saddam Hussein.

Après l'élimination du régime taliban en Afghanistan, Saddam Hussein a été présenté comme un commanditaire du terrorisme à éliminer. Beaucoup disent que les Américains ont envahi l'Irak pour le pétrole. C'est en partie vrai. Ce qui l'est plus, c'est que cette région est un enjeu inter-impérialiste. Le Japon est dépendant du pétrole du Moyen-Orient. Les Américains ont fait main basse sur le pipeline dans le Caucase qui transporte le pétrole russe. L'influence russe et française en Irak est significativement réduite par le contrôle américain. Par contre, cette intervention a déclenché une vague de résistance populaire qui pourrait être un deuxième Vietnam pour les États-Unis.

Cette résistance populaire constitue la principale menace à l'hégémonie américaine dans le monde pour le moment. Les autres puissances n'ont pas la puissance militaire pour tenir tête aux États-Unis et ont trop à perdre d'un conflit avec les Américains. Les peuples du monde, eux, n'ont rien d'autre à perdre que les chaînes de l'oppression qu'ils subissent. Avec leur politique d'agression, les États-Unis se créent de plus en plus d'ennemis et se sentent menacés comme jamais.

L'impérialisme est un agresseur parce que son intérêt lui dicte ce comportement. Face à la montée de ses concurrents économiques, il riposte par la guerre, qui est toujours son ultime recours. L'Allemagne va tôt ou tard résorber ses problèmes et va sortir renforcée de l'écroulement du bloc de l'Est. L'Europe devient de plus en plus solide. La Chine va éventuellement dépasser les États-Unis dans quelques décennies. Quels moyens ont encore les États-Unis pour ralentir les autres puissances impérialistes en montée et conserver leur statut d'unique superpuissance ? Leur actuelle domination économique et leurs armes. Leur intérêt est donc de les utiliser.

N'en déplaise aux penseurs de la gauche officielle, ce n'est pas la mondialisation qui cause l'agression actuelle, mais l'impérialisme. On ne se retrouve pas dans un monde ou l'État-nation est menacé par des multinationales. On assiste plutôt au renforcement du poids de certains États-nations et à la constitution de blocs économiques impérialistes qui sont en situation de guerre larvée.

Pour l'instant, les États-Unis sont la principale puissance agressante. Pour parer aux contrecoups, elle met de plus en plus de ressources pour assurer la sécurité de son propre territoire et de ses zones d'influence. Au sud, le Mexique a une importance stratégique primordiale pour le plan sécuritaire américain. La construction d'un canal au sud du Mexique dans le Yucatan fait partie d'une stratégie de sécurisation de l'espace nord-américain. Les É.-U. réduisent ainsi le temps de circulation des marchandises entre le Pacifique et les Caraïbes et ils pourront en prendre prétexte pour intervenir militairement dans cette région pour écraser les différents mouvements de guérilla qui se développent dans le sud du Mexique. Ces mouvements sont menaçants pour l'impérialisme américain parce qu'ils menacent la stabilité du Mexique, un partenaire économique privilégié des États-Unis, et peuvent avoir une audience favorable dans la communauté latino-américaine des États-Unis.

Le Canada, malgré qu'il maintient son indépendance par rapport à son puissant voisin, fait partie pour des raisons économiques et de proximité de la zone d'influence américaine.

Le Canada est par contre un pays impérialiste à part entière. Il est un possesseur et un acquisiteur de capital de premier ordre. Par sa politique de génocide envers les Premières nations, il s'est taillé un immense territoire aux richesses naturelles fabuleuses dans le Grand Nord. Il exporte des capitaux dans les pays dominés et les compagnies minières canadiennes, pour ne nommer que celles-là, exterminent purement et simplement les populations locales d'Amérique latine qui gênent leurs projets miniers. Bien que tirant habilement son épingle du jeu, le Canada face aux États-Unis ne peut être qu'un allié. Son intérêt fondamental est celui des États-Unis.

Depuis le 11 septembre 2001, les États-Unis reprochent au Canada de ne pas investir au niveau de la sécurité du territoire américain. L'impérialisme américain craint que le Canada serve de porte d'entrée à des terroristes ciblant les États-Unis. Le Canada, pour les États-Unis, n'est pas qu'un partenaire économique, mais aussi une zone qu'il faut absolument contrôler pour assurer la sécurité du territoire nord-américain. C'est vrai au niveau de la défense militaire, mais également dans d'autres domaines. Pensons à la sécurité au niveau de l'approvisionnement en richesses naturelles. Le Canada est un pays riche en matières premières qui servent à l'industrie de guerre américaine.

Les pressions américaines sur le Canada sont de mieux en mieux reçues par le gouvernement canadien. En plus des lois antiterroristes et des aménagements pour la défense commune du territoire, le gouvernement canadien a resserré les lois sur l'immigration et le ministre actuel de la Justice voit d'un bon œil l'utilisation devant les cours de justice canadiennes de preuves acquises à l'encontre des chartes des droits et libertés (torture...) à l'extérieur du Canada. Donc, bien que le Canada poursuive ses propres intérêts impérialistes en augmentant la répression, son statut de voisin des États-Unis fait en sorte qu'il se comporte en allié de l'impérialisme américain. On peut donc prévoir que face à l'agression sans cesse croissante de l'impérialisme américain, la résistance populaire dans les pays dominés augmentera et que la pression pour l'adoption de mesures répressives au Canada augmentera également.

La crise du capitalisme

Le capitalisme est en crise et la bourgeoisie impérialiste doit augmenter ses profits, donc extorquer davantage de plus-value aux travailleurs. Cette situation de crise amène une attaque en règle contre les masses travailleuses des pays impérialistes.

Au Canada, depuis plusieurs années, le gouvernement fédéral et les gouvernements des provinces ont entrepris un travail de réduction des coûts de la main d'œuvre. Les programmes sociaux sont réduits à presque rien et les salaires et conditions de travail revus à la baisse. Une partie de plus en plus grande du prolétariat est réduite à la misère et à l'incertitude. Épargnées jusqu'à tout récemment, l'aristocratie ouvrière et la petite bourgeoisie syndiquée sont maintenant attaquées par l'État et cette attaque devrait prendre de l'ampleur dans les prochaines années. La tendance à long terme est à l'affrontement et la « paix sociale » si chère aux directions syndicales pourrait être chose du passé bientôt. Peu importe le gouvernement, qu'il soit qualifié de droite ou de gauche, il attaquera les conditions de vie du prolétariat. Ce n'est pas une orientation idéologique particulière qui motive cette attaque, mais l'intérêt fondamental de l'impérialisme canadien.

Face à la concurrence de pays en émergence comme la Chine ou l'Inde, la bourgeoisie canadienne veut avant tout voir ses entreprises faire fructifier leur capital. La réduction des conditions de vie des prolétaires, appelée bien hypocritement « augmentation de la productivité » par les capitalistes, est à l'ordre du jour et cette attaque modifiera le paysage politique dans les prochaines années en affaiblissant la capacité de direction idéologique de la bourgeoisie. En effet, de cette attaque il ne peut résulter qu'une accentuation de la lutte de classe au Canada et dans les autres pays impérialistes.

À cela on doit ajouter que les puissances impérialistes devront affronter un vieillissement de la population. Cela signifiera que le bassin de population capable de travailler va diminuer. Pour pallier à cela, les gouvernements des puissances impérialistes ont mis de l'avant des politiques natalistes qui ne donnent pas de résultats très probants compte tenu des sommes investies. Deux autres solutions s'offrent à eux : 1) accroître l'immigration ; et 2) briser les organisations de défense des travailleurs et travailleuses et accroître la flexibilité du travail (encore une fois).

Historiquement, on le sait, les immigrantsEs avaient toujours les plus mauvais salaires. C'est encore le cas. Dans une situation où le taux de chômage risque d'être réduit (à moins de crises économiques majeures), les masses immigrantes exigeront des augmentations de salaire et une amélioration de leurs conditions de travail. La bourgeoisie tentera par tous les moyens d'empêcher cette tendance à la hausse des coûts de la main d'œuvre.

On voit donc encore une fois que la tendance sera à l'affrontement entre les forces du peuple et celles de l'impérialisme et que les gouvernements se préparent en conséquence. La croissance récente des mesures de répression au Canada et dans bien d'autres pays est annonciatrice d'un alignement anti-populaire des gouvernements impérialistes. La répression est à l'ordre du jour. La bourgeoisie est en mode contre-révolutionnaire préventif qui pourrait éventuellement déboucher sur une fascisation des pouvoirs impérialistes. Un rapport de l'OTAN affirmait que le XXe siècle serait celui des insurrections. Il semble que ce soit le cas et que la bourgeoisie va mettre toute sa force répressive dans la bataille. Il convient maintenant d'examiner en détail l'arsenal de la répression au service de la bourgeoisie au Canada.

La répression politique au Canada et la justice bourgeoise

Les lois dites « antiterroristes »

Suite aux événements du 11 septembre 2001, l'État canadien a profité de leur impact pour faire passer des lois dérogeant au régime pénal habituel et qui augmentent les pouvoirs des services de répression. Il ne s'agit pas d'une loi unique, mais d'une série de modifications aux lois existantes. Notre propos n'est pas d'analyser en détail ces modifications, mais d'en souligner les éléments les plus répressifs.

Une définition très large de la notion d'activité terroriste est au centre de ces dispositions : « action ou omission, commise au Canada ou à l'étranger, [...] en vue - exclusivement ou non - d'intimider tout ou partie de la population quant à sa sécurité, entre autres sur le plan économique, ou de contraindre une personne, un gouvernement ou une organisation nationale ou internationale à accomplir un acte ou à s'en abstenir, que la personne, la population, le gouvernement ou l'organisation soit ou non au Canada ». Il s'agit donc d'une définition large et englobante qui qualifie toute violence politique (sauf la violence bourgeoise et celle de ses alliés, évidemment) de terrorisme.

Les luttes de libération nationale et la résistance à l'impérialisme sont alors nécessairement considérées comme du terrorisme. Il est édifiant de constater que le SCRS (le service de renseignement de la bourgeoisie canadienne) considère le Parti des travailleurs du Kurdistan comme un groupe terroriste, même si celui-ci n'a jamais commis d'acte terroriste au Canada. Les Kurdes, faut-il le rappeler, vivent une répression totale et abjecte de la part du gouvernement turc. C'est l'État turc qui devrait être au banc des accusés pour ses actes 100 fois terroristes commis envers le peuple kurde. Le cas du Parti communiste des Philippines est également édifiant. Ce parti dirige une lutte de libération nationale, mais figure sur la liste des groupes terroristes au Canada.

Un groupe ou une personne qui se voit affubler de l'étiquette « terroriste » devient alors la cible de plusieurs autres dispositions. La définition est très large et l'État se garde ainsi la possibilité de la restreindre ou de l'élargir à sa guise. Une personne ou un groupe qui se livre, supporte ou facilite les activités « terroristes » est assimilé alors à un terroriste et peut être accusé en conséquence. On criminalise également le fait d'héberger ou de soutenir un terroriste. Les collectes de fonds sont également criminalisées. Une liste de groupes présumés se livrer à des activités terroristes est constituée. Une fois sur cette liste, un groupe voit ses biens saisis. Cette liste est établie de façon discrétionnaire par le Solliciteur général (ministère de l'Intérieur). On peut imaginer ce qui attend les forces populaires qui appuieront de façon matérielle des prisonniers politiques que l'État canadien, pour bien disposer un allié impérialiste, qualifiera de « terroristes ».

Des pouvoirs extraordinaires sont accordés en matière d'arrestation aux policiers et à l'État lors des poursuites devant les tribunaux. Une personne soupçonnée d'activité terroriste peut être mise en détention sans mandat. On introduit donc l'arrestation préventive. Une personne peut être contrainte de témoigner devant un tribunal qui mène une enquête sur des activités terroristes. On remet en question le droit au silence et la liberté de la presse. En effet, un journaliste peut être contraint de divulguer ses sources. Les accusés peuvent se voir refuser la communication de la preuve et certaines enquêtes se font à huis clos, privant ainsi les accusés d'un procès public. Mentionnons également le fait que sur simple demande de la GRC (police fédérale), l'armée peut intervenir sans aucun contrôle du parlement et qu'un territoire peut être considéré comme zone de sécurité militaire. On se souviendra que lors du dernier sommet du G8 au Canada, cette disposition a été appliquée afin de maintenir à distance respectueuse les manifestantEs. L'écoute électronique est également facilitée et l'échange de renseignements personnels entre les agences de l'État et ses alliés impérialistes est poussée à un degré jamais atteint.

Bien qu'on ne fasse pas encore état d'arrestation sans mandat, ces dispositions sont en vigueur et font partie de l'arsenal de répression de la bourgeoisie. On doit souligner le fait que récemment en Ontario, une journaliste s'est vu saisir tout son matériel dans le cadre d'une enquête sur le terrorisme et que la liste des organisations terroristes est bien remplie. Face à une augmentation de la lutte de classe, l'État n'hésitera pas à utiliser ces dispositions anti-populaires et réactionnaires.

Malgré les paroles apaisantes des représentants de l'État, le Canada, en adoptant sa loi antiterroriste, rejoint les États-Unis qui avec le « Patriot Act » ont amélioré leur arsenal répressif. Amnistie internationale, dans son dernier rapport, affirme que la guerre au terrorisme a rejeté les droits humains et le droit humanitaire dans leur période la plus sombre depuis un demi-siècle. Michel Frenette, directeur général de la section francophone canadienne d'AI, ajoute : « Le Canada croit à la justice, mais il privilégie le recours aux certificats de sécurité et à l'expulsion, des voies qui ouvrent la porte à d'autres violations des droits humains ; il s'oppose à la torture, mais il continue à remettre aux forces américaines des personnes capturées en Afghanistan ; il plaide pour le droit d'asile, mais il refuse de mettre en place un droit d'appel ; et en créant l'Agence des services frontaliers, il traite les demandeurs d'asile comme des candidats à la détention et à la déportation. » Ce qu'Amnistie internationale considère comme une conduite paradoxale du Canada n'est en fait que son comportement habituel : de belles phrases sur la démocratie, mais des agissements qui sont tout autres.

Les chartes des droits et libertés

La justice bourgeoise est une justice de classe. Une justice qui vise à consacrer la domination de la bourgeoisie sur le prolétariat. Il s'agit donc de la dictature de la bourgeoisie. Cette dictature, au Canada et dans les pays impérialistes, est présentée sous l'enrobage de la « démocratie ». Des droits et libertés sont constitutionnellement accordés aux citoyens. Ces droits fondamentaux, politiques (droit de vote, liberté d'association, code anti-discrimination) et judiciaires (droit au silence, protection contre l'arrestation arbitraire, contre les fouilles et perquisitions sans mandat, les doubles peines, l'indépendance des tribunaux, le droit à l'avocat, en somme ce que les bourgeois appellent l'état de droit) sont enchâssés dans une charte des droits depuis 1982, qui a une valeur supérieure à toute autre loi.

Les tribunaux ont le devoir de donner préséance à ses dispositions et de déclarer toute loi contraire, illégale et inopérante. Une disposition de la Charte permet par contre au gouvernement de déroger à ces dispositions et avant de déclarer une disposition illégale en vertu de la Charte, les tribunaux ont le devoir d'évaluer si la violation est justifiée, selon le cas. Déjà, on peut voir que l'État et ses tribunaux peuvent, tout en respectant leur propre légalité, violer des droits supposément garantis par la Charte.

Bien que peu utilisé jusqu'à maintenant, rappelons que le gouvernement du Québec a utilisé son pouvoir de dérogation à la Charte pour maintenir les dispositions de la Loi 101 sur la langue française et tout indique qu'en dernier ressort, cette clause pourra être utilisée pour imposer les pires dérogations aux droits des prisonniers politiques, sous le couvert de la lutte au « terrorisme ». Les agissements des forces d'occupation qui torturent les prisonniers en Irak et l'absence de statut des prisonniers à Guantanamo qui sont privés des droits les plus élémentaires sont une démonstration du fait que la bourgeoisie ne se sent pas liée par son « état de droit » lorsque son intérêt le commande.

La conformité des dispositions « antiterroristes » avec les droits conférés par les chartes sera soumise aux tribunaux lorsque des accusations seront portées. Les forces populaires doivent évidemment exiger le respect le plus strict des droits conférés par les chartes et faire pression afin que cette loi répressive soit cassée. Mais on ne peut limiter notre action au droit bourgeois. Les droits et libertés bourgeoises ne sont pas un obstacle absolu aux mesures répressives et ce qui est déterminant en dernière analyse, c'est la lutte de classe et le caractère juste ou non de l'action posée en fonction des intérêts des masses populaires. Donc de sa légitimité, et non de sa légalité.

La répression politique des militants de gauche

Depuis la fin des années 90, les grandes manifestations contre la mondialisation et l'impérialisme sont durement réprimées dans les pays impérialistes. Cette situation a atteint son paroxysme avec le meurtre de Carlo Giuliani par la police italienne, lors du sommet du G8 à Gênes à l'été 2001. Son meurtrier a été acquitté dans l'indifférence générale en juin 2003. Selon le World Development Movement britannique, on compte 10 militants anti-mondialisation tués en 2002, 76 en 2001 et 10 en 2000.

Au Québec, on peut chiffrer (selon Francis Dupuis-Déri du Massachusetts Institute of Technology) à 1 700 le nombre d'arrestations à caractère politique depuis 1999. Entre autres : 66 étudiants de l'Université du Québec à Montréal sont arrêtés lors de la manifestation contre les contrats de publicité entre l'université et Coca-Cola (automne 1999) ; 112 personnes sont arrêtées lors de la manifestation contre la brutalité policière du 15 mars 2000 ; 157 personnes lors d'une marche dans le quartier chic de Westmount (mai 2000) ; 46 personnes lors de la rencontre du G20 à Montréal (octobre 2000) ; 463 personnes lors du Sommet des Amériques à Québec (avril 2001) ; 82 personnes lors d'une manifestation pro-palestinienne devant le consulat américain (septembre 2001) ; 350 personnes lors d'une manifestation contre le G8 à Montréal (avril 2002) ; et la liste pourrait s'allonger.

Ces arrestations de masse servent évidemment à intimider les manifestantEs et constituent une attaque au droit inaliénable de manifester. Certains militantEs bien connuEs ont carrément été enlevéEs par la police afin de les empêcher de jouer leur rôle d'organisateurs en marge du Sommet des Amériques en 2001. Lors du même événement, des militants du groupe « Germinal » ont été infiltrés par la police. La police a fait de la provocation et monté de toutes pièces un complot justifiant les mesures de répression appliquées lors du sommet (périmètre de sécurité...).

Dans le cadre des manifestations, l'arrestation de masse est de plus en plus pratiquée par la police, surtout à Montréal. Par contre, la bonne vieille méthode de la matraque n'a pas complètement été abandonnée et l'usage de l'arrestation ciblée avec infiltration par des agents en civil est abondamment utilisé, au mépris des droits des manifestantEs.

Les immigrantes et immigrants

Les immigrantes et immigrants sont particulièrement viséEs par le durcissement de la légalité bourgeoise. Dans la foulée des lois antiterroristes, les lois sur l'immigration ont été revues pour répondre aux standards américains. Les réfugiéEs sont considéréEs comme des criminels et refouléEs de plus en plus à la frontière, incarcéréEs ou tout simplement expulséEs du pays. Pour l'impérialisme, les immigrantes et immigrants représentent une menace. Les années 1990 ont vu l'entrée de 2,2 millions d'immigrantEs et réfugiéEs au Canada, battant le record des années 1910 qui était de 1,85 million. La tendance semble se poursuivre, si on se fie aux dernières données disponibles pour la décennie 2000. Compte tenu des caractéristiques démographiques du Canada, il se pourrait aussi que dans l'avenir, l'immigration augmente.

Du moment qu'il origine d'un pays où il y a des tensions politiques, un immigrant ou un réfugié qui désire demeurer au Canada est vu comme un terroriste potentiel. L'État a donc renforcé les dispositions permettant au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) de traquer les réfugiés. Jusqu'à tout récemment, le SCRS s'occupait de trouver de l'information sur celles et ceux qui désiraient avoir une résidence permanente au Canada. D'après les informations du SCRS, les personnes en attente du statut de réfugié n'étaient pas filtrées par cet organisme, ce qui permettait, selon eux, de se cacher longtemps au Canada et d'organiser des actes terroristes parce que les procédures pour obtenir le statut de réfugié étaient longues. Afin de cibler davantage les demandeurs du statut de réfugié, une nouvelle politique a été adoptée. Les réfugiés sont donc considérés comme des criminels et suivis à la trace.

Le SCRS affirme également qu'il « maintient des contacts étroits avec plusieurs communautés au Canada afin de donner aux communautés l'occasion de faire part de leurs craintes et de leurs opinions au SCRS et de l'aider à déterminer si des menaces pèsent sur une communauté en particulier, et les sensibilise au rôle et au mandat du Service ». En fait, la nouvelle politique gouvernementale, déposée récemment en avril 2004, prépare un régime de délation à l'intérieur des communautés immigrantes et une surveillance de chaque instant. Mais la mesure la plus répressive visant les immigrants est sans nul doute le « certificat de sécurité ».

Le certificat de sécurité permet à l'État d'arrêter, de détenir ou d'expulser un immigrant reçu qui est soupçonné de représenter une menace pour la sécurité nationale. Une personne qui est visée par un tel certificat (ainsi que son avocat), ne peut avoir accès à la preuve retenue contre elle. Cette procédure est actuellement utilisée contre Adil Charkaoui, arrêté à Montréal en mai 2003 et toujours emprisonné, ainsi que quatre autres personnes, toutes musulmanes (Mahjoub détenu depuis juin 2000, Jaballah détenu depuis août 2001, Almrei détenu depuis octobre 2001 et Harkat détenu depuis décembre 2000). Ces immigrants, citoyens canadiens reçus, sont menacés de déportation et pour eux, cette déportation signifierait la mort puisque qu'ils sont menacés dans leur pays.

Mentionnons également le cas de Mohamed Cherfi, ce militant algérien qui a fait une dure bataille contre les menaces d'expulsion des réfugiéEs algériennes et algériens et qui a été déporté aux États-Unis le 5 mars dernier. Il risque d'un jour à l'autre la déportation en Algérie où sa vie est en danger. L'État canadien n'a pas hésité à utiliser les pires calomnies pour le déporter aux États-Unis.

Les Premières nations

Les autochtones vivent depuis longtemps la répression de la bourgeoisie canadienne. Chassés de leurs terres, privés de leur culture, condamnés à la disparition, les communautés autochtones du Canada ont vaillamment lutté pour survivre. Cette lutte a permis une augmentation de leur poids démographique, mais leur droit à l'autodétermination est constamment nié par la bourgeoisie canadienne. Les autochtones au Canada vivent une pauvreté plus grande, sont plus souvent emprisonnés et victimes de la répression policière et du racisme que le reste de la population.

Au Québec en 1990, la résistance de la nation mohawk a mené à l'intervention de l'armée canadienne. Les Mohawks de Kanehsatake s'opposaient aux visées de promoteurs qui voulaient installer un terrain de golf sur leur territoire (plus particulièrement, sur leur cimetière traditionnel). Les Mohawks ont résisté les armes à la main, ce qui est l'expression légitime du droit d'une nation de défendre son territoire. Les militantEs autochtones ont été arrêtéEs, jugéEs et condamnéEs par la justice bourgeoise et certains ont été battus sauvagement par les soldats.

À Gustafsen Lake en Alberta, à Ipperwash en Ontario et à Burnt Church au Nouveau-Brunswick, les militants autochtones ont combattu l'État canadien et tenté de faire respecter leur droit à l'autodétermination et au respect de leur territoire.

Une autre crise se prépare sur le territoire de Kanehsatake. Les militants autochtones refusent que leur territoire soit contrôlé par l'administration nommée par les Blancs. Sous le couvert d'une lutte contre la criminalité, l'État québécois s'apprête à assujettir d'une façon encore plus étroite la nation mohawk. Un candidat député du Bloc québécois d'origine autochtone (une aubaine pour la bourgeoisie) a même appelé l'État fédéral à envoyer l'armée canadienne sur le territoire.

Malgré plusieurs ententes négociées par l'État avec certaines nations autochtones sur l'utilisation des ressources naturelles (la « paix des braves » avec la nation crie entre autres), la bourgeoisie ne fait que donner des parcelles de pouvoir et garde le contrôle du territoire et des ressources. En raison de ses intérêts impérialistes dans le Grand Nord, l'État canadien va maintenir la répression sur les Premières nations et s'opposer de toutes ses forces à leur droit à l'autodétermination. Loin d'être un pas dans la bonne direction, il s'agit encore une fois de la même politique d'assimilation et de négation du droit des autochtones à l'autodétermination. La lutte des Premières nations au Canada ne peut être qu'une lutte anti-impérialiste et la réponse de la bourgeoisie sera la répression.

Mentionnons également le cas de John Graham. Ce militant autochtone est accusé de meurtre aux États-Unis et la preuve réunie contre lui est en grande partie fondée sur une preuve circonstancielle très mince. Il semble que la poursuite soit davantage motivée par le désir d'éliminer un militant bien connu pour son appui à Leonard Peltier (autre militant autochtone jugé en raison de sa lutte contre la répression des Premières nations). John Graham risque l'extradition vers les États-Unis.

La répression politique dans les pays dominés et dans les autres pays impérialistes

L'impérialisme attaque les masses travailleuses de tous les pays. Nous devons, ici au Canada, appuyer nos camarades qui vivent la répression à l'étranger dans les pays impérialistes et encore plus sauvagement dans les pays dominés. Bien que ce tour d'horizon ne soit évidemment pas exhaustif, mentionnons les cas suivants :

Le Pérou

En 1980, le Parti communiste du Pérou et ses supporters ont lancé un vaste mouvement de lutte contre le pouvoir réactionnaire péruvien et l'impérialisme. Sous la direction du président Gonzalo (Abimael Guzmán), le PCP a ébranlé le pouvoir des bandits qui terrorisent les masses péruviennes et qui maintiennent ce peuple dans une pauvreté et une misère sans nom. En 1992, Gonzalo est capturé et jugé par des officiers masqués dans un simulacre de procès. Il est enfermé depuis lors dans un isolement total et ne peut avoir de visite, même d'un avocat. L'État péruvien a été forcé par le Tribunal interaméricain des droits de l'homme de rejuger Gonzalo et quelque 1 400 militantEs ayant été condamnéEs par des juges anonymes ou emprisonnéEs pour crime de « trahison envers la patrie ». Il est déjà clair que ces procès seront encore une fois un simulacre de justice et serviront à noircir aux yeux du monde la révolution péruvienne. La seule issue juste à ce procès serait la libération immédiate des prisonnières et prisonniers politiques et la mise en accusation des exploiteurs et des impérialistes qui sont 100 fois coupables de crimes contre les masses.

Les Philippines et le cas de José Maria Sison

Le Parti communiste des Philippines (PCPh) et la Nouvelle armée populaire (NPA) mènent une lutte de libération nationale depuis longtemps aux Philippines. Les États-Unis ont lancé une attaque d'envergure contre le PCPh et la NPA qu'ils qualifient naturellement de groupes terroristes. Les États-Unis, qui occupent militairement le pays, ont inscrit le PCPh et la NPA sur la liste des groupes terroristes. Ils ont également fait des pressions sur le Canada pour que celui-ci fasse de même, ce qu'il a finalement fait. Plusieurs militantEs philippinEs avaient trouvé refuge en Europe. Suite aux pressions américaines, les Pays-Bas (qui comptent une bonne partie des réfugiés philippins) ont décidé d'emboîter le pas aux Américains et tentent de faire reconnaître par l'Europe le caractère « terroriste » du PCPh et de la NPA. José Maria Sison, fondateur du PCPh réfugié aux Pays-Bas, est menacé de déportation et lutte contre les dispositions adoptées par les Pays-Bas. Un appel est pendant devant la Cour européenne des droits de l'homme pour faire reconnaître les droits des réfugiéEs.

Les Palestiniennes et Palestiniens

La Palestine est occupée et l'État israélien pratique les pires mesures de répression sur les masses palestiniennes, avec la complicité de l'impérialisme américain (torture, exécutions sommaires, assassinats de manifestantEs, destructions d'habitations...). Plusieurs Palestiniennes et Palestiniens sont actuellement menacéEs de perdre leur statut de réfugiés politiques et donc de se voir expulser du Canada. Ils subissent le même traitement dans les autres pays impérialistes.

Les prisonniers de guerre

Les États-Unis, alliés à d'autres pays impérialistes, ont occupé l'Afghanistan suite aux attaques du 11 septembre 2001. Les prisonniers de guerre sont détenus sur la base américaine de Guantanamo à Cuba, sans qu'aucun statut ne leur soit conféré. Ils n'ont pas de droits et subissent la torture et l'isolement. Le Canada est complice de cette situation. Ses forces armées qui occupent l'Afghanistan remettent leurs prisonniers aux Américains en sachant très bien qu'ils seront victimes d'abus et de torture. La bourgeoisie canadienne garde les mains propres avec l'hypocrisie qui la caractérise. Ses forces armées ont par contre montré la sauvagerie dont elles sont capables lors de la « mission de paix » en Somalie où les soldats canadiens ont torturé et tué des prisonniers. En Irak, la presse a montré les atrocités commises sur les prisonniers de guerre. La résistance à l'envahisseur impérialiste est un droit fondamental pour les peuples et malgré les persécutions, cette résistance est de plus en plus forte. Les impérialistes risquent fortement de rencontrer un autre Vietnam.

La France

En France, les militants d'Action directe ont déjà purgé 17 années de détention, dont une bonne moitié en isolement. Nathalie Menignon, Georges Cipriani, Joëlle Aubron et Jean-Marc Rouillan sont gravement malades et risquent de mourir en prison. Des militants anti-impérialistes solidaires de la cause palestinienne subissent des peines très lourdes. Récemment, sept camarades du PCE(r) et des GRAPO espagnols se sont vus condamnés à des peines très lourdes. Environ 150 militantEs de luttes de libération nationale et anti-coloniale (Basques, Bretons et les mouvements indépendantistes des colonies françaises), un militant antifasciste FTP et divers communistes turcs et kurdes sont également incarcéréEs.

Les États-Unis

Les États-Unis, comme le Canada, ont particulièrement ciblé les « étrangers ». Bons pour le travail d'esclave, mais considérés comme des criminels, ils sont traqués par la police. Il serait trop long ici de faire une liste des prisonniers politiques dans ce pays, où les pénitenciers font office d'allocation de chômage. Mentionnons la longue lutte de Mumia Abu-Jamal, condamné à mort par les capitalistes et qui lutte vaillamment contre la machine carcérale américaine.

Le Mexique

Au Mexique, il faut aussi mentionner les quatre militantEs (Gloria Arenas Agis, Jacobo Silva Nogales, Félicitas Padilla Novas et Fernando Gatica Chino) qui sont accuséEs par l'État de faire partie de l'Armée révolutionnaire du peuple (ERPI). Ils ont été kidnappés, détenus arbitrairement et torturés par l'armée mexicaine et la police fédérale. Ils sont toujours détenus et ont été condamnés à 46 années de prison pour homicide et 5 ans pour rébellion. Leurs conditions de détention sont inhumaines.

Nous avons besoin d'un Secours rouge international !

C'est le 19 juin 1999 que le Collectif des prisonniers(e)s des Cellules communistes combattantes de Belgique a proposé à tous les prisonniers révolutionnaires, communistes, anarchistes, antifascistes ou anti-impérialistes « une plate-forme commune clarificatrice, qui définirait une communauté de lutte, large mais cohérente, dans et contre la prison impérialiste. L'adhésion ou non à cette plate-forme (et une attitude cohérente par rapport à cette adhésion) servirait de déterminant pour les forces extérieures. Autour de cette plate-forme, nous, prisonniers, inviterions nos forces de soutien à élargir le travail réalisé en notre faveur en un travail de soutien à tous les prisonniers signataires de la plate-forme. Un matériel d'agit-prop commun pourrait alors être produit, des initiatives réellement communes (et non la simple juxtaposition d'initiatives particulières) pourraient être envisagées, etc. Cinq grandes revendications pratiques, cinq objectifs concrets et prioritaires se dégageraient d'un soutien général (et d'une revendication de principe de la libération générale des prisonniers) :

  1. Arrêt de la torture et de l'isolement ;
  2. Libération des prisonniers blessés, malades et des prisonniers dont la libération est accessible à moyenne échéance ;
  3. Information à propos des prisonniers et de leur lutte ;
  4. Soutien matériel aux prisonniers ;
  5. Entraide internationale des forces de soutien aux prisonniers (notamment en période de crise : en cas de grève de la faim dans les prisons d'un pays par exemple). »

Cette plate-forme a progressivement recueilli l'adhésion de nombreux prisonniers et le soutien de plusieurs collectifs et organisations.

Le 11 novembre 2000, les délégations de Revolutionärer Aufbau (Suisse), de l'Associazione Solidarietà Proletaria (Italie), du Collectif pour un Secours rouge (France) et de l'Association des parents et amis des prisonniers communistes (Belgique) ont jeté les bases d'un Secours rouge international dans l'intention de soutenir les prisonniers et prisonnières révolutionnaires, communistes, anarchistes, antifascistes et anti-impérialistes, et d'agir ensemble contre toutes les formes de répression de classe et de contre-révolution.

Le soutien à la grève de la faim des prisonniers et prisonnières révolutionnaires de Turquie a constitué la première épreuve pratique des principes de la plate-forme : plusieurs dizaines de prisonniers signataires en France, Italie, Espagne et Belgique ont mené une grève de la faim solidaire du 20 au 27 décembre 2000. Cette initiative, et d'autres encore, ont été soutenues par les organisations constitutives de la Commission pour la construction d'un Secours rouge international.

Plusieurs groupes de défense de prisonniers politiques ou de militants aux prises avec la répression existent déjà. Alors pourquoi un Secours rouge ? Il n'existe pas de regroupement permettant d'unifier nos efforts et nos initiatives individuelles. Les capitalistes ont des contradictions entre eux, mais lorsqu'ils s'unissent pour réprimer les forces populaires, ils sont capables d'une concertation évidente. Nous devons faire de même. Les communistes et leurs supporters doivent regrouper leurs efforts afin de donner à la lutte contre la répression une unité d'action et un caractère de classe. Nous n'avons pas la prétention de remplacer aucun des regroupements déjà existants, mais d'appuyer leurs luttes et celles de nos camarades au Canada et à l'étranger. Notre perspective ne se limite pas à faire respecter le droit bourgeois (même si nous avons l'intention naturellement de mener cette lutte) mais plutôt de défendre politiquement le droit fondamental des masses de résister, de renverser le capitalisme et de construire une société socialiste. Comme le disait Mao, « on a raison de se révolter ! ».

Nous entreprendrons sous peu des démarches afin d'adhérer formellement au Secours rouge international (SRI). Nous vous invitions à communiquer avec nous (geocities.com/secoursrougecanada) pour vous joindre au comité pour un Secours rouge canadien, pour nous appuyer, ou pour nous faire part de vos commentaires ou informations sur vos luttes.

Solidarité avec toutes les victimes de la répression impérialiste !
Vive le Secours rouge international !
Notre lutte sera victorieuse !

Le Comité pour un Secours Rouge Canadien

(paru dans la revue Arsenal n° 3)

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